WESHAI LES GENS
Bon je me disais que j'étais encore en retard pis je me suis rappelée que j'ai jamais défini de planning donc techniquement je ne le suis pas lol jpense qu'on va fixer un chapitre à peu près toutes les deux semaines. Sachant que ça varie et que je peux écrire 8 pages en un soir ou deux des fois... Enfin bref, on s'en fout. Merci Typhone Lady pour ta review sur le premier chapitre, j'espère que la suite va te plaire aussi ! Bon tu va lire ma réponse trois ans après mais osef hein. Doonc sinon à propos du chapitre, c'est révélations au rendez vous ! Après ce chapitre, il ne m'en restera plus beaucoup à vous faire passer, et on approche de la fin à grands pas. Bon c'est encore un chapitre particulier -j'ai l'impression jvais dire ça à chaque début de chapitre- où ya surtout, fin, essentiellement, non, ou ya QUE de la parlotte. Vous m'excuserez. M'enfin si vous êtes encore là c'est que zavez un minimum d'habitude. Quoi qu'il en soit, jvais pas gratter plus de mots et je vais vous laissez à ce chapitre 12 ! Bonne lecture à tous !
Il y avait un rocher. Un très grand rocher. Il était couvert d'entailles de tout genre. Shura les reconnaissait. Il poussa un soupir.
Encore ce rêve.
Si seulement il avait pu fermer les yeux. Bouger. Mais non. Il ne pouvait que regarder,immobile, ce rocher, et la personne perchée dessus, assise, les jambes battant dans le vide. Les cheveux châtains. Le bandeau rouge dans le vent.
Shura le regarda. Il se taisait. Il attendait que cette vision cesse. Comme à chaque fois. Il avait appris à faire profil bas pour ne pas rendre ce moment plus désagréable qu'il ne l'était déjà.
Mais il avait beau avoir l'habitude...
Son cœur lui faisait toujours aussi mal.
Son cœur, son âme se déchirait toujours en deux quand le feu Sagittaire se tournait vers lui et lui souriait.
Tendrement.
Des yeux verts que la simplicité de la noblesse illuminait. On aurait dit qu'il n'en voulait pas à Shura.
Normal. Il était mort. Il n'était qu'un souvenir.
Un souvenir qui s'évanouit doucement, tandis que du sang se mettait à couler le long des entailles de la roche, doucement d'abord, puis de plus en plus, jusqu'à ce que le rouge envahisse l'espace, la vision de l'espagnol, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien voir d'autre que le sang, le sang, le sang, l'horrible preuve de son meurtre, le lourd marteau de sa culpabilité...
-Il va falloir que je me débarrasse des ex-chevaliers restants.
Shura, torse nu à la fenêtre, souffla la fumée de sa cigarette avant de se retourner. Saga était paresseusement allongé, ses longs bras croisés derrière la tête, un air étrangement impassible sur son visage d'habitude tordu par un rictus de rage ou de cruauté. Il fixait le plafond, sans y porter aucune attention, exhibant sans gêne son corps nu aux yeux verts du Capricorne.
-Vraiment ?
Le Gémeaux ferma les yeux et a
cquiesça.
-Oui. Je crains qu'ils ne veuillent agir, maintenant que Phrixius est mort. Bien qu'ils soient tous deux les plus sages de leur génération... Je préfère ne pas prendre de risques.
-Kalpila et Milan, c'est ça ? Demanda Shura en tournant à nouveau le dos pour tirer sur l'objet entre ses doigts fins.
-En effet. L'un était Chevalier d'Or de la Vierge, l'autre du Verseau. Ils étaient de très puissants combattants, avant que leur pouvoir ne soit scellé. Mais c'est la clairvoyance de Kalpila, et l'extrême intelligence de Milan qui m'inquiètent le plus.
-Toi, inquiet ?
Un rire jaune lui répondit.
-C'est l'autre qui déteint sur moi. Quoi qu'il en soit, je vais attendre avant d'agir. Il ne faut pas attirer les soupçons.
L'espagnol acquiesça doucement.
-Je pourrai m'en occuper.
Il écrasa sa cigarette, puis se retourna, les coudes appuyés sur la rambarde de la fenêtre, à la fois décontracté et à l'affût. Saga en sentit son intimité se tendre.
