Bonjour/Bonsoir tout le monde !

Après une longue attente, voici enfin la suite de KArev Anatomy.

Navré pour cette longue absence.

Mais ne nous étendons pas plus et laissons la place à ce nouveau chapitre qui, je l'espère vous plaira !

N'hésitez pas à me laisser un commentaire.

Bonne lecture !


Chapitre 10 : Le début de la fin [partie 2]

Cristina arriva dans la chambre de la première patiente qu'elle opérerait en solo, lisant le dossier attentivement, mais elle se sentait bizarre. Normalement, elle aurait dû se sentir euphorique en cet instant, de savoir qu'on la laissait enfin voler de ses propres ailes. Mais là, il y avait quelque chose qui ne jouait pas. Son esprit restait occupé par son inquiétude concernant le cas d'Izzie.

- Madame, bonjour. Je suis le Dr Yang, c'est moi qui m'occuperai d'opérer votre hernie. Je suis venue voir avec vous si vous aviez des questions ou des craintes concernant cette intervention.

La patiente, une femme d'une cinquantaine d'année, commença à lui raconter un peu son histoire, essayant visiblement de cacher ses appréhensions sous une bonne humeur feinte.

- Je dois avoir une liste de questions pour vous quelque part, expliqua-t-elle tout en fouillant dans son sac à main. Ce sont mes amies qui y ont pensés, parce que moi je suis assez tête en l'air, j'en aurais oublié la moitié. Elles voulaient rester pour me soutenir, mais au prix où nous avons payé cette croisière, je leur ai dit de bien en profiter, d'autant que les billets ne sont pas remboursables. Dix ans que l'on en parle, je ne voulais pas leur gâcher ce moment. Moi ce n'est pas grave, j'irais avec ma fille l'an prochain, j'ai tout de même réussi à me faire rembourser parce que l'hôpital m'a fourni un certificat pour l'opération… mais ou diable ai-je mis cette liste ? Ah, si j'avais pris mes lunettes aussi, je vous l'ai dit, une vraie tête en l'air, hihi.

Cristina l'observait avec une douceur qu'elle n'avait que très rarement eux pour ces patients, ressentant une sorte de grande compassion pour les petits malheurs de cette dame.

En général, elle parvenait parfaitement à cloisonner ses sentiments et émotions dans son travail, mais pas cette fois. Peut-être était-ce dû au fait qu'une de ses amies – à défaut d'un autre mot – était elle aussi en piteux état. Elle ne savait pas, mais c'était probable.

Alors qu'elle s'apprêtait à proposer à cette femme de lui expliquer pas à pas l'intervention afin qu'elle puisse greffer ses questions par-dessus, son téléphone se mit à sonner dans sa poche. Elle jeta un œil à qui tentait de l'appeler et son cœur fit une petite accélérée. Il s'agissait du service d'oncologie qui avait dû recevoir son message dans la matinée. Elle ne pouvait se permettre de laisser passer cette occasion car elle savait le service surbooké.

- Veuillez m'excusez Madame_, je dois vous laisser. Mais je repasserais tout à l'heure, ça vous laisse le temps de retrouver votre liste.

En disant cela, elle accorda un sourire à sa patiente, puis se détourna et décrocha.

- Oui, Dr Cristina Yang, allô ?

- Dr Yang, Natalie Sinclair, je suis la secrétaire du service d'oncologie.

- Oui, bonjour !

- Bonjour. Nous avons bien reçu votre message concernant votre patiente. Si l'on en croit votre rapport, son cas est déjà sérieux et nous n'avons pas vraiment de temps à perdre, n'est-ce pas.

- Non, en effet, son cas est très préoccupant, c'est une forme extrêmement agressive de la maladie. Pourriez-vous me fournir un rendez-vous pour cette patiente au plus vite.

- Tout dépend de ce que vous appelez vite.

- Idéalement, dans les prochaine vingt-quatre heures.

- Houla, difficile. Attendez que je regarde (bruit de pianotage sur un clavier), j'aurais éventuellement dans quarante minutes avec le D Newt, ou demain à 15h avec le Dr Stalon. Sinon, ce sera la semaine prochaine, je suis navrée mais nous sommes assez plein en ce moment.

- Non, c'est le Dr Swender qu'il me faut !

- Je suis désolée, mais le Dr Swender est overbookée, elle n'a plus une seule plage disponible avant des jours et des jours, et elle part très prochainement en vacances. Mais le Dr Newt est vraiment très bien et a assez souvent des disponibilités…

- Non ! Ce cas est trop délicat, il me faut la meilleure, je ne peux pas me contenter des secondes mains pour cette patiente ! répliqua Cristina en sentant poindre en elle une sorte de rage.

- Mais enfin Dr Yang, je viens de vous dire…

- Je m'en fiche ! Montrez-lui le dossier et vous verrez à quelle vitesse elle va trouver une place !

Soupire d'agacement à l'autre bout de la ligne. La secrétaire reprit d'un ton pincé.

- Très bien, puisque vous insistez. Je vais tenter de voir directement avec elle et je vous rappelle.

- Merci.

On lui raccrocha presque au nez. Elle observa son téléphone un instant, plantée en plein milieu du couloir, son classeur contenant le dossier de la patiente encore sous le bras, et poussa un profond soupir.

Cette histoire la mettait réellement en stress, même si elle ne le montrait pas. Elle prit une grande respiration pour retrouver sa contenance, puis se dirigea vers une salle d'étude afin de plancher sur sa toute proche et si importante première intervention.

Quoi qu'il se passe autour d'elle, elle n'avait pas le droit de se planter. Ça avait beau être une intervention « de routine », elle aurait tout de même un être humain sous sa responsabilité, et il était hors de question que sa carrière commence par un drame.

oOoOoOo

La matinée était vite passée et l'après-midi était désormais entamé, chacun ayant vaqué au mieux à ses occupations. Dans le bloc 2, Owen, aidé de Karev et de Julia était en train de terminer de récupérer le greffon de visage du donneur.

C'était assez impressionnant de voir à quel point une simple peau, une fois retirée, n'avait plus du tout de traits propres. Cela invalidait l'argument de certain détracteur de ce genre de greffe qui prétendait que c'était violent pour la famille du donneur de risquer de croiser quelqu'un dans la rue avec « le visage de celui ou celle qu'ils ont perdus ». Le lambeau de peau, une fois sur le receveur, n'aurait plus du tout la même forme.

