Chapitre 11 – Surtout si il me déteste !
L'attitude de Bree les jours suivants fut très déconcertante. Elle était tantôt joyeuse, enjouée, pleine d'espoir dans nos projets de voyages en Europe, et tantôt refermée sur elle et refusant de sortir de la maison. Elle me cachait quelque chose, à nous tous même. J'y avais beaucoup songé, ce qui m'avait évitée de me perdre dans mes fantasmes à longueur de journée. Au vu du sujet de la discussion que nous avions eu avant que mon père ne l'espionne, j'en avais conclu que soit elle ne se sentait pas encore comme faisant partie des nôtres, soit qu'elle avait craqué, même si ses yeux n'avaient pas changé de couleur.
Jacob ne me téléphona pas, j'avais même posé la question à ma mère, mais il ne l'avait pas appelé non plus. Je savais que j'avais soufflé le chaud et le froid avec lui, les hommes sont tellement obtus. Toutes les paroles dures que je lui avais dites n'étaient en fait des mots d'amour, des appels au secours, des déclarations. J'étais sans doute trop bonne comédienne. Mais je cessai de me voiler la face peu à peu. J'avais été blessée dans mon orgueil, il n'avait pas rappelé et ma colère était sincère. Il ne voulait que mon bonheur m'avait-il assuré. Mon bonheur serait complet quand je serais avec lui, mais ça il l'ignorait et moi-même j'avais mis du temps à le comprendre.
Chaque nuit, avant de m'endormir, je le matérialisais dans ma petite chambre. Je l'imaginais allongé auprès de moi, ou encore, dansant avec lui. Il ne quittait jamais totalement mes pensées.
Alice et Rose étaient en pleins préparatifs pour notre première visite en France, à Paris. Puis nous irions à Londres et Rome. Seuls mes parents viendraient avec nous. Les autres savaient que mes tantes nous traîneraient dans les boutiques, il n'y aurait rien de pédagogique dans ces voyages. Mes parents eux venaient pour réfréner les folies d'Alice me concernant mais comme je l'avais pensé, ils passèrent leur temps en tête à tête et ma tante avait dévalisé les boutiques.
Un jour que nous étions toutes les trois à la terrasse d'un café à Rome, je prévoyai de sermonner Alice. Une heure plus tôt, j'avais vécu l'enfer, enfermée dans une cabine d'essayage, avec une trentaine de tenues à essayer.
« On renvoie combien de malles à la maison demain ? » demanda Rose à Alice.
« Trois, il faut tout de même nous laisser un peu de choix pour la fin de notre séjour ! »
« Ça veut dire que nous avons terminé cet incroyable safari ? » raillai-je pas du tout convaincue qu'elles s'arrêteraient là.
« Tes parents partent pour Venise demain soir. Nous pouvons soit les rejoindre soit aller à Milan. » me proposa Alice.
« Milan ! » s'exclama Rose.
« J'aimerais beaucoup voir Venise, plaidai-je. Et aussi Vérone ! »
« Pourquoi tu ne veux pas rester avec nous ? Tu es très méchante! » me taquina Alice.
« Dit la femme qui a fait pleuré une vendeuse pas plus tard qu'hier ? » arguai-je.
Alice avait repéré une paire de bottes mais n'avait pas encore la tenue correspondante. Dans un autre magasin, elle trouva une robe et exigea de la vendeuse qu'elle aille acheter la paire pour nous. Finalement, Alice n'avait pas acheté la robe et la vendeuse avait éclaté de sanglots, mais peut-être de soulagement, quand nous avions quitté la boutique.
« Bah, quand on n'a pas une résistance au stress, on ne devient pas vendeuse dans une boutique de luxe ! »
« Tu as exagéré Alice, et tu le sais. Parfois tu oublies que la vie n'est pas aussi rose pour les autres, et pour les humains en particulier. Tu arrives avec ta carte bancaire noire … »
« J'ai toujours été très polie et gentille, Renesmée, alors que toi, tu es arrogante, de mauvaise foi et râleuse ! »
Aussitôt, elle me prit dans ses bras et s'excusa. J'éclatai alors de rire.
