Nekketsu Genesis Mazingelion : chapitre 11

Disclaimer : Neon Genesis Evangelion et Mazinger Z sont la propriété de leurs auteurs respectifs. Ce récit est un pur travail de fan sans aucunes visées lucratives.

« Bon alors, écoutez bien, tas de moules ! »

Celui qui semblait être le chef des terroristes se tenait droit comme un i, devant l'une des fenêtres au second étage de la petite unité de production dans laquelle lui et deux autres complices retenaient en otage plusieurs scientifiques et employés de l'Institut de Recherche Photonique. Il tenait dans sa main droite ce qui semblait être un fusil d'assaut, tandis que sa gauche tenait un mégaphone dans lequel il vociférait son message à l'encontre des forces de police massées au pied du bâtiment.

« Nos intentions sont très claires ! Que personne ne rentre ici, et on leur fera aucun mal ! Personne n'approche, ou on les bute un par un ! C'est compris ? On n'avance pas ! »

Généralement, dans ce genre de situations, de telles menaces seraient prises très au sérieux, et mobiliseraient toutes les ressources de la police pour essayer de débloquer la situation. Des négociateurs auraient déjà été dépêchées, des dizaines de policiers viseraient les diverses issues et fenêtres nerveusement, avec l'espoir de pouvoir les neutraliser sans blesser les otages, tout en attendant l'arrivée des forces spéciales.

Normalement, c'est ce qui se produirait.

Sauf que là, il n'y avait pas vraiment besoin de jumelles pour voir que l'arme que brandissait le chef des terroristes (et à vrai dire, celles qu'avaient les deux autres) était factice, que ses complices se demandaient visiblement pour le peu qu'on avait pu les voir pourquoi ils avaient accepté de se retrouver dans cette galère, que les quelques images qui avaient pu être recueillies sur les otages ne les montraient pas franchement paniqués, et au contraire s'affairaient presqu'avec entrain à leur travail habituel, et que les terroristes étaient si jeunes qu'ils semblaient seulement commencer de se raser et portaient encore leurs tenues de lycéens.

Le chef portait un bas sur la tête qui masquait son visage. Mais cela n'empêchait nullement le docteur Yumi et Misato Katsuragi de le reconnaître à sa voix et à son allure.

« - Boss ? S'exclama le scientifique. Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire !

- Qu'est-ce que ça veut dire, capitaine ? Demanda Misato, irritée, à l'officier de police. Lorsque vous m'avez appelé, j'ai cru que c'était une situation grave !

- Navrée, commandant, dit l'officier, à la fois penaud et ennuyé. Ce sont ces forcenés eux-mêmes qui nous ont appelés pour nous signaler qu'ils avaient pris possession de cette usine, et au vu des protocoles, nous avions pour ordre d'immédiatement appeler le chef de sécurité de la NERV... Autrement dit, vous. Nous allions même contacter notre négociateur, Roger Smith. Mais c'est seulement lorsque nous sommes arrivés ici que nous avons vraiment pu évaluer la situation...

- Bon, pour maintenant, autant essayer de résoudre cette situation avant qu'elle n'attire trop l'attention des journalistes. Nous n'avons définitivement pas intérêt à ce que nous soyons ridiculisés par une paire de gamins irresponsables !

- J'espère au moins que vous n'envisagez pas une solution létale ? Demanda Yumi, avec tout de même une légère pointe d'inquiétude dans la voix.

- Bien sûr que non ! Mais je peux vous dire qu'ils vont passer un sacré quart d'heure une fois que ça sera terminé !

- Je rappelle les tireurs d'élite, en ce cas ? »

Misato et Gennosuke regardèrent tous les deux l'officier de police d'une manière qui laissait peu de doutes sur leur réponse.

« - Que vous les ayez déployé constitue déjà un mystère ! Répondit Misato.

- Procédure standard. De toute manière, ce sont eux qui nous ont confirmés qu'ils employaient des armes factices.

- Oh, en bas ! Cria Boss. Y a un de vos chefs qui est arrivé ? Quelqu'un qui pourrait au moins nous dire si on nous écoute ou pas ? Parce que si personne nous répond, ça va mal se passer ! »

Misato reporta son attention vers le bâtiment quelques secondes... Avant de se tourner vers l'officier.

« - Passez moi un mégaphone. Je vaislui souffler dans les bronches au point qu'il va hyperventiler, vous allez voir !

- Laissez moi plutôt lui parler, intervint Gennosuke. Je connais Boss ; il n'est pas très finaud, mais il n'est pas méchant. Je suis sûr qu'il ne pense pas vraiment à mal, et si je lui parle, je pourrais le persuader d'arrêter ses bétises sans que qui que ce soit ne perde la face. »

Misato le regarda quelques instants, jugeant son offre... Avant de lui tendre le mégaphone qu'on venait de lui donner.