Dans le même temps, Arthur s'en donnait à cœur joie en orthopédie, s'occupant des patients de Callie avec enthousiasme, regardant sans cesse la pendule avec l'espoir à peine voilé que sa mentore ne revienne pas à temps et qu'il puisse récupérer l'opération de 16h00.

Meredith et Georges, eux, s'occupaient d'un tas de cas différents en post-op, ce qui était tout de même très enrichissant. Ils devaient également faire face à un cas particulier, puisqu'un drame étaient en train de se jouer entre trois de leurs internes. Steve, Ryan et une troisième, qui ne savait pas duquel des deux elle était enceinte.

De son côté, Izzie essayait de discuter avec le futur receveur de la greffe de visage pour le rassurer, en compagnie de Lexie. C'était un homme gentil et humble. A un moment, la blonde dut sortir pour se rendre aux toilettes et en revenant, elle surprit dans le couloir, juste devant la chambre de son patient, une discussion entre deux internes qui se moquaient visiblement de lui, jetant des regards indiscrets et indécents par intermittence.

- T'as vu, c'est vraiment un monstre ce type, lâcha un des deux faisant pouffer de rire l'autres.

A cet instant, le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour et la rage la submergea. Elle s'approcha en tapant du talon d'eux et hurla quasiment, attirant sur elle les regards des personnes alentours, y compris ceux du patient, de Lexie et de Mark, qui était venu pour faire un dernier examen avant l'intervention.

- Je peux savoir de qui vous parlez comme ça ?! s'exclama-t-elle.

Les deux internes sursautèrent vivement et celui qui lui tournait le dos manqua de tomber à la renverse en se tournant trop rapidement dans sa direction, se rattrapant de justesse. Ils eurent l'air immédiatement apeuré par la jeune femme dont le regard, il fallait bien l'avouer, lançait des éclairs en cet instant.

- Alors ?!

- C'est… c'était juste pour rire, balbutia l'un des deux en se planquant presque derrière son camarade, les mains sur ses épaules.

- Il n'y avait rien de méchant, on ne pensait pas à mal, tenta de se justifier l'autre.

- A d'autre ! riposta la jeune femme. Est-ce que vous avez la moindre idée du mal que vous pouvez faire à un patient avec un comportement pareil ?! Ça peut jouer sur sa psyché et remettre en cause son traitement ! Vous voulez que je vous dise… !

- Docteur Stevens, intervint la voix de Mark, qui était désormais dans l'encadrement de la porte de la chambre du patient et posait sur elle un regard agacé.

- …C'est vous les monstres ! cracha Izzie, continuant sur sa lancée.

- DOCTEUR STEVENS ! gronda un peu plus sèchement Sloan, arrivant enfin à la faire décrocher des deux jeunes pour reporter son attention sur lui. Je peux savoir ce que c'est que ce cirque ?

- Ces deux crétins étaient en train de se moquer de notre patient, tenta de se justifier la blonde en les désignant d'un geste de la main. Ils ont été tellement cruels, je n'ai pas pu laisser passer cela.

Sloan l'observa et releva immédiatement qu'elle n'était pas calmée, que quelque chose en elle bouillonnait. C'était très perturbant venant d'Izzie. Il la savait particulièrement touchée par le sort et le comportement qu'on pouvait avoir avec les patients, mais là, son comportement n'était ni professionnel, ni normal pour elle. Elle n'était pas dans son état habituel et il ne pouvait pas prendre le risque de la laisser péter un plomb ainsi sur ce cas. Il était bien trop important à ces yeux.

- Monsieur, on ne faisait rien de mal, on plaisantait c'est tout, réitéra l'interne à l'air le plus froussard.

- Vous deux, décampez de ma vue ! répliqua avec autorité le chef de chirurgie plastique et ORL en leur accordant un regard mauvais.

Il ne fallut pas le leur répéter à deux fois et ils fichèrent le camps en deux temps trois mouvements.

- Quoi, c'est tout ?! s'indigna Izzie en le fixant.

- Je rapporterais leur comportement à la cheffe des résidents et ils seront sanctionner en conséquence. D'ailleurs, Stevens, je me permettrais également de signaler le tiens.

- Hein ?! Quoi ?! Comment ça ? fut-elle piquée au vif.

- Ils ne sont pas très intelligents d'voir agis ainsi, c'est sûr, expliqua Sloan en tâchant de contenir sa propre colère face à toutes ces gamineries. Mais le patient ne les entendait pas depuis l'intérieur de la pièce, leurs moqueries ne l'atteignaient pas. Toi par contre, tu es arrivée en hurlant, ce qui fait que maintenant notre patient est conscient que des gens se moquaient de lui.

- Mais enfin, Docteur Sloan, je…

- Tais-toi, lui ordonna-t-il en lui intiment le silence d'un geste de la main, posant sur elle un regard dur. Crois-tu que te donner en spectacle comme ça était la solution la plus appropriée ? Je ne crois pas personnellement. Je suis navré mais sur ce coup là tu ne vaux pas mieux qu'eux en termes de comportement inadéquat, je me vois donc obligé de te renvoyer de ce cas. Va voir le Dr Bailey pour qu'elle te réaffecte quelque part où tu seras utile.

Sans lui laisser le temps de protester, il retourna vers la chambre et, avant d'ouvrir la porte, se retourna vers elle pour ajouter :

- Et sérieusement, Stevens, ressaisis-toi parce que ces derniers temps tu n'es pas très fiable. Tout le monde l'a remarqué.

Et il rentra dans la pièce, la claquant. Izzie se tourna vers la vitre donnant sur la chambre et se rendit compte à cet instant que le patient était en train de se débattre sur son lit et criait en pleurant, Lexie tâchait de le calmer en vain. Mark s'approcha rapidement pour prendre le relai, essayant de retenir l'homme qui tentait d'enlever la perfusion qu'il avait dans le bras, et fit signe à Lexie de fermer les stores. Celle-ci s'approcha rapidement et exécuta l'ordre, abaissant les lames de métal pour rendre la pièce plus intime, masquant la suite de la scène à la blonde.

