Maintenant que l'équipe est constituée, voici... le match!!!

Bonne lecture!


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Chapitre 11: Le match des étoiles

Le samedi suivant, Harry s'éveilla à l'aube, emballé à la perspective de son tout premier entraînement en tant que capitaine. Il revêtit sa robe, prit son Éclair de Feu et sortit sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les autres. En descendant, il put apercevoir les élèves les plus matinaux, alignés devant l'étalage des Chroniques de Luna.

« Plus que deux mois! » pensa Harry, en espérant que la folie des Chroniques prenne fin le plus tôt possible.

-Harry! l'interpella une voix.

Kimberly était en tête de file, tout sourire, un gobelet de jus à la main.

-Je prends ça et j'arrive, dit-elle en désignant le rack vide où apparaîtraient bientôt les exemplaires du magazine.

-D'accord, répondit Harry.

Le froid glacial du matin lui picota les joues lorsqu'il se rendit au terrain de Quidditch. Il passa prendre le coffre contenant les balles, au vestiaire, puis regagna le terrain, où Ginny discutait avec Dean Thomas, venu assister à l'entraînement. Ron les rejoignit quelques minutes plus tard, l'air maussade, accompagné de Sloper et de Kirke, qui traînait du pied.

-Qu'est-ce qu'il fait là, lui? dit Ron en désignant Dean d'un coup de tête.

-Il vient nous regarder jouer, ça te gêne? répondit Ginny, plutôt sèchement.

-Pas du tout, dit Ron comme si rien n'était moins certain, tant que ça ne nuit pas à ta concentration.

-Ah, Ron, ne commence pas! fit Ginny, exaspérée. Tu me rappelles Percy.

Ron se raidit instantanément, mais il n'eut pas le temps de répliquer, avec l'arrivée de Katie Bell.

-La nouvelle poursuiveuse n'est pas là? s'étonna-t-elle.

-Non, dit Harry, elle attendait les Chroniques pour nous rejoindre.

-C'est étrange, dit Katie d'un air soupçonneux, les Chroniques étaient déjà prêtes quand je suis arrivée à la Grande Salle.

-Elle doit encore faire la file, suggéra Ginny.

-Impossible, elle était en tête quand je lui ai parlé, répondit Harry.

-En tout cas, je ne l'ai pas vue, dit Katie d'un ton songeur.

Kimberly Thickey leur aurait-elle fait faux bond?

-On l'attend cinq minutes et on commence, annonça Harry en jetant un œil à sa montre.

Mais ils n'eurent pas à attendre jusque là car, au bout de deux minutes, Kimberly apparut sur le terrain, la mine abattue.

-Ça va? demanda Harry.

-Hein? Oh, oui oui, fit-elle l'air absente.

-Alors on y va, dit Harry en libérant les balles sur le terrain.

L'entraînement frôla la catastrophe. Andrew Kirke adoptait un comportement plutôt curieux pour un batteur; il semblait avoir une peur bleue des cognards et s'en éloignait dès qu'il en voyait un approcher. Les rares fois où il essaya de les frapper, sa batte s'abattit dans le vide. Kimberly Thickey se contentait de voler en cercle autour de Katie et Ginny, ratait toutes les passes qu'elles lui faisaient et n'essaya même pas de les intercepter. Seul Ron se débrouillait comme à son habitude, empêchant les poursuiveuses de marquer à presque tous les coups. Harry n'avait pas lâcher le Vif d'or pour surveiller ses recrues et, jusque là, s'était retenu pour ne pas crier mais…

-STOP! hurla-t-il avant de siffler un temps d'arrêt.

Les six joueurs descendirent vers lui.

-Ça ne va pas du tout, dit-il en les regardant à tour de rôle. Le match est dans une semaine et, connaissant les Serpentard, ils ne vont rien faire pour nous ménager. Andrew, ton rôle est de faire dévier les cognards de leur trajectoire, pas de TE dévier de leur trajectoire! Kimberly, je sais que jouer dans une équipe est nouveau pour toi, mais je ne te demande pas de marquer à tous les coups…juste d'au moins faire l'effort d'essayer de marquer, OK? Tu te débrouillais très bien aux essais. Ginny, essaie d'être un peu plus précise dans tes tirs, sinon je n'ai rien d'autre à te dire, le poste de poursuiveuse te convient parfaitement. Les autres, continuez comme ça, c'est très bien. On reprend!

