Bonsoir, chers citoyens français où d'autres pays,
Navré pour ce retard mais ce chapitre était très dur à écrire. Je n'étais jamais contente et le pire, c'est que je savais ce que je voulais écrire. Mais je bloquais complètement. D'ailleurs, je ne suis toujours pas satisfaire de la fin mais je n'ai plus envie de rester bloquer sur ce maudit chapitre. Néanmoins, j'espère qu'il va vous plaire, parce qu'il était très dur à écrire!
Je suis fatiguée et je n'ai pas envie de corriger, alors excusez-moi pour les fautes et pour ma fainéantise. Vraiment navrée. :( Mais là, j'ai vraiment pas envie. Je suis trop contente d'avoir fini ce chapitre!
Putain, j'ai froid.
La pluie battait toujours aussi fort mais dans un sens, elle m'apaisait. Entendre les gouttes s'écrasaient sur le bitume était relaxant et reposant. Par contre, j'aimais beaucoup moins le vent glacial qui n'arrêtait pas de m'agresser le visage encore et encore. Ma peau était glacé, sensible et douloureuse, en particulier les oreilles. Même sans pouvoir les voir, je sentais qu'elles étaient d'un rouge vif. J'enfonçais ma tête dans mon blouson, jusqu'à ne plus rien voir du tout, à part le tissu sombre de mon manteau. Si quelqu'un passait par là, il me prendrait certainement pour un clochard. Peu importe.
Pleurer sous le sol alors que le temps se dégrade de plus en plus n'est pas vraiment idéal. Si j'attrape un rhume, je ne serais guère surpris. Chaque personne attrape au moins un rhume pendant la période de l'hiver, la saison que je déteste le plus si on met de côté la neige. Malgré le toit de l'abribus qui me protégeait, je sentais que le sol était mouillé, ce n'était pas l'idéal. J'étais frigorifié, mon corps n'arrêtait pas de trembler.
Pourtant, je ne me levais pas, je n'essayais même pas de faire quelque chose contre ce froid mordant qui dévorait ma peau sans me laisser une minute de répit.
J'avais arrêté de pleurer. Mes joues étaient encore un peu humides, ce n'était pas ma sensation préférée. Néanmoins, j'étais drôlement soulagé que personne n'ait assisté à ma performance pitoyable. Je n'avais jamais craqué comme ça, où du moins, jamais dehors, en pleine rue alors que n'importe quel passant pouvait me voir. Par chance, je n'avais croisé aucune autre forme de vie.
Je m'étais redressé et adossé à la vitre de l'abribus, en mettant ma tête entre mes bras. J'avais très mal à la tête et la douleur ne voulait pas passer. On aurait dit que j'avais un marteau-piqueur à l'intérieur de mon crâne et qu'il me perçait l'os. C'était fatiguant et assommant, plus les minutes passaient et plus ça empirait.
J'avais de plus en plus froid et mes tremblements étaient devenus plus fort. Mais je restais assis là, sans rien faire à part prier que le temps se réchauffe un minimum. Je n'étais feignant, enfin pas plus que d'ordinaire. D'habitude, je fuyais le froid comme la peste, j'étais très frileux et l'hiver était mon ennemi mortel. Mais là, je n'avais ni la volonté, ni l'envie de bouger, de me lever et de rentrer me mettre au chaud chez moi. Pas la moindre petite volonté de fuir ce temps merdique alors que je grelottais plus à chaque seconde. Je me recroquevillais sur moi-même, jusqu'au point où c'était impossible de faire plus boule humaine que ça.
Je devais ressembler à un cadavre sans vie, abandonné là, perdu dans de vieilles rues datant de je ne combien de siècles. Les gens (tous disparus depuis deux heures) devaient me prendre pour un clochard ivrogne et pervers. Les humains sont très doués pour se faire de fausses idées, notamment les adultes.
Rentrer chez moi, retrouver la chaleur, l'eau chaude, ne me donnait pas plus envie que ça. Pourquoi rentrer ? A quoi bon ? Chez moi, c'est pareil qu'ici, il n'y a rien du tout, juste le néant. Rien de plus, rien de moins.
Ici ou ailleurs, c'est pareil.
Je ne pensais à rien de particulier. Je me redemandais à moi-même tous les cinq secondes qu'est-ce qui clochait chez moi pour me mettre dans des états pareils pour un étranger. J'étais devenu obsédé par un inconnu marié à la parfaite femme d'une gentillesse qui frôlait la bêtise. Quand je verrais mon psychologue imaginaire, je lui dirais ceci : Ha mon vieux, bonne chance ! Moi j'abandonne.
Je rigolais nerveusement en repensant à ce que j'avais fait.
J'avais agi comme ces filles dans ces films romantiques-dramatiques, au moment, où la jolie fille est séparée de son Don Juan par un événement malencontreux dans leur vie. Hum. Que ces pétasses mélodramatiques s'estiment heureuses. Le pire qui puisse les séparer de leurs Jules, c'était soit petit a) des parents dont les idéaux se rapprochaient du Moyen-Âge, petit b) une blonde maléfique dont l'unique but dans la vie est d'être couronné reine du bal de promo et de voler le copain de la gentille fille (d'ailleurs, pourquoi ce sont toujours les blondes les méchants ? Serait-ce du racisme envers ce brave peuple aux cheveux clairs et différents?) où encore petit c) deux universités trop éloignées l'une de l'autre (ces gens ne connaissent donc pas ce qu'on appelle avion ou train?). Aucune d'elle n'a découvert qu'elle se faisait sauter par un homme marié et peut-être, je dis bien peut-être, mafieux. Avec lui, rien ne pourrait plus me surprendre.
