Bien le bonjour! Aujourd'hui j'ai quelques précisions à faire avant le chapitre. Il commence de manière assez violente, et avec du smut (léger mais pas très consentant). Ça va parler de la guerre, de syndrome de stress post-traumatique, et de torture. Pas de manière graphique ni glauque, mais je tiens à vous prévenir à l'avance pour ceux que ça gênerait. Je tiens aussi à préciser que je ne soutient absolument pas le comportement de Moriarty, il n'est pas un exemple à suivre. Ne faites pas ça chez vous, les enfants!

J'ai également inclus un clin d'œil à un blog de RP que j'aime beaucoup, je vous offre un cookie si vous reconnaissez cette référence.

Bonne lecture, et n'oubliez pas de laisser une review !

Warnings : léger smut (léger), BDSM, relation non-consentante, violence physique, perte de connaissance, PTSD, guerre, cicatrices (de guerre), torture physique (mentionnée)

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Chapitre 12 - Chasse au tigre

Lorsqu'il était dans l'armée, Sebastian avait l'habitude de vivre selon des horaires fixes – drastiques, mais toujours les mêmes. Même durant les combats, les deux camps semblaient respecter un semblant d'accord concernant les moments où on s'entretuait. En devenant sniper pour le compte de la pègre, Sebastian n'avait pas pris en compte le fait que les criminels, eux, ne dormaient jamais, et que ses propres victimes ne respectaient pas toutes le même emploi du temps. Il lui arrivait donc régulièrement de devoir passer des heures sur un toit à guetter une cible, voire de faire une nuit blanche pour surveiller un client de la Firme ou accompagner un agent. En rentrant à cinq heure de l'après-midi chez lui – correction : chez Jim Moriarty, qui acceptait gracieusement de l'accueillir dans son appartement sous prétexte qu'il était son petit ami – en rentrant donc chez Jim après une journée ayant commencée à deux heures du matin, le sniper décida donc d'envoyer se faire foutre les conventions concernant les heures de coucher et de lever, et se contenta de ranger ses affaires avant de s'affaler sans cérémonie sur son lit – correction : le lit de Jim… Ledit Jim était d'ailleurs occupé pour la journée et ne devait pas rentrer avant le soir, ce qui laissait à Sebastian plusieurs heures de repos avant que son turbulent petit ami ne débarque.

Ces quelques heures lui semblèrent seulement quelques minutes lorsqu'il s'éveilla finalement, luttant pour s'arracher aux bras de Morphée qui semblait vouloir le garder pour toujours dans son étreinte. Il identifia rapidement ce qui l'avait réveillé : le contact de doigts caressant son torse avec douceur mais insistance. Sebastian était pourtant persuadé de s'être couché tout habillé. Il se releva sur les coudes pour voir Jim, qui l'avait réveillé sans se soucier du fait qu'il n'avait pas dormi depuis quinze heures ou plutôt tenta de se relever, et fut stoppé net par une soudaine douleur dans ses poignets, accompagnée d'un tintement suspect.

Son instinct de survie pris immédiatement le contrôle pour le tirer définitivement du sommeil, et il analysa en un éclair sa situation : toujours allongé sur le lit, torse nu, menotté.

Menotté !

L'instinct fit place à la panique quand Sebastian réalisa qu'il était entravé au lit, les poignets croisés au-dessus de sa tête. Comment avait-il pu se retrouver dans cette situation ?

-Enfin réveillé, Bastian ? lança soudain la voix de Jim.

Ce dernier était assis sur le lit à côté du sniper, et avait cessé ses caresses lorsque Sebastian avait tenté de se lever. En un mouvement fluide, il se déplaça pour s'asseoir à califourchon sur les jambes du sniper, bloquant encore plus ses mouvements.

-J'ai bien cru que tu n'ouvrirais jamais les yeux…

-Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? répliqua violemment Sebastian sans prêter attention aux menu propos.

-Oh, ne te fait pas plus bête que tu ne l'es, Tiger, railla Jim en reprenant ses caresses le long du torse de son petit ami. Tu sais très bien ce que je suis en train de faire.

Les mains de Jim descendaient progressivement de plus en plus bas, et ses intentions étaient on ne peut plus claire à Sebastian. Ce n'était pas la première fois que Jim prenait des initiatives sans demander son avis à son petit ami, et ce dernier ne trouvait le plus souvent rien à redire à cela. Mais pas cette fois-ci.

-Pourquoi je suis attaché, merde ?

Sebastian tenta de tirer sur les menottes, comme pour appuyer sa question, sans autre résultat que de faire du bruit et s'irriter encore plus la peau.

Le petit irlandais sourit – un sourire peu rassurant, mais les siens l'étaient rarement.

-J'ai envie… d'expérimenter aujourd'hui. Ne me dis pas que tu es trop fatigué !

La voix railleuse du criminel ne fit qu'accentuer le malaise du sniper. Les menottes n'entravaient en réalité que peu ses mouvements, mais c'était surtout l'idée d'être attaché qui le révulsait. Il tenta sans succès de glisser les mains hors des anneaux de métal, mais ils étaient trop serrés. Il n'aboutit qu'à s'arracher la peau à nouveau, et s'enfoncer encore plus dans l'anxiété. La dernière fois qu'il avait été attaché comme ça… Non ! Sebastian tenta de repousser les pensées morbides qui lui envahissaient l'esprit, et tira de plus belle sur les menottes. Il ne voulait pas retourner là-bas !

La douleur vive de ses poignets accaparait son attention, apportant une distraction bienvenue mais peu efficace de même que les portions de peau au contact des doigts brûlants de Jim, qui se faisaient de plus en plus entreprenant. Le cerveau de Sebastian menaçait de fermer boutique sous le flot de signaux contraires.

