- Je vais aller montrer ma façon de penser à ce fils de... commença à s'énerver Emmett.

Il serrait les poings et Jasper essayait tant bien que mal de le retenir. Tous mes amis affichaient une mine à la fois choquée, en colère et dégoûtée. Je serrai les poings moi-même et j'essayai de réfréner ma colère. Ce salaud n'en valait pas la peine, c'était certain. Je tentai de rassurer mes amis quand à mes sentiments, en vain. Je n'arrivai pas à croire qu'il m'avait fait ça. Je m'étais faite avoir. Après toutes les promesses que je m'étais faites intérieurement, j'avais cédé, et il m'avait eue sur son tableau de chasse, comme il l'avait dit lui-même lors d'une de nos conversations.

Je me fustigeai mentalement, en proie à l'hystérie. Je savais depuis la première fois que j'avais posé les yeux sur Edward Masen à quoi m'attendre s'il venait à se passer quoique ce soit avec lui. Mais ce week end avait été si différent que je ne m'étais méfiée de rien. Grossière erreur puisque je le payai très cher aujourd'hui. Une larme roula sur ma joue et je la chassai rapidement du revers de la main. Le pire était que j'avais encore trois mois à tenir dans la même classe que ce connard. Je devais le lui faire payer, coûte que coûte. Et je savais que cette fois, mes amis n'essayeraient pas de m'en dissuader.

Soudain, une idée me vint à l'esprit. Y aller de la manière forte était peut-être excitant, mais j'avais une idée bien plus jouissive en tête. Je pouvais être quelqu'un de très sadique parfois, et si notre cher Edward voulait jouer, il allait y perdre plus que sa copine. J'allai être une vraie garce, si bien que Tanya passerait pour une sainte à ses yeux comparée à celle que j'allai devenir. S'il voulait s'amuser, il aurait droit à un millésime du plus grand cru qu'il lui aurait été donné de voir. Et ca n'irait pas qu'à quelques paroles.

- Edward Masen, accroche-toi bien, ca va faire mal ! murmurai-je tandis que la sonnerie retentit marquant le début des cours.

Je mis les écouteurs de mon ipod sur les oreilles, et une musique de The Calling résonna dans chaque recoin de ma tête.

"so lately, been wondering
who will be there to take my place
when i'm gone you'lle need love to light the shadows
on your face
if a greater wave shall fall and fall upon us all
and between the sand and stone could you make it on your own"

Il fallait que je lui prouve que je pouvais me débrouiller seule, mais qu'il allait payer cher son erreur.

"if I could, then I would
I'll go wherever you will go
Way up high or down low,
I'll go Wherever you will go"

Il fut devant la porte lorsque j'entrai dans la classe, le regardant avec un sourire immense sur les lèvres, lui faisant signe de la main pour lui dire bonjour. Il me regarda, surpris.

"Run away with my heart
Run away with my hope
Run away with my love"

Il fallait vite que je chasse ce week end de mon esprit. Je m'asseyai à mon ancienne place, juste à côté de lui, et Tanya me regarda, folle de rage. Je vis du coin de l'oeil que Jessica Stanley ne semblait pas bien plus ravie que son amie non plus. Je leur souris de toute mes dents, et Edward vint s'installer à côté de moi. Il s'éclaircit la gorge et déballa ses affaires, sans souffler le moindre mot. Allons, Edward Masen se sentait mal ? Je n'en voyais absolument pas la raison. Je souris intérieurement et entendis les dernières paroles de la musique résonner.

"I know now, juste quite how
My life and love might still go on
In your heart, in your mind,
I'll stay with you for all of time"

Oui, je savais quoi faire. Et il allait vraiment souffrir d'avoir osé se moquer d'Isabella Swan. Le professeur débuta son cours au sujet de la datate relative, mais je sentais qu'Edward n'en écoutait pas le moindre mot. Je souris intérieurement en pensant à tout ce qu'il allait subir, mais continuai à suivre attentivement le cours. Si je voulais que mon plan fonctionne, il fallait éviter que je me fasse priver de sortie par Charlie parce que mes notes avaient diminuées. Je griffonai mes notes sur une feuille tandis qu'Edward tapotait nerveusement sur la table.

