Chapitre 12
"And the wind did howl and the wind did blow
La la la la la
La la la la lee
A little bird lit down on Henry Lee "
Henry Lee - Nick Cave & the Bad Seeds.
- Murder Ballads (1996) -
Il y a des moments dans la vie où on se trouve dans des situations étranges qu'on n'avait jamais pu imaginer. Et Edward se trouvait précisément dans une d'entre elles. Il était au milieu du vaste jardin de Pinako à boiter, Solf Kimblee à ses côtés, lequel tenait des bûchettes entre les mains. Face à eux, un mec maigrelet qui les menaçait avec un pistolet ; Victoria et Salomé qui n'en menaient pas large. Et on entendait les biquettes de Monsieur Reynolds bêler au loin.
Situation tout à fait ordinaire.
Mais pour mieux comprendre dans quelles circonstances ceci est arrivé, retournons un peu en arrière, voulez-vous ?
Beth et Solf avaient attendu le train pour Resembool en silence, dans un hôtel près de la gare où ils avaient passé la nuit. Ils avaient ensuite été accueillis par Edward et un chien avec une patte de métal et tous trois avaient été menés jusqu'à la maison des Rockbell par un vieux monsieur avec une charrette et des biquettes, voisin de Pinako et Winry.
Un malaise s'empara de l'ancien alchimiste quand il posa pied devant la bâtisse. C'était là que Sarah et Urie Rockbell avaient vécu, avaient élevé leur fille et là où ils l'avaient laissée pour partir au front. Et c'était là qu'une orpheline vivait depuis. Est-ce que Winry Rockbell savait quel rôle il aurait pu jouer dans la mort de ses parents ? Se doutait-elle qu'il avait reçu l'ordre de les tuer s'ils s'étaient encore obstinés à rester en zone de guerre à faire leur travail ?
Il prit une lourde inspiration et suivit son épouse à l'intérieur, Edward sur les talons.
Winry était partie faire quelques courses au village, notamment à la quincaillerie. Il fut soulagé de ne pas avoir à la revoir de suite, et lui et Beth posèrent leur bagages dans une chambre qu'il leur avait été préparée. Prise d'une migraine depuis plusieurs heures, Betty décida de faire une sieste avant le dîner, le laissant seule dans cette maison immense. Ne se sentant pas prêt à discuter avec Pinako, Edward ou Winry, Solf décida de prendre une douche.
Une fois lavé et séché, il se contempla dans le miroir. Depuis quand avait-il des cernes ? Et était-ce un cheveu blanc sur sa tempe ? Il avait l'air d'avoir pris cinq à dix ans en quelques jours. Il savait qu'il n'allait pas en rajeunissant, mais il était effaré de ce que son reflet lui montrait. Il avait l'air si … inoffensif. Faible. Il se passa de l'eau fraîche sur le visage comme pour tenter d'effacer la fatigue de ses traits, en vain. Son regard se pose sur ses paumes vierges, et une colère sourde monta en lui, comme la lave d'un volcan.
La porte d'entrée claqua et il entendit la voix de Winry Rockbell résonner dans l'entrée.
Solf se dépêcha de s'habiller et d'avoir l'air présentable pour le dîner. Le repas se déroula sans réel accroc, si on excluait les remarques acerbes de Edward par rapport au « soit-disant plan génial de Mustang » et le regard inquiet des Rockbell dès que leurs yeux se posaient sur lui.
Oui oui oui, je suis un tueur, j'ai compris. Je l'ai été, du moins. J'ai failli tuer votre père, votre fils, votre beau-père, parce que c'était un ordre. Et j'ai tué d'autres gens par ma propre volonté et envie. Mais maintenant … Mais maintenant …
Il dormit mal et se réveilla avec les poules. Pinako Rockbell était déjà debout et aux fourneaux, apparemment occupée à faire à manger pour un régiment. Elle le salua de sa voix rauque et le laissa déjeuner en paix jusqu'à poser la question fatidique d'une voix fatiguée :
«- Qu'est-ce que mon fils et ma belle-fille avaient fait de mal à Ishbal ? Qu'avaient-ils fait qui mérite qu'on les tue ?
- Ce n'est pas à moi qu'il faut demander. Il faut voir avec Monsieur Kandasha à Ishbal.
- Je pense savoir pourquoiluiles a tués. Mais Urie et Sarah étaient pressés par l'armée de quitter la ligne de front, d'une manière ou d'une autre. Même les pieds en avant comme ça a été le cas. Alors, dites-moi, Monsieur Kimblee : qu'avaient-ils fait de si terrible pour mériter la mort ? Comment auriez-vous justifié vos actes à vous-même à ce moment-là ? Vous étiez le premier soldat à arriver sur les lieux après les faits, continua-t-elle en voyant qu'il allait l'interrompre. Vous saviez où ils se trouvaient, et vous n'êtes pas connu pour avoir été un soldat diplomate ou compatissant. Et c'est pour ça que vos supérieurs vous avaient envoyé les retrouver. N'est-ce pas ? »
Pinako Rockbell était une femme intelligente et bien qu'elle soit à présent minuscule, elle réussissait à effrayer plus d'un. Et Kimblee était un de ceux-là. Il déglutit et répondit sincèrement :
«- Je me serais dit que j'avais fait mon travail, que j'avais suivi les ordres. Si on est pas prêt à tuer ou trahir ses convictions, on ne devient pas soldat. Cela peut mal tourner pour vous, comme ça a été le cas pour Mustang.
