Bonjour à tous !
Cela fait longtemps, c'est vrai. Comme d'habitude, il est inutile que je m'épanche en excuses me semble-t-il, sauf si vraiment vous y tenez.
Continuer à écrire est plus difficile que prévu...mais je ne veux pas lâcher l'affaire. Je ne dis cela que pour implorer votre clémence par rapport à la brièveté de ce chapitre. J'espère néanmoins qu'il vous plaira, et que je pourrai en fournir un nouveau bientôt.
Diablo ne m'appartient pas, seules les petites fioritures du monde sont de mon invention. Généralement celles qui ne vous disent rien.
Bonne lecture !
Chapitre 11 :
Discussions et démêlés
« Nous perdons du temps !
-Pour la dernière fois, enterrer les morts n'est pas du temps perdu !
-Bah ! »
Visiblement Damian était toujours aussi hermétique à tout ce qui ressemblait de près ou de loin à du mysticisme. Il s'éloigna à nouveau des autres, retournant à ses cent pas impatients, l'air buté.
Ils attendaient Yann qui exécutait un rite funéraire pour son chantre, plus profondément dans le désert. Il leur avait demandé de le laisser seul pour l'occasion, promettant de ne pas trop s'éloigner si d'aventure il était victime d'une attaque. Ils s'étaient installés à l'abri d'une dune, réchauffés par un feu magique entretenu par Siliane. La nuit était tombée depuis environ une heure et il faisait plutôt froid.
Natalya devait admettre que cela l'arrangerait si le chevalier se magnait un peu. Et à en voir le visage de la magicienne, elle était de cet avis également. Concentrée sur son sort, elle ne pouvait pas étudier leurs trouvailles, et cela semblait la frustrer au plus haut point.
« A votre avis, comment ça marche ? demanda Derek en examinant le Cube sous toutes ses coutures.
-Il y a peut-être des parties amovibles ? suggéra la rogue. Et quand on les arrangerait d'une certaine façon ça s'ouvrirait ?
-Hm, fit le barbare en hochant la tête. Ah, non, rien ne bouge.
-Peut-être qu'il faut un genre de clé, proposa Aïsha. Que le vieux aurait.
-Bah espérons-le ! pouffa le chauve. Je ne nous vois pas chercher un tout petit morceau de métal dans le désert.
-Il n'est pas dit que la clé serait forcément comparable à l'objet que nous connaissons, fit remarquer Natalya. Ca pourrait être un mot de passe par exemple.
-Possible, admit-il. Enfin bon, on verra bien quand on sera de retour. »
Il n'y avait pas grand-chose à redire à cela. Effectivement, pour le moment on ne pouvait que spéculer. Natalya se releva et étira ses muscles gourds. Puis elle jeta un oeil alentour, espérant voir Mordoq revenir. Elle fut déçue.
Derek se mit à aiguiser sa hache pour la seconde fois et Aïsha, à vérifier ce qui lui restait de flèches. Des activités palpitantes. Alors l'archère alla voir ce que faisait l'assassin.
Celui-ci interrompit ce qui ressemblait à des exercices d'assouplissement purement routiniers et se tourna vers elle.
« Qu'est-ce que tu veux ? feula-t-il à son approche.
-Je ne sais pas au juste, répondit-elle en haussant les épaules. Je m'ennuie, alors je viens voir ce que tu fais.
-Hm, fit-il d'un air dubitatif.
-Ne te laisse pas perturber, je ne voulais pas t'interrompre, dit-elle. »
Il la fixa d'un oeil pénétrant, semblant analyser le moindre trait qui trahirait une quelconque intention malveillante à son égard. Natalya ignorait s'il avait trouvé ce qu'il cherchait, toujours était-il qu'il se détourna et reprit sa gymnastique. Au début, la rogue reconnaissait les exercices : ils en avaient fait de très semblables au Monastère, ils faisaient partie de l'échauffement standard avant l'entraînement. Alors elle décida de l'imiter, ça lui ferait quelque chose à faire et la réchaufferait en même temps.
Si le garçon était étonné, il n'en laissa rien paraître.
Ils n'étaient pas synchronisés, ce n'était pas même le but d'ailleurs, mais au bout d'un moment ils trouvèrent une sorte de rythme commun. Ils passèrent ainsi en revue la plupart des étirements et assouplissements que la rogue connaissait. Et puis vinrent les manoeuvres de combat. Un terrain sur lequel l'archère fut rapidement semée.
En effet, l'assassin possédait apparemment une panoplie de postures de combat où les frappes et les esquives s'enchaînaient de façon fluide et systématique, quelque chose de complètement inconnu de la rogue. En l'observant, celle-ci comprit enfin ce que signifiait l'obscure appellation des 'arts martiaux'. Car en vérité, sorti ainsi de son contexte habituel du champ de bataille, on voyait clairement la dimension artistique de la chose. Chaque série de manoeuvres possédait comme une personnalité, un thème commun. Ainsi Damian commença par une posture très féline, et de chaque mouvement se dégageait ce sentiment de puissance arrogante que l'on attribuait volontiers à ce type de prédateur. Une autre, plus aérienne, consistait à bondir et s'abattre de manière un peu saccadée et arbitraire sur un adversaire imaginaire qui serait resté au sol.