Une vague de culpabilité qui se traduisait par une immense colère contre elle-même la submergea alors et elle ne put rester. Elle se détourna et partit en trombe à travers les couloirs, prise de l'envie de trouver un endroit où se cacher du reste du monde. En chemin, elle croisa Tony Giacomo qui arrivait à contre-sens. Ce dernier ralentit en l'apercevant car il souhaitait la saluer et lui demander comment elle allait, mais elle lui passa à côté en le bousculant presque, ne lui accordant ni regard ni parole.

- Izzie ! appela Tony en se tournant pour la voir s'éloigne à grands pas et disparaître dans le fond du couloir.

Il avait un échantillon entre les mains pour amener au laboratoire, c'était très important. Mais en même temps, il venait de voir une infinie détresse figée sur le visage de la blonde et se fit la réflexion que, puisqu'elle semblait si décidée à ne parler à aucun de ses amis de ses problèmes, il était de son devoir en tant que seule personne au courant de la soutenir.

Aussi, il harponna un interne qui passait par là, lui fourra de force son sachet d'analyses entre les mains et lui promit de l'étrangler si celui-ci n'arrivait pas en temps et en heures à l'ana-pat. Sans lui laisser le temps de répliquer, il fit volte-face et partit à la poursuite de la jeune femme.

Il la rattrapa alors qu'elle venait de rentrer dans une réserve. Il la trouva en train de faire les cent pas dans la pièce, gesticulant les poings serrés.

- Izzie, est-ce que tout va bien ? se risqua-t-il à interroger en retirant la porte derrière lui pour leur offrir un peu d'intimité.

- Si je vais bien ? répondit la jeune femme en se tournant d'un coup vers lui, riant presque. Mon monde est en train de s'effondrer, je meurs à chaque seconde un peu plus, alors à ton avis ? Tu as d'autres questions stupides ?

Le ton était clairement tranchant, elle cherchait à le blesser pour le repousser. Il encaissa sans broncher, car il savait que ce n'était pas vraiment elle qui parlait en cet instant, mais sa peur.

Elle s'attrapa les cheveux en passant ses mains au travers et pressa son crâne, se remettant à marcher de long en large, visiblement incapable de tenir en place. Elle était totalement désemparée.

Tony l'observa ainsi aller et venir durant un instant, puis s'approcha d'elle alors qu'elle s'était figée un instant en lui tournant le dos. Il lui posa une main sur l'épaule, mais elle se retourna brusquement, le repoussant et fixa sur lui un regard hargneux.

- Mais arrêtes d'essayer d'être gentil avec moi ! On n'est pas amis, alors pourquoi tu te mêles tout le temps de mes affaires ?

La réplique percuta un peu plus sensiblement le jeune homme, mais encore une fois, il mit ça sur le compte de la panique et préféra ne pas relever. Il la fixa en expliquant :

- Non, c'est vrai. Nous ne sommes pas vraiment des amis, on ne se connaît pas personnellement, on ne travail même pas ensemble, on ne fait que se croiser de temps à autres dans les couloirs ou en consultations.

Mais tu es également une de mes patientes. Tu es venue me voir pour ce mélanome et je suis celui qui t'ai diagnostiqué cette tumeur infernale. Je suis celui par qui le malheur est entré dans ta vie. Alors même si on ne se connait pas vraiment, je me sens responsable de toi, ok ! Tu es ma patiente !

Izzie l'observa d'un air circonspect durant quelques secondes, la tête légèrement penchée, ses cheveux complètement décoiffés. Elle finit par se calmer un peu, se sentant bête, et interrogea encore, plus posément :

- Mais enfin, pourquoi moi ? Je veux dire… je ne dois pas être la première patiente à qui tu annonces une mauvaise nouvelle de santé, alors pourquoi ?

Tony reçut la question avec une pointe de tristesse. Il ferma les yeux, prit une grande respiration, s'humectant les lèvres tout en les mordillant. Il finit par la regarda à nouveau et avoua dans un soupir :

- Eh bien… en fait, si. Tu es la première patiente à qui je dois annoncer qu'elle est quasiment condamnée.

- Pardon ? Mais tu es en deuxième année… tu as bien dû en voir d'autre ? fut surprise Izzie.

- Tu sais, en dermatologie, on reçoit surtout des gens inquiets, mais la plupart du temps ce sont des choses bégnines. C'est assez rare que les gens viennent nous voir quand le cas est déjà si avancé. Quand c'est le cas, ils vont généralement directement vers la chirurgie ou l'oncologie parce qu'il y a d'autres symptômes que le mélanome cutané.

La blonde sentit sa colère s'envoler en sentant une émotivité à fleur de peau sous l'air habituellement rieur et défiant du jeune homme en orange.

- Tu es ma première fois, si j'ose m'exprimer comme ça, soupira-t-il encore. Alors oui, peut-être que j'en fait toutes une histoire, que j'en verrais encore beaucoup d'autre dans ma carrière, mais je veux que tu te rappelles que tu n'es pas n'importe qui pour moi. Pas une parfaite inconnue, pas juste une consœur que je croise de temps à autres. Et je suis conscient que concrètement, tu n'es plus vraiment ma patiente, que ton cas n'est plus un problème de dermatologie, mais puisque tu sembles ne vouloir personne à tes côtés, je suis au moins là pour te faire te sentir moins seule dans cette épreuve, même si je continue de penser que tu serais plus soutenue par tes vrais amis.

Izzie l'observa avec dépit, sentant sa tension retomber d'un coup. Elle baissa le regard sur le bout de ses chaussures, les bras ballants le long de son corps.

- Je suis désolée, marmonna-t-elle avec dépit.

- Ce n'est pas grave, lui sourit Tony.

Ils restèrent un moment comme ça, immobiles à se faire face sans se regarder directement. Au bout d'un moment, le jeune homme décida, car ce silence et cette situation était un peu oppressante, de faire un pas en avant. Sans réfléchir, il prit la blonde dans ses bras et cala sa tête contre son épaule, lui caressant le dos dans un geste qui se voulait réconfortant. Elle tressaillit légèrement, mais le laissa faire.

- Je sais que ce n'est pas de moi que tu souhaiterais recevoir ce genre de réconfort, mais je suis là, alors vas-y, laisse sortir.

