Disclaimer : même si j'aimerais énormément, les personnages ne m'appartiennent pas, je n'écris sur eux que pour le plaisir (le mien et le vôtre, j'espère)
Béta : Arianrhod
Chapitre 12
Punching Balls
Owen entendit un bref "ok, on arrive" sans pouvoir savoir de qui il s'agissait. Il raccrocha et accéléra, prêt à se jeter dans la bataille.
- Owen ! cria Tosh angoissée, reconnaissant son ami qui s'élançait à son secours.
Elle était au centre du groupe, et les uns les autres la poussaient entre eux. Un jeu d'ivrognes qui devenait de plus en plus glauque à mesure que les mains se faisaient de plus en plus baladeuses.
- hey, casse-toi, maigrichon, casse-toi ... jeta méprisant l'un d'entre eux, tripotant la pauvre Toshiko avant de la renvoyer à un des ses potes qui la saisit par les cheveux, la faisant hurler.
Les cris de Tosh lui faisait mal, son sang dans ses veines, chargé de remords et de colère se glaça. La voix insultante le cingla. Il réagit si vite qu'il surprit les agités. Il fonça tête baissé sur le plus proche, le bouscula si violemment qu'il s'effondra au sol. Les autres se regardèrent interloqués, ils le détaillèrent et jugeant son gabarit peu impressionnant, s'empressèrent de le lui faire comprendre.
Owen sauta à la gorge d'un nouvel attaquant, tandis que le jeu devenait plus violent. Celui qui tenait Toshiko la retourna vers lui et l'embrassa durement, elle se débattit en gémissant mais l'homme était trop fort. Owen fit rouge, il perdit conscience de la réalité. Il se battit instinctivement. Il frappait, pied, poing, tête, une véritable furie qui ne cessa que lorsque l'un des assaillants l'attrapa par derrière et le tint serré dans ses bras, lui broyant la poitrine, lui collant les bras contre son corps en une étreinte digne d'un ours. Il était prisonnier, incapable de bouger.
Owen reprit pied dans la réalité. Il avait réussi à en mettre deux hors d'état de nuire, il les voyait ramper sur le sol. Toshiko s'était arraché des bras de son assaillant, qui se tenait douloureusement l'entrejambe. Toujours se méfier des stilettos, même taille 38 ! Il s'appuyait au mur de briques sales, à distance de la jeune femme. Un de ses amis l'appela, l'exhortant à venir faire la fête au foutu empêcheur d'emmerder en rond. Il s'approcha à pas lourd, grimaçant sous la douleur.
Les yeux d'Owen enregistraient tout, décomposant la scène. La pâleur de son amie, ses cheveux défaits qui encadraient son visage livide, son attitude pourtant belliqueuse, les affiches déchirées qui annonçaient de élections passées, l'odeur du sang, de la peur, sa peur. Il se força à calmer la course folle de son cœur, se força à respirer, reprendre des forces pour se dégager. Il tenta de faire comprendre à Toshiko de s'enfuir, alors que les deux brutes encore debout se rassemblaient autour de lui, l'air vraiment furieux.
Il sentit l'haleine avinée de celui qui le tenait, il rua mais l'autre le tenait fermement. Un autre se planta en face de lui, le jaugeant d'un air vicieux et le frappa. Son poing entra dans le foie d'Owen, douleur incroyable, qui ne cessa que lorsque l'autre poing s'enfonça dans l'estomac. La douleur reflua d'un côté pour exploser de l'autre. Il se mordit la lèvre violemment pour ne pas hurler et du sang jaillit. Il se refusait de crier ou gémir devant eux. Il avait sa fierté !