Ron enfourcha son balai et se retourna en levant le pouce. Harry sourit. Il n'aurait jamais cru qu'il était aussi facile de donner des ordres.

Au fur et à mesure que s'écoulaient les minutes, il s'aperçut cependant que c'était beaucoup plus facile de donner les ordres que de les faire respecter.

-Non, non, non! dit-il en secouant la tête, après avoir sifflé à nouveau. Andrew, réponds-moi franchement : aimes-tu être batteur?

Kirke regarda sa batte sans répondre, l'air buté.

-Je sais que c'est le premier entraînement, mais on dirait vraiment que tu es là plus par force que par plaisir, dit Harry qui avait remarqué le manque d'enthousiasme du batteur.

Kirke leva alors les yeux vers lui et lui rendit sa batte.

-Tu sais quoi? dit-il. Tu as raison, Potter. Je ne sais vraiment pas ce que je viens faire ici parce que, franchement, être batteur ce n'est pas mon truc. Je suis un grand fan de Quidditch et je croyais que d'y jouer serait aussi distrayant que de regarder, mais c'est faux. J'abandonne. Bonne chance pour la semaine prochaine.

Et il s'éloigna sans demander son reste. Harry le regarda partir, bouche bée. Il sentit la colère le gagner : il n'aurait pas pu le dire avant? Trouver un remplaçant si tôt avant le match serait une perte de temps et un vrai suicide.

-Ce n'est pas vrai! dit rageusement Harry en jetant la batte par terre.

-Ne t'emballe pas, Harry, je crois que j'ai une solution.

Ginny le regarda, un petit sourire aux lèvres. Harry ne voyait vraiment pas quelle proposition pourrait l'avantager.

-Eh bien, je serais heureux de l'entendre, dit-il d'un ton hargneux.

Ginny siffla et fit un signe vers les tribunes. Dean Thomas accourut, perplexe.

-Harry, je te présente un garçon plutôt doué, qui joue au Quidditch en tant que batteur avec son grand frère depuis des années. Jusque là, il n'a joué que pour le plaisir, mais étant donné les circonstances…

Le regard de Dean passa de Ginny à Harry, puis s'éclaira.

-Je…je pourrais jouer dans l'équipe? demanda-t-il, à la fois incrédule et rayonnant.

-Ah non, alors! s'exclama Ron en jetant à Dean un regard noir.

-T'as une meilleure idée? soupira Ginny, excédée.

Harry sentit tous les regards se poser sur lui. Bien sûr, c'était à lui de prendre une décision. Le temps pressait et, comme l'avait fait remarqué Ginny, personne n'avait une meilleure idée à proposer…

-C'est d'accord, dit-il après mûre réflexion. Dean, tu es à l'essai. Demain à la même heure, je vous veux tous ici pour une autre pratique.

-Harry…tu n'es pas sérieux quand même, dit Ron, abasourdi.

-Je suis très sérieux, Ron. Je ne vois aucune autre solution et, comme visiblement toi non plus, je suis contrains de l'accepter. Bon, avec tout ça, il est déjà bientôt l'heure du lunch. Vous pouvez partir et n'oubliez pas, demain, même heure!

Ron le regarda avec une expression d'incrédulité mêlée de frustration. Il rejoignit les autres au vestiaire et Kimberly s'apprêta à faire de même d'un pas lent, mais Harry l'arrêta.

-Tu n'es pas au meilleur de ta forme, je me trompe? dit-il en tentant d'apercevoir ses yeux obstinément rivés au sol.

-Ça…ça ira mieux demain, dit Kimberly, au bord des larmes.

-Écoute, ce n'est pas grave, dit Harry, légèrement mal à l'aise.

La jeune fille leva enfin les yeux. Une larme roula sur sa joue.

-Je suis désolée, dit-elle d'une voix brisée, avant d'éclater en sanglots.

Harry se retourna. Tous les autres étaient déjà partis. C'était la deuxième fois de sa vie qu'il se trouvait seul face à une fille en larmes.

-Ça arrive, tu sais, ça ne fait rien, dit maladroitement Harry en tentant de la rassurer. Tu étais sûrement nerveuse, c'était le premier entraînement…j'aurais dû être plus compréhensif.

-Non, dit Kimberly en reniflant, ce n'est pas ça.

-Qu'est-ce que c'est, alors? interrogea Harry d'un ton prudent.

Kimberly pleura de plus belle et posa sa tête sur son épaule. Harry tenta de se rappeler les conseils d'Hermione.

