Pour toujours
Note de l'auteur : Une nouvelle histoire qui s'achève. La fin me laisse un peu triste, mais ce n'est pas une mauvaise tristesse. Cette fic a commencé par un mariage et finit par un mariage. La boucle est bouclée. Déjà des idées pour la suite, hâte de l'écrire.
Bonne lecture et merci de m'avoir suivi dans cette aventure, une nouvelle fois. A très vite mes tribbles !
USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.
Le vaisseau était en effervescence. Déjà parce que nous étions sur le départ et que chacun faisait les dernières vérifications de routine, pour vérifier que tout allait bien. Ensuite, parce que garder un événement, tel qu'un mariage, secret à bord, était illusoire. Vu que tous les membres d'équipage connaissaient l'existence de nos doubles, la nouvelle n'avait étonné personne. Mais la plupart semblaient ravis. Notre responsable des loisirs avait de nouveau mis les petits plats dans les grands et la réception promettait d'être à la hauteur de nos hôtes.
Nous nous trouvions actuellement dans nos quartiers. Spock m'aidait à ajuster ma tenue de cérémonie, alors que j'essuyais mes mains moites de sueur, sur mon pantalon, dans un geste nerveux.
« Calme-toi. Tout va très bien se passer. » Tenta-t-il de me rassurer.
J'allais répondre, quand Bones entra, sans même s'annoncer, d'un pas furibond, son propre uniforme à moitié débraillé.
« Tu pourrais frapper ! » M'indignais-je, en le regardant commencer à faire les cent pas.
« Au cas où vous seriez en train de forniquer comme des bêtes ? Y a-t-il un moment où ce n'est pas le cas, de toute manière ? » Rétorqua-t-il, n'étant visiblement pas dans son état normal.
« Mais, tu es complètement saoul, ma parole ! » M'exclamais-je, alors que Spock restait muet, parfaitement choqué par les paroles de mon ami.
« Oui ! Et alors ? » S'écria-t-il, en remuant ses bras, mettant à mal son équilibre précaire.
Je le rattrapais, avant qu'il ne s'étale au sol et l'aidais à s'asseoir sur un fauteuil.
« Alors ? Tu dois être témoin d'un mariage dans moins d'une heure et tu ne peux pas aligner deux phrases cohérentes, sans te vautrer lamentablement ! Tu peux m'expliquer ce qui t'a pris ? Vous vous êtes disputés avec Nyota ? » Demandais-je, en me posant sur l'accoudoir de son siège.
Mon compagnon pris place en face de nous, toujours silencieux.
« Non, tout va bien entre nous. » M'assura-t-il, en appuyant sa tête sur ma cuisse. « Ça tourne. » Baragouina-t-il, avant d'essayer de se lever, en fixant désespérément l'entrée de la salle de bain.
Comprenant le message, je le soulevais par les aisselles et l'accompagnais précipitamment jusqu'aux toilettes. Il se laissa tomber à genoux devant la cuvette et rendit son dernier repas. Je m'emparais d'une serviette, avant de la passer sous l'eau froide. J'en tapotais ensuite sa nuque, puis son visage, après que les spasmes se soient calmés. Il resta assis par terre, après avoir tiré la chasse, reprenant une respiration normale. Spock nous rejoignit, avec un verre où des herbes flottaient dans un liquide transparent. Il le tendit à Leonard, sans dire un mot.
« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda mon ami, d'une voix enrouée, après avoir reniflé le breuvage.
« Des herbes médicinales de Vulcain. Tu te sentiras mieux après les avoir avalées. » Le renseigna-t-il, sans montrer la moindre émotion, avant de retourner dans la chambre, sans même lui laisser le temps de le remercier.
« Tu crois qu'il m'en veut ? » Me demanda-t-il, avant de boire une gorgée et de grimacer.
« Ne t'inquiète pas de ça pour le moment. Tu te sens de te lever ? » L'interrogeais-je.
« Oui. Les vertiges sont passés. » M'assura-t-il, avant de se mettre debout tout seul, pour me le prouver.
Je restais malgré tout prêt à le retenir, au cas où. Il se traîna dans l'autre pièce et nous nous rassîmes tranquillement.
« Vas-tu enfin t'expliquer ? » Le relançais-je.
Il prit le temps de terminer sa boisson, en essayant de ne pas trop montrer à quel point il trouvait le goût immonde, pour ne pas vexer Spock, sans grand succès, avant de me répondre.
« Je voulais m'entretenir avec vos doubles, ce matin, pour parler de mon discours. Je ne sais plus trop comment, mais mon propre mariage avec Nyota est venu dans la conversation. C'est là, que l'air étonné, ils m'ont appris que dans leur dimension, ça ne s'était jamais produit. Nous n'étions même pas ensemble. Pas comme vous deux. Nous ne sommes peut-être même pas faits l'un pour l'autre. » Nous raconta-t-il, dépité.
