Bonjour les gens !

Voilà mon petit cadeau de Noël à toutes celles qui suivent cette fic ! :)

J'espère que vous n'avez pas fait une overdose de bûche au chocolat, et que vous n'êtes pas ensevelis sous la neige de ce Noël glacial !

Encore Joyeuses Fêtes à tous & Bonne Lecture !


CHAPITRE 11

Before Nightfall


Horrifié, je vis la glace se briser sous elle, avant de céder. Son cri de terreur me transperça, avant d'être brutalement interrompu. Mon cœur sembla s'arrêter l'espace d'une seconde. Avant de repartir de plus belle, tambourinant à mes oreilles, comme l'adrénaline se déversait dans mes veines.

J'ôtai mes patins et me précipitai vers le trou d'eau, baguette en main, en hurlant son prénom. Je me laissai glisser prudemment sur la glace, fixant la surface de l'eau pour ne distinguer rien d'autre que l'eau noire et glaciale. J'hurlai un « Accio patins ! », espérant les avoir assez bien attachés pour que Maylen remonte à la surface avec eux. Ce qui fut le cas. Je hissai son corps frêle à mes côtés et transplanai immédiatement dans le salon du Manoir. Je la déposai sur le canapé, la débarrassai de ses patins et lui arrachai presque tous ses vêtements, la laissant en culotte. Je psalmodiai des sorts de chauffage les uns à la suite des autres. Tous ceux que je connaissais. Comme une litanie de prières ininterrompues.

Inconsciente, ses lèvres étaient bleues et son visage plus pâle que jamais. Ses mèches brunes trempées collaient à son front et ses joues, rêches et glacées. Je leur lançai immédiatement un sort de séchage.

Je retirai mon manteau, puis mon pull, et me collai à elle, torse nu. Je serrai les dents au contact de son corps contre le mien. Glacé. Je lui frictionnai énergiquement le dos et les bras. Je sentais son souffle contre mon épaule, de plus en plus laborieux. Le froid était en train de la tuer. Je connaissais çà. J'avais perdu plusieurs hommes sous mes ordres de la même façon, l'hiver précédant la Bataille Finale, lorsque nous jouions au chat et à la souris avec les Aurors et les membres de l'Ordre dans la forêt enneigée. Beaucoup étaient alors morts de froid dans mes bras, sans que je puisse rien faire pour les sauver, moi-même glacé.

Je frissonnai à ces souvenirs et frictionnai Maylen de plus belle. Je sentis ses pieds gelés contre mes genoux, à travers le tissu de mon pantalon. Je les emprisonnai aussitôt fermement entre mes jambes, continuant à murmurer des sorts de chauffage, encore et encore.

Et plus les minutes passaient, plus la panique me gagnait. Une panique comme je n'en avais jamais ressenti. Immense. Etouffante. Ecrasante. La panique de la voir mourir, là, dans mes bras. La panique de ne plus voir son adorable sourire. De ne plus me perdre dans ses yeux gris. De ne plus dessiner ses fossettes du bout des doigts. De ne plus la regarder dormir blottie contre moi. De ne plus sentir ses lèvres contres les miennes.

Je la frictionnai plus fort encore, l'appelant désespérément. Enfin, son corps parut moins froid contre le mien, et elle commença à trembler. Je soupirai de soulagement. Sa respiration se fit plus forte et régulière au creux de mon cou. Et je la sentis finalement bouger légèrement contre moi. Me redressant, je jetai un coup d'œil à son visage. Ses lèvres avaient repris leur couleur habituelle et ses yeux étaient ouverts sur un regard effaré.

« Maylen ? », appelai-je anxieusement.

Elle posa son regard sur moi et avant qu'elle ait articulé un mot, je plaquai mes lèvres sur les siennes. Violemment. Je les sentis vibrer contre ma bouche. Chaudes. Vivantes. Elle gémit et sa main vint glisser dans mes cheveux. J'avais remarqué qu'elle adorait çà. Passer ses mains dans mes cheveux lorsque je l'embrassais. J'avais toujours détesté çà. Mais avec elle, le moindre contact prenait une allure de caresse, et j'adorais sentir ses petites mains voleter contre mon cuir chevelu.

« Ne me refais plus jamais çà ! », murmurai-je contre ses lèvres, menaçant.

Puis, je me fis plus tendre. Je repris ses lèvres et elle entrouvrit doucement la bouche. Aussitôt, je glissai ma langue entre ses lèvres, me délectant des caresses timides de la sienne. Cette fille était un cocktail-Molotov pour mes sens. Le moindre attouchement, la moindre caresse m'embrasait tout entier. Ses mains se crispèrent dans mes cheveux et elle gémit à nouveau comme j'approfondissais encore le baiser.

Mes doigts descendirent le long de son dos, glissant sous sa culotte, contre ses fesses nues. Alors, seulement, je pris conscience de la situation. Elle était presque nue. Contre moi. Je sentis ses seins durcis par le froid frotter doucement contre mon torse et une incroyable bouffée de désir me submergea. Et je perdis pied. Complètement.

Mes mains caressèrent doucement ses fesses. Je la sentis frissonner contre moi. Je quittai sa bouche et descendis le long de sa mâchoire, mes lèvres voyageant sur la peau nue de sa poitrine. J'hésitai un instant à peine avant de prendre son mamelon tendu entre mes lèvres avides. A nouveau, elle gémit, me faisant durcir aussitôt. Je laissai ma langue rouler autour de son mamelon, le mordillant doucement, me délectant de sa respiration erratique.

