Disclamer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada.

Béta-lecture : Scorpio-no Caro. Un grand merci à toi, tes conseils me sont précieux ! Et je sais que ça prend du temps.

Manganiark : Merci comme toujours et ravie que ce chapitre m'est donné droit au bisou ! Voici le suite, j'espère qu'il sera à ton goût ! Merci encore de ton soutien ! Et gros bisous !

Shiryu : Merci, voici la suite et la réponse à ta question ! Merci de ta fidélité ! Bisous et bonne semaine.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 12

Et la vie reprit au Sanctuaire. Trois jours plus tard, Saori repartait pour un bref séjour au Japon, accompagnée de ses cinq chevaliers divins qui avaient fait part de leur décision au Grand Pope.

Dans les temples où ils séjournaient, le vide se fit vite ressentir. Chacun mesurait à quel point ils étaient attachés à leurs jeunes compagnons.

Le Grand Pope avait accordé une semaine de repos aux trois chevaliers qui avaient subi un retour dans le passé.

Angelo et Saga assistaient donc aux entraînements mais sans y participer. Aphrodite, lui, ne s'y était pas montré. D'ailleurs à part le Cancer et la Balance, il ne recevait personne, faisait de grande ballade en solitaire mais semblait se remettre petit à petit pour le plus grand bonheur de l'aîné des Gémeau que Dohko tenait journellement informé de son état.

Les liens qui unissaient Mu à Angelo s'étaient encore consolidés et c'est accompagné de celui-ci que le Cancer s'était rendu au cimetière du village déposé une gerbe de fleur sur la tombe de Yann.

Kanon, lui, ne quittait guère son frère, le soutenant du mieux qu'il le pouvait. Il le consolait lors de ses crises de larmes ou de ses nombreux cauchemars qui avaient repris depuis cette expérience. Saga le quittait pourtant chaque après-midi pour un moment de solitude sur la plage, à l'endroit même où quelques mois plus tôt, il avait avoué son amour à Aphrodite.

Dohko et Shion se retrouvaient dans le bureau de ce dernier tous les après-midi, travaillant sur le projet que leur avait demandé Saori et qui dans l'immédiat était encore tenu secret.

La veille de la reprise de l'entraînement pour lui et ses deux compagnons, Saga se trouvait comme chaque après-midi sur la plage, ses longs cheveux volants au vent et ses yeux embués de larmes quand il sentit une présence. Pensant avoir à faire à son frère, il se tourna vers lui sans prendre la peine d'essuyer ses yeux. Son geste se figea et son cœur se mit à battre violement en reconnaissant Aphrodite.

Pour la première fois depuis ce regard échangé au palais, leurs yeux se rencontrèrent. Ils ne dirent pas un mot, puis le Poisson vint s'asseoir à ses côtes et reporta son regard sur la mer. Saga fit de même sans oser parler. Il était venu. Il était là, tout près de lui. Un geste et il pourrait le toucher mais il ne bougea pas. Juste de temps en temps, il lui jetait un regard comme s'il voulait s'assurer qu'il ne rêvait pas.

Ensemble et sans un mot, ils admirèrent le coucher de soleil sur la mer.

Kanon, inquiet pour son frère arriva et les vit. Un léger sourire éclaira son visage et il repartit vers son temple, discrètement, comme il était venu.

Tout aussi silencieusement, Aphrodite se releva dans un geste gracieux et reprit le chemin de son temple suivit des yeux par Saga qui n'osait toujours pas bouger. Avant de disparaître au détour du chemin, le Poisson se tourna vers lui et lui adressa un petit sourire désolé avant de reprendre sa route.

Au bout d'un long moment Saga prit à son tour le chemin de son temple se disant que finalement tout n'est peut-être pas perdu. Un léger espoir venait de se poser sur son cœur meurtri.

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Aphrodite regagna son temple lentement, pensant à Saga… Longtemps il l'avait cru responsable de la mort de Yann, alors qu'en fait il avait dû faire face à un choix des plus cruels. Il aurait dû se douter que celui qu'il aimait était incapable de faire une telle chose. Mais la perte de Yann, l'attaque tout de suite derrière des chevaliers de bronze et leur mort à tous les deux avait faussé son jugement… Puis la guerre contre Hadès et enfin leur nouvelle chance… Il aurait dû accepter d'en parler avec lui… Il savait qu'il en souffrait. Mais la vérité lui faisait peur, alors il avait préféré éviter le sujet, s'enfonçant sans s'en rendre compte. Mais les plongeant, lui et son compagnon, davantage dans la souffrance.

