Ça c'est pour toi, Plume en Sucre.

Chapitre 11: Souvenirs de toi partie 2

Comme il en avait déjà fait l'expérience, le jeune Harry Potter de quinze ans n'arrivait pas à dormir. Au lieu de passer la nuit à écouter les ronflements de Ron, il rejeta ses couvertures et sortit du dortoir. En descendant les escaliers, il réalisa qu'il y avait déjà quelqu'un d'autre dans la Salle Commune. Le feu était allumé et des ombres dansaient sur le sapin de Noël dans le coin de la pièce. Il entra et vit une longue crinière de cheveux roux étalée sur le bord du divan.

Ginny avait l'air misérable.

Harry s'approcha d'elle. Il mit la main dans sa poche et sortit un collier. Il l'avait trouvé sur le sol de la Salle sur Demande et l'avait reconnu comme étant le bijou que Ginny portait au cou pendant la rencontre. Quand Harry entra dans le champ de vision de Ginny, elle replia les genoux pour lui faire un peu de place pour s'asseoir. Il prit le coussin libre et lui tendit la main.

Elle le regarda curieusement et toucha le collier. Pendant une seconde, sa main toucha la sienne. Il pouvait voir les mots gravés dans leurs deux chairs : Je ne dois pas dire de mensonges. C'était devenu un symbole de la loyauté et de la vérité qu'ils partageaient. Ils avaient passé plusieurs soirs de retenue, ensemble ou séparés, pour leurs éternels affrontements avec l'horrible Dolores Ombrage.

- Tu as laissé ça dans la Salle sur Demande, dit Harry alors qu'elle prenait le collier et retirait sa main, d'un air malheureux. J'aurais cru que tu serais revenue le chercher.

- C'est ce que j'ai fait, répondit-elle en évitant son regard.

Elle regardait vers les bas de Noël accrochés au foyer. Harry détacha ses yeux des braises ardentes du feu et observa Ginny. Il pouvait voir les flammes se refléter dans ses pupilles.

- Alors, dit-elle, toujours sans le regarder. Toi et Cho?

Harry était mal à l'aise. Cela faisait des années qu'il en pinçait pour Cho et, plus tôt dans la soirée, il l'avait embrassée sous une branche de gui. Ça aurait dû être comme un rêve qui se réalise, mais il l'avait imaginé très différemment. En tout cas, dans ses rêves, elle ne pleurait pas. Il ne savait pas pourquoi Ginny semblait si surprise de cette révélation même si elle avait un peu contribué à la naissance de cette relation; elle avait encouragé Cho à de nombreuses reprises. Elle savait très bien ce qui se passait, mais Harry ne pouvait s'empêcher de détester devoir l'admettre à haute voix à Ginny.

- Ouais, se contenta-t-il de répondre. Et entre Michael et toi, ça va toujours?

- Bien sûr, répliqua précipitamment Ginny, mais son visage n'était pas très convainquant, pas plus que sa manière de serrer son poing autour du collier.

Elle changea vite de sujet.

- En passant, j'ai pensé à des idées de leçons pour après les Vacances. Tu crois qu'on pourrait travailler les charmes de bouclier?

Harry était soulagé de pouvoir penser à autre chose.

- Absolument, répondit Harry. Je veux aussi leur apprendre le Patronus bientôt.

Ginny grogna.

- Et me regarder me planter encore une fois?

Harry haussa les épaules.

- Ça fait déjà deux ans que Lupin a tenté de te l'apprendre, dit Harry. En plus, tu as sûrement tout plein de moments de bonheur avec Michael à utiliser maintenant.

Il regarda la mâchoire de Ginny se serrer et décida d'éloigner la conversation de ce sujet.

- Tu devrais vraiment songer à devenir co-professeur. Personne n'a fait face à Voldemort autant de fois que nous ne l'avons fait, toi et moi.

Ginny roula les yeux et donna un petit coup de pied amical dans la jambe de Harry.

- Je te l'ai déjà dit. L'enseignement, c'est pas mon truc. Et qui voudrait avoir une barjo qui peut ressentir ce que ressent l'ennemi comme professeur?

Harry leva la main et réussit à faire rire Ginny.

