La prison dans laquelle il se trouvait, n'était pas un lieu particulièrement agréable. Thorin s'était douté que ce serait un endroit sombre, sale, bruyant et rempli de souffrance mais il y avait un détail qu'il n'avait pas prévu : l'odeur. Les geôles empestaient une pourriture nauséabonde. Thorin s'était retrouvé dans des étables répugnantes qui avaient plus de fraîcheur que ce lieu dégoûtant.

Lors de sa première nuit, on l'avait cloîtré dans une minuscule cellule se trouvant dans le plus bas et le plus sombre étage du donjon. Il fallait être vraiment très ouvert d'esprit pour appeler ça une cellule. Thorin avait connu des armoires à linge plus spacieuses que ça. Il pouvait à peine étirer les bras sans frapper un mur. La nuit suivante, il avait été transféré dans la zone d'attente principale où plusieurs autres hommes étaient enchaînés au mur. Il fut lui aussi mis aux fers, les bras au-dessus de la tête et les pieds attachés au mur.

Il n'était pas le seul nain dans ces donjons, ce qui l'attrista énormément, mais il n'en reconnut aucun. Ses camarades, au moins, s'étaient échappés.

Sa poitrine le faisait horriblement souffrir et il était certain d'avoir des côtes meurtries, sinon brisées. Son nez était cassé et tout son corps était couvert de bleus. Il était dans un état si lamentable que l'un des autres prisonniers avait été déplacé quand il avait été enchaîné.

Le soir, ils venaient pour lui. Une garde elfe aux longs cheveux roux et aux yeux verts décrochait la chaîne rattachant ses bras au mur et le conduisait à l'étage. Elle était très douce, et Thorin lui était, à contrecoeur, reconnaissant. Elle l'emmenait alors dans la salle "d'interrogatoire", qui était plus une salle de torture qu'autre chose. La garde elfe partait, le laissant seul avec Smaug et l'un de ses sbires. Thorin était pratiquement sûr que Smaug n'avait pas le droit de torturer ou même d'interroger les prisonniers de Dale. Son père était le Seigneur de la ville mais le dédain qu'il avait à l'égard de Thorin le poussait à faire lui-même le sale boulot.

Thorin ne parla jamais. Peu importe ce que Smaug lui faisait, Thorin ne prononça pas un mot. Il grognait de douleur, il cria une fois, mais il ne dit rien.

Après les "séances", on le ramenait là d'où il venait et on le rattachait au mur. Ce soir, il avait eu droit au fouet.

-Tu vas parler maintenant ? demanda Smaug, se penchant dangereusement vers Thorin, son souffle chaud balayant le visage du nain écoeuré.

-Ishkh khakfe andu nulle, grogna alors Thorin.

Il aspira l'air entre ses dents et cracha au visage de l'elfe. Smaug recula avec dégoût avant de le gifler. Thorin eut alors un rire sombre :

-Retourne à tes outils, elfe. Je ne sens pas ta force.

-Je te verrai demain, sale porc insolent, prévint l'elfe en se redressant, ses yeux dorés enflammés. N'oublie pas, j'aurai bientôt ton précieux semi homme !

Thorin serra les dents et le regarda. Il ne se ferait pas avoir comme ça. Même si sa poitrine rugissait de douleur et que son coeur souhaitait écorcher vif cet immonde ver qui continua à susurrer :

-J'ai hâte de voir à quel point il aime être enchaîné ! Il ne reverra plus jamais la lumière du jour !

Smaug choisissait méticuleusement ses mots et Thorin laissa finalement ses jambes se dérober. Il se laissa tomber par terre à l'agonie. Thorin ne réussit même pas à pousser un cri quand ils le fouettèrent. Il pouvait tout juste respirer, alors faire un bruit...

Il avait désormais l'impression que son dos était écartelé et sa vision était complètement floue. Thorin se demanda vaguement si c'était aujourd'hui qu'il allait mourir. Sa poitrine le brûlait et il pouvait sentir le sang couler en plusieurs traînées sur son dos, pareil à de la lave.

Il ne pouvait plus respirer.

Il devait respirer. Bilbon avait besoin qu'il le protège. Il était censé être un chasseur - un léopard. Le protecteur de la Comté. Ses nains étaient toujours cachés dans la forêt et il devait aussi les protéger. Ils comptaient trop sur lui pour qu'il puisse simplement s'effondrer comme ça.

