Wakfu: New Adventure !

Chapitre 12

Les aventuriers marchèrent de longues heures, tout en discutant de choses et d'autres, tantôt joyeux et éclatant de rire, tantôt se disputant à grands éclats de voix qui résonnaient dans tous les alentours et faisaient relever les têtes ruminantes des moogrs et s'envoler les corbacs et quelques scaras qui peuplaient les vastes plaines et les champs qui entouraient les villages. Les panneaux indiquaient la ville d'Emelka toute proche, au plus grand bonheur des voyageurs. Bientôt, ils dépassèrent des fermes de plus en plus rapprochées les unes des autres et croisèrent de plus en plus de carrioles et d'engins agricoles.

Enfin, le soir venu, ils aperçurent au loin les portes d'entrées en bois sombre de la petite ville d'Emelka. Seuls des paysans concentrés sur la récolte habitaient la ville, tel que les bûcherons, les ébénistes ou encore les herboristes. Quelques magasins se passaient le client et il n'y avait qu'un pub et qu'une auberge, et c'était vers cette dernière que les aventuriers se dirigeaient.

Très vite, la nouvelle de leur venue fit le tour des oreilles et les gens sortaient des maisons pour saluer Eva et Tristepin, ainsi que Ruel, qui leur rendait leurs saluts par des accolades chaleureuses. Mordan qui avait prestement et discrètement échangé son masque du pleutre pour celui de la classe, faisait des clins d'œil aux jeunes filles qui, groupées par trois, observaient les nouveaux venus de loin. Seule Latissa restait fidèle à elle-même, le regard braqué vers l'entrée de l'auberge.

Ils passèrent la porte, mais au lieu du chaleureux accueil auquel ils s'attendaient, un jeune serveur vint leur annoncer que le restaurant n'était pas encore ouvert. Ruel passa donc devant et le jeune homme le reconnut et les fit s'attabler à une table du fond, près des cuisines.

- Ruel ! Vieille canaille ! tonna Alibert en pénétrant dans le grand réfectoire.

- Alibert ! Comment vont les affaires ?

Les deux Enutrofs échangèrent quelques salutations avant que le papa de Yugo ne prévienne le groupe que son fils, Willow et les jumeaux étaient de sortie et n'allaient pas tarder à rentrer.

Et en effet, seulement une heure après, Yugo débarquait dans la pièce, un immense sourire aux lèvres en apercevant la troupe d'aventurier.

Immédiatement, Latissa engagea le récit de leurs péripéties pour trouver le parchemin, ramenant avec les souvenirs les sourires sur toutes les lèvres. Pour accompagner ses épopées, Mordan avait commandé des bières pour tout le monde, oubliant la fin de soirée de la veille, mais une chaise demeurait vide: celle de Willow.

- Hé Latissa, j'ai bien l'impression que Toto craque pour toi, susurra Evangéline.

- Il veut se battre ? C'est qui, d'abord ? demanda la Iop en balayant la salle du regard.

- Non, ce n'est pas…

La Crâ ne termina pas sa phrase et soupira. Soudain, le vacarme d'un plat se fracassant au sol surprit tout le monde qui se figea; le petit bonnet bleu de Yugo filait vers les chambres.

- Je suis désolée, je reviens, avait déclaré Willow qui se précipita sur le serveur.

Elle lui parla un instant en l'aidant à rassembler les morceaux d'assiette avant de monter à son tour à l'étage.

- Qu'est-ce qu'il lui arrive ? demanda Latissa, toujours soucieuse pour la mauvaise raison.

- Oh ! Sûrement une envie très pressante, répondit son compère Iop avec désinvolture.

- Merci Pinpin, très mature… se désola Eva.

- Willow est avec lui maintenant, tout ira bien, conclut Mordan avant de siroter sa bière.

Les aventuriers continuèrent de parler tandis qu'Eva hésitait à rejoindre les deux Eliatrops. Elle se décida de leur laisser encore dix minutes avant d'aller les chercher. Elle grimpa doucement les marches qui menaient à la chambre de Yugo mais en passant devant une autre, elle entendit des voix. Ne voulant pas écouter aux portes, elle préféra les interrompre et frappa doucement contre le battant. Ils étaient tous les deux assis face à face sur le lit. Une autre personne aurait pu se méprendre, mais les Crâs étaient réputés pour être tolérant.

