En intraveineuse


Pov Draco

Septembre

J'attends dans le hall. Ça fait 5 mois que je suis ici, en centre de désintoxication. Les médecins moldus ont décidé que ma santé et mon avenir en dépendaient. Je n'ai pas protesté. Il fallait que j'arrive à arrêter la drogue de toute façon. Mais 5 mois... ça me semble énorme. J'ai l'impression d'avoir été mis sur orbite alors que le monde continuait de tourner sans moi. Harry est venu me voir souvent. Puis, le 16 juillet j'ai reçu un appel venant de Ste mangouste. Le soleil brillait de manière écœurante et au bout du fil la voix de Harry m'a annoncé que j'étais père.

Les enfants ne sont pas admis dans les centres de désintox. Il faut dire que c'est une telle déchéance.

Mais ce weekend je sors. Liberté conditionnée d'après moi. Je dois continuer à venir souvent au centre pour faire des examens médicaux. Mais rien ne m'importe.

Je dissimule mon impatience du mieux que je peux mais je surprends souvent mes doigts qui pianotent sur l'accoudoir du fauteuil, et je me retiens de bondir de ma chaise à chaque fois que la porte s'ouvre.

C'est étrange l'attente. Tu sais que la personne que tu attends va arriver. A chaque fois que quelqu'un passe la porte et que ce n'est pas elle tu te dis "Peu importe, à un moment, lorsqu'elle s'ouvrira ça sera la personne que j'attends"

Et finalement quand ce moment arrive on le laisse passer. On n'arrive pas à se le graver dans la mémoire.

C'est ce qui se passe quand soudain le visage de Harry apparait. Je n'ai même pas le temps de penser que ça y est, c'est enfin lui, que mon attente est finie, parce qu'il est là et qu'après tout rien d'autre ne compte.

Il s'approche de moi et me sourit. On ne se touche pas. Il prend mon sac.

- Tu n'as rien d'autre ?

- Tu sais bien que non...

- Allons-y.

Et nous quittons le centre ensemble. Je l'ai tellement attendu ce moment. Tellement rêvé. J'ai souhaité si fort qu'il arrive. Que Harry vienne me dire "Allons-y" et que nous quittions ce bâtiment côte à côte; je m'attendais à quelque chose d'extraordinaire, à être ébloui par le soleil comme un détenu après un long séjour en taule.

Mais non, tout se passe le plus naturellement du monde, comme s'il était simplement venu me chercher à la gare.

- La petite t'attend dans la voiture. Je me suis dit que tu n'aurais pas la patience d'attendre d'être rentré

- Tu as eu raison... Attends.. quelle voiture ?

Harry rit devant mon air perplexe. C'est la première fois que je le vois rire depuis des mois et des mois. Cela m'apaise.

- C'est la voiture d'Achille. Il me l'a prêtée pour l'occasion.

- Ok.

Mon cœur commence à battre la chamade quand je repère la vieille mustang d'Achille. Je réalise d'un coup que dans quelques secondes je vais voir ma fille. La chair de ma chair.

Je me fige à quelques pas de la voiture. Harry continue à avancer tranquillement, ouvre la portière arrière et se penche. Quelques secondes plus tard, il se retourne face à moi avec un grand sourire. Mais pour la première fois de ma vie, le sourire de Harry me semble d'une importance minimale.

Dans ses bras, un bébé de trois mois, potelé, avec déjà quelques cheveux bruns et des yeux qui prennent la moitié de son visage. Je n'ai pas besoin de plus d'une seconde pour la reconnaitre. Je n'ai pas à me poser la question de savoir s'il s'agit bien de ma fille ou pas. Je sais que oui. Je me vois à travers elle, je la sens, je la devine. Elle me dévore de ses grands yeux inquisiteurs et semble me sonder.

Me reconnait-elle comme je la reconnais ? J'ai l'impression de retrouver quelqu'un qui est en moi depuis toujours.

Ma fille.

D'un pas hésitant je m'approche.