Une main fine et fraîche caressa la joue de Thorin et il arriva à grand peine à ouvrir les yeux. La garde rousse le regardait, ses yeux plissés d'inquiétude.

-Tua Amin, murmura-t-elle mais Thorin n'arrivait pas à garder les yeux ouverts.

Il lutta pour continuer à respirer avant de tomber par terre.

Il ne pouvait plus se battre.

/

Fili essayait désespérément de rester calme. Son oncle était emprisonné et personne ne pouvait aller le voir. Son frère était hystérique et sa mère se cachait de son maître. Il y avait également sept autres nains qu'il devait essayer de mettre à l'abri et ils étaient pourchassés par la garde de Dale.

Ils n'avaient pas eu de mal à se faufiler dans la Forêt Noire. Ils avaient fui la tente, sous l'ordre de Thorin, et avaient trouvé refuge dans les bois. Balin avait réussi à emballer tout leur or, et Beorn avait consenti à rester silencieux. Bifur, Bofur et Bombur s'étaient échappés avec Bilbon - qu'ils avaient dû porter pour le convaincre de partir - et Fili ignorait totalement où ils pouvaient se trouver.

Il espérait qu'ils étaient au moins en sécurité. Ils devaient s'assurer que Smaug ne mette pas la main sur le hobbit. Thorin ne s'en remettrait pas.

Ils avaient dû attendre deux jours avant d'avoir des nouvelles du hobbit et de ses nains. Ils logeaient dans le palais du prince Legolas. Ni lui ni son père n'aimaient beaucoup Smaug et personne ne devait savoir que le hobbit se trouvait là-bas.

Ils avaient assez d'argent pour acheter la minuscule parcelle de la montagne que Thorin voulait mais c'était tout. Ils n'avaient rien pour la nourriture ou les affaires dont ils auraient besoin.

Et Fili avait dû prendre la tête.

Il avait fallu plusieurs jours au plan pour qu'il puisse marcher, surtout à cause de leur fuite. Ils avaient dû se cacher et également effacer leurs traces. Ils avaient décidé de se séparer en trois groupes que lui, Balin et Dis commanderaient. Fili était avec Dwalin, Ori et Gloin, Dis avait Nori et Oin et Balin s'occupait de Kili et Dori.

Cela lui faisait du mal de diviser les familles mais ils étaient plus susceptibles de survivre de cette façon.

Il tentait maintenant de rencontrer Bofur pour organiser une réunion avec Bilbon. Il avait un plan fou en tête, mais si ça marchait, le problème se résoudrait de lui-même.

-Merci Mahal, souffla Bofur en apparaissant si soudainement qu'il avait effrayé Fili. J'avais peur que vous ne vous soyez fait attraper.

-J'ai un plan, coupa Fili.

Ce n'était pas le moment de perdre du temps alors que Thorin se trouvait dans les donjons. Il étreignit rapidement Bofur, sentant une surprenante vague de soulagement de le voir bel et bien vivant, avant de reculer. Bofur était attentif, prêt à l'aider de n'importe quelle façon.

-C'est un peu audacieux, continua le jeune nain. Mais avec un peu de travail, je pense que ça pourrait marcher.

-Dites-moi.

-Il faut que Bilbon se marie avec Thorin.

-Mais..., commença Bofur avant que Fili lève la main pour l'empêcher de poser une question.

-Ils n'ont plus qu'à échanger leurs voeux et faire une danse. Ils ont terminé leurs deux cours alors tout ce que nous avons à faire, c'est de comprendre en quoi consiste cette danse.

-C'est le gros problème de ce plan, comprit benoîtement Bofur.

-C'est là que j'ai eu une idée, dit Fili avant de faire une pause en poussant un soupir. Et c'est là que ça devient dangereux.

-Je vais le faire, quel qu'en soit le risque, intervint la douce du voix du hobbit qui vint les rejoindre.

Il portait une longue cape dont la capuche était rabattue sur sa tête pour ne pas se faire reconnaître. Ses yeux étaient écarquillés mais déterminés. Fili eut l'impression qu'on enlevait un poids de ses épaules en le voyant. Il était sain et sauf. Thorin en serait heureux.