- Arrête donc de te triturer la tête ! l'interrompit la voix d'Angelo.
- Tu vas me suivre longtemps ? demanda le Poisson continuant sa route.
- Jusqu'à que tu te décides à aller de l'avant.
- J'espère que Mu n'est pas trop jaloux, fit-il, ironique.
- Non, il ne l'est pas, répondit la voix de l'atlante, faisant se retourner Aphrodite surpris. Du moins pas pour ça, rajouta-t-il en regardant son amant.
- Je dois vous pourrir la vie, non ? s'excusa alors le gardien du douzième temple.

Mu s'approcha de lui et l'entoura d'un bras protecteur :

- Non, tu ne nous pourris pas la vie. En fait comme on s'ennuyait un peu, on s'est dit que ce serait bien d'aller taquiner un ami et après tirage au sort c'est tombé sur toi ! expliqua ce dernier malicieusement.
- T'es pas drôle tu sais, lui dit Aphrodite en souriant malgré tout. Je vous invite pour me faire pardonner ?
- Ça marche, dit Angelo, ravi.

Le Bélier n'avait pas son pareil pour faire parler les gens et il ne doutait guère que d'ici la fin de la soirée, ils comprendraient ce qui empêchait leur ami d'être enfin heureux.

Ooo000ooO

Le lendemain, les trois convalescents reprenaient l'entraînement sous l'œil attentif du Grand Pope qui profita de la présence de tous pour annoncer le retour de Saori et de ses chevaliers divins pour le lendemain. Des sourires s'élargirent sur certains visages et après deux heures de travail, Shion déclara la fin de la séance.

Aphrodite s'approcha alors des deux Gémeaux :

- Saga ?
- Oui ? lui répondit celui-ci le cœur battant.
- Tu voudrais venir avec moi cet après-midi ?
- Où ? intervint Kanon.

Mais d'un geste Saga lui fit signe de se taire, sachant déjà où voulait l'emmener le Poisson, vers leur guérison, enfin…

- Tout ce que tu veux, dit-il simplement.

Un sourire illumina le visage d'Aphrodite :

- On se retrouve vers quatorze heures à l'entrée du Sanctuaire, finit-il avant de reprendre le chemin de son temple, apercevant au passage les visages ravis de ses deux invités de la veille.
- Saga, tu es sûr là ? demanda, inquiet, son frère.
- Oui, sûr et certain.

Kanon suivit néanmoins son aîné à l'entrée du Sanctuaire à l'heure dite où l'attendait déjà le Poisson chargé d'un bouquet de roses blanches. Il était fermement décidé à s'assurer que tout irait bien pour son jumeau. Il vit les deux chevaliers se sourire et prendre côte à côte le chemin du village. Mais au moment où il s'apprêtait à faire de même, une main se posa sur son épaule :

- Tu ne devrais pas Kanon.

Il se retourna pour faire face à Dohko qui regardait partir le couple :

- Pourquoi ?
- Parce qu'ils ont besoins d'être seuls pour affronter leur pire fantôme et que je peux t'assurer qu'il ne leur arrivera rien.

Kanon reporta son regard vers le couple qui s'éloignait, hésitant encore sur la conduite à tenir.

- Comment en être sûr ?
- Leurs deux cosmos sont sereins et déterminés. Ils veulent se construire un nouvel avenir sur les ruines de leur passé. Tout comme tu l'as décidé quand Shun est venu à toi. Laisse-leur une chance, finit Dohko avant de faire demi-tour.

Kanon hésita longtemps, mais finalement, alors que le couple disparaissait à sa vue, il s'en retourna lentement vers son temple.

Ooo000ooO

Ils marchèrent en silence pendant tout le trajet qui les mena au cimetière, jusque devant la tombe de Yann où un peu plus d'une semaine plus tôt, Aphrodite s'était ouvert les veines.