- Prends la, me suggère Harry. Je souris comme un débile, j'ai mal aux joues tellement je souris. Il me la tend et délicatement, elle passe de ses bras aux miens. Elle gargouille, sans doute de protestation et recommence à me regarder d'un air scrutateur en essayant vainement de mettre son pied dans sa bouche.

- Aga ? Me demande t-elle avec concentration. Alors, d'une voix enrouée je prononce les premiers mots pour ma fille. Mes premiers mots de père.

- Bonjour Giselle.

oO°

Je n'ai pas pu me résoudre à lâcher ma fille. Je me retrouve donc assis à l'arrière de la voiture à la regarder jouer avec mes doigts. Elle les tourne dans tout les sens, cherchant vraisemblablement comment ces trucs fonctionnent. Je la laisse faire et je regarde avec admiration ses petites mains à elle qui se referment autour de mes pouces.

La vieille radio crachote un tube des Beatles. " Here comes the sun" Étrangement, je trouve ça particulièrement approprié.

Harry fredonne les paroles entre ses dents. Je me sens à ma place.

- " Here comes the sun and I say it's all right "

- Harry ?

- Hm ?

- J'ai tout de même une question

- Laquelle ?

- C'est délicat. Ne le prend pas mal mais ... On ne s'était pas arrêté sur l'idée de "Juliette" si nous avions une fille ?

- Effectivement

- Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? Pas que je me plaigne. Pour moi ce prénom est un des plus beau qui existe mais.. Tu destines réellement notre fille à avoir un destin aussi tragique que celui de Giselle ?

Harry ne répond pas tout de suite. Les Beatles continuent à diffuser leur mélodie heureuse."Little darling, it seems like years since it's been clear, Here comes the sun, here comes the sun... " Je croise le regard de l'homme que j'aime dans le rétroviseur

- Non. Je destine notre fille à être l'héroïne du plus beau ballet du monde.

oO°

Il est 18h, nous sommes arrivés à la maison.

L'herbe est haute dans le jardin. Personne ne s'en est occupé depuis mon départ visiblement. Ici et là, un mobilier jusqu'alors inconnu me fait face : un parc à jeux au milieu du salon, des livres en plastique, un berceau à côté du lit dans la chambre, des biberons sur le bord de l'évier...

Je me sens de nouveau chez moi et en même temps j'ai l'impression d'être un invité dans ma propre maison. La vie a continué sans moi. C'est une bonne chose bien sûr mais... Je me sens quand même assez bizarre. Harry m'apporte un biberon et me dit de m'occuper de Giselle pendant qu'il prépare à manger. C'est gentil à lui de faire exactement comme si rien n'avait changé, comme si j'avais été là depuis le début. Je le regarde s'activer dans la cuisine et je repense à tout ce que j'ai vécu avec lui. De ce premier échange à Poudlard où il avait refusé de me serrer la main, jusqu'à aujourd'hui où je donne à manger à notre fille dans notre maison. J'ai du mal à refaire le chemin, à comprendre comment on en est arrivé là. J'essaie un instant de le revoir comme le garçon de 11 ans que je haïssais, ou comme celui de 17 ans que j'aimais secrètement et qui me méprisait. Mais je n'y arrive pas. Il s'agit d'une autre personne. Le Harry qui fredonne "Here comes the sun" dans la cuisine est celui que j'aime. J'ai de la chance. Nous avons évolué presque en même temps pour devenir exactement celui capable d'aimer l'autre.

Giselle a terminé son biberon et commence à s'endormir contre moi. Je la berce doucement. Jusqu'alors je n'imaginais pas que je pouvais aimer autant. Je croyais que tout mon amour était consumé par Harry. Et j'arrive pourtant à aimer ma fille autant que lui, aussi intensément que lui.

Harry revient et met le couvert

- Elle dort ? Parfait. On va pouvoir passer à table.

Délicatement je vais poser ma petite fille dans son couffin et je m'installe.

Deux assiettes, deux verres de vin et une rose rouge posé sur la nappe. Ce soir Harry m'accueille avec romantisme. Je hausse un sourcil sceptique par habitude mais je suis profondément heureux. Le plus beau brun du monde s'assoit en face de moi et me sert.

Puis il lève son verre, m'invitant à trinquer

- Bienvenue à la maison Dray.