Enfin, le garçon adopta une attitude quasi reptilienne avec des déplacements tout en ondulations et frappes rapides en avant. Puis soudainement il s'arrêta.
« Satisfaite ? grogna-t-il d'une voix essoufflée.
-Euh…oui ? balbutia-t-elle.
-Bien. »
Il ferma les yeux et se redressa, se plongeant dans un exercice de respiration. La rogue ne savait trop que penser. C'était impressionnant, bien sûr, même s'il était logique qu'avec le degré de confiance en soi que le garçon démontrait au combat il devait s'entraîner beaucoup et depuis très longtemps, mais c'était le fait qu'il veuille bien lui montrer son entraînement qui la surprenait. Elle doutait fort cependant que c'était une preuve de confiance. Plutôt la preuve de son profond ennui et du peu de danger qu'elle semblait représenter pour lui.
Mais alors, quel niveau de danger représentait Mordoq ? Contrairement à Aïsha, l'autre personne à qui l'assassin semblait vouer de la haine, le chevalier ne l'avait pas provoqué, ne s'était pas moqué de lui, au fond, il n'avait rien fait pour mériter son ire. Et pourtant Damian l'avait attaqué. A vue, semblait-il. C'était pour le moins étrange.
« Pourquoi tu en veux à Yann ? questionna-t-elle.
-Il est dangereux, répondit-il d'un ton sec.
-Pour qui ? »
Il haussa un sourcil et la rogue crut voir l'ombre d'un sourire malicieux lui passer sur les lèvres.
« Je n'en suis pas sûr, déclara-t-il d'un ton neutre.
-Comment ça ? C'est un protecteur de ces terres, bien sûr qu'il fera son possible pour combattre les forces du Mal !
-C'était, souligna-t-il. Les gens changent.
-Il dormait pendant tout ce temps, ce n'est pas comme s'il pouvait vraiment faire une réflexion profonde sur lui-même !
-Il a été soumis à un rituel qui l'a conservé en vie jusqu'à aujourd'hui, nuança-t-il.
-Tu n'as qu'à vérifier alors ! lança-t-elle avec défi. N'es-tu pas passé maître dans le fouinage dans les pensées ? »
Un éclair de rage passa dans ses iris glacées. Il détourna le regard et fit mine de s'éloigner. Elle fronça les sourcils avec perplexité et le suivit, bien décidée à avoir le fin mot de l'histoire.
« Quoi, ce n'est pas vrai ? le provoqua-t-elle. Ca m'étonne que tu le prennes comme ça, c'est assez logique non ?
-Hm.
-Alors ? Ne me dis pas que… »
Elle s'interrompit, réalisant que c'était probablement cela en effet. Elle se retint de rire tellement ça lui paraissait puéril.
« Il t'en empêche, pas vrai ? dit-elle en se campant solidement sur ses pieds, un sourire amusé aux lèvres. En fait tu es jaloux, c'est tout ! »
Cela l'arrêta et il fit volte-face. Son expression était on ne peut plus sérieuse et offusquée, ce qui lui donnait un petit air boudeur. Proprement hilarant, selon Natalya.
« Je ne suis pas jaloux de cette…chose ! se défendit-il.
-Chose ? renchérit l'archère. Parce qu'aucun humain ne pourrait résister à tes pouvoirs, c'est ça ?
-Siliane le peut, répliqua-t-il. En partie, ajouta-t-il dans un murmure.
-Donc, pas même elle ne pourrait t'en empêcher, conclut-elle. T'as vraiment un égo surdimensionné !
-Je connais ma puissance, rien ne sert de la nier !
-Ce qui ne veut pas dire que tu ne peux pas te tromper !
-Mais je peux aussi avoir raison.
-Ca m'étonnerait.
-Hm. »
Il n'y avait plus grand-chose à ajouter. Le silence s'installa. Un silence assez peu confortable. Natalya s'étonnait que Damian ne parte pas, lui qui avait la fâcheuse habitude de terminer beaucoup de leurs conversations de cette façon. Au lieu de cela, il restait planté là, regardant autour de lui, puis levant les yeux vers les étoiles. La rogue se mordit la lèvre. Cela lui avait rappelé ce nom qu'il avait donné à Asgartha, l'étoile de Vatanen. Cala l'Imprudente. Il connaissait donc des histoires lui aussi. Des légendes et des mythes qu'elle aimerait bien entendre.
Mais pour cela il faudrait encore l'interroger et faire face aux conséquences, ie à sa mauvaise foi et sa volonté encore pire.
« Je vais trouver Mordoq, dit soudain Damian. Tu viens ? »
Elle plissa les yeux, méfiante. Que mijotait-il ? Pourtant il avait l'air sincère. Il lui proposait vraiment d'aller espionner le chevalier avec lui…sans parler du fait qu'il l'ait avertie de ses intentions ! D'habitude il serait parti sans un mot. Un grand pas un avant dans ses manières !