« Drago…Je… »

Je souris contre sa peau et repartis vers son cou, ma main droite venant se poser sur son sein. L'englobant tout entier. J'embrassai avec délice sa peau délicate, sentant sa carotide pulser sous mes lèvres. Elle frémit lorsque que je pris son lobe d'oreille entre mes dents et bougea légèrement. Sa cuisse vint cogner doucement contre mon sexe tendu et je gémis à mon tour. Je sentis ses mains glisser sur mon torse puis venir tracer des cercles imaginaires sur les muscles de mon dos. Et ce fut à mon tour de perdre le contrôle de ma respiration. Merde.

Ma main gauche remonta sur sa jambe et effleura la peau de l'intérieur de sa cuisse. Douce et immaculée. Immédiatement, elle se crispa contre moi, ses mains désertant brusquement mon corps.

« Drago… »

Je me figeai aussitôt. Sa voix contenait un avertissement. Presque une supplique. Je retirai ma main et la posai sagement sur sa taille. Je laissai tomber ma tête dans le creux de son cou en soupirant. Frustré.

« Je suis désolée. », souffla-t-elle.

Comme souvent, ses paroles avaient un double sens. En tout cas, pour moi.

« Ca va. », marmonnai-je.

Je me redressai pour voir son visage. Sa beauté me coupa un instant le souffle. Le regard encore trouble et les lèvres gonflées par mes baisers, elle était magnifique. Merde. J'étais en manque total. Deux semaines sans sexe. Merde. Et Maylen qui n'arrangeait pas les choses. Loin, très loin de là.

« Je suis désolée. », répéta-t-elle.

Je ne répondis pas, me contentant de l'observer. J'aurais voulu graver cette image d'elle dans mes pupilles. Savoir qu'elle aurait pu mourir quelques minutes plus tôt me glaçait le cœur. Mon regard glissa sur son cou puis sur sa poitrine.

« Ne me regarde pas. », souffla-t-elle.

« Maylen, franchement, après ce qui vient de se passer,… »

« Ne me regarde pas. », me coupa-t-elle d'une voix tremblante.

« Je ne regarde pas. », répondis-je dans un soupir.

Mes paroles nous rappelèrent à tout deux la première fois que je l'avais aidé à se doucher, et nous nous sourîmes. Je me redressai et, saisissant mon manteau qui traînait par terre, je l'enroulai dedans. Aussitôt, elle vint se blottir près de moi. Je la serrai contre mon corps. Si fort que j'aurais pu lui faire mal.

« Ne me refais plus jamais çà ! », murmurai-je à nouveau.

J'embrassai doucement son front en caressant son épaule dénudée du bout des doigts, savourant ses frissons.

« Je t'avais prévenu que le patinage n'était pas fait pour moi ! », plaisanta-t-elle. En vain.

Je croisai son regard, et son sourire s'effaça.

« Je ne plaisante pas, Maylen. »

« Je sais. », dit-elle simplement.

Je la serrai un peu plus contre moi, m'enivrant de son odeur.

J'ignorais si elle se rendait vraiment compte. J'avais failli la perdre. Et ça me rendait malade.

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Je remontai en piqué, le Souaffle sous le bras. Savourant toutes ces sensations si familières et pourtant si nouvelles. Retrouver le Quidditch après ces semaines d'isolement avait été un pur bonheur. Voler à nouveau. Sentir le vent glacial me fouetter le visage. Les compressions de mes protections sur mes articulations. Les mouvements vifs de mon balai. Les cris des entraîneurs en contrebas. Le Souaffle et son toucher rugueux.

Je soupirai en redescendant tranquillement, l'entraînement touchant à sa fin. Le Quidditch avait toujours été pour moi une échappatoire. Un moyen de toucher la liberté. De côtoyer une certaine tranquillité d'esprit.

Je mis pied à terre, m'enfonçant dans l'herbe grasse et boueuse. La nuit tombait, le ciel brumeux s'obscurcissant rapidement. Un léger brouillard commençait à envahir le terrain. Je regagnai les vestiaires à la suite de mes coéquipiers et filai sous la douche. Plus d'entraînements solitaires nocturnes. J'avais autre chose à faire, à voir, à partager. Tous ces entraînements, ces heures supplémentaires, m'avaient permis d'échapper à la solitude. Aujourd'hui, ils n'avaient plus lieu d'être. Il n'y avait plus de solitude.

Je sortis du stade à peine quelques minutes plus tard, dans le froid glacial. Je transplanai rapidement, me retrouvant Chemin de Traverse. Aussitôt, la musique entraînante et les rires enfantins m'assaillirent. Je levai les yeux vers les décorations de Noël, suspendues dans les airs. Vives. Chatoyantes. Brillantes.

En ce début de soirée, le Chemin de Traverse grouillait de vie et d'animation. Ici, un vendeur ambulant de marrons grillés, aux senteurs chaudes et boisées. Là, un joueur de flûte traversière, ensorcelant des rats, sous les cris ébahis des enfants. Là encore, un sapin illuminé, des feuilles de houx ensorcelées, des feux sorciers aux multiples formes et couleurs. Tout ne semblait être que chaleur et joie. Dans cette attente si particulière propre à Noël. Les vitrines des magasins étaient plus lumineuses et colorées que jamais, pleine de guirlandes et de sapins de Noël.