Dans ce genre de films, c'est aussi à ce moment précis que le mec, apparaît comme par enchantement, je veux dire c'est tellement logique : ils habitent tous les deux dans une ville de la taille de Los Angeles mais le garçon arrive quand même à tomber sur elle PAR HASARD. Ça, c'est une putain de chance. Où alors, le mec est un stalker. C'est une très fort possibilité quoique un peu délirante.
Aaah, je suis vraiment trop con...
- Eren ?
Ah non.
Non. Non. Non. Non et non !
Je fermais les yeux et respirais calmement. Caché dans ma capuche, je priais que la voix que j'ai entendu ne soit qu'une hallucination produite à cause du bruit de la pluie et d'une future hypothermie. Je en voulais pas relever la tête, sortir de mon abri.
Mais quand mon nom fut de nouveau prononcé, de façon hésitant, je n'eus guère le choix. Je DEVAIS savoir si je rêvais. Où alors, je suis mort à cause du froid sans le savoir, mon âme volant dans les nymphes.
J'ai soufflé un bon coup avant de sortir ma tête de mon manteau et mes yeux sont tombés sur ceux de Sam.
Eh merde, c'est bien réel.
Il se tenait devant moi, à quelques mètres, sous la pluie, protégé par un parapluie noir. Il semblait aussi surpris de voir que j'étais bien la personne qu'il pensait. La surprise laissa place très vite, à la peur et je pouvais le voir se crisper alors que je le regardais ouvertement. Très tendu, le petit Sam, hein...
Je le serais également à sa place.
C'est bien ma veine, ça. Quand j'ai pas droit au connard, j'ai droit à sa pute.
A cause de Levi, je l'avais complètement zappé celui-là. Je ne l'avais pas effacé de ma mémoire, disons plutôt qu'il est m'est tout simplement sorti de la tête. J'avais mieux à faire que de penser au mec qui se faisait culbuter par mon ex-petit ami. Et le revoilà, de retour, comme pour me rappeler son existence. Comme pour me rappeler qu'en dehors d'un homme marié, j'avais d'autres problèmes non résolus, laissés en suspens en attendant de voir la suite. Et Sam était de loin, l'un des problèmes en top liste dans mes emmerdes sans fin.
Il était là devant moi et à cet instant, ce qui m'a le plus choqué, c'était que je ne ressentais... absolument rien. Pas le moindre sentiment, pas la moindre pulsion. Nada. Je n'oubliais pas cette colère, tout la haine que j'avais éprouvé à son encontre, je la sentais au fond de moi, elle brûlait intensément, cachée. Mais je n'ai rien fait. Je n'ai pas hurlé. Je ne l'ai pas insulté. Je ne me suis pas jeté sur lui comme un taré, pour le ruer de coup, une part de moi en avait terriblement envie pourtant. Je n'ai vraiment rien fait du tout. J'étais vidé de toute énergie, j'étais épuisé et le voir n'a rien fait d'autre que de rajouter une nouvelle couche sur ma grande fatigue.
- Eren, ça va ?
Malgré qu'il s'informait de mon état, il ne paraissait pas en très à l'aise. Il était sur ses gardes, il restait prudent, jugeant si je représentais une menace pour lui. Je ne risquais pas de le tuer, je n'en n'avais ni l'envie ni la force. Et puis peut-être, que c'était parce que je me sentais un tout petit proche de lui : mis à part le fait qu'il était pleinement au courant de mon existence, il s'était fait aussi avoir par un beau mec, parce qu'aux dernières nouvelles, Ian en avait toujours après mon cul. J'étais un petit peu Sam, au fond. Mais je le détestais toujours autant. Ça, il n'y avait pas le moindre doute. J'étais juste un peu compatissant. Et physiquement pas en état de lui broyer les couilles.
Peut-être plus tard.
Sam me regardait, se trémoussant sur place. Il paraîtrait presque mignon en agissant comme un enfant attendant Noël. Peut-être que c'était qui avait attiré Ian, il avait une préférence pour tout ce qui était petit et mignon, mon parfait contraire. A se demander si il avait pas fumé de l'herbe quand il m'avait abordé la première fois.
Finalement, il se décida à ouvrir la bouche et à me proposer un truc pour le moins étonnant et un peu suicidaire :
- Ça te dirait de venir boire un café chaud avec moi ? Il... il y a un petit café pas très loin. Tu... tu y seras au chaud.
Il avait du mal à parler tellement il était nerveux.
- Alors tu viens ?
Je ne sais pas ce qui m'est passé dans la tête à ce moment précis. Pas plus que dans la sienne pour avoir invité un mec qui le hait profondément. Peut-être que j'étais fatigué, trop faible où que j'avais trop froid. Où alors, je voulais désespéramment résoudre ce problème une bonne fois pour toute. Mais même toutes ces raisons me semblaient toujours invraisemblables tandis que je me levais et que je suivais Sam, docilement comme un petit chien, au lieu de lui d'aller se faire enculer en enfer. Je devais vraiment être au plus bas. Parce que me voilà partir pour un tête-à-tête avec l'homme qui a brisé mon couple.