« - Entendu. Mais vous m'assurez que vous réussirez à le faire sortir de là ?

- Il est ami avec ma fille depuis l'école primaire ; je le connais assez bien pour savoir comment il fonctionne. »

Yumi finit par prendre le mégaphone, avant de se tourner vers le bâtiment.

« - Boss, c'est moi, le docteur Yumi ! Dis nous ce que tu veux exactement !

- Quoi ? Non non, je suis pas Boss ! Je suis quelqu'un que vous connaissez pas !

- Très bien, j'ai dû confondre, poursuivit Yumi en réprimant un soupir. Bon, alors qu'est-ce que vous voulez vraiment ?

- Qu'on nous laisse tranquille jusqu'à ce qu'on ait fini ! Reprit Boss. Vous allez voir, y a pas que l'Institut ou la NERV qui peuvent protéger cette ville ! »

Gennosuke et Misato se jetèrent un regard interloqué. Qu'est-ce qu'il voulait bien dire par là ?

« - Ça vous serait possible de nous donner plus d'informations ? Qu'au moins l'on sache si ce que vous faites est dangereux ou pas...

- Nan ! Pour le moment c'est secret ! Mais si quelqu'un s'avise de rentrer sans y être invité, ça va mal...

- Docteur Yumi ? Vous êtes vraiment en bas ? »

Le scientifique sursauta quand il entendit son nom, surtout étant donné qu'il lui semblait reconnaître la voix. Misato nota intérieurement sa réaction.

« - Morimori ? C'est vous ?

- Oui, docteur ! Ne vous inquiétez pas, tout va très bien ici !

- Un de vos collègues ? S'enquit Misato.

- Pour sûr ! Répondit le docteur Yumi. Le professeur Morimori est l'un de nos collaborateurs parmi les plus impliqués dans le projet Mazinger Z ! Ces dernières semaines, nous lui avions confié la direction des projets annexes de l'Institut.

- Des projets annexes ? Quels projets annexes ?

- Je vous en parlerais plus tard, quand nous serons un peu plus au calme. » Le docteur Yumi se tourna à nouveau vers le bâtiment. « Morimori, est-ce que vous voulez qu'on vous sorte de là ?

- Hé là, commença Boss, je viens de dire que...

- Pas la peine, docteur, répondit Morimori, ce qui devait certainement énerver Boss. En fait, il vaudrait mieux que vous nous laissiez faire, justement.

- Comment ça ?

- En fait, le mieux, ça serait que vous veniez voir par vous-même.

- Quoi ? S'insurgea Boss. Non mais une seconde, c'est quand même moi qui vous prends en otage, oui ou non ! C'est pas une réunion tupperware !

- Bon, attendez une seconde, docteur. » Dit Morimori.

Pendant quelques secondes, Boss disparut à l'intérieur du bâtiment. Ce qui suivit était inaudible pour toutes les personnes rassemblées à l'extérieur, mais de toute évidence, Morimori et Boss étaient en pleine discussion. Il fallut bien quelques minutes avant que Boss ne finisse par reparaître.

« Bon, alors c'est d'accord ! Le docteur Yumi peut rentrer ! Mais pas de faux pas, hein ? Sinon ça va saigner. »

Misato et Gennosuke se regardèrent, tous les deux incapables de déterminer à quoi tout ce cirque pouvait bien rimer.

« - Vous allez vraiment y aller ? Demanda Misato.

- A mon avis, nous n'avons rien à y perdre, répondit le scientifique. Vous l'avez vu comme moi, il n'y a aucun danger, et Morimori et les autres... Hum... Otages ont l'air de partager le même avis que nous. Mais surtout, ils ont l'air de rester de leur plein gré à l'intérieur. Et j'ai bien envie de savoir ce qui peut les pousser à participer à cette mascarade. »

Misato considéra sa proposition un instant, essayant de déterminer si cela était vraiment sans danger ou pas. Au final, elle haussa les épaules et donna l'ordre à l'officier de dégager le passage pour le scientifique.

« Heureux que vous ayez accepté de nous rejoindre ! » déclara Morimori en serrant chaleureusement la main de son employeur. Si il fallait une autre preuve que cette soi-disant prise d'otages ne présentait aucuns risques, la jovialité affichée par le scientifique la constituait très certainement. Un sourire enjoué perçait même à travers sa barbe grise.

