Destins parallèles

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Chapitre 11: Quand la Mort ne vous lâche pas…

Le premier septembre, le réveille-matin sonna en retard. Ce fut d'humeur bougonne que les Potter et Sirius se levèrent et commencèrent à se préparer. Le hibou de James n'en faisait qu'à sa tête et ne voulait pas entrer dans sa cage, Sirius avait perdu sa baguette et Mr Potter, ses clés, Mrs Potter présenta des œufs brûlés au petit-déjeuner au lieu des traditionnels œufs brouillés, la pinte de lait était vide et le lavabo coula à l'étage. Mr Potter préféra rester à la maison pour nettoyer les dégâts : ce fut donc Mrs Potter qui emmena les garçons à la gare. Malheureusement, elle n'était pas dans une bonne période ce jour-là et ne cessait de pester contre l'inhabituelle densité de la circulation de ce mercredi… Une chance, Peter et Ketza leur avait gardé une place dans le train…

En arrivant à Poudlard, la faim titillait nos amis et la répartition des élèves leur parut interminable, même s'ils avaient beaucoup grignoté durant le trajet. Heureusement, le festin de bienvenue fut à la hauteur de leur appétit. Le professeur Greaves ayant démissionné à la fin de l'année précédente, il y avait un nouveau professeur de Défense contre les forces du Mal, un homme plutôt étrange. On ne pouvait jamais savoir s'il s'adressait à soi ou à son voisin car il ne fixait jamais les gens dans les yeux. Il était assez petit sans être un nain et assez moche aussi. Il s'appelait Mauricio Lange, un Italien. On voyait qu'il était passionné par sa matière, mais il se perdait dans ses explications, et le temps qu'il retrouve le fil, il perdait le contrôle de sa classe. C'était donc de bonne humeur que les élèves se rendaient dans son cours. C'était comme une deuxième récréation…

Le Quidditch débuta quelques jours après l'anniversaire de Lily, le douze septembre. Étant le nouveau capitaine, James aurait bien aimé chasser Ophelie Cheestham de l'équipe. Il avait essayé de tâter le terrain chez de potentiels Batteurs, mais tous avaient refusé, même ceux qui ne juraient que par le Quidditch. James soupçonnait Ophelie d'être la cause de ce revirement de situation. Pas qu'Ophelie soit une mauvaise joueuse, – au contraire, elle maniait un peu trop bien la batte à son goût! – mais James ne voulait pas que l'événement de l'année précédente, lorsqu'un Cognard lui avait fracassé le bras, se reproduise… Cependant, il n'avait aucune preuve contre Cheestham… Et elle semblait s'en délecter.

Quelques semaines plus tard, les sixième année eurent la chance de suivre un cours de transplanage, mais ils ne pouvaient obtenir leur permis qu'à dix-sept ans. Les Maraudeurs, Lily, Ketza et Samiva s'inscrivirent au cours.

Le premier match de la saison opposait Poufsouffle à Serpentard. Les Poufsouffle se firent battre à plate couture : ils ne pouvaient pas gagner indéfiniment. L'année avançait donc bien. Pas d'événements notables ne se déroulaient pour l'instant, ce qui était louche surtout si l'on connaissait les Maraudeurs et les Serpentard. La moitié de l'année avait déjà filée lorsque cet état d'inertie prit fin. Cette fin de semaine-là, Ketza et Lily étaient partie passer leur permis de transplanage au Ministère de la Magie, ayant toutes deux atteint la majorité. C'était durant le dîner du samedi. Bellatrix et sa bande s'étaient approchés des Maraudeurs.

-On aurait une proposition à vous faire, débuta Bellatrix.

-Proposez toujours, lança James.

-On voudrait faire un duel contre vous.

-Un duel… intéressant, dit Sirius. J'ai toujours rêvé de te battre, Bellatrix.

-On en reparlera lorsque tu sentiras la pointe de ma baguette sur la veine palpitante de ta gorge! cracha-t-elle, le regard brillant.

-Continue de rêver en couleur. Ça n'arrivera jamais.

-C'est ce qu'on verra… alors ce duel?

-Ce soir, à minuit! s'exclama Peter, qui parut surpris de sa propre audace.

-Si le morveux le dit… Je suis d'accord, répondit Bellatrix. À la Salle sur Demande. Severus sera mon second.

-Et James sera le mien, lança Sirius.

Les Serpentard se détournèrent, déclanchant des murmures déçus sur leur passage. Quoi? Pas d'effusion de sang entre les deux bandes rivales de Poudlard?

-Remus, tu vas venir? demanda Sirius.

-Mais où donc? répondit Remus en souriant, son doigt pointé vers son insigne.

-Ah je vois! s'exclama James en souriant lui aussi. Nulle part…

Remus lui fit un clin d'œil.

Minuit arriva bien vite. James, Sirius et Peter se cachèrent sous la cape d'invisibilité et prirent la carte du Maraudeur, leur plus grande réalisation après les animagi. James et Sirius l'avaient terminée durant l'été. C'était un véritable bijou. La carte montrait tous les coins et recoins du château, ainsi que le parc et Pré-au-Lard. Mais elle n'était pas qu'une simple carte! Elle montrait également tout le personnel enseignant et les élèves, si jamais il y en avait à proximité. Les Maraudeurs l'avaient débutée en première année, lorsqu'ils avaient commencé à explorer le château clandestinement. Ils avaient également prévu une manière de cacher les informations : un sort de dissimulation. Il suffisait de dire « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises » et les informations apparaissaient. Dire « Méfait accompli » et la carte redevenait vierge. Remus avait eu l'idée d'inclure un sort de leur invention qui consistait à insulter tous ceux qui voulaient lire la carte sans avoir dit la bonne phrase. Elle avait un vocabulaire très varié d'ailleurs...

Au tournant d'un corridor, James, Sirius et Peter entendirent soudainement des pas derrière eux. Ils cherchèrent en vain sur la carte pour en découvrir le propriétaire. Les pas cessèrent et ils n'eurent pas la présence d'esprit de se retourner. La cape glissa.

-Salut les garçons!

Lesdits garçons se retournèrent en sursaut. Samiva Island se tenait devant eux en robe de chambre, les cheveux tressés dans son dos, sourire aux lèvres.

-Samiva! s'exclama Sirius.

-En personne. Que se passe-t-il?

-Je te ferais remarquer Samiva, que tu es aussi en faute que nous, marmonna James.

