Chapitre 11 : Unexpected visitors.
La jeune Auror releva la tête fièrement. Elle était une Auror, elle avait une formation d'Auror et avait été entraidée par le meilleur des Aurors ! Elle ne devait, ne pouvait pas, se laisser aller à ce point ! Elle avait été entraînée pour faire face à toutes sortes de situations. Elle se força à se ressaisir. Comment donc Remus allait la considérer après s'il la voyait si facilement se laisser aller ?! Elle se promit d'être forte et de réfléchir plutôt à une solution avant de se laisser à désespérer. [i]Prends exemple sur Remus. Il est toujours maître de lui.[/i] Elle se dégagea doucement de son étreinte, bien qu'elle eut l'impression que c'était un peu à contrecœur mais elle devait absolument se ressaisir, et elle fit quelques pas pour s'éloigner de lui et observer autour d'eux, tentant d'analyser la situation comme Maugrey le lui avait apprit.
Remus la vit se reprendre progressivement, comme si elle venait de prendre conscience qu'elle avait l'air stupide à paniquer ainsi... Cependant, il ne lui aurait pas du tout porté préjudice bien au contraire. Il était de toutes les façons beaucoup trop indulgents envers lui ; plus qu'envers lui-même. Néanmoins il esquissa un sourire puis la suivit des yeux... Elle semblait réfléchir, il en fit de même. Tout d'abord, il fallait se poser différentes questions.
Que s'était-il donc passé lorsqu'il y avait eu cet éclair de lumière verte, lorsqu'ils avaient été tout deux absorbés par ce halo vert...? Ensuite, comment cela se faisait-il qu'ils n'avaient été que les seuls touchés ? De trois, où étaient passés les autres et y avait-il un moyen de les contacter ? Et de quatre, où étaient-ils, eux ? A l'Allée des embrumes bien sûr, mais où étaient-ils vraiment. Car s'il y avait une chose dont il était certain, c'est que ce n'était pas l'allée des embrumes qu'il connaissait – et qu'il avait emprunté parfois il devait l'avouer. Certains ingrédients de potions dont il avait eu besoin par le passé ne se trouvaient que dans une boutique dans cet endroit.
Cette rue lui semblait légèrement différente de celle qu'il avait l'habitude de fréquenter, et il n'aurait su en dire les raisons précises...
Mais il fallait sortir d'ici. Aller quelque part moins isolé, aller retrouver la civilisation... Il s'approcha derrière Tonks et lui attrapa le bras, la faisant sursauter et se retourner et il lui dit en la regardant dans les yeux.
« Il ne faut pas rester là. »
Il la vit hocher la tête et alors qu'il l'entraîna, elle n'opposa même aucune résistance et le suivit docilement. Ils se dirigèrent vers l'entrée du chaudron baveur, côté allée des embrumes et y entrèrent. De là leur parvinrent des bruits de discussions ; et automatiquement, Remus se sentit moins oppressé. Là où il y avait des gens, il y avait de l'espoir. Ou pas... En tous cas, c'était mieux que de sentit isolé, vulnérable... Alors qu'ils traversèrent la salle, Tom le barman évidemment les aperçus et reconnaissant aussitôt Remus, il vint à sa rencontre, lui serrant la main en le saluant cordialement. Il semblait avoir relativement moins de rides et être également un peu moins courbé bien qu'il l'eut toujours connu assez courbé...
Il y avait quelque chose chez l'homme que Remus trouva étrange... Comme s'il avait changé ; comme s'il n'était pas exactement le même qu'il l'avait vu la dernière fois...
« Bonjour Remus, comment vas-tu depuis la dernière fois ? Tu as une petite mine. Oh, et qui est donc ta jeune amie ? »
Nymphadora resta dubitative devant lui en l'entendant parler d'elle par « sa jeune amie »... Pourtant, elle le connaissait, elle l'avait vu... Presque tous les midis à la pause, elle venait manger ici avec Kingsley... Elle échangea un regard avec Remus qui lui indiqua qu'il était tout autant surprit qu'elle.