« Disons... Que les circonstances appellent une certaine ouverture d'esprit. » Yumi se tourna vers Boss, Mucha et Nuke, qui lui avaient ouvert la porte, et se tenaient maintenant à côté, regardant maladroitement si les policiers dehors préparaient un assaut ou quelque chose d'autre de ce genre de choses. Maintenant qu'ils les voyaient de près, Yumi n'avait plus aucun doute quand à leur amateurisme en leur matière et sur la nature factice de leurs armes. Franchement, si elles avaient été peintes avec des couleurs vives, elles n'auraient pas pu ressembler plus à des jouets. Le docteur profita que les preneurs d'otage amateurs étaient pris pour se pencher vers son collègue.

« - Qu'est-ce que c'est que cette histoire, Morimori ? Vous n'allez pas me faire croire que vous les craignez vraiment ?

- Absolument pas. A l'instant même où ils ont pénétré dans le bâtiment, nous savions déjà qu'ils n'arriveraient pas à prendre un bocal de poissons rouges en otage.

- Alors pourquoi vous jouez leur jeu ? Vous réalisez qu'ils sont en train de monopoliser une de nos chaînes de production ?

- Laquelle allait être démontée, depuis que le Jet Scrander a été expédié dans notre site Gamma pour les derniers peaufinements. Mais oui, je suis d'accord, ça serait une perte de temps... Si tous les ouvriers n'étaient pas impliqués, eux aussi dans le projet.

- Pardon ?

- Vous feriez peut-être mieux de me suivre... »

Morimori se retourna alors et prit la direction du grand espace dans lequel se déroulaient habituellement les opérations de production. Tout en le suivant, Gennosuke se demandait pourquoi son collègue se montrait aussi mystérieux, quand soudain il prêta attention au bruit de fonds qui régnait dans le bâtiment. Des bruits mécaniques se mélaient aux crépitements provoqués par des chalumeaux en plein travail, des pistons semblaient s'activer, des hommes s'invectiver... La chaîne de production s'activait à plein régime.

Ils étaient en train de fabriquer quelque chose.

Et il en eut la confirmation lorsqu'ils pénétrèrent dans l'usine.

Il y avait des dizaines d'ouvriers, pratiquement tous ceux qui avaient été employés ces dernières semaines par l'Institut dans l'élaboration et la fabrication des prototypes du Jet Scrander, puis de l'engin définitif. Tous s'affairaient sur des pièces mécaniques comme si rien d'anormal ne se déroulait, alors que normalement tous devaient être au chômage technique. Morimori monta un escalier qui l'amena sur une passerelle métallique qui surplombait la chaîne, et en le suivant, Gennosuke put enfin avoir une vue d'ensemble sur le travail qu'ils effectuaient... Et il n'arrivait pas à identifier un quelconque projet de l'Institut. Lui-même avait travaillé sur le Jet Scrander, et il ne reconnaissait aucune des pièces en production. La plupart, cependant, étaient massives... A l'autre bout de l'usine, il pouvait distinguer quelques pièces en train d'être assemblées, lesquelles formaient un ensemble assez imposant, mais la forme était encore trop imprécise pour pouvoir être identifiée.

« - Bon sang, qu'est-ce qui se passe ici ?

- Je vous l'ai dit, normalement nous aurions dû les virer dès qu'ils sont rentrés, enchaîna Morimori. Seulement, alors qu'il nous menaçait avec ses armes en plastiques, Boss m'a montré quelque chose qui m'a poussé à jouer son jeu.

- Quoi donc ? »

Morimori sourit, apparemment content d'avoir réussi à attirer l'attention de son supérieur. Puis, il l'amena vers le poste de commande aménagé au-dessus de l'usine, lequel servait également de bureau du contremaître. A l'intérieur, sur ledit bureau, de nombreuses feuilles de papier étaient étalées.

Il s'agissait de plans et de schémas, mais d'une configuration fort peu orthodoxe. Ils donnaient une curieuse impression : ils étaient à la fois suffisamment précis et bien conçus pour pouvoir être exploitables, mais ils étaient malgré tout indéniablement l'oeuvre de quelqu'un qui n'avait aucune idée de ce que le terme « dessin industriel » signifiait. Le tout respirait l'amateurisme, mais un amateurisme enfiévré et passionné.

« Examinez les et dites moi ce que vous en pensez. », demanda Morimori à son supérieur. Intrigué, Gennosuke s'assit et commença à vraiment regarder les plans.

Il comprit très vite qu'il s'agissait de plans pur la fabrication d'un robot. Sa curiosité scientifique prenant le pas sur ses interrogations, il prit véritablement la peine de bien les observer.

Ses expressions sur son visage ne cessèrent de changer durant les quelques minutes qui suivirent, pour qu'au final il se fixe sur la surprise.

« - Alors ? Demanda Morimori. Qu'en pensez-vous ?