C'était le silence total.
Je n'avais pas envie d'ouvrir la bouche et apparemment, c'était aussi le cas de Sam. Moi, c'était principalement parce que j'avalais mon chocolat chaud, impatiemment, me brûlant les lèvres et la langue mais j'étais trop désireux de la moindre source de chaleur qu'on pouvait m'offrir. Je collais mes mains à la tasse brûlante, m'en servant comme radiateur. Sam m'observait boire ce chocolat comme si ma vie en dépendait et n'avait pas encore touché à son café bien noir.
Le café où il m'avait conduit n'était qu'à quelques rues de là où il m'avait trouvé. Il y avait du monde, à cause de la pluie dehors, et on avait dû attendre dix bonnes minutes avant d'être servis. Les serveurs étaient débordés et s'affairaient autour de nous, on aurait dit voir des abeilles à l'ouvrage : bourdonnant dans tous les sens et travaillant avec acharnement.
Sam était moins nerveux qu'avant mais il n'arrêtait pas de triturer les mains sur la table. Maintenant que j'avais un peu plus chaud et que mon cerveau s'était un peu rallumé, je me reposais cette même question pertinente : qu'est-ce qui cloche chez moi ? Accepter l'invitation du mec que je détestais le plus avec le connard. Le plus drôle, c'est que je ne ressentais toujours aucune colère ni ressentiment. J'étais trop occupé à savourer ma boisson chaude, le reste n'avait pas d'importance dans l'immédiat, pour moi.
Visiblement, il cherchait quoi dire, où par quoi commencer. Je comprenais son dilemme. Il y avait tellement de choses à dire, à expliquer, à donner du sens, que ce n'était pas facile de trouver les mots justes justifiant le pourquoi du comment il s'est retrouvé au lit avec un mec déjà pris. Je l'observais pensivement, attendant qu'il parle mais il m'est paru très vite évident que si je ne lui donnais pas un coup de main, il ne s'en sortirait pas.
Mais même moi, je ne savais pas quoi dire. Qu'est-je voulais réellement ? J'avais tellement de choses à lui demander, à savoir, à comprendre tout simplement. Mais étais-je vraiment prêt à entendre cette histoire complète ? J'arriverais peut-être à me sentir moins comme une merde si je comprenais ce que j'avais foiré pour que Ian décide d'aller voir ailleurs. Mais j'étais réellement prêt à l'entendre ?
Cette histoire était restée en suspens dans ma vie, je l'avais mis entre parenthèses quand j'avais rencontré Levi. Ian avait bien fait quelques brèves apparitions pour mieux foutre le bordel mais je lui en voulais plus à lui, qu'à Sam. Sam ne m'avait rien promis lui. Il ne m'avait jamais promis quoique ce soit contrairement à l'autre. C'était plus facile d'essayer de comprendre Sam que de comprendre Ian. Mais ça n'en était pas moins dur.
Alors je lui demandais la chose la plus simple, la plus importante :
- Pourquoi ?
C'est drôle, j'avais l'impression de revoir exactement la même scène, quelques jours avant, quand je demandais la même chose à Levi. Sam ne pourrait jamais me faire autant mal que ce moment-là, ni autant que Ian, il n'en avait pas le pouvoir mais c'était vital pour moi de comprendre, de saisir le sens de toute cette histoire. J'en avais besoin pour tourner la page, pour passer à autre chose. Et vu que Ian ne paraissait pas disposé à me fournir ces réponses, il n'y avait que Sam pour y répondre.
Sam sursauta à ma question et puis il décida de me répondre après une hésitation :
- Honnêtement ? Eren, je ne sais pas.
Ouah. Je sentais ma colère se rallumait tout à coup.
- Tu te faisais mon mec, tu as brisé un couple et tu ne sais pas pourquoi ? Tu te fous de ma gueule ?
Je n'arrivais pas à croire qu'il puisse me sortir ça, alors que cette simple question m'avait torturé l'esprit et ma vie depuis. Elle m'avait obsédé pendant des semaines, des mois maintenant. Elle était revenue sans cesse, comme un boomerang, qui revenait toujours en frappant plus fort. J'ai eu tellement de mal à me relever et je ne l'étais toujours pas totalement, j'avais eu tellement mal à lâcher prise, à tenter de sauter par dessus ce moment dans ma vie pour essayer d'en passer à un autre. J'en avais été malade et lui, il ne savait pas pourquoi il m'avait fait subir tout ça ?
L'air était irrespirable, ici. Je m'identifias peut-être un peu à lui mais pas à ce point. Si je ne sortais pas, j'allais exploser. Et ce n'était pas dans mes plans de finir la journée en prison. Surtout pour lui.
Je me relevais brusquement, prêt à m'en aller quand il a attrapait mon bras, paniqué :
- Non, ne t'en vas pas ! Eren, je suis désolé ! Je vais essayer de t'expliquer mais ce n'est pas facile ! J'ai tellement imaginé cette conversation et je ne sais toujours pas quoi dire parce franchement, rien ne peut justifier ce que je t'ai fait !
