Lorsque l'un des serviteurs de Meduseld fut venu le chercher Susan et lui, Eomer sut tout de suite que quelque chose d'important était en train de se passer. Susan venait justement de lui raconter ce qui l'avait perturbé ces derniers jours. Le jeune prince qui s'inquiétait pour elle, fut enchanté de voir qu'elle lui faisait suffisamment confiance pour lui révéler ses troubles. Or, contrairement à ce qu'il s'attendait, la jeune reine lui avait raconté une sorte de vision, qui concernait le Gondor et ses terres.
Depuis qu'il avait rencontré Susan, Eomer s'était mis comme mission personnelle, de mieux la connaître et de savoir pourquoi, beaucoup de gens de son entourage, la voyait comme un espoir de gagner cette guerre contre Sauron. C'est donc en la regardant attentivement interagir avec les Rohirrims, avec quelques habitants d'Edoras ou bien de la voir se promener seule dans les jardins de Meduseld, que le Troisième Maréchal de la Marche compris ce qui faisait de Susan, une jeune femme digne d'être la Reine du Rohan. Tout d'abord, la jeune femme savait se battre, parfois mieux que certains de ses hommes, elle connaissait les difficultés d'avoir un peuple à satisfaire, de protéger ses terres, elle donnait de bons conseils d'après son expérience sur le trône. Susan était aussi une femme douce, intelligente, têtue, belle et compatissante. Mais lorsque Eomer observait la femme qu'il aimait, il ne pouvait s'empêcher de voir que parfois son regard dissimulait une profonde tristesse, elle ne se confiait pas beaucoup, si ce n'est à Elfhem ou bien Pippin.
C'est ainsi qu'Eomer resta quelques secondes sans voix, après que Susan lui ait raconté son rêve, avant d'être interrompu par le serviteur. Sans se rendre compte qu'ils se tenaient encore la main, les deux gens se dépêchèrent de se diriger vers la salle de réception, avant que Susan ne lâche la main du jeune homme, qui bizarrement sentit comme si la chaleur de son corps s'était évaporée.
Ce qui suivit leur retour dans la salle où quelques minutes plus tôt, se trouvait le banquet de victoire, laissa Eomer dans le flou total. La seule chose dont le prince héritier au trône pouvait se rappeler consistait à se renseigner sur la suite des évènements. Bien que son attention n'était pas totalement dans la conversation, il entendit quand même l'ordre que son oncle et roi venait de lui donner. Mais ce qui le ramena sur Terre, fut l'exclamation de surprise générale quand Gandalf annonça que Susan voyagerait avec Pippin et lui-même jusqu'en Gondor.
Une fois qu'il fut tiré de ses pensées, Eomer se dépêcha d'aller se changer, puis donna l'ordre à Elfhem de préparer ses hommes et les chevaux, pour leur départ imminent. Sans attendre la réponse d'Elfhem, Eomer se précipita vers les écuries royales, où il savait qu'il la trouverait.
Le jeune homme vit qu'elle s'était changée, portant désormais les vêtements qu'elle avait durant leur première rencontre.
- Lady Susan! L'interpella le jeune homme en s'approchant d'elle.
- Prince Eomer? S'étonna t-elle en fronçant les sourcils. Que faites-vous là? Ne devriez-vous pas être en route?
- Je ne pouvais pas partir sans vous dire au revoir. Répondit-il tristement en lui prenant la main. Pourquoi ne voulez-vous pas restez à Edoras, Eowyn sait être une très bonne hôte. Ajouta t-il plein d'espoir.
- Je suis désolée, mais je ne peux pas. Refusa t-elle poliment en retirant ses mains de celles d'Eomer. Je me dois d'y aller. Dit-elle gravement. Ne me retenez pas.
- Ce n'était pas mon intention. Dit-il en se reculant légèrement pour lui laissez la place de contourner Mufflin. Je sais que rien ni personne ne peut vous faire changer d'avis, ni vous inciter à renoncer.
- Merci. Lui dit-elle en souriant avant de monter sur Mufflin. Et rappelez-vous, Seigneur Eomer, ce n'est pas un au revoir.
- Qu'est-ce que c'est? S'étonna le jeune homme en la regardant sortir de l'écurie, pour rejoindre Gandalf.
- Je vous promet que l'on se reverra. Et plus tôt que vous ne le pensez. Dit-elle avec un grand sourire, avant de disparaître par les grandes portes de la cité.