Je rabattis mon capuchon sur mon visage, peu désireux de créer une émeute, et me dirigeai rapidement vers le magasin qui m'intéressait. Bertie Crochue : Surprises & Gourmandises. Je souris en entrant dans la boutique. Les odeurs sucrées me rappelaient des souvenirs insouciants. Lointains. Très lointains. Je passais souvent ici depuis la levée de mon isolement. Je pris un petit paquet de Dragées Surprises, le payai et ressortis presque aussitôt. Avant de transplaner.

J'atterris devant l'appartement de ma mère et frappai à la porte. Un bruit de cavalcades retentit à l'intérieur, entrecoupé d'éclats de rires. Ces rires, je les connaissais par cœur. Celui de ma mère, clair et retenu. Et celui de Luka, pur et enfantin. La porte s'ouvrit sur ce dernier et je souris. Il ressemblait à sa mère. Enormément.

« Drago ! », s'exclama-t-il avant de me sauter au cou.

Je le soulevai dans les airs, provoquant un nouvel éclat de rire. Comme pour sa mère, je ne me lassais pas de ses rires.

Je savourai un instant son souffle rapide contre ma joue et ses boucles brunes s'emmêlant aux miennes. L'étreinte de ses petits bras autour de mon cou. Ma mère me sourit. D'un sourire étrange qu'elle arborait souvent ces temps-ci. Un sourire que je ne lui connaissais pas. J'embrassai sa joue froide et entrai dans son petit appartement, Luka dans mes bras.

« Comment va Maylen ? », demanda ma mère tandis que nous nous asseyions sur le canapé.

Luka posa sur moi ses grands yeux verts. Brillants. Anxieux. Je souris, rassurant.

« Très bien. Le médicomage repassera après Noël pour peut-être lever son isolement… », affirmai-je.

Luka tressaillit et son sourire se figea. Je compris aussitôt mon erreur. Après Noël.

J'extirpai de ma poche le petit paquet de chez Bertie Crochue et le lui tendit. Pour détourner son attention. Il sourit, gourmand, et battit des mains. Mission accomplie.

Je renversai les Dragées Surprises sur la table et en piochai une. Luka m'imita. Après avoir échangé un coup d'œil complice, nous croquâmes en même temps dans la petite bille de sucre. Ce jeu innocent, ces Dragées, cette attente craintive, cette incertitude quant au goût du bonbon…Autant de souvenirs lumineux de mon enfance obscure. Combien de fois avais-je partagé ces sucreries envoyées par ma mère avec Blaise et Pansy. Pansy gagnait immanquablement, dénichant toujours les bonnes Dragées. Blaise avait moins de chance. Moi, encore moins.

Je grimaçai sous le goût d'épinard qui assaillit mes papilles et déglutis péniblement, écœuré. Luka me jeta un regard moqueur avant de m'adresser un sourire triomphant.

« Framboise. », jubila-t-il.

« Epinards. », râlai-je.

Il rit aux éclats, son rire déclenchant le mien. Puis, il avança sa petite main pour piocher une nouvelle Dragée. Son regard me défia et j'en saisis une à mon tour en soupirant. A nouveau, je grimaçai.

« Chocolat. », fit-il.

« Poubelle. », grommelai-je.

Je souris pourtant. Parce que j'adorais ce petit jeu devenu routinier. Ce moment de complicité si unique chaque soir. Les éclats de rire de Luka et ces regards brillants vers moi. Son petit corps qui se blottissait contre le mien lorsque, immanquablement, le sommeil venait le faucher. Sa respiration alors paisible et son air serein.

Ma mère vint s'asseoir près de nous, une tasse de thé fumante à la main. Imperturbable, elle glissa une main immaculée dans les boucles brunes de Luka, endormi. Puis, elle me sourit.

« Sa mère lui manque. », souffla-t-elle.

« Je sais. »

« Il espérait passer Noël avec elle. »

J'acquiesçai. Noël. Cette fête familiale que nous n'avions jamais vraiment fêtée. Ce partage, cette chaleur, cette joie, je ne les avais jamais connu. Mais avions-nous un jour été une vraie famille ? Au-delà de la peur et de la menace qui nous avaient obligés à resserrer nos rangs.

Je caressai du bout des doigts la main de Luka crispée sur mon pull. Si petite. Je regardai les lumières vives du sapin de Noël que ma mère et lui avaient dressé au centre de la pièce. Bancal. Avant de me redresser brusquement, pris d'une soudaine inspiration.

« Il y a peut-être un moyen. »

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Noël était là. Je détestais Noël. Ce qui n'était visiblement pas le cas de Maylen, qui s'agitait autour de moi et pépiait à tout-va depuis son réveil. Malgré cette excitation volubile, je savais pertinemment que cette date la rendait mélancolique.

C'était le premier Noël qu'elle passerait loin de son fils. Tout tenait en ces mots. L'explication du léger tremblement de ses doigts, de l'éclat de tristesse dans ses yeux, et de quelques-uns de ses sourires forcés. Alors qu'elle ajustait nerveusement une guirlande sur le sapin illuminé, je saisis sa main et l'entraînai avec moi sur le canapé, mettant fin à ses va-et-vient incessants et faussement affairés.

« Maylen, arrêtes une minute, tu veux ? »

« Quoi ? », souffla-t-elle.

« Tu n'as pas besoin de faire semblant avec moi. », murmurai-je en écartant une mèche de cheveux de son visage.

Je vis ses yeux se remplir de larmes, qu'elle lutta pour retenir.

