Et nous voici déjà à la moitié de l'histoire !

J'espère que vous prenez du plaisir à suivre tous nos personnages, bien que tout ne soit pas rose à Poudlard... Et ce n'est pas ce chapitre qui va arranger votre moral ^^" Désolée...


CHAPITRE 12 : GRABUGE AUX TOILETTES DU DEUXIEME ETAGE

Le jeune homme de dix-sept ans, son long nez plongé dans une fiche de révision sur la métamorphose des statues en animaux, ne vit pas tout de suite qu'un grand groupe d'élèves fondaient sur lui. Il fut brusquement attrapé par le col, à moitié étranglé et tiré de force dans un coin. On le jeta sur le carrelage froid des toilettes des garçons du troisième étage. Son sac s'ouvrit dans la chute, répandant l'intégralité de ses affaires dans les flaques humides près des lavabos. Severus n'eut pas le temps de dégainer sa baguette, on lui décocha un coup de poing dans la mâchoire. Plusieurs mains l'agrippèrent violemment. Il entendit la couture d'une manche se déchirer. On le frappa à l'oreille et un sifflement aigu le rendit sourd quelques secondes. Il se prit plusieurs gifles et coups de poings un peu partout sur le corps : son nez se mit à saigner abondamment, il se mordit la langue, il perdit son souffle avec un choc à l'estomac. La pluie de heurts s'arrêta pendant quelques secondes et il put enfin relever la tête. Sept ou huit élèves se tenaient serrés autour de lui, principalement des Serpentards.

-Où est passé la corne d'Eruptif, Snape ? Exigea sèchement Harrington, un Serdaigle de sixième année à la carrure épaisse et imposante.

Severus voulut répondre mais un épais de filet mélangeant bave et sang lui échappa des lèvres. Il s'étranglait à moitié.

-P-prise… Bégaya-t-il.

-Prise par qui ?

Ils le regardaient tous avec un air mauvais. Le jeune homme réalisa que les deux brutes qui le tenaient fermement et qui l'avaient passé à tabac n'étaient autres que ses colocataires de chambre, Avery et Nott. Par-dessus l'épaule de Carrow, Severus vit la porte de la pièce s'ouvrir, puis un Poufsouffle de deuxième année entrer à demi et se figer avant de déguerpir aussitôt, le visage livide. Heureusement, aucun des Partisans ne l'avaient remarqué.

-A-Auror.

-Tu comptes me faire perdre mon temps en distillant tes infos une par une, Snape ? Cracha Harrington avec un visage dur.

Il fit un petit mouvement de main qui autorisa les sept autres à reprendre leur défouloir sur lui. Il finit étendu sur le sol, à demi-conscient, la respiration sifflante.

-Lequel d'Auror ? Réclama le Serdaigle d'un ton impatient.

Malgré son état, l'espace d'une demi-seconde, Severus eu envie de mentir. Seulement, sa lâcheté habituelle prit le dessus.

-Casa… dano… Murmura-t-il péniblement.

Un grognement rageur émana de l'ensemble du groupe.

-Tu es vraiment un bon à rien, Snape, le méprisa le chef de bande. Quant à Casadano… Il va falloir qu'elle comprenne qu'il y a des affaires dont il vaut mieux ne pas se mêler.

-C'est une Auror, rappela d'une voix inquiète Carrow.

-Précisément, siffla méchamment Harrington.

Les Partisans reprirent leurs affaires et quittèrent les toilettes, indifférents à Severus qui gisait au sol.

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James pestait. Cet idiot de Peeves avait encore fait des siennes dans le couloir. Il se retrouvait avec toute sa chemise blanche couverte d'encre noire. Connaissant la maniaquerie de « Saevus Prince » et son inclination pour lui mener une vie d'enfer, le Gryffondor rejoignit les toilettes du fond du couloir. C'est avec stupeur qu'il découvrit un petit tas informe écroulé par terre, la robe de sorcier déchirée et le carrelage blanc maculé de rouge. Il lâcha son sac et se précipita. Son étonnement redoubla quand il comprit qu'il s'agissait de Severus Snape. Il était dans un état déplorable. De toute évidence, sa petite bande de copains en argent et vert lui avait fait passer un sale quart d'heure.

-Snape ? Snape ? Appela-t-il d'une voix inquiète devant le peu de réactivité du garçon.

Il le redressa un peu, déclenchant une vague de grimaces et de gémissements. Soudain, le Serpentard sembla y voir plus clair puisqu'il le poussa férocement en arrière.

-Je n'ai pas besoin de toi !

James aurait bien fait une réplique cinglante mais il s'en abstint. Severus mit longtemps à se redresser, chancelant et le souffle court ; chaque fois que James esquissait un geste vers lui pour l'aider, il récoltait un regard haineux.

-On devrait aller à l'infirmerie, lui proposa-t-il.

-Non ! Je m'en sors très bien tout seul.

Ce gars était têtu et irritant ! Il saignait tellement du nez- qui d'ailleurs devait être cassé vu la couleur qu'il prenait- que la chemise blanche de l'uniforme était devenue pourpre sur tout le torse.

