Résumé : Aout 2009 : Esmée Cullen monte réveiller sa fille Bella, mais ne la trouve pas dans sa chambre. Son mari et ses fils Emmett et Edward rentrent, inquiets et décident de prévenir la police. Deux jours plus tard, sa voiture est retrouvée à la gare, une lettre adressée à ses parents sur le siège passager. Elle est partie. Et depuis, le temps, sans elle, passe.
Pairing : Jasper Withock, Isabella Marie Cullen.
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Stephanie Meyer, seule l'histoire est de moi.
Rating : M. Juste au cas où.
Genre : Family, romance.
Note de l'auteure : Bonjour tout le monde ! Voilà bien longtemps que je n'avais rien posté, et j'en suis consciente. J'ai fait d'autres choses, je me suis consacrée à d'autres activités, mais pour autant je ne vous ai pas oubliés. Je suis incroyablement désolée de l'attente, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Je crois que j'aurais abandonné cette fic et les autres, si vous n'étiez pas là. Voili voilou (encore deux chapitres et les révélations se mettront à pleuvoir). Des bisous tout plein !
Garett terminait d'exposer la victimologie. Sur un grand tableau qu'ils avaient préparé, se trouvaient les photos et les caractéristiques principales et à retenir de chacune des victimes du tueur de Phoenix. Dès qu'il aurait terminé, ce serait son tour. La jeune femme était stressée : ils avaient fourni énormément de travail sur ce dossier, mais le retranscrire en quelques minutes uniquement était difficile. Pour autant, elle était également enthousiaste à l'idée de présenter son travail.
Pour la première fois depuis longtemps, elle aimait ce qu'elle faisait de ses journées. Elle n'avait plus de difficultéivités. Mais je ne vous ai pas oubliés à se lever le matin, elle n'était plus remplie d'appréhension en sortant du lit. L'inconscience du sommeil ne lui semblait plus aussi attirante, et ne lui apportait plus le même sentiment de sécurité. Dorénavant, et la plupart du temps, elle se sentait en sécurité partout où elle allait. Elle préférait le jour à la nuit.
Garett se tourna vers elle, et elle sut que c'était son tour. Alors elle s'avança. Elle était forte, et elle était capable. Elle pouvait le faire.
- "En regardant de plus près la victimologie, il est possible de distinguer quelques rapprochements. Ces femmes sont toutes des indigènes entre 35 et 50 ans, ce qui nous permet de dire que le suspect est un homme d'origine sud-américaine d'une petite quarantaine. Le fait que les similarités entre les femmes s'arrêtent là, et la grande violence dont il a fait preuve à chaque meurtre nous indiquent également qu'il éprouve une grande colère contre les femmes en générale. Les viols renforcent cette idée."
Elle fit une pause, et regarda autour d'elle. De nombreux étudiants ne l'écoutaient absolument pas, relisant leurs propres notes en vue de l'exposé qu'ils devraient faire à la suite, ou soufflant parce que leur propre exposé était passé. Elle en avait fait de même, pensa-t-elle. Mais M. Benett, le professeur, l'écoutait avec intérêt, ce qui la rassura.
- "Il n'enterre pas ses victimes, ne les déplace pas, mais il met le feu à la propriété dans l'espoir de faire disparaitre toutes les preuves l'incriminant. Il n'éprouve aucun regret, aucune culpabilité. Une fois le crime passé, il n'y repense plus. Il a débarrassé le monde d'une autre femme, et en éprouve plutôt une sorte de satisfaction personnelle. Il est convaincu du bien fondé de sa mission. Tous ces éléments laissent à penser qu'il n'a connu que de mauvais exemples féminins. La femme qui l'a élevé (une mère, une grand-mère, une tante, une mère adoptive, …) le méprisait. Vu l'âge supposé du suspect, il a très certainement connu des relations avec les femmes, qui se sont mal terminées. Et dans son esprit, c'est la faute de ces femmes."
Le professeur fronça les sourcils. Avaient-ils été trop loin ?