-Détache-moi ! grogna-t-il à l'attention de Jim.

Ce dernier releva la tête et cessa se activités, pour se rapprocher du visage du sniper.

-Non.

-Si tu ne me détache pas, je… commença Sebastian, frustré au possible par la réponse monosyllabique, avant de se faire couper net.

-Si tu n'arrêtes ça pas tout de suite, Tiger, je risque de devenir très méchant, sussura Jim d'une voix basse, en appuyant une main oppressante sur la poitrine du sniper. Et crois-moi, tu n'as pas envie que ça arrive.

Une brume rouge commençait à envahir l'esprit de Sebastian, qui ne cessait à présent de secouer les menottes, dans l'espoir vain de les ouvrir, ou de briser ce à quoi elles étaient attachées. Une petite portion de son esprit, largement dépassée par l'instinct de survie et la panique, tentait néanmoins de lui rappeler qu'il était dans sa chambre, avec Jim, pas dans une cave sordide au Bengale ; mais son cerveau envahi par l'adrénaline ne voulait rien entendre. L'identité de son tortionnaire importait peu, et la présence autrefois chérie de son amant était à présent mélangée à des souvenirs autrement moins agréables.

-Jim ! cria-t-il à nouveau, la voix moins ferme qu'il ne l'aurait souhaité.

Jim non plus, d'ailleurs, ne voulait rien entendre. Tempêter n'avait manifestement aucun effet, et la force non plus – les menottes étaient plus solides que lui. Il devrait se sortir de cette situation par la ruse.

-Jim, fit-il d'une voix plus douce – du moins l'espérait-il.

Le criminel releva les yeux, l'air clairement exaspéré.

-J'ai dit : non.

-Jim… je t'en prie.

Il n'était pas dans les habitudes de Sebastian de prier, et Jim dût se rendre compte que quelque-chose clochait, car il remonta à nouveau vers Sebastian et le fixa dans les yeux silencieusement pendant quelques instants, profitant de son immobilité pour caresser son menton et ses lèvres, pensif. Sebastian retenait son souffle.

-Bon. Je te détache, accepta finalement Jim avec un léger sourire, à une condition. A partir de maintenant, tu fais exactement tout ce que je t'ordonne. Compris ?

- Bien sûr ! répondit Sebastian, avec un peu trop d'empressement.

Jim aurait dû le remarquer, mais il se contenta de déverrouiller les menottes. Il ne fallut au sniper qu'une poignée de secondes pour se libérer, et il se releva violemment avant de plaquer le petit irlandais frêle sur le lit.

-Seb… eu-t-il juste le temps de bégayer, les yeux écarquillés, avant que ce dernier ne plaque une main sur sa bouche et son nez et ne serre l'autre autour de son cou. Jim tenta de se débattre, mais la force de Sebastian, déjà supérieure à la sienne en temps normal, était décuplée par l'adrénaline. La dernière chose qu'il vit avant de sombrer dans le coma fût le visage déformé par la rage du sniper, et une lueur bestiale dans ses yeux.

Lorsque Jim cessa de bouger, Sebastian resta immobile quelques secondes, qui lui semblèrent comme une éternité. Il prit une profonde inspiration – il avait l'impression de ne pas avoir respiré depuis des heures – et fit jouer ses poignets. Sa peau était rouge et tailladée, mais il faisait peu de cas de la douleur. En jetant un nouveau coup d'œil au corps inconscient de Jim sur le lit, la petite partie encore fonctionnelle de son cerveau lui souffla qu'il ferait mieux de se tirer d'ici très rapidement. Il se releva donc, reboutonna sa chemise et son pantalon, que Jim n'avait pas eu le temps de lui ôter, et s'empressa de quitter l'appartement, sans même se soucier de verrouiller la porte derrière lui. Il fallait qu'il mette au plus vite le plus de distance possible entre lui et cet endroit.

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Lorsque Jim repris connaissance quelques minutes plus tard, il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre ce qui s'était passé.

-Sebastian ! cria-t-il en se relevant brusquement, avant d'être pris par une violente quinte de toux.

Il regarda autour de lui : personne. Les draps étaient défaits, les menottes abandonnées par terre, où elles avaient valsé lorsque Sebastian s'était relevé. Le sniper, en revanche, n'était nulle part en vue. Jim se mit debout sur des jambes hésitantes, se frottant la gorge avec une grimace de douleur. Son petit ami n'y était pas allé à moitié. Où pouvait-il bien être passé ? Il appela une nouvelle fois son nom, sans résultat.

Les souvenirs revinrent peu à peu à la mémoire endolorie de Jim. Ce qu'il avait lu dans les yeux de Sebastian était loin de son étincelle habituelle il était clair à présent, mais bien trop tard, que le jeune homme n'était pas dans son état normal. Jim n'avait pas prêté attention à ses cris, ça faisait partie du jeu mais Sebastian, lui, ne jouait pas.

Le criminel pesta intérieurement. Il aurait dû se rendre compte bien plus tôt qu'il y avait un problème. Maintenant qu'il y réfléchissait, les réactions de Sebastian étaient évidentes mais il était trop tard. Il sortit de la chambre en appelant toujours le nom de son petit ami, mais un tour rapide de l'appartement lui appris qu'il était seul. Le sniper avait dû quitter les lieux tandis qu'il était inconscient, ne prenant qu'un manteau avec lui – toutes ses affaires étaient là où ils les avaient laissées. Jim récupéra son téléphone portable au fond d'une poche et composa le numéro du sniper. Cet imbécile avait intérêt à répondre, sinon…

Quelque part dans l'appartement, la musique de Roar de Katy Perry se mit à jouer. Jim avait toujours trouvé cette chanson stupide, mais il ne l'avait jamais détestée autant qu'en cet instant. Il raccrocha, et jeta rageusement son téléphone sur le canapé dans un mouvement d'humeur.