« Quand elle m'a dit cela il y trente ans, j'ai failli la gifler et toi tu en ris ? » me dit hébétée Rose.
« Elle n'a pas tout à fait tort, je fais des efforts mais j'ai été cette idiote qu'elle a si bien décrit. Mais ce que je voulais te dire Alice, ajoutai-je en repoussant ma tante pour qu'elle me regarde dans les yeux, c'est que tu dépenses trop d'argent pour des choses secondaires (ne surtout pas dire futiles). J'apprécie notre niveau de vie, évidemment mais je ne veux pas devenir accro au luxe. Ne m'achète plus de vêtements je t'en prie. »
« Mais que veux-tu que je fasse ? Tu crois que je n'ai jamais voulu donner de notre argent à ceux qui ont en besoin ? Figure-toi, petite ingrate, me dit-elle sans méchanceté pourtant, juste un peu de vexée, que c'est ce que nous faisions mais après trois contrôles fiscaux en moins de dix ans, nous avons dû renoncer à nos bonnes œuvres. »
« C'est quoi cette histoire ? » demandai-je, tentant de calmer le jeu.
Alice pourtant ne dit plus rien, et resta les bras croisé et le regard triste. Rose m'expliqua.
« Avant qu'Alice ne vienne vivre avec nous, nous vivions tous sur le seul salaire de Carlisle. Bien sûr, nous avions peu de besoin, mais nous devions aussi maintenir l'illusion de la normalité. Je ne parle pas pour moi bien sûr, mais les autres auraient pu rester habillés de la même façon plusieurs jours d'affilée. Nous avions surtout besoin d'intimité et pour cela il nous fallait vivre dans des maisons avec au moins trois chambres et ça n'a pas pu toujours être le cas. Ton père a même vécu dans une cave pendant trois ans. »
« Le pauvre ! » soupirai-je.
« Quand Alice est arrivée donc, elle nous a généreusement fait profiter de ses investissements. Sans compter toutes les bonnes actions faites avant de nous rejoindre. En moins de dix ans, nous étions milliardaires. Nous avons fait de très nombreux dons, en passant par un avocat pour être un maximum discret. Mais ce ne fut pas suffisant et Carlisle a même passé une nuit en prison, il a été soupçonné d'appartenir à la mafia. »
« Hein ? Mais pourquoi on ne me raconte jamais le plus intéressant ? »
« Ce n'est pas à prendre à la légère. Nous avons tous eu très peur. Depuis, nous faisons des dons mais en espèces et anonymement. Ce n'est pas assez mais notre secret est trop important. »
« Je comprends, mais de voir Alice dévaliser autant les boutiques… »
« Je te signale que je pourrais faire plus ! Sache que je me restreins de plus en plus. Avant ta naissance, j'exigeais d'eux de ne porter qu'une fois leurs vêtements. Maintenant, je ne dis plus rien. Mais il faut bien renouveler sa garde robe, nous avons des hommes à garder nous ! »
Elle me tira la langue, typiquement Alice !
« Ok, je suis désolée de ce que je t'ai dit. Tu n'es pas une milliardaire écervelée et dépensière… »
« Nous avons pu vivre dans de grandes demeures isolées, m'expliqua Rosalie, avoir chacun au moins une voiture. Ton père a eu tant de pianos, Esmé plus d'une centaine de tables et de canapés, car Emmett casse beaucoup, Carlisle a pu s'équiper tel un vrai médecin, … Bref, nous avons vécu dans l'opulence et cela nous fait à tous du bien. Pour notre espèce, une passion se vit à l'extrême. Pour Alice, sa passion est la mode, pour Carlisle c'est la connaissance et la médecine, Esmé la décoration et l'architecture, bon Emmett, tout ce qui touche au sport et le sexe, pour moi les voitures et la mécanique.»
« Tu n'oublierais pas de mentionner aussi le shopping. » me moquai-je.
« Non, tu me connais, le shopping ce n'est qu'un moyen de satisfaire mon besoin obsessionnelle d'être à toute occasion la plus belle. »
Je ne l'avais jamais entendu parler ainsi d'elle-même.