-Non! Je suis préfète. J'ai entendu Bellatrix prononcer les mots « Bouffons d'or, » « duel » et « minuit, » alors j'essaie de la rattraper, expliqua-t-elle. À votre tour maintenant.

-C'est nous les Bouffons d'or, répondit Peter.

Le sourire de Samiva s'effaça.

-J'aurais dû m'en douter…, soupira-t-elle. Attendez que j'en parle à Lily!

-Non! s'exclama James. Ne dit rien à Lily! S'il te plait!

-Hmm… À une condition!

-Laquelle?

-Je viens avec vous.

-Quoi?! s'exclamèrent les trois garçons d'une même voix.

-Il est clair que vous avez besoin d'une tête pensante!

Samiva sourit et souleva la cape d'invisibilité.

James se pencha de nouveau sur la carte. Le nom de Samiva n'apparaissait toujours pas.

-Euh… Samiva?

-Oui?

-Je ne vois pas ton nom sur la carte…

-Oh! s'exclama-t-elle en laissant échapper un rire. Remercie Lily. Elle vous avait volé la carte à Noël pour la « modifier. »

La vision furtive de James cherchant sans relâche la carte traversa l'esprit de Sirius. Il sourit.

-Vous êtes trop fortes, laissa-t-il échapper.

Ils arrivèrent finalement au lieu du rendez-vous. Ils prirent soin d'enlever la cape d'invisibilité et d'effacer la carte avant d'entrer dans la Salle sur Demande. Bellatrix, Rogue, les deux frères Lestrange, Rosier, Wilkes et une jeune fille du nom de Diana Zabini étaient déjà présents. Ils étaient tous en sixième année, sauf Rabastan Lestrange, un septième année.

-Quel accueil! s'exclama Sirius. C'est pour te supporter lorsque tu perdras?

-La ferme! rétorqua Bellatrix. Allez! En garde!

-Avec joie, répondit Sirius en sortant sa baguette.

Ils se saluèrent rapidement sans ciller. À peine Bellatrix se fut-elle redressée qu'elle entama le duel à coup d'un Serpensortia. Sirius fixa le serpent se mouvoir et le fit exploser d'un geste désinvolte.

-Voilà ce que j'en fais des Serpentard! s'exclama-t-il.

-Je vois. Impedimenta!

Sirius esquiva le sort sans problèmes et lança le sort de Désarmement. Bellatrix se créa un bouclier à la dernière minute qui absorba le sort.

-Tarentallegra! lança Bellatrix.

Cette fois-ci, Sirius ne fut pas assez rapide et se mit à danser jusqu'à ce qu'il lance un sort de Silence. Se retrouvant muette, Bellatrix dut relâcher son attention sur le sort de Danse pour tenter de recouvrer la parole.

-Tu n'y arriveras pas, Bella. J'ai ajouté un Anti-contre sort. Les effets disparaîtront au bout de… cinq heures.

Bellatrix leva ses deux majeurs vers son cousin. Malheureusement pour elle, elle avait encore de la difficulté avec les sortilèges informulés. Elle fit signe à Rogue de prendre sa place et s'assit dans un coin en souriant. Rodolphus Lestrange et la jeune Zabini vinrent s'asseoir près d'elle. Rogue se plaça devant Sirius.

-Et maintenant, allons jouer dans la cour des grands, Black, dit-il en saluant.

-Avec plaisir, sourit Sirius.

-Stupéfix! débuta Rogue.

-C'est ça que tu appelles « la cour des grands, » Servilus? rétorqua Sirius en évitant sans mal le sort. Regarde bien celui-ci.

Sirius brandit sa baguette et lança un sort de Saignement de Nez. Aussitôt, le nez de Rogue se mit à saigner abondamment.

-Tu crois b'arrêter avec ce sort stubide?

Le sort qu'il lança ensuite fut d'une force inouïe. Sirius fut projeté vers l'arrière. Il pensa aussitôt à un matelas bien moelleux pour amortir sa chute. Sonné, il tenta de se relever. Samiva accourut vers lui.

-Sirius, tu n'es pas blessé? demanda-t-elle, de l'inquiétude dans le regard.

Sirius secoua la tête. Il se redressa sur ses coudes.

-Non, ça va…

James et Peter s'étaient également approchés.

-Si tu veux, James pourra te rempl…, débuta la jeune fille.

-Non! C'est entre lui et moi! s'exclama Sirius.

Il s'était maintenant totalement redressé.

-Sirius, sois raisonnable…, gémit Peter.

-Je peux continuer, conclut Sirius d'un ton catégorique.

-Si tu le dis…, murmura James.

Sirius ramassa sa baguette et se replaça devant Rogue d'un air déterminé. Son adversaire souriait d'un air goguenard.

-Je ne crois pas que tu puisses continuer bien longtemps, Black…, s'exclama méchamment Rogue.

-C'est ce qu'on verra! Expelliarmus!

Mais à la place d'un éclair de lumière rouge, ce fut une pluie de fleurs qui sortit de la baguette de Sirius.

-Comment… Mais qu'est-ce qui se passe? Expelliarmus!

La même pluie de fleurs jaillit. Rogue ne bougeait pas d'un poil. Sirius jeta sa baguette d'un air rageur.

-Qu'est-ce que tu m'as fait, Servilus?

-Un petit sort de magie noire.

Sirius laissa échapper une flopée de jurons qui auraient fait rougir un capitaine de bateau.

-J'aurais dû m'en douter! ragea-t-il. Et maintenant, qu'est-ce que je fais?

-Rien. Tu abandonnes, répondit Rogue.

-QUOI?!? s'écria Sirius.

-Tu ne peux plus rien faire! Tes fonctions magiques sont complètement détraquées.

-Tu vas me le payer, Rogue!

Sirius ramassa sa baguette en jurant de nouveau. Samiva s'approcha de lui et déposa une main sur son épaule.

-On n'a plus rien à faire ici…, marmonna-t-il.

Peter ouvrit la porte de la salle et James, Sirius et Samiva sortirent.

-Bande de pouilleux! s'exclama Diana Zabini. Potter n'a même pas essayé.

Ils ne s'en soucièrent pas. Il était une heure et demie du matin. Le goût de la défaite dans la bouche, les quatre amis marchèrent un moment à découvert puis James sortit sa cape et la carte pour marcher sans être vus. Ils raccompagnèrent Samiva à la porte de la salle commune de Serpentard et remontèrent dans la tour de Gryffondor. Sans un mot, James, Sirius et Peter se couchèrent.