- On a des choses à vous raconter, on n'attend plus que vous, déclara-t-elle tranquillement.

- On arrive Eva, désolé pour tout à l'heure, répondit Yugo un petit sourire aux lèvres.

L'archère redescendit au réfectoire et quelques minutes après, les Eliatrops arrivèrent.

Latissa remarqua la mine grave des deux nouveaux arrivants et jeta un coup d'oeil à Mordan; lui aussi l'avait vu. La jeune Iop n'était pas du genre à s'épancher sur les problèmes de coeur entre deux batailles d'oreillers, mais elle s'était prise d'affection pour Willow, et voir sa mine inquiète la touchait. La voix horripilante de Tristepin la sortit de ses réflexions.

- Tu as pu soulagé ton envie pressante ?

Mordan en avala sa bière de travers; les Iop étaient donc bel et bien aussi bête que leurs pieds… Latissa cependant ne le prit par à la rigolade et se plaqua une main sur le visage, atterrée.

- Oui, désolé pour ça, dit Yugo gêné.

Il alla ensuite s'excuser auprès du serveur avant de s'attabler avec les deux compagnies. Le dîner arriva et la conversation s'égailla avec le récit de leur aventure à Astrub.

- Et là, Amalia lui a dit ses quatre vérités, comme quoi même s'il était célèbre, on n'était pas là pour lui, que l'écouter parler était aussi agréable que le son de deux chachas en train de se battre… expliqua Mordan en en rajoutant un peu.

- Il était tellement choqué, le bougre, qu'il n'a rien pu répliquer ! enchérit Latissa, fallait voir sa tête !

Willow imaginait sans mal ce que ça devait donner et parti dans un fou rire alimenté par les autres détails de cette altercation. Une fois calmée, Evangélyne tempéra l'ambiance:

- Derek nous a informé qu'il resterait dans la région un bon moment. Les élections du nouveau Maître sont pour bientôt.

- Bien, je passerais le voir, répondit l'Eliatrop visiblement déçue. Merci de lui avoir porté ma lettre.

Il leur fallut ensuite attendre la fermeture de l'auberge pour s'assurer que personne ne verrait le parchemin. Ils prirent place dans un petit salon, dans l'arrière boutique, pour jeter un oeil à ce précieux indice.

Chacun de nous peut déchiffrer le message en rapport avec sa classe mais pas ceux des autres, récapitula Ruel. Il nous faut donc consulter un représentant pour chaque classe.

- Ca ne sera pas nécessaire, répondit Willow sans lâcher le parchemin des yeux. Derek m'a appris à déchiffrer les textes anciens et religieux des douze classes.

- Ça veut dire que tu comprends tout ce qui est écrit, s'exclama Latissa enflammée par l'excitation.

- Oui… Mais j'ai la nette impression qu'il manque quelque chose…

Elle prit le parchemin et se pencha au dessus des braises mourantes de l'âtre. Latissa eut un instant peur qu'un malheur n'arrive mais voyant la délicatesse des gestes de l'Eliatrop, elle ne dit rien et attendit donc son verdict. Rien ne se passa, Willow se redressa, le parchemin toujours sous les yeux.

Soudain, elle émit un cri de victoire, faisant sursauter tout le monde dans la pièce. Yugo la rejoint et eut la même réaction. Latissa se pencha pour voir par dessus son épaule, mais le parchemin ne montrait que l'image de l'épée et son utilité. Rien d'autre. Elle constata ensuite que Willow comme Yugo avait les yeux fermés. Sans comprendre, elle attendit la suite.

- Un plan, dit Yugo de plus en plus excité, cette carte est un plan !

- Un plan ? demanda Latissa dont la patience commençait à s'éteindre, mais un plan de quoi ?

Willow semblait vouloir faire durer le suspens… A moins que la réponse était tellement évidente qu'elle attendait de la chevalière qu'elle la devine. Mais sa cervelle de Iop l'empêchait de comprendre, à son plus grand regret. Elle était sur le point de savoir pour quelles raisons l'émissaire divin l'avait choisie, et dans quel but. Enfin, les lèvres de Willow se délièrent.