« Tu as aussi oublié le sexe! » siffla tout bas Alice.
« Et Jasper ? » demandai-je.
Rosalie sourit avec tendresse. Elle avait une connexion très étrange envers Jasper. Ils passaient tous les deux très souvent pour des jumeaux dans les mascarades servies par ma famille, pour nous intégrer. Pour autant ils ne passaient pas beaucoup de temps seul à seule.
« Sa passion c'est Alice. Il a une patience d'ange. »
À ces mots, Alice se précipita sur son téléphone portable et appela son mari pour lui dire à quel point elle l'aimait. Puis elle se mêla de nouveau à la discussion.
« Pour ta mère, ça a été un vrai casse-tête. J'ai cru pouvoir la convertir au shopping mais non. Pour le moment sa passion c'est sa fille et son mari. Mais je crois qu'ensuite ce sera … » pépia Alice.
« Je serai curieuse d'entendre tes pronostics. » coupa ma mère qui s'était approchée sans bruit avec mon père.
Ils prirent place à nos côtés et mon père me lança un regard ennuyé en constatant que j'avais deux tasses de café vides sous le nez.
« J'en avais besoin, si tu savais ce qu'Alice m'a faite faire ! Je suis une vraie boule de nerfs ! » me défendis-je.
« Bella, tu comptes vraiment devenir aussi médecin ? J'allais dire que ta passion serait la littérature. » la questionna Alice.
« Je veux suivre les traces de Carlisle. Mais j'ai bon espoir de passer quelques doctorats de littérature plus tard. J'ai toute l'éternité pour cela, je ne suis pas pressée. »
« Mon amour, tu as cloué le bec de notre sœur, lui susurra mon père, car une passion vampirique ne peut s'assouvir que dans une certaine urgence, or tu es tellement posée, intelligente, tu ne fonces pas tête baissée. Alice s'est laissée dépérir pendant plus d'un an tant elle était occupée à faire les boutiques ! »
« Edward, je pense que tu n'as pas entendu ce qu'a dit Alice juste avant. Une des passions de ta femme, c'est toi, et nous savons tous à quel point elle est du genre impatiente! » se moqua Rosalie.
Quant à moi, je priais pour devenir sourde. Ce n'était pas tant les mots qui me choquaient, mais ils me forçaient à considérer le fait que mes parents faisaient l'amour… et pas qu'un peu.
« Personne ne peut la blâmer pour cela. » pavoisa mon père.
Rosalie me prit la main sous la table puis dit :
« Ta passion est aussi Bella. Avant de la rencontrer, tu étais très studieux, mais l'amour devient pour nous toujours une priorité, toi c'était carrément une obsession. D'ailleurs, je me rappelle parfaitement quand tu as vu Bella pour la première fois. »
Et là devant nous, une vision, invisible apparemment pour les humains, débuta. C'était à Forks, dans une classe du lycée, mon père et ma mère étaient assis l'un à côté de l'autre. Les yeux de mon père étaient noirs, comme fous. Ma mère se cachait derrière ses cheveux. La tension entre eux était évidente. J'eus un sourire triste de revoir ma mère humaine. Elle était déjà très belle. Mon père me faisait peur, il la détestait à cause de l'attraction irrésistible que le poussait vers elle, la mettant en danger et remettant en cause sa foi en la voie du végétarisme.
Puis la vision changea, et on voyait mon père grimper à la fenêtre de la chambre de ma mère, chez Charlie. C'était en plein printemps, donc au tout début de leur idylle. Mon père se glissait silencieusement à l'intérieur, puis des bruits comme des gloussements nous parvinrent, et enfin des soupirs de… de plaisir…
Merde, je ne vais pas réussir à dormir ce soir.
« Ça suffit Rose. » dit sèchement mon père en retirant la main de ma tante de la mienne.
Alice riait aux éclats, Rose triomphait sans retenue et ma mère était plus que gênée.
« Je n'arrive pas à croire que tu m'aies suivi. » cracha mon père à sa sœur.