« C'est ça qui t'a poussé à te mettre dans cet état ? » M'exclamais-je. « Enfin, Bones ! D'après eux, Andrea n'existe même pas dans leur monde ! Et Scotty n'en a pas fait une maladie. » Contrais-je, exaspéré.
« Qui est Andrea ? » Me demanda-t-il.
« Notre toute nouvelle ingénieure. Une androïde que Scotty a rencontré sur Vulcain. » Résumais-je. « Peut importe. Ce qu'il faut que tu saches, c'est que si Spock et moi sommes probablement un cas particulier, cela ne veut pas dire que ton couple est moins valable. Qui nous dit qu'il n'existe pas un univers parallèle où nous ne sommes pas ensemble ? Ou un autre où vous l'êtes, Nyota et toi ? Ce qui est important, c'est ce qui se passe ici et maintenant, Bones. » Tentais-je de le raisonner, en me levant. « Maintenant que tu vas mieux, terminons de nous préparer. J'ai une union à célébrer. » Concluais-je, en enfilant ma veste. « Et par pitié, prends une pastille à la menthe. »
Il soupira lourdement, avant de se mettre debout, lui aussi, dans l'intention de rajuster sa tenue quelque peu froissée. Son regard tomba alors sur Spock, toujours prostré dans son fauteuil.
« Écoute. Je suis désolé pour ce que j'ai dit tout à l'heure. C'était de très mauvais goût et totalement exagéré. »
« J'accepte tes excuses. Mais ne fais plus jamais de sous-entendus de ce genre. » Répondit mon compagnon, très sérieusement.
Il attendit ensuite que nous soyons enfin prêts et nous nous mîmes en route, direction la grande salle d'observation.
…
USS Enterprise, point de vue de Jim Prime.
J'étais plus qu'angoissé, debout sur l'estrade, face à cette assemblée. Le jeune moi, à mes côtés, semblait plus serein, tandis que je soupçonnais Bones, à ma droite, d'être légèrement ivre. Au premier rang, Amanda, souriante, simplement heureuse de regarder ce fils qui ne l'était pas vraiment, s'unir à moi. La porte s'ouvrit alors sur mon Spock, que je trouvais magnifique, et Sarek qui avait accepté de jouer le rôle du père, en toute logique. Ils s'avancèrent jusqu'à moi, avant de se séparer, l'un allant s'asseoir à côté de sa femme, l'autre venant se poster à ma gauche, vite rejoint par son alter ego.
Mon double, après s'être éclairci la voix, débuta le traditionnel discours. Celui que j'avais moi-même prononcé à plusieurs reprises, au cours de ma carrière, à l'occasion des mariages de mes membres d'équipage. Je n'imaginais pas, un jour, me retrouver à leur place. Et certainement pas, devant mon jeune reflet. Je me tenais très près de Spock, si bien que nos doigts se frôlèrent et qu'il m'emporta dans un baiser vulcain qui me donna des frissons délicieux dans l'avant-bras. Et si son regard resta fixé, très sérieusement, sur Jim, je pouvais percevoir la myriade d'émotions qui l'animaient de l'intérieur. L'amour, bien entendu, la joie, la fierté, ainsi qu'une certaine excitation. Le tout était évidemment à peine visible, sur son visage impassible. Mais quand ses yeux malicieux se posèrent finalement sur moi, un sourire immense orna mes lèvres. Il me paraissait toujours aussi beau et je l'aimais de toute mon âme.
Le discours de Leonard, quoique prononcé d'une voix quelque peu hésitante, me toucha profondément. Le jeune Spock, lui, avait su trouver les bons mots. Bien que concis, très simples et dictés sur un ton parfaitement neutre. Les sentiments étaient tout de même bien perceptibles, pour moi, pour nous.
Quand vint le moment de prononcer nos vœux, Bones me donna les alliances, et ma voix dérailla quelque peu. J'oubliais presque ce que je devais dire, mais Spock me prit les mains, son esprit se mêla au mien et mon angoisse disparut, tout comme le reste de la salle. Il n'y avait que nous, alors que je glissais l'anneau à son doigt, et je fus incapable de détacher mes yeux de ses mains gracieuses, quand il en fit de même pour moi. Je relevais ensuite la tête vers lui et il se pencha pour poser délicatement ses lèvres sur les miennes. Mes paupières se fermèrent doucement sous la caresse, alors que les applaudissements des invités raisonnaient à mes oreilles.
…
Le banquet fut mémorable. Des plats traditionnels vulcains étaient au menu, en plus des grands classiques de ce genre de cérémonie. Mais, à la première bouchée, je restais perplexe et me tournais vers mon double, curieux.
« Si la nourriture avait été aussi bonne à bord de mon Enterprise, je pense que j'aurais passé ma vie à manger. » Dis-je, en plaisantant.
Cependant, il me fixa sans comprendre, avant de lui-même goûter son assiette. À son expression, et à celles de ceux qui m'avaient entendu et essayé aussi, je compris que des aliments d'une telle qualité les surprenaient également.