- C'est... Très surprenant, finit par déclarer Gennosuke. Il y a beaucoup de mécanismes relativement archaïques dans cette conception, et par ailleurs, il y aurait pas mal de choses à revoir par ci- par là pour en améliorer les performances... Mais malgré ça, ça m'a tout l'air d'être parfaitement opérationnel ! Je suppose qu'il ne faudra pas s'attendre à atteindre les mêmes performances que Mazinger Z, mais cela pourrait constituer un complément très appréciable !

- N'est-ce pas ? Cette machine pourrait fournir un soutien bienvenu à Mazinger Z, à Aphrodite A et aux Evas ! Ou même pouvoir être employée, hors des combats, pour diverses tâches de logistique ou de terrassement !

- Franchement, je ne m'attendais certainement pas à tomber sur quelque chose de semblable en entrant ici ! Mais alors, qui a conçu ces plans ? »

Les deux scientifiques entendirent soudain un bruit de chute en dehors du bureau, suivi de quelques jurons. D'une manière ou d'une autre, Boss, qui était monté à son tour pour les surveiller, venait de glisser et de se ramasser sur la passerelle. Il essayait maintenant de se relever en conservant une certaine dignité, ce qui fut bien évidemment voué à l'échec.

Morimori se tourna vers son supérieur, et hocha la tête en direction du petit caïd.

Le docteur Yumi fronça les sourcils, puis regarda à nouveau Boss. Puis, à nouveau Morimori. Ensuite, Boss.

Les yeux du scientifique s'écarquillèrent en grand. Il se retourna vers son collègue.

« - Quoi ? C'est lui qui... ?

- Exactement, répondit Morimori un sourire aux lèvres.

- BOSS ! Comment... C'est impossible !

- Oui, j'ai eu un moment de doute, moi aussi, mais l'amateurisme de ces plans pointe vers quelqu'un de complètement inexpérimenté. Et en plus, regardez bien : il n'a pas employé de techniques de dessin ou de matériel adéquat pour du dessin industriel, mais que les moyens qui sont à sa portée de lycéen.

- Bon sang, c'est incroyable ! Si ce que vous dites est vrai, je dois absolument faire en sorte que la NERV ou la police le laisse libre après toute cette histoire !

- Vous comprenez, maintenant, pourquoi nous jouons son jeu ? Ce gamin est peut-être complètement immature, lourdingue et maladroit... Il n'empêche que si nous le récupérons et réussissons à le canalyser, nous pourrions bien nous retrouver avec un petit génie dans les bras ! Est-ce que vous vous rendez compte ? Il a fallu des mois de travail acharné au professeur Kabuto pour concevoir ses machines, à l'issue de longues années d'études et d'expréimentations, et ce gamin, sans aucune expérience préalable en matière de robotique, a conçu une machine parfaitement opérationnelle en l'espace de quelques heures ! »

Gennosuke se détacha enfin des documents pour se tourner vers son collègue. Toutes les réserves qu'il pouvait avoir formulé face à l'attitude de Boss avait disparu face à son incommensurable curiosté scientifique qui le poussait à essayer de voir jusqu'où tout ça pourrait aller.

« - Dites moi, avec quoi fabriquez vous cette machine ?

- Du métal de récupération, principalement, répondit honnêtement Morimori. Il a beau être prometteur, vu les faibles réserves de Super Alliage Z dont nous disposions, nous ne pouvions pas nous permettre de les employer.

- Bien. Et la production serait terminée dans combien de temps ?

- Oh, plus guère que quelques heures, maintenant. La simplicité du modèle accélère grandement toute la procédure. Par contre nous butons sur un élément... Pour lequel je voudrais tout de même avoir votre opinion...

- Allez y.

- Il s'agit de l'alimentation en énergie du robot. Regardez un peu sur les plans... » Morimori pointa du doigt un des papiers. « Boss prévoit une sorte d'accumulateur, qu'il faudrait brancher sur une centrale. Définitivement infaisable, et surtout peu efficace.

- Oui, j'avais remarqué. C'est le seul point délicat que j'ai pu relever.

- Eh bien... Je pense avoir une solution... Est-ce que vous vous souvenez du prototype d'hyperdrive sur lequel nous avons fait nos premiers tests de production d'énergie photonique, et que nous avions gardé sous le coude, au cas où ? »

Une ombre d'incertitude apparut sur le visage du docteur Yumi.

« - Vous voulez l'implanter dans la machine ?

- Ça résolverait tous les problèmes, oui. Pour sûr, ce prototype n'atteint pas les performances de celui qui est implanté dans Mazinger Z, mais au moins, il pourrait fournir suffisamment d'énergie à la machine pour que l'on n'ait pas à la raccorder tous les quart d'heure pour qu'elle se recharge.

- Ça semble faisable, oui, mais n'est-il pas un peu trop instable ? Il ne faudrait pas qu'il tombe en panne au beau milieu d'une route ou d'un chantier...