- Moi, j'aimerais bien, dit-il. Et pendant qu'on en parle, as-tu eu d'autres rêve à propos de Voldemort ces derniers temps?

Ginny secoua la tête. Elle appuya sa tête contre un coussin et cligna des yeux deux ou trois fois. C'est à ce moment que Harry s'aperçut qu'elle avait vraiment l'air exténuée. Il la croyait de tout cœur quand elle disait ne pas voir Voldemort dans ses rêves, mais elle ne lui ferait pas avaler qu'elle n'avait plus de visions.

Ses paupières se fermèrent et elle marmonna :

- Qu'est-ce que tu peux bien voir en elle?

Ces mots étaient presque incompréhensibles. Harry voulait ignorer la question, car il savait que Ginny ne la lui avait posée que parce qu'elle oscillait entre le sommeil et la réalité, pas tout à fait consciente de ce qu'elle disait. Par contre, il ne put s'empêcher d'y réfléchir et plusieurs raisons lui apparurent soudain tête.

Ginny se pencha vers Harry et mit sa tête sur son épaule. Harry se repositionna automatiquement et mit un bras autour d'elle.

- Elle est jolie, murmura Harry. Et elle est douée au Quidditch…

Les cheveux de Ginny était si près de son nez qu'il ne put s'empêcher de respirer son parfum.

- Et elle a une odeur de fleurs des champs, marmonna Harry, fermant les yeux. … Et…

Le corps de Ginny se raidit. Harry ouvrit brusquement les yeux. Elle gémissait et des gouttes de sueur coulaient sur son front. Ses traits se tordaient de peur et de douleur. Harry mit une main sur sa joue et chuchota doucement :

- Shh, Ginny. Tout va bien. C'est fini. C'est juste un cauchemar.

Les yeux de Ginny s'ouvrirent, ses pupilles étaient dilatées. Elle se dégagea des bras de Harry comme s'il la brûlait et, en même temps, elle le regardait comme s'il était le seul à pouvoir l'aider. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait lourdement, les mots coincés dans sa gorge.

- Ginny, qu'est-ce qu'il y a? demanda Harry.

- Harry, mon père! pleurait-elle. Quelqu'un l'a attaqué.

… … … … …

Harry était patiemment assis avec Ron dans sa chambre au Square Grimmauld. Grâce à Ginny et à la rapidité des gens qui l'avaient sauvé, Arthur Weasley allait s'en sortir, mais elle ne voyait pas les choses sous cet angle. Elle était convaincue qu'elle était à nouveau possédée et elle se cachait de tout le monde. Aussitôt qu'Hermione avait pu se libérer, elle avait annulé son voyage de ski et était venue apporter son soutien à la famille Weasley. Harry et Ron lui avaient tout de suite relaté l'attitude de Ginny.

Hermione entra et s'assit à côté de Ron. Elle était suivie de Ginny, qui semblait surprise de voir Harry et Ron. Elle resta debout, les mains sur les hanches.

- Comment tu te sens? demanda Hermione.

- Très bien, répondit immédiatement Ginny.

La patience d'Hermione lui faisait défaut ce jour-là.

- Ne me mens pas, Ginny. Ron et Harry m'ont dit que tu t'es mise à t'isoler depuis ton retour de Ste-Mangouste.

- Ah, ils ont dit ça? rétorqua Ginny en jetant un regard furieux aux garçons.

Ron baissa les yeux, mais Harry ne manifesta aucun embarras.

- En tout cas, c'est ce que tu fais! gronda Harry. Et tu ne nous regardes même plus!

- C'est vous qui ne me regardez plus! répliqua Ginny avec colère.

- Peut-être que vous vous regarder à tour de rôle mais jamais en même temps, suggéra Hermione.

- Très drôle, Hermione, dit Ginny d'un ton sec.

- Arrête de jouer les incomprises, lança Hermione et elle expliqua comment les autres lui avaient dit ce qu'ils avaient entendu avec les Oreilles à rallonge.

Ginny se détourna.

- Alors, comme ça, vous parlez tous de moi? Remarquez, je commence à m'y habituer…

Harry l'interrompit.

- C'est à toi qu'on voulait parler, Ginny, mais tu n'arrêtes pas de te cacher depuis qu'on est rentrés.