Il était désespéré, ça se voyait à son visage. J'hésitais.
- Eren, il faut que tu saches. J'ai besoin te dire pourquoi. Et tu as besoin de l'entendre. Tu le sais.
Il avait raison. Cette situation duré depuis trop longtemps. Il était temps de terminer une bonne fois pour toute cette histoire. D'y mettre un terme définitif. Je voulais savoir mais c'était si dur de vivre ce moment pour de vrai, pour moi il était resté un rêve éphémère, une chose qui ne se produirait jamais vraiment même si on le désirait inconsciemment autant qu'on le repousser. J'avais peur de savoir la vérité. J'avais peur de savoir la raison pour laquelle ma vie s'était détraqué sans crier gare. Je ne devais pas laisser mes sentiments prendre le dessus. J'aurais tout le loisir de les laisser exploser plus tard.
Je me rassoie doucement, au grand soulagement de mon voisin d'en face. Je respirais un grand coup, voulant contrôler la flamme ardente qui brûlait à l'intérieur de moi, voulant laisser libre court à toute sa rage.
- Désolé mais c'est un peu dur d'entendre un « je ne sais pas », ça me donne envie de t'arracher la peau de ton visage, sans vouloir te faire peur.
Il déglutit mais reprit vite son air soi-disant neutre et serein.
- Je sais, je te demande pardon. Mais je sais vraiment pas quoi te dire. Je ne m'excuserais pas, je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre.
- Non, je n'en n'ai rien foutre de tes excuses. Je veux des explications.
Sam hochait de la tête, silencieusement avant de fermer les yeux. Et quand il les ouvrit, je sus qu'il était enfin prêt, qu'il savait quoi dire.
- Ça m'est tombé dessus, comme ça. Ian m'a attiré dès la première fois que je l'ai rencontré. C'est horrible de dire ça, mais c'est la vérité. J'étais attiré par lui, par son sourire, par son charme, par sa façon d'être. Toi mieux que quiconque à quel point Ian attire les gens.
Je répondis par un hochement de la tête, je voulais entendre tout ce qu'il avait dire même si mon cerveau voulait à tout prix se déconnecter. Je serrais les poings, sous la table, si fort que j'avais mal. Mes genoux tremblaient un peu.
Bien sûr que je savais. Il avait éprouvé ce que j'avais ressenti en rencontrant Ian.
- Je le voulais tellement, je pensais sans cesse à lui et j'ai vraiment essayé de l'oublier parce que je savais qu'il n'était pas libre, qu'il était à toi. Mais plus le temps passait et plus, j'étais en colère après toi, Eren.
Je le regardais surpris. Je ne m'attendais pas à ça. Je pensais qu'il allait me sortir une connerie comme quoi, il se sentait coupable vis-à-vos de moi mais pas qu'il serait en colère contre moi. Je ne me souvenais pas avoir provoquer du ressentiment.
- Je désirais ardemment Ian et savoir qu'il était avec toi, ça me mettait en colère. Je te détestais parce qu'il était à toi, et pas à moi.
C'était délirant mais je comprenais. Putain, je comprenais ce qu'il avait pu ressentir à ce moment-là. J'avais réagi de la même manière avec Lydia, la femme de Levi. Je la haïssais parce que Levi était à elle. Il lui appartenait et non pas à moi. Et j'étais toujours en colère d'ailleurs. Ressentir toute cette haine me rendait malade. C'était trop pour un seul homme.
Sam était lancé, impossible de l'arrêter désormais. Il mourait d'envie de vider son sac, de se libérer de ce point, je pouvais le voir.
- Et je m'en voulais aussi parce que tu n'avais rien fait. Tu l'avais juste rencontré avant moi. C'était juste un concours de hasard. Mais cette colère ne voulait pas disparaître.
- Et c'est là que par vengeance, tu as décidé de te faire mon copain ? Demandais-je, amer.
- Non ! C'était pas... ça ne s'est pas passé comme ça.
- Alors comment ?
Il se tut pendant une seconde.
- La première fois s'est passé quand tu étais parti manger chinois avec Armin et Sasha. Tu te rappelles ? Ian ne voulait pas venir et moi, moi je voulais rester avec lui. Termina t-il en murmurant. Mais j'avais pas prévu de coucher avec lui ! Je te promets Eren que ce n'était pas prémédité et même maintenant, je ne comprends toujours pas ce qui s'est passé.
J'étais accroché à ses lèvres, je le fixais alors qu'il m'expliquait enfin ce qui m'avait détruit des semaines avant.
- On était assis sur le canapé, à côté de l'autre. On regardait un film dans le noir. J'ai eu peur et je me suis collé à lui sans faire exprès. On s'est regardé et... et on s'est embrassés. Tous les deux.
Je fermais les yeux tandis que mes lèvres tremblaient sous des sanglots invisibles. Ça faisait mal, si mal de savoir enfin. C'était douloureux de connaître la vérité, encore pire que ce que j'avais imaginé. Aucun scénario n'avait pu prévoir une telle souffrance.