Il donna un coup de pied tremblant pour se défendre mais il perdait ses forces. Celui qui le tenait l'étranglait petit à petit. L'autre en profita pour lui faire sentir la dureté de ses phalanges, il sentit sa pommette craquer sous l'impact. Mais il crut mourir quand il vit Toshiko se précipitait sur celui-ci et tentait de le déséquilibrer pour lui faire lâcher prise. L'homme l'envoya valdinguer contre un mur d'un revers de la main, comme une mouche qu'on chasse. Ce n'était pas un homme, c'était vraiment un ours ! pensa Owen qui ne put profiter de l'incident pour se dégager. L'autre le serra à nouveau faisant craquer ses côtes avec un bruit de mauvais augure qu'il oublia aussitôt, le poing de son attaquant s'écrasant avec un bruit mat sur sa mâchoire. Il se mordit la langue sous l'impact, luttant pour ne pas gémir.
Alors qu'il allait perdre tout espoir et tout retenue - la douleur était si intense - Jack arriva de nulle part et assomma proprement celui qui avait pris Owen pour punching ball. Ianto apparut dans son ombre et attaqua le dernier, d'un coup de pied vicieux dans l'entrejambe. Se méfier aussi des chaussures italiennes, taille 45 !
Il ne restait plus que celui qui maintenait toujours Owen si douloureusement. Il leva les bras quand Jack le menaça de son arme. Owen tomba au sol, gémissant, se tenant les côtes. Il souffrait le martyr, mais il oublia aussitôt la douleur quand il vit Toshiko inanimée contre le mur. Le dernier homme qu'elle avait affronté l'avait repoussée et jetée contre le mur de la ruelle. Il se précipita vers elle à genoux, rampant presque sur le sol, échappant à l'aide de Ianto. Il voyait un énorme hématome qui fleurissait sur sa tempe, là où l'os avait porté contre le mur.
Il vérifia qu'elle respirait, conscient de la présence de Jack et Ianto auprès de lui, mais incapable de leur parler. La routine du médecin surpassa la douleur qui explosait dans son visage, il procéda à un examen rapide, à part la tête, elle semblait ne souffrir d'aucune autre blessure et sa respiration était régulière.
- Owen, comment va-t-elle, demanda le gallois, inquiet pour son amie, et surtout alerté par le visage ravagé du médecin.
- Assommée, murmura-t-il, alors qu'il sentait ses lèvres gonfler.
Son angoisse s'atténua un peu, mais son cœur continuait de battre la chamade. La jeune femme était dans cet état à cause de lui. S'il ne l'avait pas repoussé ainsi tout à l'heure, elle ne serait pas tombé sur cette bande et elle serait en sécurité dans le restaurant à goûter les délices qu'ils avaient commandés.
Ianto posa une main sur son épaule et attira son attention.
- Les secours arrivent, le prévint-t-il, ils vont s'occuper de vous, ne t'inquiètes pas.
- je … c'est de ma faute Ianto, je n'aurais jamais dû la laisser partir. Je lui ai dit de ces choses.
Il s'accrocha à la veste de Ianto, l'attirant à lui pour lui parler à l'oreille « je suis infect, je l'ai repoussé, je suis un salaud … je suis pas bien là, j'ai mal, mais je suis un sale con »
- c'est rien, Owen, ne t'inquiètes pas, on va s'occuper d'elle, et de toi, parce que tu as reçu une sacrée correction. On s'occupe de tout. Tu vas pouvoir t'asseoir à côté d'elle.
Owen avait les jambes qui flageolaient maintenant et il se sentait défaillir. Les coups, les émotions lui coupaient littéralement les jambes. Ianto l'assit auprès de Tosh, que Jack avait installée confortablement, la tête sur ses genoux.
Le docteur prit la main de Tosh et vérifia son pouls. C'était régulier, elle était simplement évanouie. Elle commença d'ailleurs à battre des paupières et à bouger ses membres.
Owen sentit le soulagement déferler à travers son corps. Il avait eu tellement peur, bien plus que lorsque l'un ou l'autre de ses collègues se trouvaient blessé. Cela était de sa faute. Ianto le secoua doucement, l'enjoignant de lui parler, mais Owen sombra peu à peu dans l'inconscience, Il n'entendit pas Tosh s'enquérir de sa présence, il n'entendit pas Jack prendre les choses en main, et n'entendit pas Ianto le presser de rester avec eux.