- Je n'avais pas envie qu'on me parle, bredouilla Ginny.

- Je te pensais plus intelligente que ça, s'emporta Harry. Ou alors, tu as déjà oublié tout ce que tu m'as dit sur ce qu'on ressent quand on est possédé par Voldemort?

Ginny resta immobile. Elle se tourna pour regarder Harry en face et secoua la tête.

- Alors, commença Harry, est-ce que tu te souviens de tout ce que tu as fait.

- Oui, répondit-elle.

- Et est-ce que tu as l'impression qu'il y a de longues périodes de blanc pendant lesquelles tu ne sais plus ce qu'il s'est passé?

- Non.

- Dans ce cas, tu n'es pas possédé par Voldemort, dit simplement Harry. Et j'ai essayé de te dire que tu n'avais pas quitté le divan, cette nuit-là. Et je suis restée avec toi tout le temps.

… … … … …

Les flammes bleues se reflétaient sur les orbes de verre alors que Ginny menait le groupe à travers les rangées. Le plafond été extrêmement haut et les étagères ressemblaient plus à des tours. Leurs pas résonnaient dans toute la pièce et le reste semblait étrangement silencieux.

En ce moment, rien d'autre ne comptait pour Harry que la raison de leur présence et il s'efforçait d'ignorer les battements précipités de son cœur. Il ne pouvait supporter que Sirius soit quelque part dans cette salle, en train d'être torturé par Voldemort. Même si Ginny était supposée utiliser l'Occlumencie pour bloquer les visions, il était plus que soulagé que les leçons de Rogue aient été un total échec. Autrement, Ginny n'aurait jamais vu ce qui se tramait et Sirius serait peut-être mort pendant la nuit.

Et Harry ne permettrait pas que Sirius finisse comme Cédric.

Ils passèrent devant la rangée quatre-vingts. Harry écouta attentivement pour entendre ce que Ginny avait décrit dans sa vision, mais il n'y avait pas un son. Sirius avait-il été bâillonné ou réduit au silence d'une toute autre manière? Il ne voulait même pas envisager la mort de Sirius comme une option. Il jeta un œil sur Hermione, dont le regard se faisait de plus en plus sceptique.

- Quatre-vingt-dix-sept! souffla Hermione.

Quelque chose clochait. Il n'y avait personne d'autre dans l'allée. Ginny les conduisit désespérément vers le fond de la rangée, fouillant dans tous les coins. Harry l'aida dans ses recherches effrénées.

- Harry, dit Hermione. Ginny.

Tous deux s'arrêtèrent et regardèrent Hermione.

- Quoi? firent-ils, impatients.

- Je… je ne crois pas que Sirius soit là.

Harry jura et se détourna d'Hermione et des autres. Il ne voulait pas les regarder en face. Au lieu de cela, il se retrouva devant le regard plein de culpabilité de Ginny. Elle secoua la tête en tentant de comprendre pourquoi sa vision l'avait éconduite. Elle mit la main sur l'une des étagères et l'observa attentivement.

Harry n'abandonnerait pas aussi facilement. Il courut jusqu'au bout des rangées, les scrutant toutes une après l'autre. Il n'y avait que des allées vides. Sirius devait être là, quelque part. Le contraire était impossible, sinon ça n'avait aucun sens.

- Harry? lança Ginny.

- Quoi? demanda-t-il, rejoignant le groupe.

Il ne voulait pas entendre Ginny admettre ce qu'il savait déjà être vrai : qu'ils avaient été piégés et qu'il était temps de retourner à Poudlard.

Ginny pointa du doigt une sphère poussiéreuse sur une étagère.

- Il y a ton nom là-dessus, dit-elle.

- Mon nom?

Harry s'approcha un peu.

Ginny levait le bras doucement, mais Hermione lui cria de faire attention. Ginny l'ignora et posa avec hésitation la main sur l'orbe. Elle souleva la sphère brumeuse de son présentoir et la donna à Harry.

… … … … …

Des mois plus tard, Harry était au Terrier, assis dehors sur la balançoire. Le soleil n'était pas encore levé, mais ça n'avait pas la moindre importance. Dès l'aube, Harry devrait revenir à Poudlard et de cela aussi, il s'en fichait d'ailleurs. Il ne voulait qu'une chose : voir la seule personne qui était morte en cette nuit fatidique au Ministère de la Magie.