- Quelqu'un peut-il me dire dans quelle couche trouve-t-on une quantité anormale d'iridium et de quel phénomène cela peut-il provenir ? interrogea le professeur.

Personne n'osa lever la main, et lorsque le professeur demanda à Edward s'il savait la réponse, je décidai de répondre à sa place.

- On trouve habituellement l'iridium, qui est en fait du fer, dans le noyau terrestre. Or, puisque celui-ci se trouve dans une couche d'argile située dans le manteau terrestre, on peut supposer qu'il provient d'une météorite qui se serait écrasée sur la terre, provocant la disparition brutale de nombreuses espèces.
- Merci Mademoiselle Swan. Seriez-vous d'accord pour venir me voir à la fin du cours ? Je hochai la tête. Vous aussi Monsieur Masen.

J'entendis à côté de moi qui grognait, peu ravi d'être invité à la fin du cours. Si j'avais le profil d'une bonne élève dans toutes les matières, on ne pouvait pas en dire autant d'Edward Masen. Bien sûr, il y avait des matières où il savait se défendre, mais je savais que la biologie était son point faible. Voilà pourquoi je me réjouissai d'avance de savoir qu'il n'allait certainement pas avoir un discours élogieux de la part de notre professeur de biologie. A ma plus grande joie, le cours passa rapidement et je sautillai presque jusqu'au bureau du professeur tandis qu'Edward trainait les pieds.

- Ecoutez-moi tous les deux, j'ai cru remarquer que vous ne vous appréciez pas beaucoup. Mais Melle Swan est la meilleure élève de cette classe, et si vous voulez obtenir votre diplome, il faut qu'elle vous aide à rattraper votre retard. Ce n'est pas une suggestion, vous n'êtes pas en droit de refuser, soutint-il en voyant le regard horrifié de son interlocuteur.
- Il n'y a aucun problème monsieur. Edward et moi avons réglé cela ce week-end, nous nous entendons parfaitement maintenant, n'est-ce pas ? lançai-je en battant des cils.
- Euh.. C'est-à-dire que... balbutia Edward.

Je dus me retenir d'éclater de rire.

- Parfait, alors bon courage Mademoiselle Swan, il vous faudra beaucoup de patience pour le remettre à niveau, mais j'ai une confiance absolue en vous.
- Merci beaucoup monsieur, dis-je en tournant les talons.

Edward me regarda, abasourdi tandis que je marchai vers ma bande d'amis. Les trois heures qui suivirent furent peuplées de "Non, t'as quand même pas osé ?" hystériques de mes amis. En effet, je leur avais raconté mon plan diabolique et elles avaient sauté de joie que je privilégie la vengeance à la déprime. Elles m'avaient même proposé leur aide ainsi que celles de leurs petits-amis, qui avaient eux aussi accepté volontiers - surtout Emmett, qui était fou de rage contre monsieur Je-Change-De-Nana-Comme-De-Slip. C'est ainsi qu'à l'heure du déjeuner, nous avançâmes tous vers Edward, accompagné de Jessica.

- Salut Edward ! attaqua d'abord Alice. J'organise une fête ce soir, et j'aimerais que tu y participes. Tu sais, Bella a particulièrement apprécié comment ça s'est terminé la dernière fois, alors comme elle est en manque, on se disait que peut-être, en organisant une autre fête, tu serais de nouveau serviable et agréable, dit-elle tout guillerette.
- Euh, c'est-à-dire que... Non merci... répondit-il gêné.
- Allez, Eddy chéri, ne refuse pas. On pourrait s'amuser tous les deux, lançai-je d'un ton aguicheur.

Je lui fis un clin d'oeil et il regarda Jessica, qui commençait à s'énerver.

- Hé oh, je sais pas si t'as compris, mais il est à moi ! Et puis, c'est quoi cette histoire d'abord ? demanda-t-elle aux abois.
- Oh... Pauvre chérie... Eddy ne t'a pas raconté le week end fabuleux que nous avons passé ?
- Quoi ! s'exclama-t-elle, hors d'elle.
- Ne t'en fais pas, il a utilisé un préservatif ! feignis-je de m'offusquer.

