Hello my dears !

Beaucoup me disent encore qu'ils sont étonnés de découvrir ma fic tardivement ou que je n'ai pas assez de commentaires ( la flatterie me fait travailler plus vite, merci ), dites moi plutôt comment est-ce que je suis censée la faire connaître ? Je suis preneuse de la moindre idée ^^

Encore un immense merci à tous ceux qui laissent des reviews, vous faîtes mon bonheur ! Raphi5930, Loulouche, EvilSwanMills, Slopopina, angele751, JunkieWoman, Grat, , Artemis972, Floralys20, Serena, sept-sous, DroDroV, une guest & ... Marion-nous ( je suppose, parce que c'est pas malin de dire que tu es fière de voir ton nom dans mes notes puis oublier de le préciser :p )

Avis aux amateurs, c'est le plus long chapitre de la fic jusque là ...! Bonne lecture ! ;)

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Chapitre 12

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Quelque chose l'étouffait quand elle se réveilla. Quelque chose qu'elle sentait peser sur son ventre. Ses yeux s'ouvrirent avec la lenteur de quelqu'un qui sortait de la plus terrible de ses gueules de bois, la lumière vive d'un néon la forçant à les refermer immédiatement.

La jeune femme s'entendit émettre un son qu'elle ne reconnut pas, tentant pour la deuxième fois d'ouvrir les yeux pour apercevoir une masse de cheveux bruns contre elle. Son esprit embrumé eut du mal à invoquer le prénom et sa gorge refusa systématiquement toute tentative de prononcer le moindre mot.

Jusqu'à ce qu'elle ressente la douleur vive qui la scia lorsqu'elle essaya d'avaler sa salive, manquant s'étouffer. Par réflexe sa main se dégagea avec vigueur de l'emprise du corps qui y était à moitié affalé et elle éprouva un vif soulagement à l'idée que rien n'était couramment enfoncé dans sa gorge pour l'aider à respirer. En revanche elle sentait très bien des câbles de plastique autour de son visage et le long de ses bras.

- Emma ! s'écria la voix de la personne qu'elle venait de réveiller.

Le son la fit grimacer, trop fort pour ses tympans qui semblèrent faire raisonner son prénom jusqu'à ce qu'une vive douleur lui traverse les tempes.

- Henry ! Ne crie pas !

- Elle se réveille ! Elle se réveille ! Vite, allez chercher un docteur, s'il vous plaît !

- J'y vais !

La deuxième voix - celle d'une femme - lui disait vaguement quelque chose, mais elle avait du mal à la reconnaître. Ses yeux s'acclimataient à la lumière aveuglante et elle croisa le regard clair du fils de Regina.

- Comment est-ce que tu te sens ?

- Soif, parvint-elle à articuler.

Elle l'observa les yeux plissés se précipiter vers une partie de la chambre que sa nuque endolorie ne lui permettait pas de voir avant qu'il ne re rentre dans son champ de vision armé d'un gobelet en plastique et d'une paille.

- Où est-ce que je suis ? demanda-t-elle quand la douleur dans sa gorge se fut atténuée.

- A l'Hopital Emma. Depuis trois jours.

- T... Trois jours ? s'alarma-t-elle.

- Tout va bien. Monsieur Gold a dit que c'était de l'épuisement à cause de ta magie.

- Ma magie ?

- Oui.

Les événements des jours précédents vinrent la frapper avec la force d'un coup de fouet, un sentiment de panique presque s'emparant d'elle lorsqu'elle se remémora la dernière matinée dont elle avait conscience.

- Ta mère sait que tu es là ?

- Je sais pas, je m'en fiche.

- Dis pas ça, chercha-t-elle à le raisonner en essayant de se redresser dans le lit.

- Non, tu sais pas comment elle est. Elle a refusé d'aider quand Ruby t'a retrouvée. Elle passe son temps le nez dans des bouquins, elle est désagréable avec tout le monde.

- C'est ma faute gamin, je ... J'ai du la blesser.

- On a cru que tu étais morte ! s'écria-t-il. Et elle n'a pas levé le petit doigt !

Malgré tous ses efforts pour le calmer, l'idée que Regina n'ait pas pu être affectée un tant soit peu par son état lui fit encore plus de mal qu'elle ne l'aurait imaginé.

- Miss Swan ! intervint une voix trop joyeuse à son goût.

- Whale ...

Elle s'était jurée de tuer l'homme la prochaine fois qu'elle le voyait, mais pour l'instant elle n'était même pas sûre d'être capable de tenir debout.

- Comment allez-vous ?

- J'ai faim.

- On va rester sur de l'eau et on passera à de la soupe dans quelques heures. Vous êtes restée trop longtemps inconsciente pour vous remplir l'estomac tout de suite.

Elle le regarda d'un air méfiant alors qu'il approchait de son lit médicalisé. Elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait laissé David Blanchard mourir sans sourciller. D'ailleurs elle n'avait toujours pas vraiment commencé son enquête sur l'incendie et elle comptait bien y mettre son nez dès qu'elle serait en état de le faire.

Elle avait toujours été étonnée qu'il ne se venge pas de leur dernière entrevue qui avait très mal finie pour lui, mais elle supposait qu'il n'en avait gardé aucun souvenir.

- Des infirmières vont venir vous examiner dans quelques minutes, mais je pense que l'expertise de Monsieur Gold sera la bien venue.

- Je vais l'appeler, se proposa la femme qui était re rentrée dans la pièce.

Elle manqua froncer les sourcils en reconnaissant Mary Margaret. Il y avait quelque chose de différent en elle. Elle portait sur elle l'air des gens qui veulent à tout prix se rendre utile, quelque chose qui avait toujours profondément agacé la chasseuse de primes.

- Quand est-ce que je vais pouvoir marcher ?

Sa question provoqua un petit rire pincé qui lui donna envie de le frapper une fois de plus.

- Vous n'avez pas été victime d'un accident de la route Miss Swan. D'ici ce soir je suppose !

- Ok.

Elle ne voulait pas avoir à lui parler plus et tenta de s'asseoir un peu plus confortablement dans le lit, assisté d'Henry qui lui tendit immédiatement une télécommande qui permettait de surélever le lit.

- Oh ... Laissa-t-elle échapper en remarquant la silhouette immobile sur le lit non loin d'elle.

- Oui, c'est Mary Margaret qui a tenu à ce que vous soyez dans la même ch... Ca va ?

Elle venait de faire une grimace de douleur en bougeant un peu trop vite.

- Faut que j'aille aux chiottes, lâcha-t-elle.

- Charmant ...

Elle leva les yeux au ciel en entendant la voix. Évidement, il avait fallu qu'elle entre dans la pièce à ce moment là.

- Je ...

- Henry, récupère tes affaires, fut-elle coupée.

- Non.

- Non ? menaça sa mère.

Une fois de plus elle dut se rendre à l'évidence que le gamin avait plus de cran que n'importe quel enfant de son âge. Que la plupart des adultes, se reprit-elle. Elle même aurait vacillé sous le regard perçant que la femme était en train d'adresser à son fils.

- Emma vient de se réveiller, je v...

Il fut interrompu par l'apparition d'un nuage de fumée d'un rouge profond à quelques centimètres de lui. Emma ne parvint même pas à discerner le mouvement que Regina fit pour se placer immédiatement à une vitesse hors norme entre son fils et le sorcier qui venait d'arriver.

- Miss Swan ! l'accueillit la voix chantante.

- Quelle joyeuse réunion, railla-t-elle. Vous allez tous tenir ma chemise de nuit pendant que je vais faire pipi ?

La proposition provoqua un reniflement de dédain chez le Maire et un rire chez le Ténébreux qui se contenta de s'approcher du lit pour lever une main au dessus d'elle. Elle sentit la magie se précipiter vers elle et l'exaspération du sorcier lorsque son sort ne marcha pas avant qu'il ne se retourne vers la brune.

- Puis-je ? lui demanda-t-il avec un sourire en coin.

La chasseuse de prime sentit littéralement le poids de quelque chose la quitter quand l'intéressée agita deux doigts dans sa direction sans lui accorder le moindre regard. Visiblement elle ne semblait pas prête à dépasser le stade de l'ignorance et elle n'était pas sûre d'avoir le cran de la confronter comme le Maire l'avait fait en son temps quand elle avait cru qu'ignorer son existence lui permettrait de penser à autre chose qu'elle.

- Elle est toute à vous.

L'instant d'après c'était son tour de disparaître, emportant avec elle l'enfant autour duquel elle avait passé un bras. Elle se rappela les paroles d'Ursula dans les toilettes de son cabaret lorsqu'elle lui avait expliqué qu'elle ne parvenait pas à utiliser de magie sur elle parce que Regina l'avait déjà marquée. L'idée qu'elle ait abandonné sans sourciller le droit qu'elle semblait avoir sur elle retourna son estomac vide et elle dut se contrôler pour ne pas laisser court à la nausée.