- Je ne vais pas l'accuser et je ne sais pas ce qu'il t'a dit. Mais c'était tous les deux, ce n'est pas moi qui l'est embrassé en premier, ni lui, on l'a fait ensembles. Et le reste s'est enchaîné de façon si rapide qu'avant que je comprenne, on était en train de te trahir. Mais...
Silence.
- Je ne me suis pas arrêté. J'ai continué. Et lui aussi.
Nouveau silence.
- Après, notre liaison s'est fait comme ça. Nos rendez-vous secrets, nos rencontres, tout. On a pas réfléchi, enfin je n'ai pas réfléchi, j'étais si... j'étais si content qu'il me regarde... je voulais juste qu'il soit à moi...
Il avait du mal à finir cette phrase parce qu'il s'essuyait les yeux. Il retenait ses larmes. Il n'arrivait plus à parler correctement.
Voilà, je savais enfin toute l'histoire.
C'était si banal, si ordinaire comme liaison. Bizarrement, je m'étais imaginé pire peut-être parce que je voulais croire que seul un truc hors du commun pouvait conduire deux personnes à qui vous tenez, à vous trahir comme ça. Mais c'était si commun que j'avais envie de pleurer de nouveau. Alors c'était ça l'histoire de la fin de mon couple? Juste une envie passagère, une attirance interdite ? Rien de plus extraordinaire que ça ? Il n'y avait rien de plus ? J'avais passé beaucoup de temps à me convaincre que c'était forcément incroyable que j'avais nié la possibilité que mon histoire ressemblait à des centaines d'autres. C'était... ordinaire, une tromperie ordinaire. Qui n'avait rien d'exceptionnel.
Je ne vais pas dire n'importe quoi : ce n'était pas un happy end au moment où le personnage principal connaissait enfin la vérité et qu'il pardonnait aux traites. Je ne me sentais pas mieux. Je n'allais pas mieux. Je n'oublierais pas. J'étais toujours en colère. Je voulais toujours les tuer. Je n'allais pas pardonner Ian. En revanche, j'essayerais de pardonner Sam.
Je ne pardonnais pas le Sam qui m'avait menti et trompé, je pardonnais au Sam amoureux, qui s'était laissé manipulé par ses sentiments. Et par un enculé de première.
Mais je pouvais tourner la page. C'était terminé. Tout était fini.
Je regardais Sam, essayant de ne pas montrer qu'il pleurait. J'essayerais de lui pardonner mais je ne ressentais aucune compassion ni aucune pitié, en le voyant là. C'était à moi de pleurer, pas à lui, putain ! Je voulais, une fois de plus, le frapper encore et encore. Ce mec pouvait aussi bien me calmer que me mettre en colère par son comportement.
- Putain, arrête de chialer ! C'est moi la victime dans l'histoire, pas toi connard, sifflais-je entre mes dents serrés.
Je connaissais la vérité certes, mais pas la vérité de Ian. Et je ne crois pas vouloir la connaître. J'en savais suffisamment assez. C'était plus que suffisant.
Sam ne m'écoutait pas et reniflait comme un chien, en me regardant à nouveau.
- Désolé. Eren, juste une fois, je vais te le dire. Eren, je te demande pardon. Et je suis désolé.
Je ne voulais pas entendre ses excuses mais en entendant ses excuses, un truc étrange se produisit : une sensation de bien-être me parcourra des pieds à la tête. C'était la fin d'un cauchemar. J'étais soulagé. Incroyablement soulagé. Et je me sentais mieux. Le poids qui pesait sur mon cœur, disparaît soudainement, sans explication. Parfois, on a juste besoin d'entendre des excuses.
Sam soupira avant de sortir un mouchoir de sa poche.
- De toute façon, ça n'a plus guère d'importance. J'aime Ian mais lui, il est toujours amoureux de toi. Tu l'as revu, hein ?
- Oui. Et je lui bien mis les points sur les « i ».
- Ça ne l'arrêtera pas, tu sais. Putain, je me sens si minable, tu sais pourquoi ? Parce que les deux fois où tu l'as repoussé, c'est moi qu'il est venu voir.
Hein ?
- Il vient me voir et moi, je lui ouvre les bras. Je le laisse faire ce qu'il veut parce que je suis incapable de lui dire non. Je ne veux pas qu'il me laisse, j'ai trop peur qu'il m'abandonne.
Il sourit tristement.
- Ça devrait te réjouir un peu, non ? Moi qui espérais une vraie relation, je me retrouve comme défouloir pour lui et ses peines. Il couche avec moi en criant ton nom, en pensant à toi.
Que c'est dégueulasse. Et horrible. Et préoccupant.
Sam fixe un point derrière moi.
- Pas une seule fois, il n'a dit mon prénom.
Je vais peut-être passer pour un sans-cœur mais savoir ça, ne m'attristait pas du tout. Je ne ressentais aucune compassion ni tristesse pour lui. C'était peut-être sa punition pour avoir fait ce qu'il a fait. Chacun sa merde, désormais, ça ne concernait plus. Il était temps pour moi de retirer du jeu. Le seul truc chiant, c'est de savoir que Ian est toujours obsédé par moi. Ça pourrait être un gros problème.
