Chapitre 12 : Chez Madame Pieddodu
Truth be told, my problem solved
You mean the world to me
But you'll never know
You could be cruel to me
While we're risking the way that I see you
But I see you
I see you, Mika
Dix-neuf ans plus tôt
On frappe violemment à la porte du petit appartement londonien dans lequel nous nous sommes réfugiés.
"Monsieur Malefoy ! vocifère l'homme derrière la porte. Monsieur Malefoy !
Le visage de mon père est blême. Il a les traits tirés et d'énormes cernes violacées sous les yeux. Il me jette un regard désespéré.
- Drago, souffle t-il. Va dans ta chambre. Ne bouge pas tant que maman ne te l'aura pas dit.
- Mais…
- Ne proteste pas, Drago. C'est important.
Ne voulant pas contrarier mon père, je pars me réfugier dans ma petite chambre. Je prends soin de bien fermer la porte derrière moi. Qu'est-ce qui se passe ? J'ai comme une envie de pleurer.
Sur le bureau, ma mère a posé bien en évidence mon jouet préféré. C'est un petit soldat en plastique. Je l'attrape : peut-être que lui, il pourra me protéger contre les méchants.
- Ouvrez, police ! insiste la voix.
J'entends la porte s'ouvrir, puis des bruits de pas et de lutte.
- Lucius Malefoy, fait une voix implacable, presque mécanique, vous êtes en état d'arrestation pour participation à une organisation classée terroriste. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice.
Un bruit de menottes qui se ferment.
- Lucius, non ! s'écrie ma mère. Lâchez-le, je vous en prie...
Je devine à sa voix qui se brise qu'elle est en train de pleurer.
-Madame, vous ne faites qu'aggraver la situation de votre mari en intervenant de cette manière. Maintenant, laissez-nous faire notre travail, répond sèchement l'un des policiers.
Des pas à nouveau, qui s'éloignent.
- Non, non… Non ! Lucius ! j'entends ma mère gémir misérablement.
Je serre très fort mon petit soldat dans ma main. Au fond de moi, je le sais : plus rien ne sera jamais comme avant.
De nos jours
Chez Madame Pieddodu est sans aucun doute le salon de thé le plus kitch de Londres. Des rayures de la tapisserie aux petits noeuds accrochés aux fenêtres, en passant par les coussins des fauteuils, le rose est omniprésent. Et comme si cela ne suffisait pas, des rubans aux couleurs criardes ont été accrochés un peu partout dans la salle, donnant la sensation dérangeante de se trouver dans un paquet cadeau géant.
Ils ont poussé le vice jusqu'à suspendre des angelots au plafond. Ils pendent lamentablement au-dessus des têtes des clients, brandissant leurs flèches d'amour en plastique.
Je vois ma mère plisser le nez devant ce décor.
"Heureusement que leur nourriture est bonne, remarque t-elle avec un air dégoûté. Parce que leur sens de la décoration est pour le moins…
- Merdique ? je demande.
J'adore jouer à l'adolescent attardé avec elle. Ca marche à tous coups.
- Drago, ton vocabulaire ! Je voulais dire déplorable… corrige t-elle avec ses accents traînants - apparemment une marque de fabrique de la famille Malefoy.
Je l'observe : comme d'habitude, elle est tirée à quatre épingles. Elle a revêtu un tailleur gris et s'est très légèrement maquillée. Ses longs cheveux blonds ont été attachés en un chignon serré.
De ma vie, je n'ai jamais vu ma mère négligée. Je crois que la seule fois où c'est arrivé, c'était le jour où mon père a été emprisonné.
- Mon chéri, commence t-elle alors que nous nous installons à une table dans un coin du café, qu'est-ce que c'est que ce cocard et ces bleus sur ton visage ? Tu t'es battu ?
- Ce n'est pas ce que tu crois.
- Alors quoi ?
Je soupire. Je n'ai pas envie de commencer la conversation directement sur ce sujet.
- Figure-toi que je me suis fait casser la figure par ce très cher Avery, je lâche néanmoins.
- A… Avery ? bredouille ma mère.
Elle prend un air surpris. Malgré tout, je suis parfaitement en mesure de déterminer quand elle joue la comédie.
- Tu n'es pas vraiment surprise, je remarque.
- Q… quoi ? fait-elle, déstabilisée. Et comment pourrais-je être au courant ?
- Parce que tu en sais bien plus sur les mangemorts que tu ne le prétends.
- Mon chéri…
- Non, pas de chemins détournés, cette fois-ci maman. Pas de "je ne savais pas que ton père était l'un d'eux". Je veux savoir.
Elle pousse un long soupir.