- C'est pour cela que nous l'avons modifié pour qu'il se rapproche plus du produit final. Pas encore aussi performant, mais plus sûr que lors des premiers essais. »

Le docteur Yumi fronça les sourcils, alors qu'il reconsulta à nouveau les plans de la machine. Son cerveau carburait à plein régime pour déterminer si, oui ou non, cela était une bonne idée ou pas, et également si cela était possible.

Il dut se rendre à l'évidence : ça l'était. Et même si, au fond, il s'agissait de donner une machine géante à un gamin irresponsable, pour rien au monde il n'aurait voulu empêcher que ce projet ne se réalise.

« - Très bien, faites ainsi.

- Parfait ! Répliqua Morimori, visiblement satisfait. Je vais tout de suite dire à l'équipe technique de commencer à apporter les modifications nécessaires ! »

A ce moment, Boss passa sa tête par la porte. Il n'arrivait toujours pas à vraiment se donner un air menaçant, malgré ses efforts.

« Alors, c'est fini ces messes basses ? Vous allez dire aux autres de se tenir tranquille ? »

Gennosuke lui répondit avec un grand sourire. Ce qui, bien évidemment le déstabilisa un peu.

« Oh que oui ! Croyez moi, personne ne vous empêchera de faire ce que vous voulez ! »

Kusuma ne savait pas trop sur quel pied danser.

La démonstration avait brutalement atteint sa conclusion après cet appel téléphonique, et il n'avait du coup pu faire efficacement la promotion du Jet Alone. Cela avait quelque chose de frustrant, mais il pouvait comprendre que ce genre de situations appelait à reconsidérer la priorité d'autres évènements.

Il n'empêche que cela faisait plusieurs heures que leurs invités avaient précipitamment quitté la scène, et ils ne semblaient pas devoir revenir de sitôt.

Debout sur le toit du bâtiment central, Kusuma se planta devant le Jet Alone qui attendait toujours, prêt à démontrer son efficacité. L'homme se sentait un peu floué. Même si son travail de communicant le poussait à vanter les mérites de cette machine comme il l'avait fait pour de nombreux autres produits, cette fois-ci, il se sentait réellement fier de son travail. Il participait au lancement d'un robot géant, bon sang ! Un qui avait pour objectif de défendre l'humanité ! Même si le business passait avant tout, c'était tout de même plus glorieux que de vendre des fers à repasser !

Du coup, lorsqu'il réussissait à trouver quelques minutes pour lui, il se rendait sur cet observatoire improvisé pour le regarder. Cela lui rappelait tous les jeux auxquels il jouait étant enfant, quand il s'imaginait aux commandes d'un titan mécanique, pour se battre contre des terroristes... Il se remit à rêvasser...

Et fut pris au dépourvu quand une gigantesque machine volante survola la cour, et lâcha dans celle-ci un autre robot avant de se poser.

Il fallut un long moment pour que Kusuma se remette du choc, et qu'il réalise soudainement ce qui était en train de se passer. La machine volante ressemblait à un gigantesque humanoïde doté d'ailes de chauve-souris fixées à ses bras et des sortes de lames qui poussaient sur sa tête, alors que le second, également humanoïde, faisait penser à une version grise de Mazinger Z, mais avec un crâne plus plat, des lames sur les avant-bras et sans aucun poste de pilotage. Lorsqu'elles se tournèrent vers le Jet Alone, toujours immobile, Kusuma comprit enfin ce qui était en train de se passer.

Et il eut la confirmation quand, sur une plate-forme volante et encadré par deux gardes portant un casque qui leur masquaient tout le haut du crâne, le baron Ashura vint rejoindre les créations de son maître.

« - Que... Vous ! Hurla Kusuma.

- Tiens donc, le Jet Alone Project vous paie à rêvasser ? Déclara l'être androgyne, avant d'éclater d'un rire malsain.

- Qu'est-ce que vous venez faire ici, espèce de malade ?

- Oh, disons que le docteur Hell est... Très intéressé par votre petit projet. Vous devriez être fier, rares sont les choses qui attirent son attention...

- Quoi ! Voler Jet Alone ? Jamais ! Vous allez voir si vous pouvez vous en tirer comme ça ! »

Kusuma sortit alors un talkie walkie de sa poche, et l'amena à sa bouche alors qu'il l'allumait.

« Action d'urgence ! Activez Jet Alone, immédiatement ! »

Le baron Ashura se mit à rire. Un rire macabre, qui glaça le sang de Kusuma, et qui n'était définitivement pas de bonne augure.

« Permettez que je m'en occupe... »

Ashura brandit alors son sceptre vers le Jet Alone. Une aura électrique sembla alors surgir du sceptre, et la lumière que cela générait croissait rapidement jusqu'à ce qu'il soit difficile de le contempler en face.