Bofur ouvrit la bouche pour l'interrompre, mais Bilbon lui prit la main et lui offrit un petit sourire. Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre et les épaules de Bofur fléchirent.

Le coeur de Fili se gonfla d'espoir.

/

Un nain roux qui lui sembla étrangement familier se tenait debout face à Thorin. Il était assis par terre, merci Mahal, la poitrine enveloppée de bandages. La garde elfe, Tauriel, l'avait emmené voir un guérisseur après une énième séance de torture avec Smaug.

Il avait un poumon perforé. C'était un miracle qu'il respire encore. Il devait la vie à une elfe.

Il ne savait pas vraiment ce qu'il devait en penser.

-Vous êtes Thorin ? demanda à nouveau le nain roux.

Il était jeune, soixante ou soixante-dix ans. Il ne devait même pas être encore majeur. Il avait une longue barbe touffue pourvue d'une tresse ornée d'une perle d'argent où des feuilles étaient gravées. Il ressemblait à quelqu'un que Thorin connaissait, mais son esprit embrumé refusait de faire le lien.

-Oui.

Le nain toussa bruyamment et se retourna pour échanger un regard avec la garde elfe. Elle lui sourit agréablement, elle devait sans doute le connaître. Peut-être qu'il avait un visage qui était familier à tout le monde.

-Emmenez-le dans la salle du troisième étage. Pas la salle d'interrogatoire. Mon maître veut lui parler.

-Vous êtes prêt à y aller ? questionna l'elfe en s'agenouillant à côté de Thorin, touchant son bras avec ses doigts légers.

C'était étrange qu'elle lui pose cette question. Thorin était habitué à ce que les elfes soient beaucoup plus intransigeants. Celle-çi était presque... agréable. En tout, cela faisait deux elfes tolérables.

Thorin avait plutôt l'impression d'être assis sur un troll mais il était curieux. Il ne savait pas qui voulait le voir mais c'était peut-être là une chance d'évasion.

-Je vais assez bien, marmonna Thorin en considérant l'elfe puis en se tournant vers son congénère. Emmenez-moi où vous voulez.

-Denapdul Menu (Vous êtes honorable), dit finalement le nain avec un regard lourd.

-Men âkmînruk (Merci), chuchota Thorin, le coeur serré en entendant les mots khuzduls.

Tauriel l'aida à se lever et le nain - qui, décidément, ressemblait fort à quelqu'un que Thorin connaissait - enroula son bras autour de sa taille pour que Thorin s'appuie contre lui. Ils le conduisirent dans une petite pièce et Tauriel partit, le laissant seul avec le nain. Il fit signe à Thorin de s'asseoir sur l'un des deux sièges qui se trouvaient dans la salle. Il traîna l'autre chaise vers la porte et se leva pour regarder dehors puis jeta un regard à Thorin et hocha la tête en signe d'approbation lorsqu'il le vit assis.

-Vous aurez besoin de force, promit-il avec un sourire enthousiaste.

Thorin sentit son coeur se briser. Mêmes les nains le trahissaient maintenant. Eh bien, il pourrait au moins se servir du siège pour se défendre.

La porte s'ouvrit après un long moment et un grand elfe vêtu d'une cape et d'un casque entra. La cape était fermement enroulée autour de son corps et le casque masquait son visage. L'elfe laissa échapper un soupir surpris à la minute où il entra et le nain roux claqua la porte et la verrouilla, les yeux élargis.

-Chut, mon gars ! Franchement, vous voulez qu'ils vous entendent ?

-Désolé.

Thorin tomba presque de sa chaise. Il connaissait parfaitement cette voix. Il priait pour l'entendre tous les jours et il en rêvait tous les soirs. C'était ça qui l'avait maintenu hors de la folie et du désespoir. Elle était encore plus douce que la plus belle des mélodies et plus apaisante que tous les baumes que Balin et Oin pouvaient lui donner.

C'était la voix de Bilbon.

Le choc et la confusion qu'il ressentait devaient se lire sur son visage parce que le nain roux lui sourit et fit un iglishmêk tandis que l'elfe retirait son manteau.

Ce n'était pas du tout un elfe. C'était Fili qui tenait Bilbon, perché sur ses épaules, et Thorin dût s'agripper à sa chaise pour ne pas tomber.