- Ne l'écoutez pas, elle est toujours en colère, prévint le sorcier sur un ton léger avant de se pencher à nouveau au dessus d'elle.

Cette fois elle ne put retenir la grimace lorsque la magie l'envahit, parcourant tout son corps. Le soulagement qu'elle éprouva soudain quand les douleurs se dissipèrent peu à peu était bien moindre que celui qu'elle eut quand il se détourna d'elle avec l'air d'avoir accomplit sa mission. Contrairement à la magie qu'elle avait sentie sur elle le soir de l'incendie, celle qui venait de la soigner l'avait glacée, dérangée.

- Tout va bien ? s'entendit-elle demander avec sa voix habituelle.

- Oui. Notre Élue est en pleine forme.

- Oh !

C'était l'institutrice qui venait de s'exclamer à l'autre bout de la pièce et Emma n'avait pas hâte de se retrouver seule avec elle.

- Miss Swan, je sais que cela vous semble peut-être rapide, reprit le sorcier, mais vous avec de grands pouvoirs qui ne vont pas cesser de se manifester. Je peux vous apprendre à les maîtriser plutôt que de risquer de telles crises ?

Dire que les choses lui semblaient rapides était un euphémisme. Elle venait de se réveiller dans un hôpital, les idées à moitié claires pour s'entendre dire qu'elle possédait de la magie. Évidement elle supposait que cela ne marchait pas comme dans ses rêves les plus fous, il n'y aurait pas de baguettes magiques ni de balais volants, mais comment était-elle supposée résister à ça ? Elle aurait été ravie de pouvoir claquer les doigts pour éteindre une lumière, la perspective de pratiquer de la vraie magie, celle qu'elle avait vue Regina faire lui donnait déjà des frissons.

- ... Crises ? se rappela-t-elle.

- Vous avez drainé votre magie sans savoir ce que vous faisiez ... Je suis un bon professeur, j'ai appris à Regina tout ce qu'elle sait.

Un instant elle chercha à croiser le regard de la jeune femme à l'autre bout de la pièce. Elle aurait accepté n'importe quel type de remarque. De la négation véhémente au sourire encourageant. Mais elle ne reçut qu'un regard vide bien qu'attentif et sa bouche parla avant même qu'elle ne soit décidée.

- Ok, c'est d'accord.

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Elle réalisa bien trop tard qu'elle n'aurait jamais du accepter l'offre qui lui avait été proposée. Assise au comptoir du cabaret que tenait Ursula, elle appréciait pour la première fois depuis la semaine où elle était sortie de son lit d'hôpital une soirée qui lui était uniquement consacrée.

D'abord il y avait eu Mary Margarett qu'il avait fallu gérer. Son enthousiasme constant qui commençait à l'exaspérer, ses coups d'œils incessants au corps de son compagnon de chambre et ses suppliques de tenter quoi que ce soit pour le ramener à la vie une fois de plus. Après quelques remarques acerbes, elle avait quand même réussi à faire taire l'institutrice qui se contentait désormais de la suivre partout où elle allait dans son temps libre, s'émerveillant sur le moindre de ses faits et gestes.

Ce soir encore elle était là et si Belle, Aurore et Ruby avait été ravies par la nouvelle, elle avait du mal à s'en réjouir. A l'autre bout de la table elle croisa le regard empli de sympathie de Hook. S'il n'était pas d'une grande aide elle avait appris à apprécier sa présence tranquille surtout depuis qu'il ne buvait pas et il s'était avéré une source d'informations utiles.

S'il avait fait partie de ceux qui l'avait mise en garde contre son nouveau tuteur, il avait aussi été celui qui avait su lui indiquer que tout enseignement était bon à prendre. Regina aurait été un meilleur professeur avait-il dit, mais à en croire le froid mépris qu'elle recevait toujours de sa part, ce n'était pas prêt d'arriver. Et elle avait besoin de maîtriser sa magie.

Pour l'instant les cours que Gold lui donnait visait surtout à se concentrer pour sentir sa magie, l'identifier. Il avait semblé ravi quand ils avaient découvert son affinité avec l'électricité, l'eau et la glace. Elle qui avait voulu reproduire certains gestes qu'avaient eu la mère d'Henry et produire des boules de feu n'était parvenue qu'à matérialiser une boule de neige. Plus tard elle s'était concentrée à créer des flèches de glace qu'elle ne maîtrisait toujours pas aujourd'hui malgré ses nombreuses tentatives.

Mais le plus important semblait de pouvoir plier sa magie à sa propre volonté. C'était ce que Gold avait dit en tout cas, en lui conseillant pour ce faire de se concentrer sur les émotions qu'elles ressentaient avec le plus de force. Alors tout naturellement elle s'était tournée vers la colère.

La colère contre Whale et ses manières d'ours mal léché, contre la mère d'Henry qui refusait obstinément de la considérer, contre Neal qui tentait de l'approcher constamment, contre Mary Margarett qui était trop optimiste, contre tous ses villageois qui l'arrêtaient parfois dans la rue et contre elle même. Pour ne pas être capable de briser cette foutue malédiction d'un seul coup et d'en avoir fini avec, pour ne pas avoir été capable de dire la vérité plus tôt à Regina et pour ne pas parvenir à passer au dessus du vide qu'elle ressentait depuis que leurs entrevues s'était abruptement terminées.

- Hey, Love, tu veux danser ?

- Pousse pas le bouchon trop loin Hook.

- Tes amies s'amusent, fais en autant.

- J'ai pas envie, répondit-elle consciente d'avoir l'air d'une enfant de dix ans.

- Ne laisse pas la noirceur t'envahir, répondit-il simplement avant de repartir s'installer à une table près de la scène où il surveillait la danseuse.

Elle l'observa quelques minutes un sourire aux lèvres avant d'être tirée de sa rêverie par la vibration de son téléphone dans la pochette qu'elle avait sous la main. " N'oublie pas le conseil demain ;) " la prévenait Graham. Comment pouvait-elle oublier qu'elle allait devoir être assise dans la même salle que le Maire pendant de longues heures sans certainement faire l'objet de son attention une seule fois ?

Tout le long de la semaine elle avait docilement continué à apporter les cafés, rangé les archives le soir après ses heures de bureau et même ramené occasionnellement Henry de l'école sans obtenir un seul "Merci" ni une brèche dans le masque de parfaite indifférence qu'avait enfilé la sorcière. Elle répondit rapidement au message de son collègue avant de faire l'effort de s'immerger momentanément dans la conversation que les autres avaient autour d'elle pour se changer les idées.

- ...pas pourquoi il aurait faire ça à son propre hôpital. C'est un manque à gagner fou !

Son intérêt fut immédiatement piqué. Son enquête n'avait pas terriblement avancé depuis qu'elle l'avait commencée.

- Spencer est un type louche, affirma-t-elle.

L'ancien procureur de la ville qui s'était reconverti en directeur d'hôpital ne lui plaisait pas du tout.

- Mais tu ne l'as pas arrêté.

- Parce qu'on a aucune preuve. Mais il a menti à plusieurs reprises ... Si je pouvais le forcer à me dire la vérité je suis certaine que j'aurais de quoi le faire.

- Tu dois suivre ton intuition, acquiesça son admiratrice à ses côtés.

- C'est pas une histoire d'intuition MM. Cet homme avait l'air de me détester.

- En quoi est-ce que ça a un rapport ? s'étonna Aurore.

Emma se rappelait vaguement avoir entendu que son père et lui étaient de bons amis.

- Parce que je crois que c'est pas moi qu'il déteste, mais ce que je suis ...

- L'élue ?

- Oui.

Il y eut de longues secondes de silence pendant lesquelles le groupe de filles sembla en plein réflexion guidé par le rythme entêtant de la musique ambiante jusqu'à ce qu'Emma ne croise le regard affolé de Belle.

- Tu crois qu'il ne veut pas que tu brises la Malédiction ? Pourquoi ?

- J'en sais rien, c'est vous qui en savez plus que moi sur le sujet ...

- Mais com... commença Ruby avant de s'interrompre brusquement.

Un instant elle fut tentée de regarder par dessus son épaule pour vérifier si quelqu'un venait de faire son entrée, mais la louve semblait seulement en pleine illumination.

- Et s'il avait voulu tuer David ?! trouva-t-elle le moyen de crier à voix basse.

- C'est pas ce qu...

- QUOI ?! s'écria tout simplement la compagne de l'intéressé. CET IGNOB...

- Tais toi MM !

- Cet ignoble personnage a voulu tuer mon mari pour éviter que la malédiction soit brisée ?!

