Chapitre 12 : Les Ombres du passé [Acte 3]


Ce soir là, je ne pus hélas pas profiter de mon passage à La Perle. A peine une demi heure après mon arrivée, Liam fit irruption dans le pub. Il savait pertinemment où me trouver, jusqu'à savoir quelle place j'occupais. Je m'installais en effet soit au comptoir pour bavarder avec Octave, soit à la petite table située au fond de la salle où je m'entraînais à observer. Ce soir là, j'étais accoudée au comptoir, entamant ma seconde pinte et écoutant les histoires abracadabrantes du proprio. Liam était escorté de Cormac et Teague, ces deux lieutenants qui lui servaient plutôt de cerbères au vu d'un oeil extérieur. Deux psychopathes en puissance, que seul Liam pouvait se targuer de maîtriser.
Tellement absorbée par les frasques de mon narrateur, je ne le vis même pas débarquer avec ses hommes. Liam ne me laissa d'ailleurs pas le temps de m'en surprendre, il me balança mon nécessaire de combat, qu'il avait dû saisir au passage dans mon casier, et me somma de le suivre. Mission prioritaire de Jack. Techniquement Liam était mon supérieur direct, mais je n'apprécia que moyennement son ton autoritaire cette fois là, peut-être à cause de notre entrevue plus tôt. Je termina donc malgré tout ma bière, d'un trait, et salua Octave avant de m'élancer vers la sortie à la suite de Liam.

Dans les rues, tandis que nous nous dirigions vers le point de rendez-vous, il me fit un topo de ce qui nous attendait.
L'objectif était simple à priori : ces salauds d'Iron Snakes ne cessaient d'empiéter sur notre territoire et d'interférer dans nos activités. Cette fois, ils étaient passés à la vitesse supérieure en attaquant directement l'un de nos convois d'armes. C'était du jamais vu pour eux, alors que jusqu'à présent ils s'étaient contentés de missions d'infiltration ratées, de sabotage ou de bagarres rangées. Cela s'était déroulé il y avait à peine deux heures, expliquant pourquoi Jack avait convoqué d'urgence Liam. La guerre de front était désormais bel et bien déclarée.
Nous rejoignîmes les véhicules à la périphérie de la ville. Un indic nous avait refourgué les coordonnées de l'entrepôt dans lequel les Snakes avaient stocké notre marchandise. C'était là que nous nous rendions de pied ferme. Jack avait décidé d'envoyer un commando d'élites pour cette récupération. Mon escouade, celle de Liam plus deux autres équipes, pour un total d'un peu plus d'une vingtaine de Reds.

Le hangar se trouvait bien à l'est de la ville, dissimulé par les flancs de la montagne. A vue de jumelles, quelques sentinelles faisaient le guet, mais rien d'insurmontable. De même que la porte principale disposait d'un code d'accès qu'Abby, ma hackeuse préférée, pourrait aisément contrer. Les Snakes n'avaient pas placé de tourelles, par fautes de moyen, de temps ou par discrétion peut-être.
Mais cela semblait trop facile, comme servi sur un plateau d'argent, rien que pour nous. Très peu gardé pour un tel chargement, surtout que le gang rival savait pertinemment que nous étions en pétard. Il est vrai que le fait que nous réagissions si rapidement et connaissions déjà cet emplacement ne devait pas avoir fait parti de leurs calculs, dans la logique. Mais je fis part quand même de mon mauvais pressentiment à Liam.

- Que veux-tu que j'y fasse, se contenta-t-il de me rétorquer. On récupère notre marchandise et on prie pour qu'il n'y ait pas de grabuge. Maintenant qu'on est là, on sera vite fixé de toute manière.

Je ne pouvais guère le contredire, on aviserait comme souvent. A quoi bon rebrousser chemin maintenant.

