Chapitre 11bis
Jour 12
Mycroft lui avait laissé sa carte de crédit avec pour toute directive de ne ni dépasser un certain plafond, ni prendre de crédit à la consommation. Il lui avait cependant accordé une liberté absolue pour le choix d'une nouvelle montre qui, elle, pourrait atteindre des sommets en termes de valeur.
Son meilleur ami lui avait promis de venir personnellement la lui acheter. Compromis nécessaire selon son hôte puisqu'il connaissait ses goûts très précis en matière horlogère : automatique ou mécanique, mais surtout pas de quartz ! Cependant, elle connaissait ses limites et jamais ne lui imposerait un prix exorbitant. On pouvait trouver d'excellentes montres pour moins de cinq mille euros, et rares étaient les personnes pouvant se les offrir.
Il lui faisait toutefois confiance pour le remboursement des autres dépenses ; ce qu'elle tenait absolument à honorer même si cela lui prendrait sûrement des années. Mais la montre était un cadeau et il y tenait réellement. A-t-il pitié de ma Casio ? Elle l'aimait pourtant !
Sa G-Shock l'avait accompagnée dans presque tous ses déplacements : solide, multifonction, pas du tout pédante. La mythique montre des conditions extrêmes lui avait sauvé la mise à maintes reprises, ce que sa Reverso n'avait jamais pu faire à part lui offrir une coquette somme en échange de sa vente. Seulement... comme elle aimait les belles montres !
*xXx*
Il lui fallait d'abord aller chez le coiffeur. Couper ses cheveux elle-même avait presque causé la mort lente de sa crinière. Elle choisit cependant un coiffeur bon marché : inutile de dépasser les trente livres. Une demi-heure plus tard, elle ressortit avec une coupe carrée toujours aussi broussailleuse, mais avec dignité.
Ensuite, les basiques : autant pour brouiller les pistes sur sa dynamique qu'elle ne cachait paradoxalement jamais, que parce qu'ils ne se démodaient jamais. Pour ainsi dire, les Bêtas se reconnaissaient dans les vêtements à coupes classiques ni très modes, ni très ringards ; tout était discrétion et ordinaire.
Les Omégas possédaient des goûts décrits comme très naturels rappelant leur rôle de géniteurs : confort, praticité et romantisme. Enfin, les Alphas étaient souvent flamboyants, excentriques, voire complètement à l'ouest. Caractéristique portée à son comble chez les A Alphas. Bref, tout sur eux criait confiance, confiance, confiance !
Son choix se porta logiquement vers Uniqlo, où elle dénicha deux chemises blanches, une autre bleu ciel et un jean slip noir. Elle fonça une heure plus tard chez H&M où elle se fit une réserve de sous-vêtements les plus confortables et pratiques du rayon.
Elle fila ensuite chez Zara pour faire le plein de blouses et pantalons aux coupes classiques pour d'éventuels entretiens d'embauches. American Apparel proposait le plus large choix de hoodies au monde ; elle n'hésita pas et prit trois exemplaires du même modèle en gris clair, bleu nuit et rouge vif. Aldo, célèbre chaîne de magasins de chaussures, était connue pour ses modèles jeunes et citadins : sandalettes et baskets plates donc.
Les robes n'étaient pas sa tasse de thé, mais habiter chez Mycroft Holmes requérait son lot de toilettes poshs. Elle alla donc chez Roger Vivier pour une paire de chaussures de soirée noirs à talons dix centimètres et Church's pour une paire de Brogues typiquement anglaise. A Harrods, elle s'acheta un trench Burberry classique longueur mi-cuisse, une robe bleue royale Roland Mouret, une rouge de Giambattista Valli et enfin une dernière petite robe noire de Donna Karan. Oh et puis zut, cette paire de Camilla Skovgaard est vraiment trop belle !
Ses boutiques fétiches lui faisaient les yeux doux et trente mois sans porter des pièces uniques l'avaient rendue misérable. Chez sa nouvelle préférée, COS, tout était beauté, simplicité et praticité : top architectural, veste basique mais structurée et -encore- une veste métallique sans couture.
A la boutique londonienne de la marque française The Kooples, les coupes masculines complimentaient à merveille sa nouvelle silhouette : cette veste bleue pastel était vraiment pratique ! Et quelques pièces collector parce qu'il lui restait un peu de budget : une robe noire Rick Owens, un leggings noir empiècement cuir Surface To Air, une blouse rouge Marc by Marc Jacobs, une blouse noire Comme des Garçons... Quel sac à main au final ? Elle opta pour un sac bandoulière rouge vif 3.1 Phillip Lim.