Jim prit soudain conscience qu'il paniquait. Il tenta de blâmer son sentiment sur son étouffement, mais il fallait se rendre à l'évidence : la disparition de Sebastian l'affectait beaucoup plus qu'elle n'aurait dû. Il lui avait fait du mal, sans s'en rendre compte, et le poids de la responsabilité l'assaillait soudain. Pourtant Jim n'était pas homme à se soucier des états d'âmes des autres. Sebastian l'avait fait changer, et il n'était pas certain d'apprécier ce changement. Surtout en cet instant où son assurance habituelle le désertait. Pourquoi Seb était-il d'un coup devenu aussi violent ? Pourquoi était-il parti précipitamment ? Allait-il seulement revenir ?

Impossible de contacter le sniper pour lui ordonner de rentrer. Il ne pouvait pas non plus le tracer, pas sans son téléphone. Mais il fallait qu'il le retrouve. Jim connaissait son petit ami, et dans l'état dans lequel il se trouvait sûrement, Sebastian ne réfléchissait pas, et il risquait de commettre des actes qu'il regretterait plus tard. Il repêcha son téléphone au fond des coussins et composa un numéro, avant de se mettre à faire les cents pas dans le salon.

-Dekker ! lança-t-il sans préambule quand son correspondant décrocha. Trouvez Moran. Il est quelque part en ville… probablement, ajouta-t-il après réflexion. Je veux que vous le localisiez le plus rapidement possible. Fouillez tous les bars, tous les clubs louches, IMMEDIATEMENT !

-Bien, Monsieur, fit une voix étouffée à l'autre bout du combiné. Mais… c'est la nuit, Monsieur.

-Et alors ? Magnez-vous le train, si vous voulez voir la lumière du soleil demain matin !

-Très bien. Devons-nous le faire abattre, Monsieur, ou vous le ramener vivant ?

Moriarty failli s'étrangler, avant de réaliser que son ordre impliquait généralement la mort de la cible.

-Non ! Vous le gardez à l'œil, et vous me prévenez immédiatement dès que vous avez la moindre information.

Il raccrocha sans laisser le temps à l'homme de répondre. Il n'était en théorie plus en service, mais ses hommes avaient l'habitude de travailler à des horaires sporadiques, et Dekker était un as quand il s'agissait de traquer quelqu'un. Hors de question qu'il attende le lendemain matin. Son réseau était peut-être limité, mais Dekker ferait tout ce qui était possible pour répondre aux ordres, Jim en était certain.

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Londres à minuit était silencieuse et glauque. Les bruits de la ville – véhicules aux loin, grondement des tuyaux… - résonnaient toujours, mais à part l'occasionnel clochard ou alcoolique, les rues envahies de brouillard paraissaient morte. Cela convenait très bien à Sebastian Moran : moins il croisait de monde, mieux c'était. L'air frais de la nuit avait mis un moment à le ramener à la raison, et il avait marché (après avoir couru) longtemps dans la ville, tentant d'échapper aux démons qui ressassaient dans son esprit des images d'horreur, de douleur et de crainte. Après avoir traversé une bonne partie de Londres, il avait fini par retrouver ses esprits, et vagabondait à présent dans la cité vide, l'esprit en proie à un bouillonnement de pensées.

Il avait quitté l'appartement de Jim en catastrophe, sans rien emmener d'autre avec lui que de quoi ne pas mourir d'hypothermie. Il n'avait aucune idée de l'état dans lequel Jim était en ce moment, mais une chose était sûre : rentrer était la pire des solutions. Surtout après qu'il ait étranglé son patron. Il connaissait Moriarty très personnellement, et il était bien placé pour savoir que toutes les rumeurs sur les personnes qui l'avaient trahi étaient vraies. Sebastian avait beau jouir d'une position enviable auprès de lui, il était peu probable qu'il s'en sorte sans dommage. Tout ce qu'il pouvait faire pour l'instant, c'était se cacher en espérant que la colère de Jim retombe un peu, et qu'il n'ait pas à faire face à son futur ex-petit ami dans le feu des événements. Il caressa un instant l'idée de s'enfuir hors de Londres, voir à l'étranger mais il ne connaissait pas l'étendu du réseau de Moriarty en dehors de la ville, et il était probable qu'il ne ferait qu'aggraver son cas sans réussir à se mettre hors de danger.

Qu'avait-il pensé en attaquant Jim ainsi ? Il aurait dû réfléchir plus loin que le bout de son trouble de stress post-traumatique, lutter contre la panique qui lui brouillait l'esprit, comprendre que la situation n'avait rien à voir avec ses souvenirs… Sebastian devait quasiment se retenir de se flanquer des claques à lui-même. Quelques liens, et il avait complètement perdu la maîtrise de ses pensées. Si seulement il avait eu le courage de parler à Jim de son passé et de la guerre, ça ne serait probablement pas arrivé. Mais il voulait à tout prix éviter de replonger dans le passé. A présent il se haïssait pour sa propre faiblesse.