Ketza et Lily revinrent le dimanche soir, la mine radieuse, leur permis en main. Mais leur bonne humeur s'effaça quelque peu lorsqu'elles virent la morosité habiter James, Sirius et Peter. Seul dans un coin de la salle commune, Sirius semblait mijoter quelque mauvais coups contre Rogue.

La Pleine Lune approchait et Sirius avait une idée. James, Remus et lui s'étaient réunis comme d'habitude pour discuter de ce qu'ils avaient l'intention de faire. Les filles les accompagnaient aussi. C'était durant le cours de Défense contre les forces du Mal. Le professeur avait donné une série d'exercices à compléter en équipe. Et naturellement, personne ne les faisait. Le village de Pré-au-Lard n'était pas encore complet sur la carte. Les Maraudeurs avaient l'intention d'y remédier.

Sirius jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Rogue semblait suivre leur conversation avec intérêt.

-Il m'énerve…, marmonna-t-il.

-Qui? demanda Ketza.

-Servilus! s'exclama-t-il.

-Oh… j'aurais dû m'en douter…, marmonna la jeune fille, griffonnant un mot ou deux lorsque le professeur passa près d'eux.

À la fin du cours, Sirius faussa compagnie à ses amis et les rejoignit pour le dîner. Remus se leva de table avant les autres, lorsque les nuages dans le ciel commencèrent à changer de couleur. Harry fut intrigué de voir que Sirius ne cessait de fixer la table des Serpentard avec un petit sourire moqueur aux lèvres.

-Qu'est-ce qu'il y a, Sirius? demanda-t-il.

-Oh rien…, répondit le jeune Black, toujours souriant.

Quelques minutes passèrent. Le Soleil baissait rapidement dans le ciel.

-On ferait mieux d'y aller…, murmura Ginny.

-Allez-y, on vous suit…, répondit Harry.

Ginny lui vola un rapide baiser et quitta la Grande Salle avec Ketza et Samiva. Harry et Sirius se levèrent également. Sur le chemin de la Salle Commune, Sirius retint Harry par le bras.

-Je voulais te dire un truc, murmura-t-il, son sourire moqueur toujours sur les lèvres.

-Quoi?

-Servilus, je lui ai joué un tour…

-Quel genre? demanda Harry, plus ou moins sûr de vouloir savoir ce que c'était…

Sirius laissa échapper un éclat de rire.

-Je lui ai expliqué le truc du Saule et je lui ai dit d'y aller!

-Tu as fait quoi?

-Je lui ai ex…

-Mais tu es complètement fou! s'exclama Harry. Qu'est-ce qui t'as pris?

Les quelques tableaux autour d'eux murmurèrent des exclamations indignées. Sirius était stupéfait.

-Je voulais me venger…

-Te venger? Te venger? Franchement Sirius! Tu l'as carrément jeté dans la gueule du loup! Sans vouloir faire de jeux de mots douteux.

Sirius sourit.

-Ouais…, murmura-t-il.

Harry leva les yeux au ciel et partit en courant.

-Eh James! Où vas-tu?

-Réparer ta gaffe, idiot! répondit-il par-dessus son épaule.

Harry arriva bien vite devant le Saule cogneur. Aucune trace de Rogue. En voyant un bâton près du nœud permettant d'immobiliser l'arbre, le sang de Harry ne fit qu'un tour. Zigzagant entre les branches que sa présence avait rendu folles, Harry plongea vers le morceau de bois et appuya sur le nœud salvateur. L'arbre s'immobilisa.

Harry se glissa sans mal entre les racines et reprit sa course dans le tunnel, trébuchant sur des racines traîtresses. Il commençait à voir une lumière tremblante au bout du tunnel. Harry ralentit l'allure. L'idée de prendre sa forme animagus ne lui avait même pas effleuré l'esprit tant l'adrénaline le lui brouillait. La silhouette de Rogue se dessina sur le sol. Harry déglutit, se surprenant à espérer qu'il ne soit pas blessé. Il espérait aussi que le Serpentard n'avait rien vu de Remus.

-Rogue! Qu'est-ce que tu fais là? s'exclama Harry.

Rogue se retourna, le visage blême.

-L-lu-pin… Un l-loup… Un lou-loup… Un loup-ga-garou!

-Raison de plus… Qu'est-ce que tu fais là?

Remus poussa un hurlement. Rogue s'éloigna d'un bond. La tête d'un loup apparut à travers la trappe, montrant ses dents. Harry et Rogue reculèrent d'un autre pas.

-À trois, on court…, marmonna Harry à Rogue. TROIS!

Une formidable poussée d'adrénaline s'empara de Harry et il courut comme il n'avait jamais couru, Rogue et Remus à ses trousses. Il sortit du Saule Cogneur et aida Rogue par la même occasion. Ginny, Samiva, Sirius et un rossignol que Harry devina comme étant Ketza se tenaient devant le Saule. Rogue s'enfuit sans demander son reste à toutes jambes vers le château. Remus, qui s'était pris dans les racines du Saule durant une minute, réussit à se dépêtrer et sortit.

-Transformez-vous! Qu'est-ce que vous attendez? hurla Harry avant de prendre la forme de Cornedrue.

Samiva se transforma en panthère et vint prêter main forte au cerf. Une renarde rousse les aida, le rossignol appuyant sur le nœud du Saule. Un gros chien noir s'approcha timidement et les assista. Un rat s'ajouta à la bande…

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Le reste de l'année se passa sans trop d'incidents notables. Rogue évitait les Maraudeurs tout en les haïssant plus que jamais et James encore plus depuis qu'il avait une dette envers lui. Il avait reçu l'ordre formel du professeur Dumbledore de ne révéler absolument rien de ce qu'il avait vu. Les trois filles, Remus et Sirius avaient tous passés haut la main leur permis de transplanage et ne restaient plus que Peter et James pour l'avoir.

Sirius avait changé quatre fois de petite amie depuis le début de l'année : il avait même eu un petit flirt avec Ketza durant la canicule du mois de mai. Pour une raison inconnue, Remus les avait évités durant toute la durée de leur amourette. C'était peut-être pour cette raison que Ketza rompit avec Sirius à peine trois semaines plus tard. Les Gryffondor avaient remporté de justesse la Coupe de Quidditch. Cependant, la coupe des quatre maisons revint aux Serdaigle, qui la méritait amplement.