Là, le Poisson déposa son bouquet de roses blanches sur la pierre et prit Saga par la main :

- Es-tu déjà venu ici depuis ?
- Non, je n'ai jamais eut le courage de le faire, lui avoua le Gémeau. Et puis j'avais toujours pensé y aller avec toi…

Ils restèrent silencieux, se recueillant devant la pierre blanche. Puis Aphrodite se tourna vers son compagnon :

- Pardonne-moi, je t'en ai voulu d'une chose dont tu n'étais pas responsable…

Saga ouvrit la bouche mais le Poisson posa un doigt sur celle-ci :

- Laisse-moi finir… Je t'ai fait souffrir encore plus en t'obligeant à revivre ces scènes. Mais cela a eu au moins le mérite de me faire découvrir que Raphaël était le véritable responsable de tout ceci. Je sais que j'aurais dû accepter d'en parler avec toi et je m'en veux de ne pas y être arrivé… J'aurais dû savoir, mais j'étais aveuglé par le chagrin…

Doucement il se rapprocha encore alors que sa main quittait ses lèvres pour se poser sur sa joue. Avec une infinie tendresse, il essuya les larmes qui coulaient des yeux du Gémeau qui ne cherchait pas à les retenir :

- Aphro, je ne sais pas qui à le plus à pardonner à qui. Je voudrais juste qu'on puisse à nouveau être heureux.

Sa voix était brisée par l'émotion, il savait qu'il jouait son destin, qu'il le remettait entre ses mains mais il continua après un instant de silence :

- Je t'aime au-delà de ce que je pourrais dire. Sans toi, jamais je n'aurais eu la force de résister à Arlès… Mais je ne peux effacer ce qu'il t'a fait subir. La seule chose que je puisse faire c'est essayer de te donner tout ce que j'ai toujours voulu t'offrir…

Les yeux du Poisson s'étaient également remplis de larmes. Larmes qu'il n'avait pas encore versées. Larmes pour l'ami de toujours qui reposait à jamais dans ce cimetière. Larmes pour enfin tourner cette douloureuse page de leur vie.

Le regard océan se perdit dans les turquoises du Poisson qui rapprocha son visage pour déposer ses lèvres sur les siennes et ils se retrouvèrent enfin. Devant celui qui les avait bien involontairement séparé et qui pouvait désormais reposer en paix.

Leurs lèvres s'unirent sous une pluie de pétales de roses sans qu'ils s'en rendent compte. De la tombe de Yann, les fleurs s'effeuillaient pour se déposer en douceur sur les deux êtres qui, timidement, unissaient leurs souffles pour enterrer à jamais le fantôme qui les avaient tant fait souffrir.

Ils restèrent longtemps enlacés, bien après avoir rompu leur baiser, perdant toute notion de temps ou de réalité, savourant simplement une présence qui leur avait tant manquée. Quand enfin, ils refirent surface, toutes les roses avaient égrené leurs pétales et ils étaient entourés et en partie couverts de ce doux tapis. Aphrodite en cueillit un sur les épaules de Saga avant de se retourner vers la tombe de son ami :

- Mais que s'est-il passé ? s'étonna-t-il en s'approchant des roses qui n'avaient plus que leurs tiges et en les examinant :
- je crois que Yann vient de nous donner sa bénédiction, à sa façon, répondit Saga en posant sa main sur la tombe du jeune homme.

Le Poisson regarda tour à tour le Gémeau qui souriait à la photo du jeune garçon posée sur la pierre claire et fit jaillir une nouvelle rose blanche dans sa main :

- Celle-là, tu la gardes, dit-il en la posant à la place du bouquet effeuillé qu'il ramassa pour le jeter.

Les deux chevaliers reprirent ensuite lentement le chemin du village, main dans la main.

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Pendant ce temps au Japon, résidence Kido

Shun arpentait les longs couloirs du manoir, ouvrant toutes les portes se trouvant sur son chemin. Hyoga apparut à l'autre bout du long corridor :

- Alors ? lui demanda anxieusement son ami.
- Rien au rez-de-chaussée, lui répondit-il. Shiryu fouille le deuxième étage et Ikki le jardin.
- Mais où peut-il bien être ?
- Il est bizarre depuis qu'on est revenu.