Alors que je l'observais en train de pleurer, je saisis une chose effrayante.C'était moi que je voyais. Un futur moi si je continuais de penser à lui. Je me voyais dans un miroir, désespéré, désirant une chose que je ne pouvais obtenir : Levi. Obsédé par une seule et unique chose. Si ça se trouve, dans un futur proche, je serais à la place de Sam, essayant d'expliquer à Lydia pourquoi j'avais couché avec son mari. Cette vision de moi-même m'était insupportable. Je ne pouvais plus le regarder, plus maintenant.
Je me levais pour de bon, cette fois. Je comptais partir sans rien ajouter de plus mais je me ravisais à la dernière minute :
- Tu veux qu'il te remarque ? Alors arrête de te comporter comme son petit toutou. Je sais pas si tu as des couilles mais il est temps de t'en servir.
Et je l'ai laissé comme ça.
C'était la dernière fois que je voyais Sam.
- Alors c'est tout ce qui s'est passé ?
Armin me regardait, incrédule.
Je lançais un regard de mort à mon meilleur ami. Bon, peut-être pas un regard de mort, mais un regard qui, en revanche, lui promettait de sanglantes et douloureuses représailles dans les temps à venir. Je n'étais pas prêt de passer meurtrier, et si c'était le cas, mon meilleur serait le dernier sur ma liste de gens à abattre. Armin ne réagit pas le moins du monde face à mes yeux furieux, il ne tressaillit même pas un tout petit peu. Je soupirais, profondément agacé par le fait qu'il ne soit pas effrayé par moi. Ce que c'est irritant quand votre meilleur ami ne vous craint pas, probablement parce que vous avez été trop gentil avec lui.
- Ouais, répondais-je, résigné.
On était tous les deux dans un bar. Le bar « Seven Trip » était désert malgré que la rumeur, comme quoi, c'était le plus célèbre bar de la ville. Il y avait peu de mondes et les rares clients étaient assez sinistres. Ils fixaient tous leurs verres, d'un air morose ou dépité. La musique déprimante en arrière-fond dans le bar, venant du junk-box, collé au mur, n'arrangeait pas les choses. Pas plus que le décor, des couleurs ternes, des banquettes inconfortables, un vieux comptoir tout en bois, semblant sur le point de s'effondre à tout moment, et des petites tables disposés maladroitement dans la pièce où l'éclairage plairait beaucoup à un vampire. Ouah, l'ambiance de cet endroit était incroyablement chaleureuse.
Ce bar était peut-être connu pour réunir les gens dépressifs, malheureux et dont l'existence se rapprochait plus du néant que d'autre chose. Un peu comme moi, quoi. Pas étonnant qu'il ait du succès alors. Dans cette ville, les gens tristes représentaient la majorité de la population. Voir les trois-quarts. Néanmoins, j'étais toujours en colère que Armin m'ait emmené ici. Je devrais peut-être lui dire que quand un ami va mal, c'est un psychologue qu'il faut l'emmener voir, pas des ivrognes au bord du suicide. Ah mon Armin, si peu doué pour comprendre la logique humaine. Même si les chances de me faire consulter un vrai psychologue relève du miracle. C'est moi qui le rendrais névrotique avec mes soucis.
J'éternuais bruyamment, brisant le calme presque malsain. Je n'attirais aucune attention, personne ne s'était retourné pour voir l'abruti qui avait choppé un petit rhume. Voilà les conséquences pour avoir pleurer à même le sol, alors qu'il pleuvait : le nez qui coule, la gorge qui brûle et l'impression de porter un morceau de béton à la place de son crâne. Voilà pourquoi je n'avais pas voulu sortir mais allez expliquer ça a Armin. Il n'avait rien voulu savoir. Quand je lui ai raconté ma rencontre avec Sam, sautant volontairement le passage où je chialais comme une pucelle sous la pluie, il m'a dit qu'il m'emmenait boire. Armin était contre l'alcool mais il disait que rien ne vaut mieux qu'une gueule de bois quand on va mal.
Putain, Sacha et moi, on l'a vraiment perverti, le pauvre enfant.
En parlant d'elle, je ne me suis toujours pas réconcilié avec elle. Héhéhé, tu vas voir, ma vieille. Moi aussi je suis têtu ! Même si j'aurais voulu qu'elle soit là pour me débarrasser d'Armin.
On était accoudés, au comptoir, assis sur deux grands tabourets. Je m'amusais avec le mien ignorant l'avertissement de mon meilleur ami comme quoi ça pourrait être dangereux. Je suis de mauvaise humeur et j'étais ici, contre mon gré alors je pouvais bien faire ce que je voulais, dans la limite qui m'était permise. Je n'avais rien voulu commander alors Armin avait choisi pour moi un Diabolo menthe. Ce qu'il peut être perfide, il sait que j'adore la menthe.
Je bus une gorgée.
- Tu ne l'as pas frappé ? Pas du tout ?
- Nop, monsieur !
Tu avais l'air si déterminé à le faire alors pardonne-moi, mais c'est vraiment très dur à croire que tu n'aie rien fait.
Et pourtant, c'est le cas. En vérité, je crois qu'il me faisait un peu pitié. Il est fou de Ian, et j'ai estimé que le fait que Ian se serve de lui pour se défouler était assez suffisant comme punition. C'est plus douloureux que n'importe quel douleur physique.