« Il suffisait d'être gentil avec elle. J'espère que tu l'as été? »

-Ça va aller, dit-il d'un ton qui sa voulait rassurant, en lui tapotant le dos.

« Je lui ai…donné des petites tapes dans le dos. »

« J'imagine que ça aurait pu être pire. »

Harry cessa aussitôt son geste, au souvenir de la conversation qu'il avait eu l'année précédente avec Hermione.

-Tu sais, dit-il gentiment à Kimberly, si tu me disais ce que tu as, je pourrais peut-être t'aider.

-C'est à cause de…Luna Lovegood, hoqueta Kimberly.

Elle sortit alors un exemplaire plié en quatre des Chroniques du jour et le tendit à Harry.

Harry n'eut aucun mal à trouver l'article qui avait tant bouleversé Kimberly, puisque le titre faisait la une.

La honte de Kimberly Thickey

Le mois passé, les élèves de sixième année de Gryffondor ont pu assister au premier cours de défense contre les forces du Mal enseigné par Marius Snave, le nouveau professeur. Ayant visé plutôt haut, le professeur Snave avait au programme une créature plus que terrifiante. Le Lethifold, bête nocturne noire, plate et mouvante, semblable à une ombre, dévore tout être humain – généralement endormi – sur son passage sans laisser de traces. Mais, outre la surprise et la peur compréhensible de sa classe, Mr Snave a remarqué une réaction plutôt spéciale chez une élève : le dégoût. Le Lethifold semblait inspirer à Kimberly Thickey des souvenirs assez mauvais et Snave a vite compris ce qu'il en était en apprenant le nom complet de la jeune fille. Bon nombre de sorciers connaissent la malheureuse histoire des Thickey (Mr Newt Scamander, dit Norbert Dragonneau, s'est même servi de cette pitoyable anecdote pour illustrer sa description du Lethifold dans son livre Les Animaux fantastiques) mais la plupart d'entre vous l'ignorent encore.

Les victimes du Lethifold sont généralement difficiles à répertorier, puisque l'animal, après avoir quitté le lieu du crime, disparaît en ne laissant traces ni de lui ni de sa proie. Cependant, il est plus facile de répertorier les sorciers qui ont voulu faire croire leur mort atroce par le Lethifold. L'auteur des Animaux fantastiques, Newt Scamander, décrit l'anecdote de façon suivante :

« L'exemple le plus récent d'une telle duplicité remonte à 1973, année durant laquelle le sorcier Janus Thickey a disparu en ne laissant sur sa table de chevet qu'un mot hâtivement griffonné où l'on pouvait lire : un Lethifold m'étouffe. Convaincus, en voyant le lit vide et sans taches, que Janus avait bel et bien été dévoré par la créature, sa femme et ses enfants portèrent un deuil prolongé qui fut grossièrement interrompu lorsqu'on découvrit que Janus s'était en fait installé à huit kilomètres de là, sous le toit de la patronne du pub Le Dragon vert. »

Une bien triste histoire pour Kimberly Thickey, son jeune frère et leur mère, qui vouent désormais une haine sans égale à Janus Thickey, le pourtant célèbre médicomage. Il n'y a pas à dire, cet homme a terni la réputation des Thickey par l'horreur de son acte, plongeant sa famille dans la honte de porter ce nom. Cette affirmation donne toutefois à la perplexité. De quoi Kimberly a-t-elle le plus honte? De son père et de ce qu'il a fait…ou de ce qu'elle est?

Dans ce cas, il y aurait de quoi se poser des questions. Ce n'est pas un crime que d'avoir honte des actions de notre famille, mais c'en est un que d'avoir honte d'en faire partie.

Harry acheva sa lecture et se sentit gagné par la colère. De quel droit Luna Lovegood publiait-elle des histoires aussi méchantes et personnelles sur les élèves? Puis il fut pris d'un doute soudain : la Luna qu'il avait connue était certes étrange, mais elle n'aurait jamais fait ça.

-Tout le monde va rire de moi, dit Kimberly d'une voix brisée en s'essuyant les yeux avec son mouchoir.

-Mais non, dit Harry, personne ne va rire de toi. Je vais vraiment parler à Luna pour que tout ça cesse. Ça n'a pas de sens de publier de telles horreurs!

-Je sais, dit Kimberly en replaçant une mèche brune frisottée derrière son oreille. Mais elle a raison. J'ai honte de ce que je suis.