- "Il possède un mode opératoire très précis, qu'il suit à la lettre à chaque fois. Il utilise très certainement un leurre pour amener des femmes d'âge mûr dans des endroits où elles n'ont jamais mis les pieds. Tout cela montre que c'est certainement quelqu'un d'intelligent et de cultivé. Pourtant, il n'est pas avenant. Et son mépris pour les femmes le pousse certainement à vivre assez isolé."
L'exposé arrivait à ses fins, et Bella n'était pas sure de la bonne manière de conclure.
- "Enfin, un élément déclencheur a certainement du activer cette série de meurtres, mais son mépris envers les femmes remonte à plus loin. Il possède déjà certainement un casier en rapport avec ceci : des insultes aggravées, une agression contre une femme de son entourage, coups et blessures sur une petite-amie, viol, …"
Voilà. Le reste n'aurait été que conjonctures douteuses, alors ils avaient décidé de s'arrêter là. De nombreux exposés leur avaient démontré que c'était loin d'être le cas des autres étudiants, qui avaient cherché à rapprocher chaque élément connu de la vie du suspect avec chaque élément du dossier.
M. Benett leur sourit et les incita à regagner leurs places. Il ne donnait jamais les notes ou les appréciations directement, ou devant tout le monde. Ils devraient attendre quelques jours, quelques semaines, peut-être même. Mais Bella était plutôt satisfaite de leur travail.
A la fin du cours, elle prit son temps pour ranger ses affaires. Elle en était arrivée à préférer la semaine au week-end.
Un mois déjà qu'elle n'adressait plus la parole à ses frères. Bien sur, ils avaient tenté de s'expliquer, et de s'excuser, mais elle ne voulait rien entendre. Bien sur, aussi, elle ne voulait pas accabler davantage ses parents, aussi était-elle obligée de s'adresser à eux le dimanche, pour le déjeuner dominical en famille. Ce qui n'avait rien d'évident.
Elle avait conscience de se comporter comme une enfant. Qu'elle faisait des enfantillages, comme ses frères cependant. Mais le sujet, lui, n'avait plus rien de puéril. Comment pourrait-elle leur parler de Jacob, de ce qu'il lui avait fait subir ? De son corps, qui garderait à jamais les traces d'un homme qu'elle méprisait, qu'elle haïssait, mais qu'elle craignait tout autant ?
Elle releva les yeux et elle le vit, là, à quelques mètres d'elle. Et son souffle se coupa, avec l'impression qu'elle venait de recevoir un coup dans l'estomac.
Il était là, décontracté, presque spontané, un sourire en coin au bout de ses lèvres. La peau toujours aussi tannée, les muscles de ses bras toujours aussi saillants, et donc toujours aussi dangereux. Il ne la regardait pas, mais quand il se tourna vers elle, sa vision devint floue. Il la regarda, un sourire incertain sur les lèvres, les sourcils froncés.
Et ses traits se modifièrent, pour laisser apparaitre Ben, un étudiant de sa classe, qui pourtant ne ressemblait pas tant que ça à l'homme qui toujours hanterait ses cauchemars.
Il n'était pas là. Elle s'était trompée. Elle avait pensé à lui, elle l'avait laissé infiltrer ses pensées, ses esprits, à nouveau, et son subconscient avait certainement fait le reste.
Il n'était pas là. Il n'avait jamais été là.
Mais c'était trop tard, le mal était fait. Elle sentit ses muscles se crisper, son cœur accélérer et son souffle se saccader, et sut ce qui allait suivre.
Elle prit sur elle-même pour empêcher les autres symptômes d'apparaître. Elle ne pouvait pas laisser la panique la gagner ici, devant toutes ces personnes. Elle respira, le plus calmement possible. Elle ferma les yeux, puis les rouvrit. Le flou se dissipa, progressivement. Mais elle était épuisée, et se sentit vaciller.
Garett la rattrapa rapidement, et une bouteille d'eau se matérialisa devant elle. Elle rouvrit les yeux, qu'elle avait à nouveau fermés, et vit le visage de son professeur devant elle, qui lui tendait sa bouteille.
- "Buvez, vous vous sentirez mieux."