Mon équipe fut ainsi chargée d'aller nettoyer la zone avant l'arrivée du reste des troupes, c'est à dire neutraliser les systèmes de sécurité qu'étaient les gardes en faction à l'extérieur et le verrou de commande sur la porte. Ce fut vite plié. Deux de mes gars contournèrent l'objectif pour s'occuper des deux sentinelles arrières. Et moi et Riordan, nous nous occupions des deux autres gardes d'un tir net et précis, de Viper, une arme que j'affectionnais et pour laquelle j'excellais. Je la laissa ensuite de côté pour prendre mon fusil Vindicator et suivre Abby qui avait déjà entamé sa descente vers le bâtiment. Cela lui prit quelques minutes pour pirater le terminal afin de déverrouiller le loquai et de désactiver le système de défense dans le même temps. Pour un petit gang de rue, on avait plutôt pas mal de ressources et du savoir faire, ce qui me confortait dans l'idée que Jack était bien plus qu'il n'y paraissait.

Liam laissa quelques hommes à l'extérieur et le reste pénétra à l'intérieur du bâtiment. Tout était calme, beaucoup trop calme. Où étaient les gardes ?! Encore une fois, on ne laissait pas une telle cargaison sans davantage de surveillance, il y avait anguille sous roche obligatoirement. Nous croisâmes quelques drones de sécurité mais ce fut tout. Contrairement à ses dires, Liam semblait tout de même partager mon sentiment.
Nous inspectâmes les lieux sans rien remarquer de plus.
Nous trouvâmes enfin les caisses d'armes regroupées au centre d'une grande salle, qu'un second étage entouré, avec ses balcons aux quatre faces. Liam ordonna à quelques gars d'aller inspecter les hauteurs, mais les sas d'accès étaient bloqués.

- Abby ?! réclama Liam

- Je m'en occupe !

Elle consulta son omni-tech, scannant les données et tentant d'accéder au contrôle. Puis une certaine agitation commença à la gagner alors que ses yeux irradiaient d'une lueur orangée et que ses doigts pianotaient nerveusement sur l'appareil.

- Abby ?! S'impatienta Liam.

De mon côté, je me rapprocha des caisses, mue par la curiosité. Je tenta d'en ouvrir une mais elle me résista, je fis signe à Finch et Doyle de venir m'aider.
Pendant ce temps là, Abby finit par abdiquer auprès de Liam.

- Je... J'en sais rien. Je n'arrive pas à saper le système... Ca craint...

- Liam ! entonnais-je alors, le regard fixé sur le contenu de la caisse que nous étions parvenus à desceller.

Liam ! criais-je de nouveau, avec plus d'empressement et de force devant son manque de réaction.

- Qu'est-ce qu'il y a ?! maugréa-t-il, avant de venir à notre hauteur.
Putain, c'est quoi encore cette merde !... souffla-t-il en constatant notre découverte.

En effet, les containers étaient vides, totalement dépouillés.

Nous n'eûmes pas le temps de nous appesantir sur ce revers de fortune, que des tirs nous canardèrent sans coup de semonce.
Les premières rafales furent les plus meurtrières. Sous l'effet de surprise, nous perdîmes au moins six ou sept gars. Les balles fusèrent, dans un premier temps venant de notre flanc arrière, de là où nous étions entrés. Mais d'autres tirs vinrent très vite également du dessus, des balcons auxquels nous n'avions pu accéder. Nous étions littéralement pris en tenaille, dans un piège à la con. Nous perdîmes encore une paire de Reds tandis que nous tentions de maintenir l'ennemi à distance le temps de nous retrancher dans la salle du fond, qu'Abby - bien que blessée- verrouilla aussitôt le dernier membre passé. Elle s'attela ensuite à la maintenir fermée.
On put alors reprendre un peu de notre souffle et constater le bourbier dans lequel nous nous trouvions. La moitié du groupe avait péri, le tiers de ce qui restait était blessé ou dans un sale état. Autant dire que nous étions en très mauvaise posture. Finch tenta de contacter notre QG mais aucune réponse, les transmissions devaient être brouillées.
Liam bouillonnait de rage face à ce gâchis, ne se souciant pour autant pas de savoir comment se portaient les blessés. Il était ainsi, chacun devait s'arranger pour prendre sur lui ou demander de l'aide si cela s'avérait vital. Tous, en tout cas, attendaient qu'il leur dise quoi faire.