« Je sais qu'il te manque. », ajoutai-je.

Elle se mordit la lèvre et les larmes coulèrent librement sur ses joues alors que son regard accrochait le mien, me serrant le cœur. Je détestais la voir pleurer.

J'essuyai aussitôt ses larmes une à une avec mes pouces, caressant la peau douce de son visage. Je lui murmurai des paroles. Inconnues jusqu'alors. Des paroles classiques. Vides de sens. Effrayantes de banalité.

Finalement, je la serrai contre moi. J'avais toujours été plus doué pour les gestes que pour les mots. Elle se calma rapidement, reprenant le contrôle d'elle-même.

« J'ai un cadeau pour toi. », annonçai-je au bout de quelques minutes.

Aussitôt, elle se crispa et grimaça.

« Ca ne m'a presque rien couté. », affirmai-je, devançant ses protestations véhémentes.

Elle fit la moue un moment avant de m'interroger du regard. Emportée par la curiosité. Je souris, mystérieux.

« Ah, ah ! », lançai-je sur un ton théâtral, qui la fit sourire.

Face à ce sourire, je continuai mes pitreries, heureux de la sortir pour un temps de sa mélancolie. Je n'aurais jamais fait çà pour quelqu'un d'autre. Je n'avais jamais été d'un naturel comique. Bien au contraire. Faire rire les gens, çà n'avait jamais été mon truc, même pour les réconforter. Et puis, je me fichais pas mal de leurs problèmes. Mais elle, j'aurais tout donné pour entendre son rire clair et lumineux. Tout. J'aurais été capable de danser la rumba au milieu de ce salon s'il avait fallu. Elle me rendait complètement taré.

« Il va falloir que tu attendes quelques minutes. », murmurai-je, toujours aussi mystérieux.

« Mais tu peux quand même me dire ce que c'est… », insista-t-elle, dans une réaction enfantine incontrôlée.

« Bien sûr que non, puisque c'est une surprise ! En attendant, tu n'as qu'à m'offrir mon cadeau ! »

Je la vis pâlir avant de rougir violemment, les yeux écarquillés.

« Drago, tu sais bien que…Je n'ai pas pu…Je… », bégaya-t-elle.

Je souris. Elle était si naïve. Trop.

« Je sais. Je plaisantais. », la rassurai-je.

Elle soupira bruyamment et j'éclatai de rire.

« Cependant… », repris-je. « J'ai bien une petite idée de ce que tu pourrais m'offrir. Quelque chose dans tes moyens et sur place. »

« Tout ce que tu veux… », s'exclama-t-elle aussitôt.

Un sourire carnassier étira mes lèvres à ces paroles et elle pâlit, prenant conscience de la portée de ses mots. La pendule résonna à mes oreilles de son doux tintement, évitant à mon esprit de dériver vers de dangereuses pensées. Dans lesquelles Maylen aurait été plus qu'impliquée.

« Je vais réfléchir à çà…En attendant, c'est l'heure de ton cadeau. »

Je me levai, l'entraînant avec moi vers la cheminée. J'enlaçai doucement sa main, entrelaçant ses doigts aux miens et les serrant doucement. Avant de me pencher vers son front pour l'embrasser doucement. Ma main glissa dans ses cheveux, s'y attardant un peu trop, comme toujours. Me délectant de sentir ses mèches soyeuses couler entre mes doigts. Elle me lança un regard étonné et je souris.

« Joyeux Noël… », soufflai-je avant de me détourner légèrement.

Je murmurai un sort en direction des flammes qui crépitaient doucement dans l'âtre. Je souris en observant Maylen à la dérobée. Les sourcils froncés, elle affichait un air concentré, semblant chercher en quoi consistait exactement cette nouvelle fantaisie de ma part. Soudain, un rire d'enfant résonna dans la pièce, depuis la cheminée. Un rire qu'elle aurait reconnu parmi des milliers. Elle tourna vers moi son regard clair. Incrédule.

« Tu as fait relier ta cheminée au Réseau de Cheminette ? », s'exclama-t-elle, tremblante.

J'acquiesçai, ravi.

« Seulement pour une petite heure. », précisai-je.

Elle hocha la tête et je retournai m'asseoir sur le canapé, tandis qu'elle penchait son visage dans les flammes. J'entendis le cri de joie de Luka et les exclamations enchantées de ma mère. Et je passai l'heure qui suivit à observer Maylen. L'entendre raconter mille et une histoires à son fils. Rassurer cent fois ma mère sur son état de santé. Ecouter son rire devant les pitreries de Luka. Sa voix tremblante lorsqu'elle lui souhaita un joyeux noël. Regarder ses mèches de cheveux jouer dans son dos, s'entremêlant doucement les unes aux autres à chacun de ses mouvements de tête. Voir ses mains tracer des cercles imaginaires pour accompagner ses paroles enthousiastes. Son corps frêle et magnifique allongé à même le carrelage froid sur lequel j'avais jeté un sort de chauffage sans même qu'elle s'en rende compte. Son ventre qui se tressautait lorsqu'elle riait. Sa poitrine qui se soulevait régulièrement au rythme de ses respirations paisibles. Ses pieds qui jouaient l'un sur l'autre, s'emmêlant. Je pouvais apercevoir une petite partie de sa joue veloutée alors que les flammes léchaient son visage et je me délectai de la beauté de cette infime parcelle de peau.