« Je ne t'ai jamais espionné, mais c'est facile à imaginer. En tout cas Jasper me doit 5 000$, il ne croyait pas que déjà à cette époque vous fricotiez. Il avait des doutes sur ta résistance Edward. »
Mes tantes pouffèrent de rire.
Je savais dans les grandes lignes les évènements précédents ma naissance. La souffrance de mon père, car il avait eu du mal à surmonter son envie de tuer ma mère pour goûter son sang la peur qu'il avait éprouvé quand elle fut menacée par James et quand ce dernier l'avait mordue le remords quand il avait cédé à son désir et qu'il l'avait lui-même blessée. Mais le sentiment dominant était l'amour inconditionnel qui lui vouait depuis plus de dix ans. Il ne se passait pas un jour sans que je ne surprenne mon père regardant ma mère telle la huitième merveille du monde, avec amour et dévotion.
Ma mère était moins éloquente, elle avait encore du mal à exprimer la myriade de sentiments qu'elle éprouvait pour son mari. Humaine, elle l'avait aimé, adoré, respecté, admiré, envié. Quand il était parti, elle aurait pu mourir de chagrin si je n'avais pas été conçue et à travers moi, elle s'autorisait à encore l'aimer lui, l'homme qui lui avait brisé le cœur. Pour moi, elle se forçait à se souvenir de chaque instant avec lui, un jour elle m'aurait tout racontée. Heureusement, malgré des circonstances tragiques, il était revenu vers elle, et elle était devenue son égale, un vampire. Depuis, elle le trouvait mille fois plus beau, son odeur mille fois plus enivrante et sa peau mille fois plus douce. En même temps que ses sens, son amour pour lui avait décuplé.
Je décidai de changer de sujet et mettre à exécution un plan pour me libérer de mes tantes par la même occasion.
« Je peux venir avec vous à Venise ? » demandai-je à mes parents.
Ce fut plus que bref, mais je les avais vu hésiter !
Ils s'offrent un petit voyage de noces en Europe, évidemment que tu déranges !
« Enfin, juste visiter deux ou trois trucs et aussi Vérone. Alice préfère aller à Milan. » ajoutai-je.
« Bien sûr Renesmée, s'empressa de répondre ma mère. Ton père a déjà prévu un tas de visites passionnantes. »
« Et pourquoi vous ne la laisseriez pas y aller seule ? » lâcha Rosalie.
Elle est géniale ma tantine! Mais aussi très naïve…
« Euh… je ne sais pas… Renesmée, tu en as envie ? »
Ma mâchoire se décrocha car je compris que la décision me revenait. Mon petit discours avait donc bel et bien porté ses fruits. J'étais une adulte, je pouvais enfin me balader seule sans risquer de tuer quelqu'un, je contrôlais ma soif.
« Oui, j'aimerais beaucoup mais j'aurais aussi voulu visiter la ville avec vous deux. » insistai-je.
« Parfait, dit légèrement mon père. Nous passerons la matinée de demain à visiter et ensuite tu pourras flâner seule. Nous ne pourrons t'accompagner, le soleil risque de faire des apparitions dans l'après-midi. Nous dînerons ensemble. Ça te va Nessie ? »
Pincez-moi je rêve. Mon père va m'abandonner en ville…
« Oui… et pour Vérone ? »
« Nous resterons trois jours à Venise puis nous irons à Vérone une journée. J'ai bien peur qu'ensuite nos vacances ne soient terminées. » me dit-il.
Ensuite ils discutèrent des achats d'Alice et de Rose et j'en profitais pour lire le journal. Mon italien était tout juste correct, je devais m'améliorer pour pouvoir profiter de mon temps libre seul. Inutile de préciser qu'Alice et Rose parlait parfaitement l'italien et le français. Rose surtout détestait être prise pour une touriste dans les boutiques de luxe. Alice se devait d'être polyglote et de pouvoir désigner en plusieurs langues les différents types de foulards.
En fin de journée, épuisée, je me vautrais sur le lit de ma chambre d'hôtel, aussitôt réprimandée par Alice.