Alors, les yeux du Jet Alone s'allumèrent.

Le colosse d'acier s'agita dans son carcan, puis, avec des mouvements brusques, il se libéra de celui-ci, déchirant l'acier des poutres qui le retenaient comme du vulgaire papier. Le Jet Alone commença à marcher pesamment, mais au lieu de commencer à attaquer les Mécabêtes qu'avait amené avec lui le baron Ashura, il se contenta de se ranger à leur côté.

Kusuma était rester bouche bée face à cet événement. Son esprit était trop sonné pour qu'il puisse formuler la conclusion logique de cette mascarade.

Ashura s'en chargea pour lui.

« Vous auriez dû être plus regardant au sujet de vos sous-contractants... Dit l'être androgyne, d'un air moqueur. Rien n'a été plus facile pour nous que d'implanter dans votre machine l'un des modules de contrôle qui équipent nos Mécabêtes. J'ai bien peur que vous n'allez pas tout à fait recevoir la publicité que vous souhaitiez. »

Estimant que l'heure n'était plus à la fantaisie, Ashura ignora le communiquant pour se tourner vers les machines.

« Gromazen R9 ! Cria-t-il vers le pseudo-Mazinger gris. Devira X1 ! Cria-t-il ensuite à la machine volante. Ouvrez un passage à notre nouvel ami ! »

Les Mécabêtes se tournèrent alors vers l'un des bâtiments du Jet Alone Project... Et comprenant ce qui allait se passer, Kusuma eut tout juste le temps de se chercher un abri.

Les deux machines se mirent à tirer des lasers et des missiles vers le bâtiment. En l'espace de quelques secondes assourdissantes, celui-ci ne fut bientôt plus qu'un amas de ruines fumantes. Il ne fallut guère plus de temps pour que Devira X1 ne décolle et ne commence à abattre les obstacles restants depuis les airs. Kusuma, malgré sa position, arrivait à voir ce qui se passait ; jamais il n'avait vu une telle désolation depuis les guerres qui avaient suivies le Second Impact.

« Et maintenant, hurla un Ashura extatique, portons la mort à nos ennemis ! »

Gromazen R9 et Jet Alone se mirent en branle, et manoeuvrèrent pour sortir des décombres qui avaient été autrefois le complexe du Jet Alone Project.

Kusuma ne put faire autre chose que remercier le ciel qu'Ashura n'ait pas lancé les titans contre lui.

« Comment ça, Boss occupe une usine de l'Institut ? »

Sayaka n'était pas la seule surprise par les faits, mais elle semblait bien être la plus choquée de tous. Shinji, qui venait de lui annoncer la nouvelle, semblait pour sa part plus interloqué qu'autre chose ; et Kouji, bien qu'il ne dit rien, écarquilla ses yeux au maximum. Kensuke, lui, semblait réfléchir à ce que cela pouvait signifier.

« - Je n'y comprends rien moi-même, dit le pilote de l'Eva-01... Mais en tous les cas, il a décidé d'utiliser les outils de l'Institut pour... Je ne sais quoi, madame Katsuragi n'a pas voulu me donner de détails.

- Et ils le laissent faire ! Déclara Kouji.

- Il semblerait que le docteur Yumi leur ait dit de ne pas intervenir. Il a fallu qu'il négocie un peu, mais madame Katsuragi a finalement accepté.

- C'est tout ce qu'elle a dit ? Demanda Sayaka.

- Ben... Apparemment, elle a aussi dit que ton père avait sacrément intérêt à ne pas se planter, sinon, elle... Hum... Prendrait des mesures.

- Des mesures ?

- Bon, là, personne n'a voulu me dire ce qu'elle avait réellement déclaré, mais apparemment, c'était assez explosif. »

Sayaka parut au bord de l'explosion. Son visage avait pris une teinte rougeâtre franchement alarmante, et elle fulminait à un point tel que Shinji se demanda si il s'agissait bien de la même Sayaka qui ce matin encore leur rapportait d'un ton espiègle les dernières rumeurs au sujet des relations entre Shinji et Rei (discussion qui avait d'ailleur fortement embarassée le jeune garçon.).

« - Mais c'est pas possible ! Cria Sayaka, en rage. Qu'est-ce qui lui prend, bon sang ? Il veut finir en prison ? Comment a-t-il pu penser une seule seconde que ça pouvait être une bonne idée !

- Sérieusement, je le savais un peu lourdaud, mais à ce point-là... Enchaîna Kouji.

- C'est effectivement étrange, mais en même temps, si la NERV le laisse faire, c'est qu'ils y ont intérêt... Dit Kensuke.