Shura était désirable, tout simplement. Son regard trouble et vide d'enfant, comme une pierre recouverte de poussière, s'était aiguisé avec les années et l'expérience -Athéna sait pourtant qu'il est encore jeune-, comme une pointe d'obsidienne brillant à la lumière de la lune. Savoir ce qu'il pensait ? Saga y arrivait, car sa création n'avait aucun secret pour lui, mais il était bien le seul.
Chacun gardait ses secrets d'une manière ou d'une autre. Aphrodite le faisait d'une façon douce, comme l'eau qu'on ne parvient pas à saisir, Camus lui s'isolait en haut d'une tour de glace et se rendait inaccessible, Deathmask les gardait comme un chien enragé, Saga usait de son intelligence, et Shura... Shura restait les bras croisés devant les siens, plongés dans des ombres épaisses, défiant en vain n'importe qui d'oser y plonger.
Est ce qu'il les connaissait lui même ? Il était bien possible que non.
Le Gémeaux esquissa un sourire goguenard. De face, il était invincible, un mur épais d'ébonite, mais son dos était une cible ouverte bien que dissimulée, une faille que le grec aimait tâter du doigt en attendant le jour où il jugerait bon de s'y engouffrer pour faire de Shura sa marionnette, son objet à lui et lui seul.
Car il pourrait bien dire ce qu'il voulait, l'espagnol ne l'aimait pas. Pas comme il aimait son autre. Il avait beau avoir répondu oui, faire n'importe quoi pour lui, sa réelle loyauté, pas celle de ses actes mais bien de son cœur, allait à l'autre.
A sa part de démons, sa part de faiblesse.
Ça se voyait à son regard quand il acceptait une mission de sa part. Quand il était venu le protéger. Et quand il embrassait cette version pleurnicharde de Saga.
Il était encore pur. Encore bon, d'une certaine manière, au plus profond de son âme.
Et c'était beau. C'était pitoyable, mais c'était aussi magnifique : Car rien n'est plus beau à regarder que la noblesse dans son éclat le plus sincère, et pas le plus voyant. C'était sans doute pour ça que Saga n'avait jamais rien fait pour s'approprier le Capricorne. Sera t-il toujours aussi... désirable, quand il ne sera qu'un pantin désarticulé aux yeux éteints ? Ou alors, au contraire, sera t-il encore plus sublime, une œuvre d'art, un onyx taillé à la perfection par le Mal lui même ?
Des fantasmes, Saga en avait peu car il était difficile. Mais celui là comptait bien pour des dizaines à lui tout seul.
Il poussa un soupir dégoulinant de luxure en s'enfonçant plus profondément sous les yeux d'un Shura toujours impassible, qui ne cherchait même plus à comprendre quelles pensées tournaient dans l'esprit du Gémeaux.
Momentanément, il se rappela de leur mission ensemble, du serein silence entre eux et des sourires qu'ils s'échangeaient, timides pour le jeune espagnol et francs pour le grec.
Saga... quand il marchait droit devant lui et montrait du doigt la lumière éclatante de la mission des Chevaliers, la lumière éclatante de la déesse Athéna...
Il secoua la tête pour chasser cette vision, et sortit une autre cigarette de son paquet pour la fumer.
Quelques minutes passèrent avant qu'il ne reprenne la parole, pour changer de sujet et définitivement éloigner ses souvenirs gênants.
-Saga...
-Hm ?
-Qui est Erèbe ?
Le Gémeaux se tendit, son sourire se fanant quelque peu, et il se redressa pour se mettre assis, ses mèches argentées glissant comme des filets d'eau sur ses épaules. Shura écrasa sa cigarette à moitié finie pour aller s'asseoir à ses côtés, gardant instinctivement une distance. Que Saga s'empressa de briser en plaquant Shura contre son ventre sans lui demander son avis.
-Tu veux entendre toute l'histoire ? Je ne suis pas conteur, tu excusera ma flemme.
Shura, bien que peu confortablement installé, ne protesta pas -c'était inutile-, et ferma les yeux.
-J'aimerais savoir. Comprendre.
-Pourquoi ? Je t'intéresse donc ?
L'espagnol rouvrit les yeux pour regarder Saga, détournant légèrement le regard.
-Peut-être.
Saga poussa un soupir bruyant et alla balader sa main sur le torse du Capricorne comme s'il caressait un animal.