L'heure passa sans que je m'en rende compte, trop captivé par le spectacle qu'elle offrait à mes yeux insatiables. A nouveau, ce fut la pendule qui me tira de mes pensées. Ce réseau de connexion que j'avais eu tant de mal à obtenir, le Manoir étant trop éloigné de tout, allait bientôt se rompre. J'appelai doucement Maylen. Je vis son corps se raidir, m'indiquant qu'elle avait compris. Je l'entendis faire ses adieux à son fils d'une voix tremblotante. Puis, le charme se rompit et elle sortit son visage bouleversé des flammes. Elle se releva, chancelante, et je me précipitai presque à ses côtés tant elle me parut vulnérable en cet instant.

Elle leva vers moi un regard trouble pour finalement baisser la tête et poser son front contre mon torse. Ses bras glissèrent sous les miens pour m'enlacer aussi fort qu'ils le pouvaient. Je passai à mon tour mes bras autour d'elle, et nous restâmes là, immobiles de longues minutes. Enfin elle releva la tête et me murmura un simple merci. J'embrassai le haut de son crâne et l'entraînai vers le canapé où nous nous affalâmes l'un après l'autre.

Elle se blottit contre moi et je caressai ses cheveux. Je ne sais pas combien de temps nous restâmes ainsi, mais j'aurais pu y rester des jours entiers. A savourer une paix telle que je n'en avais jamais connu. Un bonheur que je croyais impossible. Un bonheur que je savais pourtant éphémère car son isolement ici aurait une fin, et elle retournerait à sa vie, avec son fils et ma mère. Une fille comme elle ne pouvait pas rester avec moi. Ne devait pas rester avec moi. J'aurais eu tôt fait de la détruire. Elle était lumière comme j'étais ténèbres. Elle était la vie comme je restais enchaîné aux fantômes du passé. Elle était l'espoir alors que je n'étais que le pâle rappel d'un monde cruel. Je ne devais pas m'attacher ainsi à elle.

Je glissai une nouvelle fois ma main dans ses boucles aux reflets fauves et soupirai.

Il était trop tard pour de tels raisonnements. Beaucoup trop tard.

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La journée passa doucement. Nous reprîmes nos parties d'échecs puis de cartes. Je m'amusai à métamorphoser une pièce du jeu d'échecs en souris mais cette dernière arborait immanquablement un pelage de bois. Je soupirai comme Maylen éclatait de rire. La vieille McGo s'en serait arraché son chignon si elle avait vu çà. Maylen lança le sort à son tour et une souris d'un blanc immaculé se mit à couiner dans ma direction sur la table. Elle me jeta un sourire éblouissant et je soupirai à nouveau, l'air faussement dépité.

« Comment étaient tes Noëls, avant ? », murmura-t-elle alors que sa tête reposait sur ma cuisse et que ma main jouait dans ses cheveux étalés sur mes jambes. Parcourus de reflets fauves. Chauds. Magnifiques.

« Avant quoi ? »

« Avant la guerre, Drago. »

« Noël n'était pas vraiment différent des autres jours pour moi. Mon père ruminait après Potter, et hurlait après les elfes de maison, ma mère se terrait dans sa chambre… »

« Et toi, que faisais-tu ? »

« Je dansais la farandole au milieu du salon ! »

« Drago ! »

« D'accord. Je restais dans ma chambre en me répétant que j'aurais mille fois préféré être à Poudlard. Quand bien même cela impliquait de croiser Potter chaque jour. Et puis j'attendais le soir. Mes parents donnaient toujours une grande réception. Je passais la soirée à me moquer de tous ces adultes si clinquants et arrogants avec Blaise, Pansy et Théo. »

« Et après ? »

« Après, la guerre est arrivée et il n'y a plus eu de Noëls du tout. », conclus-je, amer.

« Et aujourd'hui ? »

Mes yeux glissèrent sur son visage. Son regard si pur sembla me transpercer. Je caressai son front, et elle ferma les yeux. Je sentis sa peau frémir sous mes doigts.

« Aujourd'hui est mon meilleur Noël. », soufflai-je d'une voix mal assurée.

Je me penchai vers elle alors que mes mots résonnaient dans ma tête. Mes lèvres se posèrent sur les siennes, les effleurant tout juste.

« Mon meilleur Noël. », répétai-je tout contre sa bouche.

Mon meilleur Noël.

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J'observai les flammes crépitant doucement au creux de l'âtre, projetant de doux reflets orangés sur les murs immaculés de la pièce faiblement éclairée. Le jeu d'échecs s'étalait sur la table basse et les cartes étaient éparpillées sur le divan, à mes côtés. Les pas légers de Maylen résonnèrent dans le couloir. Aériens. Je ne bougeai pas. Elle s'approcha de moi, une tasse fumante entre les mains. Je croisai son regard gourmand et devinai son contenu avant d'en avoir senti les effluves. Sucrées. Chocolatées. Je souris.

« Tu ne m'as toujours pas dit, pour ton cadeau… », souffla-t-elle.

Mon sourire s'élargit.

« Tu as promis de m'offrir tout ce que je voulais ? »

« Dans la mesure du possible… », avança-t-elle prudemment

« Je suis certain que c'est dans tes cordes. », assurai-je.

Elle déposa sa tasse sur la table, et me jeta un regard interrogateur, haussant les sourcils. La faible lueur de l'âtre et du sapin illuminé ornait ses cheveux de reflets fauves et sauvages, et faisaient briller ses yeux clairs. Je tendis la main pour saisir la sienne. Mon pouce traça des cercles imaginaires dans le creux de son poignet, et elle frissonna aussitôt. Je plongeai mon regard dans le sien.