- Pardon ?

- Après tout, d'après ce que j'ai compris, ton père se débrouille pour qu'il ne lui arrive rien, non ? Et en même temps, il le laisse terminer ? Je sais pas, peut-être que c'est pas une si mauvaise chose...

- Ouais, dit Kouji, ben en attendant, je ne vois pas très bien comment ça pourrait devenir encore plus bizarre ! »

Les sirènes d'alerte de Tokyo 3 se mirent soudainement à rugir. Tous comprirent immédiatement ce que cela signifiait : la ville était attaquée.

Sayaka se tourna vers son camarade avec un regard agacé.

« Il a bien sûr fallu que tu en rajoutes ! »

Boss surveillait les ouvriers qui travaillaient sur la ligne de production alors que ces derniers procédaient aux dernières manipulations sur la machine lorsque les sirènes d'alarme se firent entendre dans l'usine. Tous arrêtèrent leur travail, conscients de ce que cela signifiait. Mucha et Nuke, instinctivement, se collèrent l'un à l'autre, terrorisé, tandis que Morimori commençait déjà à trembler comme une feuille.

« - Oh, c'est pas vrai ! S'écria le scientifique. Tout le monde aux abris ! Abandonnez la chaîne, et courez au bunker !

- Attendez nous ! Cria Mucha. On veut pas rester là nous !

- Boss ! Enchaîna Nuke. On se tire, vite !

- HORS DE QUESTION ! »

Le cri que venait de pousser leur chef les cloua sur place. Ce ne fut qu'alors qu'ils remarquèrent le rictus de joie qui déformait son visage, et qui acheva de les plonger dans la panique.

« - Hé, prof ! Cria le jeune homme à l'attention du scientifique. Est-ce qu'il marche ?

- Et... Et bien, oui, il est opérationnel... Bredouilla Morimori, qui désirait plus que tout suivre les ouvriers vers l'abri. Il y a juste quelques réglages à...

- Alors c'est réglé ! Mucha ! Nuke ! Montez dedans ! »

Ses deux acolytes écarquillèrent leurs yeux et le fixèrent comme si il venait soudainement de leur demander de se badigeonner de miel avant de sauter dans l'enclos des ours d'un zoo. Morimori était tellement stupéfait qu'il en oublia pourquoi il avait été aussi terrifié quelques secondes plus tôt.

« - Non ! Cria Mucha. Nonononononononon ! Je veux pas !

- Je veux qu'on se barre d'ici ! Pleurnicha Nuke. Je veux pas y aller !

- Cesser de chialer, et on y va ! On a pas pris d'assaut cette usine pour tout plaquer quand le moment de prouver qu'on est des hommes se présente ! Vous voulez rester des minables ?

- Ben... Non... Dit Nuke, d'un ton hésitant.

- Des qu'on se souviendra jamais ?

- Bah... Pas vraiment... Dit Mucha.

- Alors à vos postes ! On va montrer à ce fichu Kabuto que nous aussi, on est des héros ! »

Boss se dirigea alors à toute vitesse vers sa monture mécanique. Mucha et Nuke le regardèrent partir, encore hésitants, puis soupirèrent en coeur avant de le suivre.

Morimori crut qu'il allait avoir une attaque. Ces gamins comptaient réellement aller au combat ? Dans une machine mal conçue pour cela ? Sans aucun entraînement ? Et juste pour satisfaire la fierté de leur chef ? Ils étaient complètement malades ! Ils n'arriveraient qu'à se faire tuer !

Et en même temps, il décida de rester encore un peu. Après tout, il fallait bien qu'il voit si la création de Boss allait réellement fonctionner.

Les policiers qui avaient été mis de faction devant l'usine se préparaient à partir se mettre à l'abri, eux aussi. Tous les ouvriers qui avaient été retenus dans l'usine s'étaient enfuis dès qu'ils eurent entendus l'alarme, et il fallait bien admettre que, au vu de ce que signifiait généralement ce signal, eux-même n'avaient pas trop envie de rester trop loin des abris.

Bientôt, il ne resta plus grand monde aux alentours de la chaîne de production ; seul un dernier duo était resté en arrière, pour s'assurer que tout le monde avait évacué. Ils s'apprétèrent à repartir aussi... Quand le grand volet roulant métallique de l'usine par lequel en temps normal des camions passaient pour livrer du matériel s'ouvrit.

Intrigués, les deux policiers restèrent pour voir ce qu'il se passait.

Ils entendirent d'abord des bruits métalliques surprenants ; de la tôle froissée, de lourds objets tombant apparemment de haut, puis un incroyable raclement qui manquait de leur percer les tympans.

Quelque chose d'énorme et métallique émergeait de l'ouverture en rampant.