« Dora, une... Heu, amie de connaissance. », répondit-il machinalement... Quelque chose lui disait – un mauvais pressentiment – qu'il ferait mieux de ne pas dire son nom exacte...
Tonks eut la sensation de se faire observer au rayon-X par le barman puis lorsqu'il la lâcha des yeux, elle parut soulagée. Cependant, ils n'étaient pas au bout de ses surprises et ce fut à Remus de paraître ensuite interloqué en entendant Tom prononcer les mots suivants...
« Au fait, j'ai vu James et Lily hier, ils sont passés ici avec le petit Harry... Qu'il est adorable ! Juste incroyable, ses yeux ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de sa mère et... »
Mais Remus n'écoutait déjà plus. Mais de quoi parlait-il donc ?! James et Lily n'étaient plus depuis longtemps ! Le lycan avait senti son estomac remonter en vague au fond de sa gorge et il chancela à moitié, sur le coup d'un profond choc. Il ignorait pourquoi Tom lui parlait de James et Lily, il ne savait vraiment pas ce qui se passait ici, il ne savait pas pourquoi il aimait cela de moins en moins, mais tout ce qu'il savait c'était qu'ils devaient tirer cela au clair... Le plus vite possible. Il sentit une main lui agripper le bras et cette fois ce fut lui qui se laissa entraîner par Tonks un peu plus loin. Il ne l'entendit qu'à peine s'excuser auprès de Tom avant de l'emmener Vers l'une des tables au loin. Elle ne parla, pas tant qu'ils ne furent pas assise, et même encore là, elle se contenta d'attendre qu'il se reprenne, se remette de son choc. Entendre prononcer les noms de James et Lily, comme s'ils étaient encore vivants, c'était assurément un gros choc...
Elle ne savait pas ce qui se passait, mais elle n'aimait vraiment pas cela. Elle vit Remus se passer une main dans les cheveux et posant les coudes sur la table, il resta le visage entres les paumes. Elle n'osa pas le brusquer et le laisser en tête à tête avec ses pensées, le temps qu'il y remette de l'ordre. Elle avait l'impression de ne pas être une aide vraiment utile, mais en même temps que pouvait-elle faire ? Que pouvait-elle faire à part attendre ? Elle aurait voulu poser une main sur son bras pour essayer de le faire sortir de sa léthargie... Elle aurait voulu, mais elle n'était même pas certaine que cela aurait marché.
En attendant elle observa autour d'eux ; elle posa le regard un peu partout comme si elle recherchait quelque chose de précis, mais sans savoir quoi... Elle écoutait sans écouter vraiment les diverses discussions autour d'eux ; elle captait des mots par-ci par-là, rien de très intéressant ma foi, hormis des personnes qui se racontaient leur journée... Quoique ce pouvait être intéressant ; des détails importants pouvaient s'y cacher.
C'est alors que ses yeux se posèrent sur quelque chose de vraiment intéressant.
Un journal. Un exemplaire de la Gazette. Intriguée, elle se dit que le meilleur moyen de tirer cela au clair était de se référer à un journal, aussi se leva t-elle pour se rapprocher de la table en question et se saisir du journal abandonné ici par ses propriétaires. Le titre du premier article lui sauta aux yeux « Des temps sombres s'annoncent ». Elle lut les premières lignes de l'article en question où il était question de Voldemort qui recrutait de plus en plus de partisans... De plus en plus de meurtres... Ce n'était pas réellement différent à vrai dire de leur époque. Cependant, il n'y avait pas que cela et ce qui lui sauta aux yeux ensuite fut l'intitulé de la date inscrite dans le coin gauche de la gazette... 25 Octobre 1980.
…
1980 ?! Sous le coup de la surprise, elle laissa la journal s'échapper de ses mains et il tomba par terre. Cependant, au lieu de le ramasser, elle demeura immobile au milieu de l'allée, les yeux ouverts comme des soucoupes ; elle aurait voulu appeler Remus, esquisser un mouvement pour ramasser le journal et aller le lui montrer mais elle ne pouvait pas bouger ; elle ne pouvait pas même parler.