La soirée se déroule le plus paisiblement possible. Nous mangeons et nous discutons, de tout et de rien.

- Tu as des nouvelles des autres ?

Il boit une gorgée de vin.

- Pas tellement. J'ai prévenu tout le monde de ton hospitalisation. Achille s'est remis aux études et il n'avait pas le temps pour venir te voir

- Quelles études ?

- Medicomagie bien sûr. Il a été accepté haut la main, même après deux ans d'absence. Je sais que Nev a traversé une passe difficile et ils sont partis en voyage il y a trois semaines. Ils reviennent mi-octobre je crois. On les invitera à leur retour si tu veux.

J'approuve d'un hochement de tête

- Et Blaise et Luna ? Toujours pas mariés ?

Harry rigole devant ma mine faussement intéressée

- Non, rassure toi, toujours pas.

- Comment ça "rassure toi" ? Je suis très heureux pour eux, ne va pas croire le contraire.

- C'est ça.

- Je t'assure !

Harry me ressert du vin en riant. Je regarde son visage angélique. Il a l'air d'aller bien, d'être épanoui, plus heureux que jamais. Même sous trip il n'a jamais eu l'air aussi détendu. Ce qui m'amène à la question suivante.

- Au fait Harry... Depuis que la grossesse est finie tu n'as... t'as pas replongé je veux dire ?

- Non

- Pas une seule fois ?

- Non. J'ai recommencé à fumer des clopes et à boire un peu d'alcool mais pas de dope non. Même pas un joint. Tu sais, J'ai été obligé de faire toute une batterie d'examens pour verifier que j'étais bel et bien clean. Les flics sont venus ici aussi, pour perquisitionner, verifier qu'on ne faisait pas de trafic de drogue. Ça ne les aurait pas étonné, vu que les mecs qui sont venus te tabasser étaient déjà surveillés ou soupçonnés de faire parti d'un réseau de vente.

- La maison a été fouillée ?

- Oui.

- Tu ne m'en as jamais parlé.

- Tu avais assez de soucis comme ça, c'était inutile de t'accabler avec des choses que tu n'aurais pas pu changer. Et puis ça n'a aucune importance. Ils n'ont rien trouvé de toute façon.

- Rien ? Je me fige la fourchette à quelques centimètres de la bouche

- ça va Dray ?

Je me dépêche d'engloutir ma viande.

- Oui, oui pas de problème.

Non vraiment aucun problème si ce n'est que... Il y avait bel et bien de la came ici. Cachée dans une poutre de la chambre aux étoiles. Oh sans doute pas assez pour m'inculper de quoi que ça soit mais il y en avait tout de même. Ils ne l'ont pas trouvée alors ? Ça veut dire qu'elle doit encore être dissimulée dans le renfoncement du bois.

Je continue à discuter avec Harry, mais une part de mon esprit est obnubilée par cette idée. L'héroïne que j'avais planquée est-elle encore là haut ?

oO°

Nous sommes assis devant la télévision, sur le grand canapé en cuir que nous avions acheté après avoir appris que Harry était enceint.

Après le repas, il m'a ordonné de m'installer parce qu'il avait une "surprise". J'attends donc patiemment qu'il lance le DVD qu'il vient d'insérer dans le lecteur.

- Prêt ?

- Ne me fais pas mariner. Harry appuie donc sur lecture avec un sourire moqueur. Je reconnais immédiatement les premières notes et mon doigt se met à pianoter sans réfléchir au rythme de la musique. Je me tourne vers mon amoureux, perplexe :

- Où as-tu trouvé ça ?

- Hinhiin. Secret. C'est un enregistrement du ballet que tu m'avais emmené voir en Mars l'année dernière.

La musique de Adolphe Adam est toujours aussi magique pour moi. Évidemment, voir un ballet sur petit écran ne fait pas le même effet, mais après 5 mois d'enfermement ça me semble presque aussi beau qu'en vrai.

Nous regardons le ballet de danse qui a donné son nom à notre fille blottis l'un contre l'autre. La main de Harry est glissée sous mon T-shirt et il dessine des ronds autour de mon nombril avec ses doigts, m'arrachant parfois un frisson.