Armin se tait, pensif. Il était très étonné de mon manque de violence à l'encontre de Sam. Il n'avait pas été le seul, je l'avais été également mais là tout de suite, les raisons me paraissaient plus évidentes à comprendre. Sam était déjà puni. Il n'avait pas besoin de plus. De toute façon, j'étais beaucoup plus en colère envers Ian qu'envers Sam, une colère légitime. Même si je ne plaignais pas Sam, je détestais un peu plus Ian pour lui faire subir ça. Je n'arrivais pas à croire que j'avais pu être amoureux d'un tel connard.
- Putain, Ian est vraiment un enfoiré, hein.
- Carrément, c'est effrayant de voir que malgré toutes ces années, tu n'es même pas fichu de connaître véritablement une personne. Maintenant, répète-moi encore une fois, ce qu'on fout là ?
- On est ici, me répondit patiemment Armin, parce que tu as besoin de décompresser pendant au moins une nuit. Eren, tu as découvert en peu de temps que Ian et Sam te trompaient et quand tu essaies de te remettre, tu découvres encore une fois, que Levi t'as entubé à son tour.
- Ta manière de me rappeler les grands drames de ma vie me remonte le moral à un point, si tu savais.
- Et en plus, tu t'es engueulé avec Sasha.
- C'était sa faute, elle avait qu'à la fermer.
- BREF, amuse-toi un peu ! Termina Armin avec un grand sourire.
- A chaque fois que j'essaie de m'amuser, il m'arrive une merde.
- Peut-être mais tu veux une bonne nouvelle ?
- Lydia est morte ?
- Non, et ça serait une MAUVAISE nouvelle, ça. C'est juste...
Il se pencha vers moi, pour atteindre mon oreille.
- Il y a un beau mec qui arrête pas de te mater depuis qu'on est entrés.
D'un geste discret, il me montra une table vers le fond, isolé des autres. Et en effet, il y avait bien un homme qui me dévorait du regard. Il ne détourna même pas les yeux quand ils croisèrent les miens. C'était vrai qu'il était pas mal. Grand, châtain clair et assez baraqué. Mais non merci.
Je me tournais vers Armin, en haussant un sourcil. Il s'empressa de s'exprimer sur ses sous-entendus :
- Je te dis pas de t'envoyer en l'air mais de profiter un peu. Seigneur, je joue le rôle de Sasha.
Je n'eus pas le temps de lui sortir une réplique sanglante que quelque chose me tapotait l'épaule gauche. Je ne fus pas surpris de voir ledit beau mec, avec un grand sourire. Il continuait de me regarder sans se gêner et c'était assez énervant. J'ai l'air d'un bout de viande ?
- Je peux t'offrir un verre ?
- Le mien est encore plein.
Armin poussa un bruit étouffé mais l'homme qui essayait de me draguer, ne se laissait pas démonter pour autant. Son sourire ne vacilla pas une seule seconde. Ça, ça sentait le mec narcissique à plein nez, il puait la confiance et l'arrogance.
- Et ben, ça te fera un verre de plus que tu n'auras pas à payer.
J'allais de nouveau lui répondre quand Armin toussa fortement :
- Il veut bien ! Pas vrai, Eren ?
…
- Pourquoi pas ?
Bordel, c'est moi où la terre tourne ?
Mon dieu, les Aliens se sont-il enfin décidés à attaquer ?
Parce que si c'est le cas, je leur file direct l'adresse de Ian.
Je fermais les yeux, dans l'espoir de me débarrasser de cette sensation de flotter et de sentir la terre tournait autour de moi. L'alcool ne me réussit décidément pas. J'a vais accepté trop de verre de la bar de... de... comment il s'appelle déjà, ce mec ? Je m'en souviens plus, dis donc. Bah, pas grave. Je n'en n'ai rien à battre, il peut s'appeler comme il veut. Mais c'était un gentil gars, il m'avait payé beaucoup de verres généreusement. Le pauvre, il pouvait pas savoir qu'il n'aurait pas la chance de mettre sa main dans ma culotte. Oups, dans mon caleçon, je veux dire.
Bizarre, jusque ici, j'avais réussi à tenir l'alcool mais le dernier verre qu'il m'avait donné n'arrivait pas à passer. Où plutôt, il me faisait sentir bizarre. Je me sentais tout drôle. La tête tournait, les lumières avaient augmentés en intensité mais le plus bizarre, c'était mon corps. Il était lourd, si lourd que j'avais du mal à ne pas m'effondrer contre le comptoir. J'avais du mal à soutenir tout ce poids. Et en même temps, je me sentais léger. C'était un contraste désagréable. J'étais très fatigué, mes yeux se fermaient d'eux-mêmes, sans mon autorisation.
Putain, je ne me sentais pas bien du tout.
Armin était parti aux toilettes et le mec me parlait mais tout ce que j'entendais, c'était blablabla. Je n'arrivais pas à comprendre sa langue. Soudain, deux bras me soulevèrent et je sentis un bras passait autour de ma taille pour me tenir debout. Je voyais flou, très flou, je ne distinguais rien mais je remarquais rapidement que ce n'était pas Armin qui me portait. Et qui m'entraînait tout droit vers la sortie.
Euh, Armin ?