C'était la première fois qu'elle parlait à voix haute de la malédiction, qu'elle semblait l'accepter pour ce qu'elle était au lieu de se cacher dans l'ignorance. C'était un bon signe décida-t-elle.

Elle n'était pas certaine que tuer David ait été le but de l'opération, peut-être avait-il été un dommage collatéral à prévoir, mais on n'incendiait pas son propre hôpital pour venir à bout d'un homme dans le coma quand il aurait suffit d'un simple coussin pour l'empêcher de respirer. Non, elle était plutôt partisane de la thèse où il aurait été l'appât et elle la cible. Mais encore aurait-il fallu qu'elle prouve qu'il était au courant qu'elle était l'élue au moment des faits ...

- Emma, il faut que tu le sauves ! fut-elle tirée de sa réflexion.

- J'y travaille.

- David est faible, il ne peut pas se défendre, c'est une cible idéale et ... Et oh mon Dieu ! Moi je suis là à ...

- Stop, coupa-t-elle. Je vais y aller, ok ? De toute manière je ne peux pas rester tard ici demain je dois me lever tôt, je vais aller dormir à l'hôpital, il n'arrivera rien à ton homme.

- Je viens, je v...

- Non, coupa-t-elle. J'y vais seule, trop de personnes ce serait suspect.

- Oh ...

L'air abattu de la jeune femme faillit lui faire éprouver quelques remords mais elle n'avait aucune envie de devoir la supporter toute une nuit. Elle était prête à parier que c'était le genre de filles à vouloir parler une fois la lumière éteinte et la tête posée sur l'oreiller. Une nuit blanche était la dernière chose dont elle avait besoin.

Elle prit congé avec le plus de délicatesse possible, promettant de les tenir au courant en cas de problème. La vérité c'était surtout qu'elle n'avait que la hâte de dormir et qu'un lit d'hôpital lui conviendrait tout à fait.

Enroulée dans un manteau rouge qu'elle avait emprunté à Ruby pour la soirée elle bravait le vent glacé qui soufflait sur la ville pour rejoindre sa voiture quand elle fut arrêtée par une voix trop familière.

- Hey ! Emma !

Son pas se figea avant qu'elle n'ait eu le temps de prendre sur elle pour l'ignorer.

- Qu'est-ce que tu veux Neal ?

- Te parler.

- N'approche pas plus, prévint-elle en le voyant s'avancer vers elle.

- T'as peur de moi ?

- Non, c'était un conseil pour ta propre sécurité.

- Emma ché...

- Ne pense même pas prononcer ce mot.

- Je sais qu'il y a un ... Un passé chargé entre nous, mais si on pouvait en parler ?

- Parler de quoi ? De la façon que tu as de traiter les gens comme des objets ? Les filles en particulier ? La façon dont tu m'as vendue aux flics pour quelque chose que j'avais pas fait ou les jours et les jours que t'as du passer à préparer les fausses preuves contre moi ?

- Je comp...

- Qu'est-ce que tu comprends Neal ? T'as eu la vie belle mon grand ! Tu ...

- Tu crois que j'ai eu la vie belle ? s'écria-t-il.

L'espace d'un instant quelque chose qui lui rappela Gold passa dans les yeux de son ex petit ami.

- Tu crois que c'était beau de grandir auprès de mon père ? Tu penses tout savoir de moi parce qu'on a passé deux ans ensemble ? Tu sais depuis combien de temps j'existe ?

- J'ai ai rien à foutre Neal, lui répondit-elle honnêtement.

Il ne répondit pas de quelques secondes durant lesquelles elle sentit clairement l'ambiance s'électrifier, consciente que sa colère était en train, par habitude, de réveiller sa magie.

- Calme toi, demanda-t-il à voix basse, deux mains tendues devant lui en signe de reddition.

Quelque chose se brisa en elle lorsqu'elle sentit des doigts effleurer sa joue et elle pria pour ne pas s'évanouir lorsqu'elle entendit des éclairs d'un bleu électrique grésiller dans ses poings fermés avant de remonter le long de son bras. Dans un ultime effort de se contrôler, la chasseuse de primes ferma les yeux, mais il fut anéantit lorsqu'elle sentit le corps de Neal se coller au sien, son visage à quelques centimètres d'elle.

- Barre toi putain !

Son propre cri fut quasiment couvert par celui de l'homme qui venait d'être violemment projeté contre un lampadaire. D'instinct, elle s'avança vers lui en levant une main devant elle. Si elle avait été dans son état normal elle se serait certainement émerveillée sur ce qu'elle était en train de faire, l'absence d'effort qu'il lui avait fallu pour élever le corps dans les airs et la façon dont ils se contorsionna tel un ver de terre, les mains plaquées autour de son cou.

Elle l'observa se débattre quelques secondes durant avant de le laisser retomber à terre.

- Je suis encore toute nouvelle là dedans, mais la prochaine fois que tu essaies de me toucher je t'assure que j'aurais appris une dizaine d'autres façon de t'en empêcher.

- T'es malade.

- Je suis l'Elue.

- Tu crois que ça te donne des droits ?! Tu utilises de la magie noire, mon père est en train de te corrompre comme il a foutu en l'air Regina.

Sa réponse lui fit marquer un temps d'arrêt.

- De la magie noire ?

Il ne répondit pas tout de suite, se relevant avec peine et l'espace d'un instant elle crut voir un vieillard au lieu de l'homme qu'il semblait être.

- Mon père est le Ténébreux Emma, il corrompt tout ce qu'il touche ... Pourquoi est-ce que tu crois que Regina est comme elle est ?

Elle allait répliquer quand le corps de son ex petit ami fut emporté par une brume d'un violet profond. Son coeur battait déjà à la chamade quand elle se retourna pour faire face à la sorcière qui était négligemment appuyée contre une voiture qui ne lui appartenait pas.

- Regina ?

La brune portait un masque différent ce soir là. Indéchiffrable, mais nettement moins fermé que le reste de la semaine et elle sentit une vague d'espoir l'envahir, faisant instantanément taire la magie qui bouillonnait en elle.

- Arrêtez les cours que vous donne Gold, finit-elle par répondre.

- Qu ... Quoi ? J'en ai besoin ! J'ai failli mourir la semaine dernière !

- C'était un ordre Miss Swan.

- Mais ... Et com...

Elle s'interrompit en la voyant décroiser ses jambes pour se détacher de la voiture et s'avancer vers elle pendant quelques secondes où elle garda le silence absolu, perdue dans la contemplation du tailleur noir qui la mettait aussi bien en valeur qu'une robe d'apparat.

Elle eut envie de la prendre dans ses bras dès qu'elle arriva à sa portée, mais elle n'était pas sûre que la brune se laisserait faire. Pas sûre qu'elle veuille d'elle tout court. Cette fois elle ne ferma pas les yeux pour lutter contre ce qui se passait en elle, ils étaient fermement rivés à ceux d'ébènes quand elle lui parla.

- Vous vous mentez si vous pensez que la plus forte de vos émotions est la colère.

Elle fut incapable de répondre, clouée sur place par le regard qui finit par descendre sur ses lèvres.

- Regina ... Il faut qu'on parle.

- Non.

- Est-ce que ... Est-ce que je peux vous embrasser ?

- Non plus.

- J'ai ... terriblement envie de vous.

Le sourire carnassier qui se dessina sur son visage fit éclater une centaine de feux d'artifices dans son estomac.

- Tant mieux. Servez-vous en.

Elle n'eut pas le temps de répondre avant de manquer être étouffée par l'épaisse fumée violette dans laquelle la sorcière disparut. "Servez-vous en ?" Elle mit quelques secondes encore pour comprendre ce qu'elle lui demandait de faire. Renoncer à la colère et se servir du désir qu'elle faisait systématiquement naître en elle pour contrôler sa magie ? Elle était folle si elle pensait que l'émotion pourrait avoir un impact positif. C'était de loin la frustration la plus animale et incontrôlable qu'elle avait jamais eue ...

Prudemment, elle leva une main devant elle, se laissant dévorer par les sensations qui l'envahissait à chaque fois qu'elle pensait à la mère d'Henry au point de devoir en serrer les jambes. De brèves images de leurs dernière entrevue dans un lit lui revinrent avant d'être remplacées par celles de ce soir. Un sourire se dessina sur ses lèvres à l'idée que Regina et elles avaient enfin échangé plus de mots en quelques minutes que pendant l'intégralité de la semaine.

Quelque chose explosa au dessus d'elle et elle dut protéger ses yeux des torrents de lumières qui déferlaient du ciel. Elle venait d'allumer un foutu feu d'artifice. Elle n'eut pas l'occasion de s'émerveiller plus longtemps sur le spectacle de lumières.

- Non non non ! s'affola-t-elle en voyant un lampadaire qui avait visiblement été touché tituber.