-Allons bon... Qu'est ce que tu sais, déjà ? Ça m'évitera de répéter.
-Ce que je sais à propos de quoi ?
-L'ex génération de Chevaliers d'Or.
Shura ouvrit la bouche, puis la referma pour prendre le temps de réfléchir.
Contrairement à tous les autres Ors, il n'avait pas été entraîné par son prédécesseur. Et là où les autres, à cause des obligations de leurs maîtres, ou en vertu d'un quelconque enseignement, avaient du rendre visite quelques fois au Sanctuaire, se croisant parfois et rencontrant les maîtres des autres, Shura était resté aux Pyrénées tout au long de son entraînement. Des anciens Chevaliers d'Or, il ne connaissait que le nom et les caractéristiques générales.
Et bien sûr, leur fin. Car si les Chevaliers de cette génération étaient aussi jeunes quand ils avaient revêtu l'armure d'or -certains avaient sept ans, alors que l'âge pour avoir une armure variait entre douze et seize ans-, c'était bien parce que l'autre avait du se terminer prématurément.
-Ils...ont été déchus de leur rangs, punis par les Dieux. Ils ont assassiné l'un des leurs. De leur propre chef.
A nouveau, il ferma les yeux. Cette histoire ne cessait de lui faire des frissons. Car elle était preuve de ce dont le courroux divin pouvait être capable, quand un interdit était commis.
Tuer un compagnon d'arme sans que cela soit justifié était terrible. Valable de perdre son rang. Mais le Grand Pope n'était pas le seul à avoir puni les assassins. Les dieux s'y étaient mis aussi.
Pourquoi, alors qu'ils se tiennent d'habitude à l'écart des affaires qui ne les regardent pas directement ? Shura l'ignorait. Mais il se doutait que Saga allait lui expliquer.
En effet, l'imposteur balança la tête en arrière en passant son doigt sur un téton de l'espagnol qui ne put retenir un léger couinement.
-J'ose espérer que le nom d'Erèbe ne t'ai pas totalement inconnu. Il n'est pas exactement un Dieu. Il est une personnification, plus ancienne que Ouranos lui même. Né du Chaos originel, il représente les ténèbres des Enfers. On dit qu'il a, entre autres, engendré l'Aether, l'Olympe en gros, permet que je n'aille pas trop dans les détails. Il a été changé en fleuve coulant dans les Enfers.
Shura s'était tu et écoutait. Il était rare que ce Saga parle autant d'autre chose que de lui ou de ses plans.
La porte claqua. -Vulcain, s'il te plaît. Ne fais pas l'enfant. Saga arrêta le pas qu'il avait esquissé. L'enfant... ? -Tais toi Kalpila. Tais toi. Le ton de la voix de son maître effraya le futur Gémeaux. Il suintait d'une colère retenue. D'une colère bien pire que toutes celles que les jumeaux avaient pu essuyer. Saga aurait du s'en aller, mais sa curiosité comme son inquiétude avaient étés piquées au vif. A pas de loup, il s'approcha de la porte pour écouter. -Vulcain. On n'a pas besoin de ça maintenant. La situation est grave. Hélios... -Hélios ? Qu'est ce que tu sais sur Hélios, d'abord ?! Comment tu peux te permettre de dire ça sur lui ? Hélios ? Le Chevalier du Lion, le meilleur ami de son maître ? Qu'est ce qu'il y avait bien pu se passer avec lui.. ? -Tu semble oublier qui je suis, Chevalier des Gémeaux. La voix de Kalpila s'était brusquement faite plus froide, monstrueusement glaciale et autoritaire. Saga en eut un frisson. Même son maître ne répondit rien. «Mes visions ne se sont jamais trompées. A mes yeux, on a enlevé la lumière pour donner le don de voir l'avenir quand il doit être vu. Le fleuve d'Erèbe à refait son apparition. Et sans que quiconque l'ai remarqué avant, il a choisi Hélios comme point d'ancrage. -ça n'a pas de sens. -Tu n'essaye même pas de comprendre. Un bruit de chaise que l'on renversait. -Comprendre quoi, Kalpila ? Que Hélios est censé être celui qui ramènera le Chaos sur terre, lui, le plus puissant et le plus loyal de nous tous ?! Le sang de Saga se glaça. Qu'est ce que... -C'est précisément ce que tu ne comprends pas, oui, Vulcain ! Il n'est pas question de la loyauté d'Hélios, que personne ne pourrait contester, mais de forces qui nous dépasse, de la volonté des Dieux eux-mêmes ! Qu'est ce qu'il y a de si compliqué ? Je ne pensais pas que tu pouvais être aussi borné ! Que Kalpila se mette en colère et le montre, c'était rare. Assez rare pour trembler quand ça arrivait. Bizarrement, c'était beaucoup contre Vulcain que ces colères étaient dirigées. Il fallait dire que les Chevaliers des Gémeaux et de la Vierge ne s'entendaient que moyennement. -...Sors d'ici, Kalpila. -Vulcain... -VA T-EN ! Saga s'esquiva juste à temps pour que Kalpila puisse sortir sans le remarquer.