- Abby ? finit-il par lâcher et poursuivant sans attendre de réponse. Il y a des caméras dans ce bâtiment ?

- Euh... oui mais inactives. confirma-t-elle tout en demeurant concentrée sur sa tâche première.

- Tu peux les faire fonctionner ? Avoir un visu sur ces salopards de l'autre côté nous serait plus que bienvenue. Niall va te remplacer pour la porte.

Niall était loin de détenir le niveau d'Abby mais ses aptitudes seraient amplement suffisantes, le but étant simplement que l'ennemi ne pirate pas le terminal pour court-circuiter la porte qui représentait pour l'heure notre seul rempart contre la mort assurée.
Abby parvint rapidement à prendre le contrôle des caméras, retenant plus particulièrement celle située sur le côté de la porte que nous gardions, donnant ainsi vue sur le rez-de-chaussée. Nous disposions de l'image, mais pas du son, ce qui ne nous était guère utile de toute manière. Nos ennemis s'étaient manifestement tous réunis dans la salle principale et, au vu de leur nombre, ceux des balcons devaient également s'y trouver. L'une de ces vermines tentait évidemment d'ouvrir l'obstacle qui nous séparait d'eux.

- Bon, on fait quoi ? soupira Doyle.

Un petit sourire sadique se dessina sur le visage de Liam face à cette question et il me lança un regard du même acabit. Oh oui il avait déjà creusé son idée et je l'avais parfaitement devinée. Je ne pus à mon tour me retenir de lui rendre son sourire car c'était là une brillante idée, à la fois simple et risquée, du moins si on n'agissait pas dans le temps imparti pour l'appliquer. Il n'y aurait pas de second essai possible, il fallait réussir ou mourir.
Bien sûr, tout le monde fut partant. Evidemment, nous ne possédions pas d'autres cartes en main. C'était ça ou rester ici, et à choisir l'inertie nos heures seraient plus que comptées. Toujours être en mouvement.

Niall ouvrit la porte, et nous balançâmes toutes les grenades à disposition, puis nous refermâmes la porte, la rouvrant quasi aussitôt pour achever les survivants, armes au poings, sur un pied d'égalité.
Notre plan se déroula sans encombres. Il faut dire que les Snakes ne s'y attendaient pas. Nous aussi, nous pouvions être culottés. Le reste de leur meute ne posa guère de problème non plus. Nous étions redevenus maîtres des lieux, mais toujours détroussés de notre chargement.
Liam garda l'un des leurs en vie afin de l'interroger sur ce point. Autant dire que ce malheureux aurait préféré mourir avec ses camarades plutôt que subir les foudres de Liam. En effet, ce dernier n'avait pas la réputation d'être un tendre, loin s'en faut. Il rossa d'abords le gars pour la forme, avec une telle hargne qu'il me sembla entendre des os craquer. Il n'en fallut pas plus pour que l'autre se mette direct à table sans attendre les questions. Il nous déballa tout ce qu'il savait et cela n'alla pas arranger sa situation. Liam finit par lui coller une balle dans la tête, puis se précipita à l'extérieur de l'entrepôt, nous à sa suite et moi la première. Les quelques Snakes restants que nous croisâmes furent abattus au passage avant même qu'ils ne réalisent vraiment ce qui venait de se passer.

Nous rejoignîmes nos jeeps qui se trouvaient toujours là où nous les avions laissées, et nous retournâmes en ville le pied sur l'accélérateur. Liam n'avait pas pipé mot depuis les révélations de l'interrogatoire.. A dire vrai, aucun de nous. Comme si tout pouvait basculer dans un murmure.