« Un baiser, Maylen… », murmurai-je d'une voix basse.

Ses yeux s'agrandirent de surprise mais elle ne les détourna pas.

« Mais… », protesta-t-elle.

« Je veux que tu m'embrasses. », précisai-je en l'attirant plus près de moi.

Son corps mince vint se caler entre mes jambes, et je couvris aussitôt ses hanches de mes mains. Elle eut un hoquet de surprise. Puis se pinça les lèvres, avant de les mordiller doucement. Hésitante. Finalement, elle soupira, et je souris à nouveau. Gagné.

Elle leva une main tremblante et la porta à mes cheveux, les caressant un instant. Puis, elle se pencha lentement vers moi, approchant son visage du mien. Je sentis son souffle léger balayer mon front. Puis ses lèvres se posèrent délicatement sur les miennes. Je me fis violence pour ne pas bouger. Je voulais qu'elle prenne l'initiative. Qu'elle mène la danse. Qu'elle ait le contrôle.

Ses lèvres bougèrent contre les miennes. Hésitantes. Puis plus insistantes. Elle fit courir sa langue contre mes lèvres et je les entrouvris légèrement. Elle attendit un instant avant de glisser sa langue dans ma bouche.

Et comme à chaque fois, je perdis le contrôle. Nous perdîmes le contrôle. Mon pouls battit à mes oreilles et je resserrai mon étreinte sur ses hanches fines. Sa main se crispa dans mes cheveux. Presque douloureuse. Ma langue rencontra la sienne, et reprit le pouvoir. Sensuelle et exigeante. Elle gémit dans ma bouche, et ce son résonna en moi. Délicieux. M'embrasant.

Et comme toujours, c'est elle qui s'écarta la première. Sa main retomba sur mon épaule et elle s'éloigna légèrement, rompant le baiser. Quelques secondes, la pièce ne résonna que de nos souffles erratiques. Désordonnés. J'ouvris les yeux le premier pour rencontrer son visage rougi encadré de ses mèches brunes, ses yeux clos et ses lèvres entrouvertes. Ses yeux s'ouvrirent et je plongeai dans son regard anthracite. Doucement, elle sourit et je me retins d'aller effleurer ses fossettes malicieuses.

« Joyeux Noël, Drago… », murmura-t-elle.

Et, dans un mouvement impulsif, elle se pencha à nouveau vers moi, effleurant mes lèvres à nouveau, en un baiser fugitif et aérien. Adorable.

Mon Meilleur Noël. Sans aucun doute possible.

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« Fais attention à lui ! Et couvre-le bien ! Et… »

« Oui, Maman ! », l'interrompis-je presque sèchement. Exaspéré.

Elle se renfrogna et nous céda le passage. Luka glissa sa main dans la mienne et nous poussâmes le même soupir de soulagement lorsque la porte se referma derrière nous. Nous échangeâmes un regard complice, et un sourire.

« Prêt ? », lançai-je.

Sa main agrippa un peu plus la mienne. Comme sa mère, il n'aimait guère le transplanage d'escorte. Je souris et le soulevai dans mes bras avant de transplaner. Nous atterrîmes devant le stade, et il poussa aussitôt un petit cri émerveillé. Je le déposai à terre et il trottina à mes côtés, ses babillages interrompus un moment.

Nous pénétrâmes dans le stade et j'ignorai le regard curieux du concierge, entraînant Luka vers les vestiaires. Ses yeux étaient agrandis d'émerveillement, comme pour ne rien louper du décor l'entourant. Les lèvres entrouvertes, ébahi, il ne quittait pas ma main. Luka était fascinant dans sa fascination.

Je l'installai sur le banc du vestiaire le temps de passer une tenue d'entraînement. Il en caressa le bois froid du bout des doigts.

Je saisis mon balai et resserrai son écharpe autour de son cou, avant de l'entraîner sur le terrain. Il s'arrêta juste au bord de la pelouse, comme s'il n'osait pas y pénétrer. Levant les yeux vers les tribunes et les anneaux d'or. Impressionné. Je lui tendis la main, et il bondit vers moi en souriant. Je le hissai devant moi sur le balai et frappai le sol du pied. Aussitôt, nous prîmes de l'altitude. Je resserrai mon étreinte sur son petit corps.

« Accroche-toi bien ! », lançai-je avant d'amorcer une descente en piqué.

Il poussa un petit cri avant d'éclater de rire, ravi. Je recommençai l'opération plusieurs fois, avant de passer entre les anneaux dorés, qu'il put toucher du bout des doigts. Tremblant.

Bien plus tard, assis chez Fortarome devant un chocolat et un café brûlant, il me détaillait encore minutieusement chacun de nos mouvements de vol. Je souris. Attendri. Il en fallait si peu pour l'émerveiller.

Soudain, il s'interrompit. Il me fixa de ses yeux émeraudes avant de poser la question qui le taraudait visiblement depuis un moment :

« Tu resteras avec Maman quand elle sera guérie ? »

Je tressaillis.

« Si elle veut bien de moi… », commençai-je prudemment.

« Mais toi, tu voudras rester avec elle ? », insista-t-il.

J'inspirai profondément. Je n'étais pas habitué à ça. Regarder vers l'avenir. Faire des projets. J'avais appris à ne me soucier que du présent. Par la force des choses. Habitude tenace. Je plongeai dans le regard brillant de Luka, et soupirai.