Sirius lui manquait plus que les mots ne pouvaient l'exprimer. C'était à cause de lui qu'il était debout si tôt. Des rêves de Sirius tombant sous le voile, le hantaient régulièrement. Après chaque cauchemar, il se réveillait en se demandant pourquoi tous ceux qui avaient de l'importance dans sa vie étaient destinés à le quitter. Sa mère, son père, maintenant Sirius… qui était le prochain? Combien de temps restait-il avant que Voldemort ne s'en prenne encore à quelqu'un qu'il aimait? Ron? Hermione? Ginny…?

La porte grinça. Son regard vrilla dan sa direction et il y trouva Ginny qui semblait surprise de le voir. Elle était en peignoir, ses cheveux étaient en désordre et elle portait de vieilles pantoufles en forme de poney qu'il n'avait jamais vue avant. Sans le vouloir, il finit par sourire, à croire que lui arracher des sourires faisait partie des nombreux talents de Ginny.

Il ne la blâmait pas pour la mort de Sirius. Ce n'était pas du tout de sa faute. Il était le seul responsable. Voldemort avait utilisé sa connexion avec Ginny pour manipuler Harry. S'il n'avait pas pris une si mauvaise décision, Sirius serait toujours en vie. Après tout, Harry était celui qui avait insisté pour voler à son secours et il n'avait pas songé une seconde que ce pouvait être un piège.

Comment pouvait-il en vouloir à la fille géniale qui se tenait devant lui? D'ailleurs, ils étaient tous les deux dans le même bateau, d'autant plus qu'il savait maintenant que la prophétie parlait d'elle également. Dumbledore avait expliqué qu'il ne savait toujours pas quel rôle elle jouerait, mais qu'il se débrouillerait pour le savoir au plus vite. En fait, Harry et Ginny allaient prendre des leçons privées avec le Directeur cette année.

Quand il croisa le regard de Ginny, qui avait l'air légèrement embarrassée d'être vue dehors de si bon matin. Il lui fit signe de venir le rejoindre sur la balançoire et elle n'hésita pas. Harry était content d'avoir sa compagnie, d'être avec quelqu'un qui comprenait ce qu'il ressentait, quelqu'un qui partageait le même destin qu'il était forcé d'accomplir. Elle allégeait son fardeau de moitié.

La balançoire émit un petit craquement sous le poids de Ginny et il sentit un parfum de fleurs lui chatouiller les narines, sachant qu'il provenait des cheveux de la rouquine. Il voulait pouvoir arrêter de se mentir à lui-même quant aux raisons qui le faisaient apprécier autant la compagnie de Ginny. Avec du recul, il avait réalisé quelle place Ginny avait eu dans sa vie. Même s'il était bien au courant du béguin qu'elle avait pour lui, il avait toujours essayé de se rapprocher d'elle et, inconsciemment, dès qu'elle se trouvait à proximité, il gardait toujours un œil sur elle. Il n'aurait peut-être jamais pris connaissance de ses sentiments s'il n'avait pas vu Ginny danser et s'amuser avec Michael Corner. Il était jaloux, avait-il finit par conclure, et il ne s'en était pas aperçut plus tôt car il n'avait jamais vu Ginny avec un autre garçon auparavant.

Chose sûre, il était tombé amoureux de Ginny Weasley.

Et il ne pouvait rien y faire. Après sa rupture avec Michael, elle avait trouvé du réconfort auprès de Dean Thomas et ils étaient ensemble maintenant. Il n'était sans doute pas objectif, mais il ne trouvait pas qu'ils formaient un beau couple. Par contre, Harry refusait d'avouer ses sentiments maintenant et de devenir, aux yeux de tous, un briseur de couple. Même si Ginny et lui s'étaient beaucoup rapprochés durant l'été.

Le cricri des grillons interrompit le cours de ses pensées. Le silence avec Ginny avait toujours quelque chose de plaisant et lui procurait tout le réconfort dont il avait besoin. Il sentait qu'il pouvait simplement rester assis là, avec elle, sans dire un mot, et que ce geste tout simple aurait plus de signification pour lui que toutes les conversations qu'il avait eues avec Cho. Le seul ennui était que s'ils ne parlaient pas, Harry n'aurait pas l'occasion d'entendre le son qu'il aimait le plus.