Elle ne répondit rien, un peu décontenancée et gênée, mais effectivement, après seulement quelques instants, elle sentit toute la colère refluer et laisser la place à cette terrible tristesse qu'elle tentait de retenir depuis des jours et des jours.

Son corps trembla, ses yeux se changèrent en fontaine et sa gorge laissa échapper des sanglots tandis que, d'instinct, elle attrapait également Tony dans ses bras, le serrant de toutes ses forces, se rattachant à cette seule personne qui était présente à cet instant et à laquelle elle n'avait pas besoin de mentir.

Un parfait inconnu était son pilier en cet instant, la vie était parfois imprévisible.

Elle se laissa aller, pleurant tout ce qu'elle avait sur le cœur depuis tant de temps. Depuis le jour où elle avait compris que les visions de Denny était le signe qu'elle était en train de mourir à petit feu, dévorée par une tumeur cérébrale quasi incurable.

- Ça va aller, répétait avec gentillesse le jeune homme en continuant de la soutenir car il sentait que sinon, elle se serait effondrée, ses jambes ne la portant plus vraiment.

Ils restèrent comme ça très longtemps, peut-être bien une heure entière. A tel point que Tony laissa passer plusieurs appels sur son biper. Il se ferait disputer, mais il s'en fichait, ce qu'il faisait maintenant était plus important à ses yeux.

Izzie, quant à elle, ne remarqua pas les nombreux appels et messages vocaux de Cristina, qui avait finalement pu lui obtenir un rendez-vous avec le Docteur Swender après avoir fait des pieds et des mains.

oOoOoOo

Cristina faisait des allers-retours entre la galerie du bloc 2 et celle du bloc 5 où se déroulaient respectivement la greffe de visage du patient de Sloan, et la première intervention solo d'Arthur, car Callie n'était pas revenue à temps pour cette intervention.

Se débrouillait-il bien ? Elle supposait que oui car le Dr Ming continuait de lire son journal sans intervenir, assis dans un coin, mais pour être honnête, elle ne parvenait pas à se concentrer sur ce qu'elle regardait.

Son esprit était entièrement tourné sur Izzie, dont elle n'avait plus de nouvelles depuis ce matin. On lui avait dit qu'elle avait eut une altercation avec des internes en mode pétage de plomb et que Sloan l'avait renvoyée de son service, mais depuis personne ne l'avait vue. Et en plus de cela, elle avait loupé son rendez-vous avec le Docteur Swender.

La secrétaire de l'oncologie avait rappelé Cristina pour le lui signaler avec un air hautain et force moquerie dans la voix, lui rappelant que « ça valait bien la peine de faire tout ce cirque si c'est pour ne pas se présenter ». ça avait été quelque peu humiliant pour la jeune femme, mais elle était restée digne pour sauver les meubles.

A l'heure actuelle, elle devait avoir tenter d'appeler une bonne cinquantaine de fois Izzie pour savoir ce qui lui avait pris et où elle était, mais n'avait toujours pas eux de réponse, ni verbale, ni écrite, et commençait en dépit de sa colère à réellement s'inquiété.

Tout en observant Sloan poser la plaque censée compléter le creux dans la mâchoire de « Mister Trous » avant d'y appliquer son nouveau visage, elle continuait de tripoter son téléphone nerveusement.

Karev arriva à cet instant et vint se poser près d'elle. Lui aussi faisait l'aller-retour entre les deux blocs pour montrer son soutien à son petit-ami et en même temps assister à une intervention bien plus passionnante (car avons que ce que faisait Arthur était basique en termes d'orthopédie).

- T'as pas l'air dans ton assiette, fit-il observer en regardant la noiraude qui tapotait du pied. Stressée pour ton intervention ?

Elle posa sur lui un regard de travers, piquée par cette remarque, et répliqua :

- Je ne stresse jamais pour une intervention, Karev. Et fout moi un peu la paix.

D'abord surpris, puis mut par un désir d'être taquin, le jeune homme ne put s'empêcher de lui lancer :

- T'inquiète, si tu perds tes moyens je demanderais à te remplacer. Bailey m'a demandé d'être ton assistant. Normal, je suis le seul à avoir déjà opéré seul.

Elle ne lui répondit pas, se contentant de grogner en se levant pour sortir de la pièce. Elle descendit l'escalier, songeuse, et prit une décision, consciente que toute cette histoire la mettait dans un état second qu'elle n'appréciait pas. Cela lui donnait l'impression d'être un mauvais médecin. Aussi, elle n'avait plus tellement le choix.

Elle prit une grande inspiration, pressant le bouton de rappel de son téléphone, et l'amena à son oreille. Elle tomba une fois encore sur la messagerie vocale, ce qui l'agaça encore un peu plus, et elle décida de ne pas mâcher ses mots, parlant d'un ton sec.

- Izzie, c'est mon dernier message. Je ne sais pas où tu as disparu ni ce que tu es en train de faire, mais je ne peux plus assumer toute cette pression. Je suis inquiète pour toi en permanence, et je ne peux pas me le permettre. Si tu ne m'as pas redonné de nouvelles avant mon opération solo, je serais obligée de le dire aux autres. Rappelle-moi !

Elle raccrocha et reprit une grande respiration, les yeux fermés. Elle espérait sincèrement qu'elle allait rappeler, car dans le fond elle ne souhaitait pas rompre sa promesse de ne rien dire, mais avait-elle vraiment le choix.

Elle regarda sa montre et se rendit compte qu'il ne restait qu'une demi-heure avant qu'elle-même ne passe au bloc. Elle décida donc d'aller s'isoler un moment pour pouvoir méditer une dernière fois la procédure.

oOoOoOo

Assise sur un banc devant l'hôpital, Izzie, emmitouflée dans une veste polaire au logo du Seattle Grace, regardait droit devant elle tandis que Tony, qui était resté à ses côtés tout l'après-midi, lui rapportait un café du vendeur ambulant stationné devant l'entrée.

Il lui tendit le gobelet fumant et elle le remercia vaguement au moment où son téléphone se mit à sonner. Elle y jeta un rapide coup d'œil et vit que c'était – encore – Cristina. Elle ne décrocha pas et le glissa dans sa poche sans donner suite.

Elle savait que ce qu'elle lui faisait subir en cet instant, en refusant de lui répondre, était asset cruel et un peu malhonnête de sa part, mais pour dire vrai, elle estimait avoir le droit d'être un peu égoïste. Ce n'était pas Cristina qui avait une bombe à retardement dans la caboche.