Shiryu et Ikki les rejoignirent dans le salon :

- Alors rien ? demanda le Phoenix.
- Il se passe quelque chose, mais quoi ? grommela le Dragon.

Ils se séparèrent pour fouiller les endroits où Seiya avait l'habitude d'aller, se donnant rendez-vous un peu plus tard. Ce fut finalement Shun qui retrouva Pégase sur la plage derrière l'orphelinat où ils avaient tous grandis :

- Seiya ! On te cherche partout !
- Désolé, j'avais besoin d'un peu de solitude, répondit Pégase sans bouger.

Shun s'approcha doucement :

- Que se passe-t-il ?
- Je ne peux pas retourner au Sanctuaire, Shun.
- Mais…
- Je ne peux pas, je suis désolé, l'interrompit son frère en tournant enfin vers lui un visage baigné de larmes.
- Seiya ! s'écria Shun en se précipitant sur lui.

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Dans la soirée au Sanctuaire

Aphrodite et Saga avait longuement traîné en ville avant de se décider à revenir vers le temple des Gémeaux où Kanon commençait à s'impatienter et à s'inquiéter :

- Enfin ! s'écria-t-il en les voyant pénétrer dans le troisième temple qu'il arpentait en tout sens depuis plus d'une heure. Aphrodite lâcha la main de Saga pour étreindre le cadet des Gémeau qui resta sans voix devant cette réaction :
- Kanon, je te présente mes excuses, dit le Poisson en le relâchant.
- Tes excuses, mais pourquoi ?
- Pour avoir gâché le temps que tu avais avec Shun. Je sais que tu tiens beaucoup à lui, et puis pour t'avoir obligé à revivre des moments pénibles pour toi…

Légèrement décontenancé par ces excuses, Kanon ne savait plus trop quoi dire au Poisson qui semblait sincèrement désolé :

- Tu sais, il n'est pas le plus à plaindre, intervint Saga.
- Mais j'ai quand même ravivé de mauvais souvenirs pour beaucoup d'entre nous et je m'en excuserai auprès des autres aussi, dit Aphrodite qui se tourna de nouveau vers son beau-frère :
- Merci d'avoir veillé sur Saga pendant ce temps, ajouta-t-il.
- C'est normal, c'est mon frère, dit Kanon retrouvant l'usage de la parole. Allez venez manger, ça ne vaut sûrement pas un de tes repas Aphro, mais j'ai fait de mon mieux, bougonna-t-il en se dirigeant vers l'entrée de leur appartement, signifiant par ce geste que tout était dit à ce sujet.
- Nous te suivons, dit Saga en enlaçant son Poisson avec qui il échangea un regard attendri avant de le suivre. Ils savaient tous les deux que le cadet des Gémeau ne reconnaîtrait jamais être ému par le geste d'Aphrodite mais qu'il n'en pensait pas moins.

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Au palais

Shion raccrocha son téléphone alors que Dohko qu'il avait appelé mentalement, entrait dans son bureau :

- Que se passe-t-il ? demanda l'arrivant devant la mine sombre de son amant.
- Seiya refuse de revenir au Sanctuaire !

La Balance resta silencieux un instant :

- Qui t'as prévenu ?
- L'intendant du manoir vient de m'appeler pour me dire que Pégase était malade et que Saori devait reporter son voyage ici, expliqua Shion.
- Et qu'est-ce qui te fait dire qu'il refuse de revenir ici ?
- Son cosmos. Je l'ai sentit vacillé dans la journée. Dohko, il se passe quelque chose là-bas !
- Essaies d'appeler Shiryu.
- J'ai déjà fait cette demande à l'intendant. Il n'est pas au manoir pour l'instant mais il va lui transmettre la commission. Je suis inquiet, Pégase est celui qui a été le plus ébranlé par notre retour dans le passé.
- Il a combattu Saga alors qu'il était sous l'emprise d'Arlès, c'est un peu logique non ?
- Oui, ça plus tout ce qu'ils ont enduré depuis deux ans… Si seulement j'avais vu clair ! s'écria Shion en envoyant valser une bonne partie des documents sur son bureau et en se levant.