-Tu ne devrais pas, dit Harry d'un ton apaisant.

Il ne savait pas trop comment il avait réussi à dire tout ça, mais Hermione serait fière de lui, sans aucun doute.

-Mais mon père…

-Oui, ce que ton père a fait est dégoûtant, je te l'accorde, dit Harry. Mais tu n'y es pour rien, reprit-il aussitôt en voyant la lèvre inférieure de Kimberly trembler. Écoute, je vais aller parler à Luna.

Il déchira les Chroniques en quatre et envoya les bouts de papier déchirés derrière son épaule.

-Te laisse pas abattre par tout ça, d'accord? dit-il avant de prendre la direction du château d'un pas résolu, avec la ferme intention de découvrir la vraie motivation de Luna Lovegood.

Il ne se retourna qu'une seule fois. Kimberly lui fit un faible sourire et Harry se sentit alors très fier de lui.

-Harry! cria-t-elle.

-Oui?

-Merci…

C'est alors que Kimberly prit un souafle dans le coffre, enfourcha son balai et fit un but magnifique. Il n'y avait ni gardien, ni cognards, ni adversaires, mais Harry sourit de bon cœur et leva le pouce à l'intention de la nouvelle poursuiveuse. Puis il se retourna et continua son chemin. Il n'eut aucun mal à trouver Luna Lovegood car, dès qu'il mit les pieds dans la Grande Salle, il la vit. Assise à la table des Serdaigle, elle tripotait son collier d'un air rêveur. Harry remarqua qu'elle avait ajouté deux pièces de monnaie entre les bouchons de Bièraubeurre, le résultat étant d'autant plus ridicule.

-Bonjour Luna, dit-il froidement avant de s'asseoir face à elle.

-Tiens, bonjour Harry, répondit-elle sans le regarder.

-Il faut que je…

-Je sais pourquoi tu es venu, l'interrompit Luna en lâchant son collier et en le regardant droit dans les yeux. Tu crois que je fais ça pour m'amuser.

Elle se pencha alors vers lui, par-dessus la table.

-Mais tu as tout faux, dit-elle en chuchotant presque, sur un ton de conspiratrice. En fait, je fais cela pour les aider.

Luna se rassit et esquissa un petit sourire. Harry la fixa, bouche bée.

-Les aider? dit-il d'un ton incrédule. Les aider! Oui, bien sûr. Tu vas aider Kimberly en apprenant à tout le monde la tromperie de son père! Tu vas aider Hermione en publiant ses correspondances personnelles, d'ailleurs elle t'a elle-même témoigné sa gratitude l'autre jour. En leur nom à tous, je te remercie de mettre les gens dans l'embarras, Luna. C'est vraiment chic de ta part.

Harry avait débité toute sa tirade d'un trait, la voix pleine d'amertume. Luna le regardait toujours de ses yeux exorbités, ne semblant éprouver ni honte ni regrets.

-Un jour tu comprendras, dit-elle simplement.

-Non j'en doute, dit sèchement Harry.

-Lyra Fox te plaît bien, n'est-ce pas? demanda-t-elle après un moment.

-Quoi? fit Harry, surpris par la question.

-Tu n'as pas à me l'avouer à moi, reprit Luna en jouant machinalement avec son collier, mais tu dois te l'avouer à toi.

Harry ne comprenait pas pourquoi elle lui parlait de Lyra maintenant. Lui qui était venu d'un pas assuré pour mettre les choses au clair avec Luna et ses Chroniques, il était complètement pantois à présent.

-Qu'est-ce que c'est? dit-il enfin en désignant les pièces de monnaie.

-Ce sont des terces, répondit Luna d'une voix mystérieuse. Mais ils sont spéciaux. Regarde, celui-là est fondu sur le côté, et l'autre est en bronze. Ils me portent chance. Ils ont un grand impact sur les Ronflaks Cornus.

Harry hocha mollement la tête, l'air ailleurs. Il repensait à tout ce qu'il y avait eu dans les Chroniques jusqu'à maintenant et à la question que Luna lui avait posée.

Luna sembla s'apercevoir du manque d'intérêt du garçon au sujet des Ronflaks.

-Harry Potter, je vais te confier quelque chose, reprit-elle de son ton conspirateur.

-Vas-y…, dit Harry, intrigué.

-Il y a des secrets que tu n'oses pas révéler parce qu'ils t'appartiennent. Mais il y en a d'autres que tu ne révèles pas et qui ne t'appartiennent pas, parce que tu ne les as pas avoués. C'est cela qui figure dans mes Chroniques.