Saga, qui lisait un livre d'astrologie, sursauta, et eut juste le temps de voir son maître passer en trombe dans le couloir et aller s'enfermer dans sa chambre.
Il fut vite suivi par Kalpila de la Vierge, qui malgré l'air contrarié de son visage marchait d'un pas bien plus calme. Il toqua à la porte, puis rentra peu après.
Le jeune grec, le cœur encore battant, hésita un moment avant de se précipiter auprès de la porte fermée. Que se passait il ? Est ce que son maître allait mal ? S'était il disputé ? Ou blessé ?
Il mourrait d'envie de lui aussi entrer, mais il sentait que ce n'était pas la chose à faire. Il ferait mieux de se mêler de ses affaires, comme savait si bien lui dire Kanon quand il s'intéressait de trop près à ce qu'il faisait de son temps libre...
Encore tremblotant, il vit ce dernier sortir, apparemment fulminant.
Vulcain ne réapparut pas de la journée.
«On dit que le fleuve d'Erèbe transpercera le sol de la terre, se servant d'un humain comme réceptacle pour se déverser sur le monde entier, ouvrir un chemin pour que le Chaos revienne et rase l'univers pour le recommencer. Hélios du Lion était cet humain.
Sa déclaration avait glacé malgré lui Shura, et pourtant le Gémeaux partit immédiatement dans un fou rire sardonique.
« Recommencer ! Recommencer, toujours effacer et tout reprendre ! Les Dieux sont bien naïfs. Les choses ne vont pas comme ils le veulent ? Ils préfèrent la facilité, tout effacer et tout recommencer, parce qu'en réalité, ils sont impuissants ! Impuissants à rattraper l'erreur de leur flexibilité à l'égard de la Terre, impuissants à changer les choses. Les Dieux sont incapables de changer. Tout ce qu'ils peuvent faire c'est détruire et créer.
Il avait arrêté de caresser Shura pour tendre la main au ciel.
« Et là est le pouvoir de l'homme. Changer. Changer le physique, le palpable comme le spirituel, la pensée, le destin. Là est notre puissance Shura. Là est ma puissance. J'ai compris qu'il ne servait à rien de tout faire disparaître pour refaire par dessus, car les mêmes erreurs reviennent et rien n'évolue. Ce monde est au bord du précipice, les hommes sont pitoyables ! Mais il n'est pas trop tard pour les changer. Pour tous les asservir. La violence amène la violence. Jusqu'à ce que l'un des camps s'épuise et se lasse. La puissance... La puissance infinie que je suis capable d'acquérir et que j'aurais un jour ne se lassera jamais. Et à ce moment...
Il se pencha, changea sa position pour faire tomber Shura en dessous de lui et passer ses lèvres dans son cou.
« A ce moment, tous deviendront aussi beaux que toi. Des marionnettes douées d'une conscience qui me sera loyale à jamais, qui agiront toutes dans un seul et même but.
Il remonta pour murmurer doucement à l'oreille de Shura :
« La justice et la paix.
Puis le silence retomba. Il se releva, surplombant un Capricorne silencieux. Le sourire qui ornait son visage était presque franc. Presque chaleureux. Il était fou.
Mais sincère.
Shura ravala sa salive.
Ses yeux rouges lui donnaient un aspect étrange, mais avec ce sourire, sa chevelure tombant avec grâce sur le matelas autours de lui, son torse aux muscles saillants juste sous le nez...
Il était beau.
-Faut il vraiment que les gens souffrent à ce point... ?
Saga eut un rire léger. S'il avait été quelqu'un d'autre, il aurait presque pu être doux.
