Confortablement assise sur sa moto Kuvira roulait dans les rues de la ville. Dans la poche de sa veste se trouvait l'enveloppe remplie d'argent pour Urey. Sa camarade de free fight était la dernière sur sa liste. Elle avait déposé dans les boites aux lettres des autres leur argent et il ne restait qu'elle. Elle avait décidé de passer chez elle en dernier. Elle hésitait entre faire comme les autres et laisser l'argent anonymement ou frapper à la porte pour discuter avec Urey.

Une étrange amitié s'était installée entre elles et une partie de Kuvira ne voulait pas la voir s'envoler. Une autre partie ne voulait plus rien avoir à faire avec ses combats illégaux et elle avait peur de la réaction d'Urey en apprenant qu'elle travaillait avec la police durant ces dernières semaines.

Kuvira resta quelques minutes devant l'immeuble où se trouvait Urey et sa famille. Finalement elle se contenta de déposer l'argent comme elle l'avait fait pour les cinq autres personnes. Elle n'était pas sûre que Urey était chez elle ou si elle voulait la recevoir. Peut-être qu'elle aussi ne voulait pas voir quelqu'un qui lui rappelait ses activités nocturnes.

La route était dégagée et peu encombrée et elle décida donc de faire un léger détour avant de retrouver Lin dans la salle de sport de Korra. Dorénavant il n'y avait aucune raison pour qu'elles se retrouvent en secret dans un lieu excentré, aussi loin du poste de police que de chez Kuvira or elles avaient décidé de maintenir leurs rencontres dans la salle de Korra. Cela leur permettait de voir la jeune femme de temps en temps.

Lin était une amie de la famille de jeune femme musclés aux yeux bleus, quant à Kuvira elle s'était rendue compte qu'elle appréciait beaucoup Korra même si elle était à l'origine une amie d'Opal. Elle la considérait aussi comme tel, elles s'étaient aperçues qu'elles avaient beaucoup de points communs.

De plus elle devait avouer que la salle de sport de Korra, en plus d'avoir quelques pièces qu'on pouvait réserver comme celle qu'elle avait avec Lin, était bien plus complète que celle qui était à deux rues de chez elle.

- Bonjour Kuvira.

Kuvira salua poliment Lin qui se tenait dans sur le banc à l'attendre dans sa tenue de sport. Après avoir posé son sac et s'être quelque peu étirée Kuvira prit place sur le tapis face à l'autre femme.

Sans plus de discussion les deux femmes commencèrent à s'affronter au corps à corps. C'était la première fois qu'elles se battaient depuis qu'elles avaient arrêtés le réseau de combat illégaux. Kuriva était plutôt curieuse de savoir comment se passait la suite des interrogatoires, notamment de Yeo, Ray, Tarrlok et Naotak cependant elle savait que Lin n'allait pas lui en parlait tant qu'elles se battaient.

Lin aimait être entièrement concentrée quand elles étaient en plein combat. Kuvira devrait attendre la fin de leur session. Kuvira sentait qu'elle était un peu plus lente ce jour-là. Elle n'était pas sûre s'il s'agissait du fait qu'elle savait qu'elle n'avait plus besoin d'être aussi performante car elle n'avait plus à se battre réellement contre d'autres personnes ou si c'était parce les dernières nuits elle n'avait pas beaucoup dormit, trop occupé à apprendre le corps d'Opal.

Un coup de poing heurta son épaule tandis qu'elle pensait à Opal. Elle grimaça en sentant la douleur mais aussi son embarras, penser à quoi ressemblait Opal quand elle avait un orgasme alors qu'elle était face à sa tante n'était pas la meilleure idée qu'elle ait eu de la journée.

Sa piètre performance de la journée était assez évidente cependant Lin ne fit aucun commentaire pour une fois. Kuvira lui en fut reconnaissance.

- Comment vont les interrogatoires ?

Lin rangea sa bouteille d'eau dans son sac. Elle soupira d'un air fatigué.

- Lentement, ils ne coopèrent pas c'est certain mais ils sont coincés. Ils ne font que retarder l'inévitable.

- Vous avez des nouvelles de Zaya ? La sœur de Tarrlok et Noatak ?

Kuvira était partagée sur son cas. Elle se rappelait de ce qu'elles avaient fait sur le fauteuil dans l'entrepôt.

C'était quelque chose qu'elle pouvait difficilement l'oublier.