-Pourquoi? dit Harry, qui n'était pas sûr de comprendre.

-Pour aider, répondit Luna avec un sourire satisfait. Tu vois les gens tempêter et pleurer, alors tu crois que ce que je fais est mal. Mais un jour, tu comprendras, répéta-t-elle.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre et se leva.

-Excuse-moi, mais j'ai du travail.

-Luna! insista Harry.

-Quoi?

-Comment tu fais…pour savoir tout ça? demanda-t-il, désemparé.

Luna fit un geste désinvolte par-dessus son épaule.

-On en parlera plus tard. Je ne peux pas te le dire maintenant. En attendant, je n'ai qu'un conseil à te donner. Sois franc avec toi-même, et je n'en ferai pas une affaire publique.

Et elle le planta là, encore plus dérouté qu'il ne l'était avant de venir lui parler. Éberlué par ce qu'il venait d'entendre, Harry regagna la salle commune sans porter attention à Ron et Hermione, qui travaillaient chacun sur une table différente.

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Le lendemain, Harry s'éveilla à nouveau à l'aurore pour un autre entraînement de Quidditch. Il fut heureux de constater que Kimberly allait beaucoup mieux et qu'elle s'entendait bien avec les autres poursuiveuses. Dean Thomas se révéla être un batteur plutôt talentueux et Harry n'aurait pas pu espérer meilleur entraînement. Puisque tout allait bien, il sortit le Vif d'or et s'entraîna un peu, heureux de la sensation d'euphorie qui s'emparait de lui quand il volait sur son Éclair de Feu.

-Tout est parfait, dit-il en mettant pied à terre, à la fin de la pratique. Jouez comme ça au match, et ce sera la victoire assurée!

Les six autres joueurs répondirent avec enthousiasme à cette affirmation.

Avec les Focifères qui grandissaient de jour en jour – ils étaient maintenant de la taille d'une poire –, la surcharge de travail dont les professeurs l'affublait et les cours toujours aussi stupéfiants de Snave, Harry ne vit pas la semaine passer. Le samedi matin, jour du match, arriva avec une rapidité désarmante et Harry s'éveilla avec un trac sans pareil au ventre. Et si tout allait mal? Et si les Serpentard leur faisaient vivre une défaite magistrale? Harry n'avait jamais été capitaine. Peut-être que ce n'était pas sa branche, après tout…

-Alors, capitaine, que disent les conditions météo? demanda Ron d'une voix pâteuse en repoussant les rideaux de son lit à baldaquin.

Les conditions météo! Il n'avait même pas pensé à regarder le temps qu'il faisait à l'extérieur! Décidément, il était un très mauvais capitaine.

-Harry? fit Ron d'un ton inquiet. Est-ce que ça va? Tu as le teint pâle, tout à coup.

-Ce n'est rien, répondit Harry avec un sourire crispé. Je suis juste un peu nerveux, c'est tout.

-Ah, ça! dit Ron en faisant un geste désinvolte de la main. C'est normal. Ça ira mieux après le petit-déjeuner.

-Mm, marmonna Harry en enfilant sa robe.

Ils descendirent tous deux à la Grande Salle et se firent acclamer à grands bruits par la table des Gryffondor. Quelques Serpentard, dont bien sûr Malefoy, les huèrent.

Dean était déjà là, en compagnie de Ginny et de Kimberly. Il fit de grands gestes à l'adresse de Harry.

-Eh, Harry! C'est le grand jour, aujourd'hui. On va les écraser! dit-il d'un ton enjoué en frappant la table de son poing.

Son enthousiasme fit projeter une tartine sur la robe propre de Ginny.

-Ah, mais vous en avez vraiment contre moi, avec vos projectiles alimentaires! se fâcha-t-elle.

Dean la regarda d'un air interrogateur partir vers le dortoir pour se changer.

-Qu'est-ce qui lui prend? demanda-t-il, déconcerté.

-Ça va lui passer, dit Ron d'un ton vague en se servant un verre de jus de fruits.

Harry ne desserra pas les dents de tout le repas. Ça ne lui servait à rien de manger, tout ce qu'il avalerait allait assurément ressortir. Harry s'imagina malade en plein match et Malefoy qui en profiterait aussitôt pour s'emparer du Vif d'or. Son estomac se serra à cette pensée.