« Que me vaut cet honneur ? interrogea-t-elle d'un air soupçonneux.
-Honneur ? répéta-t-il avec dérision.
-C'est juste un façon de parler, grommela-t-elle.
-Ah. Alors ?
-Il a demandé qu'on le laisse seul, objecta-t-elle. Nous le lui avons promis.
-Seul Derek a donné son accord, fit-il remarquer.
-Et nous l'avons laissé partir, ce qui nous a rangés à son avis, répliqua-t-elle.
-Etrange façon de raisonner.
-Et puis si je laisse les trois là-bas tous seuls ça va dégénérer en dix secondes.
-Tu n'en es pas responsable. Enfin comme tu veux. »
Il fit volte-face et se fondit dans l'obscurité, laissant Natalya seule avec ses pensées…et sa curiosité désormais piquée à vif. Elle maudit le garçon pour l'avoir mise devant un pareil dilemme. La voie de l'honneur était claire, tout comme celle de la prudence. Mais…maintenant que la question s'était posée, elle voudrait bien savoir ce que Yann faisait. Surtout par ennui d'ailleurs. Et puis l'assassin n'avait pas tout à fait tort : il s'était peut-être isolé également à des fins moins honorables qu'on ne pensait. Bien sûr elle pourrait demander à Mordoq plus tard. Evidemment il pourrait mentir à ce moment-là.
Et s'il lui était arrivé quelque chose ? Une mort instantanée et silencieuse, c'était possible après tout. Qui savait quels dangers rôdaient dans le désert ? Pourrait-elle faire confiance à l'assassin pour qu'il aide le guerrier si la situation le demandait ?
Non. Bien sûr que non.
Elle jeta un oeil en arrière. Derek, Aïsha et Siliane semblaient être en assez bons termes et ne paraissaient pas s'inquiéter outre mesure de son éloignement. Peut-être qu'après tout…
Non. Non et non ! Ce n'était qu'un caprice d'enfant, masqué certes par de bonnes intentions, mais néanmoins une bravade sans intérêt et inutilement dangereuse. Comme toujours, Damian n'en faisait qu'à sa tête et pour une raison obscure voulait l'embarquer elle là-dedans par-dessus le marché. Sans doute pour qu'elle l'aide à se justifier plus tard. Ca ne marcherait pas, elle serait raisonnable. Il fallait bien que quelqu'un le soit, n'est-ce pas ?
…
Elle maudit Damian à nouveau.
Sa piste était étonnamment facile à suivre malgré l'obscurité. La rogue réussissait instinctivement à repérer le petit indice décisif pour guider ses pas. Rapidement elle le rattrapa. Il n'allait pas très vite, se déplaçant presque avec nonchalance sur le sable glacial. Avec la même désinvolture il se retourna à peine juste le temps de s'assurer de son identité. Fort heureusement il ne dit rien, mais son comportement déjà agaça l'archère. C'était comme s'il savait qu'elle allait le suivre, et elle haïssait cela.
En arrivant au sommet d'une dune ils virent enfin l'objet de leur recherche. Celui-ci, un genou à terre, une main sur le visage et l'autre posée sur le pommeau de son cimeterre planté dans le sable devant lui, semblait en plein recueillement. Aucune trace du cadavre ou d'une quelconque sépulture.
Ils s'allongèrent à plat-ventre pour l'observer. Il ne bougeait pas. Pas du tout même. Peut-être disait-il quelque chose, mais dans ce cas le grondement lointain du vent le masquait.
Pour faire court, il ne se passait rien. Natalya commençait honnêtement à s'ennuyer. Elle en vint à se demander si tout allait bien au camp. Elle n'était pas certaine qui elle plaindrait le plus si une dispute venait à éclater. Damian, lui, fixait Yann avec l'intensité d'un prédateur guettant la moindre erreur de sa proie.
« Qu'est-ce que tu cherches ? lui souffla Natalya. »
Il se contenta de hausser une épaule. Natalya soupira et frissonna. Loin du feu, immobile, elle était par conséquent particulièrement vulnérable à la morsure du froid nocturne. L'instant d'après elle vit du coin de l'oeil un tremblement similaire agiter l'assassin. Cela la rassura un peu. Enfin un trait humain chez cet énergumène surdoué. De tels talents, dans un type pareil ! C'était donner de la confiture à un cochon, certainement !
Elle crut entendre Damian ricaner. Mais lorsqu'elle regarda il n'y avait pas une trace d'une quelconque émotion autre que la concentration précédente. Etrange, songea-t-elle. Peut-être qu'elle commençait à voir de la moquerie partout…ou alors il savait bien cacher son jeu. Ah, c'était tellement frustrant !