-Voyons, voyons, Shura. La liberté, le bien, tout ça, c'est bien beau, mais c'est fragile. Si on autorise les gens à avoir des avis divergents, ils se battront. Si on autorise à quelqu'un à nous contester, alors il renversera notre pouvoir. Peu importe combien d'entre nous seront prêts à croire en une utopie et à faire tous les sacrifices pour la réaliser, il y en a bien trop qui eux feront passer leur intérêt d'abord et détruiraient le peu que les autres ont réussi à créer. Au bout d'un moment, il faut établir une ligne de conduite et s'y tenir. Ceux qui s'y plieront vivront bien et longtemps. Ceux qui seront encore assez égoïstes pour se rebeller auront la vie courte et l'auront choisi. A ce moment là, ce ne sera ni de ma faute ni de la tienne si des têtes tombent.
Shura ne répondit pas. Il ne préférait pas mettre de mots sur d'éventuels autres doutes.
-Donc, tu n'es pas ce Erèbe.
Saga sembla un peu vexé qu'on interrompe ainsi son délire philosophique, mais se contenta d'hausser les épaules avec un sourire.
-Absolument pas. Je t'ai dit que c'était Hélios, son point d'ancrage. Et il est mort avant qu'il ne puisse réellement établir le lien.
Confus, Shura fronça les sourcils.
-Mais alors, pourquoi Phrixius...
Saga captura ses lèvres avant qu'il ne puisse continuer, le dévorant littéralement, pendant de longues minutes où il ne prenait que quelques pauses.
-Tu pose trop de questions, mon Shura...
-Je ne suis pas un étranger. Je suis toi. « Ce n'est pas encore le moment. Soit patient. Il regarda ses mains colorées, puis les ramena contre lui. Tout danger éloigné, l'autre se rapprocha à nouveau. -Le moment pour quoi ? -Tu le saura bien vite. Donne moi ton bras. Un sourcil haussé, le garçon obtempéra. Ne voulait il pas éviter tout contact ? Mais l'enfant noir ne le prit pas. Du bout du doigt, il se mit à dessiner un symbole sur son avant bras, un symbole purement noir, à l'air improvisé, fait d'arabesques délicates. Le garçon coloré ne protesta pas, curieux et amusé. -Qu'est ce que tu fais ? -Je te signe. Il retira son doigt pour regarder son dessin, puis s'éloigna d'un pas à nouveau. Le petit garçon regarda son bras. La marque était si noire que l'on aurait dit un trou. Il voulut même y mettre les doigts, persuadé qu'il pourrait rentrer dans son membre et atteindre cette dimension étrange qui exaltait la couleur noire sous sa forme la plus pure. Mais à nouveau, le garçon noir l'en empêcha. « Ne la touche pas. Tu va l'effacer. Aussitôt, il ôta sa main et se re concentra sur son étrange double. -Pourquoi tu as fait ça ? -Pour que tu puisse retrouver ton chemin jusqu'ici, la prochaine fois. La prochaine fois... C'était vrai qu'il n'était pas chez lui, tiens... Ses amis doivent s'inquiéter... -C'est vrai ? Je pourrai revenir ? Le garçon obscur acquiesça, et le coloré sourit si fort qu'il en brilla d'une lumière dorée, faisant reculer l'autre. -Bien sûr. Je suis toi. Nous sommes liés. Destinés à rester ensemble. -A être amis ? Silence. Le garçon noir avait tourné le dos et s'éloignait à petits pas. -D'une certaine manière, oui. Je n'ai pas d'amis. -Alors je pourrais être le premier ? Le garçon était redevenu une forme dénuée de sens, une sorte de spirale rageuse qui s'éleva loin, loin au ciel, s'étendant sans cesse en se rendant toujours plus fin, qui décolla comme un dragon et frappa brusquement le sol s'il y en avait un, le rasant et fonçant en avant, reprenant un aspect de fleuve rugissant silencieusement. -Avec moi, tu sera tout ce que tu veux. « Hélios ? » Entendre son nom le fit sursauter. Hélios. Son nom. Il avait oublié qu'il en avait un. Il tourna sa tête blonde pour en chercher l'origine. « Hélios ! Réponds moi, je t'en prie ! » -Vas. On t'appelle. Il est temps que tu revienne dans ton corps, que tu revienne à la vie. A plus... Hélios. Le jeune garçon ne put rien répondre, car une lumière blanche avait brusquement éclaté derrière lui, tendant des bras qui l'attrapèrent par tous les membres et le tirèrent en arrière, loin, loin du fleuve, loin de ce monde plongé dans le noir, où les habitants revenaient au fur et à mesure que le garçon coloré partait.