L'été s'annonçait donc chaud et beau…

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Plus aucun bruit ne régnait dans la maison de Samiva… C'était ce qu'elle attendait : le silence absolu… Et quel meilleur moment qu'une nuit sans lune pour quitter cette demeure où la tension se faisait de plus en plus oppressante de jour en jour? C'était le moment ou jamais. Samiva rejeta ses couvertures et s'habilla d'un costume de jogging. Sans un mot, d'un geste rapide et succinct, elle rapetissa son gros sac noir et sa malle pour qu'ils puissent faire dans sa poche.

La fugueuse descendit alors sur la pointe des pieds. Devant le miroir du vestibule, Samiva coupa sa longue natte brune d'un geste tremblant, puis déposa sa tresse sur la petite table, les ciseaux dessus, sorte d'ultime message à sa mère. Elle sortit alors dans cette sombre nuit de juillet d'une démarche sûre, la baguette en main.

Lorsqu'elle fut à bonne distance de la maison, Samiva s'arrêta et prit une bonne inspiration. Si elle voulait arriver avant la fermeture du Chaudron Baveur, il lui faudrait transplaner… Ce n'était pas évident; Samiva n'ayant pas beaucoup essayé ce moyen de transport dangereux, entraînant parfois la désartibulation. C'était d'ailleurs pour ça que peu de sorciers s'y risquaient, préférant le balai. Samiva frissonna, autant de froid que d'angoisse. Oh et puis tant pis! Elle disparut dans un pop! et réapparut quelques secondes plus tard en plein milieu d'une rue adjacente au Chaudron Baveur. Un chauffard s'en venait à toute vitesse en klaxonnant et Samiva eut juste le temps de sauter sur le trottoir! Le cœur battant, l'adolescente courut vers le pub miteux.

Le regard de Samiva parcourut la demi-douzaine de clients. Il s'attarda sur un garçon recroquevillé, sirotant une liqueur quelconque. Sa silhouette lui était vaguement familière et c'est pourquoi la jeune fille s'installa à deux chaises du jeune homme, lui jetant quelques coups d'œil de temps à autre, espérant savoir qui il était. Puis, l'observé tourna légèrement la tête. Du coin de l'œil, Samiva reconnut aussitôt Sirius et elle retint de justesse une exclamation de surprise. Lorsqu'il se leva, Samiva lança :

-Sirius!

Il se retourna, fronçant les sourcils. Samiva se leva à son tour et le serra dans ses bras.

-Comme je suis contente de te voir! s'exclama-t-elle en le relâchant.

-Euh… on se connaît? bredouilla-t-il.

-Bien sûr, bêta! C'est moi, Samiva!

-Mais… tes cheveux?

-Coupés!

-Qu'est-ce que tu fais ici?

Samiva lança un regard autour d'elle.

-Tu as une chambre ici?

-Euh… ouais.

-Allons-y, je te raconterai tout.

Les deux amis montèrent à l'étage. Samiva se jeta sur le lit et ferma les yeux, la main sur son front.

-Eh! Faut pas se gêner! grogna Sirius, en s'assoyant sur une chaise.

-Désolée! s'excusa Samiva en se redressant dans le lit. Je suis juste si fatiguée! Il est 23h30!

-Tu n'es pas la seule, répondit Sirius en bâillant. Mais comme je suis galant, je te laisse le lit et je dormirai dans un sac de couchage.

-Ne te donne pas cette peine, Sirius… Et puis c'est dur, par terre.

-À moins qu'on dorme dans le même lit? sourit le garçon.

Samiva détourna le regard.

-Ah ça, jamais! s'écria-t-elle d'une voix féroce.

-Bon, alors je couche sur le sol…, conclut Sirius en s'emparant d'un sac de couchage dans sa malle.

Samiva soupira tandis que Sirius s'attaquait dans un bruissement de tissu à dérouler son sac de couchage.

-Hmm… Sirius? demanda Samiva, toujours assise sur le lit.

L'interpellé redressa la tête et fixa la jeune fille.

-Qu'est-ce que tu fais au Chaudron Baveur? Tu n'étais pas allé habiter chez James?

Sirius détourna la tête.

-Si… mais j'ai de plus en plus souvent l'impression d'être de trop. Alors je me suis trouvé un appartement. J'attends qu'il se libère.

-Tu as assez d'argent? s'étonna Samiva en passant une mèche de cheveux derrière son oreille gauche.

-J'ai beaucoup d'économies et puis… mon oncle Alphard est mort en avril, me léguant toute sa fortune. Une somme rondelette, expliqua Sirius en rapportant son regard sur elle.

Ce fut à son tour de détourner le regard.

-Je suis désolée…, murmura Samiva.

-Quoi? Pour mon oncle? Je ne l'ai vu que cinq fois dans ma vie…, ricana l'adolescent.

-Mais alors? Pourquoi a-t-il fait de toi son héritier? s'exclama Samiva en relevant son regard, les sourcils froncés.

Sirius s'assit sur son sac de couchage et haussa les épaules.

-Parce que j'ai fugué, sans doute… J'en sais rien… je ne le connaissais pas beaucoup. Mais je ne pense pas avoir assez d'argent…

Samiva sourit légèrement.

-Ah oui? Tu as besoin d'une colocataire? demanda-t-elle.

Sirius lui lança un regard interrogateur.

-Colocataire?

Samiva laissa échapper un petit rire et passa sa langue sur ses dents. Avec un peu de chance, elle pourrait ainsi se procurer un loyer pas trop cher… Même si le colocataire n'était pas une trouvaille en soi.

-Ouais… Quelqu'un avec qui tu vis et tu partages les frais, expliqua-t-elle.

-Ahh! Oui j'en ai une…, répondit-il.

Samiva releva les sourcils. Son cœur se serra légèrement. Et zut alors…

-Elle est ici?

-Elle l'était…

Un regain d'espoir!

-Ah? Qu'est-ce qui s'est passé? Elle est partie? Vous ne vous entendiez pas bien?

-J'aime mieux ne pas en parler… Mais on s'entendait très bien, ce qui m'avait étonné.

-Oh.

-Alors j'ai une dette envers elle…

-Envers qui?

-Envers mon ancienne « colocataire. » Tu ne voudrais pas la remplacer?