Cela n'échappa pas à Tony, qui observa la jeune femme boire une grande gorgée de son café tout en réfléchissant. Elle remarqua son regard insistant et lui demanda :

- Quoi ?

- Tu devrais lui répondre.

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, soupira-t-elle profondément en levant les yeux au ciel, exaspérée. Je croyais que tu étais « là pour moi », c'est ce que tu m'as déclaré tout à l'heure.

- Oui, là pour te soutenir dans cette épreuve, pas pour valider quand tu fais une grosse connerie. Cristina est la seule à part moi à savoir pour ta tumeur, et j'ai cru comprendre qu'elle faisait de son mieux pour te venir en aide. Sauf que toi, tu as passé les derniers jours à lui mettre des bâtons dans les roues.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, feignit d'ignorer la jeune femme en se reconcentrant sur son café.

- S'il te plait, à d'autre. Ça fait depuis cinq jours que tu l'as mise au courant, je le sais parce que tu me l'as dit le lendemain pour que j'arrête de te harceler pour que tu le dises à quelqu'un. Mais tu as attendu presque deux jours avant de lui fournir tout ton dossier pour qu'elle puisse l'étudier et essayer de trouver une solution. Et nous savons tous les deux que c'est loin d'être une petite joueuse. A mon avis, elle t'a surement déjà fait au moins une dizaine de propositions de traitements possibles. La question étant donc : comment ça se fait que tu n'aies encore vu aucun spécialiste ? La seule réponse qui me vient à l'esprit, c'est que tu ne la laisses pas t'aider. Donc la nouvelle question est : pourquoi ?

Izzie ne répondit pas, fixant un point imaginaire devant elle, son gobelet bien callé entre les mains. Elle était stupéfaite. Elle qui pensait, en accord avec le reste du groupe, que Tony était l'archétype du macho imbu de lui, superficiel et idiot, il s'avérait en réalité qu'il était un garçon sensible, attentionné et très loin d'être stupide. Il voyait et analysait tout avec beaucoup de justesse.

Oui, c'était vrai, elle avait un peu ralenti Cristina dans ses recherches pour lui venir en aide. Et dans le fond, même si elle refusait de l'avouer, elle savait pourquoi.

- Izzie ? interrogea le dermatologue en penchant légèrement la tête de côté face au silence prolonger de sa camarade.

- Tu as raison, marmonna-t-elle. Je lui ai compliqué la tâche.

- Oui, c'est ce que je viens de dire. Mais pourquoi ? Explique-moi.

Elle tourna la tête et posa sur lui des yeux brillants de larmes, ce qui le toucha, mais il ne fit pas de geste de compassion, se disant qu'elle allait enfin dire ce qu'elle avait sur le cœur.

- Parce que je ne suis pas certaine d'avoir envie de me battre, Tony.

- Quoi ? fut surpris le jeune homme au point d'en sursauter légèrement. Mais pourquoi ?

- Et bien… je suis médecin, j'ai vu passé tellement de patient avec des cas même moins grave que le mien et pour qui rien n'a marché. Des gens qui ont subits des traitements à rallonge ou hyper agressifs qui les mettaient encore plus mal que la maladie en elle-même. Qui leur aurait fait préférer d'être mort ou leur donnait la sensation d'être déjà parti. Ce sont des souffrances terribles et tout ça pour quoi ? la plupart finisse par mourir tout de même, on ne peut rien pour eux au final.

- Et alors ?

- Et alors, je ne suis pas sûr de vouloir de ça. Ma tumeur est potentiellement incurable, alors si tout ce que je peux espérer c'est me sentir pire que morte dans le seul but de me maintenir en vie un peu plus longtemps sans promesse de guérison, je ne vois pas trop l'intérêt. Je préfère… je ne sais pas, disparaître rapidement et souffrir le moins longtemps possible.

Tony était médusé d'entendre un tel discourt, il en restait bouche bée. Qu'est-ce qu'il pouvait répondre à ça ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il réfléchit un long moment, regardant lui aussi, jusqu'à ce que quelque chose lui passe par l'esprit et fasse tilt. Il posa à nouveau le regard sur elle et tâcha de lui sourire. Un sourire triste.

- Moi je pense que malgré ce que tu dis, tu sais que tu veux te battre.

- Pardon ? fut surprise à son tour Izzie.

- Tu veux te battre, sinon tu n'aurais pas utilisé les internes pour avoir un vrai diagnostique, tu n'aurais pas tenté d'en parler à Arthur – même si cet idiot ne t'a pas cru – et encore moins à Cristina. Si je regarde tout cela avec du recul, je pense juste que tu es terrifiée, et c'est normal, c'est humain. Si tu ne l'étais pas je te ferais admettre en psychiatrie de suite (il rit presque en disant cela, se voulant léger et rassurant). Mais les faits sont là, Izzie. Si tu ne voulais vraiment rien faire, si tu souhaitais vraiment ne pas te battre, tu n'aurais même pas fait tout cela. Je me trompe ?

La jeune femme restait figée, comme statufiée devant ses propos. Cela faisait écho au plus profond d'elle. Oui, c'était vrai. Elle avait peur. Terriblement peur. Mais elle voulait vivre, à n'importe quel prix. Elle ne voulait pas disparaitre dans le silence éternel et l'oubli. Elle était trop jeune, et elle ne pensait pas avoir encore accompli tout ce pour quoi elle était destinée. Elle voulait se battre, malgré la peur.

Les larmes se mirent à couler le long de ses joues et elle tourna vivement la tête vers lui.

Voyant qu'il avait touché sa cible, il lui sourit et lui prit la main avec douceur, repoussant l'envie qui le titillait de lui aussi verser une petite larmichette. On était presque dans le psychodrame, là. Ça lui paraissait surréaliste, ce genre de scène. A croire qu'ils étaient dans une série.

- Merci, fut la seule chose qu'elle réussit à articuler dans un premier temps, avant de réussir à reprendre un peu plus contenance et d'ajouter : Est-ce que tu pourrais me rendre encore un service ?

- Tout ce que tu veux, promit le jeune homme.