Eomer la vit donc partir, avec l'espoir que leur séparation ne sera pas trop longue. Se rappelant qu'elle savait se défendre et qu'elle se trouverait en sécurité à Minas Tirith, le jeune héritier alla retrouver ses hommes qui l'attendaient. Sans perdre plus de temps, Eomer mit son casque, monta sur Firefoot et cria l'ordre d'avancer. Les portes de la capitale du Rohan s'ouvrirent de nouveau, laissant place à l'armée du Troisième Maréchal de la Marche.
Durant les heures qui suivirent leur départ d'Edoras, les Rohirrims parcoururent les plaines du Rohan, à la recherche d'hommes disponible à se battre pour leurs terres. Elfhem était parti d'Edoras en promettant à Brynwyn de revenir et de ne pas s'inquiéter pour Lady Susan. Mais bien que le jeune homme savait que son amie pouvait se défendre toute seule, cela ne l'empêchait pas d'être inquiet. Tout comme l'étaient le reste des Rohirrims qui avaient appris le départ de Susan après qu'ils soient sortis d'Edoras. Elfhem connaissait Susan aussi bien que le jeune héritier, mais il avait découvert au fil des jours, depuis leur retour de l'Isengard, que sa jeune amie éprouvait des sentiments à l'égard de son futur roi et que ces sentiments étaient partagés. Or, aucun des deux n'avait fait le premier pas, et Elfhem redoutait que cette séparation, ne soit une raison de plus pour que Susan et Eomer ne se revoient jamais. Secouant la tête, Elfhem se reconcentra sur la mission que le roi Théoden leur avait donné, trouver le plus d'hommes possible, près à livrer bataille en Gondor.
Eomer était installé autour du feu de camp que l'un de ses cavaliers avait fait, perdu dans ses pensées. Cela faisait maintenant deux jours qu'ils étaient partis d'Edoras, et les Rohirrims n'avaient seulement trouvé un millier d'hommes près à se battre. Découragé, le jeune homme se leva, répéta à ses hommes « bonne nuit », avant qu'il n'aille se coucher, inquiet de l'issue que sera la bataille en Gondor.
Le lendemain matin, une fois le camp levé, les Rohirrims prirent la direction de la frontière du Gondor, là où les attendait l'armée du Rohan et de leurs alliés. Eomer se trouvait en tête, Elfhem à ses côtés, un peu à distance des autres. Le second se tourna vers son prince, le visage reflétant le sérieux de la situation.
- Croyez-vous que les autres villages ont réussi à avoir des hommes? Demanda Elfhem en regardant Eomer qui se tourna pour lui faire face.
- Honnêtement Elfhem? Demanda l'héritier. Je ne crois pas. Après tout, nous avons perdu beaucoup d'hommes au Gouffre de Helm.
- Mais tout espoir n'est pas perdu, n'est-ce pas? Murmura Elfhem le regard dans le vide.
- Pour le moment, nous devons garder espoir. Le Porteur de l'Anneau est notre seul espoir. Répondit le prince, tristement. Mais je continuerai de me battre, jusqu'à mon dernier souffle, Elfhem.
- Moi aussi. Sourit-il en hochant la tête. Je me demande ce qu'il se passe au Gondor.
- Moi aussi. Murmura Eomer, ses pensées tournées vers une jeune reine aux yeux bleus.
- Monseigneur, je sais que je ne devrais pas, mais puis-je vous poser une question? Se risqua son compagnon.
- Voyons, Elfhem, tu es mon ami, je croyais que cela était déjà établi, après que tu m'aie sauvé la vie. Répliqua Eomer en souriant.
- Je ne pensais pas... après tout tu va devenir le prochain roi. Répliqua le jeune homme, en rougissant.
- Je serais peut-être roi, mais cela ne doit pas t'empêcher de me voir comme un ami, enfin, c'est ainsi que je te vois. Lui fit comprendre Eomer en souriant. Quelle est ta question?
- Aimes-tu Lady Susan? Demanda directement Elfhem, ce qui stoppa Firefoot, surprenant le reste de la cavalerie derrière eux.
- Quoi? S'exclama Eomer, devenant pâle. Est-ce que cela se voit tant que ça? Demanda t-il en voyant le sourire que lui lançait Elfhem.