« Oui… », laissai-je échapper du bout des lèvres. A peine audible.

Le sourire de Luka s'élargit, plus éblouissant que jamais.

« Maman sera contente si tu restes avec elle. », affirma-t-il.

« Vraiment ? »

Il acquiesça, prenant un air sérieux.

« Elle regarde toujours ta photo quand on passe près du kiosque à journaux. Et elle sourit. »

Ce détail fit battre mon cœur un peu plus fort. Inexplicablement.

« Et moi aussi, je serais content si tu restes avec nous. », poursuivit-il. « Je t'aime bien. »

Je souris à cet aveu tout enfantin. Touchant.

« Moi aussi, je t'aime bien, Luka. »

C'était une des rares déclarations que j'avais pu faire. Une des plus vraies aussi.

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Lorsque je rentrai au Manoir, la nuit était tombée depuis longtemps. Noire. Profonde.

Pousser cette grille sombre. Arpenter l'allée étroite. Sentir les graviers crisser sous chacun de mes pas. Franchir la lourde porte d'entrée. Tous ces gestes tant de fois accomplis. Tant de fois effectués. La peur au ventre. L'adrénaline pulsant dans mes veines. Les membres tremblants et la tête bourdonnante.

Aujourd'hui, c'était si étrange de refaire ces mêmes gestes, ces mêmes pas, le cœur léger. Presque impatient.

Le couloir était sombre, seulement éclairé des ombres fugaces des lumières du sapin de Noël s'échappant du salon. Un coup d'œil à ce dernier m'apprit qu'il était vide. Je montai rapidement les escaliers, prenant la direction de l'ancienne chambre de ma mère. Maylen était déjà couchée.

Depuis le seuil, je passai quelques minutes à détailler sa frêle silhouette sous les draps. Elle était recroquevillée sur elle-même. Si petite. Si fragile.

Je soupirai en me déchaussant pour m'allonger près d'elle. Mes mains coururent sur son épaule dénudée. Je souris en voyant qu'elle portait un de mes tee-shirts d'entraînement. J'adorais ça. Je descendis le long de ses bras jusqu'à ses poings serrés. Prêts à combattre un adversaire imaginaire ou des ennemis passés. Ceux qui hantaient si souvent ses nuits, la privant d'un sommeil réparateur.

Elle bougea légèrement lorsque je dépliai délicatement ses doigts un à un. J'embrassai la peau douce de son épaule, m'enivrant de l'odeur fruitée de ses boucles brunes. Elle soupira et se retourna vers moi. Une de ses jambes vint s'emmêler aux miennes. Machinalement. Et je plongeai dans ses yeux clairs, brillants dans l'obscurité. Elle entrouvrit la bouche, amorçant une question à laquelle je répondis avant même qu'elle ne l'ait posé.

« Luka va très bien. », assurai-je.

Elle sourit, aussitôt apaisée.

« Il a de bons réflexes. Il fera un excellent joueur. », fis-je en esquissant un sourire.

Elle se figea fronçant les sourcils.

« Tu…Tu l'as emmené au stade ? », murmura-t-elle, incrédule.

J'acquiesçai, mon sourire s'élargissant.

« Il a adoré. De toute évidence, il n'a pas hérité de ton vertige abominable ! Je l'emmènerais à un entraînement un de ces jours… », songeai-je à haute voix.

Elle vint se blottir contre moi, et je m'interrompis. Ses boucles brunes chatouillèrent mon visage, joueuses.

« Merci, Drago. », murmura-t-elle au creux de mon oreille. Son souffle caressant la peau de mon cou, me faisant tressaillir.

Je sentis ses lèvres effleurer l'angle de ma mâchoire. Douces. Tendres. Ses mains glissèrent dans mes cheveux comme je plongeai dans son cou immaculé. Presque luminescent dans la pièce sombre. J'embrassai sa clavicule et mes mains se faufilèrent sous son tee-shirt. Avides. Affamées. Palpant son ventre plat. Jouant sur son nombril. Glissant au creux de ses reins. L'amenant plus près de moi. Toujours plus près. Collant son corps au mien. Suivant la ligne saillante de sa colonne vertébrale. Se posant entre ses omoplates. Effleurant ses bras. Englobant ses seins. Au rythme de ses soupirs, de ses halètements, de ses gémissements.

Ses doigts glissèrent dans ma nuque, jouant sur les muscles de mon dos, de mon ventre, de mon torse. Timides. Aériennes. Délicates et délicieuses.

Je m'emparai de ses lèvres, l'entraînant dans un baiser brûlant. Elle gémit doucement, s'arquant contre moi. Sa poitrine s'écrasa contre la mienne. Douce. Désirable. Sa main s'emmêla dans mes cheveux, s'agrippa à ma nuque.

Je descendis vers ses cuisses, glissant sous l'élastique de sa culotte. J'effleurai à peine sa fine toison intime. Et elle m'échappa. Elle se figea et s'extirpa de mon étreinte. Elle roula jusqu'au bout du lit, me fixant, haletante. Je serrai les poings. Frustré. A nouveau.

« Je… », commença-t-elle d'une voix tremblante. Elle déglutit péniblement. « Je suis désolée. », souffla-t-elle.

Ces mots eurent un accent de déjà-vu. Réminiscence amère.

Je soupirai, lui faisant signe de s'approcher. Elle eut un instant d'hésitation et mon cœur se serra. Douloureusement.