- Il faudrait que tu fasses quelque chose pour moi. Quelque chose pour lequel je n'ai pas le courage.

oOoOoOo

Cristina se trouvait désormais au bloc, en tenue de chirurgie, devant la table où sa patiente venait d'être préparée. Celle-ci semblait terrifiée, et interpella donc sa chirurgienne.

- Je m'excuse, je n'ai pas voulu vous retenir ou vous déranger durant la journée car j'ai vu que vous aviez beaucoup d'appel téléphonique, surement pour d'autres patients que moi, alors je ne vous ai pas embêté avec mes questions. Et je sais que pour vous je suis juste une vieille femme comme une autre et que cette intervention est routinière pour vous, toute simple, que c'en est juste une de plus, mais je suis là et je suis effrayée parce que je n''ai pas eu de réponses pour calmer mes craintes. Alors je vous en prie, j'ai seulement besoin que vous me disiez que tout va bien se passer.

L'Asiatique fut soudain frappée par la réalité et par la détresse de sa patiente. Mince, oui c'était vrai, elle avait totalement délaissé cette pauvre femme, oubliant de répondre à sa liste de questions ou de la rassurer avant l'intervention, trop occupée qu'elle était à s'inquiéter pour Izzie.

Aujourd'hui, elle avait été un mauvais médecin avec cette dame, et cela la blessait. Elle mettait un point d'honneur à être détachée de ces patients, car cela lui permettait de ne pas avoir d'affect, mais jamais elle n'avait pour autant oublié de se montrer humaine avec eux. C'était regrettable et elle voulut se gifler elle-même.

Heureusement, il n'était pas trop tard pour se rattraper. Elle se pencha donc au-dessus du visage de sa patiente, et lui parla avec douceur.

- Tout va bien se passer, vous avez ma parole. Et ce n'est pas une simple opération pour moi. VOUS n'êtes pas juste une de plus pour moi.

- Merci, acquiesça la femme en se détendant légèrement. Je suis prête maintenant.

Cristina croisa une fois encore son regard, puis fit signe à l'anesthésiste de procéder à la narcose. Tandis que sa patiente s'endormait, la jeune femme eut un sentiment bizarre. Elle observa successivement le visage de sa patiente, la zone à inciser pour opérer, le plateau d'instruments, et les pensées se bousculèrent dans sa tête.

Elle se rendit compte qu'en cet instant, alors qu'elle était sur le point d'ouvrir cette femme, elle n'était pas concentrée sur son affaire, car elle continuait de se poser mille questions sur Izzie, qui n'avait toujours pas répondu.

Elle réalisa que, même si elle avait à la base proféré sa menace de tout révéler aux autres uniquement pour pousser la blonde à réagir, elle ne pouvait plus porter ce fardeau juste pour elle. Cela la déconcentrait totalement, et ça, elle refusait de s'y soumettre.

Elle releva els yeux sur Alex et Bailey, qui l'observaient avec des yeux dubitatifs, se demandant pourquoi elle n'avait pas encore sauté sur le scalpel afin d'opérer, elle qui était si désireuse de pratiquer. Alex lui fit même un signe de tête en direction de l'infirmière de bloc pour l'inciter à attaquer, mais elle ne pouvait pas. Pas avec ce poids sur la conscience qui parasitait ses pensées.

Elle prit alors la seule décision qui lui paraissait rationnelle dans une telle circonstance.

- Izzie est atteinte d'un mélanome malin métastatique de stade 4, déclara-t-elle d'un ton posé. Il a atteint le cerveau, la peau et les reins. Elle n'en a probablement pas pour longtemps si elle ne se fait pas rapidement prise en charge. Elle a besoin d'aide.

La surprise et l'incompréhension passèrent dans le regard de toutes les personnes présentes, et Alex sembla sur le point de se décomposer sur place. Cristina sentait qu'elle venait de leur imposer quelque chose de terrible, mais au moins, désormais, elle ne porterait plus cette terrible vérité seule.

Elle se sentit un peu plus légère et eu l'impression de mieux pouvoir respirer. Oui, même si elle avait hésité, elle sentait qu'elle venait de faire le bon choix, car son esprit revint se concentrer sur la patiente allongée sur la table devant elle.

Elle ferma les yeux, prit une grande inspiration, puis demanda avec assurance en tendant la main vers l'infirmière de bloc :

- Scalpel.

oOoOoOo

- Je crois qu'on a agit comme il faut, déclara Meredith en regardant à travers la vitre d'une salle d'étude les trois internes dissidents en train de discuter autour d'une table.

Après les avoir vu faire un scandale pas possible dans les couloirs de l'hôpital, Georges et elle avait décidé dans un premier temps de ne pas trop intervenir et de les laisser se débrouiller entre eux, estimant que ce n'était pas leur problème.

Mais Miranda, qui avait suivi l'affaire de près leur avait rappeler qu'à l'époque, ça ne l'enchantait pas non plus de devoir tout le temps régler les problèmes de ses propres internes. Entre tentative de noyade, épidémie de syphilis et vol de cœur, elle aurait aussi préféré pouvoir simplement dire « ce ne sont pas mes affaires ».

Ce petit laïus avait permis aux deux autres de prendre conscience que c'était aussi leur devoir d'enseignant de régler ce conflit. Résultat, ils avaient réussi à convaincre les trois internes de se calmer, et de discuter posément de leurs soucis, car leur agissement n'était ni mature, ni bienvenu dans l'enceinte de l'hôpital.

- Oui, je pense que c'est ce qu'il y avait de mieux à faire, approuva Georges. Bailey avait raison.

- Bailey a toujours raison, fit remarquer Meredith en se détournant du spectacle, les mains dans les poches.

Ils prirent la direction à pas lent de la cantine car ils commençaient à avoir faim. Meredith jeta un coup d'œil à sa montre et soupira profondément en déclarant.

- Et avec tout ça, on a loupé les interventions de Cristina et d'Arthur.

- Je pense qu'ils ne nous en voudront pas. Ils avaient un peu autre chose à penser tu sais.

- Sans doute. Mais c'est toujours quelque chose d'important et un peu de soutien moral ne fait pas de mal.

Tandis qu'ils discutaient de l'interventions qu'ils aimeraient volontiers faire comme premier vol solo, Tony Giacomo arriva au bout du couloir, les repéra et vint directement à leur rencontre. Sous son bras, il avait un porte-folio contenant le dossier complet d'Izzie, avec les scannes.