La chasseuse de primes regarda médusée l'ampoule grésiller avant de s'éteindre, le poteau en fer forgé grinçant en un bruit sinistre avant d'entamer une lente descente vers le sol du parking où il finit par s'écraser. Elle resta un long moment immobile, attendant une quelconque conséquence sans qu'elle n'arrive, personne d'autre qu'elle n'étant présent sur le parking.

Le silence s'était à nouveau emparé de la rue, sa magie certainement coupée court par la panique qu'elle venait de provoquer. Et malgré tous ses efforts elle ne parvint pas à le remettre d'aplomb grâce à sa magie.

- Bon ... Je suppose qu'il me reste plus qu'à en parler demain en Conseil ...

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Le lendemain matin elle fut réveillée par la sensation étrange d'une barre de fer coincée sous son bras et fit un bond en ouvrant les yeux sur le corps d'un homme à ses côtés avant de se rappeler qu'elle avait rejoint la chambre de David, rapproché son lit du sien et lié leurs mains à l'aide de menottes. Sur son ventre elle sentait encore le poids du livre de contes de fées qu'elle s'était endormie en lisant à voix haute.

- Bonjour.

- Oh putain.

Sa grossièreté provoqua un froncement de sourcil de la part de la brune, mais Emma ne put s'empêcher de remarquer qu'elle semblait à nouveau avoir sombré dans un état second.

- Mary Margarett, ça va ?

Si les rôles étaient inversés, elle n'était pas sûre d'être ravie à l'idée de se rendre compte qu'une autre femme avait passé la nuit menottée à l'amour de sa vie.

- Oui, répondit-elle néanmoins. Je suis venue garder David. Tu dois aller au conseil municipal.

Son ton presque mécanique manqua la faire frissonner, mais elle préféra ignorer le phénomène, ravie de ne plus avoir à supporter son comportement des derniers jours. Si elle avait vraiment cherché à creuser, elle était presque certaine qu'elle aurait trouvé un véritable problème dans l'attitude de la jeune femme, mais elle n'avait aucune envie d'être en retard au conseil.

- MM, t'es sûre que tout va bien ? insista-t-elle une dernière fois.

- J'ai peur de ne jamais le retrouver, l'entendit-elle répondre à voix basse.

- Je vais faire tout mon possible. Belle va me donner des livres, je vais trouver le moyen de le ramener, assura-t-elle avec plus de certitude qu'elle en avait vraiment.

- Merci.

Le petit sourire qu'elle reçut n'atteignit même pas les yeux de l'institutrice et elle fut tentée de la prendre dans ses bras pour la consoler mais son téléphone sonna dans la pochette qu'elle avait emportée au cabaret la veille.

- Oui ?

- Emma, debout ?

- Oui, Graham, je serai au conseil, on se calme.

- Ok. A toute.

Elle raccrocha en levant les yeux au ciel. Il était même pas sept heures et demi et il commençait déjà à s'en faire ...

Finalement elle s'excusa d'un simple sourire auprès de la jeune femme et rentra à l'hôtel prendre une douche et avoir le temps de choisir avec soin une tenue un peu plus élaborée. Pour l'instant ses efforts vestimentaires n'avait provoqué aucune réaction, mais elle ne désespérait pas.

Comme c'était à prévoir, le Maire ne leva même pas la tête lorsqu'elle entra dans la pièce cinq minutes avant le début de la réunion et un instant elle se demanda s'il en aurait été de même si elle était arrivée en retard. Elle n'avait pas prévu de participer aux débats et se contenta d'écouter la majorité des gens autour de la table se faire lyncher par la voix basse de Regina qui n'était apparemment pas de bonne humeur ce jour là non plus.

- Personne ne veut parler d'Emma Swan ? souleva une brune qu'elle avait déjà remarqué la dernière fois.

- C'est l'Elue ! rappela un vieil homme qu'elle ne connaissait pas.

Elle avait été étonnée de la vitesse à laquelle tous les citoyens avaient été mis au courant.

- Où en êtes-vous ? demanda un autre.

- Emma Swan n'est pas un sujet que nous discuterons ici, trancha la femme qui siégeait en tête de table.

- Regina, nous ne ...

- Bleue, coupa immédiatement l'intéressée, l'enfer pourrait bien s'ouvrir sous nos pieds, que je serais encore la seule et unique personne à décider de ce qu'il se passe en conseil municipal. Emma Swan, ne sera pas un sujet discuté autour de cette table. Est-ce que c'est clair ?

- Elle va bientôt libérer Snow de sa malédiction !

- Et quoi ? La Princesse a abdiqué il y a longtemps ... Je vous conseille de laisser vos vieilles rancœurs de côté avant que je ne décide de vous lancer une malédiction qu'aucune élue ne sera capable de briser !

- Pourquoi ne pas la laisser choisir ? Proposa la voix d'Harchie Cooper à sa gauche.

Le Maire ne répondit pas et la blonde sentit immédiatement le poids de tous les regards sur elle, mais un seul importait. Elle reporta immédiatement son attention sur Regina dont les yeux la dévoraient. Elle n'avait pas besoin de tenter de communiquer avec elle pour savoir quel était son ordre. Il y avait un interdit parfaitement clair au fond des pupilles d'un noir de jais.

- J'ai déjà convenu avec Madame le Maire de lui faire mes rapports, directement.

L'intéressée ne montra aucun signe de gratitude à la réponse qu'elle avait consenti à donner et elle ne put s'empêcher de vouloir lui faire payer.

- En revanche, j'ai un problème à signaler.

Elle sentit le regard se focaliser à nouveau sur elle avec un intérêt meurtrier et elle dut se mordre la joue pour ne pas sourire.

- Un lampadaire s'est effondré sur le parking du cabaret qui a récemment ouvert, annonça-t-elle après une pause. Il faudrait que le problème soit réglé au plus tôt ... Le manque de lumière dans de tels lieux peut pousser au crime ...

- Je m'en occuperai toute à l'heure, affirma Ursula non loin d'elle.

- A propos de crime, Miss Swan, parlez-nous donc de vos avancées avec les Lost.

Elle fut prise au dépourvue par la question du Maire. Si l'appel qu'elle avait reçu le jour de l'incendie avait tendu à indiquer la bande d'adolescents, elle n'avait plus une seule fois considéré la possibilité.

- Aucune. Je ne pense pas que ce soit eux, répondit-elle honnêtement.

- J'aimerais que vous fassiez plus que penser ! intervint la voix de Spencer pour la première fois du conseil.

- Spencer, depuis quand avez-vous l'autorité nécessaire pour donner un ordre à mon Shérif ?

- J'ai été procur...

- Été oui, coupa Regina. Toute réflexion supplémentaire passera par moi.

Il y avait de la furie dans le regard que le directeur de l'hôpital adressa au Maire et elle ne résista pas à se pencher vers Graham pour satisfaire sa curiosité.

- Pourquoi est-ce qu'il n'est plus procureur ?

- Il a essayé de coucher avec le Shérif.

Son silence choqué mis quelques secondes à faire réagir le chasseur.

- Non ! Non, non, non, pas moi ! Mulan. Mulan m'a aidé un temps.

- Et ça n'a pas marché ?

- Pas assez d'action.

- Shérifs !

La voix cassante les fit se redresser immédiatement avec un air coupable. Elle avait l'impression d'être de retour au collège en cours avec une prof d'une sévérité à lever les yeux au plafond.

- Bien, je ne pense pas pouvoir supporter une once d'incompétence supplémentaire aujourd'hui, le conseil est terminé. Bonne journée.

Elle échangea un soupir de soulagement avec son collègue de bureau et prit son courage à deux mains avant de se diriger dans la direction de la mère d'Henry.

- Regina ?

- J'ai dit que je ne voulais plus avoir affaire à une once d'incompétence, ce n'était pas assez clair ? fut-elle immédiatement cassée.

Ce n'était peut-être pas le bon moment pour tenter un rapprochement ...

- Je croyais que vous vouliez un rapport ?

- Demain, dix heures dans mon bureau.

- Oh ... Euh ... Ok.

- Bonne journée Miss Swan.

- Vous de même Majesté.

Le surnom lui valut tout de même un regard lancé par dessus son épaule. Les yeux d'ébènes la parcoururent des pieds à la tête, s'arrêtant brièvement sur les talons aiguilles noir qu'elle avait assorti à son pantalon où elle avait glissé la chemise de Shérif qu'on lui avait ordonné de porter.

- On passe prendre quelque chose à manger chez Granny ? lui proposa Graham en la faisant sortir de la transe dans laquelle elle était, toujours figée sur la silhouette du Maire qui disparaissait à l'autre bout du couloir.

- Yep.

.

..

.