Elle hocha la tête, et fit ce qu'il lui disait. Les sensations revinrent dans ses bras, et elle se sentit à nouveau présente dans l'amphi, alors qu'une minute avant, elle était à nouveau dans cette fichue réserve.
- "Ne parlez pas, respirez."
Il fit signe aux autres que le spectacle était fini, et peu à peu, la salle se vida de ses occupants, non sans quelques regards en coin, étonnés, curieux, dans sa direction.
- "Laissez-nous un instant s'il vous plait, Garett."
Ce dernier se tourna vers elle, comme pour vérifier si cela lui convenait, et quand elle fit signe que oui, prit ses affaires et sortit rapidement à son tour.
Le professeur la laissa seule un instant, puis revint vers elle et s'assit sur le rebord de la table derrière lui, en face d'elle.
- "Ca va mieux ?"
Elle répondit, d'une toute petite voix rauque, comme si elle n'avait pas parlé depuis des jours, que oui, ça allait mieux, et merci pour votre aide.
- "Ce n'est rien… écoutez, vous êtes un excellent élément, alors ne vous méprenez pas sur ce que je vais vous dire. Vous avez parfaitement votre place ici, ce métier, vous le ferez très bien. Mais je pense que pour le moment, vous ne le faites pas pour les bonnes raisons…"
Elle fronça les sourcils. Comment… ?
- "Moi je le fais depuis un bon moment, voyez-vous. Et des gens comme vous, qui veulent faire ce métier, ou qui le font pour les mêmes raisons que vous, j'en ai vu passé des tas."
Un petit sourire désolé craqua le coin de ses lèvres.
- "Je me souviens parfaitement de notre première discussion, il y a quelques mois. Et ce qu'il s'est passé aujourd'hui… je sais additionner deux et deux. Je ne sais pas ce qui vous est arrivé, et cela ne me regarde pas. Mais ces études, et ce job, ils ne constituent pas une thérapie. Vous ne pourrez pas aider des victimes si vous en êtes toujours une, vous comprenez ?"
Oui, elle comprenait. Et elle y avait déjà réfléchi.
- "Avez-vous déjà parlé à quelqu'un de ce qui vous est arrivé ?"
Elle secoua la tête, sa gorge lui faisait toujours un peu mal.
- "Il va falloir y penser. Votre passé peut avoir une bonne incidence sur votre capacité à comprendre, et à faire votre job. Mais uniquement si vous avez résolu vos propres problèmes. Et pour cela, la première étape est d'en parler. A un spécialiste, et à votre entourage."
Elle ne répondit pas. Qu'y avait-il à dire ? Qui comprendrait ?
Il comprit rapidement qu'elle ne dirait pas un mot de plus, et posa la main sur son épaule en se relevant. Il alla ranger ses affaires, signe que la conversation était terminée. Alors Bella prit à son tour les siennes, et sortit sans un mot de plus.
Elle y pensait toujours deux jours plus tard, alors qu'elle était assise dans l'un des grands fauteuils de jardin de ses parents. Elle savait qu'elle ne pourrait pas continuer ainsi très longtemps. Entre ses absences, ses paniques, et les relations tendues, difficiles qu'elle entretenait avec ses frères, la vie n'était pas un long fleuve tranquille comme elle l'avait espéré. Même ses relations avec Jasper s'étaient dégradées. Pas énormément, mais elle savait qu'elle l'avait blessé, quand elle n'était pas rentrée de la nuit, un mois auparavant.
Elle devait parler. Ça, elle le savait. La question était de savoir à qui.
Il était hors de question qu'elle en parle à quelqu'un de sa famille ou de son entourage proche. Elle pourrait toujours voir un psy, mais les relations de son père, de son frère et de Jasper, surtout, avec le monde médical, rendaient délicat le choix du psy en question. Bien sur, elle devrait pouvoir compter sur le secret professionnel, mais elle n'était pas prête à prendre le risque. Et puis, un étranger, vraiment ?
Peut-être pourrait-elle en parler à Seth, via e-mail. Mais cette idée la rebutait. Et puis elle ne se voyait pas tout remettre sur les épaules d'un adolescent de 17 ans qu'elle considérait comme son petit frère. Non, cette option là aussi était inenvisageable.