J'essayais de parler, de demander ce qui se passait mais aucun mot compréhensible ne sortit de ma bouche. Je n'arrivais pas à me dégager, mon corps était trop lourd. A travers le voile flou qui recouvrait mon regard, je m'aperçus qu'on se rapprochait de plus en plus de la porte. Une sensation me foudroya. Quelque chose ne va pas. Ce n'est pas normal ce que je ressens. Ce n'est pas du tout normal. Où était Armin. Où-est ce qu'on emmenait ? Armin, ARMIN !
Stupide ! Je l'appelais à travers mes pensées, comme si il pouvait m'entendre. Mais enfin, quelqu'un était en train de me kidnapper, parce que je n'étais pas du tout d'accord, on ne m'avait pas donné mon avis, et personne ne faisait rien ?! Ah là là, bientôt, les criminels pourront violer des femmes en publics, les gens trouveront ça normal.
Je compris qu'on était à l'extérieur parce que le froid m'agressa aussitôt. Ah ben c'est malin. Mon kidnappeur n'a même pas penser à me remettre mon manteau. Je tremblais mais pas à cause du froid. J'avais peur, une peur immense s'empara de mon être tout entier. Qu'est-ce qui se passait ? Je me faisais vraiment enlever ? Mais pourquoi je n'avais pas la force de rien faire ?! Je peux pas bouger, putain ! Je peux même pas hurler à l'aide !
Putain, l'enculé, il m'a drogué.
Je savais qu'il y avait un truc louche dans ce verre et dans ce mec. Il a des yeux de hyène perfide. C'est l'histoire de toute ma vie : faire confiance à des mecs qui m'enculent par derrière. Enfin, pas dans le vrai sens, hein.
Je paniquais intérieurement. L'idée que ce mec puisse me touchait, me rendait malade. Je ne voulais pas, je ne voulais pas ! Je tentais de me débattre mais tout ce que j'eus réussi à faire, c'était de gémir bruyamment, de protestation. Pitoyable. Mon cerveau était embrumé mais mon cœur battait à toute vitesse. J'ai peur, terriblement peur. Je ne voulais pas qu'il me touche. Pitié, pas ça, pitié pas ça ! Mon corps tomba lourdement et brutalement sous le sol. J'avais envie de vomir. Très envie.
Je voyais un peu plus clair mais tout ce que je vis, c'est le ciel noir, et une masse sombre s'abattre sur moi. Elle m'écrasait, me coupait le souffle. La bile dans la gorge remontait de plus en plus. J'avais du mal à respirer. Je sanglotais comme un bébé terrorisé. Je tressaillais quand une main se faufila sous mon pull. Ma peau en trembla plus fort, elle était incontrôlable. La main était grasse et gelée, elle me faisait mal. Il appuyait fort, on aurait dit qu'il me cherchait à trouer mon ventre.
A l'aide, quelqu'un ! Je vous prie, quelqu'un !
Mais personne ne venait et l'homme me faisait de plus en plus mal. Et voilà, il me manquait juste ça pour me détruire entièrement : me faire violer je ne sais où par un espèce de sadique au sourire enjôleur. Comme si j'avais pas assez d'emmerdes.
Les gestes devinrent plus brusques, plus violents. J'avais mal et j'étais terrifié. Je hurlais dans ma tête, alors que personne ne pouvait m'entendre. J'appelais le prénom de mon meilleur ami, dans l'espoir qu'il vienne.
Armin ! ARMIN !
La masse sombre se figea au dessus de moi. Je n'entendais toujours rien à part un bourdonnement frénétique, qui bouchait mes oreilles. Je regardais mon agresseur, affolé, les mains devant moi, une misérable protection. Je respirais très fort, j'avalais la moindre foulée d'air à ma portée. J'étouffais. Et puis la masse disparut.
Pouf, envolé.
J'essayais de voir où il était passé mais impossible de bouger la tête, je ne pouvais que voir le ciel noir. Rien d'autre. J'étais paniqué, je restais à l'affût au moindre mouvement. Je craignais de le voir revenir, je ne savais pas ce qu'il faisait. Où est-ce qu'il est ? Où est-ce qu'il est ? Je voulais tellement m'enfuir mais mon foutu corps était empoisonné par cette merde. J'attendis, le cœur menaçant d'exploser.
Rien. Rien ne vient.
Jusqu'à ce qu'une main chaude et puissante me touche le visage. Mon cœur se calma sur le champ. Je ne reculais pas, je n'eus aucun mouvement de répulsion. La main était si chaude et douce. Je m'en fichais de savoir si j'hallucinais mon sauveur mais je profitais de cette délicieuse chaleur. Je frottais même mon visage contre la main inconnue. C'était bon. C'était chaud. C'était familier. Je sentis mon corps soulevé un peu avant de retomber contre quelque chose si agréablement chaude. Je n'avais plus froid. Je me pelotais contre ce corps, comme un petit chat.
Je tournais de l'œil à cause de ce trop plein de pression, sans réussir à confirmer l'identité de mon sauveur (peut-être imaginé). Mais j'avais de sérieux soupçons.
Il m'était impossible de ne pas remarquer mon corps détendu, mon cœur battant doucement et cette dépendance physique que je ne ressentais que pour un seul être humain sur cette planète.
Pas besoin d'être Sherlock Holmes.