- Maman… J'ai vingt-sept ans. C'est inutile de me mentir pour "me protéger". Ca ne m'a pas empêché de me faire tabasser par ses salauds jusqu'à l'évanouissement !
- Drago, tout ce que je te dirais pourrait t'attirer des ennuis… Et crois-moi quand je te dis qu'ils sont capables de bien pire !
- Je suis déjà dans les ennuis… Ils m'ont dans le collimateur, avec ce qu'il s'est passé. Ils pensent que je les espionne.
- Je… je ne préfère pas savoir dans quelles circonstances tu t'es attiré ce genre de problèmes… soupire t-elle. Tu aurais dû rester en dehors de tout ça et ne pas t'en mêler.
- Trop tard. Peut être que si tu ne m'avais pas tellement menti, je n'aurais pas cherché à en savoir plus sur les mangemorts.
- Je l'ai fait…
- Pour me protéger, oui, je sais. Mais le fait est que, dans la situation actuelle, le plus j'en sais sur eux et le mieux je peux me protéger…
Je marque une pause volontairement pour la laisser réfléchir.
- Soit, je veux bien répondre à certaines de tes interrogations, concède-t-elle finalement.
Eh bien, ça été beaucoup moins difficile que ce que je pensais…
Je prends une profonde inspiration.
- Bon, première question alors : qu'est-ce que les Black ont à voir avec les mangemorts ?
Je la vois plisser ses lèvres imperceptiblement. Ma question la contrarie.
- Ma famille… a toujours adhéré aux genres d'idées que prêchait le Seigneur des ténèbres et ses disciples.
Le "seigneur des ténèbres", rien que ça…
- Beaucoup de Black de ma génération sont entrés chez les mangemorts. Mon cousin Regulus, ma soeur, Bella… Quant à moi, mon père a fait en sorte que j'épouse un mangemort.
- Et Sirius ? Et ton… autre soeur, celle que je n'ai jamais vu ?
- Sirius était un rebelle dans l'âme, il n'adhérait pas du tout à ce genre d'opinions politiques. Au contraire ! Il s'est très tôt engagé dans… cette espèce d'organisation qui lutte contre les groupes d'extrême-droite.
- L'ordre du Phénix ? C'est de ça que tu parles ?
- Oui… Exactement. Il… Il y avait des amis. Les parents de ce Potter, notamment. Quand à ma soeur, Andromeda, elle a épousé un de ces énergumènes !
- Energumènes ?
- Oui enfin… Quelqu'un qui n'est pas comme nous.
Comme nous…
Avec les mangemorts, ça peut vouloir à la fois tout et rien dire. Cela peut aussi bien désigner les aristocrates, que plus largement ceux qui se revendiquent d'une race supérieure (selon des critères encore à ce jour totalement indéterminés).
Cela peut aussi signifier les anglais pure souche. N'importe quel généticien vous expliquerait la stupidité du concept, mais au fond les mangemorts se fichent pas mal du bien fondé de leur idéologie. Tout ce qui compte, pour eux, c'est d'avoir un autre à haïr et rendre responsable de tous les dysfonctionnements de la société actuelle.
- Donc ta famille a toujours été liée aux mangemorts… je conclus.
- Exactement. Et j'ai tout perdu à cause d'eux, me répond ma mère avec un petit sourire triste. Mon cousin Régulus est mort, Bella a fini à l'asile, ton père en prison… Et ma soeur Andromeda ne me parle plus. Tu savais que tu avais une cousine d'ailleurs ? Je l'ai appris il y a peu. Elle s'appelle Nymphadora.
Elle prend une gorgée de son thé, puis ajoute :
- Je suppose que tu as dû trouver des objets avec la marque des ténèbres dans les affaires de Régulus…
- Oui, un coffre, mais je n'arrive pas à l'ouvrir.
- Tu sais, ce n'était pas un mauvais garçon, fit ma mère, les yeux soudain dans le vague, et un léger sourire sur les lèvres. Il… Il est mort parce qu'il s'était retourné contre l'organisation. Ton père et les autres étaient furieux.
- Et toi ? Qu'est- ce que tu penses de tout ça ?
- Moi ? Je n'ai jamais aimé l'usage de la violence pour servir une cause, quelle qu'elle soit.
- Et… malgré tout ça, tu… tu aimais père ?
Elle a un sourire amer.
- Oui. Je crois même que je l'aime toujours. Tu sais, Drago, ton père n'a pas que des mauvais côtés.
- Ça, ça reste encore à prouver… je grommelle. Bref, pour en revenir aux mangemorts… Je croyais qu'avec la mort de Jédusor et l'arrestation des principaux mangemorts, l'organisation avait été dissoute.