- Mustang n'est pas en si mauvaise position, sourit-elle légèrement.
- Mais à quel prix ? Je dois vous avouer que je regrette ne pas avoir rencontré Urie et Sarah Rockbell. Ils avaient l'air de gens très droits, très justes, très en phase avec leurs convictions. Ils auraient fait de terribles soldats, nota Solf à voix haute.
- Haha ! Je vous crois bien sur ce coup-là. Je ne vous porte pas dans mon cœur, Monsieur Kimblee.
- Prenez donc un ticket et rejoignez la file.
- Mais si je peux aider une petite fille à retrouver ses parents, je le ferai. Je n'ai pas réussi à faire ça pour Winry, si je peux le faire pour une autre … grommela-t-elle en allumant sa pipe. Je suis soulagée de ne pas en plus vous en vouloir pour avoir tué mon fils et son épouse. Je ne crois pas que j'aurais pu participer au plan farfelu de Mustang dans ce cas. »
La porte de cuisine grinça et la silhouette pâle de Winry apparut dans l'embrasure, Edward à son côté. Le jeune homme avait le visage fermé, la technicienne arborait une expression de trouble et de peur.
« Vous auriez tué mes parents ? dit-elle enfin d'une voix fragile. Si … Si ils n'étaient pas déjà morts quand vous étiez arrivé, vous … l'auriez vraiment fait ? »
Alors qu'elle s'approchait de la table où l'ancien alchimiste était toujours aussi, le visage impassible, son fiancé tenta de lui prendre le bras pour la retenir. Elle se dégagea sans peine et prit place à côté de Solf, qui se demandait si cette question était hypothétique ou pas.
Alors qu'il allait lui répondre, ce fut au tour de son bras d'être pris par Edward qui le poussa à aller avec lui dehors chercher du bois car « il caille ce matin pour un mois de Mai » . Bon, ruse foireuse, mais il voulait laisser Winry seule pour assimiler ce qu'ils avaient pu entendre depuis le couloir. Ed se doutait que la présence de Kimblee à l'hôpital de fortune Ishbal des Rockbell n'était pas un hasard. L'armée savait déjà qu'il n'aurait aucune hésitation à tuer des civils qui dérangeaient l'avancée des troupes. Il n'était pas venu les sauver, ou même voir s'ils allaient bien : il venait les forcer à partir, de la ligne de front ou pour de bon.
« - Vous boitez Edward, remarqua Solf alors qu'ils sortaient du cabanon où Pinako rangeait son bois.
- Vous avez une bonne vue. Il fait humide ces derniers temps, c'est pas l'idéal pour ma jambe. Vous comptez faire quoi ?
- Retourner à East City cherch-
- Je parle de Winry ! Vous savez bien que je parle de ça ! cracha-t-il, excédé.
- Vous voulez que je fasse quoi ? Je n'ai pas tué les Rockbell, j'aurais pu tuer les Rockbell, j'aurais sans doute du le faire vu qu'ils refusaient catégoriquement de quitter Ishbal malgré la pression de l'armée. Est-ce que ça aurait été de gaieté de cœur ? Non. Est-ce que ça m'aurait atrocement sali la conscience, plus que de tuer des Ishbals ? Sans doute pas. Quand j'ai dit à Mademoiselle Rockbell que ses parents avaient l'air de gens admirables, je ne mentais pas. Ils l'étaient. Mais ils étaient trop bons pour rester sur le front, et trop entêtés pour obéir à l'armée, laquelle n'avait aucun scrupule à demander qu'on les abatte ! tempêta-Solf, bois sous le bras. Ils auraient obéi plus tôt, ils seraient encore là, mais cela aurait été compromettre leurs idéaux et- Marshall ?! glapit-il en voyant le secrétaire de la faculté de Central s'avancer vers eux.
- Kimblee. Où est Victoria Foks ? demanda-t-il, pistolet pointé vers sa tête.
- Ah, ça, si je le savais. Elle a ma fille avec elle, et j'aimerais bien la retrouver, rétorqua-t-il sans paniquer et sans lâcher ses bûchettes.
- Votre fille était supposée être avec moi à ce moment précis. Victoria travaille pour moi depuis des années et cette crétine a décidé de me désobéir !
- Ok. Triste pour vous. Que voulez-vous que j'y fasse ?
- Kimblee, ce mec nous menace avec une arme, vous pourriez avoir l'air moins relax ? grimaça Ed, qui se demandait s'il arriverait à désarmer Marshall sans qu'un d'eux ne soit blessé. Sans doute … si sa jambe ne le faisait pas souffrir autant. Merde.