Puis, le moment fatidique arriva. En soupirant, Harry fit signe à ses six coéquipiers de le suivre au vestiaire.

-Bon, euh…eh bien, commença-t-il lorsque fut venu le moment de prononcer un discours. Il n'y a pas grand-chose à dire…

-On va les écraser! cria à nouveau Dean.

-Oui, c'est ça, Dean. Jouez comme vous l'avez fait aux entraînements et tout ira bien.

-Eh, Harry! dit Kimberly en se levant. Ça va aller.

-Bien sûr, dit Harry en prenant un peu d'assurance. Qui sont les meilleurs?

-Les Gryffondor! dirent les autres en chœur.

-Et qui c'est qui va servir aux Serpentard la défaite de leur vie? cria Harry en souriant, cette fois.

-LES GRYFFONDOR! hurlèrent les six joueurs, Dean un peu plus fort que les autres.

Avec un grand sourire, Harry enfourcha son balai et ils entrèrent tous sur le terrain de Quidditch, sous les acclamations de la foule aux tribunes.

-Et voici l'équipe de Gryffondor, dirigée cette année par Harry Potter! annonça la voix enjouée du commentateur. À sa suite il y a le gardien « Weasley-notre-roi », les deux batteurs Sloper et Thomas et les trois poursuiveuses : Katie Bell, Kimberly Thickey et Ginny Weasley.

Les sept joueurs se positionnèrent sur le terrain. Harry se retourna pour voir qui allait commenter cette année, après le départ de Lee Jordan. Il vit avec stupeur que c'était Neville.

-Et maintenant…les Serpentard, dit Neville d'une voix morne. Montague, Warrington, Pucey, Malefoy, Bletchley, Crabbe et Goyle. Madame Bibine s'avance maintenant sur le terrain…

Montague se plaça face à Harry et lui adressa un sourire amical beaucoup trop faux pour être vrai. Harry haussa les sourcils. Madame Bibine ordonna que les deux capitaines se serrent la main avant le début du match. Mais, plutôt que d'essayer de lui écraser les doigts, Montague serra calmement la main de Harry, le visage impassible. C'était assez anormal pour qu'il y ait tout lieu de s'inquiéter, Harry en était sûr. Il n'y avait qu'à voir le rictus de Malefoy pour savoir que ce match ne serait pas de tout repos.

Puis Madame Bibine siffla et le match commença. Harry s'éleva en même temps que les autres et survola le stade en surveillant le jeu d'un œil et le terrain de l'autre, aux aguets. Malefoy le suivit et s'arrêta à sa hauteur.

-Pas trop nerveux, capitaine Potter? cracha Malefoy d'une voix méprisante.

Harry n'aimait pas la façon dont Malefoy avait appuyé sur le mot « capitaine ».

-Pas du tout. Et toi, Malefoy, tu n'es pas trop déçu de ne pas être capitaine de ton équipe? Ah, c'est vrai, ton père est à Azkaban maintenant, il ne peut donc pas payer Rogue pour te faire élire capitaine. C'est dommage, je sais que tu meures d'envie de me serrer la main!

Brusquement, Malefoy fondit sur lui, le visage rouge de colère. Harry prit de l'altitude juste à temps pour l'éviter.

-Potter, je t'aurai! siffla Malefoy, hors de lui.

Harry vola alors vers l'autre côté du stade, Malefoy à ses trousses. Il possédait maintenant un Nimbus 2005, mais ça n'égalait pas encore l'Éclair de Feu de Harry, qui parvint à insérer une légère distance entre lui et son ennemi.

-Thickey réussi à éviter un Cognard de Goyle, sème Pucey, elle tire et…elle marque! s'exclama Neville d'une voix qui sembla lointaine à Harry. Le score est maintenant de soixante à vingt pour Gryffondor! Mais…on dirait bien que les deux attrapeurs s'amusent un peu en attendant le Vif d'Or! Ça suffit, les gars, revenez au jeu, maintenant!

Mais Malefoy ne décoléra pas et s'acharna à poursuivre Harry, qui avait de plus en plus de mal à s'esquiver.

-Dégage, Malefoy!

-Non, tu vas retirer ce que tu as dit! cria Malefoy d'un ton menaçant.

-Plutôt mourir, dit Harry d'un ton mauvais.

-C'est effectivement ce qui va arriver quand je t'aurai attrapé, espèce de vaurien!

Dans les tribunes, Lyra était assise entre Pansy et une fille de Serpentard, Malicia, qui tenaient toutes les deux une énorme banderole où scintillait le nom de Malefoy en grandes lettres.