- Je le croyais aussi, admit-elle. Je sais qu'Avery et quelques autres considèrent qu'ils tiennent encore la société debout et ont l'espoir de lui redonner sa gloire d'antan… Mais le fait est que depuis la mort du Maître, ils n'ont rien fait de concret.
- Donc tu savais que Avery essayait de maintenir un espèce de reste d'organisation...
- Oui, il me l'avait dit. Mais Avery n'est pas le genre à réussir quoi que ce soit de grande ampleur tout seul. Les grands mangemorts, ceux qui avaient un pouvoir de nuisance important, ont tous été arrêtés. Aujourd'hui, les quelques uns qui restent ne sont rien d'autre que les derniers représentants d'une société déjà morte.
- Mais je crois que cette fois-ci ils ont décidé de vraiment reprendre du service… Tu savais qu'ils recrutent ?
- C...comment est-ce que tu le sais ?
- Avery croyait que j'étais une nouvelle recrue. Et Adrian Pucey en était réellement une, comme j'ai eu le plaisir de le découvrir….
- A… Adrian ? Ton…
- Mon ex ? (Ma mère grimace à ce mot.) Exactement.
- Tu vois, je t'avais bien dit que ce garçon n'était pas fréquentable.
- Maman… Petit un, tu es mariée à un mangemort donc tu ne peux pas vraiment me donner de leçon. Et petit deux, tu disais ça uniquement parce que tu ne digérais pas que je sois gay. (A nouveau, elle grimace.)
- Bref, je t'ai dit tout ce que je savais sur les mangemorts…
- Tout ? Tu as vécu avec l'un d'eux… Tu en sais forcément plus que ça !
- C'était une société secrète, Drago ! Ton père ne me disait rien sur son fonctionnement, ou sur leurs projets. Je ne savais même pas qui en était membre ! Même s'il était évident que les amis de ton père comme Avery ou Théodus Nott en faisaient partie…
Je hoche lentement la tête. Je suis prêt à la croire sur sur point. Je n'ai jamais vu mon père - ni aucun mangemort d'ailleurs - admettre qu'il en était un. Même quand je le visitais en prison, il refusait de l'admettre. Alors envisager qu'il confie des détails à ce sujet paraît presque impensable…
- Au fait, Drago, je change de sujet mais est-ce que tu as quelqu'un en ce moment ?
Ça y est… La voilà qui attaque son sujet préféré, à savoir ma vie sentimentale, et surtout mon futur mariage avec une fille soigneusement sélectionnée par ses soins.
- Je comprends que tu ai eu besoin de… faire des expériences à la fac, poursuit-elle. Mais maintenant, tu es plus mûr, tu ne songes pas à te poser ?
- Maman, je te l'ai déjà dit, ce n'est pas une passade… Je suis bel et bien gay. Accepte-le.
- J'aimerais te présenter quelqu'un. C'est la dernière fois que je te le demande, fait-elle, ignorant totalement ma dernière remarque. Promis, si celle-ci ne te plait pas, je laisserais tomber.
- Maman, je te le répète : Je. Suis. Gay, je martèle.
- C'est la dernière fille que je te présente, insiste-t-elle.
- Maman…
- S'il-te-plait.
- Qu'est-ce qu'elle a de si spécial ?
- Je pense qu'elle pourrait te plaire.
- Elle a un vagin.
- Je ne savais pas que tu étais si attaché aux détails, Drago, rétorque t-elle avec toute la mauvaise foi dont elle est capable.
- Bon, d'accord… je cède. Je la rencontrerai. Mais c'est c'est la dernière fois !
Un immense sourire se forme sur son visage. C'est toujours comme ça, avec elle. Elle arrive toujours à ses fins en insistant jusqu'à ce que j'accepte.
- Parfait ! s'exclame-t-elle, ravie. Tu verras, tu ne seras pas déçu !
- Je n'en doute pas une seconde…
Après mon rendez-vous avec ma mère, je décide de passer au 12, square Grimmaurd pour aller chercher quelques affaires. Je ne peux décemment pas continuer à vivre avec les fringues de Théo. J'ai l'air ridicule dans ses vêtements qui font une taille de plus que moi !
Une fois devant la porte, j'ai un moment d'hésitation. Peut être que j'aurais dû prévenir Potter avant de venir… Oh, et puis c'est chez moi, après tout !
Je frappe. Quelques minutes plus tard, j'entends des bruits de pas, puis la porte s'ouvre sur…
- Monsieur Goldstein ? je lâche, surpris.
- Monsieur Malefoy, me salue ce dernier, l'air quelque peu crispé. Je… Harry n'est pas là, je ne sais pas si… si vous vouliez lui parler. Il m'a brièvement expliqué la situation.