Il vivait un équilibre précaire – aucun homme n'aurait jamais pu espérer se retrouver aussi proche d'une personne aussi dangereuse et versatile que James Moriarty, encore moins un simple homme de main tel que Moran. Il ne savait pas quels sentiments exactement le criminel entretenait à son égard, ou même s'il s'agissait bel et bien de sentiments : il était parfaitement possible, vu les antécédents du personnage, qu'il se contente de jouer un rôle pour profiter de Sebastian. Ce dernier s'en doutait, et n'en avait cure : si c'était le seul moyen d'être auprès de l'homme qu'il aimait, ça lui suffisait. Mais il savait que leur relation, quelle qu'en soit la réelle nature, ne survivrait pas à un coup pareil, et selon toute probabilité, lui non plus. Le mieux qu'il puisse espérer soit que Moriarty se contente de détruire son honneur et sa réputation et le renvoie dans le caniveau. Il pourrait toujours s'établir ailleurs et repartir de zéro. Mais il s'imaginait mal le Napoléon du crime être aussi magnanime.

A la réflexion, il n'était pas certain que laisser de l'eau couler sous les ponts adoucirait le criminel. Mettre le plus de distance entre sa bévue et leur prochaine entrevue lui laisserait le temps d'imaginer le meilleur moyen de détruire le sniper, et Jim était créatif dans ce domaine, oh oui. Mais Sebastian n'avait pas la force de faire face à l'homme qu'il aimait après ce qu'il venait de faire il résolut donc de faire profil bas et se cantonner aux endroits où il savait que la Firme n'avait pas accès. Elle finirait par mettre la main sur lui un moment ou un autre, autant profiter des quelques moments de liberté qui lui restaient.

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Jim Moriarty faisait les cents pas dans son appartement depuis bientôt quinze minutes. Il avait passé plusieurs heures à tenter de s'occuper en rangeant tout, en s'intéressant aux différents dossiers et aux menus problèmes que les criminels de bas étage lui soumettaient, mais les distractions n'avaient pas duré longtemps, et rien ne semblait pouvoir éloigner ses pensées de Sebastian. Où est-ce que cet imbécile avait bien pu aller ? Le sniper pouvait être n'importe où, et plus le temps passait, plus il s'éloignerait. Jim connaissait son petit ami et son caractère impulsif, et il était certain que Sebastian tenterait par tous les moyens de s'éloigner de lui. S'il n'avait fait que s'enfuire, le petit irlandais ne se ferait pas de souci, Sebastian finirait par revenir – par loyauté, par peur, par regret, peu importait. Mais avec ce qui s'était passé, le doute n'était plus permis : il le détestait. Ce qui avait pu provoquer ce changement restait un mystère à Jim, ce qui ne faisait que le frustrer encore plus. Il avait fait quelque-chose qui avait mis son compagnon en colère, fait un faux pas quelconque, appuyé sur le bouton qui déclenchait la fureur du tigre, mais quand ? Jim était persuadé de ne pas avoir agi différemment de d'habitude. Il commençait à craindre que ce sentiment ai été là depuis longtemps, latent, et qu'il n'ait fait que déclencher une bombe déjà existante. N'aurait-il pas dû le remarquer plus tôt ? Il pouvait d'habitude lire en Sebastian comme dans un livre ouvert, mais plus il croyait le connaitre, plus il se rendait compte de la complexité de l'homme. Sous ses dehors simples et brusques, le sniper était un homme mystérieux, un puzzle que Jim rêvait de reconstituer. Il s'était trop attaché à lui, il s'en était rendu compte depuis un moment déjà, mais il ne serait pour rien au monde revenu en arrière. Et la perspective d'avoir perdu Sebastian, avec tout ce qu'il lui apportait de nouveau et de meilleur, l'horrifiait. Mais c'était surtout l'idée de perdre Sebastian lui-même qui lui faisait peur.

Peur ? Lui ? C'était un sentiment qui lui était pourtant étranger en temps normal, mais il devait bien admettre que c'était de la peur qui lui nouait le ventre à présent.

Il avait commis une erreur, sans savoir laquelle. S'il parvenait à la réparer, à faire comprendre à Sebastian qu'il n'avait pas eu d'intentions mauvaises à son égard, peut-être que tout rentrerait dans l'ordre.

La sonnerie de son téléphone le tira momentanément de ses pensées moroses. Il décrocha sans attendre.

-Dekker ! appela-t-il dans le combiné. Où est-il ?

Un instant de silence précéda la voix hésitante de Dekker.

-On ne sait pas, Monsieur.

-Je n'ai pas de temps à perdre à tourner autour du pot, siffla Moriarty. Je vous ai dit de m'appeler dès que vous l'auriez trouvé. Qu'est-ce qui se passe ?

Dekker n'en menait manifestement pas large quand il répondit :

-Nous n'en avons aucune idée, Monsieur. Nous avons fouillé tous les recoins de Londres qui nous sont accessibles, tous les genres d'endroit qu'il pourrait fréquenter. Rien. Nous avons cru retrouver sa trace un moment, mais…

-Cherchez mieux!

Jim ne lui laissa pas le temps de se justifier, et raccrocha le téléphone. Quelle bande d'incapables! Sebastian ne pouvait pas s'être évaporé dans les airs, et il n'avait pas quitté Londres – c'était impossible sans argent, et il avait tout laissé à l'appartement. Dans son empressement, le sniper avait au moins laissé une garantie de son retour.

Si les hommes de Dekker n'avait pas réussi à mettre la main sur le fugitif, peut-être que la présence de leur employeur les motiverait à y mettre un peu plus du leur. De toute manière, Jim n'en pouvait plus de rester ici à rien faire et à se ronger les sangs. Il enfila donc un manteau et appela son chauffeur, avant de quitter l'appartement.

Une quinzaine de minutes plus tard, il était dans les locaux d'où ses hommes effectuaient leurs recherches. Dekker l'accueilli avec une mine soucieuse.

-Je suis désolé, Monsieur. Nous continuons de chercher, mais nous n'avons trouvé aucune trace de Moran pour le moment.