- Pourquoi es-tu debout à cette heure? demanda Harry.

- Je ne pouvais pas dormir, marmonna Ginny. Des cauchemars.

- Je sais ce que c'est. Tu veux en parler?

- Ce ne sont pas les visions, si tu tiens vraiment à savoir, dit Ginny, évitant son regard. Tu devines ce que c'est alors?

- La Chambre?

- Ouais, répondit-elle. Sauf que cette fois, il te tue. Et moi je regarde, et je ne peux rien faire pour l'en empêcher.

Ses yeux étaient vitreux et il vit Ginny essuyer une larme.

- Je parie que si tu avais su ce que j'étais, tu ne serais jamais venu me sauver de la Chambre.

Harry se redressa.

- Ce n'est pas vrai, Ginny. Je tiens à toi. C'est pour cela que je suis venu te chercher.

Ginny rit pitoyablement.

- J'étais la sœur de ton meilleur ami, dit-elle. Tu ne me connaissais même pas.

- J'en savais assez, répliqua Harry. Assez pour savoir que je te voulais en vie.

- Comment peux-tu ne pas me détester? Trois personnes sont mortes à cause de moi, et l'une d'elles est Sirius.

Harry garda le silence durant quelques secondes.

- Toutes les nuits, je revois Sirius tomber sous ce voile, commença-t-il, mais ce n'est pas toi qui l'a poussé. Ce n'est même pas Bellatrix. C'est moi. Je l'ai poussé…

- Si ce n'est pas de ma faute, alors ce n'est pas de la tienne non plus!

Puis, le silence confortable revint. Le soleil commençait à poindre à l'horizon, envoyant des rayons de couleurs éclatantes dans toutes les directions dans le ciel du matin.

- Cette prophétie…, dit Harry. Tu sais, il faut que ce soit moi, mais je crois qu'au fond je l'ai toujours su. Et aussi longtemps que ce sera moi, aussi longtemps que Voldemort vivra, tout ceux que j'aime mourront.

- Tu n'es pas le seul à faire partie de la prophétie, expliqua Ginny. Je ne sais pas pourquoi, mais j'y suis aussi. On est ensemble dans cette histoire, Harry, et une chose est sûre, je suis heureuse que tu sois là pour me protéger.

Elle mit sa tête sur l'épaule de Harry, et se serra contre lui. Harry sentit son ventre se nouer à son contact. C'était vrai, ils étaient ensemble dans cette histoire, et qu'il soit damné s'il laissait quiconque faire du mal à Ginny. La créature dans son estomac, qui ronronnait pendant que Ginny reposait dans son étreinte, était totalement en accord avec lui.

… … … … …

Les dernières semaines avaient été le plus merveilleux des paradis. Harry avait finalement rassemblé son courage et embrassé Ginny Weasley devant toutes la Salle Commune. Peut-être que c'était à cause de l'euphorie de son équipe qui avait gagné la Coupe de Quidditch malgré son absence. Peut-être que c'était les mois, les années même, qu'il avait passé à se languir pour cette fille qui avait finalement satisfait pleinement la créature dans son ventre. Peu importe ce que c'était, Harry Potter était maintenant avec Ginny Weasley et, de toute sa vie, il n'avait jamais été aussi heureux.

Aurait-il dû être surpris de voir son monde s'écrouler aussi soudainement?

C'était la question qui hantait son esprit alors que les funérailles de Dumbledore touchaient à leur fin. Il savait ce qu'il avait à dire, mais il savait aussi à quel point la tâche lui serait difficile. Il tourna les yeux vers Ginny, qui le fixait avec son regard flamboyant qu'il aimait tant. Elle savait et il ne pouvait pas la blâmer de vouloir l'arrêter avec ce regard. Il ravala son appréhension.

- Ginny, écoute…, dit-il, une douceur infinie dans la voix. On ne peut plus continuer comme cela. Tu imagines ce que Voldemort nous ferait s'il savait ce que tu représentes pour moi?

- Je sais, fit Ginny.

- J'ai l'impression d'avoir vécu un rêve, continua Harry. Et je ne sais pas ce que j'ai fait pour te mériter.