- Je venais simplement chercher des affaires. Je peux entrer ?
- Oui, allez-y, je ne vais pas vous empêcher d'entrer chez vous… répond t-il après un moment d'hésitation.
Je crois que les soupçons de Colin sont confirmés : Goldstein est le copain de Potter. Je ne vois pas d'autre explication à ce qu'il se balade en jogging, chez moi, en l'absence de Potter.
Je le remercie puis me je rends dans ma chambre pour réunir les affaires dont j'ai besoin. Lorsque j'arrive, Mornille saute du lit pour m'accueillir et vient se frotter à ma jambe avec un air satisfait.
"Coucou, toi, je fais en lui grattant la tête. Comment ça va ? Il s'occupe bien de toi ?
Un ronronnement me répond. Je suppose que ça veut dire oui.
Je décide également d'aller chercher le coffre dans la chambre de Régulus. Ainsi, Théo et moi pourrons l'examiner - et avec un peu de chance, l'ouvrir. Je constate qu'il est toujours à sa place. Visiblement, Potter n'a pas pensé à fouiller les chambres du haut.
Alors que je passe sur le palier du deuxième étage, un sac de voyage sous le bras, je remarque que la porte du bureau de Potter est restée ouverte en grand. Un ordinateur ouvert est posé en évidence sur son bureau. Peut-être qu'il s'agit simplement de celui de Goldstein, je ne vois pas pourquoi Potter aura laissé son ordinateur allumé alors qu'il est sorti… Mais j'ai quand même envie d'aller vérifier.
Je tends l'oreille. J'entends un bruit de pas au rez-de-chaussée, signalant la présence de Goldstein. Parfait, j'aurais largement le temps de l'entendre monter les escaliers s'il vient par ici. Doucement, je dépose mon sac sur le pallier et entre sur la pointe des pieds dans le bureau de Potter.
L'ordinateur est bien allumé et déverrouillé. La photo du fond d'écran montrant Potter avec Granger et Weasley ne laisse aucun doute sur son propriétaire. J'entreprends de fouiller un peu dans ses dossiers. Au début, je ne trouve rien de bien intéressant. Des extraits de romans, des textes… En temps normal, j'aurais tué pour mettre la main sur des fichiers pareils, mais là je suis à la recherche de ce qu'il pourrait savoir sur les mangemorts. Soudain, alors que je me décide à fermer le dossier "écriture" de son ordinateur, un document avec pour titre enquête_confidentiel attire mon attention. Je décide de l'ouvrir. Sous mes yeux, le document se charge puis soudain, s'affiche en lettres noires :
Les mangemorts : l'incroyable mensonge enfin dévoilé au grand jour
Par Harry Potter
Je survole les premières lignes en vitesse, intrigué. Je capte quelques mots : Jédusor, mort suspecte, gouvernement…
Il faut que j'aie une copie de ce document. Potter a dû y écrire toutes ses découvertes. Ca pourrait nous servir. Je fouille mes poches, mais je n'y trouve pas ma clé USB. Mince, elle doit être dans mon sac. Je me lève précipitamment pour aller la chercher.
Lorsque j'arrive sur le pallier, j'entends le bruit distinctif de la porte d'entrée qui s'ouvre puis se referme.
"Harry ? fait la voix de Goldstein. Tu es déjà rentré ?
Eh merde…
- C'était fermé… j'entends Potter répondre après un bruit de baiser - bien deviné, Colin... Quel genre de commerce est fermé le mardi, sérieusement ?... Bon, je retourne travailler, tu me dis quand le dîner est prêt ?
- Oui, euh… juste pour te prévenir, Malefoy est là, il est passé chercher quelques affaires.
Vite, il faut que je ferme le document avant qu'il ne se rende compte que j'ai fouillé son ordinateur.
Je me précipite pour tout éteindre puis retourne sur le pallier. C'est exactement le moment où Potter atteint le deuxième étage. J'ai eu chaud…
- Monsieur Malefoy, me salue t-il. Comment allez-vous depuis hier ?
- Je crois que je me suis remis de mes émotions, merci.
- Tant mieux… souffle t-il. Quand vous aurez le temps, peut-être pourrions-nous avoir une discussion ? J'ai bien conscience que je ne peux pas vous exclure d'ici indéfiniment…
- Jeudi, je finis plus tôt. Ça vous irait ?
- Très bien. A jeudi alors, me répond t-il avant d'entrer dans son bureau.
- Ah et Monsieur Potter ? j'ajoute.
- Quoi ?
- Vous pourrez penser à vous occuper de Mornille en mon absence ?
Un petit sourire se forme sur ses lèvres.
- Évidemment. Ne vous inquiétez pas pour votre chat, il est entre de bonnes mains.