L'après midi elle laissa Graham patrouiller dans la ville et se contenta de parcourir d'un oeil distrait les dizaines de dossiers de comptabilité de l'hopital. Elle ignorait si ils contenaient le moindre indice mais elle avait appris à ne jamais laisser une piste inexplorée.

Un pas peu discret la fit tendre l'oreille et arrêter toute recherche.

- Killian ...

- Com ...

- Vous faites du bruit en marchant et ya des trucs qui tintent.

- Qui tintent ?

- Vous avez pas de clochettes ou des trucs comme ça ?

- Pas à ma connaissance ...

- Et bien vous faites du bruit quand même, s'amusa-t-elle à répondre en l'observant en chercher sur lui l'origine.

- J'ai entendu dire que vous me cherchiez ?

Elle avait dit à Graham de l'envoyer au commissariat si jamais il le croisait ...

- Ouais. C'est à propos des Losts.

- On y va ? demanda-t-il en la voyant se lever.

- Non, vous me suivez à la bibliothèque, je dois aller scanner quelques dossiers, je vous poserai des questions en même temps.

Il la suivit docilement jusqu'au bâtiment où elle trouva Belle affairée dans une pile de livres.

- Tout va bien ? Je peux me servir de l'imprimante ?

- Oui, oui.

Sa réponse n'allait pas avec le regard suspicieux qu'elle lança au pirate, mais Emma l'ignora pour se diriger vers la machine qui l'intéressait.

- Est-ce que les Lost sont impliqués dans l'incendie ? demanda-t-elle sans tergiverser.

- Non, répondit-il au tac au tac.

- Comment est-ce que vous le savez ?

- Parce que vous leur avez donné une maison. Vous êtes allée là bas récemment ?

- Absolument pas.

- Ils ont réorganisé leur communauté, on se croirait au pays des merveilles.

- Ça existe ?

- Oui, mais ça fait longtemps qu'il n'est plus merveilleux.

- Pourquoi ?

- Regina y avait banni sa mère pendant un moment ...

- Ah ... Oh ! D'où son surnom !

- C'est ça ...

- Donc vous ne croyez pas que cette piste soit exploitable ?

- Non, mais vous pouvez toujours les interroger, ces gamins savent tout sur tout. Et la petite avec les yeux cousus. Celle là peut prédire l'avenir.

L'image de l'enfant lui revint brièvement en un frisson et le capitaine eut un sourire compatissant.

- Où en est votre magie ?

- Ça avance.

- Et votre quête pour briser les malédiction ?

- Elle avance aussi.

De longues secondes s'écoulèrent dans le silence relatif, brouillé par le bruit rythmique de l'imprimante qui avalait les feuilles qu'elle comptait envoyer à Ted au cas où il y détecterait la moindre anomalie comptable.

- Vous avez entend...

- Wow !

Elle dut agripper la table la plus proche pour ne pas perdre équilibre lorsque le sol de la bibliothèque trembla. Hook, lui, n'avait pas bougé d'un centimètre.

- La pensionnaire d'en bas doit faire des siennes, expliqua-t-il.

- Et si ... Et si on allait la voir ? proposa-t-elle.

- Je ne sais pas si c'est une aventure pour moi ça Love.

- Pourquoi ? Vous avez peur ?

- D'une puissante sorcière prisonnière d'une peau de dragon ? Non, quelle idée ...

Elle eut un rire à son trait d'humour et s'empressa de ranger les dossiers qu'elle avait déposé sur l'imprimante.

- Suivez-moi !

Elle l'entendit obéir et ne put s'empêcher de sourire.

- Belle ! interpella-t-elle en retournant dans le grand hall.

- Oui ?

- Est-ce que je peux descendre voir Maléfique avec Hook ?

- Oui, bien sûr mais je doute qu'elle soit dans un bon jour ...

- Qu'est-ce que ça présage ?

- Des parties de cache cache avec un lance flamme ?

Elle dut attraper le pirate par une manche de son manteau en cuir pour le conduire jusque dans l'ascenseur.

- Arrêtez de faire cette tête, j'ai l'impression d'emmener mon chien au véto !

Il ne répondit pas et ce fut elle qui lui intima de ne plus dire un mot quand ils s'aventurèrent dans l'antre où elle n'avait été qu'avec la compagne de Gold. Mais aujourd'hui elle avait de la magie, pensa-t-elle. Elle n'en fut pas moins impressionnée que la première fois quand ils arrivèrent en vue de la créature, assise sur ses pattes arrière en train d'observer le plafond.

- Maléfique ? tenta-t-elle en s'avançant prudemment.

L'intéressée émit un grondement qu'elle réalisa être un soupir quand il s'évapora en une fumée claire au niveau de ses naseaux avant que son coup ne se plie. Les yeux clairs la fixèrent avec un intérêt qu'elle n'y avait pas vu la dernière fois.

- Bonjour ! Je suis ... Je suis Emma Swan, vous vous rap...

Sa voix mourut quelque part dans sa gorge lorsque le dragon finit de se plier pour l'observer de plus près. Elle aurait put l'engloutir sans même ouvrir grand la gueule, réalisa-t-elle.

- Emma, vous êtes sûre que ...

La chasseuse de prime observa la sorcière plisser ses immenses yeux pour les détourner vers le pirate et ce qu'elle y vit la fit regretter d'avoir proposé au capitaine de l'accompagner.

- Il est avec moi. C'est un pirate, il m'aide ... Pour la malédiction ! se justifia-t-elle immédiatement. Il ne vous veut aucun mal. Je sais qu'il a pas une bonne tête comme ça, mais il est pas méchant !

- Swan ...

- Fermez là Hook ! lui souffla-t-elle en lui se retournant brièvement vers la silhouette de l'homme qui s'était avancée vers elles. Vous voyez, il obéit à tout ce que je dis, il ne sera pas un problème. Vous voulez que je le renvoie ?

Elle retint son souffle une éternité jusqu'à ce que Maléfique finisse par reporter son attention sur elle.

- Je ... Je sais pas vraiment pourquoi je suis venue. J'ai pas vraiment de bonnes nouvelles ... Enfin ... J'ai pas encore trouvé le moyen de vous ramener, mais ... Je suppose que je voulais voir comment vous alliez.

- Elle vous comprend ?

- C'est un dragon, répliqua-t-elle comme si c'était une évidence. Bien sûr qu'elle me comprend !

Elle le vit lever les mains en signe de défaite et préféra accorder toute son attention sur la créature qui se trouvait à moins d'un mètre d'elle.

- J'ai découvert que j'avais de la magie il y a peu de temps et je sais que Belle et Sidney ont réussi à communiquer avec vous ...

- Et si vous lui donniez une voix ?

- Et si je la transformais en humaine ? Tu crois que c'est si facile que ça ?

- Ne m'attaquez pas, je proposais simplement ...

La seconde d'après son regard exaspéré rencontra celui de Maléfique et elle sut sur le champ que malgré son inexpérience elle tenterait quelque chose.

La jeune femme soutint le regard clair jusqu'à ce que sa détermination soit suffisante pour fermer les yeux et tenter de faire appel à sa magie. Elle n'était pas seule cette fois et suivre les conseils que Regina lui avaient donnés s'avéra un peu plus ardu que sur le parking désert où elle avait fait exploser un feu d'artifice. Inspirant longuement elle tenta de s'immerger dans les récentes émotions qui l'avaient assaillies le matin même lorsqu'elle avait vu le Maire siéger en Conseil, la voix froide qui parvenait à inspirer le respect chez l'intégralité des membres, la façon dont le tissus de sa jupe remontait le long de sa cuisse lorsqu'elle croisait les jambes et les nombreux sourires qu'elle avait du cacher lorsque quelqu'un avait le malheur de prononcer une phrase qui lui valait un lynchage public.

- Je n'aurais jamais cru que Regina soit un bon professeur ...

La voix désincarnée qui siffla tout près d'elle eut l'effet d'une douche froide sur la chasseuse de primes qui s'écarta soudain de la créature qui venait de parler.

- Oh mon dieu ... Oh mon dieu ! Je suis trop forte !

En face d'elle le dragon la regarda étrangement avant de se dresser sur ses pattes arrières, déployant ses ailes probablement pour les dégourdir en quelques battements.

- J'ai tout un tas de questions à vous poser ! s'exclama-t-elle.

Maléfique ne prit pas la peine de parler pour manifester son manque d'enthousiasme, émettant un grondement animal avant de se laisser retomber devant elle en un mouvement qui fit une fois de plus trembler l'ensemble des murs.

- Qui est Zohra ? fut la première question qui lui revint.

- Une prisonnière. Pourquoi ?

- J'ai entendu son nom le jour où Regina a récupéré un grimoire. Elle est ici ? Qu'est-ce qu'elle a fait ?