Elle avait fait cela pour s'approcher de Tarrlok, ce qui avait tout à fait fonctionné, or elle devait avouer qu'elle se sentait mal d'avoir utilisé l'autre femme ainsi. Zaya ne faisait pas partie du réseau à proprement parler, elle n'était venue qu'une seule fois pourtant elle était au courant de ce que faisait ses frères et avait eu l'intention de revenir.

- Elle est toujours au Pôle Nord et comme on n'a rien de concret on ne peut aller la chercher pour l'enquête. Si elle est intelligente elle y restera.

Kuvira se mordit la lèvre en se rappelant que Zaya était partie au Pôle Nord avec son père car elle s'ennuyait à Republic City, si elle n'avait rien à faire dans la grande ville que pouvait-elle envisager de faire au Pôle ?

- Je te tiendrai informée si tu veux.

- Oui, je veux bien.

Lin enfila une veste en acceptant.

- As-tu déjà donné l'argent aux personnes de ta liste ?

- Oui, avant de venir ici.

- Je vois. C'est quelque chose de généreux ce que tu as fait là Kuvira. Opal le sait ?

Cette question était étrange. Une pointe d'inquiétude s'empara d'elle comme à chaque fois que Lin mentionnait Opal. Elle avait toujours l'impression que la vieille femme avait compris ses sentiments pour sa nièce. Le manque d'expression sur le visage de Lin rendait difficile toute lecture de ses pensées.

- Oui, je lui ai même remboursée les 50 000 yuans que je lui devais.

- Tu es quelqu'un de bien Kuvira.

Un doux sourire apparut sur les lèvres de la plus jeune.

- On se voit plus tard.

Lin lui fit un dernier signe de tête puis sortit de la pièce. Kuvira ramassa ses affaires pour retourner jusqu'à son appartement.

En arrivant devant son immeuble elle se sentit heureuse, elle savait qu'elle allait bientôt retrouver Opal. Depuis leur première nuit ensemble et leur conversation du lendemain, Kuvira nageait dans un océan de bonheur. Elle pouvait embrasser et prendre dans ses bras l'autre jeune femme à sa guise. Opal avait dormi dans son lit, ou elle dans le sien, tous les soirs depuis le premier.

Kuvira était chez elle depuis moins d'une heure quand Opal lui envoya un message pour savoir si elle pouvait venir chez elle. Lorsqu'elle lui ouvrit la porte la plus jeune se pencha vers elle pour un baiser. Kuvira lui rendit avec entrain, savourant la douceur de ses lèvres tout en la faisait rentrer chez elle. Opal se blottit ensuite contre elle en soupirant de contentement.

- Tu vas bien ?

- Oui, oui mais c'était une longue journée à la boutique. Il me tardait de te revoir.

Déposant un doux baiser sur les cheveux courts d'Opal, Kuvira sourit tendrement puis ferma ses bras autour de son corps. Elle aimait la sensation d'avoir Opal contre elle ainsi.

- Moi aussi.

Après quelques secondes dans le silence Opal se dégagea pour presser une autre fois leurs lèvres ensemble.

- Tu es allée donner tes enveloppes ?

- Oui, tout est fait.

Opal posa sa main sur un des biceps de Kuvira pour un autre baiser, le sourire aux lèvres.

- Mon héros. Ma petite amie est un héros.

Les joues de Kuvira se colorèrent autant à cause de la louange d'Opal mais aussi du fait qu'elle l'appelle sa petite amie. Depuis qu'Opal l'avait nommée ainsi un soir, pendant qu'elles se câlinaient devant la télévision elle ne s'était pas arrêtée. Opal avait vu l'effet qu'une telle appellation lui faisait. Kuvira aimait savoir qu'elle était la petite amie d'Opal et vice-versa. Elles restèrent à s'embrasser de longues minutes puis la plus jeune s'écarta pour servir un verre de jus à la plus âgée.

- J'ai eu Jinora au téléphone cet après-midi.

Kuvira jeta un coup d'œil à Opal tandis qu'elle finissait de faire la vaisselle.

- Ah oui ? Comment elle va ?

- Très bien, Kay vient de la demander en mariage.

- C'est super, elle doit être heureuse.

- Oui, justement elle m'a appelé pour ça. Elle veut que j'aille les voir la semaine prochaine.

Posant le dernier plat, dorénavant propre, Kuvira se retourna vers Opal.

- Tu veux y aller ?

- Oui, ça fait des mois que je ne l'ai pas vu. Je pense qu'elle va vouloir fêter leur engagement.

L'idée de savoir que l'autre femme allait partir était assez décevant, elle voulait qu'Opal reste avec elle le plus longtemps possible. Cependant elle savait que sa petite amie aimait beaucoup Jinora et il était normal qu'elle ait envie de la voir, surtout dans un telle période heureuse.