« Ce n'est rien. Reviens ici… », murmurai-je.

Et elle revint finalement vers moi. Je l'enlaçai doucement avant de remonter la couverture sur nous, nous enveloppant dans sa chaleur.

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Je sortis du stade, les cheveux encore humides. Une silhouette familière était adossée à la porte. Je reconnus immédiatement la large carrure et le visage chocolat illuminé d'un large sourire. Le plus large que je connaisse.

« Blaise ! », m'exclamai-je, en l'étreignant.

« C'est bon de te revoir, mon vieux ! », s'écria-t-il. « Quoique j'exige des explications détaillées quant à cette histoire d'isolement médical à dormir debout ! »

Je souris. Blaise m'avait manqué. Son ironie. Son enthousiasme. Son rire.

« Tu te souviens de la femme de ménage qui avait remplacé Ellen ? »

Il fronça les sourcils un instant, avant que ses yeux ne s'élargissent de surprise. Il me regarda, bouche bée.

« Non ? »

« Si… », rétorquai-je. « Allez viens, je te paye un verre pour te raconter… », ajoutai-je devant son air ahuri.

Je saisis son bras pour transplaner et nous atterrîmes devant un pub que nous avions l'habitude de fréquenter. Pourtant, il me sembla que je n'y avais pas mis les pieds depuis une éternité.

A cette heure, l'endroit était désert. Nous nous installâmes au comptoir et je commandai deux Whisky-Pur-Feu tandis que Blaise me pressait de questions. Je lui racontai rapidement mon histoire avec Maylen.

« Quoi ? », beugla-t-il au bout d'un moment. « Tout ce temps, et tu ne te l'es toujours pas tapée ? »

Je lui lançai un regard furieux, ses mots accentuant un peu plus ma frustration. Lancinante. Il me regarda, incrédule.

« J'y crois pas… »

Il prit une gorgée de Whisky et je l'imitai.

« Mais cette fille…Tu es sûr qu'elle ne profite pas de toi ? Je veux dire…Elle est quand même nourrie, logée, blanchie…Tu l'as sorti d'un taudis. J'imagine qu'elle ne veut pas y retourner. Tu es sûr qu'elle ne te fait pas mariner ? »

Je secouai la tête.

« Ce serait une sacrée actrice… »

Malgré tout, les paroles de Blaise s'insinuaient doucement en moi. Insidieuses. Empoisonnées. Empoisonnantes. Je finis rapidement mon verre et le reposai sur le comptoir en un claquement.

« Je dois y aller. »

Il acquiesça.

« Et envoie-moi un hibou avant deux semaines. Histoire que je sache si tu es toujours vivant autrement que par la presse à scandales... », ironisa-t-il.

« Promis. », fis-je vaguement.

Il sourit.

« La parole d'un Serpentard ne vaut rien, mon cher, c'est bien connu… »

« La parole d'un ami, dans ce cas… », murmurai-je en souriant à mon tour.

« J'attends ton hibou avant trois jours, dans ce cas ! »

Je ris franchement avant de sortir du bar pour transplaner.

Lorsque je poussai la porte du Manoir, Maylen était dans le couloir, se dirigeant visiblement vers les cuisines. Elle sourit en me voyant, ses fossettes creusant ses joues. Je m'approchai. Prédateur. Son sourire s'élargit.

« Bonsoir. », fis-je.

« Bonsoir… », chuchota-t-elle.

Je me penchai pour effleurer ses lèvres invitantes. Elle passa aussitôt la main dans mes cheveux et mes doigts agrippèrent sa hanche. Machinalement. J'approfondis le baiser. Enivré. Sa main glissa sur ma nuque. Un simple geste. Qui m'électrisa.

Le désir était là. Etouffant. Ecrasant. Attisé par le moindre geste, la moindre caresse, le moindre gémissement. Je la plaquai au mur et glissai ma main dans son bermuda. Elle se crispa, mais le mur l'empêcha de m'échapper. Pas cette fois. Pas encore une fois.

« Drago… », souffla-t-elle.

Je repris ses lèvres, et mes doigts passèrent sous sa culotte. Ses mains accrochèrent mes bras, et elle rompit brutalement le baiser, sa tête heurtant le mur derrière elle.

« Drago, non… »

Les accents de terreur empruntés par sa voix me firent reprendre conscience. Je me figeai, avant de reculer d'un pas, hagard. Et la frustration m'assaillit, plus dévorante que jamais. Le poison se libéra alors. Sournois. Les paroles de Blaise résonnèrent dans mon esprit. Perfides.

Et les mots franchirent mes lèvres avant que je puisse les retenir. Dictés par le désir refoulé. Encore et encore.

« Alors quoi, tu crois qu'en me repoussant à chaque fois, tu pourras rester ici plus longtemps ? »

Elle se recula comme si je l'avais giflé. Toute couleur sembla quitter son visage, plus pâle que la mort, et elle vacilla dangereusement, se rattrapant au mur derrière elle. Elle planta son regard dans le mien et je détournai les yeux sous la déception qui y brillait.

« Je rentre chez moi. Immédiatement. », articula-t-elle d'une voix blanche.


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Ben oui, fallait bien que ça merdouille un jour, hein…

J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu. En tout cas, je suis impatiente de lire vos avis ! (Que j'espère nombreux, étant donné que la majorité d'entre vous est en vacances…tandis que MOI, je reprends le boulot demain…Arrrgh !)

Biz & à bientôt.

Temperance.