C'était impossible ! IMPOSSIBLE ! Ils n'étaient pas... Malédiction, ils étaient à l'époque de la première guerre ? Pourquoi avaient-ils été envoyés ici et comment cela se pouvait-il ?! Qu'est-ce que...
« Re... Re... Remus... » Sa voix ne parvint même pas à dépasser le stade du simple murmure.
Lorsqu'elle eut retrouvé l'initiative de la parole et qu'elle put se remettre en mouvement, elle retourna à la table où elle avait laissé Remus... Elle ne savait pas s'il s'était remis du choc maintenant, mais elle craignait encore plus que ce qu'elle avait à lui dire ne l'achève cette fois. En même temps, il finirait par l'apprendre d'un instant à l'autre par quelqu'un d'autre... Combien de chances y avait-il pour que Lily et James décident de venir au Chaudron baveur aujourd'hui ? Peut-être aucune. Peut-être une sur mille ou une sur dix. Elle reprit place sur sa chaise. Remus vit automatiquement qu'il y avait quelque chose qui clochait. Le visage de la jeune métamorphomage était d'un livide qu'il en fut effrayé et qu'il crut sur le moment qu'elle allait s'évanouir... Ce fut d'une voix blanche qu'elle lui demanda de jeter un coup d'oeil sur le journal qu'elle était allée récupérer et elle le posa devant lui, scrutant son visage avec une appréhension certaine...
Ce fut un regard vide qu'il releva vers elle et d'une voix où aucunes émotions ne perçaient même si Tonks se rendit compte de son trouble, il hocha lentement la tête... « Il ne pouvait y avoir qu'une seule explication au fait que Tom les eut évoqués... A moins qu'on lui eut lancé un Oubliettes pour lui modifier la mémoire. »
Une chose qu'elle trouva plus inquiétant encore, ce fut l'apparent calme dont il faisait preuve. Il semblait le prendre bien ; pourtant cela n'aurait pas dû, n'est-ce pas ? Ils venait de débarquer dans les années quatre vingt, deux ans avant le meurtre des Potter ; ils étaient environ un an et demi avant la naissance de Harry ; et... Par Merlin ! Elle... Elle... Elle était née. Elle avait sept ans dans cette époque... Que... Non, la jeune Tonks n'allait pas obligatoirement se reconnaître, et puis elle n'allait peut-être pas non plus se rencontrer, mais elle essaya de s'imaginer ce que cela lui ferait si... Si elle se rencontrait en tant qu'elle, mais à sept ans... Cependant, Remus avait, ici, avait vingt ans... Imaginez si par hasard les deux Remus venaient à se rencontrer ?
Il fallait l'éviter à tous prix.
S'il y avait une chose dont elle était certaine, c'était qu'ils ne devaient absolument pas changer le temps. Rien... Les conséquences pouvaient en être désastreuses... Imaginez ce qui pouvait se passer si on rencontrait son double ? On croirait à une usurpation d'identité... Ou encore, s'ils essayaient de changer des évènements du passé comme par hasard le meurtre de James et Lily ? Même si c'était évidemment tentant, ils ne devaient pas non. Ils ne devaient rien changer. Pourquoi avaient-ils atterri ici ? C'était bien la question à se poser selon elle... Pourquoi.
Non, ce n'était pas normal qu'il le prenne aussi bien. Il était certainement plus que bouleversé...
« Remus... Tout va bien, tu es sûr ? » lui demanda t-elle l'air soucieux, en avançant une main et la posant sur le dessus de la sienne, en ne pouvant s'empêcher de ressentir un frisson à ce contact. Elle ne put s'empêcher de culpabiliser... Incroyable ! Il était mal en ce moment, elle le savait bien que jamais il ne l'aurait dit - et d'ailleurs pourquoi donc irait-il se confier à elle ? Et tout ce que cela lui faisait, c'est qu'elle ne pouvait s'empêcher de rechercher son contact pour se rassurer elle-même au lieu de le rassurer lui... Non, évidemment c'était faux ; elle cherchait à les rassurer tous deux... Enfin, elle voulait savoir comment il se sentait pour essayer de l'aider au mieux ensuite...