Il était sûrement en train d'halluciner.

-Bilbon ? dit-il d'une voix rauque et croassante dûe à ses blessures.

Les yeux de Bilbon tombèrent sur son torse qui le faisait terriblement souffrir au point qu'il n'arrivait même plus à respirer. C'était Bilbon. C'était son hobbit. Ici. Comment ? Comment son neveu - sain et sauf ! - et son bien-aimé étaient-ils parvenus à entrer dans ce lieu atroce ? Qu'est-ce qui se passait ?

-Vous êtes...

-Désolé, mais on n'a pas le temps. On a tout au plus dix minutes, intervint le nain roux en faisant le gué devant la porte, les sourcils froncés. Dépêchez-vous.

Fili hocha la tête et fit descendre Bilbon.

-Très bien. Mon oncle, voici ton fiancé. Vous êtes tous les deux sur le point de vous marier.

L'esprit de Thorin ne fonctionnait pas normalement, et il ne pensait pas que c'était juste à cause du jus de pavot. Il était clairement en train de devenir fou. Fili et Bilbon se seraient faufilés dans un cachot pour qu'ils puissent se marier ?! Bilbon lui prit la main et cela suffit pour que Thorin cesse d'essayer de comprendre ce qui se passait. Dès qu'il était entré en contact avec Bilbon, il avait senti une vague frissonnante d'énergie l'envahir. Il trébucha sur sa chaise en attrapant Bilbon avec son bras gauche et Fili avec son bras droit. Il les embrassa tous les deux et s'enivra de leurs odeurs. Il pouvait sentir la chaleur de leurs peaux et se moquait bien que sa poitrine se consume de douleur.

Fili le prit dans ses bras avant de se libérer de son étreinte.

-Mon oncle ! Nous avons très peu de temps, tu dois épouser Bilbon. Je t'expliquerai plus tard. Nous avons un plan pour te sauver.

Bilbon se dégagea aussi de ses bras pour lui prendre les mains. Il s'agenouilla et Thorin l'imita, toujours perdu. Bilbon avait un sourire larmoyant alors qu'il lui indiquait :

-Tu n'as qu'à répéter après moi. Moi, Thorin, fils de Thrain, te prends, toi, Bilbon Sacquet, pour époux. Je te prends maintenant et pour toujours. Je te promets de t'aimer et de te chérir dans les bons comme les mauvais moments, dans la richesse comme dans la pauvreté jusqu'à ce que la mort vienne me prendre. Devant notre père Eru et le Créateur Aulë, je jure de n'être fidèle qu'à toi et toi seul.

Thorin répéta ce que Bilbon venait de dire d'une voix chancelante. Bilbon murmura à son tour ses voeux en remplaçant le nom d'Aulë par celui de Yavanna.

Ses yeux brillaient d'une lumière éclatante malgré le fait qu'il n'y avait qu'une seule torche dans la salle. Thorin n'avait jamais vu Bilbon aussi beau qu'en cet instant. Le hobbit était une véritable source de vie et d'amour qui bouleversait le coeur et l'être même du nain.

Bilbon déposa un rapide mais tendre baiser sur ses lèvres avant de se lever en lâchant la main gauche de Thorin. Il se rapprocha, un sourire si brillant que Thorin en eut le vertige, et le tira vers lui. Thorin se laissa totalement faire, ce qui fit rire Bilbon.

-Tu dois m'inviter à une danse maintenant, Men Yusith (Mon Mari), déclara Bilbon, faisant frémir Thorin alors qu'il attirait son hobbit aussi près que possible.

Il était perdu, accablé, et ressentait injustement bien trop de douleur, mais il voulait garder que ce qu'il le rendait heureux. De toute façon, il était à moitié convaincu que tout ceci n'était qu'un rêve. Bilbon était trop parfait. Trop lumineux. Sa peau était délicieusement douce et chaude contre son torse enveloppé de bandages et ses boucles étaient encore plus soyeuses que les plus fines soieries.

-Attendez ! s'exclama Fili en fouillant dans la cape pour en sortir deux couronnes de fleurs quelque peu flétries qu'il posa sur les têtes des jeunes mariés avant de reculer en souriant.

Thorin regarda son neveu s'effacer en arquant un sourcil avant de regarder le petit être qui avait volé son coeur.