J'ai conscience du corps de Harry près de moi comme de quelque chose qu'il me faut à tout prix. Il m'a terriblement manqué.

Ses doigts semblent s'enrouler autour de ma peau comme autour d'une mèche de cheveux. J'aime la manière dont il me caresse, dont ses doigts sont posés sur moi comme une chose bien à soi.

A l'écran, Giselle et son prince entament le pas de deux. C'est un des plus beaux passages. Je me penche vers Harry et pose mes lèvres contre son cou. Il ne bouge presque pas mais sa respiration s'accélère imperceptiblement. Je l'embrasse de nouveau, caressant du bout des lèvres son échine, remontant lentement du cou jusqu'à la ligne de sa mâchoire. Je la suis du bout des lèvres jusqu'au menton de Harry, tout en douceur.

Alors d'un mouvement brusque, Harry m'embrasse, plongeant sa langue contre la mienne. Un bien-être sans nom dégringole dans mon corps, le baiser de Harry se propage dans tout mon visage, le long de mes épaules, de mes bras, enveloppe mon ventre d'une douce chaleur et s'arrête entre mes jambes.

Je m'agrippe à sa taille et le fait basculer sous moi. Son baiser s'intensifie, sa bouche refuse de quitter la mienne et me dévore. Je glisse mes mains sous son T-shirt, fait glisser mes doigts le long de ses hanches, de sa taille, de ses pectoraux. A cette hauteur je pose mes paumes à plat sur son torse et me laisse aller de toute mon poids sur lui, massant sa peau du bout des pouces. Les mains de Harry errent sur mes reins, mes fesses, accentuant la pression entre mes jambes.

Je redescends et cherche à tâtons la boucle de sa ceinture. Harry refuse toujours de laisser à ma bouche le moindre répit et lèche, mordille, pétrit ma lèvre inférieure sous ses dents et sa langue. C'est exquis. Je finis par lui arracher sa ceinture et déboutonne maladroitement les boutons de son jean. Mon cœur bat à tout rompre quand ma main rencontre le sexe tendu de mon amant à travers son caleçon. J'en dessine le contour lentement. Le corps de Harry s'arque, se tend vers moi accompagné par un gémissement qui vibre contre mes lèvres.

J'en profite pour me décoller enfin de sa bouche, avec regret je dois l'admettre, j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose. Je mords mes lèvres pour tenter de ramener le goût de Harry à l'intérieur de ma bouche, tout en m'acharnant afin d'arriver à l'objectif que je me suis fixé : Déshabiller la bombe sexuelle qui me fait face.

Je lui retire son pantalon en essayant de prendre mon temps, de le laisser sentir mes main frôlant ses cuisses, ses genoux...

Puis je lui enlève son T-shirt, usant du même procédé.

Il garde les yeux fermés ce qui me frustre plus que je ne pourrais l'imaginer. Je me mets donc debout, m'arrachant à lui. Bingo ! Il ouvre brusquement les yeux, déconcerté par mon absence.

Je commence à marcher lentement autour du canapé, comme un fauve tournant autour de sa proie. Il me suit des yeux et je commence à déboutonner mon pantalon sans me presser. Je veux juste sentir son regard vert sur moi le plus longtemps possible. Le pantalon glisse le long de mes jambes et je continue à marcher lascivement, les yeux plongés dans ceux de Harry. Puis je relève mon T-shirt, dévoilant mon ventre, mes abdominaux... Le contact de mes propres doigts sur la peau me donne presque des frissons. C'est dire à quel point je suis excité. J'arrache finalement ce dernier et le laisse tomber derrière moi comme s'il s'agissait d'un simple papier que je jetterais à la poubelle.

- Draco... grogne Harry en se relevant légèrement. Je lui pose une main sur le torse pour le forcer à se rallonger

- Tututut. Sois sage ! Fais-je d'un ton de maître d'école.

Les yeux de Harry brillent d'une lueur qui me dit qu'il est loin d'avoir envie d'être sage mais il m'obéit.