-Dégage, Potter, lui cracha le Serpentard.

Même si James détestait Snape, il n'était pas question qu'il le laisse tout seul. De plus, rien ne disait que les auteurs de ce passage à tabac ne reviendraient pas. Le blessé s'accrocha à un lavabo, plié en deux. Il retira sa robe noire complètement déchirée et ouvrit un robinet. L'eau arriva trop fort et gicla un peu partout. Il la récupéra entre ses paumes et s'arrosa le visage pour se nettoyer un peu, bien que son nez ensanglanté balayait ses efforts aussitôt. Le regard de James fut brusquement attiré ailleurs ; les manches blanches, trempées, avaient commencé à laisser passer la couleur rosée de la peau de Severus, excepté dans une zone. Une large tâche noire se dessinait derrière le tissu et recouvrait pratiquement tout l'avant-bras gauche. James ne discernait pas clairement les contours mais il n'en avait pas besoin. Il savait à quoi ressemblait la Marque des Ténèbres. Severus Snape mit plusieurs secondes à réaliser que le Gryffondor le maintenait en joue de sa baguette. Instinctivement, et cela ne fit que confirmer les pensées de James, il porta sa main droite à l'avant-bras.

-On va aller voir les Aurors, lui expliqua James froidement, n'ayant plus une once de compassion pour Severus.

James haïssait Severus Snape ; pour sa lâcheté, pour sa sournoiserie, pour son attirance malsaine envers la magie noire, pour ses propos abjectes envers les nés-moldus, pour ses fréquentations douteuses. Le Gryffondor savait qu'il traînait dans des cercles dangereux, que les Serpentards véhiculaient des idées nauséabondes et qu'ils finiraient probablement tous comme Mangemorts seulement, il n'imaginait pas une seconde que certains pouvaient déjà porter la Marque. Snape portait la Marque. Il avait donc déjà rencontré le Seigneur des Ténèbres en personne, fait ses preuves. Il le dégoûtait. Il n'était pas question qu'il le laisse se balader plus longtemps dans Poudlard, qu'il soit un danger pour n'importe quel élève, qu'il donne des informations à son Maître. Il allait le livrer aux Aurors et ceux-ci l'embarqueraient pour Azkaban, le seul lieu où il méritait d'être. La main de James vibrait de fureur.

La porte des toilettes s'ouvrit avec fracas. Rimini et Casadano entrèrent. Un Poufsouffle jeta un œil intrigué avant que la porte ne se referme devant lui.

-Potter, baissez votre baguette, ordonna gentiment l'Auror blonde.

-Vous deux, toujours vous deux ! Râla Casadano en levant les yeux au ciel. Vous savez à quel point j'en suis ? Au point que lorsqu'un élève vient me voir pour m'annoncer qu'il y a du grabuge quelque part mon esprit pense automatiquement à vous deux. C'est pour dire !

Elles arrivèrent à côté d'eux. James n'avait pas baissé sa baguette ni quitté Snape des yeux. Elles lâchèrent un bruit estomaqué en découvrant l'état du Serpentard.

-Potter, c'est toi qui… ? Demanda la française aux cheveux bouclés en se précipitant vers Snape qui la repoussa méchamment.

Elle pointa sa baguette sur le nez du Serpentard et celui-ci arrêta de couler.

-Non ce n'est pas moi, grinça des dents le Gryffondor.

-Je t'ai dis de baisser ta baguette, lui rappela Rimini, un ton plus sévère.

-Non.

Elles se tournèrent vers lui, mécontentes.

-Madame, vous devez l'arrêtez, expliqua-t-il d'un ton ferme. C'est un putain de Mangemort.

Les deux femmes froncèrent les sourcils. Snape poussa un grognement.

-Demandez-lui de relever sa manche et vous verrez.

Peut-être grâce un informulé, la manche de Snape était redevenue sèche et cachait la Marque. Les Aurors s'échangèrent un regard ennuyé.

-Bon, je ne sais pas ce qu'il s'est passé ici mais je propose que chacun retourne dans ses appartements en oubliant tout ça, préconisa Miss Rimini.

-Quoi ? Hurla James, les yeux effarés. C'est un Mangemort, vous dis-je ! Ce n'est pas votre boulot de les arrêter ?

La jeune femme blonde l'incendia du regard.

-Je ne pense pas avoir besoin des conseils d'un garçon de dix-sept ans qui n'a même pas passé ses ASPICS pour savoir en quoi consiste ou non ma fonction d'Auror, Monsieur Potter, répondit-elle, bras croisés.

Il jeta tour à tour un regard outré vers les jeunes femmes. C'était absurde ! Pourquoi faisaient-elles exprès d'ignorer ce qu'il disait ?

-Ca suffit pour aujourd'hui, gronda Casadano, une main sur l'épaule de Snape. Monsieur Potter, rangez votre baguette, amassez vos affaires et allez en cours.

Loin d'obéir, James pointa cette fois sa baguette sur Casadano, furieux. Ce geste tendit les deux Aurors dont il vit qu'elles resserrèrent leur emprise sur leurs propres baguettes.