Alors à qui ?
Elle fut coupée de ses pensées par un éclat de rire. Ses frères avaient l'air de bien s'amuser. Vraiment bien même. Et elle brulait d'envie de se joindre à eux. Elle ne savait pas à quoi ils jouaient, mais ils n'arrêtaient pas de rire. Cependant, à chaque fois qu'elle prenait la décision de les rejoindre, elle était coupée dans son élan par le souvenir de leur dernière dispute. Et une colère sourde envahissait sa poitrine. Elle était incapable de leur pardonner. Pas ça. Pas ça en plus de tout le reste. Et Jasper qui était si distant…
Elle se leva en soupirant. Peut-être se sentirait-elle toujours aussi seule, même maintenant qu'elle était revenue.
Elle leva les yeux, aperçut son frère de dos et s'apprêtait à l'appeler, mais elle n'en eut pas le temps.
Elle ouvrit la bouche. Elle ne sut pas où l'eau l'avait touchée en premier.
Tout s'arrêta en même temps : le bruit autour d'elle, la sensation de solitude et ce sentiment de sécurité auquel elle s'accrochait depuis des mois. Elle était à nouveau là-bas. Elle y était finalement retournée.
Au fond d'elle, elle savait que ça n'était pas possible, qu'elle ne pouvait pas faire des centaines de kilomètres en un clignement de paupière. Pourtant c'était tout comme. Son visage s'imposa devant elle, alors même qu'elle savait ses yeux fermés. Elle sentait le tissu rugueux dont il avait l'habitude pour attacher ses poignets. Elle avait même la sensation des coupures dus au frottement du tissu contre sa peau. Et surtout, surtout, elle suffoquait. Comme avant. Comme pendant son « temps d'adaptation », comme il aimait l'appeler. Lui. Son cauchemar ambulant. L'homme à l'origine de tous ses problèmes. L'oxygène ne venant pas, elle finit par tomber au sol, les mains tentant de s'accrocher à quelque chose, mais ne rencontrant que le béton froid.
Autour d'elle, il y eut un moment de flottement. C'est Emmett qui avait lancé le bac d'eau. Il avait pensé que derrière lui se cachait son frère, avec qui il avait commencé cette stupide bataille d'eau. A aucun moment il n'avait pensé qu'il s'agissait de sa sœur. Et certainement, à aucun moment il n'avait pensé qu'un peu d'eau entrainerait ce type de réaction de sa part.
En quelques secondes ils furent rejoints par Edward, qui avait assisté à la scène de loin, Rosalie, installée sur un des fauteuils de jardin, et Jasper, qui n'était jamais bien loin de la jeune fille, malgré l'inconfort récent de leurs relations.
- "Bella ?"
Emmett se recula vivement quand elle eut un mouvement brusque. Et fut surpris de constater qu'elle ne le reconnaissait pas. Elle le regardait comme s'il allait lui faire du mal. Il frissonna.
- "Ne la touche surtout pas. Pas comme ça, l'interrompit Jasper."
Edward se retourna vers ce dernier, paniqué.
- "Qu'est-ce qu'elle a ? Qu'est-ce qui lui arrive ? Je vais chercher papa ?"
Jasper fronça les sourcils, leva la main pour empêcher les autres de le suivre, et s'approcha de Bella comme s'il avait peur qu'elle ne s'enfuit à tout moment. Il lui répondit en chuchotant, ne prenant pas la peine de peser ses mots, trop concentré sur elle.
- "Elle fait une crise. Une crise de panique. Ce n'est pas la première."
A nouveau, comme la dernière fois, il la contourna pour s'assoir juste derrière elle, ses jambes l'entourant, mais gardant une distance raisonnable. Elle semblait suffoquer de plus en plus, et il posa une main légère sur son épaule. Il fallait qu'elle accepte son contact avant qu'il n'aille plus loin. Et qu'elle le reconnaisse pour qu'elle puisse accepter son aide.