- Ce plan nous explique comment découvrir l'île d'Enolybab…

- L'île d'Enolybab ? S'exclama Ruel plus qu'étonné, mais c'est une légende !

- C'est quoi l'île d'Enobab ? demanda Mordan sans grande émotion.

- L'Île d'Enolybab, c'est une île légendaire qui date d'avant la création de l'Horloge de Xélor, expliqua l'Enutrof. Tonpla est le premier a en parler, il raconta qu'une dizaine de milliers d'années avant les dix premiers dieux, un peuple très puissant occupait ce monde, et ils fondèrent leur capitale Enolybab sur une vaste île perdue au milieu des eaux. Mais le destin de ce peuple bascula, et en l'espace d'un seul jour et d'une seule nuit funestes, l'Île d'Enolybab s'enfonça sous la mer et disparut.

Ruel s'arrêta au milieu de son récit alors qu'il commençait à plaire à Latissa. Il inspira et reprit.

- L'île aurait également abrité un astre brillant et d'une valeur inestimable, avant même les Dofus primordiaux. Mais Tonpla fut très vite discrédité et ses récits furent relégués au rang de fables.

Latissa n'en croyait pas ses oreilles. Elle allait être l'héroïne d'une formidable quête historique, et si elle réussissait, alors elle entrerait dans la légende ! Peut-être surpasserait-elle celle du Chevalier Roux. Mordan remarqua la raideur de sa compagne, mais avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, Willow était déjà à ses côtés, lui secouant gentiment le bras.

- Hé, Lati, ça va aller, on est avec toi, déclara-t-elle doucement.

Mais la chevalière n'écoutait plus, plongée dans les abysses de ses pensées. La Confrérie du Tofu n'était pas sûre de se replonger dans une nouvelle aventure, qui d'ailleurs n'était pas vraiment la leur. Seulement, elle concernait les Eliatrops et leurs origines, Latissa comprit qu'il était légitime pour Yugo et Willow de lui demander de l'accompagner. Et ce serait évidemment sans refus, puisqu'ils étaient les deux seules à voir la carte dans sa totalité.

A côté d'elle, cependant, les interrogations fusaient, les remarques pleuvaient.

- Mais quel est le rapport avec les reliques des Douzes Dieux alors, demanda Eva, son menton en main. S'ils sont apparus bien après, ils ne devraient pas être concernés, non ?

- La légende veut que le peuple élolybabien vive encore sous les eaux, continua Ruel. L'astre brillant dont je parlais plus tôt était la source de tous leurs pouvoirs mais un jour, il a été dérobée…

Il fit une pause dans sa narration, de plus en plus immergé dans l'ambiance.

- C'est là que les dieux interviennent. Pour sauver l'île et son peuple, ils joignirent leurs forces et la maintinrent au fond des eaux sous un champ de force. Mais craignant que ce peuple au savoir immense ne finisse par dominer les autres races, ils en scellèrent l'accès.

- Alors les artefacts seraient en fait des clefs, demanda Mordan, à présent tout à fait captivé.

- Oui, répondit Willow. Et nous en possédons déjà une.

- Quoi ?

L'interjection sortit unanimement de toutes les bouches, même de Latissa qui était sortie de sa transe. Willow désigna Tristepin, mais celui-ci ne comprenant pas où elle voulait en venir, elle dû faire le tour de la table pour déloger Ruby de la ceinture du Iop.

- Le dessin sur le parchemin vous a pas fait percuter, lança-t-elle. C'est pourtant très ressemblant.

- Si, mais c'est un Shushu…

- Les Shushus sont des démons qui possèdent des objets, rappela l'Eliatrop, il se peut que Rubilax ait été en fait enfermé dans la Relique pour une raison ou pour une autre.

Latissa sentit gonfler une boule de joie en elle. Enfin l'aventure commençait ! Mais Tristepin ne la laisserait jamais repartir avec sans rien dire, il avait prêté serment de garder le Shushu, comme elle l'avait fait pour Nasyap. La chevalière s'accorda donc à lui laisser pour le moment, le temps de trouver les onze autres reliques sacrées et de venir la récupérer après. "Par la force ou par la ruse s'il le faut même, mais j'aurais cette épée ! Parole de Iop !" s'intima-t-elle. Latissa se leva d'un bon et mit ses poings sur ses hanches.