Dohko vint le rejoindre et l'enlaça :

- Calme-toi… Personne n'a rien vu et comme tu l'as si bien dis à Aphrodite, on ne peut pas changer le passé. Attendons l'appel de Shiryu et on verra ce qu'il convient de faire à ce moment.

Shion se laissa aller dans les bras de la Balance. Le calme de Dohko avait un effet apaisant sur lui. Il s'en voulait tellement de ne pas avoir vu ce qui se passait et puis, il devait le reconnaître, contre toute attente, il ressentait un grand vide en lui :

- Tu sais, il me manque ton Petit Dragon, dit-il au bout d'un moment.
- Ce n'est pas mon Dragon. Je crois qu'il t'appartient autant qu'à moi tout comme nous lui appartenons tous les deux. Et à moi aussi il me manque… répondit-il en resserrant son étreinte autour du Grand Pope.

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Au temple des Gémeaux, le repas s'était déroulé dans une bonne ambiance et la soirée s'achevait pour nos trois chevaliers devant un café :

- Shun revient demain ? demanda Saga à son frère.
- C'est ce qu'a dit Shion ce matin, mais je suis un peu inquiet…
- Pourquoi ?
- Il devait me téléphoner et je n'ai pas de nouvelle.
- Nous allons remonter chez Aphro, ça va aller ?
- Oui, ne vous inquiétez pas. Quoi qu'il se passe là-bas, il m'avertira bientôt.

Ils se séparèrent sur ces paroles et les deux amants remontèrent lentement les marches vers le douzième temple. Heureusement la soirée bien avancée leur évita de croiser d'autres chevaliers.

Ils pénétrèrent dans le temple des Poissons où Saga s'arrêta. Aphrodite se retourna vers lui, surpris, et lui lança un regard interrogatif :

- Pourquoi tu t'arrêtes ?
- Je peux te laisser ici… On n'est pas obligés d'aller plus loin si vite, répondit Saga, hésitant.

Le Poisson s'approcha de lui et l'enlaça tendrement. Leurs deux corps s'imbriquèrent puis se fondirent l'un dans l'autre. En cet instant et dans ce temple où ils s'étaient tant de fois aimés, ils achevèrent le chemin qui le ramenait l'un vers l'autre :

- J'ai besoin de toi, murmura Aphrodite à son oreille. Maintenant plus que jamais…

Saga gémit en resserrant son étreinte autour de lui :

- Je t'ai déjà fait tant de mal, comment peux-tu encore me faire confiance ?
- Je j'aime Saga. Je t'ai toujours aimé et je m'en veux d'avoir douté de toi. Alors aime-moi. Pardonne-moi…
- Aphro… gémit le Gémeaux en prenant possession des lèvres offertes de son amant.

Leurs gémissements s'étouffèrent dans leurs souffles qui se mêlèrent une énième fois. Mais pour eux ce fut comme si c'était la première. Le temps n'existait plus. Passé, présent se fondirent l'un dans l'autre, libérant leurs deux âmes torturées pour qu'elles puissent enfin s'unir dans leur entier, sans plus aucune part d'ombre, sans aucun fantôme les séparant.

L'onde de chaleur qui les traversa alors les embrasa comme jamais, faisant naître dans leurs reins un violent désir. Chaque parcelle de leurs corps semblait vibrer au rythme des mains qui s'étaient activées instinctivement, caressant frénétiquement, presque sauvagement le corps de l'autre à travers la fine barrière de leurs vêtements.

Ils étaient toujours dans le hall du temple mais n'en avaient cure. Ils devaient s'aimer. Ici et maintenant. C'était vital pour eux, plus que tout, ils devaient terminer ces retrouvailles et leurs corps en réclamaient l'achèvement par ce besoin irrationnel qui les avait saisi et qu'ils devaient assouvir…

Fébrilement, Saga rompit le baiser enflammé et renversa la tête du Poisson pour plonger ses lèvres dans son cou. Ses mains avaient déjà commencées à déboutonner sa chemise et se glissaient avec ferveur sur la peau pâle. Presque brutalement il l'adossa à une colonne du temple à laquelle Aphrodite s'appuya pour maintenir le fragile équilibre de son corps submergé par les enivrantes sensations que le Gémeau faisait naître en lui.