Fasciné, le petit garçon regardait son double obscur. Il tendit la main pour le toucher, mais l'autre recula doucement.
Les taches jaunes qu'il avait laissées furent soigneusement contournées par les herbes qui revinrent danser et murmurer une berceuse aux animaus qui timident, vinrent poser leurs museaux les uns contre les autres pour s'endormir, comme pour stimuler une nuit dans ce monde fait d'épaisses ombres et de poétiques ténèbres.
Il ouvrit les yeux en papillonnant. La couleur brusquement revenue du monde, et la lumière éclatante du soleil agressaient ses yeux habitués au noir, et son corps retrouvait des sensations qu'il avait oublié. Il respirait, il avait mal à la tête, et un goût étrange dans la bouche. Une boule au ventre... Une affreuse boule au ventre...
Il se redressa brusquement et se mit à vomir. L'eau sortait à grands bouillons de sa bouche, tandis que ses poumons se manifestaient et qu'il toussait sans pouvoir s'arrêter. Une main vint le soutenir en tapotant son dos.
Il lui fallut bien plusieurs minutes pour que sa crise se calme et qu'il puisse se retourner vers l'autre personne avec lui. C'était un garçon du même âge que lui. Les yeux verts sombres, du moins, l'oeil vert sombre car l'un des deux était couvert de bandages, et les cheveux courts mais épais et en bataille : noirs.
C'était étrange de voir du noir dans la lumière. Etrange de se rappeler que plus tôt, on aurait appelé ce noir pur, alors qu'il ne l'était pas du tout. Le noir du monde, le noir de son nouvel ami, lui était pur. Mais Hélios serait incapable de le décrire.
Il y avait des larmes dans l'oeil vert qui le fixait, et le garçon se jeta contre lui pour le serrer dans ses bras. Surpris, Hélios referma néanmoins ses bras sur le petit corps qui pleurait contre lui. Il se rappelait de son nom.
C'était son meilleur ami, Vulcain.
-Oh, Hélios ! J'ai.. J'ai eu si peur ! Tu es tombé dans le fleuve, je ne te voyais plus, tu avait coulé, j'ai cherché partout, partout, et si Electre ne m'en avait pas empêché j'aurais plongé ! Je suis si soulagé, j'ai cru que tu étais mort quand je t'ai finalement retrouvé...
En effet.
Hélios se souvint aussi qu'il était tombé à l'eau. Il jouait avec Vulcain, comme d'habitude, avait trébuché et était tombé alors qu'il ne savait pas très bien nager et que le courant était très fort. Il avait eu de la chance... Etait-ce ce petit garçon, son nouvel ami, qui l'avait sauvé ?
-ça va...ça va, je suis en vie...
Phrixius était mort.
C'était un constat simple que fit l'homme assis sur une chaise, à la fenêtre.
Mort... comme les autres.
Il ferma doucement ses yeux argentés et se leva péniblement. Ses jambes ne le soutiendraient bientôt plus du tout.
Infestées par cette marque qui avait redoublé de force ses dernières années, elles avaient peu à peu perdu en force, obligeant l'homme à d'ignobles efforts dès qu'il voulait bouger d'un coin de la pièce à un autre.
Ça ne lui ressemblerait pas de demander de l'aide, ça c'était une certitude. Il n'en demanderait aucune. Vivre seul. Avec cette douleur incessante. Si c'était là sa punition, il l'accepterait.
Il finit par atteindre le lit sur lequel il se laissa tomber. Afin de ménager ses jambes, il se traîna jusqu'à la commode pour en sortir un carnet.
Très épais, constitué à beaucoup de feuilles volantes, il l'ouvrit, fit passer les pages qu'il connaissait par cœur pour s'arrêter finalement, se fournir d'un crayon et écrire quelques lignes.