Enfin, des vêtements d'intérieurs. Malgré une vie à voyager au travers le monde, elle était une réelle pantouflarde et aimait plus que tout ce qui était douillet. Pour cela, GAP était devenu un réel ami, et elle se fit une réserve digne de celle de Mycroft sauf que ses costumes sur mesure étaient devenus des pyjamas tout coton et ses chaussures cirées de magnifiques pantoufles !
La lingerie n'était pas en reste... Chaque Oméga se devait d'avoir au moins un set de lingerie digne de ce nom et même si sa dynamique était rare voire inconnue du grand public, Merry était une Oméga. Du moins, en partie. S'il fallait avoir un ensemble, autant faire dans le "oh la la" ! Aussitôt entrée chez Agent Provocateur, aussitôt acheté : classique mais très très très efficace. Assez pour rendre même le plus frileux des Bêtas fou de désir. Pas vraiment pour me trouver un mari, mais davantage pour ma mission !
*xXx*
Vers dix-sept heures, Merry retrouva le politicien dans un café proche de Harrods. Il la salua en lui tendant un petit sac.
- Qu'est-ce c'est?
- Ouvre et tu verras. Je pense que cela t'irait à merveille, répondit son ami.
Il regarda ses achats et leva un sourcil.
- Tu me montreras tes achats, n'est-ce pas ? ajouta-t-il.
- Bien sûr et j'ai été sage ! rétorqua Merry, fière de ses emplettes et de sa gestion budgétaire plutôt réussie la connaissant.
Daiyu ouvrit le petit sac et fut surprise de voir du maquillage à l'intérieur. Elle qui ne se maquillait jamais ! Suis-je devenue si laide ces dix dernières années ?
Mycroft lui sourit d'un regard compatissant et lui avoua :
- J'ai toujours trouvé ta mère resplendissante dans ces tons-ci. Je pense qu'ils t'iront à merveille. Tu n'as plus vingt ans et les marques que tu as achetées attestent de tes progrès en matière de goût. Néanmoins, ton style est globalement resté le même.
- Hm... Je conçois que ce rouge à lèvre est magnifique, de même que ce vernis à ongles et le mascara. Mais penses-tu vraiment que je vais dépenser de l'énergie inutile à me maquiller ?
Le rouge était véritablement incroyable. Un rouge vif comme on pouvait le voir sur ces stars des années quarante et elle savait que sa chevelure noire ne ferais qu'accentuer le côté dramatique de son visage en forme de cœur. Elle fit la moue, mais appliqua néanmoins la teinte carmin sur sa bouche boudeuse. Le regard de Mycroft s'alluma devant le résultat.
- Tu es magnifique. Maintenant, mets tes escarpins Louboutin rouges et suis-moi.
Merry ne s'étonna même pas de la dernière remarque du politicien. Ce dernier avait toujours su déduire sa vie rien qu'en l'observant. Inutile de faire la cachotière par conséquent. Haussant les épaules, elle enfila ses escarpins et rejoignit son ami. Un chauffeur les attendait, et elle s'empressa de tout mettre dans le coffre avant que l'aîné Holmes ne fasse signe à la voiture noire de s'en aller.
- Je préfère tout faire à pied, dit Mycroft devant l'expression étonnée de la jeune métisse.
- C'est pour cela que tu m'as demandé de mettre un rouge à lèvre et des escarpins rouge vif ? Pour me balader dans la rue en ayant l'air d'une oie ?
- Parce qu'aussi jolie telle que tu es, dans ton uniforme jean-t-shirt, il suffit de quelques ajustements pour te rendre désirable. Mon objectif est de te faire comprendre qu'on agit différemment selon sa tenue, remarqua Mycroft tout en la scrutant.
- Et bien sûr, tu es un pro en la matière. Soit, je m'attendais à ce que tu me demandes quelque chose en échange de ta carte bleue. Je te suis, mais je serais lente. Avec des talons pareils...
- Tu seras parfaite. Tu as toujours eu une démarche incroyable. Normal pour la fille d'un mannequin, la coupa Mycroft levant un doigt.
Daiyu leva les yeux aux cieux et s'en alla rattraper Mycroft qui s'était éloigné d'elle à grandes enjambées. Parvenant à son niveau, elle le regarda dans les yeux tandis qu'il lui pointait quelque chose du doigt. Quelques piétons s'étaient retournés sur son passage et elle reçut même un sourire de la part d'un Bêta.
- Regarde ces personnes. Jamais elles ne t'auraient remarquée en Converse.