- C'est MOI qui ait tout manigancé ! L'explosion, le colis, Rotten … Tout ça, c'est moi !
- C'est tordu comme plan.
- Je devais vous mettre la main dessus, pour vous parler.
- Marshall, on travaille ensemble depuis des années ! Mon bureau est à trois couloirs du vôtre ! Pourquoi tout ça ?! C'est complètement con ! s'emporta Solf, à bout de nerfs.
- Quoi ?! lâcha Jay Marshall, pris de court.
- C'est complètement con votre plan ! Pourquoi aller traumatiser Rotten ? À part juste parce que c'est drôle et qu'il le mérite ? On se voit TOUS LES JOURS Marshall, pourquoi aller infiltrer des gens chez moi kidnapper ma fille, péter ma baie vitrée, tout ça ? Pourquoi ? C'est tellement CON ! URGH ! gémit-il en se tenant la jambe après que Jay ait décidé de lui tirer dessus. Marre d'entendre dire que son plan était con (même si au fond, il savait que c'était vrai).
- PAPA ! cria la voix de Salomé, tout près.
- Victoria. Enfin, te revoilà. Tu es enfin revenue à la raison, se réjouit Marshall en voyant les deux rousses ensemble.
- T'emballe pas, Jay. Je te laisserai pas toucher un seul cheveu de cette gamine.
- Tu me laisserais encore lui tirer dessus alors ? sourit-il en désignant Solf de son arme.
- J'espère que non, ça pique quand même, marmonna l'ex-alchimiste alors que Edward tentait de contenir l'hémorragie de sa cuisse avec son écharpe.
- Putain, Kimblee, soyez sérieux deux secondes.
- La douleur me fait délirer Monsieur Elric.
- On va dire ça.
- Ferme les yeux Sally, commanda Victoria à la petite fille qui obéit. D'un geste précis et rapide, elle sortit prestement un coutelas de son sac de voyage et trancha la chair au niveau du coude de Jay Marshall, ouvrant salement l'avant-bras et la main qui tenait son arme en moins de deux. Au moins, tu ne pourras plus blesser grand monde comme ça.
- Mais elle, si, siffla Jay en tenant son membre ensanglanté.
- Oh, elle ? fit-elle en sortant un serpent raide mort de son sac. Je ne crains que ta chère Shiro ait rencontré un humain insensible à son poison, il y a quelques heures de ça. Tu avais oublié ? Tu avais oublié. Elle aussi, et crois-moi, voir l'expression de surprise d'un serpent, c'est une expérience. Et- BORDEL ! cria-t-elle après qu'un coup de feu ait éclaté.
- On nous tire dessus ? paniqua Salomé en se couchant sur le sol.
- Non, on tire sur lui, sourit Edward en pointant Marshall du doigt. Je reconnais le son de la vieille carabine de Pinako entre mille.
- Faudrait qu'elle apprenne à viser quand même. C'est fini Jay. Tu … Il s'enfuit ! » s'emporta Victoria en voyant la silhouette d'un chat nu et en sang pattes fuir dans les hautes herbes.
Elle commença à le courser, mais son pied se coinça dans un terrier de lapin et elle chuta lourdement. Envahie par le dépit, elle retourna vers le jardin de Pinako Rockbell, où elle-même, sa petite-fille et Beth se trouvaient, agglutinées autour de Solf, Ed et Salomé.
« - Tu vas avoir une cicatrice ? demanda Salomé en regardant la cuisse bandée de son père.
- Oui, et une belle.
- Ouaaaaah. T'as encore mal ?
- Pas pour le moment, avec les médicaments.
- À part quelques égratignures, elle n'a rien, le rassura Pinako qui auscultait la petite fille. Et vous, vous n'avez … rien du tout. Pourtant, vu votre fuite de Central, on aurait pu s'attendre à des blessures assez sérieuses … marmonna-t-elle en dévisageant Victoria.
- Ah, mais Victoria s'est fait mal. Mais elle guérit toute seule, expliqua Salomé comme si c'était parfaitement normal. Maman ! J'ai un truc pour toi !
- Ah bon ? s'enquit Betty qui prit place entre son mari et sa fille.
- Une amie de Victoria m'a dit que tu pouvais garder son bouton car elle n'en avait plus besoin. Une petite blonde aux cheveux au carré, avec des grands yeux bleus. Et elle m'a donné ça ! » continua-t-elle en lui tendant une petite boîte à bijoux.
Les mains tremblantes, Beth ouvrit le paquet, à l'intérieur duquel se trouvaient deux boucles d'oreilles scintillantes. Elle ferma les yeux et prit une grande goulée d'air.
« Victoria … commença-t-elle d'une voix qui se voulait ferme mais qui était mal assurée. Je crois que vous avez pas mal de choses à nous dire. »
Toujours vivaaant.e, rassurez-vous, toujours (pas) la banane, toujours assis.e
Je devais faire un seul gros chapitre, mais finalement, je vais le couper en deux car ça va faire beaucoup à lire d'un coup.
Et puis voilà.
Bisous patates-cantal sur vous !