- Tu ne reviendras pas l'an prochain, dit-elle, pas une question mais une affirmation, pleine de certitude. Tu pars pour finir ce que Dumbledore avait commencé.

Harry hocha la tête.

- Harry, maintenant c'est toi qui dois m'écouter… Nous pouvons rompre, prétendre que ces dernières semaines n'ont pas été les plus belles de nos vies. Ça me va. Et tu peux protester autant que tu veux, mais je ne te laisserai pas partir à l'aventure sans moi. Je viens avec toi.

- Je sais, dit simplement Harry bien qu'il aurait voulu pouvoir objecter.

Ils replongèrent alors dans le silence, sachant tous deux que leur relation était assez forte pour attendre. Les détails de leur quête pourraient être discutés plus tard, les répercussions parentales de leur décision seraient considérées une autre fois. Harry laissa la main de Ginny et s'éloigna vers le lac.

… … … … …

Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche… naître de ceux qui l'ont par trois fois défié… et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore… et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peux vivre tant que l'autre survit…

C'était là, simple et évident, expliqué clairement comme s'ils n'étaient rien d'autre que des pions sur un jeu d'échec bien élaboré, expansibles, nobles sacrifices pour le bien commun et la victoire. La prophétie qui avait guidé leur vie pendant toute une année, qui était derrière chacun de leurs actes depuis des mois, était maintenant ce qui les détruisait.

Harry et Ginny sortirent leur tête de la Pensine. Dehors, la bataille avait été suspendue. Voldemort offrait une heure entière de cessez-le-feu, une heure pour que Harry et Ginny considèrent sa proposition. Se rendre et sauver la vie de tous les autres. Mais maintenant, ce monde était très loin, sans conséquences sur leurs émotions. Ça n'avait plus aucune importance.

Après avoir entendu la prophétie, Harry avait toujours présumé que c'était Ginny le pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore. Après tout, Ginny avait accès à l'esprit de Voldemort et cette capacité leur avait sauvé la vie et leur avait procuré de précieuses informations bien souvent ces dix derniers mois. Ginny était aussi celle qui lui donnait la force et le pouvoir de continuer. Mais comme sur bien d'autres choses, Harry avait eu complètement tort.

Aucun d'eux ne peux vivre tant que l'autre survit…

Aucun d'eux ne peux vivre tant que «L'Autre» survit…

L'Autre, c'était Ginny.

Ils s'écroulèrent ensemble sur le sol. Harry avait le dos appuyé contre la Pensine. Ginny ne s'était jamais accrochée à lui aussi fortement qu'à ce moment. Son étreinte était si forte que Harry en avait mal, mais c'était une sensation qu'il ne pouvait que chérir. Tant que Ginny le faisait souffrir, cela signifiait qu'elle était toujours en vie.

Harry la serra contre lui. Elle était son pouvoir. Elle était sa vie. C'était grâce à elle qu'il pouvait respirer. Si elle n'avait pas été là durant les derniers mois, Harry n'y aurait sans doute pas survécu. Ils étaient restés fidèles à leur promesse, ils avaient gardé leur résolution. Le seul moment où leur décision avait failli était quand Ginny lui avait offert son cadeau d'anniversaire et quand Harry le lui avait volontiers rendu quand l'anniversaire de Ginny était arrivé. Après ces deux incidents, leur relation était demeurée aussi neutre que possible.

Harry serra le poing. Il aurait donné n'importe quoi pour changer cela maintenant. Il avait toujours tenu pour acquis qu'il aurait des années pour l'aimer après qu'ils aient détruit Voldemort. Abandonner dix mois d'amour physique semblait être un digne sacrifice. Maintenant, il se maudissait d'avoir été si optimiste.

- Harry, murmura Ginny.

Sa voix était plus forte qu'il l'aurait croire. Elle s'agrippait désespérément à lui, une étreinte qui le suppliait de la sauver, mais la révélation qu'ils avaient eue dans les souvenirs de Rogue avait tout dit. C'était un problème auquel il n'y avait qu'une seule solution.

- Ginny, lui répondit-il dans un murmure, caressant ses longues mèches de cheveux roux. Oh Ginny, Ginny, Ginny…

- Je t'aime, Harry.