« La femme des cavernes est de retour à ce que je vois ! »
« Ah non ! J'ai fini ma journée de parfaite jeune fille gracieuse ! Là je dois décompresser. »
« Tu ne veux pas non plus une bière et un paquet de chips ? »
« C'est d'un cliché ! » soupirai-je.
« C'est toi qui l'as voulu alors assume un… »
Elle s'interrompit puis secoua la tête de désolation et j'entendis alors à mon tour. Mes parents étaient en train de gémir, très bas certes mais pas assez pour que nous ne les entendions pas. Alors que j'allais proposer à Alice de sortir, nous parvint la voix moqueuse de Rose. Elle avait déboulée dans la chambre de mes parents.
« Je vous préviens, cette nuit je veux regarder un bon dvd, alors je vous fous dehors si vous continuez ! »
« Désolée Rose, dit ma mère d'une petite voix. Oh non, Renesmée… »
Maman, crois-moi, je suis tout aussi gênée !
Alice quitta ma chambre et rejoignis mes parents et Rose. Je l'entendis fulminer.
« Mais c'est quoi ces manières ! Tu as détruit plus de 500$ de vêtements ! Tu sais que Nessie trouve que nous dépensons trop en futilités, et voilà l'exemple que tu lui donnes ! Tu me déçois beaucoup Bella ! »
Inspire, expire, inspire, expire … ne rien imaginer… inspire, expire.
Je pris le téléphone et me commanda un dîner frugal. Puis je me glissai sous une douche chaude. Quand je sortis en peignoir de la salle de bains, je remarquai un papier sur mon lit.
« Tes parents ont changé de chambre ils sont au 3ème étage (bien fait pour eux). Avec Rose, on se fait l'intégral de Hugh Grant, rejoins-nous si ça te tente. »
Je ris à la remarque de ma tante pour le changement de chambre de mes parents. Nous occupions tous des suites au dernier étage de l'hôtel. Au troisième étage, les chambres étaient nettement moins luxueuses ! Et encore, nous n'étions même pas dans un palace. Je réalisai qu'Alice faisait effectivement des efforts pour limiter les dépenses.
Je tombai de sommeil, mais j'avais envie de profiter un peu de cette soirée calme pour penser à Jacob. Les soirées sans mes tantes et mes parents étaient rares et en leur présence je tentais toujours de ne pas penser à mon ami.
J'envoyais un sms à Alice :
« Laisse-moi dormir demain matin ! »
Alors que je tenais encore mon téléphone, je fis défiler les numéros et m'arrêtai sur celui de Jacob. Je brûlais d'entendre sa voix grave et sexy. Mais que lui dirais-je ? Il était 17h à Forks, un samedi. Que faisait-il ? Et avec qui ? J'appelai sur son portable, mais tombai sur sa messagerie. C'était une voix automatique, même pas sa voix ! J'aurais pu m'en contenter, dommage. Je composai ensuite le numéro du garage et personne ne répondit. Finalement, je tentai le domicile en me demandant à toute vitesse ce que je dirais à Billy.
« Allo ? »
Une voix de femme, jeune, … pas celle des sœurs de Jacob, j'aurais reconnu leurs voix.
« Qui est-ce Hannah ? »
La voix de Jacob, qui parlait à Hannah !
« Allo ? » insista-t'elle.
« Hum, je suis bien chez M. Newton ? »
« Non, ici la résidence Black. »
Et elle rit, comme si on l'avait chatouillé ! Elle raccrocha juste après.
Je serrai mon téléphone, le pulvérisant, puis je me levai et repartis sous la douche, froide cette fois-ci. Tout était fini, je l'avais repoussé et il m'avait déjà oubliée. Il ne me voyait que comme une enfant en fait, comme une petite sœur. Pour l'amour, il avait Hannah. Mes larmes coulaient sans que je le veuille. Je me mentais, c'était l'eau de la douche, jamais je ne pleurerais pour lui.
Quand mes yeux furent enfin secs, je coupai l'eau, remis le peignoir. Mes tantes m'attendaient inquiètes dans ma chambre.