Figés sur place, les policiers virent d'abord sortir un long bras jaune, puis un autre, et enfin quelque chose de massif qui y était rattaché et qui traînait au sol. Quelques secondes, ils purent voir que la chose se terminait par des jambes.

Ils entendirent aussi plusieurs voix de jeunes hommes sortir de la chose.

« - Allez, les gars, du nerf ! Un, deux, un, deux !

- Boss, c'est pas facile ! On pourrait pas essayer de se relever ?

- Impossible, imbécile ! On est beaucoup trop grand pour la sortie, on est obligé de sortir comme ça !

- Mais on est sorti, Boss ! Regarde, il fait jour !

- Mmmh ? Ah ouais, t'as raison Nuke ! Bon, vous vous souvenez des commandes ?

- Ouais !

- Au poil ! Allez, on y va ! »

La chose métallique sembla s'appuyer sur ses bras et jambes, puis pesamment souleva le haut de son corps, semblant alors se tenir sur les genoux. Une fois redressée, elle entreprit de lever sa jambe gauche pour réellement se tenir sur ses pieds. Un instant, elle sembla basculer, ce qui fit hurler de peur qui que ce soit qui pouvait bien se trouver à l'intérieur, mais, en agitant frénétiquement ses bras, elle réussit à retrouver son équilibre et à enfin poser un pied à terre. Tout aussi lourdement, la machine sembla s'appuyer sur sa jambe gauche pour se propulser et s'obliger à se redresser. A nouveau, elle sembla sur le point de tomber, à nouveau ses pilotes crièrent, mais au final, la machine se tint enfin parfaitement debout.

Et les policiers purent enfin la contempler dans toute sa... Disons, splendeur.

Humanoïde, la machine l'était, mais elle évoquait plutôt un homme disgracieux et bedonnant. Son corps avait la forme d'un tonneau presqu'entièrement marron, sans guère d'apparats, tandis que ses membres semblaient être un ensemble d'anneaux métalliques jaunes collés ensemble, et dépourvus d'articulations visibles ; ils semblaient particulièrement flexibles et autant le dire peu stables. Par contre, la tête était étonnament expressive : couleur chair, la bouche était constitué d'un ensemble de fentes semblables à celles présentes sur le visage de Mazinger Z, mais elles semblaient étrangement bouger et changer de forme comme si il s'agissait d'une bouche naturelle. Quand aux yeux, ceux-ci, contrairement aux machines de la NERV et de l'Institut, étaient pourvus de pupilles qui accroissaient l'impression de regarder un visage d'être vivant.

Et curieusement, la tête du robot rappelait un peu le professeur Morimori, sans la barbe.

Les voix rejaillirent à nouveau.

« - Okay ! Ça a l'air de baigner ! Que disent nos instruments de bord ?

- J'en sais rien, Boss, tu nous as pas dit à quoi ils servaient !

- Nom de... Ah mince... Bon, c'est pas grave ! Je crois qu'on est bon, on va pouvoir y aller !

- On devrait pas hurler un truc solennel ? Tu sais, pour vraiment marquer le coup ?

- Ouais, pas bête ça, Mucha ! Allons-y ! »

Le robot leva ses deux bras vers le ciel, d'un air qui semblait bizarrement crâne.

« BOSS BOROT, A LA RESCOUSSE ! »

La machine se mit alors à courir dans la direction générale de Tokyo 3. Ses pas pesants fesaient craquer le bitume, avant qu'ils n'atteignent la lisière d'un bosquet qu'elle pulvérisa dans sa charge sans même y prêter attention, semblait-il. Elle finit par disparaître, cachée par la végétation, mais il fallut un peu plus de temps avant que le bruit de sa course ne soit plus audible.

Les deux policiers étaient restés bouche bée tout le long de ce spectacle.

« - Tu crois qu'on devrait avertir quelqu'un ? Demanda l'un.

- J'en sais rien, par contre, je te dis tout de suite que c'est pas moi qui me farcira le rapport ! » Répondit l'autre.

- Un nouvel allié inattendu vient de se lancer dans la bataille ! Mais sera-t-il à la hauteur ? Pourra-t-il réellement aider nos héros à sauver Tokyo 3 ?

- Bien sûr que oui ! Boss Borot est le meilleur !

- Qu'est-ce que tu fais là, Boss ?

- Ben... J'ai vu de la lumière, et...

- Ecoute, laisse moi faire mon travail, d'accord ? Reste silencieux, je suis à toi tout de suite.

- Okay !

- Hum hum... Donc, comme je disais, Boss Borot sauvera-t-il le monde ? Ou sera-t-il la risée du Japon ?

- Hein ?

- Vous le découvrirez dans le prochain épisode de... NEKKETSU GENESIS MAZINGELION !