-Vous prenez toujours sa défense, reprocha le jeune homme avec véhémence. Je vous dis que c'est un Mangemort et vous le protégez encore. A chaque fois qu'il est impliqué dans une altercation, c'est toujours vous qui apparaissez. Vous êtes constamment dans son ombre. Qu'est-ce que vous êtes au juste, son mentor ?

Elle plissa les yeux.

-Je n'apprécie pas tes insinuations, James.

-Je n'insinue rien, je constate ! Beugla-t-il, rouge de colère. Peut-être bien qu'en fait, vous êtes une Mangemort vous –même !

Miss Rimini fut bouche bée. Casadano semblait sur le point de le gifler.

-Comment… oses-tu ?

Elle avait parlé d'une voix puissante, assourdissante, qui se répercuta dans toute la pièce.

-Je suis une putain de Née-moldue ! J'ai vu l'intégralité de ma famille brûler sous les ricanements des Mangemorts !

-Tu vas trop loin, Potter, souffla la blonde, éberluée.

-Ca ne prouve rien ! Se rebiffa-t-il quand même. Demandez donc au professeur « Prince », c'est lui qui nous l'enseigne ! On ne peut pas se fier à la vie des uns ou des autres. Vous-savez-qui aurait très bien pu vous endoctriner de force. Peut-être agissez-vous sous Impérium, ou bien vous fait-il chanter de quelque manière que ce soit. Ca ne prouve rien.

Un lourd silence s'abattit. Miss Casadano était pétrifiée de rage, Rimini de consternation. Dans son coin, Snape se faisait discret mais le fusillait du regard. Finalement, l'Auror qu'il visait lâcha l'épaule du Serpentard, le contourna et s'avança vers James jusqu'à ce que la baguette de celui-ci lui frôle le front. Elle était terrifiante mais le Gryffondor ne recula pas.

-Très bien, Monsieur Potter, siffla-t-elle. Le choix va être très simple : soit vous retirez immédiatement vos propos et nous en restons tous là, soit vous prenez le risque que je vous montre mon avant-bras et alors… alors nous verrons bien.

Elle bluffait. James était sûr qu'elle voulait le forcer à se rétracter. Ainsi, ni elle ni Snape ne seraient exposés. Peut-être Rimini ignorait-elle tout des penchants de son amie. Peut-être était-elle avec eux et alors, il ne donnerait pas cher de sa peau. Mais ils étaient à Poudlard, ils ne pouvaient pas le tuer ou le torturer sous les yeux de Dumbledore.

-Je prends le risque, lâcha-t-il d'un air méprisant.

Elle poussa un ricanement amer.

-Julie, non, s'interposa Rimini. Tu n'as pas à répondre à ce genre de provocations !

Son amie ne l'écouta pas. Elle posa son sac sur un lavabo et retira le pull qu'elle portait. Elle tendit son bras gauche, poing serré. Il était intact. James ferma les yeux. Merde.

-Satisfait, Monsieur Potter ?

-Vous ne protégez pas les bonnes personnes, lui reprocha-t-il encore. Il est un Mangemort, j'ai vu sa Marque !

-ASSEZ !

Ses cheveux s'étaient hérissés sur sa nuque au hurlement que Casadano avait poussé. Jamais encore elle n'avait atteint ce degré d'énervement. Même Rimini recula d'un pas.

-Vous serez privé de Quidditch jusqu'à la fin de l'année, Potter, condamna l'Auror. Vous n'aurez ni la permission de jouer, ni la permission d'assister aux matchs. Et vous serez en retenue avec moi jusqu'à Noël. Est-ce bien clair ?

James blêmit. Il avait envie d'hurler et de fracasser tout sur son passage. Elles ne l'écoutaient pas, elles ne le prenaient pas au sérieux, elles protégeaient volontairement un Mangemort. Quel genre d'Aurors était-ce là ? Et en prime, il était celui qui se faisait lourdement punir ?

-Estimez-vous heureux que votre effronterie ne soit pas portée jusqu'au Directeur, auquel cas vous seriez renvoyé. Et je vous serai gré de ne pas colporter partout vos idées paranoïaques. Cette discussion ne sortira jamais d'ici, vous me comprenez ? Votre sanction n'aura pour motif que votre insolence envers un Auror, une excuse dont je suis certaine que tout le monde ne sera pas étonné. Je ne veux plus vous revoir avant très, très longtemps, Monsieur Potter !

Elle se tourna vivement vers le Serpentard.

-Et ça vaut pour toi aussi ! Aboya-t-elle, ses cheveux en fouillis. DEGUERPISSEZ !

James saisit son sac avec rage. « On aurait dû vous laisser être virée » marmonna-t-il en la bousculant et il sortit en trombe. Il jeta plusieurs sorts pour se défouler tout en courant à moitié dans les couloirs. Un casque d'une armure voltigea. « Cinq points en moins pour Gryffondor ! » Râla Chèvrefeuille qui passait par là. Qu'en avait-il encore à foutre ?