Samiva s'étouffa brusquement avec sa propre salive. Sirius s'enquit aussitôt de sa santé et elle lui fit vigoureusement signe que ça allait. Rassuré, Sirius revint sur sa chaise et Samiva put articuler :

-Quoi moi?!?

Merveilleux. Et là, Samiva ne sut si elle était sincère ou sarcastique.

-Non le miroir… Bien sûr toi!

Et là, pour elle ne savait quelle raison, elle s'écria :

-Ah ça non!

Mais Sirius ne semblait pas l'avoir écoutée.

-Il y a deux chambres dans mon appartement, une salle de bain, une cuisine-salon-salle-à-manger…, expliquait-il.

Deux chambres? Ouf! Le peu de réticence qui lui restait fut relégué aux oubliettes.

-Ah, s'il y a deux chambres…, débuta-t-elle, faisant mine d'y réfléchir.

-Tu acceptes? s'exclama Sirius.

-Est-ce que j'ai le choix? demanda-t-elle, taquine.

-Moi je m'en fous! Retourne chez toi si tu en as envie!

Samiva lui décocha un regard noir. Alors Sirius fit une chose inusitée : il lui demanda pardon, sincère et sérieux tout à coup. Samiva esquissa un faible sourire et éteignit la chandelle en soufflant dessus. Ce qu'elle était fatiguée subitement…

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-La première épicerie sera la plus chère…, décréta Samiva, une plume à la main. Il nous faut… des produits nettoyants, de la nourriture, des meubles…

-J'aimerais bien avoir une moto! s'exclama soudainement Sirius.

Samiva poussa un soupir et releva la tête vers le ciel d'un bleu limpide, plissant les yeux sous les rayons aveuglants du soleil. C'était une agréable journée d'été, propice aux pauses sur les terrasses des petits cafés avec une boisson froide ou une crème glacée. Il était dix heures et la clientèle du Chemin de Traverse se résumait à des retraités ou à des étudiants en vacances. Samiva esquissa un sourire et baissa la tête pour prendre une cuillérée de son sundae triple chocolat qui commençait à avoir mauvaise mine sous le soleil… Sirius sourit.

-Dépêche-toi de la manger!

Samiva lui tira la langue.

-Tout le monde n'est pas aussi goinfre que toi, très cher, rétorqua Samiva en lorgnant vers le bol impeccablement vidé de son compagnon. Bon! Un peu de sérieux…

La jeune sorcière passa sa main dans ses mèches folles, lui rappelant de passer chez le coiffeur. À ajouter sur la liste des choses à faire, en plus d'aller faire un tour aux magasins de meubles. Ouf! Quelle journée chargée! Surtout que l'appartement se libérait le lendemain!

-Ah! Mais on peut utiliser la magie pour le ménage! réalisa-t-elle soudainement.

Elle raya les produits nettoyants, puis fronça les sourcils.

-Au fait, qu'est-ce qui est inclus dans l'appartement?

-Euh…

Sirius fouilla dans ses poches et en extirpa un bail tout fripé.

-…Les stores, les rideaux, la cuisinière, le réfrigérateur, les tapis… C'est tout.

-C'est pas mal! Et ça te coûte combien, cette merveille?

-Euh… un bon prix, marmonna-t-il en enfonçant le bail dans sa poche de jean

Samiva fronça les sourcils.

-Montre…

Sirius secoua la tête.

-Montre, j'ai dit!

-Non! Écoute, je paye le loyer et l'électricité. Tu payes le fêlétone, le chauffage et l'épicerie trois fois par mois.

-Le téléphone… Et puis, je ne pense pas qu'on va utiliser le téléphone très souvent… Le transplanage et les hiboux, c'est surtout ça qu'on va utiliser.

-Pas grave, rétorqua-t-il d'un ton bourru. Tu le paies pareil.

Samiva lui lança un regard suspicieux. Le loyer devait être assez cher… Sirius se pencha sur son bol et joua un peu avec sa cuiller, évitant le regard de la jeune fille.

-Bon eh bien qu'est-ce qu'on fait? s'exclama soudainement Samiva.

-J'ai envie de faire un truc spécial cet été…, répondit Sirius.

-Comme quoi? demanda Samiva entre deux bouchées.

-Je ne sais pas… un voyage?

-Hmm, ce serait mieux l'été prochain, et puis… il y aura la Coupe du Monde de Quidditch. Au Canada je pense…

-Ouais… Bonne idée! On pourrait y aller tout le monde ensemble! Pour fêter la fin des études!

Samiva sourit. Et l'entrée dans la réalité…

Après une journée de courses à courir d'un bout à l'autre des Londres moldus et sorciers, les deux colocataires retournèrent au Chaudron Baveur pour une dernière nuit. Le lendemain, ils emménageraient enfin.

L'appartement qu'ils habiteraient désormais était constitué d'un salon-salle-à-manger-cuisine, de deux chambres et d'une salle de bain. Le salon était devant eux et à leur gauche, c'était la cuisine. Le comptoir séparait la cuisine de la salle de détente. Le lavabo était contre le mur complètement à leur gauche, à côté du réfrigérateur. À côté, une cuisinière et des armoires. Il y avait une fenêtre au-dessus de l'évier. Le long du mur, trois portes donnaient respectivement sur une chambre, une salle de bain et une autre chambre. C'était assez confortable, juste assez grand. Combien cela pouvait-il coûter, Samiva ne le saurait sans doute jamais…

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Le quatorze juillet, très tôt, Samiva se réveilla en sursaut, en sueur, la respiration haletante. Prise d'une bouffée de chaleur, elle se dépêtra de son lit de fortune et ouvrit la fenêtre, collant légèrement son front contre la moustiquaire. Il devait être quatre heures du matin… Expirant profondément, Samiva releva la tête et aperçut un hibou piquer dans sa direction. Presque instinctivement, Samiva retira la moustiquaire pour le laisser entrer. L'oiseau lui était inconnu, mais elle détacha l'enveloppe tout de même et le hibou s'en alla aussitôt. La lettre fut un choc pour Samiva…

Une Médicomage lui annonçait que sa mère avait été retrouvée morte, comme foudroyée. C'était la voisine sorcière qui avait alerté les autorités lorsqu'elle avait été réveillée par un bruit d'explosion. La cause du décès était encore inconnue, mais l'hypothèse d'un meurtre par l'Avada Kedavra n'était pas exclue. L'auteure de la lettre - une certaine Geillis Mackenzie – lui demandait de revenir dans son ancienne demeure dans les plus brefs délais afin de discuter avec le notaire-mage du testament de sa mère.