Il est vrai que même les vendeuses les plus humbles ne l'avaient pas conseillée dans ses achats. Or, en rentrant dans la bijouterie, celles-ci s'empressèrent de la servir.
- Tu as vu juste, A. Lange & Söhne bien sûr !
- Je connais tes goûts Merry alors j'ai déjà fait une présélection pour toi. Breitling, Rolex, Longines, Tag Heuer, Oméga et ces autres marques connues ne constituent pas ta tasse de thé. Par contre, Jaeger LeCoultre, IWC, Girard-Perregaux, Vacheron Constantin, Jacquet Droz et quelques autres petites marques suisses et du coin sont des valeurs sûres à tes yeux.
- Effectivement Mycroft. Mais je ne m'attendais pas à cette marque là. Y a-t-il un modèle particulier ?
Groupe Richemont comme par hasard. Toutes les marques horlogères sont en train d'être mangées par ces conglomérats dont LVMH, Richemont ! accusa-t-elle en silence.
- Etant très pratique et voyageant quotidiennement, une Time Zone serait parfaite pour toi. Tu as une sainte horreur des montres féminines et tout ce qui est très voyant. La Lange 1 Time Zone sera parfaite malgré son diamètre. Qu'en penses-tu ?
Un vendeur expérimenté les guida au fond de la boutique horlogère et leur présenta le modèle proposé par Mycroft. Le prix était bien sûr dissimulé, mais Merry connaissait trop bien son ami pour lui en parler. Après tout, elle lui avait rendu quantité de services et il ne serait pas là aujourd'hui sans elle.
La Lange 1 Time Zone était magnifique. Bracelet crocodile noir, cadran en or blanc, elle était classique et puissamment élégante. Le second cadran d'heure locale ajoutait une touche d'originalité souhaitée au cadran dont la disposition des fonctions lui rappelait un peu celle de sa Casio : beaucoup d'informations, et l'utilité première de lecture d'heure reléguée en décoration. Différents fuseaux horaires étaient représentés au travers de noms de villes et on pouvait voir le mouvement à l'arrière comme dans presque toute la Haute-Horlogerie.
- Glace en saphir polie, cadran au diamètre de 41,9mm. Parfait pour un usage quotidien.
Le vendeur continua sa description.
- Puis-je l'essayer ? demanda Merry.
Une montre d'homme devait être essayée. Le risque demeurait au niveau du bracelet et de sa jointure avec le boîtier. Si ce dernier dépassait le poignet, le bracelet risquait de s'abimer rapidement et la montre perdait de son équilibre.
- Mais bien entendu madame.
Le vendeur referma la boucle ardillon sur son poignet, que Daiyu secoua par habitude tout en sachant que le mouvement était mécanique. La montre lui allait parfaitement. Certes, le diamètre était grand, mais il n'imposait pas comme un Hublot ou pire, une Panerai. Enfin, le poids était normal au vu du diamètre et du mouvement, mais après avoir porté une Casio d'homme durant ces dernières années, le poids et la taille n'étaient plus qu'un détail.
- Si tu l'aimes, garde-là, lui proposa Mycroft assis à ses côtés.
- J'aimerais bien, mais elle est vraiment trop au-dessus de mes moyens, rétorqua Merry avec regret.
- Non, garde-là, insista Mycroft.
- Et je te devrais... ?
- C'est déjà pris en charge. Je t'avais dis que je t'en offrais une.
- Tu l'as déjà achetée ! s'indigna Merry.
Il n'avait vraiment pas changé. Toujours à planifier pour les autres. Voilà une des raisons pour lesquelles il ne s'entendait pas avec son frère.
Me voilà à nouveau dans le pétrin en habitant avec lui ! râla-t-elle sans être réellement convaincue.
- Merci Myc.
Elle se leva et embrassa son ami, laissant une magnifique trace de rouge sur sa joue droite.
- Le dîner sera pour moi ! s'exclama-t-elle en sortant de la boutique, la Lange 1 Time Zone au poignet, laissant un Mycroft cramoisi observer le vendeur qui avait bien du mal à garder son sang froid devant la scène.
Bon ben, voici un joli chapitre de balivernes et d'inutilité totale pour l'histoire! Mais j'aime bien raconter mes défauts, et la mode en est un. De toute manière, j'y ai grandi, étudié, et j'y bosse en ce moment. Voilà, je suis foutue! A côté, il y a toujours Sherlock bbc pour m'aider à garder les pieds sur terre.
Bref, je raconte n'importe quoi mais cela ne vous empêche pas de lire ce magnifique chapitre idiot et plein de dépenses.
Bonne lecture et appréciez mon Mycroft un peu hors sujet.