-Mais qu'est-ce qu'il fait? demanda Lyra en voyant Drago poursuivre Harry.

-Il va sans doute donner à Potter ce qu'il mérite, ricana Pansy.

-Ni l'un ni l'autre ne va pouvoir attraper le Vif d'Or comme ça, fit remarquer Lyra.

-Ne t'en fais pas, Drago va trouver un moyen, dit sournoisement Malicia.

Loin d'être rassurée par cette phrase, Lyra reporta son attention sur ce qui se passait sur le terrain. Drago avait réussi à attraper le manche de l'Éclair de Feu et le secouait comme un prunier. Harry réussit à se dégager en l'injuriant fortement.

-Warrington marque, annonça le commentateur d'une voix plate. Le score en est présentement de soixante-dix à soixante pour Gryffondor.

Harry essaya par tous les moyens de semer Malefoy, mais les feintes et les piqués ne le firent pas lâcher prise.

-Besoin d'aide, Harry? dit soudain Jack Sloper en surgissant près de lui.

-Non, concentre-toi sur le jeu, je m'occupe de ce crétin, dit sèchement Harry.

Mais Jack ignora sa réponse et envoya d'un violent coup de batte un Cognard en direction de Malefoy. Le Cognard frappa le manche du Nimbus 2005 et le fit virer à l'envers. Malefoy fut déstabilisé mais se ressaisit à temps.

-Les deux équipes sont à égalité avec quatre-vingt points chacune! s'exclama soudain Neville, alors que les Gryffondor huèrent.

Montague venait de marquer. Il fit un signe en direction de Malefoy, qui laissa enfin tomber l'idée d'attraper Harry pour le jeter en bas de son balai. Les deux Serpentard se sourirent malicieusement et Malefoy s'éloigna. Harry profita de ce contretemps pour rechercher le Vif d'Or, mais il ne le vit pas. Ce match commençait à être franchement éreintant!

-Montague et Malefoy semblent abandonner momentanément le jeu pour s'affairer autour du bas des buts adverses, dit Neville. Pendant ce temps, le jeu continue. Katie Bell fait une passe magnifique à Ginny Weasley qui s'avance vers les buts et…se fait enlever le Souafle par Warrington. Merde! Oh, désolé professeur.

Pansy et Malicia ricanèrent en voyant Malefoy et Montague à basse altitude, près des buts des Gryffondor.

-Je peux savoir ce qu'il y a de drôle? demanda Lyra, se sentant mise de côté.

-Oh, tu verras, répondit Malicia en souriant.

-Notre roi va avoir une drôle de surprise, dit Pansy d'un ton mystérieux.

Lyra se retint à grand-peine de la gifler. « Tu dois apprendre à te contrôler! » se dit-elle mentalement, mais elle ne put s'empêcher d'imaginer Pansy recevoir la raclée de sa vie.

Harry commençait vraiment à s'ennuyer, à survoler le stade sans aucun signe du Vif d'Or. Pour s'amuser un peu, il descendit en piqué près de Malefoy, sous les exclamations des Gryffondor dans les tribunes, et lorsqu'il fut sûr que ce dernier l'avait suivi, redressa le manche de son Éclair de Feu et remonta en flèche. Cependant, Malefoy ne sembla pas fâché de s'être fait avoir par une feinte de Wronski. Harry ne s'en soucia pas longtemps car…

-Warrington s'empare du Souafle et marque! Pucey reprend le Souafle, tire et marque! Pucey fait une passe à Montague, qui marque et…ouf! Mais que fait donc « Weasley-notre-roi » ?

Ron, le teint blême et l'air horrifié, s'était éloigné à plusieurs mètres des buts.

-RON! QU'EST-CE QUI TE PREND? s'égosilla Harry en descendant vers lui.

-L…là…s…sur les buts! bégaya Ron en s'éloignant un peu plus.

-Quoi?

Harry s'approcha des buts et comprit alors ce qui terrorisait tant Ron. Des araignées grosses comme un poing grimpaient le long des poteaux. Trois d'entre elles étaient déjà entre les anneaux, mais en baissant la tête, Harry put voir qu'une centaine d'autres montaient sur les buts, avec leurs longues pattes velues. Pendant ce temps, les trois poursuiveurs marquaient but après but, accumulant les points. Malefoy, Crabbe et Goyle riaient à s'en briser les côtes.