Je continue donc ma ronde passant un doigt dans la rainure de mon caleçon. Juste comme ça, l'air de rien. Puis après avoir fait un tour supplémentaire à le descendre progressivement je m'arrête juste derrière la tête de Harry et me dévêt entièrement. Il se tortille pour essayer de me voir et je choisis ce moment pour l'embrasser goulument, à la spider-man.

Alors que ma langue joue avec la sienne, le plus tendrement possible, mes mains glissent sur ses épaules, puis sur son torse. Je peux sentir sa peau frémir et j'adore ça.

Ma tête me tourne, j'aspire la délicieuse odeur qui est la sienne. Mes cheveux glissent sur son beau visage. Ma bouche s'arrache à ses lèvres et je commence à l'embrasser sur le visage, puis je me penche un cran plus bas pour dessiner dans son cou des arabesques du bout de la langue.

Je sens le souffle hiératique de Harry contre ma peau et je descends encore un peu, léchant ses clavicules, puis le haut de son torse. Je descends de plus en plus, recouvrant Harry de baisers langoureux. L'air qu'il expire frôle bientôt le bas de mon ventre, et le haut de mon sexe. Je me suis agenouillé sur le bras du canapé, les jambes autour de sa tête. La mienne arrive juste à la hauteur de son boxer. Je cesse les baisers un instant et du bout du nez, je longe le sexe tendu sous le tissu, mes doigts jouent avec l'élastique., se faufilent à l'intérieur mais se garde de toucher l'érection de Harry. J'ai un mal fou à rester lent et doux, alors que je voudrais être brutal. Mais je veux que le supplice soit parfait et délicieux, et pour ça, je dois prendre mon temps, le plus de temps possible. Profiter du corps de Harry dans ses moindres recoins, le retrouver, le redécouvrir.

Il lève doucement les hanches, m'invitant à lui retirer son sous-vêtement. J'hésite. Je ne désire que ça bien sûr mais n'est-il pas trop tôt ?

Harry geint de désapprobation et soudain prend une initiative qui accélère les choses. Il relève la tête et du bout de la langue caresse mon sexe sur toute sa longueur. Je n'y tiens plus, je fais glisser son boxer et à mon tour, ma langue s'enroule autour du membre de mon amant.

oO°

Nous n'avons pas vu la fin de "Giselle". Nous avons fait l'amour, encore et encore, longtemps après que l'enregistrement ait pris fin.

A présent nous avons rejoint notre chambre et je regarde Harry dormir, blotti contre moi. Sa respiration est lente. Ses lunettes sont posées sur la table de chevet et son visage me parait changé.

Je n'arrive pas à dormir à cause du silence qui gronde. Au centre il y avait toujours du bruit : des chariots passant dans les couloirs ou des tordus hurlant à la mort. Ici tout est calme, c'est reposant mais je ne parviens pas à trouver le sommeil. Pas encore.

Depuis que nous nous sommes couchés, une idée me revient en tête, sans cesse, une interrogation lancinante qui ne me laisse aucun répit.

L'héroïne que j'ai laissée ici en partant est-elle encore dans la chambre aux étoiles ?

Bientôt je n'y tiens plus. Je me dégage doucement de l'étreinte de Harry pour ne pas le réveiller. Déjà son corps me manque mais je veux en avoir le cœur net.

En passant près du berceau je jette un œil au doux visage de ma fille endormie. Elle est magnifique.

Sur la pointe des pieds je traverse le couloir et je rentre dans la petite pièce aménagée en chambre d'enfant. Quand Giselle fera ses nuits, c'est ici qu'elle dormira.

Je n'allume pas la lumière, à tâtons je cherche sur la poutre le mécanisme déclencheur. D'un coup un petit 'clic'. Le tiroir secret s'est ouvert. J'y plonge la main, le cœur battant et mes doigts rencontrent une forme bien connue. Un tube de plastique, la forme inimitable du piston. Une seringue. Et sous la seringue, la sensation familière du plastique qui recouvre de la poudre.

Mon héroïne est là. Les flics ne l'ont pas trouvée. Harry non plus.