« Pourquoi ? »
« On t'a entendue pleurer. »
« Ce n'est rien, juste de la fatigue. Je vous ai dit que mon don m'épuisait. »
« Tu sanglotais et tu n'as cessé d'appeler Jacob. »
Je ne m'en étais même pas rendue compte… j'étais pathétique.
« Je n'ai pas envie d'en parler. »
« Et pourtant… » soupira Rose en me guidant sur mon lit à côté d'Alice.
« Dis nous Nessie, nous pourrons t'aider. »
« Je n'en ai pas la force… Rose, dis-lui, s'il te plaît. »
Rosalie lui raconta ce que je lui avais confié quelques semaines plus tôt. Puis toutes deux me fixèrent, elles attendaient la raison de ma crise de larmes.
« J'ai voulu le joindre tout à l'heure, et c'est elle qui a répondu, Hannah. »
« Je vais le tuer, c'est officiel ! » ragea Rosalie.
« Attends, ça ne veux rien dire. Ils sont amis. » tempéra Alice.
« Non, ensuite, ils ont ri ensemble. Si tu avais entendu ça, ils semblaient si complices… Je l'ai perdu, c'est trop tard et surtout c'est de ma faute. Ne lui fais rien Rosalie. »
« Nessie, tu l'as fait tourner en bourrique. Malgré tout, je pense qu'il t'aime vraiment. L'imprégnation est quelque chose d'extrêmement fort et sincère, n'en doute pas. Ce n'est pas terminé.» me dit Alice.
« Comment lui faire confiance après ça ? Il m'a avouée qu'elle était amoureuse de lui. Moi je le repousse, logique qu'il se console avec elle. Elle doit être jolie et pas compliquée. Après tout, il mérite mieux que moi. »
« Oh, je connais ça… » soupira Alice
« Ça t'es arrivé ? »
« Non, mais à ton père oui. Le nombre de fois où il déprimait à cause de ta mère. Il se considérait comme une malédiction, il était convaincu qu'elle aurait une vie bien plus heureuse sans lui. Quand il l'a quittée, il était encore plus mal que jamais. On a tout fait pour le dissuader mais d'avoir ainsi blesser ta mère fut un séisme pour lui. Il a passé de semaines à imaginer le futur de ta mère. Jacob en faisait souvent parti, ou Newton. Il se rassurait en se disant que bientôt, elle serait heureuse et comblée avec un humain. »
« Ma mère était effectivement avec Jacob, mais ils n'étaient qu'amis… Mais je ne vois pas bien le rapport avec mon histoire. »
« Tu penses que Jacob serait mieux sans toi. »
« Oui… j'en suis même convaincue. »
« Et c'est là où tu te trompes. C'est un miracle que tes parents soient encore ensemble dix ans après. Un miracle qui ne se produira peut-être pas pour toi, c'est pourquoi tu dois te battre pour lui. »
« Je n'en peux plus. Je suis limite schizophrène. Je ne rêve que de lui, je brûle de désir, je voudrais passer mes journées à l'embrasser et à lui… »
« Stop, pas de détails ! » coupa Rose.
« Désolée. La journée, je tente de ne pas penser à lui, et si je le fais c'est toujours pour l'accabler davantage. Je lui en ai tellement voulu de m'avoir repoussée… Mais au final, je l'aime, enfin je crois.»
« C'est normal que tu doutes mais tu dois faire table rase du passé. Tu n'es plus une enfant, tout ce que vous avez vécu jusqu'à maintenant ne dois pas gâcher votre avenir. Je suis persuadée que cette histoire avec Hannah n'est qu'un détail, il ne l'aime pas. »
« Alors je fais quoi ? »
« Tu le rappelles maintenant et tu lui dis de t'attendre. »
« Oui Rose a raison, ajouta Alice devant mon air dubitatif. Dis lui juste qu'il doit t'attendre et c'est tout. »
« Vous restez avec moi, hein ? »
« Où est ton portable ? »
Je pointai du doigt le petit tas de plastique au pied d'un mur.
« Mouais, je te prête le mien, mais ne l'assassine pas je t'en prie ! » me prévint Alice.