- Excusez-moi, les alpaga-t-il. Est-ce que je pourrais vous parler seuls à seuls ?

Meredith l'observa d'un œil circonspect, légèrement sur la défensive. Elle ne l'aimait pas par principe car elle gardait en mémoire que ce mec avait fait beaucoup de peine à son ami Arthur.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle d'un air peu commode.

- Je préfèrerais vous en discuter dans un endroit calme, loin des oreilles indiscrètes.

Il avait l'air nerveux et soucieux, ce qui n'échappa pas à Georges, dont le regard tomba sur la pochette. Il savait qu'Izzie avait passé beaucoup de temps avec Tony ces dernières semaines et un étrange sentiment, un peu oppressant le gagna et irradia au creux de son vente.

- Meredith, fit-il. S'il te plait, laissons-le parler.

Tony échangea un regard avec lui, un regard empli d'excuses. Les deux hommes s'étaient compris.

- Il y a une salle de garde juste là, désigna O'Malley en pointant une porte non loin d'eux.

Ils s'y rendirent, Meredith hésitant un instant, mais devant l'insistance de Georges, elle se laissa convaincre de se joindre à eux. Quelques minutes plus tard, elle regretta.

oOoOoOo

Arthur était dans un état de jubilation extrême, il avait le sentiment de planer à mille mètres du sol. Il venait de réaliser sa première intervention en solo sur un cas relativement complexe d'orthopédie et tout s'était déroulé sans la moindre anicroche.

Le Dr Ming, qui le supervisait, n'avait jamais dû intervenir, ni verbalement, ni physiquement, se contentant de jeter de temps en temps un coup d'œil et de vérifier que tout était ok avant de le laisser refermer le patient, par acquis de conscience.

Oui, c'était une belle journée qui s'achevait. Son service prendrait fin d'ici un petit quart d'heure à moins d'une grosse urgence, et il allait pouvoir rentrer dans cette super maison où vivait tous les gens qu'il appréciait et, vu son état d'euphorie, il allumerait très probablement son petit ami pour l'entrainer dans une partie de sexe torride jusqu'au milieu de la nuit.

C'est du moins ce qu'il projetait tout en se changeant dans le vestiaire des résidents lorsque la porte s'ouvrit pour laisser entrer Alex. Arthur se tourna vers lui tout sourire, mais remarqua immédiatement l'air effondré de son amant et son expression joyeuse s'effaça immédiatement.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il calmement. C'est quoi cette tête, on dirait qu'il y a eu un mort ?

Karev, poussa un soupir fatigué et referma la porte derrière lui pour leur offrir une intimité. Il s'approcha d'Arthur, l'observa un instant sans que le désir qui irradiait habituellement son regard en le voyant torse nu ne fasse irruption, puis leva les yeux au plafond. Il avait l'air profondément chamboulé par quelque chose, ce qui commença à inquiéter l'autre.

- Qu'est-ce qui se passe ? Parle, tu me fais soucis là. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose de grave ?

- C'est Izzie, finit par déclarer Alex, presque dans un murmure.

En entendant le nom de la jeune femme, Arthur fronça subitement les sourcils, son début d'angoisse se changeant en une appréhension coléreuse.

- Quoi Izzie ? interrogea-t-il un peu plus froidement.

- Elle était gravement malade.

- Hein ?! sursauta le noiraud, vivement surpris par cette déclaration.

En entendant cela, Arthur crut tout d'abord à une blague et se retint de justesse de sourire. Il était toujours persuadé pour l'instant qu'il s'agissait d'une très mauvaise blague de la part de la blonde, destiné à apitoyer tout le monde dans le but de récupérer Alex. Il s'appétait à répondre quelque chose de sarcastique mais Alex enchaina.

- Cristina vient de nous l'apprendre, apparemment elle était déjà au courant depuis quelques jours et n'a rien dit le temps d'analyser la situation. Izzie est atteinte d'une tumeur maligne.

Alex semblait réellement luter pour contenir au mieux des émotions très fortes. On lisait dans son regard une profonde tristesse. Le genre de tristesse extrêmement violente, à la limite de la fureur que l'on voyait généralement ressortir pour les gens que l'on aime, ce qui fit frissonner Arthur.

Tandis qu'Alex continuait d'exposer plus précisément ce dont souffrait Isobelle, Arthur comprit l'immense erreur qu'il avait commise et se décomposa. Il se plaqua une main sur la bouche, sentant une intense culpabilité le submerger.

Alors comme ça, Izzie souffrait réellement d'un cancer au cerveau. Ce qui signifiait qu'elle ne mentait pas le jour où elle le lui avait annoncé dans cette salle d'étude. Et lui, qu'avait-il fait ? Il lui avait rit au nez et l'avait traitée de menteuse manipulatrice au lieu de s'inquiéter pour elle. Mais comment avait-il pu être aussi aveugle et bête ?

- Merde, ce n'était pas une blague alors ? laissa-t-il échapper sous le coup de l'émotion, sentant son ventre se crisper.

Alex le regarda de travers, une expression étrange passant sur son visage. De l'incompréhension.

- Attends… quoi ? fit-il plus sèchement qu'auparavant. Comment ça ? Tu étais au courant ?

Dans l'intonation, on sentait bien que soudain la colère arrivait au galop. Il toisa son petit-ami, attendant une explication.

- Elle me l'avait laissé entendre quand elle étudiait sa patiente X avec les internes, mais j'ai cru qu'elle plaisantait.

- Comment ça ?! hurla quasiment Alex, tombant des nues.

Arthur se sentait réellement mal là, tout de suite, et dut s'assoir sur le banc pour ne pas tomber à cause de la chute de pression que les émotions lui provoquaient.

- C'est-à-dire que…

- Que quoi ?!

- Elle m'a dit que la patiente X, c'était elle.

- QUOI ?! Et tu n'as pas jugé bon de nous en informer ou de lui venir en aide ?!

Le reproche était foudroyant, le jugement douloureux. Arthur, comme chaque fois qu'on lui rentrait dedans en hurlant, sentit son processus de défense s'activer et haussa également le ton, se mettant lui aussi en colère, se relevant pour faire face à son amant.