Sous le choc, Samiva chut sur le sol. S'il lui avait subsisté une once de courage pour retourner dans cette maison, il n'en restait désormais plus rien. Elle n'aurait jamais la force d'y retourner seule! La jeune fille désormais orpheline se releva en titubant.

-S…Sirius? appela-t-elle, les larmes perlant au coin de ses yeux.

Tant bien que mal, Samiva poussa la porte de sa chambre et se retrouva nez à nez contre Sirius. Sonnée, elle se laissa tomber sur le sol.

-Samiva! Ça va? Qu'est-ce qui se passe?

Bien malgré elle, Samiva se mit à pleurer à chaudes larmes, le corps secoué de spasmes. Elle tendit la lettre, qu'elle tenait toujours serrée, à son ami. Il la parcourut des yeux rapidement.

-Mais… je ne comprends pas… pourquoi tu pleures? Ce n'est pas elle qui avait tué ton père?

Les sanglots de Samiva redoublèrent d'intensité. Sirius la prit dans ses bras et la berça doucement.

-Pleure, pleure ma belle… Vide ta peine, tu te sentiras mieux après…

Samiva enfouit son nez dans le creux de l'épaule du garçon, se laissant bercer tout doucement. Elle ne sut pas combien de temps elle passa dans les bras de son ami, sur le plancher de bois franc, mais lorsque Sirius lui murmura à l'oreille, elle frissonna légèrement.

-Si tu veux, je peux venir avec toi…

Samiva releva la tête vers lui, les yeux rouges. Elle acquiesça timidement.

-Je veux bien…, répondit-elle.

Sirius l'aida à se relever et la fit s'asseoir dans le fauteuil recouvert d'une bâche de plastique.

-On mange, on se prépare et on y va. Ok?

Samiva acquiesça, fixant l'écran noir de la télévision. Elle se sentait étrangement vide… Mais en même temps, tout plein de pensées jaillissaient dans sa tête. Des images de sa mère, de son père, de son enfance, de son adolescence…

-Samiva?

L'interpellée releva lentement la tête. Sirius tenait deux bols de céréales et deux cuillères.

-Tu as fait ce qui risquerait le moins de brûler? demanda-t-elle en prenant un bol et une cuiller.

Sirius sourit.

-Tu doutes de mes talents culinaires?

-Un peu…, répondit-elle, tentant de sourire.

-Je vois que ton humour persiste, remarqua Sirius.

-C'est tout ce qu'il me reste…Ainsi que l'amitié, ma vie et… l'amour.

-L'amour? s'étonna Sirius.

-L'amour, murmura Samiva, regardant Sirius, qui la fixait également.

Il finit par détourner le regard. Samiva fit de même, les joues légèrement rouges.

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-Ah vous voilà enfin Mlle Island! s'exclama un petit homme trapu habillé d'une robe de sorcier noir en serrant la main de Samiva. Avisant Sirius, il reprit : Votre petit ami, mademoiselle?

Le notaire-mage les observait, une petite lueur dans le regard.

-Non, monsieur. Seulement un ami.

-Et vous êtes monsieur…?

-Sirius Black.

Ils se serrèrent également la main, non sans un léger tressaillement de la part du notaire.

-Et je suis Dougal Duncan. Et maintenant, discutons de choses sérieuses.

-Où est ma mère? s'exclama soudainement Samiva.

Mr Duncan tressaillit de nouveau.

-Ils l'ont emmenée pour l'autopsie. Nous avons cru que ce serait un trop gros choc pour vous et…

-Pardon? Vous me croyez trop faible pour voir le cadavre de ma mère? De quel droit osez-vous…

Elle allait sauter sur le notaire lorsque Sirius l'en empêcha.

-Calme-toi, Samiva! Il n'a cru que bien faire, le pauvre homme!

Samiva se détendit légèrement.

-Excusez-moi…, murmura-t-elle.

Le notaire-mage se retourna et se dirigea vers la salle à manger en débitant que ce n'était rien, que c'était compréhensible, etc. Ils s'installèrent autour de la table en chêne, Samiva et Sirius d'un côté, Mr Duncan de l'autre. Il plaça des petites lunettes sur son nez et plissa le front pour lire un gros rouleau de parchemin.

-Je, soussignée, Elsa Griseldis Mahault Island, née Lehnsman, lègue tous mes biens à mon unique fille Samiva Aliénor Mariegold Elizabeth Island, ainsi que ceux de mon mari, feu Georges Rupert Island. Donc toute cette demeure et ce qu'elle contient vous appartiennent, ainsi que le compte de votre mère chez les sorciers et les moldus.

-T…tout? répondit Samiva d'une voix blanche.

-N'est-ce pas ce que je viens de dire?

-Mais j'ai aussi des cousins… Je ne vois pas pourquoi ma mère n'en aurait pas glissé un mot…

-Vous verrez cela avec votre famille, mademoiselle. Il y a aussi une lettre qui venait avec le testament. Je n'ai pas pu l'ouvrir. Votre mère l'avait scellée.

Mr Duncan lui tendit une enveloppe épaisse. Samiva la prit d'une main tremblante.

-Avant de me retirer, j'ai besoin de votre signature pour quelques documents. Rien de bien méchant. Seulement des papiers mentionnant l'arrêt d'envoi de quotidiens, des déclarations de revenues, ce genre de choses…

-Je vois… Excusez-moi…

Samiva se leva, serrant la grosse enveloppe contre son cœur. Elle entra dans la cuisine et se versa un verre d'eau froide. Elle le plaqua contre son front en fermant les yeux. Puis elle but une longue gorgée. Elle revint par la suite dans la salle à manger.

-Merci mademoiselle, s'exclama le notaire lorsque Samiva eut fini. Il rangea tous les papiers dans son sac. Si vous avez la moindre question, envoyez-moi un hibou. Au revoir mademoiselle Island, monsieur Black. Toutes mes condoléances encore une fois.

Puis il transplana. Samiva passa une main dans ses cheveux.

-Ça va, Samiva? demanda finalement Sirius.

Elle acquiesça.

-Prends tout ce que tu veux dans cette maison. Je veux la vendre.

-La quoi? Mais tu n'y penses pas!

-L'argent de la vente nous sera amplement suffisant à payer le loyer durant l'année. Elle n'en a pas l'air, mais cette baraque vaut beaucoup.