Pour la première fois depuis que Saga était redevenu lui-même, il se laissa totalement envahir par l'ardeur que déployait le Gémeau. Son corps bouillait sous ses caresses, son torse dénudé frémissait sous les sillons de feu que ses lèvres traçaient avec un acharnement presque sauvage. Il ployait sous l'ampleur de ce qui le dévastait et un désir violent le ravageait. Il voulait cette fièvre en lui. Il voulait le sentir le posséder comme il ne l'avait jamais fait. Il voulait renaître enfin à la vie sous le feu qui dévorait son amant, son unique amour.

Le temple tout entier semblait s'être embrasé sous la fièvre qui faisait vibrer leurs corps à l'unisson. L'écho leur renvoyait de colonne en colonne leurs gémissements lascifs, leurs cris rauques et brûlants, décuplant à l'infini chaque son que leurs gorges laissaient échapper.

Leurs derniers vêtements vinrent s'éparpiller sur le marbre froid, mais ils ne s'appartenaient déjà plus. Ils s'appartenaient l'un l'autre, ne faisant qu'un, unis dans un même désir de chasser à jamais leurs doutes et leurs souffrances. Saga se laissa glisser à genoux pour venir s'emparer du membre douloureux de son amant entre ses lèvres, qui poussa un feulement de contentement et planta ses ongles dans ses épaules :

- Sagaa…. gémit-il

Son bassin se mit à bouger pour venir à la rencontre de cette bouche gourmande, si apaisante, et accélérer le rythme. Sa respiration se fit haletante et son corps s'arqua dans un ultime cri alors que la plénitude d'une première délivrance l'envahissait. Les jambes coupées par le violent orgasme, il se laissa à son tour glisser à terre, maintenu fermement par son amant.

Alors qu'il rouvrait les yeux, Aphrodite croisa son regard, enfiévré par le désir brûlant que son corps n'avait pas encore assouvi. Les yeux océans se perdaient dans les turquoises si pures du Poisson.

D'un geste tendre et maladroit, la main de Saga caressa les boucles que la transpiration avait collée à son visage, remettant un semblant d'ordre la chevelure rebelle que son amant savait si bien discipliner. Il lui devait tout, ce visage angélique, ce corps androgyne que son double maléfique avait abusé au-delà de la souffrance qu'un homme, même chevalier de son état, pouvait endurer, le brisant encore et encore… Mais qui avait maintenu au fond de lui, après le départ de son frère, sa volonté de résister et ne pas sombrer totalement, ne pas permettre l'irrémédiable… Et cet amour inconditionnel du Poisson qui avait peu à peu ramené un semblant de vie dans le cœur blessé du chevalier ressuscité par les dieux. Il lui devait tout et pour le lui prouver ce soir, il devait mourir dans ses bras.

Aphrodite l'allongea à terre. Il se laissa glisser sur le marbre froid, confiant. Leurs regards ne se lâchaient pas. Les mains du Poisson se mirent en mouvement, douces et fraîches, apaisantes et enivrantes, impatientes et brûlantes. Ses lèvres rejoignirent ses mains, effleurant la bouche en premier, puis descendant dans son cou, sur son épaule, sur son torse… Il ferma les yeux, laissa le feu qui le dévorait attiser son violent désir. Il subissait et ce n'état que justice d'être à sa merci, et il en était incroyablement heureux.

Ses gémissements et ses râles emplirent le temple alors que le Poisson affolait tous ses sens, son corps se tordait et n'était plus qu'un immense brasier entre les mains de l'homme à qui il voulait vouer tout son être. Il repoussait ses limites encore et encore, subissant avec un mélange de crainte et de plaisir les tortures de son amant, de l'amour de sa vie. Mais il était loin de s'attendre à ce qu'il lui réservait encore.

Il le sentit bouger au-dessus de lui mais n'ouvrit pas les yeux, une parcelle de lui voulait reprendre le contrôle mais il la combattit de toutes ses forces. Ce soir c'est lui qui menait la danse. Leur danse, et quelle danse…

Il était temps pour Aphrodite de mettre enfin un terme à l'attente de son corps fébrile. Il avait un besoin sauvage de sentir le brasier qui dévorait son amant et qui avait ravivé son propre désir, le consumer à son tour. D'un geste souple et habile, il se plaça au-dessus de lui et s'empala d'un seul coup sur le sexe tendu en hurlant de douleur.