Ce fut au moment où le vent glacial se leva qu'elle s'aperçut que son énervement l'avait un tout petit peu réchauffée. Sa chair en fut frigorifiée jusqu'à la moelle des os. Malgré elle ses dents se mirent à claquer. Elle perdit la sensibilité dans ses lèvres, ses oreilles et ses doigts. Son bon sens se réveilla par contre, insistant sur le danger de la situation. La rogue n'avait que peu d'expérience avec le froid. Il y avait bien des hivers au Monastère…mais elle ne se souvenait pas d'avoir jamais été gelée à ce point.
En même temps elle sortait peu à ce moment-là de l'année, ou alors elle était habillée très chaudement.
Pas comme là.
« Nous d-devrions rentrer, parvint-elle à articuler lentement.
-Non. »
Elle prit une inspiration pour répliquer, puis elle remarqua que l'assassin pointait quelque chose du doigt. Mordoq, en fait. L'homme lui-même ne faisait rien. C'était plutôt ce qui se passait autour de lui qui avait attiré l'attention du garçon. Autour du chevalier immobile se formait un tourbillon, certes assez large mais néanmoins d'apparence violente, ce qu'appuyait le grondement menaçant du vent. Fascinée par les volutes de sable que ce manège soulevait, la rogue parvint à oublier son hypothermie latente. Bientôt on ne voyait plus qu'un nuage opaque animé par des courants internes déchaînés éclairé par les astres.
Alors le gel revint, plus fort encore que précédemment. Natalya entendit Damian grogner une imprécation et se recroqueviller sur lui-même dans le vain espoir de conserver un peu de chaleur. L'archère n'en menait pas large non plus. Enfin, ce n'était pas douloureux. Le vent chargé de sable lui giflait le visage, ce qui n'était pas agréable du tout, mais elle était tellement engourdie que cela ne lui faisait quasiment plus mal. Elle ferma les yeux. Elle n'avait pas froid, compris ? Ses dents allaient arrêter de claquer, ses membres allaient se réveiller et plus vite que ça. Bon, peut-être pas tout de suite. Ils étaient déjà occupés à se transformer en glaçons, elle attendrait qu'ils aient un moment.
Elle songea que niveau autosuggestion elle avait encore des progrès à faire.
Ah mais non ! Cela fonctionnait, elle se sentait un peu mieux ! Oui, comme s'il y avait une nouvelle barrière contre le vent, comme si elle avait été…couverte par un manteau ? Confuse elle entrouvrit les yeux.
« C-ça v-va ? »
Bon en fait c'était bien un manteau. Celui de Mordoq pour être précise. Magnifique. Un peu honteuse mais extrêmement reconnaissante, l'archère opina légèrement de la tête après s'être aperçue qu'elle ne pouvait pas encore articuler.
« B-bon, dit Yann avec soulagement. Es-essayez d-de vous r-redresser et recommencez à b-bouger. J-je vais m-m'occuper de D-Damian. »
Elle hocha à nouveau la tête et suivit ses instructions du mieux qu'elle put. Elle était très raide et son corps ne répondait pas tout à fait comme il fallait, mais finalement elle réussit à s'asseoir et peu à peu le sang revenait dans ses membres. Douloureux. Désagréable. Des fourmis dans à peu près chaque centimètre cube de chair. Et des frissons bien sûr.
Elle regarda vers l'assassin. Il ne paraissait pas vraiment s'en tirer mieux. Mordoq lui parlait, le tenant par les épaules. Le garçon répondait par onomatopées, faisant visiblement beaucoup d'efforts pour réprimer ses propres marques de faiblesse…et son dégoût de tout contact humain. En y regardant de plus près, Natalya eut l'impression que l'air était un peu troublé autour des mains du chevalier. Mais c'était peut-être elle qui divaguait.
Dès que Yann retira ses mains, l'assassin se détendit d'un seul coup, retrouvant sa verticalité en un clin d'oeil ainsi qu'une distance assez importante du guerrier, l'épiant avec méfiance. Nataya grogna avec désapprobation. Mordoq cligna des yeux avec incompréhension, se releva plus lentement et offrit ses deux mains à l'archère pour l'aider à faire de même. Elle accepta de bon coeur.
Puis il posa la question qui fâchait :
« Pourquoi m'avez-vous suivi ? »
Son ton n'était ni fâché ni accusateur. Il avait parlé avec douceur…et un peu de tristesse.
Comme Damian n'avait pas l'air d'humeur loquace, Natalya prit le relais. Elle se dit que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose après tout.
« Par curiosité, répondit-elle assez honnêtement. Et puis par inquiétude. Vous étiez parti assez longtemps !
-C-c'est louable, admit-il. C-cependant j-je vous avais demandé d-de vous fier à moi. J-je vois que nous ne me c-croyez toujours pas. »
Un bruit entre l'aboiement étouffé et le ricanement agita le corps de l'assassin. En se retournant avec surprise, la rogue vit que Damian dévisageait le chevalier d'un air sidéré.
« Tu pensais vraiment qu'on le ferait ? jeta-t-il d'une voix où se mêlait la moquerie à l'incrédulité complète. »
Yann fronça les sourcils et croisa les bras.