-Samiva, réfléchis! On pourrait emménager ici à la place de l'appartement!

-Fais ce que tu veux! Moi je reste là-bas. Et maintenant, laisse-moi tranquille, s'il te plait! J'ai besoin d'être seule un peu…

Samiva monta les marches de l'escalier quatre à quatre et claqua la porte de son ancienne chambre. Tout était en place, même son lit qui était resté défait dans sa fuite. La jeune fille se jeta dessus et décacheta l'enveloppe sans problème. Le parchemin était couvert de l'écriture ronde et élégante de sa mère. Elle se mit à lire avidement. Le temps sembla s'arrêter.

13 juillet 1977

Ma chère Samiva,

Avant même que tu ne penses à détruire cette lettre, je te prie à genoux de me lire jusqu'au bout. Après, tu feras ce que tu voudras de la lettre, je m'en fous. Je serai déjà loin de toute façon.

Samiva déglutit. Sa mère avait écrit cette lettre juste avant de mourir.

Je veux simplement te dire certaines choses. La première d'entre elles – et la plus importante – est que je regrette profondément ce qui est arrivé à ton père et ce que je t'ai fait subir. Je n'étais pas tout à fait moi-même ces dernières années. Je te demande pardon. Je ne pouvais pas partir sans te l'avoir demandé. Maintenant, la balle est dans ton camp : fais-en ce que tu veux.

Elle lui demandait pardon. Que devait-elle faire à présent? Samiva préféra continuer de lire…

Cette histoire est un peu compliquée à voir. Tout commence quelques jours avant ton entrée à Poudlard. Je m'étais rendue au Ministère de la magie pour régler une affaire, je ne me rappelle même plus ce que c'était. Or, voilà, je revoie pour la première fois en douze ans ma grande sœur Franzeska…

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Août 1971

-Le thé est à ton goût, Elsa?

-Oui merci.

-Oh! Tu ne sais pas à quel point je suis contente de te revoir, petite sœur!

Elsa releva la tête, un peu étourdie. Son regard tomba alors sur son demi-frère cadet, Franz, puis sur son neveu, Lucius. L'un et l'autre, elle ne les avait pas vus depuis presque douze ans. Tout deux avaient vieilli et avaient pris de la maturité. Son jeune frère dégageait même une puissance palpable. Peut-être avait-il hérité du don de jeteur de malédiction…? Ce ne serait pas étonnant… Et pour cette seule et bonne raison, Elsa évitait consciencieusement de croiser son regard. Franz éclata de rire en épiant le jeu de sa sœur.

-Je vois que tu as bien deviné, Elsa. Eh oui! J'ai le don.

Elsa pâlit et tourna son regard sur sa soeur. Tout à coup, elle ne la reconnaissait plus. Où était passé sa joyeuse Franzeska, sa compagne de jeux et d'espiègleries? La femme qui se trouvait devant elle avait beaucoup vieilli, on pouvait même apercevoir quelques mèches grises dans la chevelure blonde de sa sœur. Et son regard… Son regard n'avait plus rien de l'éclat de malice qui y brillait autrefois. Il était hautain, arrogant, quasi-mesquin.

-Qu'est-ce que je fais ici? demanda alors Elsa.

Lucius pouffa, Franzeska sourit, mais lança un regard sévère à son fils pour le faire taire et ce fut Franz qui répondit.

-Dis-moi… Ta petite fille, quel âge a-t-elle?

Elsa se tendit.

-11 ans, pourquoi?

Mais il était inutile de poser la question, Elsa savait pertinemment où ils voulaient en venir et elle ne leur dirait rien du tout.

-C'est un très bel âge. L'âge des découvertes. Elle va entrer à Poudlard, je suppose?

Elsa ne répondit pas, le regard perçant.

-Et… a-t-elle le Don?

-Je ne vous dirai rien du tout sur Samiva, cracha-t-elle en se redressant vivement.

Elle voulut transplaner, mais elle se rappela qu'elle n'avait pas sa baguette avec elle. Il ne lui restait qu'une seule solution : courir, ce qu'elle voulut faire, mais un sortilège de bloque jambe la fit aussitôt trébucher. Elle se retourna pour voir qui venait de l'attaquer ainsi, et croisa le rictus mesquin de Lucius qui rangeait lentement sa baguette d'ébène.

-Vous nous quittez bien précipitamment, ma tante.

Puis Lucius jeta un coup d'œil vers Franzeska.

-Mère, puis-je?

Franzeska acquiesça et Lucius brandit sa baguette vers Elsa.

-Endoloris!

Elsa écarquilla les yeux et se mit à hurler et à se tordre de douleur. Puis tout cessa aussi brusquement que ça avait débuté, laissant la jeune femme haletante et ruisselante de sueur.

-Si tu ne collabores pas, petite sœur, c'est ce qui t'arrivera, à toi et à ta famille, déclara simplement Franzeska. Alors dis-moi, préfères-tu voir ta famille souffrir ou faire docilement tout ce qu'on te dit?

Elsa se trouvait dans une impasse. Franzeska se pencha alors vers elle et lui prit la main.

-Elsa… Ma petite Elsy…

Franz s'approcha à son tour et pointa discrètement sa baguette sur leurs mains jointes.

-T'engages-tu à renouer avec la magie et avec le monde dans lequel tu étais baignée lorsque tu es née?

Elsa hésita, les visages de sa petite Samiva et de son George bien-aimé lui revinrent en mémoire, puis elle vit sous ses yeux leurs corps disloqués, morts… Quelle était donc la meilleure solution…?

-Oui, déclara Elsa, sentant les larmes lui chauffer les yeux, tandis qu'une première langue de feu, fine comme corde d'acier, enroulait leurs mains liées.

-T'engages-tu à écouter ta grande sœur et à faire confiance en ses directives, comme autrefois?

Elsa pâlit, mais il était déjà trop tard pour reculer.

-Oui, murmura-t-elle, dans un mince filet de voix à peine audible.

La deuxième langue de feu s'enroula autour de la première.

-Et… T'engages-tu, lorsque le moment viendra, à tuer ton moldu de mari comme je te le demande?