Lorsque nous arrivâmes enfin à destination, on perçut une atmosphère pesante aux alentours. Nous n'avions en effet croisé nulle âme qui vive sur les derniers blocs d'habitation entourant pourtant notre refuge, à croire que tous avaient fuis, comme des rats détalant d'un navire en perdition.
Abby ne détecta rien qui puisse nous réconforter, les communications étaient encore brouillées, mais cela prenait source ici et non pas de là d'où nous venions. Pire encore, les portes d'entrée étaient ouvertes. Je sentis mon coeur s'affolait, déjà qu'il avait battu une sacrée cadence depuis qu'on avait quitté l'entrepôt. Je le sentais désormais prêt à exploser. Je ne devais pas être la seule à me tenir dans cet état, nous étions tous à cran et, il faut bien l'avouer, carrément en flippe. Seul Liam conservait un froid apparent, mais se dégageait de lui une colère sourde tel un champ biotique menaçant de tout fracasser à la ronde.

Le spectacle qui nous attendait à l'intérieur nous asséna un violent coup. Les corps sans vie de nos camarades gisaient à terre un peu partout le long de notre avancée, maculés de sang, criblés de balles... peut-être même celles de notre propre cargaison perdue ! Voir ces visages connus avec lesquels nous discutions il y a peine quelques heures, avec lesquels nous partagions le gîte et le couvert, avec lesquels nous plaisantions et jouions aux cartes... C'était dur à avaler. Et la colère batailla avec la tristesse dans nos coeurs.
Heureusement, nous découvrîmes quelques survivants. Qui plus est, en un tel début de soirée, la majorité était sortie s'amuser et devait donc être encore dehors et sains et saufs, en théorie. Cette idée s'insinua en nous pour nous redonner le cap. Les Snakes étaient de toute façon trop lâches pour s'attaquer de plein fouet aux Reds, ils avaient préféré agir ainsi, observant sans doute nos habitudes au préalable avant d'investir notre repaire, en supériorité numérique. C'était pitoyable, pitoyable et rageant.

Mais le plus effroyable nous attendait au dernier étage.

Un puissant affrontement avait eu lieu. Opposant Jack et plusieurs membres des Snakes, et sûrement pas de la bleusaille. Des impacts de balles fissuraient les murs de la pièce, des cartouches thermiques s'étalaient au sol, de nombreux cadavres s'y trouvaient, Snakes pour la quasi totalité. Jack avait fait un carnage. Nous n'aurions pu en attendre moins de sa part. C'était un redoutable combattant. Pourtant. Même ainsi. Seul contre tout un commando, il n'en avait pas réchappé. Il les avait tous tués, mais lui aussi avait succombé, à la fin. Il était parti avec honneur. Nous le découvrîmes en effet, assis sur son fauteuil de bureau, couvert de sang, son pistolet encore à la main. C'était magnifiquement tragique. Jack était demeuré fier jusque dans la mort, la tête légèrement baissée, le corps droit, l'arme toujours au poing, les yeux encore rivés sur l'entrée, paré pour un round de plus. Mais personne n'avait surgit, mise à part l'ange de la Mort qui était venu l'envelopper de son linceul. Je n'étais pas croyante, mais j'appréciais cette image. Peut-être pour me réconforter, n'ayant pu être à ses côtés, même si à la fin on est toujours seul. Avait-il souffert, était-il mort longtemps après, avait-il pensé à nous, aurions-nous pu -aurais-je pu- changer quoi que ce soit ? Je ne préférais pas m'appesantir sur ces questions, trop déchirantes.
Je détourna le regard, voyant Abby en larmes et Riordan qui la réconfortait, d'autres s'étaient déjà dérobés, quittant la pièce, ne supportant plus cette vision. Jack était notre pilier, celui qui nous avais tous réunis, recueillis, l'âme des Tenth Street Reds tout simplement. Qu'allions-nous devenir sans lui, voilà ce que la plupart devait se dire. Certes Liam était encore là , mais il n'était pas son frère et ne le serait jamais. Je porta mon regard sur lui, il s'était statufié, ne délaissant pas son frère des yeux. Que pouvait-il bien se passer dans sa tête ? Moi-même, j'étais prise dans le propre tourbillon de mes pensées, le temps avait soudain stoppé sa course sur ce moment funeste. Finalement, étant la plus proche de Jack, j'osa tendre ma main vers lui. Timidement, lentement, hésitante, ma main se paralysa un instant dans le vide. Je ne réalisais pas encore, je ne voulais pas. Je détourna alors mon visage, les yeux piqués par la tristesse. Deux fins sillons s'en échappèrent, coulant sur mes joues, me prenant au dépourvu. Je passa furtivement la main dessus et mes yeux s'asséchèrent très vite. Hors de question de me laisser abattre.
Je dévia de nouveau sur Liam, ses poings serrés, sa mâchoire crispée, il finit par sortir de ses gonds et ravagea le bureau en face de lui, envoyant tout se répandre par terre, des feuilles et autres objets volèrent atterrissant sur la fosse plus bas. Tous craignaient Liam et ses accès de rage, peu courants mais annonciateurs de mauvaises choses. Aussi personne n'intervint pour le calmer, surtout dans un moment pareil. Personne n'était à même de le canaliser de toute manière, seul Jack y parvenait.
Je baissa la tête et pris une grande bouffée d'oxygène, le coeur serré, un mauvais pressentiment m'envahit.
Je regarda de nouveau Jack, pour la dernière fois. Mes doigts se posèrent délicatement sur ses yeux gris pour les fermer à jamais.