« L-la p-parole d'un L-Légionnaire Ec-c-c-carlate est r-rarement mise en d-doute, fit-il. N-notre honneur est intact. »
Le garçon ne fit que hausser un sourcil avec l'air de celui qui croit savoir mieux que quiconque. Natalya le fusilla du regard.
« Je suis désolée d'avoir mis votre honneur en doute, Yann, dit-elle sincèrement. Comprenez néanmoins notre position : vous êtes, après tout, relativement inconnu, et qui plus est nous vous avons rencontré dans un tombeau corrompu par les démons. Nous ne pouvons nous permettre de relâcher notre vigilance. »
Dans les yeux du chevalier se bousculaient plusieurs émotions, et parmi elles quelque chose qui ressemblait à de la confusion qui se disputait la place avec un air de chien battu. Il soupira.
« N-nous ferions mieux d-de r-retourner au c-campement. »
Damian le toisa avec défi.
« Explique ! ordonna-t-il.
-Damian ! l'interpella la rogue d'une voix tranchante.
-J-je vous d-dirai tout au c-c-camp, insista Mordoq sans se formaliser. V-vos amis v-vont s'inqu-s'inquiéter et ils v-voudront s-savoir éga-également. »
L'assassin fit mine de le contredire, puis se ravisa. Il tourna les talons et se mit en marche. Yann le suivit un instant du regard l'air pensif. Mais croisant celui de Natalya, il serra les lèvres et lui emboîta le pas. L'archère fermait la marche.
« Ah, les jeunes daignent rentrer ! C'est pas trop tôt dites, il y en a qui se seraient inquiétés ! »
La voix tonitruante de Derek fit sourire Natalya tandis que Yann se tendait visiblement.
La silhouette énorme du barbare chauve entourée du halo lumineux du feu de camp se découpait contre le ciel d'un noir d'encre parsemé çà et là d'astres scintillant timidement dans les ténèbres.
« Je t'avais dit que t'avais pas besoin de t'agiter, déclara la voix traînante d'Aïsha quelque part derrière lui. Natalya sait se défendre, et les autres ne sont pas importants.
-Je vois que vous autres Amazones avez résolu le problème de l'égalité, ironisa le géant. Dire qu'il y en a qui cogitent encore dessus, c'est incroyable !
-L'égalité ça n'a aucun sens, renifla-t-elle avec mépris.
-Qu'est-ce qui vous est arrivé ? demanda le barbare en ignorant la pique. Vous êtes partis longtemps !
-L-les hom-hommages ont été r-rendus, déclara Yann. On ne p-précipite pas ce g-genre de ch-choses.
-C'est vrai, acquiesça le guerrier. Pas d'incident par contre ?
-R-rien de particulier.»
Natalya lui lança un regard flamboyant. Il n'avait pas l'intention d'aborder le sujet en fin de compte ? Il croisa son regard et fit un léger mouvement de tête appuyé d'un geste de la main, le tout convoyant un message du style « plus tard s'il vous plaît…patience ». A sa grande surprise, la rogue ne douta pas une seconde de sa sincérité.
« Tant mieux, sourit Derek qui n'avait rien remarqué. Et vous deux, vous faisiez quoi ? reprit-il en se tournant vers Damian et Natalya.
-On était allés voir si tout allait bien de son côté, dit la rogue avant que Damian n'ouvre la bouche.
-D'ac. On rentre en ville alors ? Tu nous ouvres un portail Nat' ?
-On ne devrait pas garder nos portails pour des cas d'urgence ? suggéra prudemment l'archère. Ce n'est pas si loin à pied.
-Le temps reste important, objecta Derek. Plus vite on trouvera ce que Diablo cherche ici, plus rapidement on mettra un terme à ses agissements. Et puis, ajouta-t-il avec un air penaud, je ne sais pas où nous sommes. »
La rogue réfléchit, pour s'apercevoir qu'elle non plus ne saurait pas les situer. Jetant un oeil aux autres, elle comprit que tout le monde était plus ou moins dans ce cas. Siliane ne leur prêtait pas attention mais se fier à elle s'avèrerait hautement risqué puisqu'elle pourrait oublier leur destination en cours de route. Damian ne savait sans doute pas non plus étant donné qu'il l'aurait signalé dans le cas contraire. Aïsha haussa les épaules, et Yann revenait d'un autre temps : si jamais il avait un jour connu ces terres, elles avaient forcément changé du tout au tout depuis son époque.
Elle soupira.
« Je vais prendre le livre. »
Cette fois-ci elle ne fut pas accueillie par des pointes de lance, ce qu'elle apprécia tout particulièrement.
Par contre elle se serait passée de l'exclamation tonitruante de Derek juste au-dessus de son oreille.
« Vatanen ! tonna-t-il. Ca fait du bien de te voir ! »
En effet le druide se tenait là, l'air insignifiant à côté du géant qui s'élançait vers lui malgré sa forte stature par rapport à la moyenne. Natalya s'apprêta à sourire quand elle vit son expression.
Elle était soucieuse.
Il était sur le point de dire quelque chose quand une bourrade amicale du barbare le coupa dans son élan. Un Derek heureux n'était apparemment pas très observateur. La rogue soupira et se dépêcha de les rejoindre.