Elle sursauta, mais ne se dégagea pas. Il prit ceci pour un bon signe, et s'avança afin de coller son torse contre son dos. Sa voix se fit murmure alors que les autres retenaient leur souffle.
- "Suis mon rythme Bella, essaie de coller ta respiration à la mienne."
Il prit alors de grandes et lentes inspirations, suivies d'expirations exagérées. Peu à peu, Bella retrouva son souffle.
Elle revint à elle, et la première chose qu'elle vit fut une main tendue devant son visage. Elle releva les yeux pour tomber sur le sourire d'Alice qui avait du arriver entre-temps.
- "Allez viens Bella, t'es trempée. On va te trouver quelques vêtements de rechange."
Elle la regardait normalement, lui souriait même. C'est ce qui acheva de la convaincre, et elle prit sa main. En se levant, elle évita de croiser le regard de qui que ce soit, surtout celui de Jasper. Elle pensa, peut-être avait-elle tord, que si quelqu'un d'autre avait fait la même chose que lui, le résultat n'aurait pas été le même. Elle s'était calmée si rapidement. Et le contact de son torse contre son dos lui avait rappelé des sensations qu'elle croyait avoir oubliées. Mais ça n'était pas possible. Et si ça l'était, elle ne pouvait pas le permettre.
Les autres attendirent qu'elle soit hors de portée pour pousser un soupire de soulagement. Les frères de la jeune felle se tournèrent vers Jasper, mais ce dernier continuait de fixer la porte par laquelle elle était rentrée dans la maison de ses parents. Leurs voix le ramenèrent à la réalité. C'était passé. Elle allait bien. Enfin, elle allait mieux.
- "Jasper ?"
Il se tourna vers eux. Leurs visages affichaient la même expression à la fois incrédule et soucieuse.
- "Pas la première fois ?"
Il soupira.
- "Je vous l'ai dit le mois dernier. Dans la salle de bain. Mais il y en a eu d'autres depuis. Et je soupçonne Bella d'avoir ce genre de … crises, plus souvent, mais de ne pas m'en parler."
Un silence pesant suivit ses paroles. Que dire ?
- "Mais… pourquoi ? Enfin, je veux dire, c'est du à quoi ?"
- "J'en sais rien. Si je devais deviner…"
Edward s'avança.
- "Devine. Ça peut pas continuer comme ça."
- "Non, certainement pas. Parce que ça s'accélère. L'état de Bella n'arrête pas d'empirer, au lieu de progresser. Et vous n'avez pas aidé."
Ils le savaient. Bon sang, ils ne le savaient que trop bien. Ils essayaient de se rapprocher d'elle depuis un mois, mais pas moyen. Elle s'était complètement fermée. Elle les ignorait complètement en dehors de chez leurs parents. Et même alors, même quand elle s'adressait à eux, elle les excluait de tout. Habilement, certes, mais ils le sentaient bien. Et bien sur qu'ils se sentaient coupables. Emmett n'avait pas mis les pieds dans sa fichue pièce depuis, comme si elle était responsable de ce qu'il s'était passé. Et elle l'était, en quelque sorte. Il le savait. Elle avait donné une réalité à ses angoisses, ne lui permettant pas de passer à autre chose.
Et Edward n'avait pas été capable de sortir une seule bonne note de son piano. Il ne fermait pas l'œil de la nuit. Les questions étaient plus nombreuses, et ne concernaient plus seulement Bella. Il se remettait en question tout le temps, s'en voulait constamment.
Mais la culpabilité n'aiderait pas Bella. Il faudrait faire avec, trouver un moyen d'avancer, mais c'était leur problème. Ils verraient ça plus tard.
C'est Rosalie qui exprima tout ça. Sèchement, comme d'habitude, mais de façon efficace.
- "Ils savent, Jasper. Je dirais même qu'on le sait tous. Mais laisse-nous gérer ça entre nous. Tu dis que tu as une théorie. On t'écoute."
Il se mordit la lèvre, et passa une main dans ses cheveux déjà en bataille.
- "Je pense que ce sont des souvenirs, des sortes de flafh-back. C'est comme si certaines choses, certains éléments avaient un lien direct avec la vie qu'elle menait avant, et l'y ramenaient forcément."