Celui de Saga, surpris par son geste, rejoignit le sien alors que son souffle se coupait sous le choc violent tout comme celui de son amant qui cherchait désespérément à aspirer un peu d'air.

Leurs corps, un instant immobiles, venaient de mourir l'un dans l'autre. La souffrance les brisa avant que le plaisir ne les fasse renaître. Ils se mirent en mouvement et son amant reprit sa danse, Saga se redressa pour attraper ses hanches, s'y accrocher, alors que ses lèvres happaient la peau douce qui passait à sa portée. Aphrodite saisit ses épaules et s'y agrippa, plantant encore une fois ses ongles dans la chair déjà martyrisée du Gémeau alors que sa tête se rejetait en arrière et que les sensations se répandaient à travers leurs deux corps unis.

Leurs mouvements s'amplifièrent encore, poussant leur résistance à leur extrême limite, dans la danse éternelle des corps qui s'unissent et qui est, à chaque étreinte unique et magique.

Le feu les brûlait intérieurement. Un même feu qui passait d'un corps à l'autre, les liant bien au-delà de tout ce qu'ils avaient partagé. Ils n'étaient plus deux mais un, fondu en un seul être, leurs esprits ou leurs cosmos faisant le reste. Peu leur importait d'ailleurs, simplement, de deux entités distinctes, ils venaient de n'en faire qu'une seule. Tous leurs vécus se mêla, se mélangea, les souffrances d'Aphrodite devinrent celles de Saga et vice-versa, enfin ils partageaient tout.

La main de Saga glissa jusqu'au sexe de son autre moi, qu'il devinait impatient. Leurs mouvements s'intensifièrent encore. Leurs râles ne devinrent qu'un alors que l'onde dévastatrice les foudroyait, encore et encore, poussant à son paroxysme leur plaisir jusqu'à, dans un dernier sursaut, leur insuffler enfin leurs délivrances dans un ultime cri.

Ils retombèrent lourdement sur le sol de marbre, accroché l'un à l'autre, ne réalisant pas encore qu'ils venaient de naître à nouveau.

Combien de temps s'écoula-t-il avant qu'ils ne reprennent enfin peu à peu leurs esprits. Ils ne le surent jamais, mais un fou rire les secoua brutalement quand ils se rendirent compte de l'endroit où ils étaient et que n'importe qui aurait pu les voir, avant qu'ils ne réalisent soudain qu'un écran de cosmos doré protégeait toute intrusion dans le temple des Poissons :

- Qui ? demanda Aphrodite en essayant de deviner lequel de ses pairs avait protégé ainsi leurs retrouvailles.
- Kanon, dit Saga. C'est Kanon, je reconnais son aura.

Ce qui expliquait que ni l'un ni l'autre n'ait pu la sentir avant. Elle était presque semblable à celle de son frère.

Ils se relevèrent lentement, groggy et chancelants. Ils pouvaient se séparer maintenant. Ils savaient qu'ils ne seraient plus jamais seuls, que l'autre serait toujours là. Ils ramassèrent leurs vêtements, rentrant enfin dans l'appartement du Poisson.

Quelques temples plus bas, Kanon laissa retomber son cosmos pour plonger dans les bras de Morphée qui ressemblait pour lui étrangement à un certain chevalier d'Athéna aux cheveux verts.

Si quelqu'un avait regardé le ciel cette nuit-là, il aurait été surpris par trois constellations qui brillaient intensément dont une plus encore que les deux autres. Celle des Gémeaux réunie enfin après toutes ces épreuves accompagnée maintenant de celle des Poissons et de celle d'Andromède, toutes deux semblant veiller à ce qu'elle ne s'éteigne plus jamais.

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Palais, bureau du Grand Pope

Ce n'est que vers minuit que le téléphone sonna enfin, faisant sursauter Shion et Dohko, à moitié assoupis, dans les bras l'un de l'autre. Le premier se jeta sur son téléphone :

- Allo !
- Shion, c'est Shiryu !