« On a plein de choses à te raconter ! annonçait le guerrier. Et on a un petit nouveau à- !
-Derek ! l'interrompit le druide d'un ton coupant. Il y a-
-Rendez-vous ! »
Derrière eux. Confuse, et avec un assez mauvais pressentiment, Natalya se retourna en même temps que Derek.
Une dizaine de gardes encerclaient Damian, lances pointées vers lui. Son capuchon dissimulait son visage, mais la rogue pressentait que ça ne se passerait pas bien. Surtout compte tenu du rictus satisfait de l'Amazone qui se tenait un peu plus loin en-dehors du cercle.
« Même si j'approuve, lança-t-elle d'un ton paresseux, vous savez que les rats acculés se battent jusqu'à la mort, n'est-ce pas ?
-Qu'est-ce qui se passe ? lâcha la rogue. Vatanen ?
-Il y a eu un meurtre, souffla le druide en réponse avant de s'approcher des gardes. Messieurs, est-ce vraiment nécessaire ?
-S'il vous plaît Maître druide, ne vous en mêlez pas, le rebiffa Haseen.
-Mais-
-Nous en avons déjà parlé, soupira le garde.
-Qu'est-ce que vous voulez ? cracha l'assassin.
-Pour l'instant, que vous nous suiviez sans faire d'histoires, dit le gradé.
-Je ne rends pas les armes, déclara-t-il d'un ton définitif.
-Dans ce cas nous n'abaissons pas les nôtres. »
La tension dans le corps du garçon ne se relâcha pas. Néanmoins après une seconde de considération, elle s'atténua légèrement, et Damian adopta une posture moins agressive. Ses mains s'éloignèrent de sa ceinture. Il hocha sèchement la tête en direction du garde. Le soulagement se lut un moment sur ses traits. Le cercle se mit en mouvement à travers la foule de spectateurs.
« Attendez une minute ! s'exclama Derek. Où vous l'emmenez comme ça ?
-Voir Greiz, répondit Haseen.
-On vient aussi !
-C'est aussi bien. »
Ils emboîtèrent donc le pas à l'étrange formation. Natalya fronçait les sourcils. Qu'est-ce qu'il avait encore fait ? Il n'était pas en ville pourtant ces derniers jours, il n'avait pu tuer personne, si ? Elle se tourna vers Vatanen. Celui-ci arborait une expression inquiète en observant Damian.
« Que se passe-t-il ? murmura-t-elle. »
Il soupira et secoua la tête.
« Tu te souviens de son père ? demanda-t-il.
-Non, il n'a pas…? hoqueta-t-elle.
-Quelqu'un, si, en tous cas, confirma-t-il.
-Mais ça ne pouvait pas être lui ! tonna Derek. Il n'était même pas là !
-Pas besoin. Il a été empoisonné. Selon Lysander, le poison était à effet lent. Il aurait pu l'avoir inoculé avant de partir. »
Natalya voulut objecter mais s'aperçut qu'elle n'avait pas d'argument. Elle referma la bouche, pondérant ce qu'elle venait d'apprendre. Elle ne voulait pas le croire. C'était trop…trop horrible pour qu'elle le considère comme une possibilité. Non, il ne l'aurait pas fait…si ? Elle ne l'avait jamais vu faire preuve de pitié mais…ils combattaient des démons, c'était différent ! Là c'était quand même…
Quand même qui ?
C'était quelqu'un qu'il détestait. Qu'il avait déjà eu l'intention de tuer si elle n'était pas intervenue. Et puis il était revenu alité ce jour-là, qui sait ce qu'il avait fait auparavant ?
Elle frissonna. Elle savait qu'il était assassin. Elle avait été constamment mise en garde. Elle se méfiait de lui. Elle avait même été dégoûtée quand il lui avait révélé qu'il s'était…nourri…de chair de démon. Bon sang, même cette idée-là, elle ne s'y était pas vraiment faite. Elle l'avait juste mise de côté. Elle se sentait malade. Et dire que ce type-là s'était trouvé dans la même salle qu'elle, alors qu'elle dormait en plus !
Une main rassurante se posa sur son épaule et la secoua légèrement.
« Ne t'en fais pas Nat', dit doucement la voix de Vatanen. Chaque chose en son temps. Pour le moment, nous allons voir Greiz pour éclaircir tout ça, d'accord ?
-Il…même si ce n'était pas lui, il en serait capable, pas vrai ? fit-elle d'une petite voix.
-Je ne sais pas, admit-il. Mais ça ne sert à rien de spéculer maintenant.
-Qu'est-ce qui te fait sourire Siliane ? entendirent-ils Derek demander avec confusion.
-Oh, je ne sais pas à vrai dire, répondit-elle avec insouciance. Pour une raison que j'ignore, je trouve toute cette situation plutôt amusante. Peut-être est-ce le beau temps ?
-Tu as saisi ce qui est en train de se passer ? grogna le guerrier.