On s'occupa de nos morts, bien que seul Jack eut droit à une pierre tombale, le crématorium apportant le salut aux autres. Pour ce qui était des Snakes, on entassa leurs dépouilles dans des bennes auxquelles on mit le feu, juste devant leur quartier. Une idée de Liam bien sûr. Cela nous prit toute une journée. Avec tous ces événements, certains d'entre nous n'avaient pas dormi depuis au moins 48 heures.
Les Iron Snakes, tout en se vantant de leurs forfaits, faisaient également profil bas.

Le troisième soir, je pus enfin m'allonger dans mon lit et me poser véritablement. C'était agréable de détendre enfin tout mon corps et de retrouver la fraîcheur du matelas.
Je me sentais vidée, déconnectée. L'impression d'avoir des fourmis dans tout mes membres, le ventre noué, le coeur compressé, la tête dans un étau, l'esprit égaré, l'âme meurtrie.
Une envie de pleurer, d'évacuer toute la merde, me submergea, mais rien ne jaillit, comme si toutes mes sources s'étaient taries.
Quelques fins rayons lunaires filtraient au travers des stores, la clameur de la rue me parvenait dans un bruit sourd, et le sommeil continuait de me fuir, malgré la fatigue lancinante.
J'entendis soudain la porte s'ouvrir dans un discret grincement, laissant apparaître une silhouette reconnaissable. Puis la porte se referma aussitôt, me plongeant de nouveau dans la pénombre.
Sa visite était des plus improbables. Peut-être avait-il besoin de parler. Il avait conservé une distance hivernale avec tout le monde, ne s'exprimant que pour donner ses ordres.
Je me redressa légèrement, m'appuyant sur mes coudes. Il s'avançait vers moi, dans un silence toujours omniprésent. Je le sentis fondre sur moi plus que je ne le distingua véritablement. Son soudain rapprochement me dérouta sur le coup, ne me laissant pour autant pas le temps de réagir. Il vint en effet déposer ses lèvres sur les miennes, m'attirant dans un même mouvement vers lui en glissant l'une de ses mains dans mes cheveux. Son baiser se voulait sans appel, mais sans être brutal. Il me transmit une passion indéniable et une douceur inattendue. Et j'y répondis avec une spontanéité qui me surprit moi-même. Je crois que j'en avais tout autant envie que lui, besoin serait même plus juste.
Je ne saurais dire ce qui l'avait poussé à venir me voir. Des prétendantes lui courant après, il en avait quelques unes. Et vu mon sale caractère, il aurait pu essuyer un refus des plus cinglants. Peut-être fallait-il mettre ça sur le fait que j'étais, après lui, la personne la plus proche de Jack. Nous avions tout deux perdus cette personne chère à notre coeur et la douleur était atroce. Nous avions besoin de ce réconfort mutuel. Et puis, Liam et moi avions toujours joué au chat et à la souris d'une certaine manière. Y avait-il là des sentiments dansant en arrière plan ? Sans doute. Mais, honnêtement, à ce moment là, ce n'était pas à cela que je pensais.