- Ne me hurle pas dessus, Alex ! Je croyais que c'était une mauvaise blague de sa part.

- Une mauvaise blague ? non mais tu te fous de qui ? En plus tu avais les clichés sous les yeux.

- Oui, les clichés d'une patiente anonyme ! Comment j'aurais pu savoir que c'était réellement elle ?

- Et qu'est-ce qui a pu te faire douter de ça, alors qu'elle te l'a surement dit en espérant de l'aide ?!

- Elle a dit qu'elle voulait te récupérer pour le temps qui lui restait, ça te va ?

Alex écarquilla les yeux, surpris. Arthur enchaina.

- Amené de cette manière et en sachant qu'elle n'a toujours pas digéré que tu m'aies choisi plutôt qu'elle, j'ai cru qu'elle bluffait pour obtenir ce qu'elle voulait, se calma-t-il un peu, pensant qu'il venait de réussir à se justifier face à son petit-ami.

Malheureusement, ce n'était pas le cas, et après un petit instant à assimiler ces paroles, Alex repartit dans la colère, son visage se plissant dans une expression agressive.

- Tu es en train de me dire que tu as laissé ta jalousie te rendre aveugle au point de ne pas reconnaitre un cas grave lorsque tu l'avais devant les yeux ?! Sans même le bénéfice du doute ?! Non mais je rêve !

- J'ai fait une erreur de jugement et je m'en excuse, mais je ne pense pas que tu aies le droit de m'en blâmer aussi sévèrement ! répliqua l'autre en hochant la tête.

- En effet, et il semblerait que moi aussi !

- Hein, quoi ?! fut surprit Arthur, ne comprenant pas cette réplique.

- Izzie à peut-être bien des défauts, et aussi une jalouse compulsive et une hystérique notoire, mais jamais de toute sa carrière elle n'a laissé se défaut l'empêcher de sauver un patient ou de s'inquiéter pour ses amis. C'est même le contraire, elle est prête à tout les risque lorsqu'elle pense que quelqu'un a besoin d'aide, au point d'en voler un cœur ! Et je préfèrerais mille fois être aux côtés de quelqu'un comme ça que d'un égoïste comme toi !

Il avait vivement gesticulé en lançant cette tirade, et termina sa phrase en le désignant d'un doigt inquisiteur. Arthur sentit comme un coup porté dans sa poitrine et son cœur manqua un battement avant d'accélérer subitement. Il eut une sensation de froid dans les veines et le sentiment qu'une chape de plomb venait de s'abattre sur la pièce, l'air se figeant, le temps ralentissant presque.

Après un court moment qui lui sembla pourtant durer un siècle, le temps d'encaisser la réplique, il réussit à balbutier, la bouche sèche :

- A… Attend… qu'est-ce que tu viens de dire ?

- Tu as très bien compris, répéta l'autre d'un ton vif, toujours coléreux, continuant de le foudroyer du regard. Toi et moi, c'est terminé, je ne peux plus t'aimer après ça !

Durant une seconde, le monde sembla s'effondrer autour du noiraud. Il crut presque qu'il allait s'évanouir.

- Non, attend… je… je t'ai dit que je suis désolé, bredouilla-t-il en sentant une vague de panique et de tristesse l'envahir. J'ai fait une erreur, je le reconnais, mais ce n'est pas une raison pour…

- Arrête de te justifier Arthur, ça ne sert à rien. Ma décision est prise, j'arrive à peine à te regarder en face tellement ton comportement me dégoûte.

Cette réplique faisait d'autant plus mal que la précédente et le cœur du jeune homme se serra brutalement, lui donnant la sensation de suffoquer.

Alex, lui, se détourna et se dirigea vers la porte. En l'ouvrant il jeta un dernier regard en arrière et déclara :

- Ne vient plus à la maison, je te rapporterais tes affaires demain.

Puis il quitta la pièce en claquant la porte, laissant Arthur seul, abasourdi, choqué, endolori. Il se laissa tomber sur le banc, s'attrapa le visage entre les mains, et se mit à hurler en sentant les larmes monter en un flot de douleur.

oOoOoOo

Alors que cette rupture abrupte s'opérait, Cristina venait d'annoncer à Izzie qu'elle tenait à la voir se battre et qu'elle allait l'hospitaliser dès ce soir pour lui donner toutes les chances.

Georges, à la fois bouleversé et en colère d'avoir appris la nouvelle par une tierce personne, s'était enfermé dans une salle de garde et se vengeant en tapant sur un coussin, passant sa rage tout en hurlant.

Bailey, annonçait la chose à Richard, qui accusa le coup avec un grand soupir avant d'entamer les procédures d'admission et de réserver une chambre.

Meredith, elle se rendait avec les clicher à la caravane de Derek afin de lui demander de revenir. Elle espérait que savoir qu'Izzie avait besoin de ses talents de neurochirurgien lui redonnerait la force pour revenir à l'hôpital.

Tony, lui, se faisait engueuler et suspendre pour une semaine en punition de n'avoir plus répondu et quasiment disparu durant presque une journée.

Un peu plus tard, ce fut entourée de tous ses amis qu'Izzie fut hospitalisée, revêtant la blouse des patients, se faisant poser une perfusion, un filet d'oxygène dans le nez. Il ne manquait personne dans cette chambre, même Tony avait rejoint le groupe, invité personnellement par la blonde en tant qu'ami, car il avait prouvé qu'il méritait ce titre en restant près d'elle toute la journée.

Seul Arthur manquait à l'appel. Celui-ci se contentait d'observer toute la petite bande réunie autour d'elle, à travers la fenêtre de sa chambre, posté derrière le comptoir. Il n'osait pas rentrer dans cette pièce, ne s'y sentait pas le bienvenu.

Il croisa à un moment le regard d'Alex, qui lui accorda une expression de représailles. Comprenant le message, le jeune homme détourna la tête, et s'en alla, quittant l'hôpital pour regagner son minable studio, encore en travaux, rongé par la solitude, la tristesse et la culpabilité.

Il se laissa tomber dans son lit, sans se déshabiller, attrapa le coussin et le serra fort contre lui, enfouissant son visage dedans, hurlant en silence sa solitude.

Quelque chose venait de se briser dans son monde, et il en ressentait le vide.

C'était la fin de quelque chose. Et c'était réellement un supplice.