-Ma foi, je pense que oui. Ce n'est pas si compliqué à comprendre me semble-t-il.
-Et tu trouves ça amusant ?
-Eh bien force est de constater que oui, lui sourit-elle sans aucune gêne.
-Mais elle est vraiment maboule, grommela-t-il.
-Moi je trouve ça drôle aussi, intervint Aïsha. Il est pas allé très loin, le gamin, même s'il prétend être un type insaisissable et insoumis. Ha ! Il s'est rendu plus vite que je ne croyais.
-Tu sais qu'il t'entend, hein ? marmonna Natalya d'un air sombre.
-Pf, il sait ce que je pense de lui, c'est pas comme si je m'étais mise à le défendre ou quoi, renifla-t-elle en haussant les épaules. C'est là qu'il faudrait que je me cache.
-Dites, ne vous retournez pas mais avez-vous remarqué le type en armure qui nous suit d'assez près ? glissa le druide du coin des lèvres. Je ne crois pas l'avoir jamais vu en ville. Et son odeur est étrange. »
Alors que Derek expliquait à Vatanen l'histoire de Yann, Natalya suivait Damian des yeux. Il marchait d'un pas assuré, ne prêtant aux lances pointées vers lui qu'un intérêt passager. La rogue se mordit la lèvre. Sa posture avait été transformée du tout au tout. Quelques instants auparavant, il avait été un fauve pris au piège; désormais c'était un voyageur vaguement offusqué de se voir accuser à tort par la garde locale.
Natalya entrevit alors le maître manipulateur dont parlait Aïsha.
Elle lui jeta un regard. Malgré son rictus triomphant, ses yeux guettaient le moindre des mouvements de l'assassin. Au premier geste suspect il se trouverait percé d'une flèche quelque part, la rogue serait prête à parier.
Cependant, elle n'eut pas à utiliser de munitions. Damian ne tenta apparemment rien.
Ils arrivèrent au QG de Greiz.
C'était ni plus ni moins qu'une caserne tout ce qu'il y avait de plus fonctionnel. Râteliers d'armes, meubles de base, casiers, et probablement une cuisine quelque part. On apercevait néanmoins çà et là un objet personnel, décoration, arme personnelle, babiole quelconque ou plus généralement souvenir acquis dans des circonstances plus ou moins douteuses.
Un mur était couvert d'une étagère à laquelle on avait progressivement ajouté des parties, dans laquelle étaient rangés les trophées de chasse de la troupe.
Dans la pièce se trouvaient pour l'instant deux des hommes de Greiz, qui bondirent sur leurs pieds à leur entrée. Ils saluèrent leurs collègues, et tandis que l'un allait quérir leur chef, l'autre se positionna à la sortie pour éventuellement la leur couper.
Haseen et ses hommes se détendirent légèrement et relevèrent leurs lances, portant plutôt leurs mains à leurs cimeterres. A tour de rôle certains déposèrent les armes à hampe, peu manoeuvrables dans cette pièce. Ceux qui les conservèrent allèrent sécuriser les autres issues.
Damian se retrouva entouré seulement de mercenaires. Il ne fit toujours aucun mouvement.
Greiz émergea de derrière un rideau dissimulant la pièce suivante, son bureau sans doute.
« Ah, vous voilà, les salua-t-il. Je vous remercie Haseen. Repos soldats. »
Ses hommes s'exécutèrent, mais demeurèrent à proximité si quelque chose allait de travers. Damian les suivit des yeux, puis, croisant les bras, planta son regard dans les prunelles du chef mercenaire.
« Alors ? interrogea-t-il avec une autorité insoupçonnée.
-Tu es accusé de meurtre, annonça-t-il de but en blanc. La ville veut ta tête.
-Pourquoi ?
-Un meneur de caravane est mort empoisonné hier. Un homme du nom de Sabin Faur. Chef d'une famille très nombreuse et encore plus influente parmi les marchands. Et quand les marchands s'y mettent, bientôt le peuple suit. Surtout dans les circonstances actuelles.
-Et ils m'ont choisi moi.
-Tu as menacé l'homme, et quelques jours plus tard, il est mort, fit remarquer le gradé. Ton apparence et tes manières ne t'aident pas. Il y a eu quelques blessés graves suite à une bagarre de taverne avec toi ce me semble.
-Je n'en ai pas souvenir.
-Eh bien je peux te dire qu'Asaad, l'un de mes hommes, lui s'en souvient très bien, asséna-t-il avec un sourire.
-Attendez, quoi ? intervint Derek. Qu'est-ce qui t'a pris Damian ?
-J'avais bu, répondit le garçon d'un haussement d'épaule.
-Peu importe, reprit Greiz en secouant la tête. Asaad se remettra, les autres aussi, et j'ai autre chose à faire que surveiller les tavernes. Je voulais simplement souligner que tu es dangereux, et que ça se sait.
-Ca ne fait pas de moi le coupable, rétorqua l'assassin.
-Ecoute, je ne suis pas là pour démêler le vrai du faux, soupira l'autre. Tout ce que je veux, c'est que cette ville survive à ce qui se passe. Et ça n'a pas beaucoup de chances d'arriver si la population s'agite trop.