Elsa ferma les yeux et laissa couler ses larmes. Oh! Comme elle aurait aimé n'être jamais venue ici et n'avoir jamais serré à nouveau la main de sa sœur! Elle ne voulait même plus parler. Elle figea et son esprit se vida aussitôt de toute pensée. Elle se sentait légère et euphorique. C'était agréable. Alors la voix de Lucius s'éleva dans sa tête. Dis oui. Dis oui! Pourquoi refuserait-elle? La voix avait l'air gentille… C'est alors qu'une autre voix se fit entendre. Sa propre voix, faible, mais ferme. « Non! Je refuse! » Alors la voix de son neveu se fit plus ferme. Dis OUI! Elsa sursauta.

-Oui…, finit-elle par dire.

Et la troisième langue de feu scella à jamais la destinée d'Elsa Island… La sensation d'euphorie la quitta aussitôt. Sans voix, Elsa observa avec effroi les trois langues de feu qui s'estompaient et les sourires satisfaits de ces gens qu'elle ne reconnaissait plus. Avait-elle déjà été comme eux?

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Une autre chose que je voulais te dire est que je t'aime beaucoup et j'ai autant sinon plus aimé ton père que toi. Je l'aimerai toujours d'ailleurs. Chaque instant passé avec lui était tout simplement magique. Il était mon oxygène et mon âme. Entre lui et moi, ce fut le coup de foudre. Dès le premier regard, il m'avait volé mon corps. Dès le premier baiser, mon âme. Il m'a possédé corps et âme comme je l'ai possédé corps et âme. Il m'a aimé jusqu'à la dernière minute et je l'aimerai jusqu'à mon dernier souffle. Je l'ai tué de mes mains, mais son amour et ma culpabilité me tuent à leur tour. Oh! Comme je hais ce Serment Inviolable qui a brisé en mille miettes mon bonheur si chèrement acquis.

Je voulais aussi te dire que je ne t'en veux pas de t'être enfuie de la sorte : j'ai fait la même chose à dix-huit ans. Mais tu le savais déjà. J'ai remarqué que tu t'étais coupée les cheveux. J'imagine que tu dois être belle à voir. Je ne sais plus quoi écrire mais j'ai encore envie de le faire. Peut-être par peur. Mais peur de quoi? De mourir? Mais la mort, qu'est-ce que c'est? Le moment approche, l'étau se resserre. Je sens comme un grondement sourd qui s'élève des profondeurs de la nuit. Est-ce cela, mourir par la trahison d'un Serment inviolable?

Je me sens si lasse tout à coup. Lasse de vivre. Si tu m'en veux encore, je comprendrai. Dans le grenier, j'ai des journaux intimes si tu veux les lire. J'ai commencé à six ans. J'ai une cinquantaine de cahiers de toutes les formes. Je te les lègue. Minuit sonne et résonne jusqu'au plus profond de mon être. L'heure magique. Je vais partir. Il ne me reste plus qu'à signer de mon nom véritable.

Je t'aime. Ta mère,

Elsa Griseldis Mahault Island

Bien après avoir terminé sa lecture, la jeune fille continuait de fixer la lettre, ne sachant pas si elle devait pleurer ou non. On frappa à la porte. Samiva ne sursauta même pas. Sirius entra.

-Ça va Samiva? Ça fait plus d'une heure que tu es enfermée ici!

-Ma mère… elle…m'a écrit… ça.

Samiva lui montra d'un geste du menton les feuilles de parchemin.

-Elle… me demande… pardon. Elle… dit qu'elle m'aime. Je ne sais pas quoi faire! Sirius, dis-le-moi…

Samiva se redressa et déposa la lettre sur son oreiller.

-J…je ne sais pas quoi te dire, Samiva…

-Ne dis rien, murmura-t-elle. Partons. Je reviendrai après l'enterrement de ma mère. Prenons seulement ce qui est nécessaire.

-C'est déjà fait. J'ai tout envoyé chez nous. Viens maintenant.

Samiva se laissa entraîner par Sirius. Il la prit dans ses bras et ils transplanèrent. Arrivés chez eux, Samiva ne fit rien pour s'éloigner des bras de son ami.

-Sirius?

-Hmm?

-Je peux dormir avec toi cette nuit?

Samiva sentit Sirius se tendre légèrement.

-Oui, finit-il par répondre.

Samiva laissa le soin de préparer les funérailles de sa mère à sa tante Clara. Celle-ci accepta, voyant bien que sa nièce n'était pas en état de le faire. Cette dernière en fut reconnaissante. James, Lily, Ketza, Remus et Peter vinrent soutenir leur amie. Il plut une bonne partie de la cérémonie ce jour-là. Plusieurs personnes étaient venues offrir leurs sympathies. Même des personnes que Samiva n'avait jamais vues, se présentant comme étant le beau-frère de la femme du cousin au premier degré du mari de sa tante ou encore la sœur du cousin germain du parrain de la nièce du beau-frère de Samiva-ne-savait-plus-qui… Elle s'en fichait un peu de toute façon.

-Je pense que j'ai invité un peu trop de monde…, murmura Clara à sa nièce, rendus au cimetière.

-Un peu oui…, répondit Samiva sur le même ton. Excuse-moi…

Samiva s'approcha de la fosse de sa mère et jeta ses fleurs préférées au fond. Le bouquet se détacha et se répandit pêle-mêle sur le cercueil. Elle sentit alors une main se poser sur son épaule. Samiva se retourna légèrement et croisa le regard de Sirius.

-Ne te jette pas dans le trou surtout…, murmura-t-il.

-T'inquiète…

Ils sourirent. Sirius recula vers les autres. Samiva s'agenouilla dans la terre meuble.

-Je te pardonne maman. Pars en paix, vas rejoindre papa. Dis-lui… qu-qu'il me manque et que je l'aime, comme tu vas me m-manquer et que j-je t'aime, murmura-t-elle vers le cercueil.

Elle se releva, fit un signe aux fossoyeurs et recula vers ses amis.

-Allons-y…, leur dit-elle. On n'a plus rien à faire ici…

Le reste de l'été se passa plutôt bien. Après une mûre réflexion, Samiva décida de vendre la maison de ses parents, après l'avoir préalablement vidée des meubles pouvant être utiles dans son nouveau chezelle. Elle en donna aussi une grande partie et jeta ce qui n'était plus bon. Sirius et elle, avec l'aide de leurs amis, finirent d'aménager le tout dans l'appartement. À la fin de l'été, il était entièrement meublé et décoré. Les deux colocataires étaient fiers du résultat. Leur dernière année à Poudlard pouvait enfin débuter…

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Lexyann