- Tu partiras pendant combien de temps ?

- Je ne sais pas, il faut que je m'organise avec Bolin pour la boutique. Je peux la fermer quelques jours, mais il devrait s'occuper du jardin et peut être de quelques livraisons.

Kuvira acquiesça en s'approchant d'elle.

- Si tu veux je peux demander à Jinora si tu peux venir, je ne pense pas que ça pose de problème.

Un sentiment amoureux se propagea dans le corps de Kuvira en entendant Opal lui proposer de l'accompagner. Elle n'avait jamais rencontré Jinora personnellement, Opal l'avait rencontrée après son départ de chez les Beifong. D'après ce qu'en avait dit la plus jeune Jinora aurait accepté sa présence, margé tout elle ne voulait pas s'imposer. Elle voulait qu'Opal et son amie se retrouvent, sans qu'elle ne soit pour distraire par sa simple présence sa petite amie.

- C'est gentil mais non. J'ai mes examens finaux dans un mois. Je dois me préparer.

De plus, comme elle venait de le dire à Opal pour refuser son invitation elle avait effectivement ses études à terminer.

- C'est vrai, j'avais oublié.

L'humeur d'Opal se fit plus sombre. Leur relation était toute nouvelle et elles n'avaient pas parlé de ce qui allait se passer lorsque Kuvira devrait partir de son appartement pour se rapprocher de Zaofu.

En posant sa main sur l'épaule d'Opal leurs yeux se croisèrent et Kuvira vit l'inquiétude dans ceux de la femme aux cheveux courts. Sa main glissa ensuite sur le bras puis la main d'Opal et la fit se lever pour qu'elles soient face à face. Elle enlaça sa taille pour la tenir contre elle. Opal passa ses doigts dans les cheveux de Kuvira.

Leurs lèvres se retrouvèrent.

Lorsqu'elles se séparèrent quelques minutes plus tard, légèrement à bout de souffle, Kuvira entraîna l'autre jeune femme vers le canapé.

- Tu vas me manquer.

- Tu vas me manquer aussi, mais c'est bien que tu revois Jinora. Vous aurez beaucoup de choses à vous raconter.

Opal se blottit contre elle.

- Tu as raison, mais je ne lui dirai pas la meilleure chose qui me soit arrivé.

Un sourcil se leva sur le visage de Kuvira faisant sourire Opal.

- Je parle de toi bien sûr et du free fight.

- Et c'est quoi alors la meilleure chose ? Moi ou le free fight ?

Une claque taquine frappa la cuisse de Kuvira.

- Toi bien sûr.

Les deux femmes se mirent à rire avant qu'Opal ne prenne une manette.

- Tu veux que je te botte les fesses une fois encore à Mario Kart.

- On verra ça...

Kuvira se leva pour allumer la télévision et sa console. Elle revint ensuite s'asseoir aux côtés d'Opal, sa propre manette en main. Depuis la première fois où Kuvira avait été presque humiliée par l'autre jeune femme elle s'était entraînée à Mario Kart, cependant Opal était encore bien meilleure qu'elle. Une fois encore elle essaya de distraire sa petite amie en déposant des baisers sur son cou lors de leurs parties, cependant Opal gagna à nouveau. Bien trop souvent si on demandait son avis à Kuvira, mais les baisers qu'elle recevait de la part d'Opal en guise de compensation étaient perçus avec joie.

Comme prévu, Opal partit la semaine suivante pour rejoindre son amie Jinora et lorsque Kuvira s'endormit seule dans son lit elle soupira. Son lit semblait si vide et ne pas avoir Opal blottie contre elle était étrange. Elle passa ses bras autour d'un cousin, qui sentait encore comme sa petite amie.

Opal l'appela le lendemain de son départ pour prendre des nouvelles. Kuvira pouvait entendre que la jeune femme était heureuse d'avoir retrouvé son amie qui venait de se fiancer.

- Demain soir Jinora a prévu de faire une soirée, il y aura toute sa famille. Il me tarde de revoir Ikki, elle s'occupe de nouveaux plants.

En souriant, elle écouta Opal parler avec excitation des fleurs que faisait pousser Ikki. Elle voulut la taquiner en lui rappelant qu'elle était censée être en vacances, mais elle savait qu'Opal aimait vraiment la botanique. Elle pourrait en parler n'importe quand sans qu'elle le considère comme son travail.

Kuvira ne pouvait en dire autant de ses études.

- Et toi ? Comment ça se passe ?