« Phrixius est mort aujourd'hui. Il a été tué. C'était quelqu'un de bien, même si cette marque avait aggravé ses sautes d'humeur. Quelque chose se trame au Sanctuaire. J'ignore quoi. Ma marque me brûle. Et je n'ai plus la force d'y faire quoi que ce soit. »
Puis il le referma et le rangea.
Il regarda la chaise, sans trouver le courage d'y retourner pour regarder à la fenêtre. Il s'allongea simplement, ses cheveux mi longs d'une très rare finesse entourant son visage pâle et fin comme une lame de couteau à la manière d'une auréole.
Il avait appris à ignorer la douleur que ses jambes lui apportaient quotidiennement. Il avait appris à se résigner et à s'autoriser à ne plus se poser de questions.
Oui. Cette douleur pouvait signifier qu'Erèbe avait refait surface. Mais était-ce vraiment le cas ? Il en doutait. L'histoire avait l'air infiniment plus complexe. Ou peut-être très simple. Mais en tout cas très différente.
Milan, ex-Chevalier d'Or du Verseau n'avait plus envie de se consacrer aux histoires complexes, aux histoires tout court.
Il savourait sa propre lâcheté, le goût doux-amer de la résignation dans cette maison perdue au fin fond des steppes de Russie comme on savoure une énième tasse de café au milieu d'une journée éprouvante.
Quel rôle pouvait il encore tenir à cette époque ? Pourquoi était il toujours en vie ? Qu'est ce que c'était, au fond, être en vie ? Etait-ce servir à quelque chose ? Ou était-ce simplement respirer, entendre son cœur battre à un rythme régulier, petit enfant encore lové dans la chaleur aimante du corps dont il est l'un des principaux moteurs ?
Prixius... Son nom lui revint à l'esprit, et Milan s'abandonna à la réminiscence.
Il se plaisait de plus en plus à se souvenir de ce qui l'avait mené là, à se souvenir des beaux jours de sa génération, de ce qui les avait brisé, quand ils s'étaient opposés à la volonté des Dieux, et avaient tué un futur réceptacle pour sauver l'espèce humaine d'une destruction certaine. C'était un affront terrible, à la fois d'un point de vue divin et d'un point de vue humain.
Ce n'était pas par masochisme, non. Loin de là. Il avait simplement appris au fil des années à apprécier à sa juste valeur un bon souvenir, à en tirer de la joie plutôt que de la nostalgie. Vaine était la jalousie ! Milan avait été longtemps jaloux, prisonnier de ce sentiment dévorant et de sa retenue légendaire, et où cela l'avait il mené ? Maintenant les deux personnes concernées reposaient en paix, mortes il y a bien longtemps, sans que rien ne change : une perte de temps de la plus grande et la plus savoureuse inutilité.
Mais il était doux de se souvenir de la jalousie. Car elle faisait partie de ces beaux jours.
La prophétie de Kalpila les avait tous plongés dans la confusion la plus totale, même lui, désigné comme le plus intelligent et le plus posé de tous. Son verdict avait été encore pire.
-La seule manière de s'en débarrasser... Kalpila hésita. Lui qui était si franc, d'habitude, se retrouvait sans voix. Hélios, qui était resté silencieux, se manifesta à ce moment. Il releva ses yeux bruns sur l'assemblée. -Il faut que je meure, hein ?
Ah, Hélios. Quelle ironie de constater que parmis tous, il était celui qui avait le mieux prit la nouvelle. C'était indéniablement un Chevalier exceptionnel.
Le silence se fit. Kalpila n'eut apparemment pas la force d'élever la voix. Alors il acquiesça. -Non. La voix de Vulcain s'était élevée, semblable à un coup de tonnerre.
Et Vulcain, son meilleur ami. Bien peu perspicaces étaient ceux qui voyaient le Gémeaux comme un être sans cœur et asocial. C'était quelqu'un d'extrêmement loyal, surtout avec ses amis. Qu'il soit taciturne ne l'empêchait pas de s'attacher aux gens.
-C'est ridicule. Milan tourna son regard vers Vulcain. Sûrement aurait il du tenter de le raisonner, mais lui même ne savait pas quoi penser. Hélios... devait mourir ? Pour une prophétie ? Le meilleur d'entre eux devait... mourir, comme un chien ?