Il fit tourner le hobbit dans des cercles paresseux et posa sa joue sur le sommet de sa tête. Si c'était vraiment un rêve, alors il souhaitait ne jamais se réveiller. Rien d'autre ne pourrait être plus beau, plus parfait que ce moment. La réalité reviendrait l'assommer bien assez tôt, et il retournerait, sanguinolent, dans sa geôle sombre et poussiéreuse. Pour l'instant, il pouvait tenir cette merveilleuse petite source de chaleur et rêver d'être à nouveau libre.

/

-Je ne comprends rien, déclara Kili à haute voix.

Il arrêta enfin de s'agiter et Bofur remercia Mahal qu'il lui accorde au moins ça. La panique du jeune nain le rendait distrait. Lui-même était déjà suffisamment paniqué comme ça, alors il n'avait certainement pas besoin de celle de Kili en plus.

-Bilbon va épouser votre oncle.

-Ça, j'avais compris, merci bien, répliqua Kili en fronçant les sourcils avant d'aller s'asseoir à côté de Dori. Mais je ne comprends pas pourquoi.

-Mis à part le fait qu'ils sont fous amoureux l'un de l'autre.

-Évidemment, convint Bofur en estimant qu'il faisait preuve d'une grande retenue en ne tirant pas la langue au nain comme un gamin.

-Pour trois raisons : la première, c'est qu'en étant marié, Thorin empêche Smaug de pouvoir revendiquer Bilbon. Maintenant, il n'est plus à prendre. La seconde, c'est qu'en l'épousant, Bilbon devient l'époux de Thorin, ce qui est nécessaire. Et la troisième, Thorin devrait maintenant avoir le droit d'être libéré. Ou au moins, d'être transféré dans un donjon plus agréable.

-Parce qu'il a épousé Bilbon ? Pourquoi ?

Bofur soupira et s'efforça de rester patient. Ces nains n'avaient pas grandi dans les milieux les plus huppés de la Terre du Milieu. Ils n'avaient pas eu à apprendre l'ennuyeuse étiquette et le protocole tarabiscoté quand ils étaient enfants.

-En tant qu'époux, Bilbon est maintenant à Thorin. Tout ce qu'il possède, les terres, les titres, le statut, appartiennent désormais à Thorin. Thorin a maintenant les terres, les titres et le statut. Bilbon est le plus riche hobbit de la Comté, il possède la plus belle demeure du pays et il siège au Conseil qui gouverne la Comté. Maintenant, c'est Thorin qui l'a. Il a de l'influence politique.

-Mais je pensais que son tuteur n'accepterait pas ce mariage.

-Ce serait le cas, dans des circonstances normales. C'est là qu'il y a un risque. Il peut aller à l'encontre de Bilbon et refuser tout ça..., avoua Bofur en baissant les yeux sur le bracelet attaché à son poignet, une simple bande de cuir ornée d'une rune elfique, signalant à qui il "appartenait" et pour avertir aux importuns à qui ils feraient face en cas de problème. Mais je ne pense pas qu'il le fera. Il aime Bilbon, et il veut son bonheur par-dessus tout. Il lui est extrêmement attaché et il renoncerait à sa propre vie pour protéger celle de Bilbon.

-Alors, pourquoi ils ne se sont pas mariés plus tôt ? insista Kili alors que Balin posait une main sur son épaule pour le calmer.

-Parce qu'ils n'en avaient pas besoin ! souffla Bofur, frustré. Bilbon n'a aucun "intérêt" dans cette union. Il perd tout en donnant tout ce qu'il a à Thorin par "amour". Son tuteur aurait été ravi que Bilbon se contente de voir Thorin pour badiner en privé. Il n'a pas besoin de se marier pour être avec lui. Même si Bilbon avait dû faire un mariage politique, ça n'aurait pas gêné son tuteur qu'il ait une liaison hors mariage. Bilbon est une grande valeur d'échange. Dans ce milieu, la politique a une grande importance.

Bofur déglutit et serra les poings. Il y avait un autre risque mais Bofur ne l'avouerait pas, pas encore. Thorin pourrait être tué, ainsi Bilbon serait libre de se remarier. Ils jouaient à un jeu extrêmement dangereux.

Tout dépendait de la réaction de Gandalf en apprenant le mariage de sa pupille.