Moriarty enfila le couloir à grand pas, suivi de près par son subalterne.

-Vous m'avez dit avoir trouvé une piste, rappela-t-il d'une voix menaçante.

-C'est le cas, Monsieur, dans Soho, mais nous l'avons perdu. Aucun moyen de savoir si c'était bien lui ou pas. On peut retracer une partie de son trajet depuis chez vous, mais après quelques rues, il disparait dans le néant. Il n'apparait sur aucune caméra de surveillance, aucun contact en ville ne dit l'avoir vu, nous avons contacté toutes les personnes qui lui sont proches – elles ne sont pas nombreuses – mais aucune nouvelles de lui.

Jim s'arrêta, pensif, devant un écran montrant une rue anonyme de Londres, désespérément vide. Les quelques personnes qui travaillaient sur les machines, vérifiant toutes les caméras et tous les registres de la ville, observaient à présent leur patron sans oser faire le moindre mouvement.

Dekker tenta de combler le silence oppressant.

-On a vraiment fouillé tous les recoins possibles, mais notre réseau a ses limites, Monsieur. Il y a des endroits auquel nous n'avons pas accès.

-Il sait exactement où aller pour qu'on ne le retrouve pas, marmonna Jim, plus pour lui-même que pour Dekker. Il est sorti du radar, il savait que je le chercherais.

-Si je ne m'abuse, Monsieur, Moran dirige le département des assassinats, n'est-ce pas ? Comment peut-il en savoir autant sur le réseau de recherche?

Le regard que lui jeta le son patron fit clairement comprendre à Dekker que la question ne le concernait aucunement.

Jim s'enfonça dans ses pensées, ignorant complètement les gens autour de lui, qui se tenaient aussi silencieux que des cadavres. Sebastian Moran savait où la main de Moriarty ne pouvait pas aller, et se cachait justement là. Il finirait bien par devoir bouger, mais le temps était compté, et avec ses moyens actuels, Jim ne pouvait pas retrouver Sebastian, pas sans envoyer des hommes sur le terrain, ce qui prendrait un temps fou. Et chaque seconde qui passait détruisaient un peu plus ses chances de redresser la situation.

Il restait une solution. Là où son réseau n'avait pas accès, un autre pouvait voir et entendre partout où il le souhaitait. Mais la personne qui possédait tous ces yeux et ces oreilles n'était pas à proprement parler son ami, et s'ils entretenaient des relations polies, il s'agissait avant tout d'un bras de fer pour le contrôle de la ville, dans lequel chacun tentait d'obtenir le plus d'informations sur l'autre pour prendre l'avantage. Son adversaire se voyait très certainement du côté du Bien, mais pour Moriarty ils utilisaient les mêmes méthodes, et l'homme n'avait guère plus de morale que lui-même.

Il savait qu'il l'aiderait, il l'avait déjà fait par le passé, et Moriarty lui avait lui-même fourni son assistance dans des situations où il n'avait pas le bras assez long, ou plutôt, assez tordu. Mais tout avait un prix, et celui des services du royaume d'Angleterre était cher.

Pestant contre les extrémités auxquelles le forçait son sentimentalisme, Jim Moriarty quitta la pièce sous les yeux angoissés des employés, et sorti dans le couloir désert. Puis il sortit une énième fois son téléphone de sa poche et composa le numéro de Mycroft Holmes.

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Mycroft Holmes était au beau milieu d'une réunion avec sa secrétaire personnelle au sujet des prochaines élections présidentielles coréenne lorsque son téléphone se mit à vibrer. De nombreuses personnes l'appelaient tout le temps, raison pour laquelle il le laissait toujours en silencieux et n'y prêtait guère attention. Il se contenta donc de jeter un coup d'œil distrait à l'écran, puis y reporta toute son attention lorsqu'il réalisa qui l'appelait. Il esquissa un geste de la main en direction d'Anthéa, qui s'était d'ailleurs déjà tue. Il décrocha le téléphone et le porta à son oreille, tout en se levant de son fauteuil.

-Holmes, fit une voix dans le combiné.

-Moriarty, répondit Mycroft d'un ton neutre, hochant légèrement la tête. Que me vaut cet appel ?

Il y eu un instant d'hésitation avant qu'une réponse ne lui parvienne.

-Holmes, j'aurais besoin de vos… services, annonça Moriarty.

Mycroft fronça les sourcils. Jim Moriarty possédait son propre réseau, certes bien moins étendu que celui du gouvernement britannique, mais qui ne manquait pas de ressources et le Napoléon du crime n'aimait pas devoir s'appuyer sur l'aide d'autrui.

Anthéa se leva pour sortir de la pièce, mais son employeur lui signifia d'un geste de la main qu'elle pouvait rester.

-Quelle peut-être la situation dans laquelle vous vous trouvez, qui vous oblige à avoir recours à moi ? demanda Holmes avec une curiosité dissimulée.

-Je veux retrouver quelqu'un, répondit Moriarty. Je l'ai cherché, mais il échappe à mon réseau parce qu'il le connait trop bien.

Mycroft eut un petit sourire entendu.

-Un traître, je présume.

La voix de l'autre côté du fil se fit plus froide.

-Vous n'avez pas besoin de savoir cela.

Il était difficile d'analyser une voix au téléphone, et Moriarty savait très bien maîtriser son ton pour y faire paraître les émotions qu'il désirait. Holmes remarqua néanmoins qu'il semblait s'être braqué, ce qui était inhabituel, pour autant qu'il puisse en juger. Ce subalterne fugueur semblait être une corde sensible.

-Je pense que je peux vous aider. Mais ce ne sera pas gratuit, vous vous en doutez.