- Probablement oui et rien à part être la fille de la mauvaise personne je suppose ...

- Et pourquoi ce livre ? Pourquoi est-ce que Regina cherche à se transformer en dragon ?

La gueule du dragon s'ouvrit pour dévoiler deux longues lignes de crocs acérés et elle poussa un soupir de soulagement en comprenant qu'il s'agissait d'un sourire.

- Je n'étais pas au courant, mais elle doit certainement vouloir tenir une promesse qu'elle m'a faite.

- Quelle promesse ? demanda-t-elle en faisant l'effort de cacher toute trace de jalousie.

- Atténuer ma solitude. C'est tout ce qu'elle est en mesure de faire, le reste c'est à vous de l'accomplir n'est-ce pas ?

- Oui, je crois.

- Et où en êtes vous avec Regina ?

- Av ... Avec Regina ? Nulle part, avoua-t-elle après une courte pause.

Quelque chose brilla dans les yeux clairs en face d'elle. Une incompréhension qui se transforma à une vitesse alarmante en de la colère. La créature brisa leur échange de regards et le sien fut immédiatement attiré par le feu qui semblait brûler quelque part dans ses entrailles. Elle sentit Hook se jeter sur elle juste à temps pour l'attirer vers une cavité qui les tint relativement à l'abris de ce qui passa. La scène lui rappela étrangement celles du dessin animé où Maléfique se transformait en dragon. La bête étendit son long cou, une colonne de braises ardentes s'y dessinant avant que de gerbes de flammes ne jaillissent de sa gueule.

Elle fut frappée par la réalisation qu'elle venait de s'approcher de bien trop prêt d'un personnage de la même trempe que Regina. Une sorcière dont elle ne s'était pas vraiment donné la peine de lire l'histoire dans le livre qu'Henry lui avait confié. D'elle, elle savait uniquement qu'elle était la meilleure amie de la brune, ce qui ne faisait en aucun cas d'elle quelqu'un en qui elle aurait pu avoir confiance. Elle était certainement en présence d'une meurtrière se fit-elle la réflexion en voyant des flammes d'un vert émeraude tournoyer dans la grotte autour de l'animal.

Maléfique finit par regagner un calme apparent, mais la chasseuse de prime préféra garder ses distances.

- Apportez-moi Regina, ordonna-t-elle d'une voix qui sembla ricocher sur les murs en pierres.

- Tout de suite Majesté, répondit le pirate à sa place avant de l'entraîner à sa suite vers l'ascenseur.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? fut-il à nouveau le premier à demander quand ils furent en sécurité dans la cabine en fer forgé.

- Je sais pas. Elle avait pas l'air contente.

- Euphémisme.

- Quoi ?

- C'est peu de ...

- Ouais, ouais, je sais. Je suis pas débile, merci, ça m'étonnait juste que vous l'employiez. Vous m'étonnez tous avec votre langage sorti du dix-huitième siècle parfois.

Il eut la décence de ne pas répondre et de toute manière elle se précipitait déjà à l'extérieur de la bibliothèque pour passer un coup de fil. Elle regarda quelques secondes les deux initiales accompagnées d'une couronne s'afficher sur son écran avant de plaquer le mobile contre son oreille.

- Quoi ?

- Hum ... Bonjour Regina.

- Venez-en aux faits Swan.

- Maléfique veut vous voir.

- Qu'avez-vous encore fait ?

- Je ... Je lui ai donné une voix.

Il y eut un silence choqué pendant quelques secondes avant qu'elle ne sente quelque chose piquer sa colonne vertébrale.

- Vous avez donné une voix à un dragon ? reprit la femme derrière elle.

La jeune femme sentit sa magie s'affoler en elle quand une main joua avec une de ses mèches de cheveux avant de descendre le long de son dos pour se caler dans le creux de ses hanches.

- O... Oui, finit-elle de répondre.

Elle fut retournée sans ménagement par le brune et se demanda quel spectacle elles étaient en train de donner, toutes deux à quelques centimètres l'une de l'autre dans la rue.

- Et ensuite ?

- Ensuite ?

- Qu'avez-vous fait pour la mettre en colère ?

- Com ... Comment savez-vous qu'elle est en colère ?

- Je suis au courant de tout ce qui se passe dans ma ville, comment voulez-vous que je passe à côté d'un dragon en furie ?

- Je ne sais pas ...

- Et donc ? Qu'avez-vous fait ?

- Je ne sais pas ... Elle m'a demandé où est-ce que j'en étais ... J'ai répondu "nulle part" et ...

- Voilà qui rend donc inutile votre rapport demain dans notre bureau, coupa le Maire.

- Non !

Elle refusait de voir l'occasion lui passer sous le nez avec autant de facilité.

- Non, j'ai fait des avancées et si vous êtes d'accord, j'aimerais vous en parler. Je suis pas là pour détruire ce que vous avez construit ici ...

- Vous ne savez pas de quoi vous parlez Miss Swan, vous ignorez les conséquences que vos actes pourraient entraîner et ce n'est certainement pas Gold qui vous aurait mise au courant.

- Pourquoi ?

- Une autre fois, le devoir m'appelle.

- Regina !

Il y avait de la colère dans les yeux de la mère d'Henry lorsqu'elle fut forcée à faire un pas en arrière quand Emma la retint.

- Miss ...

- Vous me manquez, la coupa-t-elle avant de prendre peur de le dire à haute voix.

La déclaration eut pour don de la faire taire, le regard d'ébène la transperçant plus que jamais.

- Quelque chose que vous n'avez jamais eu ne peut pas vous manquer Miss Swan, l'entendit-elle répliquer avant de se dégager de son emprise pour entrer dans la bibliothèque.

.

..

.

Elle passa une bonne partie de son après midi à s'apitoyer sur son sort dans le restaurant sous l'oeil désapprobateur de Grany et Ruby qui se relayèrent à sa table avant qu'une voix désormais familière ne la tire de la contemplation de son carnet de notes.

- Tout va bien ?

- Bonjour Hope.

- Tu as l'air abattu ...

- Je l'ai été ...

Son vague sous entendu ne parut pas déstabiliser la jeune femme qui avait l'air de savoir exactement de quoi elle parlait.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

- Je crois pas être prête à partager ce genre de choses ...

La remarque lui valut un froncement de sourcils interrogateur et elle sentit un sourire étirer ses lèvres.

- Non, laisse tomber, j'ai juste pas envie d'en parler.

- Ok.

- J'ai réussi à donner une voix à Maléfique.

- C'est ... Bien. Ça veut dire que ta magie s'améliore même si tu ne devrais pas suivre les conseils de Rumple...

- Regina m'a donné une autre méthode, coupa-t-elle.

- Oh ... Tant mieux.

Elle fut soulagée de ne pas avoir à en expliquer plus.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Il n'y a plus de travail à la boutique ? Est-ce que mon ami t'a contactée pour le site que je t'avais montré ?

- Oui oui, j'ai même parlé à des ... restaurateurs, affirma-t-elle en baissant la voix.

- Et ?

- Ils voudraient que je me rende là bas. Pour présenter les produits. Mais je ne sais pas si je devrais, Aurore est celle à qui tout ça appartient.

- Aurore est bien assez occupée ici. Ted peut s'occuper de la représentation dans un premier temps, mais quand la malédiction sera brisée je pensais que ce serait toi qui irait ...

- Quand la malédiction sera brisée ? répéta-t-elle avec un air rêveur.

- Hope ... Qu'est-ce qu'il va se passer le jour où la malédiction se brisera ?

- Le temps doit reprendre son court ...

- Est-ce que ... Est-ce que vous allez tous vieillir d'un coup ?

Elle eut le droit à un rire qu'elle rejoignit presque aussitôt. Elle avait beau ne plus porter d'ailes et avoir été déchue de ce qu'elle était par Regina, la chasseuse de primes pouvaient très bien l'imaginer répandre l'espoir autour d'elle.

- Non, je ne pense pas Emma. Je suis désolée, je venais juste prendre un café avant de passer au domaine. Je dois récupérer du stock, annonça-t-elle en se levant.

- Est-ce que je peux t'aider ? se proposa-t-elle.

- Bien sûr !

Quelques minutes plus tard elle consentit à quitter la table qu'elle avait usée une moitié de l'après midi pour suivre la brune en voiture jusqu'au mas qu'elle avait déjà vu lorsqu'il avait fallu s'occuper des vignes. Elle se demandait si ce qu'elle était en train de faire pouvait rentrer dans les qualifications de Shérif et si dans toute autre ville elle n'aurait pas risqué son poste pour ce genre de conduites, mais après tout à Storybrook, elle ne risquait pas grand chose.

- C'est quoi cette odeur ?

- Les écuries. Elles sont juste derrière.

- Vous utilisez des chevaux ?