- Alors ?! On part quand ? demanda-t-elle, plus déterminée que jamais.

- On attend Kyrel, peut-être, rappela Mordan.

- Ah oui, c'est vrai… Celui-là, je vais lui remettre les pendules à l'heure ! grogna la guerrière.

Du côté de la Confrérie du Tofu, c'était le calme plat. Non pas qu'ils n'avaient pas envie de nouvelles aventures, mais tout comme Amalia, ils avaient des devoirs, notamment le couple de l'équipe à qui les enfants commençaient à manquer.

- Titi, ne nous en veux pas, mais avec Eva, on va rentrer, déclara doucement Tristepin de peur de la fâcher.

- Oui, et moi je dois retrouver Ad… ajouta Yugo en baissant la tête.

Maintenant, restait à savoir ce qu'il en était de Willow et de Ruel. Ce dernier n'avait pas vraiment de priorité, mais il appartenait à la Confrérie, il n'allait pas changer d'équipe. Quant à Willow, Latissa devait s'avouer que sa présence la rassurerait, mais elle se doutait que l'Eliatrop suivrait son roi à la recherche de son frère dragon, et Mordan, étant plus ou moins arrivée à la même conclusion, sentit que l'Eliatrope allait lui manquer.

- Si tu cherches à agrandir ton équipe, je peux te présenter une Enutrof, proposa Ruel.

Latissa sourit et accepta. Par chance, cette Enutrof habitait à Bonta.

- Tu verras, elle est petite, mais très dégourdie pour son jeune âge.

Mordan ne put s'empêcher d'être curieux et de se demander ce que "jeune âge" signifiait dans la bouche d'un Enutrof. N'ayant pas d'autre choix que d'attendre le lendemain, Latissa reprit le parchemin, sur le point de souhaiter la bonne nuit à tous le monde quand L'Homme du Lac apparut brusquement, toujours dans un bruit d'éclaboussure et faisant violemment sursauter la gardienne de Shushu.

- Ah tiens, vous n'êtes pas mort, lança-t-elle une fois calmée.

- L'Homme du Lac ? demanda Mordan qui commençait à prendre l'habitude.

Latissa hocha la tête avant de reporter son attention vers l'émissaire divin.

- Latissa ! Tu es sortie du Temple Maudit en vie et je t'en félicite.

- Il est où ? demanda Tristepin en regardant partout.

- Il n'y a que Latissa qui peut le voir, lui rappela Evangelyne gentiment.

- Ah, il doit être timide. On va vous laisser seuls tout les deux alors.

Et pendant que Ruel et Eva s'évertuaient à expliquer au Iop que seule Latissa pouvait le voir non pas parce qu'il ne se montrait pas à d'autres, mais parce qu'il n'apparaissait qu'à ses yeux, la chevalière s'était un peu éloignée.

- J'ai trouvé un parchemin, regardez, déclara-t-elle fièrement en lui tendant le rouleau.

- Je sais, et il te faut le garder secret, jeune Latissa, il attirerait les convoitises.

- D'accord, bon, par où je commence mes recherches ?

- Ces Reliques sont aussi rares que sacrées, la réponse est plus évidente qu'il n'y paraît.

Sur ces dernières paroles, il s'évapora en un instant. Et en un instant, la Iop vit rouge.

- Mais il se fout de moi ! hurla-t-elle.

Elle retourna au salon en tapant des pieds.

- Un truc rare et sacrée, vous le mettriez où ? demanda-t-elle à ses compagnons, agacée.

- Dans un temple, proposa Yugo.

- Dans une grotte, ajouta Ruel.

- Dans un palais, parla Eva à son tour.

- Dans un endroit inaccessible, dit Pinpin.

- Dans un coffre, enchérit Willow qui semblait bien s'amuser.

- Je le garderais avec moi, termina Mordan, les bras croisés derrière la tête.

En effet, la réponse coulait en fait de source…