Son correspondant marqua une hésitation, avant de répondre :

-J'ai des informations qui peuvent vous intéresser.

-Au sujet de… ?

-Un attentat qui va avoir lieu à Manchester dans trois jours, annonça Moriarty.

Mycroft haussa un sourcil.

-Un attentat ? De quel groupe s'agit-il ?

-Tut-tut-tut. Je vous ai déjà donné une information, qui va coûter gros à ma réputation, répliqua Moriarty. Retrouvez mon homme et je vous communiquerais les détails. Pas avant.

Holmes se renfrogna.

-Qu'est-ce qui me dit qu'il va réellement y avoir une attaque ?

-Voyons, Holmes. Nous sommes tous les deux des hommes raisonnables et nous n'avons aucune raison de nous mentir. Manchester, dans trois jours. Si vous voulez pouvoir y sauver quelqu'un, retrouvez Sebastian Moran avant demain matin. Il est quelque-part dans Londres, il est peu probable qu'il ait quitté la ville. Je vous enverrais une photo de lui dans quelques instants.

Mycroft réfléchi un moment. Moriarty était manifestement le seul à savoir quoi que ce soit sur cette attaque, donc le seul à pouvoir l'empêcher. Et le gouvernement avait vraiment besoin de ces informations. Après tout, à chaque reprise où Moriarty et Holmes avaient dû faire affaire ensemble, ils s'étaient tous deux montrés honnêtes – pour autant qu'un tel qualificatif puisse s'appliquer à un criminel consultant et à un homme qui tenait le gouvernement britannique dans le creux de sa main.

-Très bien, répondit finalement Mycroft. Je vais faire en sorte de mettre la main sur lui. Je me contenterais de vous donner sa localisation dès que nous l'aurons trouvé. S'il est hors de Londres, en revanche, je ne peux pas garantir de le retrouver avant demain. Il n'a pas de téléphone ou d'appareil traçable sur lui, je suppose ?

-Aucun. Je vous transmettrais mes informations quand vous l'aurez trouvé. Contactez-moi directement, pas un proxy.

-Entendu.

Mycroft Holmes raccrocha le téléphone et jeta un regard fatigué à Anthéa.

-Bon, vous l'avez entendu. Dites aux traqueurs qu'il faut retrouver un certain Sebastian Moran – il jeta un coup d'œil à son téléphone – grand, blond, nombreuses cicatrices, qui se cache quelque-part dans Londres. Et qui se cache bien. Faites-leur comprendre que c'est urgent. Je vous envoie sa photo.

-Bien, monsieur, répondit Anthéa en se levant.

Mycroft repris place à son bureau tandis que sa secrétaire sortait de la pièce en emmenant des dossiers. Plus que la menace d'attentat, ce qui l'intéressait surtout était de savoir ce qui pouvait bien pousser Moriarty à avoir recours à ses services et agir autant dans l'urgence. C'était une affaire à suivre de près.

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Il était dans les cinq heures du matin lorsque le téléphone de Jim Moriarty sonna à nouveau. Il était allongé sur son lit depuis plusieurs heures, dans une vaine tentative de s'endormir. La sonnerie le fit se redresser brusquement, et il décrocha immédiatement en voyant le nom de son correspondant.

-Nous l'avons trouvé, fit la voix de Mycroft Holmes à l'autre bout du fil. Il est à Brixton.

Enfin ! Jim se leva et se mit à faire les cent pas à nouveau.

-Où exactement ?

-Sur Mervan Road, pour l'instant. Il se dirige vers Saint Matthew's Park.

-Et vous êtes bien sûr que c'est lui ?

Jim commença à enfiler son manteau pour quitter l'appartement. Si Sebastian avait bien été retrouvé, il ne voulait pas perdre un instant.

-Certain. Nous l'avons suivi pendant un moment depuis Stockwell, et les images caméra correspondent parfaitement à sa photo.

-Entendu. J'y envoie immédiatement quelqu'un, mentit-il.

Un raclement de gorge retentit.

-Et cet attentat, Monsieur Moriarty ?

Jim sourit. Holmes ne perdait jamais le nord.

-Je vous envoie tout ce que vous devez savoir dans un instant. C'est un gros investissement que je perds, soyez-en conscient. Et je vous prierais de rester discret concernant votre… source.

-Cela va de soi.

-Bien. Au revoir, Monsieur Holmes.

Il raccrocha le téléphone et appela immédiatement Dekker pour lui transmettre la localisation de Moran et lui dire de le garder en vue, après quoi il appela son chauffeur.

Le trajet jusqu'à Brixton lui sembla durer des siècles, et Jim ne tenait plus en place. Ce qu'il ressentait était bien au-delà de l'anxiété ou de l'appréhension. Sebastian avait passé la nuit à vagabonder seul dans les rues de Londres en se cachant de lui, et il y avait forcément une raison à cela. Une raison que Jim n'était pas certain d'apprécier mais il fallait absolument qu'il tire les choses au clair avec son petit ami, s'il restait ne serait-ce qu'une chance de réparer la situation. Quoi qu'il en soit, il voulait comprendre à tout prix ce qui avait pu pousser Sebastian à s'enfuir. Il s'abstint de songer à ce qui se passerait si le sniper refusait de lui parler, ou pire, refusait de revenir avec lui. Ce n'était pas une option qu'il voulait envisager.

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Le jour allait bientôt se lever, et Sebastian sentait poindre les premières lueurs de l'aube. Il ne savait pas depuis combien de temps il marchait, et la fatigue lui brouillait l'esprit, sans pour autant réussir à l'arrêter. Il avait tenté de dormir sous un porche plus tôt dans la nuit, mais n'avait réussi à grappiller qu'une ou deux heures d'un sommeil agité et peu réparateur. Il faudrait pourtant qu'il arrive à se reposer, manger, et décider de la marche à suivre – il ne pouvait pas errer ainsi dans les rues de Londres indéfiniment.