-Vous n'envisagez tout de même pas de le sacrifier pour préserver un semblant de paix ? grogna Vatanen en s'avançant, un soupçon de menace dans la voix.
-Voyons, pour qui me prenez-vous ? se renfrogna l'officier. A moins qu'il ne soit coupable, bien sûr, je ferai mon possible pour l'épargner. Par ailleurs il participe à défendre la cité, puisqu'il combat les démons à vos côtés, n'est-ce pas ?
-En effet, confirma l'intéressé d'un ton qui devrait se sublimer à température ambiante.
-Alors puisque nous sommes d'accord, je te prie de bien vouloir déposer tous tes objets personnels ici pour examen. »
Natalya retint sa respiration, épiant l'assassin avec incertitude. En un éclair, ses lames étincelaient sous le nez du commandant.
Il les abattit sur le bureau. Pas vraiment avec hargne, mais avec un air de menace tacite. Ses mains allèrent à sa ceinture. Deux nouveaux coutelas s'ajoutèrent aux griffes et à la lame de poignet.
Ils furent rejoints de deux boomerangs tranchants.
Eux-mêmes suivis d'une ribambelle de shurikens.
Par-dessus lesquels fut déposée une poignée de couteaux de lancer.
Agrémentés de quelques grenades d'hommes-chats.
« C'est tout. »
Natalya fronça les sourcils. Même si c'était un arsenal impressionnant, elle avait souvenir de…
Non, ça devait être tout en effet. C'était déjà pas mal.
Greiz était manifestement de cette opinion aussi. Il regardait les armes avec étonnement.
« Tu ne voudrais pas devenir marchand d'armes par hasard ? commenta-t-il. Tu as de quoi équiper un petit magasin.
-Quand est-ce que je les récupère ? interrogea le garçon peu enclin à converser.
-Quand je n'en aurai plus besoin, répondit l'officier. Dis-moi, tu es sûr que tu m'as tout laissé ?
-Oui.
-Tu ne m'en voudras pas si je ne te crois pas sur parole, j'espère. Waheed ! »
Suivit un ordre dans la langue locale, mais à en juger par la réaction dudit mercenaire, il s'agissait de fouiller l'assassin. Qui se laissa faire.
A la stupeur de la rogue, la fouille ne donna rien.
« Bon, acquiesça Greiz. Tu n'as plus qu'à aller en cellule et-
-Inutile de m'enfermer, l'interrompit Damian. Je n'ai plus mes armes, et je n'ai nulle part où m'enfuir. Je n'irais pas loin en plein désert, infesté de démons qui plus est.
-Je m'inquiète plus pour la population, nuança l'autre. Qui me dit que tu n'as pas caché des armes quelque part ? De plus tu saurais t'en procurer facilement, j'en suis sûr.
-Je ne l'ai pas tué, déclara Damian avec certitude.
-Le peuple est convaincu du contraire. Je ne peux pas te relâcher comme ça tout de suite, ils ne croiront jamais à ton innocence. Qui n'est pas avérée de toute façon.
-Qu'est-ce que vous espérez pouvoir prouver en me gardant ici ? rétorqua le garçon. Il y a autant d'indices avec moi dans la cellule que sans moi. Je n'étais pas là ! Je ne sais rien de tout ça !
-Mais le peuple-
-Oubliez le peuple ! cracha l'assassin. Le peuple cherche un défouloir ! Dites que je suis enfermé, je sortirai discrètement du bâtiment et chacun pourra vaquer à ses occupations.
-Si on te voit…
-On ne me verra pas.
-Et si tu es coupable ?
-Je suis à l'Auberge de la Pluie. Ils vous le confirmeront. Du reste ils sauront où je suis.
-C'est vrai, renchérit Derek. Si jamais il l'a vraiment fait, il va regretter de ne pas être resté dans vos geôles!
-Vous vous portez garant de lui ? demanda Greiz.
-Pourquoi tu fais ça ? intervint Aïsha. Tu sais qu'il n'est pas digne de confiance !
-Je sais que s'il s'avise ne serait-ce que battre d'un cil derrière mon dos, il lui en cuira, répliqua le barbare.
-Nous veillerons sur lui, promit Vatanen. N'est-ce pas Siliane ?
-Oh, oui, certainement ! On ne trouvera pas chaton mieux veillé que celui-là, sourit-elle.
-On parle de Damian, souffla le druide.
-Damian qui ?
-Vous savez, je suis moins enclin à vous faire confiance à chaque mot que vous dites, prévint le commandant.
-On va se taire alors, conclut Derek. Il est très utile au combat, donc il faut nous le rendre. S'il y a du grabuge, on vous le renvoie dans une boîte d'allumettes. »
Natalya espérait en quittant le poste de garde qu'ils ne venaient pas de faire une grosse erreur.
Et que ce n'était pas l'ombre d'un rictus triomphant qu'elle avait surprise au coin des lèvres de l'assassin.