Cette nuit me laissa un goût étrange. Ce fut loin d'être désagréable, au contraire. Mais un tel rapprochement entre nous, et voir Liam ainsi, je ne l'aurais jamais imaginé. Je n'aurais jamais soupçonné cette facette de sa personne. C'était à la fois plaisant et déconcertant. Mais Liam n'était pas du genre à se dévoiler autant. Ce n'était pas juste un coup d'un soir, pour trouver de la consolation dans les bras de quelqu'un et oublier pour quelques instants la douleur. Non, ce qui avait eu lieu entre nous avait été bien plus que cela. Ce fut sans doute pour cette raison que nos relations se détériorèrent ensuite, s'effilochant au fil du temps et pas d'une façon modérée.
Ce fut la seule fois où je partagea cette connexion avec lui.
Il resta près de moi toute la nuit. Sans parler. Nous n'en avions pas besoin. On savait.
Le lendemain, il m'embrassa, me remerciant dans un murmure au creux de l'oreille, et s'en alla.


A la suite de cela, ce fut la débandade au sein du gang. Liam était plus que décidé à faire payer les Iron Snakes, et avec les intérêts, peu importaient les moyens et les conséquences.
Les confrontations entre nos deux factions étaient de plus en plus violentes, de plus en plus sanglantes. Liam recrutait, un peu à l'aveugle, n'hésitant pas à incorporer des types de la pire espèce juste parce qu'il avait besoin de plus de gars et de gars qui n'avaient pas froid aux yeux, prêts à tout massacrer.
Lors d'une mission foireuse, je perdis trois membres de mon équipe. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase déjà assez rempli. Je m'étais déjà pris la tête une paire de fois avec Liam, les tensions étaient palpables. Du fait de ce qu'on avait vécu, je pense qu'il se tempérait et se montrait plus diplomate avec moi.
Mais cette fois là fut différente.
Cette fois là fut la dernière.


Le bureau de recrutement se situait en dehors de nos quartiers à risque, bien entendu. L'enseigne aux couleurs bleues et blanches avait été quelques peu malmenée, la peinture rayée et couverte d'immondices, l'attache bancale. Il faut dire que le logo qu'elle arborait n'était pas très bien vu par ici.

Je me demandais encore ce que je faisais là, plantée au beau milieu du trottoir d'en face. J'étais demeurée ainsi immobile pendant un long moment, peut-être une heure. Je perdais la notion du temps depuis plusieurs jours. Les passants défilaient devant mes yeux qui ne les voyaient pas vraiment. J'avais fini par m'asseoir sur le perron d'un immeuble délabré, fumant clopes sur clopes.
J'avais pourtant pris ma décision, pesé le pour et le contre, retourné la question dans tous les sens. C'était là ma seule échappatoire.
Je me décida enfin, cinq minutes avant la fermeture, à traverser la rue et à pousser la porte du local. L'homme assis derrière son bureau, leva son regard verdâtre vers moi, il devait avoir dans la cinquantaine, les cheveux déjà grisonnants. Il ne prononça pas un mot, se contentant de me scruter. Puis je me décida à avancer et pris place sur la chaise en face de lui. Il m'offrit un léger sourire dont je ne perçus pas le sens. Et il sorti d'un casier derrière lui un dossier marron qu'il posa sur la table.

- Shepard.

En effet, ce dossier, c'était moi, ma vie. J'avais beau ne pas posséder d'identité légale, le précepteur de l'Alliance savait déjà pas mal de choses sur moi. L'appartenance à un gang tel que les Reds ne passait pas inaperçue, cela était couru d'avance.
Mais il ne me fit pas l'étalage de mes antécédents. Il me posa une simple question. Celle qui signifiait tout.


Voilà j'ai continué dans ma lancée !
Je reviens encore une fois sur la passé de Shepard, et bien sûr j'y reviendrais de nouveau...

J'espère que vous appréciez ma vision des choses... N'hésitez pas à me donner votre avis, c'est toujours plus que bienvenue ! Merci d'être passé !