Un cri s'éleva soudain derrière lui.

-SEBASTIAN AUGUSTUS MORAN !

Sebastian se stoppa net, sans oser se retourner. Il avait parfaitement reconnu la voix de Jim Moriarty, pourtant déformée par la distance et le cri. Il avait fini par le retrouver, finalement. Le cœur du sniper se serra, et il rassembla son courage en vue de la confrontation qui allait avoir lieu. A en juger par la voix de Jim, ce dernier n'était pas de la meilleure humeur possible – le contraire aurait été étonnant.

Il finit par se retourner, et vit la silhouette frêle du petit irlandais qui courait dans sa direction, les cheveux au vent et son costume à peine ajusté. Il s'arrêta en arrivant devant Sebastian, le souffle court, et s'avança jusqu'à être à quelques centimètres du sniper. Ce dernier se composa un visage neutre – Moriarty savait parfaitement lire les gens, mais il n'allait pas lui faciliter la tâche pour autant. Jim, en revanche, ne faisait rien pour cacher ses émotions, et Sebastian lisait sur son visage sa colère, et également ce qu'il aurait qualifié d'anxiété s'il ne connaissait pas aussi bien Jim.

-Pas de nouvelles, gronda ce dernier sans attendre que le sniper ai pu ouvrir la bouche. Pas de téléphone, pas de message, et tu es sorti de nos radars. J'ai passé la nuit à remuer tout Londres pour mettre la main sur toi, espèce d'imbécile !

Sebastian recula d'un pas et détourna le regard. Il connaissait bien les sautes d'humeur de Jim, pour en avoir été témoin à de nombreuses reprises. Pourtant la manière qu'il avait de parler calmement, doucement avant de se mettre soudain à crier avait le don de déstabiliser le plus serein des hommes, et Sebastian était loin d'être cet homme-là.

Il pouvait tenter de désamorcer la bombe, mais sans grand espoir.

-Je suis désolé. Vraiment, Boss. Ce que j'ai fait est impardonnable, et je le sais. Tu peux comprendre que mon premier réflexe n'ai pas été de rentrer.

-Et pourquoi donc ? Tu aurais pu me contacter, essayer de me parler. Et nous avons beaucoup de choses dont nous allons devoir parler, Sebastian.

Jim ne le quittait pas des yeux, et le sniper avait le plus grand mal à garder son sang-froid. Il n'avait qu'une envie, s'enfuir d'ici mais ce n'était plus une option. Ça ne l'avait d'ailleurs jamais été.

-On est vraiment obligés d'en passer par là ? demanda-t-il néanmoins en secouant la tête. Explications ou pas, ça ne changera rien à ce que j'ai fait, ni à mes chances d'être pardonné. Alors je t'en prie, contente toi d'appliquer ta punition, ou quoi que ce soit que tu comptes faire de moi.

Jim resta un instant silencieux, le visage décomposé. Etait-ce de la douleur que Sebastian lisait dans son regard ?

-Sebastian Moran, si j'ai passé toute la nuit à te chercher au lieu d'attendre que tu reviennes de toi-même, c'est pour avoir ces explications. Je veux comprendre où est-ce que j'ai fait un faux pas. Il n'y a rien à pardonner, sûrement pas de ton côté en tout cas. Je ne peux pas me corriger si tu refuses de me dire ce que j'ai fait de mal !

Sebastian fronça les sourcils, incertain de ce qu'il venait d'entendre.

-Tu es en train de dire que tu ne m'en veux pas ?

-T'en vouloir ? T'en vouloir ?

Jim secoua la tête, l'air désespéré par la stupidité de son compagnon.

-Tu n'étais pas dans ton état normal, et je sais que c'est de ma faute. Et si tu acceptais seulement de me dire ce qui s'est passé, et pourquoi tu me déteste au point de t'enfuir sans laisser de traces, peut-être que je pourrais trouver un moyen de réparer… de réparer ce que j'ai brisé entre nous.

Sebastian écarquilla les yeux sous le coup de la surprise. Soit Jim jouait très bien la comédie, soit les événements l'avaient vraiment blessé plus qu'il ne l'avait cru. Jamais le Moriarty qu'il connaissait ne reconnaitrait avoir fait une erreur, encore moins demanderait comment la réparer.

Le cœur serré, il tendit la main vers le bras de Jim.

-Je ne te déteste pas, fit-il d'une voix qui tremblait plus qu'il ne l'aurait voulu. Je croyais que c'était toi qui me détesterait, après ce que j'ai fait… je suis désolé, Boss.

- Ne m'appelle pas comme ça, Bastian, répliqua le criminel. Je ne suis pas ton patron aujourd'hui, je suis ton petit ami! Quand est-ce que tu te mettras ça dans la tête ?

Malgré la peur, la résignation et l'anxiété qui l'étreignaient depuis que Jim était arrivé, un sourire soulagé apparut sur les lèvres du sniper. Si le criminel se considérait toujours comme son petit ami, tout n'était peut-être pas perdu.

-Je crois que j'ai compris maintenant, Jim.

Jim sourit à son tour, un sourire quasiment invisible, mais il était là tout de même.

-Parfait.