Le regard d'Edward se fit plus sombre.
- "Vu les crises que ça entraine, ce ne sont pas d'heureux souvenirs, n'est-ce pas ?"
Celui de Jasper se fit plus sérieux, plus grave.
- "Non, et parfois je me demande si elle en a, des souvenirs heureux. De cette période, je veux dire."
Ils ne dirent rien pendant quelques instants.
- "Tu l'as dit toi-même, ça ne peut pas continuer. C'est l'escalade. Il va falloir la faire parler, ou… ou…"
Emmett ne termina pas sa phrase, il en était incapable. Mais tous savaient ce qu'il avait voulu dire. ça ne se terminerait pas bien. Pas pour elle. La voix de Rosalie se fit hésitante, comme c'était rarement le cas.
- "J'ai bien une idée. Mais elle va nous en vouloir. A tous."
Et ce disant, elle regardait Jasper. Droit dans les yeux. Elle ne s'adressait qu'à lui. Après tout, il n'y avait qu'à lui qu'elle n'en voulait pas. Pas vraiment.
Les yeux de Jasper se firent plus hésitants encore une fois qu'elle leur eut tout expliqué.
- "Je sais pas, Rosalie…"
Edward intervint, se méprenant sur l'origine du problème.
- "Ecoute jasper. T'as pas envie qu'elle t'en veuille. Moi non plus. Mais j'ai envie qu'elle aille mieux. Et ça n'a pas l'air d'être le cas, si ?"
Quand il répondit, Jasper était clairement agacé.
- "Le problème n'est pas là, Edward. Le problème c'est qu'une fois qu'elle nous en voudra à tous, elle n'aura plus personne vers qui se tourner. Et là, j'ai bien peur qu'elle ne reparte. Ou que les choses s'aggravent encore plus."
Il y eut un silence gêné. Ils avaient bien conscience que Jasper était l'une des raisons pour laquelle leur sœur n'avait pas encore mis les voiles, une deuxième fois. Vu leur comportement, ils avaient pris un gros risque. Qu'ils n'étaient pas conscients d'avoir pris à ce moment-là, mais il était là.
- "On ne dira rien aux parents dans ce cas-là. On ne les mettra pas dans la combine. Elle pourra se tourner vers eux. Non ?"
Alice aida une Bella coopérative à se déshabiller. La jeune femme n'avait pas dit un mot lorsqu'elle avait accepté la main qu'elle lui tendait, et n'avait pas dit un mot de plus depuis. Elle tremblait, de froid ou d'autre chose. Ses yeux étaient fuyants, ses gestes hésitants, elle ressemblait à une petite fille. Une toute petite fille effrayée par le monde extérieur.
Avec des gestes lents, Alice aida Bella à faire passer son chemisier au-dessus de la tête. Détrempé comme il était, il n'aurait servi à rien de tenter de le déboutonner. Elle déboutonna également son jean, et l'aida à le faire descendre. Bella ne semblait pas capable de quoique ce soit toute seule. Cependant, lorsque Bella se retourna vers elle, après s'être débarrassée de son jean, le regard d'Alice bloqua sur l'intérieur de la cuisse de Bella, alors que celle-ci l'avait avancée pour faire un pas. Un tatouage parsemait sa peau, et Alice distingua clairement les lettres J et B posées l'une à côté de l'autre.
Elle ne sut combien de temps elle était restée ainsi, sans parler, sous bouger, le regard rivé sur le tatouage de la jeune femme, mais elle revint à elle lorsqu'elle sentit quelque chose agripper fermement son poignet.
Relevant la tête, elle constata que c'était la main de Bella. Envolée la petite fille apeurée. Bella semblait terrorisée, et déterminée à la fois.
- "Ne leur en parle pas."
Sa prise se fit plus douloureuse sur le poignet de sa belle-sœur.
- "Tu m'entends ? Pas un mot."
Alice ne put qu'acquiescer, silencieusement, trop surprise pour penser à autre chose, tout en sachant qu'il lui serait très difficile de tenir cette promesse.