- Uniquement pour des ballades en forêt. Regina les entraîne.

- Reg... Regina quoi ?

- C'est une très bonne cavalière. C'est elle qui les dresse tous les mercredis soirs.

Malgré elle, la jeune femme nota le jour en se promettant de ne pas laisser le prochain mercredi soir passer sans qu'elle ne soit passée par là. Il fallait qu'elle voit ça.

- Tu viens m'aider ou tu comptes continuer à rêver dans ton coin ?

- J'arrive.

Elle chargea les coffres des deux voitures de cartons de vins, riant quand elle apprit que Leroy en était le plus gros consommateur avec le Maire.

- Manges avec moi ce soir s'il te plait, se surprit-elle à dire.

- Je ... Je ne suis pas sûre de vouloir provoquer Regina, avoua la brune avec un froncement de sourcils.

- Non, c'est pas le but, tu es juste ... Ce que tu es je crois.

- C'est à dire ?

- Une fée porteuse d'espoir ? proposa-t-elle à voix basse.

- Non, lui répondit-elle avec quelque chose comme du regret. Mais si ça peut t'aider à te sentir mieux, bien sûr. On mange où ?

- Grany.

- Chacune paye sa part.

- Deal !

Elle aurait du prendre un abonnement dans ce restaurant, pensa-t-elle lorsqu'elle commanda le soir même. Elle avait déjà un menu préféré et c'était dire qu'elle y avait déjà que trop mangé.

- Tu n'as pas envie d'avoir ton propre appartement ? demanda Hope en face d'elle.

- Mary Margaret m'a proposé une collocation.

- Pourquoi cet air dépité ?

- Parce que je ne la supporte plus, avoua-t-elle en baissant d'un ton.

- Pourquoi ?

- Depuis que j'ai momentanément réveillé David la semaine dernière, elle me prend pour sa foutue héroïne !

- C'est ce que tu es non ?

- Non non non, elle a vraiment un grain.

- Elle a toujours été très optimiste, 'jamais eu besoin de moi pour lui remonter le moral ... Aujourd'hui tu dois être la seule lumière qu'elle voit.

- Tu veux pas essayer tes talents sur elle ?

- Sans façon.

Comme s'il avait deviné de quoi elles étaient en train de parler, elle reçut une salve de messages de la part d'Henry qui l'incitait à se pencher sur le cas de David avant qu'un drame ne se passe à l'école où sa femme donnait des cours.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? entendit-elle demander la brune quand elle émit un petit rire.

- C'est Henry ... Je crois que lui non plus n'en peut plus.

- C'est un garçon intelligent.

- Très voire trop, affirma-t-elle.

Elle reçut un sourire et elle n'en parlèrent plus pendant tout le repas jusqu'à ce qu'elle reçoive un nouveau texto d'Henry lui demandant où elle était. Apparemment, il s'était rendu à l'hôpital dans l'espoir de l'y trouver.

- Je suis désolée, je dois aller récupérer Henry à l'hopital ! réalisa-t-elle quand elle eut fini de lire son message.

- Tout va bien ?

- Pour l'instant, mais j'aimerais le faire rentrer chez lui avant que sa mère ne s'en rende compte ...

- Je t'accompagne.

Elle ne s'y était pas attendue et l'initiative ne manqua pas de la faire sourire. Elle ne savait pas si c'était une erreur de sa part ou un simple constat, mais il lui semblait rendre un un peu de leur vie à certaines personnes qu'elle côtoyait. Les deux jeunes femmes restèrent silencieuses durant tout le trajet, les yeux fixés sur la route qui défilait éclairée par les xénons de sa Chrysler. Elle était contente de réaliser que la coccinelle ne lui manquait pas.

- MM n'est pas là ? fut la première question qu'elle posa au garçon qu'elle aperçu perché sur le lit qu'elle avait occupé la semaine précédente, le livre de contes entre les mains.

- Non, je suis seul. Où t'étais ?

- Euh ... Au resto.

- Pourquoi ? demanda-t-il et la façon qu'il eut de plisser les yeux ne lui plut pas.

- Je n'ai pas de comptes à te rendre gamin et tu devrais être chez ta mère à l'heure qu'il est !

- Pas de comptes à me rendre ? répéta-t-il médusé.

- C'est ce que j'...

Elle fut interrompue par le nom du Maire crié à plein poumons par son fils adoptif et elle était en train de se rappeler qu'elle l'avait déjà vu faire ça devant le manoir où il habitait quand de la fumée violette envahi un coin de la pièce. Elle n'arrivait pas à croire qu'Henry appelle sa mère au secours juste parce qu'il n'arrivait pas à avoir le dernier mot avec elle ...

- Henry ? Qu'est-ce ...

Regina s'immobilisa, son regard atterrissant sur la blonde.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? reprit-elle.

La chasseuse de primes ne put s'empêcher de remarquer qu'elle avait l'air fatigué.

- Est-ce que ça va ?

- Oui, juste une longue discussion avec M... Qu'est-ce qu'elle fait là ?

Si l'instant d'avant elle avait pu détecter des traces de fatigue dans la voix et sur le visage de la sorcière, elles furent immédiatement effacées par le masque implacable qui glissa en place.

- J'étais en train de discuter avec Hope au restaurant qu...

- Discuter ... Avec Hope, coupa Regina d'une voix pourtant si basse qu'elle eut du mal à l'entendre.

Elle n'avait jamais entendu quelqu'un pouvoir diffuser autant de colère avec le calme olympien qu'elle affichait. La façade se fissura pourtant l'instant d'après quand elle reporta son attention sur la fée qui s'était éloignée de la scène et semblait vouloir prendre la porte à la première occasion.

Comme si elle l'avait devinée, la porte de la chambre se referma en un claquement sinistre et Henry n'eut même pas le temps de protester avant de disparaître en un caractéristique nuage de fumée.

- Que lui avez-vous dit ? demanda la Reine en s'avançant dangereusement vers l'autre.

- Je ... Rien.

- Elle ne m'a rien dit !

- Règle numéro un Miss Swan !

- Je ne lui ai rien dit, confirma Hope alors que la mère d'Henry avait atteint une distance critique avec elle.

La blonde observa fascinée le duel qui eut lieu entre les deux femmes, les sourcils froncés de la plus jeune et ses yeux fermement rivés sur ceux de l'autre, la mettant certainement au défi de prouver qu'elle mentait. Sa respiration se bloqua quelque part dans ses poumons quand elle vit la sorcière enfoncer sa main dans la cage thoracique de la fée.

Cette fois il n'y avait pas de sang comme elle avait pu en voir à la banque à Boston, mais un simple halo de lumière dorée autour du trou béant qui s'était formé pour accueillir la main. Comme si elle n'avait pas pesé plus de quelques kilos, le corps de Hope fut soulevé dans les airs à bout de bras et la chasseuse de prime sentit la panique l'envahir quand elle croisa le regard empli de terreur, réalisant trop tard qu'elle était clouée au sol. Depuis quand Regina parvenait-elle à utiliser de la magie sur elle ?!

- Si vous pensiez avoir connu la pire des douleurs quand j'ai arraché vos jolies petites ailes, Hope, gardez-bien à l'esprit que la douleur n'était rien comparée à celle que vous ressentirez le jour où je détacherai votre âme de votre corps.

- Je n'ai rien dit, affirma encore l'intéressée en un sanglot.

- Je sais ... Je sais aussi que vous en mourrez d'envie, alors je vous préviens ... Un seul mot de travers et vous allez souhaitez que j'ai également mis fin à vos jours le soir où j'ai complété la malédiction.

La jeune femme ne répondit que d'un hochement de tête avant d'être attirée vers la sorcière. Emma ne parvint pas à entendre ce qui fut soufflé dans son oreille et la seconde d'après, elle était jetée au travers de la pièce et par la porte qui s'était ouverte puis refermée en un claquement derrière elle.

- Regina, vous êtes comp...

- Est-ce que je vous ai donné l'autorisation de parler Miss Swan ?

- Allez vous faire voir. Vous savez ce que j'en fais de vos règles à la con Regina ?

- Je ne suis pas sûre de vouloir savoir ...

Le ton était froid et les yeux d'ébènes qui l'observaient, emplis d'une colère mal contenue. Elle était certaine que Regina regrettait de ne pas pouvoir utiliser sa magie pour s'en prendre à elle de la même manière qu'elle s'en prenait à tous les autres. Même si elle n'était plus très sûre que cette règle aussi s'applique. Ce soir n'était pas la première fois qu'elle réussissait à lui lancer un sort et malgré la magie qu'elle sentait bouillonner en elle, elle était quasiment certaine de ne pas durer plus de quelques secondes dans un duel contre elle.

- Vous voulez vous battre ? demanda-t-elle soudain comme si elle était en train de lire ses pensées.