Tosh sentit la main qui tenait la sienne enlacée s'amollir. Elle s'était cramponnée à cette main, à ce contact ténu qui l'avait ramenée de son évanouissement. Elle essaya de relever la tête mais Jack l'en empêcha.
- non, non, tu as un rude coup à la tête, reste tranquille.
- Owen, Owen, où est-il?
- ne t'inquiète pas, Ianto s'occupe de lui, les secours sont en chemin et la bande de crétins qui vous a attaqué, n'est pas en super forme...
- c'est ma faute, je lui ai répondu quand il m'a fait une proposition, je n'aurais pas dû me rebiffer...
Jack comprit qu'elle parlait de l'agression, de la façon dont cela avait commencé.
- j'étais tellement en colère contre Owen, que lorsqu'il m'a dit... des trucs, j'ai vu rouge ... et je l'ai insulté. Et là toute la bande m'est tombée dessus.
Jack soupira et lui caressa doucement la joue. Ce coup de sang n'était pas dans le caractère de Tosh, Owen avait dû être sacrément dur pour qu'elle s'énerve.
- c'est fini, on est là ... repose-toi, dit Jack en jetant un coup d'œil à Ianto qui essayait de maintenir le médecin à la surface. Mais il paraissait en très mauvaise forme.
- et Owen m'a suivie, heureusement qu'il m'a suivie, continua Tosh, je m'en serais jamais sortie sans lui ... et sans vous. Comment avez-vous fait ?
- Owen nous a appelé et a dit que tu en danger près de chez toi. Tu as eu de la chance que j'ai suivi Ianto chez toi.
Il jeta un regard au jeune homme qui baissa la tête, prenant le pouls d'Owen. Il ne disait pas tout. Mais ils avaient l'air heureux, inquiets pour eux, mais apaisés en un sens.
Elle releva la tête pour apercevoir Owen, Jack tenta de l'en empêcher et elle vit le visage couvert d'hématomes et de sang, les lèvres pâles, les yeux clos. Elle ne voyait pas de souffle soulever sa poitrine. Ses yeux s'emplirent de larmes, sous le choc.
- Il est mort, murmura-t-elle le cœur au bord des lèvres, il est mort à cause de moi... Jack, pourquoi tu ne me l'a pas dit ?
- Il n'est pas mort, fit Ianto, j'ai encore un pouls, mais il ne va pas bien du tout, il a été drôlement tabassé.
- c'est ma faute, ma faute, éclata en sanglot la jeune femme, Jack tenta de l'apaiser mais rien y faisait.
Il la prit dans ses bras, la laissant hoqueter, pleurer tout son saoul. Les secours et la police arrivèrent enfin. En quelques minutes, Owen fut évacué vers l'hôpital le plus proche, et les agresseurs furent embarqués dans une autre ambulance, sous la garde de la police. Andy, arrivé sur les lieux se chargea du rappel à la loi.
Tosh monta dans la même ambulance qu'Owen que les infirmiers attachèrent à l'arrière du véhicule médicalisé. Ianto et Jack restèrent seuls après le départ des policiers et des ambulanciers.
- on devrait peut être prévenir Gwen, tu ne penses pas ? fit Jack sans regarder Ianto.
- Oui, Gwen, c'est moi, Owen et Tosh sont à l'hôpital. Ils ont été agressés dans la rue. Non, ne t'inquiètes pas, ils sont entre de bonnes mains. Elle va bien, Owen est dans un état plus préoccupant. Oui, ok, on se retrouve là-bas.
- Je vois que tu devances toujours aussi bien mes désirs, fit Jack en souriant, se tournant enfin vers son compagnon des draps chauds.
Ianto ne répondit pas mais lui décocha un regard fatigué, lourd d'inquiétude. Jack s'en trouva ému.
- ça ne va pas ?
- non, ça ne va pas, mes amis se sont fait agresser à cause d'un plan qu'on a monté, Gwen et moi. Je n'avais pas envie de ça. C'est de ma faute, on n'aurait jamais dû faire ça.