Pansy et Malicia riaient en tapant sur le banc. Elles avaient lâché la banderole, qui glissa sous les tribunes.

-Qu'est-ce que…, commença Lyra.

Elle arracha les jumelles qui pendaient au cou de Malicia et regarda dedans, en direction des buts adverses.

-Des araignées? fit-elle, incrédule.

Pansy rit encore plus fort et essuya une larme qui perlait au coin de son œil.

-Drago…ha! ha!...il est génial! dit-elle, secouée d'un fou rire.

-Pas du tout! dit Lyra, choquée. Ce n'est pas drôle.

-Rhô, désolée, c'est vrai que tu aimes bien Potter et sa bande, toi! répliqua Pansy, ce qui fit rire Malicia de plus belle.

-Les Serpentard ne sont que des sales tricheurs! persifla Lyra.

Le sourire niais de Pansy s'évanouit.

-Au cas où tu ne le saurais pas encore, tu fais partie de cette maison, dit-elle sèchement.

-Oui, et je me demande bien pourquoi! répliqua Lyra sur le même ton.

Drago survola les tribunes à ce moment-là.

-Alors, comment trouvez-vous le spectacle? dit-il. L…là…s…sur les buts! fit-il en imitant l'air terrifié de Ron.

Les Serpentard s'esclaffèrent bruyamment en le félicitant.

-C'est ignoble! dit Lyra, coupant court à l'euphorie générale.

-Ignoble? répéta Drago, soudain déconcerté.

-Absolument! Fais disparaître ces bestioles immédiatement! ordonna Lyra.

-Voyons, Fox, tu es tombée sur la tête! Tu veux vraiment que j'annule le sort? dit Drago en perdant son air assuré.

-Attendrais-tu que je le fasse moi-même? dit-elle d'un ton mauvais en se levant.

Tous les Serpentard avaient les yeux rivés sur elle, à présent. Drago soupira.

-Trouble-fête, marmonna-t-il en volant en direction des buts de Gryffondor.

-Ça alors! s'exclama Pansy lorsqu'il fut parti.

-Quoi? fit abruptement Lyra.

-Tu sais que tu viens de donner un ordre à un Malefoy?

-Et alors?

-Et qu'il t'a obéi?

-Et alors? répéta Lyra.

-Alors Potter va avoir de la compétition! dit très sérieusement Malicia.

Elle jeta un regard à Pansy, puis elles se mirent à rire à nouveau, pliées en deux.

Le score en était de cent trente à quatre-vingt-dix pour les Serpentard, lorsque les poursuiveuses se décidèrent enfin à agir. Alors que Pucey faisait une passe à Warrington, Ginny l'intercepta et fit la passe à Katie. Surpris, les Serpentard la regardèrent se diriger vers les buts puis marquer. Bletchley, le gardien, réussit cependant à bloquer les tirs suivants.

Malefoy, qui était allé quémander les compliments dans les tribunes, revint vers les buts.

-Malefoy! Éloigne-toi de ces buts! ordonna Harry en se dirigeant vers lui.

-Pousse-toi, Potter, dit Malefoy en sortant sa baguette.

Harry allait l'empêcher de s'en servir lorsqu'il vit, à sa grande surprise, que Malefoy ne voulait pas faire apparaître d'autres araignées. Il prononça une formule du bout des lèvres, puis les araignées disparurent. Mais Harry ne resta pas stupéfié bien longtemps. Le Vif d'Or virevoltait près de la tête de Malefoy, qui était trop occupé à conjurer le sort des araignées pour s'en rendre compte.

Sans perdre une seconde, Harry fonça vers le Vif d'Or et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, saisit la minuscule balle dorée et remonta en flèche, le poing en l'air.

-Et Harry attrape le Vif d'Or sous le nez de Malefoy! s'exclama Neville, tandis que les Gryffondor hurlaient de joie. Bien fait, espèce de sale tricheur! Vous…vous êtes d'accord, n'est-ce pas professeur? demanda-t-il d'une voix mal assurée en se tournant vers le professeur McGonagall en quête de son approbation.

Harry soupira de contentement, alors que ses coéquipiers poussaient des cris de victoire. Il n'était pas un si mauvais capitaine, finalement.

Les Serpentard huèrent, mécontents. Lyra fut la seule à se lever et à applaudir, un grand sourire aux lèvres. En grognant, Pansy et Malicia la prirent chacune par une main et la forcèrent à se rasseoir.


A suivre...