« Tanzer ! » Appela le jeune Jim, en direction de son responsable des loisirs.
Le Diasporien accouru, pensant certainement qu'il manquait quelque chose au Capitaine.
« Monsieur ? »
« Vous avez fait venir des plats non-synthétiques de la planète ? » Demanda mon alter ego.
« Non, Capitaine. Ceux-ci sortent bien des réplicateurs. C'est l'œuvre de Monsieur Scott et de cette jeune femme blonde qui est nouvelle à bord. » L'informa l'alien.
À ses mots, nous nous tournâmes tous vers l'ingénieur en chef, assis à quelques chaises de là et qui avait tout entendu. Mon double et moi lui jetâmes un regard interrogateur, tandis que nos compagnons levaient un sourcil intrigué.
« Nous avons, en effet, fait venir des échantillons de mets frais directement de Vulcain, mais uniquement dans le but de les faire goûter aux synthétiseurs. » Expliqua vaguement l'Écossais.
« Depuis quand ces appareils ont-ils le sens du « goût », Scotty ? » Demanda Jim, en appuyant sur le dernier mot.
« Cette nuit, Capitaine. Quand nous avons trouvé le moyen de le leur donner. C'est une idée d'Andrea qui s'est inspirée de sa propre configuration. »
Tous les regards se fixèrent alors sur l'androïde, ce qui la mit visiblement mal à l'aise, malgré son sourire.
« Continuez comme ça et je ne risque pas de regretter de vous avoir accepté à bord. C'est délicieux. »
« Merci, Capitaine. » Répondit-elle, ravie.
Le repas reprit ensuite son cours normal, les conversations allaient bon train, les rires raisonnaient dans le mess, étouffant le tintement des couverts. À l'image de mes voisins de table, je mangeais avec un appétit certain. Même mon Spock, assit à ma gauche, tentait de ne pas trop donner l'air d'engloutir tout ce qui passait dans son assiette. Bénis soient Scotty et cette Andrea qui m'était parfaitement inconnue. J'aurais beaucoup aimé l'avoir parmi mon équipage, avec des idées pareilles.
…
Bien plus tard, le ventre plein, ayant peut-être un peu trop abusé du vin, je finis par me lever, mettant fin aux festivités. Mon homonyme m'imita, suivi de nos compagnons, ainsi que de Sarek et Amanda et nous quittâmes la pièce, très vite imités par la majorité des convives. Nos doubles nous raccompagnèrent tranquillement, tous les quatre, jusqu'à la salle de téléportation. L'heure du départ avait sonné pour l'Enterprise et j'allais devoir le regarder partir, sans moi, depuis le sol de cette planète qui était devenue mon nouveau foyer. Mais je savais que ceci n'était qu'un au revoir. Je reverrai ma dame de fer, ainsi que les deux hommes aux commandes, si semblables à nous et pourtant si différents. La mère de Spock consentit à laisser partir son fils, uniquement après une longue accolade, là où son père se contenta d'un salut vulcain, lui souhaitant longue vie et prospérité. Au final, c'était le plus important. Qu'ils voyagent ensemble, aussi longtemps que cela sera possible.
…
Nous nous matérialisâmes sur l'aire de téléportation, et alors que Sarek et Amanda nous quittaient, pour retourner à leur quotidien, je m'approchais de l'immense baie vitrée, avant de sortir sur la terrasse. Je levais les yeux vers le ciel, offrant mon visage au soleil implacable de Vulcain et plissais les yeux pour observer le majestueux vaisseau quitter son spatio-dock. Spock me rejoignit, pour profiter également du spectacle et dans un silence presque religieux, nous regardâmes longuement partir ce qui avait été notre foyer, dans un autre espace-temps. Le vent chaud emporta l'unique larme qui m'échappa, alors que mon compagnon serrait ma main à presque m'en faire mal. Quand nous décidâmes finalement de rentrer, le navire avait disparu de notre vue depuis longtemps, et c'est ensemble, que nous prîmes la route de ce qui serait, à présent, notre maison.
…
USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. kirk.
Assis dans mon fauteuil de commandement, je ne quittais pas des yeux, Vulcain qui s'éloignait sur l'écran principal. Je n'avais pas besoin de les voir, pour être sûr que nos doubles nous regardaient partir. Cela éveilla une certaine tristesse en moi et Spock, derrière sa console, se leva pour venir se poster à ma droite. Une main discrète vint de poser sur mon épaule et la serra doucement. Je fermais mes paupières sous la caresse, ravalant mon chagrin, me focalisant sur les missions à venir. Peu à peu, alors que la planète rouge faisait place à l'espace profond, quand nous passâmes à vitesse de distorsion, l'excitation et l'adrénaline ressuscitèrent le Capitaine de vaisseau en moi. Celui qui voudrait voyager pour toujours, aux côtés de Spock, jusqu'à la fin des temps…
FIN