- Ce n'est pas de votre faute, fit le capitaine en se rapprochant de lui, comme ce n'est pas la leur. C'est plutôt cette bande qui en porte la responsabilité. Ce que j'aimerais les faire payer, dit Jack en serrant les poings.
Il détestait qu'on s'en prenne à son équipe. Qu'ils soient soumis à des dangers pendant leur mission, passe encore, c'était leur travail et ils en étaient conscient, mais que ça leur arrive, comme ça en rentrant chez eux, ça le dépassait. Il était parfois ébahi par la monstruosité de certains individus. Mais même si les hommes sont parfois des salauds, il ne pouvait échapper à sa mission. Il se devait de les protéger, eux et la Terre. Mais il n'empêche qu'il avait envie de leur donner une bonne leçon à ces résidus de fond de bouteille.
Ianto le dévisagea, alors que les pensées de Jack venaient de résonner dans les siennes. Il savait qu'il y avait quelque chose d'étrange avec Jack. Cet homme avait la faculté étrange de lui communiquer ses états d'esprits, ses humeurs les plus profondes.
Cela était particulièrement gênant, lorsqu'il était d'humeur folâtre, voire libertine, mais c'était bien plus déroutant lorsque Jack ressentait de la rage ou bien du chagrin. Ianto avait remarqué qu'il n'était pas le seul à être réceptif à ce talent nouveau du capitaine. Mais il était indubitablement le seul à en être conscient. Gwen et Tosh réagissait facilement à l'humeur de Jack. Les filles, comme souvent étaient plus réceptives. Owen réagissait aussi, comme émulé par l'exemple du Capitaine. Quant à lui, il ne comprenait pas du tout pourquoi il réagissait aussi fréquemment et aussi absolument à lui. Est-ce que c'était parce qu'ils étaient devenus très proches ? Est-ce parce qu'il éprouvait des sentiments pour lui ?
Jack devenait peu à peu le pilier de sa vie, il ne pouvait pas s'en empêcher, il lui devenait aussi nécessaire que respirer. Il était heureux qu'il soit revenu et son accès de jalousie aussi soudain que curieux avait provoqué un aveu qui lui ravissait l'âme. Contrairement à ce qu'il pensait, il ne s'était pas moqué de lui et ne l'avait pas quitté. Ils s'aimaient. Cette nouvelle lui paraissait extraordinaire mais comme souvent à Torchwood, ce n'était pas le bon timing. Ses pensées revinrent immédiatement à Owen.
Jack lui mit le bras autour de l'épaule et l'attira contre lui. Ianto d'abord réticent, se laissa déborder par l'émotion qui le subjuguait toujours quand Jack touchait sa peau.
- Ne t'inquiète pas, ça va aller. Owen est en piteux état mais ça va aller.
Jack tentait de l'apaiser du mieux qu'il le pouvait et il apprécia l'effort qu'il faisait. Ianto fourra sa tête contre son cou, juste à l'entrée de son col toujours entrouvert. C'était toujours à cet endroit que se concentrait le parfum, l'odeur si personnelle de Jack. Fougère, humus et forêt, Jack avait l'odeur du printemps humide, une odeur qu'il adorait par-dessus tout. Pour en avoir parlé avec Tosh, il savait que l'odeur de Jack était différente pour chaque personne, mais qu'elle était toujours composée des odeurs préférées du nez qui le humait. Encore que Ianto n'aimait pas trop qu'on renifle son capitaine de trop près.
- on les rejoint, on en saura plus à Sainte Mary. Ianto ne put qu'acquiescer.
Il n'avait rien pu faire pour empêcher Owen de sombrer et il s'en voulait. Mais Jack le rassurait par ses mots et sa présence.
Un taxi apparut comme par magie et les emmena auprès de leurs amis.
A suivre...
( désolée pour Owen, ce fut un sale quart d'heure tant pour lui que pour moi^^)