- Non ! répondit-elle trop vite.

Un sourire carnassier étira les lèvres à la cicatrice et elle sentit ses genoux fléchir l'instant d'après lorsque tous les objets de la pièce furent déplacés d'un mouvement de la main pour ne plus qu'il existe un seul obstacle entre elles deux.

- J'ai dit non, répéta-t-elle plus fermement. Votre magie ne m'affectera pas et la mienne ne pourra pas marcher comme ça.

- J'ai plus d'un tour dans mon sac Emma ...

Certainement pour prouver ses dires, une force invisible la précipita contre le premier mur, l'y clouant à quelques centimètres du sol.

- La magie sait ... affirma-t-elle d'une voix chantante, sans nulle doute pour se moquer de Gold qui avait eu les mêmes paroles. Votre magie ne peut vous protéger de ce que vous voulez.

- Ah oui ? J'étais pas au courant d'av...

- Mais si ... Vous avez envie de moi, c'est votre façon de me le montrer. Vous savez comment j'aimerais que vous me le montriez ?

La jeune femme dut se mordre la joue pour ne pas gémir, elle aurait voulu serrer les jambes mais la force qui la maintenait l'en empêchait tout simplement. La brune anéantit les derniers centimètres qui les séparaient et elle sentit un habituel désir animal saisir ses entrailles.

- Je veux que vous vous libériez de mon emprise, ordonna la voix quelque part contre sa joue.

Si c'était la façon qu'elle avait de lui donner une leçon de magie, Emma n'était pas sûre de pouvoir survivre à tout un entrainement. Elle s'autorisa à fermer les yeux pour faire abstraction de tout ce qui les entourait, choisissant de se concentrer uniquement sur la sensation du corps plaqué qu'elle n'avait pas eu l(occasion de sentir plaqué contre le sien depuis trop longtemps, le sourire qu'elle sentit contre sa peau et l'odeur déjà familière qu'elle ne voulait jamais avoir à oublier.

- Allez-y, luttez contre moi.

La jeune femme obéit et elle dut parvenir à quelque chose à en juger par le petit rire satisfait qu'elle entendit raisonner jusqu'entre ses jambes. Deux mains remontèrent le long de son corps pour parcourir ses bras écartés en croix et elle manqua perdre tout contrôle lorsque les doigts s'entremêlèrent aux siens pour la maintenir plus fermement.

- Presque ...

Emma sentit une cuisse venir frapper entre les siennes, les lèvres de la brune se refermant sur le lobe de son oreille gauche et elle sut qu'elle avait réussi à la pousser à bout. La chasseuse de prime retomba sans grâce sur le sol, profitant de leurs doigts enlacés pour la retourner plus facilement dos au mur, prisonnière entre elle et la surface peinte. Elle ne chercha pas à trouver l'approbation de son amante avant de s'emparer de sa bouche, forçant l'entrée d'une langue exigeante, mais le baiser lui fut immédiatement rendu et elle n'attendit pas pour la lâcher et s'emparer des cuisses qu'elle guida autour de ses hanches.

Elle avait besoin d'elle. Besoin de la sentir se tordre de plaisir, l'entendre crier son nom et jouir. Elle avait besoin de se rappeler que tout ce qui s'était déjà passé entre elles n'avait pas été que de la poudre aux yeux.

- Non.

- N... Non ? s'offusqua-t-elle quand la brune lui renia le droit d'ouvrir le pantalon de son tailleur.

- Pas ici, pas ... comme ça.

- Emmenez-nous ailleurs alors.

- Non.

- Comment ça non Regina ? C'est une autre de vos leçons ? Parce que j'en ai plus qu'assez ! s'écria-t-elle en la laissant retomber contre le mur.

- J'ignorais avoir à vous apprendre à respecter la volonté d'une autre femme Miss Swan.

- Arrêtez vos conneries, vous avez envie de ça autant que moi !

Cette fois elle fut violemment repoussée à bout de bras.

- Regina ... essaya-t-elle avec un peu plus de calme.

- J'ai dit non !

Elle sentit la magie avant de la voir en action, le lit dans lequel David était soudain précipité sur elle et elle ne retint pas le cri de douleur lorsque les barres de fer vinrent à nouveau l'écraser dos au mur.

- Ne vous imaginez pas une seule seconde que le titre que je ne sais quel destin a bien voulu vous accorder, vous donne le moindre droit sur moi.

- Je n'ai jam...

- Et pourtant, coupa-t-elle avant qu'elle ait pu tenter de se justifier, vous pensez mieux savoir que moi ce que je veux ...

Si elle n'avait pas été déstabilisée par la démarche imposante de la femme qui s'était approchée pour agripper les barres du lit contre lequel elle était retenue prisonnière, le ton glacial avec lequel elle avait parlé aurait suffit à la faire frissonner.

Quelque chose qui ressemblait à de la panique s'installa en elle à l'idée que Regina puisse lui en vouloir pour des raisons valables telles que croire qu'elle ne la respectait pas assez pour obéir à de tels ordres.

- Regina, tenta-t-elle à nouveau. Je m'excuse d'avoir parlé de la sorte, je ne suis pas en position de vous forcer à quoi que ce soit et même si je l'étais je n'en profiterai jamais.

Elle dégagea ses mains de derrière son dos pour les poser elle aussi sur la rambarde en acier du lit. Ses yeux accrochèrent ceux de la brune et elle avala sa salive avec difficulté quand elle se rendit compte qu'ils la dévoraient avec l'attention de quelqu'un qui cherche à lire au travers de son interlocuteur.

- Je ... Vous savez quoi ? Lisez en moi si vous y arrivez, je vous y autorise.

A en croire le froncement de sourcils ce n'était pas exactement la phrase qu'elle aurait du dire, mais le regard d'ébène ne cilla pas.

- Vous n'avez pas l'air de vouloir le comprendre, mais je veux plus que ce qu'il y a entre nous. Je ... J'accepte le peu que vous êtes prête à m'offrir, bordel j'ai même accepté d'être votre foutue secrétaire pendant toute une semaine juste parce que vous n'êtes pas d'humeur à me soumettre autrement. Vous pensez que ça me fait plaisir d'avoir un destin qui me proclame élue ? De devoir m'occuper de tous ces gens dont j'ai rien à faire ?

La brune ne répondit pas et elle se demanda si elle était parvenue à la rendre muette. Si ses mots l'affectaient d'une quelconque manière ...

- Vous vous rappelez ce jour au commissariat lorsque vous m'avez dit que j'avais eu envie de vous dès la première fois que je vous ai vu ? Vous aviez complètement raison.

Quelque chose passa dans les yeux de la sorcière mais elle n'eut pas le temps de mettre un nom dessus. Ignorant la douleur que causa le mouvement, elle s'appuya un peu plus sur la rampe du lit pour se pencher vers son interlocutrice. Elle n'avait jamais autant cherché à convaincre quelqu'un.

- La vérité c'est qu'à l'instant où je vous ai vue, tout ce qu'il pouvait y avoir dans ma vie a perdu son sens. Je vous l'ai dit, je suis ici pour vous avant d'être là pour qui que ce soit d'autre. J'étais ... J'ai l'impression d'avoir passé vingt-huit ans dans une cage et d'avoir été libérée quand je vous ai rencontrée. Je me suis jamais sentie aussi vivante ...

Cette fois elle pouvait clairement lire de l'incrédulité dans son regard qui cilla l'instant d'après pour parcourir son corps avant de se poser sur ses mains. La lueur bleue qu'elle vit illuminer les traits parfaits la fit baisser la tête juste à temps pour un dernier éclair disparaître sous la peau de ses mains.

L'instant d'après la surprise la fit faire un bond en arrière, sa tête tapant avec force le mur peint lorsque le corps de David Blanchard se cambra dans le lit médicalisé avant de s'y asseoir, la respiration saccadée et les yeux écarquillés d'un homme qui sort d'un cauchemar.

- R... Regina ?

La chasseuse de prime ne put s'empêcher de sourire à la peur qu'elle entendit lacer le prénom de la femme qui se tenait en face d'elle avec un air indéchiffrable.

- Félicitations Shérif, votre charmant petit discours aura au moins réveillé le Prince aux bois dormants ...

Elle aurait ri si la voix n'avait pas débordé d'autant de sarcasme qu'elle sentait dirigé plus à son encontre qu'à celle de l'homme qu'elle venait apparemment de réveiller.

- Regina ...

- Occupez-vous de votre rescapé, vous me ferez votre compte rendu demain Miss Swan.

Le ton était sans appel et elle la regarda s'éloigner avec un pincement au cœur avant de reporter son attention vers le Prince.

- Euh ... Bonjour David, je m'appelle Emma Swan, vous vous souvenez de moi ?