- Oh tu sais, toujours pareil. Je suis allée courir ce matin et j'ai travaillé sur mon dossier.

- Tu n'as pas l'air très emballée.

- C'est un dossier sur la transmission d'une entreprise par le biais de la cession d'actions d'une société annexe.

- Je n'ai aucune idée de quoi tu parles.

Le rire d'Opal la fit sourire.

- C'est aussi intéressant que s'en a l'air, crois-moi. Je pense que j'aurai dû le faire sur le commerce des armes.

- Pourquoi tu ne l'as pas fait ?

- Ça ne m'aidera pas si je vais travailler pour Suyin.

- Je vois.

Un silence s'installa entre elles et Kuvira put entendre les cris dans le téléphone, sûrement les frères et sœurs de Jinora qui devaient se trouver non loin d'Opal.

- Kuvira ?

- Oui ?

- Est-ce que tu es sûre de faire le bon choix ?

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Est-ce que travailler pour ma mère est ce que tu veux réellement ?

La question surprit Kuvira au plus haut point.

- C'est ce que j'ai toujours voulu faire.

- Pourquoi ?

Kuvira fronça les sourcils, on ne lui avait jamais posé la question. Ni Suyin, ni Baatar Sr., Baatar Jr., ses professeurs ou ses camarades. Elle-même ne s'était jamais posé la question. Cela avait toujours semblé comme une évidence, Baatar Jr. allait être architecte et elle serait à ses côtés. Elle voulait rendre Suyin fière, pour la remercier de s'être occupée d'elle toutes ces années.

- Je… Je ne sais pas.

- Est-ce que tu fais ça à cause de ma mère ?

Une boule se forma dans sa gorge tandis que Kuvira fermait les yeux et fut surprise de se rendre compte que ses yeux s'humidifiaient.

- Comment tu le sais ?

- Je suppose que je commence à te connaître.

Kuvira pouvait entendre le sourire dans la voix de la jeune femme.

- Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, je comprends pourquoi tu fais ça. Tu pourrais aimer travailler avec ma mère mais Kuvira… Et si ça ne te plais pas ? Si tu penses que tu ne vas pas être épanouie dans ton travail tu devrais peut-être y réfléchir avant qu'il ne soit trop tard. Personne ne t'en voudras. Je sais que ma mère préférerait te savoir heureuse en faisant autre chose que te voir ne pas aimer ton travail tous les jours.

Elle ne sut quoi répondre. Opal pointait du doigt quelque chose d'important, quelque chose qu'elle essayait de refouler depuis quelques temps. Elle se massa le front pour tenter de reprendre ses esprits.

- Je suis si proche de la fin maintenant.

- Je sais mais réfléchis-y ? C'est important.

- Oui, je le ferais.

Un autre silence s'installa, sauf que cette fois-ci les pensées de Kuvira battaient furieusement dans sa tête.

Que devait-elle faire ?

Opal avait-elle raison ?

Devait-elle penser à une autre carrière ?

Pour faire quoi ?

Elle soupira à nouveau. Elle se mentait à elle-même. Elle savait très bien quel autre métier elle voulait faire.

Mais avait-elle le courage de se l'avouer ?

Avait-elle la force de le dire aux autres et de s'engager dans une nouvelle formation ?

- Kuvira ? Je suis désolée, je ne voulais pas te perturber.

- Non, non tu as raison.

- Vraiment ?

- Oui.

- Je… Je veux que tu saches que je te dis ça sérieusement et sincèrement. Je t'aime et je veux que tu sois heureuse dans ta vie professionnelle. Je ne dis pas ça pour te garder avec moi.

Un sourire se dessina sur les lèvres de Kuvira.

- Cette idée ne m'avait pas traversé l'esprit Opal. Je sais que tu n'es pas comme ça. Tu es la personne la plus altruiste que je connaisse et je t'aime aussi.

- Tu m'as manqué hier soir.

- A moi aussi.

Au loin Kuvira entendit une voix féminine appeler sa petite amie.

- Tu devrais y aller.

- Je suis désolée, on se rappelle demain ?

- Avec plaisir. Passe une bonne soirée Opal.

- Merci, toi aussi. Je t'aime.

- Je t'aime aussi.

Kuvira raccrocha son téléphone. Ce qui devait être un simple appel à sa petite amie s'était transformée en quelque chose de bien plus sérieux. Maintenant elle était confuse quant à son avenir professionnel. Elle laissa son téléphone tomber entre les coussins de son canapé en s'y allongeant. Elle ferma les yeux en se massant les tempes. Elle allait avoir beaucoup de mal à dormir ce soir-là.