Se hissant sur la pointe des pieds pour se mettre à la hauteur du sniper, il l'attira vers lui pour l'embrasser. Sebastian eu d'abord un réflexe de recul, mais il se laissa aller en sentant les lèvres de Jim se poser sur les siennes. Il avait cru ne plus jamais les goûter, et tous ses espoirs revenaient en même temps que ses lèvres avides prenaient d'assaut celles du criminel. Ils s'embrassèrent pendant ce qui sembla durer une éternité, avant que l'air froid du matin ne vienne à nouveau remplacer le contact brûlant de l'autre lorsque Sebastian s'éloigna finalement.

-Je suis désolé… murmura-t-il.

-Je t'en prie, Sebby, cesse un peu de t'excuser ! Dis-moi seulement ce qui s'est passé. Qu'ai-je fait pour que tu réagisses ainsi ?

Sebastian baissa la tête. Il avait toujours cherché à cacher cet aspect de son passé à son petit ami, malgré l'insistance de ce dernier. Mais il aurait pourtant dû lui en parler plus tôt, et il était à présent trop tard pour éviter la question.

-C'est lorsque tu m'as attaché. J'ai… j'ai paniqué.

Le silence s'installa durant quelques instants. Jim ne semblait pas vouloir répondre, Sebastian reprit donc la parole.

-Tu m'as toujours demandé d'où venaient ces cicatrices.

Il se retourna pour se mettre dos à lui et tira sur sa veste pour faire apparaître le haut de son dos. Jim restait silencieux et immobile, l'air grave.

-Ca date de la campagne du Bengale. Ce n'est pas un événement que j'aime me remémorer, mais… il faudra bien que je t'en parle un jour ou l'autre, alors autant que ce soit aujourd'hui.

Il se retourna à nouveau vers Jim.

-J'ai été capturé, avec le reste de mon bataillon. A ce jour, je ne sais toujours pas si ceux qui nous ont pris en otages étaient des soldats, ou un groupuscule armé. Mais ils voulaient obtenir des informations sur notre camp. Et ils les ont obtenues… de la manière forte.

Sebastian se passa une main sur le visage, avant de relever les yeux vers Jim.

-Ils nous ont torturés, Jim. Des semaines. Des semaines que j'ai passées dans ce caveau sordide, à me faire charcuter, frapper, à écouter hurler mes camarades alors que j'étais enchaîné, impuissant. Tu n'as pas idée de l'horreur que c'était.

Il ferma les yeux. Jim ne disait toujours rien, mais il avait pris sa main dans la sienne et la serrait à s'en faire blanchir les phalanges.

-Au bout d'un moment, je ne sentais plus la douleur. J'ai voulu résister, Jim, mais on finit tous par parler un moment ou un autre. Nous ne savions quasiment rien de toute manière, et ils n'avaient en fin de compte pas besoin de prétexte pour nous torturer. Quand ils en ont eu assez de jouer avec nous, ils m'ont jeté, moi et les deux autres survivants, devant les portes de notre caserne. Je suis étonné qu'ils ne nous aient pas laissé mourir en pleine nature.

Il se tût un instant, avant de reprendre.

-Je n'ai plus peur de la douleur maintenant. On pourra me blesser autant qu'on veut, rien ne sera pire que ce que j'ai subi là-bas. Mais je ne peux pas supporter d'être entravé. J'ai l'impression d'y être à nouveau… Et tu as vu ce qui en résulte.

Le silence prit à nouveau possession des lieux. Jim avait les yeux rivés dans ceux de Sebastian, serrant toujours sa main comme un étau. Une boule s'était nouée dans la gorge du sniper. Il aurait préféré que Jim ignore tout de cette histoire, ne connaisse pas l'époque où il était faible et sans défense. Mais même s'il n'en connaissait pas les détails sordides, le criminel connaissait surement déjà le passé du sniper. Et il était parfois nécessaire de parler des anciennes blessures, si on ne voulait pas en créer de nouvelles.

Jim brisa finalement le silence oppressant qui les enveloppait.

-Je les retrouverais, Sebastian. S'il n'en reste ne serait-ce qu'un en vie, je te jure que je le retrouverais et je lui ferais payer pour ce qu'ils t'ont fait.

Sebastian eut un sourire amer.

-Ils sont tous morts. Leur QG a été bombardé. Tu n'as plus à te soucier d'eux, Jim, c'est du passé. Passé et enterré sous dix tonnes de terre et de débris d'obus.

Il se pencha pour embrasser le petit irlandais, plus doucement cette fois-ci.

-Je t'en prie, n'en parlons plus.

Jim hocha la tête.

-Nous devons rentrer, Sebby, dit-il finalement en se mettant en marche, tirant son compagnon à sa suite. Tu n'as pas dormi de la nuit, et moi non plus. Et tu as interdiction formelle de disparaître à nouveau comme ça, tu m'as bien compris ?

-Bien compris, Boss, répondit Sebastian avec un sourire en coin.

oOoOoOo

Assis derrière un écran, les mains croisées sous son menton, Mycroft Holmes observait les deux silhouettes s'éloigner le long de la rue jusqu'à finalement disparaître du champ de la caméra. Il se renversa dans son fauteuil, songeur. La vidéo de surveillance était silencieuse, mais cela ne l'avait nullement empêché de comprendre la raison derrière l'étrange empressement de Moriarty. Ce dernier n'avait pas particulièrement cherché à le cacher.

-Eh bien, il semblerait que notre Napoléon du Crime ait un point faible…

Il se tourna vers Anthéa, qui se tenait, silencieuse, derrière son fauteuil.

-Avons-nous un dossier sur Sebastian Moran ?

-Non, Monsieur, répondit la secrétaire en secouant la tête.

-Eh bien, veillez à en commencer un. Je veux tout ce qu'i savoir sur cet homme.

Il se leva, éteignit l'ordinateur et quitta la pièce, satisfait. Après tout, il y avait peut-être un moyen de coincer Moriarty.