Personne ne dit rien. Vuclain, comme Kalpila, étaient seuls en ce moment même. Abandonnés de leur compagnons incapables de prendre parti. -Je suis désolé. Répondit simplement la Vierge, incapable de dire quoi que ce soit d'autre. Ses boucles d'oreilles tintèrent quand il détourna le visage. -J'espère que tu l'es ! J'espère que tu es désolé d'avoir dit quelque chose d'aussi- -Arrête. Hélios s'était approché, et avait posé sa main sur l'épaule de Vulcain. Aucun des deux n'était très tactile, et pourtant, en ce moment, la chaleur qui émanait des gestes du Lion était plus touchante que tout autre discours. Vulcain releva le visage vers lui. -Arrête quoi ? Tu va le laisser dire ça ? -Oui. Sa réponse cloua définitivement Vulcain sur place. Il n'avait rien à répondre. Hélios ferma les yeux un instant, puis se tourna vers Kalpila. « Combien de temps ? La Vierge le regarda à travers ses paupières closes, longuement. -Quatre ans. Grand maximum.
Kalpila de la Vierge. Il s'était toujours attiré beaucoup de foudres. Il disait toujours la vérité quelle qu'elle soit, prenait la place de la raison, était souvent sans pitié et sans appel. Milan était aussi quelqu'un de franc. Mais quelqu'un qui n'aimait pas parler, et qui savait doser. Quelqu'un qui s'était fait une place confortable dans la Chevalerie, un peu à l'écart, à l'abri des tensions. Il n'y avait bien eu qu'Astral du Scorpion pour l'en tirer dès qu'il en avait l'occasion, cet imbécile qu'il ne pouvait pas supporter. Kalpila, lui, s'isolait car son statut l'en obligeait. Né aveugle, mais avec la faculté de voir l'avenir quand cela était nécessaire. Ses visions ne trompaient pas. A moins que quelque chose soit fait pour l'en empêcher, l'avenir que voyait Kalpila se réalisait toujours. Et il avait beau être silencieux, chacun savait quel poids c'était pour lui. Milan, surtout, savait que Kalpila s'était volontairement mis à une place où l'amitié, la gentillesse, n'avaient plus leur place. D'une certaine manière, il était le leader de la génération, pressenti pour être Grand Pope. En entretenant son antipathie, il entretenait le respect qu'on lui devait.
Le Gémeaux leva la tête à nouveau. Mais ce ne fut pas avec colère qu'il éleva la voix, cette fois. -C'est amplement suffisant. Silence. Que Victoria du Cancer brisa. -...Pardon ? Vulcain s'avança au milieu de l'assemblée et regarda chacun dans les yeux. -Laissez moi ces quatre ans. Je vais faire des recherches. Je vais tout faire pour empêcher ça. -Vulcain, ce n'est pas... Le grec jeta un regard noir à l'africain qui ne put que se taire. -Quatre ans. Je vous promet qu'avant qu'ils ne soient écoulés, j'aurais trouvé une solution pour nous débarrasser de cette menace sans qu'Hélios ai à mourir. Puis il se retourna vers son meilleur ami, lui adressant un regard déterminé qui valait bien plus qu'un sourire. « Je te le promet, Hélios. Je te sauverai. Hélios ouvrit des yeux surpris, puis sourit. Largement. Et rien n'était plus solaire que le sourire du Chevalier d'Or du Lion. -Je n'en doute pas.
Milan rouvrit les yeux.
Il n'y avait rien de plus beau qu'une promesse.
Rien de plus sincère qu'une promesse.
Rien de plus inutile. Rien de plus cruel.
Vulcain n'avait pas tenu sa promesse. Pendant quatre ans, tandis que chacun s'était isolé pour se consacrer à l'entraînement d'un apprenti, même Hélios avec le petit Aiolia, cultivant de plus belle le poids de cette terrible affaire, pendant quatre ans Vulcain s'était coupé de tout, s'était enfermé dans sa maison de plus en plus souvent pour trouver une solution. En vain.
Tout cela était vain.
Car les quatre ans étaient passés. Kalpila avait sonné l'alarme quand il avait senti que le cosmos d'Hélios atteignait bientôt le point de non retour.
Vulcain n'avait rien trouvé.
Sa promesse était morte en même temps que le Lion. En même temps que leur génération.
Futile.
Tous les bons moments, les souvenirs, les batailles, les rires et les pleurs, les promesses et les beaux discours, pour en arriver là.
Vain. Inutile. Futile.
Mais si doux à se souvenir...