Elle se leva brutalement et giffla Edward de toutes ses forces. Celui-ci me lança un regard rempli de haine et courra après sa future ex petite amie. J'éclatai de rire, suivie de mes amies, et nous allâmes nous installer à notre place habituelle. Le repas fut joyeux, et Emmett n'arrêtait pas de me féliciter sur la manière dont je jouai la comédie. Il était fier qu'enfin j'ose vraiment pourrir la vie d'Edward Masen autrement que par des phrases gentillettes. Il ne le portait déjà pas dans son coeur à l'époque, autant vous dire qu'aujourd'hui, il avait une folle envie de lui tordre le cou.

Le repas fut déjà terminé que mes amis durent reprendre les cours. Je n'avais plus cours de l'après-midi, et puisque Kellan n'était plus là, je n'avais rien à faire en attendant ma bande d'amis. J'eus alors l'idée de chercher où pouvait se trouver Edward. Je savais qu'il ne quittait jamais le lycée avant trois heures, sûrement parce qu'il n'était pas ravi de rejoindre sa mère. La pauvre devait se sentir bien seule depuis le décès de son mari. Cela me faisait mal au coeur, car c'était grâce à la mort de celui-ci que j'avais survécu.

Je parcourai les couloirs ainsi que les salles de classe vide en quête de celui qui voulait à tout prix m'éviter aujourd'hui. Pourquoi d'ailleurs réagissait-il comme cela ? Si je m'étais attendue à une mauvaise réaction de la part d'Edward, cela aurait plutôt été de me poignarder en plein coeur en riant de moi auprès de ses amis pour dire qu'il avait enfin eu dans son lit Isabella Swan, celle qui lui résiste depuis le premier jour. Au lieu de cela, il semblait gêné et confus, et cherchait sans arrêt à m'éviter par quelque moyen que ce soit. Je le trouvais enfin, adossé à un casier.

- C'est Stanley que tu attends ? lançai en venant vers lui.
- Euh... Ouais, répondit-il en déglutissant péniblement.
- Qu'y a-t-il Eddy chéri ? Tu es malade ? demandai-je faussement inquiète.

Je passai ma main sur son front puis ma bouche dessina un "o" parfait.

- Je vois ce qui te tracasse ! dis-je en claquant des doigts.
- Plait-il ?
- Ne t'en fais pas, je suis partageuse ! dis-je en passant mes bras autour de son cou.

Son visage était à quelques centimètres à peine du mien et il évita mon regard, préférant fixer un point loin derrière moi.

- On va chez toi ou chez moi ? demandai-je aguicheuse.
- Pardon ? s'exclama-t-il.

Il s'était presque étranglé et je ne pu retenir un petit rire.

- Espèce d'obsédé ! Je ne parlais pas de ça ! riai-je en lui lançant un regard éloquent.

Il soupira.

- Si tu veux que je t'aide à réviser, il faut que nous allions quelque part !
- Oui... Et bien... Chez moi ca sera parfait...

Avait-il vraiment peur à ce point que je ne lui saute dessus ? J'opinai de la tête et caressai son visage du dos de la main avant de m'en aller.

- Demain trois heures Edward, on partira dans ta voiture ! lançai-je avant de filer dehors.

S'il avait vraiment voulu me rendre mal à l'aise aujourd'hui, il avait complétement raté son coup. Tel est pris qui croyait prendre comme disait le célèbre proverbe. J'éclatai de rire arrivée dehors, et décidai que cette journée n'était pas si mal après tout. Je n'allai pas ruiner ma vie pour un pauvre type comme lui. Au contraire, je voulais profiter de la seconde chance que m'offrait la vie. Je pris la décision de rentrer chez moi à pied, et commençai donc mon chemin, toute heureuse de la tournure qu'avaient pris les évènements. Au moins, je n'avais plus à me sentir honteuse.

J'arrivai enfin chez moi, et entrepris de m'occuper un peu de ma petite soeur. J'avais beaucoup mûri ces derniers temps. J'avais appris de mes erreurs. On avait essayé de me faire du mal, mais je ne m'étais pas laissée marcher sur les pieds. Et j'étais fière de moi. J'avais envie de profiter de la vie, j'avais envie de m'amuser, j'avais envie, moi aussi, comme toutes les personnes de mon âge, de profiter de chaque instant, de faire la fête et de sortir avec pleins de garçons. J'avais envie de profiter de la vie. Et ce n'était pas Edward Masen qui allait m'en empêcher.