Ces mots lui transpercèrent le cœur. Il le savait depuis longtemps, mais jamais ils ne se l'étaient dit avec des mots. Il se souvint alors de ce qu'il avait ressenti des années auparavant, quand elle lui avait dit ces mots alors qu'elle le croyait endormi. Ils lui donnaient exactement la même sensation, mais en même temps, les choses étaient différentes cette fois. Avec la menace qui pesait sur eux, les mots avaient un tout autre sens. Ils signifiaient bien plus que simplement de l'amour. Ils disaient Tu es tout pour moi. Ils disaient adieu.

- Je t'aime, Ginny.

Avec chaque parcelle de force qu'il lui restait, elle se remit sur pied. Ses yeux étaient pleins de larmes qui coulaient sur ses joues comme des rivières, mais elle trouva la force de parler.

- Je ne peux pas laisser Voldemort le faire, murmura-t-elle.

La main tremblante, elle sortit sa baguette de sa poche et, prise de violents sanglots, elle l'appuya contre son menton.

Harry dégagea immédiatement son bras de son visage.

- Non, non, non, supplia Harry à genoux. Il doit y avoir un autre moyen. Attends, je t'en prie, on va trouver un autre moyen.

Ginny ferma les yeux.

- Tu sais bien que non, Harry.

Désespéré, Harry continua de se répéter.

- Ne soit pas si noble, Ginny. S'il te plaît, on n'a qu'à y réfléchir encore un peu.

Ginny, les yeux fermés, secouait la tête. Puis, elle ouvrit les yeux et plongea son regard humide dans le sien.

- Qu'est-ce que tu ferais, Harry, si tu étais à ma place? Qu'est-ce que tu ferais si tu devais mourir pour me sauver? demanda-t-elle-même si elle savait déjà la réponse. Regarde Dumbledore, regarde Rogue… ils étaient prêts à mourir pour cette cause. Je n'ai pas peur de mourir, Harry, mais je suis terrifiée à l'idée de te quitter.

- Je n'y arriverai pas sans toi, Ginny, murmura-t-il. Si tu pars, pour quoi est-ce que je me battrai?

- Tout! pleura-t-elle. Pour la vie, pour l'amour. Pour tous les autres. Tu dois gagner.

- N'importe quelle victoire est vide si tu n'es plus là, sanglota Harry.

Ses genoux faiblirent.

Ginny prit son visage entre ses mains et posa sa bouche sur la sienne. Leurs lèvres se parcoururent avidement, désireuses, répondant à un besoin plus grand que tout ce qu'ils avaient connu. Après quelques secondes, elle le repoussa et remit sa baguette sous son menton.

Puis, elle la lâcha.

- Je n'y arriverai pas, dit-elle à travers les larmes. Harry, je t'en prie, tu… tu dois…

Harry fut secoué d'un sanglot presque inhumain. Il sentait les doigts perfides de la mort agripper chaque partie de son corps, prête à lui arracher chaque morceau de lui qui appartenait à Ginny. Harry était faible, car il venait d'imaginer un futur qui était maintenant révolu. Jamais il n'épouserait Ginny, jamais ils ne pourraient faire leur vie ensemble, jamais ils ne pourraient élever leurs enfants.

La vie était cruelle. Et Harry détestait cela.

Ginny mit sa baguette dans la main de Harry.

- Non, non, non, pleurait Harry alors qu'elle prenait sa main dans la sienne et les soulevait ensemble. La pointe de sa baguette toucha à nouveau son menton et elle ferma les yeux. Harry secoua frénétiquement la tête, répétant les mots «Non» et «Je t'en supplie» encore et encore, sentant les larmes lourdes et chaudes lui brûler les yeux et les joues. Il serra les dents.

- Fais-le, murmura Ginny et elle poussa son dernier soupir.

Harry ferma les yeux. Après une dernière seconde d'hésitation, Harry était prêt ou du moins aussi prêt qu'il pouvait l'être.

- Avada Kedavra.

… … … … …

Je parie qu'en ce moment, vous êtes en train de pleurer toute les larmes de votre corps sur le triste sort de Ginny Weasley. Vous inquiétez pas trop… tout n'est pas fini pour elle… (mystère!)