Je composai à nouveau le numéro de portable de Jacob et il décrocha quasiment aussitôt.
« Salut la sangsue ! Que me vaut cet appel ? »
Il semblait heureux que ma tante lui téléphone et je la soupçonnai elle aussi d'avoir gardé le contact avec lui. Celle-ci se dandina sous mon regard assassin.
« Allo ? »
« Jacob » réussis-je à articuler.
« Je n'ai rien fait ! gronda-t'il. Je ne suis pas venu, je n'ai pas eu ta mère au téléphone depuis des semaines… »
Il semblait en colère, il devait en avoir assez de se justifier.
« Jacob, tu es avec elle ? »
« Je t'ai dit que ce n'était qu'une amie. Qu'est ce que tu veux à la fin ?»
Je déglutis en entendant son exaspération. Et si il avait vraiment tourné la page.
« J'ai… je… »
Je n'allais pas plus loin, les mots refusaient de traverser mes lèvres.
« Je n'ai pas le temps pour ces gamineries, alors dis-moi ce qu'il y a ? »
« Je voulais te dire d'appeler ma mère, tu lui manques. Je ne veux pas qu'elle souffre à cause de moi. » soufflai-je avant de raccrocher.
« Merde ! Tu ne devais lui dire que deux mots ! - Attends-moi !- Pourquoi ? »
« Rose, lâche-la un peu. Tu as entendu le son de sa voix, il était plus qu'agacé. Je me demande ce qui ne va pas chez lui. »
« Moi je vais te le dire, ce n'est qu'un crétin ! Il a Nessie dans la peau oui ou non ? »
Mes tantes continuèrent d'analyser la réaction de Jacob tandis que je me coupais du reste du monde, je ne voulais plus rien entendre. J'étais déconnectée et finalement au bout d'une heure, je parvins à m'endormir.
À mon réveil, ma mère était dans le petit salon de ma suite au téléphone.
« Je ne sais pas encore, elle dort encore... Oui je le lui dirai… À bientôt. »
« Qui était-ce ? »
« Carlisle, il voulait savoir quand nous rentrerions. Tes tantes m'ont dit que tu étais très fatiguée hier. Tu veux vraiment aller à Venise ? »
« Oui et à Vérone. »
« Ok mon bébé. Habille-toi, je t'emmène prendre un brunch au Colisée. »
Elle quitta ma chambre et je retournai m'allonger un instant dans mon lit. Puis j'appelai la suite de mes tantes. Rosalie décrocha.
« Tu leur as dit ? » demandai-je anxieuse.
« Non. »
« Vous faites quoi de beau aujourd'hui ? »
« Nous avons passé la matinée à faire du shopping et nous allons sans doute aller dans un spa pour le reste de la journée. Et toi ? »
« Ma mère… Elle était ici quand je me suis réveillée, elle a peut-être des soupçons, elle veut me voir seule. »
« On lui a juste dit que tu étais fatiguée, rassure-toi et nous n'avons pas croisé ton père donc il n'a pas pu savoir.
« Merci, je vous rejoindrai au spa. »
J'enfilai quelques vêtements au hasard, me fichant royalement de l'accord des couleurs et tant pis si ces bottes n'allaient pas avec mon pantalon.
Mes parents m'attendaient à la réception et ils interrompirent leur discussion en me voyant.
« On y va ? » dis-je en tentant d'y mettre un peu d'entrain
Un taxi nous mena jusqu'au Colisée et nous primes place à la terrasse d'un café. Le temps était gris, mais l'hiver était plutôt clément.
Mes parents me sourirent plusieurs fois sans rien dire et je commençai à avoir peur. Ils n'osaient pas me parler, peut-être avaient-ils changé d'avis quant à mon après-midi de libre le lendemain.
« Alors ? » tentai-je après avoir fini mon assiette et avoir commandé un deuxième café noir.
« J'ai un service à te demander. » commença ma mère.
« Nous. » ajouta mon père.