Le Grand Pope prit le temps de mettre le haut-parleur avant de répondre :

- Shiryu, ça fait des heures qu'on attend !
- On ? Dohko est là aussi ?
- Oui, je suis là, répondit la Balance.
- Désolé, mais je viens seulement de revenir au manoir, c'était un peu la bousculade ici…
- Que se passe-t-il exactement avec Seiya ?
- Il est tétanisé à l'idée de revenir au Sanctuaire.
- Tu sais pourquoi ?
- Non, il s'est muré dans le silence.

Shion et Dohko échangèrent un regard :

- Où sont les autres ?
- Saori, Ikki, Shun et Hyoga ont pris l'avion, ils seront en Grèce demain en fin de matinée pour vous.
- Tu es seul avec Pégase ? demanda Dohko.
- Oui, il fallait que quelqu'un reste avec lui.
- As-tu la moindre idée de ce que tu vas faire ? s'informa Shion à son tour.
- Oui et non. J'ai une vague idée, mais laissez-moi un peu de temps…
- Shiryu, quelle est ton idée ?
- Il lui faut de l'aide, autre que la notre, on a déjà essayé et ça n'a pas marché.
- Et ?
- Il me faut un peu de temps, pour l'instant il dort.
- Est-ce qu'il faut que je prévienne Aïoros ?
- Ce serait bien, je vous rappelle plus tard, ok ?
- Shiryu !

Mais le Dragon avait déjà raccroché :

- Tu crois qu'il sait ce qu'il fait ? demanda Shion à Dohko
- Accordons-lui le temps qu'il veut. Je vais descendre chercher Aïoros, fais-nous servir un en-cas, on va en avoir besoin… La nuit risque d'être longue.

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Temple du Sagittaire

Aïoros cherchait désespérément à trouver le sommeil depuis des heures quand il ressentit le cosmos de Dohko dans son temple. Il s'habilla à la hâte et se précipita vers la porte au moment où le Balance frappait :

- Tu ne dors pas ?
- Non. Qu'est-ce tu viens faire au milieu de la nuit ?
- Accompagne-moi au palais, nous avons un problème.
- Seiya ? demanda anxieusement le Sagittaire, mettant enfin un nom sur cette angoisse indescriptible qui l'empêchait de trouver le repos et qu'il ressentait dans tout son être.
- Oui.

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Palais, bureau du Grand Pope

Un quart d'heure plus tard, ils rejoignaient Shion qui regardait son téléphone avec une furieuse envie de le désintégrer. Shiryu avait peut-être un peu trop appris de son cher maître…

Dohko avait rapidement expliqué la situation au Sagittaire qui faisait preuve d'un grand calme vu les circonstances :

-Pas d'appel ? interrogea Dohko.
- Non… Je me téléporterais bien là-bas pour voir ce qu'il s'y passe, commenta Shion.
- Il vaut mieux attendre que Shiryu nous contacte, lui répondit le Sagittaire. Saori ne les aurait pas laissés là-bas si elle avait jugée la situation dangereuse pour eux.
- Tu as sans doute raison, mais j'aimerais bien savoir quand même comment va Pégase.
- Est-ce que tu t'es rendu compte de quelque chose avant qu'il ne parte ? demanda Dohko au Sagittaire.
- Suite à votre expérience, je l'ai très peu vu. C'est vrai qu'il avait l'air un peu mal à l'aise… Mais il ne m'a rien dit, si c'est ce que tu veux savoir.
- Alors ce serait bien cette régression qui lui fait cet effet.
- Régression ?

En quelques mots et sans entrer dans le détail, Shion expliqua à Aïoros ce qu'ils avaient fait :

- Vous auriez pu les tuer ! s'écria celui-ci.
- On n'avait pas vraiment le choix… Et puis l'union des cinq cosmos nous protégeait d'une mauvaise surprise, dit Shion.
- Et savez-vous ce qui a choqué Seiya ?
- Son cosmos a vacillé quand il a vu Saga se battre contre Arlès pour la possession de son corps, expliqua Dohko.
- La bataille du Sanctuaire, commenta Aïoros pensif dont l'angoisse monta encore d'un cran.

A suivre…