Je sors le sachet et la seringue et les caresse du bout des doigts dans la pénombre. Ça fait des mois que je n'y ai pas touché et j'ai l'impression d'être un explorateur qui vient de trouver un trésor. Je soulève le sachet à la hauteur de mes yeux, face à la fenêtre pour évaluer combien de grammes il me reste en contre-jour.

Il y a là assez de poudre pour faire presque deux fixs. J'hésite un instant. Mes doigts tremblent d'anticipation. Puis je prends ma décision. Je peux le faire.

La descente au centre a été horrible, mais là ça n'a rien à voir. Je suis clean, ça me fera seulement du bien. Et puis je ne vais pas jeter cette héro non ? Je vais me faire un dernier fix.

Je ferme mon poing sur mes deux trésors et je me rends dans la salle de bain.

Avec des gestes lents et précis je prépare ma poudre. Mes mains fonctionnent toutes seules, par automatisme, je n'ai rien perdu.

J'hésite encore une fois au moment de mettre toute la poudre. Ça fait beaucoup quand même.

Puis je hausse les épaules. C'est mon tout dernier fix, si je ne finis pas l'héro ce soir je serai tenté d'en refaire un. Mieux vaut tout liquider d'un coup.

Je cherche dans les tiroirs de quoi me faire un garrot et je trouve une des fameuse vieilles ceintures élimées de Harry. Ça fera l'affaire.

Je regarde la veine de mon bras enfler. Bleue et épaisse sur ma peau pâle. D'un geste fébrile, je plante la seringue et pousse sur le piston.

Le bien-être est déconcertant. Je me sens calme, complètement détendu et léger, ma respiration ralentie, comme si je dormais. J'arrache la ceinture, mais j'oublie la seringue au bord de l'évier. Je n'ai pas la tête à ça.

Des bouffées de tendresse m'assaillent. J'ai l'impression de sentir la puissance magique de Harry qui sommeille et qui irradie toute la maison. Les battements de mon cœur ralentissent encore, résonnent à mes oreilles comme de lointains coups de tambours. J'avance dans le couloir. J'ai l'impression d'aller à deux à l'heure. L'héroïne ne m'a jamais fait cet effet là. Ma tête tourne un peu et je réalise que je respire à peine. Le couloir me semble gigantesque, j'ai l'impression qu'il s'allonge à chacun de mes pas, comme si la chambre était loin, très loin. Les battements sourds de mon cœur ralentissent encore. J'atteins enfin la porte avec soulagement. La pièce tournoie sous mes yeux. Je m'appuie brusquement contre le mur en proie au vertige. Le corps de Harry bouge. J'ai dû faire trop de bruit "chutchut" dis-je tout haut. Ma voix résonne dans mes oreilles étrangement

- Draco ? Tout va bien ?

La voix de Harry est étrange, tous les sons de sa phrases me parviennent décomposés, sa voix semble grave et irréelle, comme altérée par une substance volatile.

Il allume la lumière et je ferme les yeux parce qu'elle m'éblouit douloureusement. Une souffrance infernale bat sous mes paupières, comme si mon cerveau était sur le point d'exploser.

- Draco ?

J'identifie la panique dans sa voix, j'essaie de me rapprocher de lui, je veux le rassurer, son inquiétude m'angoisse, des sueurs froides me remontent dans le dos me donnant envie de vomir.

Un cri perce la nuit.

Giselle. Je tente de lâcher le mur mais mon corps titube, je ne respire plus, je n'y arrive pas, je tente de me raccrocher à la première chose qui me tombe sous la main.

Je comprend mon erreur lorsque mes doigts agrippent un manche lisse et s'écorche sur des cordes.

Le violoncelle posé contre le mur.

Mon corps bascule, un bourdonnement sourd m'a enveloppé, j'essaie d'ouvrir les yeux mais mes paupières sont si lourdes qu'elles semblent collées sur mes globes oculaires.

Je n'entends plus les battements de mon cœur résonner au fond de moi.

Mon corps heurte le sol qui semble s'effondrer sous moi dans un craquement sinistre. Puis c'est le noir.

oO°

a suivre...


Musique du chapitre : Adolphe Adam "Pas de deux"