« Mais c'est surtout moi. Chérie, je sais que ton don t'épuise mais je me demandais si un jour prochain, tu accepterais de… si ton père te montre des souvenirs de nous, tu pourrais… »
« Oh oui bien sûr ! » m'exclamai-je.
« Merci. »
« Mais lesquels ? »
« J'aimerais revivre, à travers ses souvenirs, notre rencontre. »
Je pouffai. J'en avais eu un aperçu hier, je me réjouissais de les revoir. Ils étaient trop mignons !
« Dites, vous m'éviterez les moments intimes… »
Ils baissèrent les yeux mais finalement partagèrent mon hilarité. J'avais l'impression qu'enfin nous pouvions devenir amis tous les trois.
« Maman, tu me montreras aussi des souvenirs de Charlie et Renée ? »
« Oui, avec joie. »
« Et toi Papa, les quelques souvenirs qu'il te reste de ta vie d'avant ? »
« Avant d'être … vampire ou avant ta mère ? »
« Les deux ! »
« En parlant de ça Nessie, pourquoi as-tu tant tenu à savoir toutes ces histoires ? Pourquoi maintenant ? » me questionna mon père.
« Je suis à un tournant de ma vie. Je suis une adulte mais je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre, je suis un cas quasi unique alors je me suis dit qu'en en apprenant le plus possible sur les vampires et les humains, j'arriverais à affronter mes défis. »
Je n'avais pas évoqué Jacob, ni mes désirs, ni mes déceptions de ces dernières semaines.
« Et pour le côté humain ? »
« Jake pourrait t'aider. » dit ma mère avant de se mordre la lèvre inférieure, signe qu'elle avait fait ou dit une bêtise.
« Je pense qu'elle peut trouver mieux qu'un chiot. Pourquoi ne pas rendre visite à Nahuel ?» enchaîna mon père.
« Bof, je n'en ai pas vraiment envie car il n'a pas du tout le même genre de vie que moi, il ne pourra pas m'aider. Je dois rejoindre les filles au spa de l'hôtel, on se voit ce soir ?»
Ils échangèrent à nouveau ce regard, celui qui signifie « tant pis pour nos plans à deux ».
« Ou pas, ajoutai-je rapidement. Alice a sans doute prévu quelque chose. »
« Tiens nous au courant. » me dit mon père.
Je courais à petite foulée vers l'hôtel, j'en avais besoin pour me vider la tête. Mes tantes m'aidèrent à me changer les idées, l'après-midi au spa me détendit, si bien qu'à la fin de la journée, j'avais encore un petit espoir que Jacob me pardonne et surtout qu'il ne craque pas pour cette Hannah.
En pleine nuit nous partions tous les cinq pour Venise… Nous voyagions en voiture, mes parents, avec lesquels je refusais de voyager, étaient en Mercedes, Alice et Rose étaient en Porsche, la marque fétiche d'Alice, et je n'étais pas très l'aise à l'arrière. C'était pourtant nécessaire, d'après Alice, mes parents avaient une façon bien particulière de conduire. Il était vrai que conduire nous demandait peu d'attention, mais elle avait eu une vision d'un accident qu'ils auraient dû avoir au tout début de notre voyage en Europe. Depuis, je restais avec mes tantes, car même si mes parents étaient plus vigilants, ils n'avaient sans aucun doute pas renoncé à leurs jeux érotiques en voiture.
Ils n'avaient cessé de s'isoler durant ces premières semaines de voyage, je n'allais pas non plus m'imposer. J'aurais dû sans doute être vexée mais je comprenais maintenant qu'ils n'avaient pas eu assez de temps pour eux depuis ma naissance. Entre nos journées ensemble, les visiteurs plus ou moins amicaux, les autres membres de notre famille, le shopping et Jacob, ils n'avaient pas assez profité l'un de l'autre. À Venise, je me ferais discrète, je les laisserais se perdre dans l'ambiance romantique sans avoir à subir ma mauvaise humeur quasi permanente, malgré mes efforts. Cela me coûtait d'être raisonnable, et je me promis d'être plus insouciante, de profiter un peu de ces vacances.
Et même si l'homme de ma vie me déteste probablement ? Surtout si il me déteste !