Il leva les yeux vers elle. Tonks s'empressa de ramener sa main vers elle.
« Ça va. », répondit-il.
Elle le savait guère bavard, mais il fallait avouer qu'un, son ton ne semblait guère convaincant et convaincu, et de deux, il aurait pu développer plus. Il devait bien se douter qu'elle s'inquiétait ! La meilleure des choses à faire était d'être sincère avec elle en lui disant précisément s'il allait vraiment bien ou pas, s'il avait surmonté le choc, et bref comment il se sentait ! Avait-il si peur que cela de s'ouvrir à elle ?! Elle ne demandait pas grand-chose... Elle ne demandait pas le monde... Non, en fait elle ne le demandait juste lui... C'était pas grand-chose n'est-ce pas ? Mais pour elle, cela équivalait le monde. Elle avait une confiance en lui, tellement qu'elle aurait voulu que lui aussi ressente une confiance aveugle envers elle. Qu'il se confie à elle, qu'il s'ouvre à elle un peu plus... Elle serait une oreille très attentive, compréhensive. Elle savait qu'elle serait là, toujours... Pour l'écouter.
Mais nous parlions de Remus là, pas d'elle.
« Remus... Il ne faut pas que l'on croise nos doubles... Le passé peut être... »
« Changé, je sais... » Et le timbre de sa voix était sombre.
« Que va t-on faire ? Je veux dire... Comment revenir... ? »
« Je n'en sais rien... Il faudrait déjà savoir pourquoi on a atterri ici, et.. Je pense que j'en connais la raison. Je pense qu'on a été envoyés ici pour se débarrasser au fur et mesure des membres de l'Ordre... On a été piégés à l'allée des embrumes... On se retrouve à deux ici, pendant que nous sommes là on ne peut se battre dans notre époque... Ils ont bien moins de résistances... »
Mais ils sont stupides... Ils n'ont pas pensé qu'en agissant ainsi, ils pouvaient par inadvertance voir et rencontrer leur double. Le futur pouvait être modifié. Ce serait une catastrophe. Personne ne pouvait prévoir les conséquences si jamais le Temps venait à être changeait... Il suffisait d'un petit quelque chose pour tout faire changer...
A moins qu'ils s'en fichent ?
« C'est un peu effrayant de penser qu'on est là, en 1980, dans la mauvaise époque et savoir qu'on peut changer le futur un moment à l'autre... Que va t-on devenir ? Comment vas t-on faire pour..., » lâcha Tonks sans prévenir. Ce qui ne déclencha pas la réaction voulue en faveur de Remus, hormis un maigre sourire qu'il lui fit comme s'il voulait compatir avec elle. Elle avait pensé qu'en avouant elle-même sa peur, il lui aurait alors confié que lui aussi avait peur. Elle savait qu'il avait vraisemblablement peur, ce serait normal, mais à dire vrai elle n'était plus sûre de rien ; il ne montrait jamais ce qu'il ressentait... Alors comment savoir ? Était-elle la seule à avoir peur ? N'était-elle par normale...? Était-ce elle qui était trop faible ? Qu'il lui réponde quelque chose par la barbe de Merlin ! N'importe quoi mais quelque chose ! Cependant il ne disait toujours rien, alors elle dût ajouter ensuite...
« … Tu n'as pas peur, toi ? »
« Il est légitime d'avoir peur. C'est ce qui fait que nous sommes humains. »
Confessions à demi-mots...? En fin de compte, avait-il peur ou n'avait-il pas peur ? Elle ne savait pas trop quoi penser avec lui... Elle le vit lui adresser un sourire puis il prit l'air sérieux de celui qui ne prenait pas le problème à la légère – rares étaient les choses qu'il ne prenaient pas à la légère de toutes les façons.