- Oh que oui. Je crois que lors du banquet, tout le monde s'attendait à une déclaration. Sourit Elfhem avant de rigoler en voyant l'air perdu que faisait Eomer.
- Je ne sais pas quoi te dire. Fut tout ce que réussit à sortir Eomer avant que Firefoot ne reparte.
- Je vais te confier ce que j'en pense. Fit alors Elfhem sans perdre son courage. Lady Susan t'aime aussi, mais elle a peur de ses sentiments, parce qu'elle ne pense pas rester en Terre du Milieu. Ce dont Lady Susan est effrayée, n'est pas te t'aimer, mais de retourner chez elle, le cœur brisé. Lui expliqua Elfhem sérieusement.
- Comment le sais-tu? S'étonna Eomer en le regardant sourire. C'est Lady Susan qui te l'a dit?
- Non, mais j'en sais un peu plus que les autres. Lorsque Théodred et moi l'avons trouvé, elle nous a raconté d'où elle venait, sa famille. Mais quand elle a commencé à nous parler de son deuxième voyage à Narnia, elle a mentionné un certain Caspian. Raconta Elfhem durant le chemin, Eomer attentif à tout ce qu'il disait.
- Caspian? Répéta Eomer, de la jalousie dans la voix.
- Oui, Lady Susan et ses frères et sœurs sont retournés à Narnia pour pouvoir mettre sur le trône Caspian, d'après la demande d'Aslan. Durant nos discussion avec Lady Susan, j'ai remarqué que son regard laissait apercevoir de la tristesse, comme si elle avait perdu un être cher.
- Mais tu ne sais pas si cette personne était Caspian, Elfhem. Lui rappela Eomer, pensant avoir raison.
- Exacte, mais il y a plusieurs jours de cela, j'ai entendu une conversation entre ma sœur et Lady Susan. Elle racontait à Brynwyn qu'elle avait dû renoncer à l'amour qu'elle éprouvait pour Caspian, parce qu'Aslan les renvoyait chez eux. Lady Susan, lui a révélé que durant plusieurs mois, elle n'avait pas eu le goût de la vie. Continua Elfhem, tristement. Mais son amour envers Narnia et Aslan, était pour fort que celui qu'elle avait pour Caspian. C'est comme ça qu'elle a pu retrouvé sa joie de vivre.
- Crois-tu que son amour pour Aslan et son pays, est plus fort que celui qu'elle pourrait éprouver pour moi? Demanda Eomer, une fois l'histoire terminée.
- Je ne sais pas. Peut-être que d'être séparés vous fera le plus grand bien. Répondit Elfhem incertain.
Le reste du voyage se passa dans le silence, surtout pour Elfhem et Eomer, qui restèrent perdus dans leurs pensées. Ce ne fut qu'au bout de leur quatrième jour depuis être partis d'Edoras, que l'armée de Eomer parvint au point de rendez-vous, Dunharrow. Lorsque le prince héritier passa les différentes troupes d'Hommes du Rohan, il remarqua que le nombre était insuffisant face à l'armée du Mordor qui se préparait à attaquer le Gondor. Il vit au loin, au sommet de la colline son oncle et Aragorn qui regardaient eux aussi les Hommes qui s'étaient rassemblés en l'espace de trois jours. Eomer atteint le reste de la Compagnie, descendit de Firefoot, et se dirigea vers Aragorn qui l'accueillit avec un petit sourire triste.
- Content de vous revoir, Seigneur Eomer. Lui fit Aragorn en donnant une accolade avant de se reculer légèrement.
- Combien d'Hommes? Demanda Eomer en regardant Aragorn baisser les yeux.
- Trop peu devant l'armée de Sauron. Environ 100 000 Hommes. Beaucoup sont tombés au Gouffre de Helm. Lui répondit l'héritier d'Isildur. Les feux d'aide du Gondor ont été allumés.
- Comment? S'étonna l'autre homme les yeux ronds à cette nouvelle.
- Gandalf a dû trouver un moyen de convaincre l'Intendant. Proposa Legolas qui venait de les rejoindre, son arc dans son dos.
- Quand partons-nous? Fit la voix de Gimli derrière Legolas venant rejoindre le petit groupe.
- Dès le levé du jour. Répondit Aragorn. Malheureusement, je ne pourrais vous accompagner. Je dois prendre un autre chemin. Ajouta t-il en désignant la brèche dans les montagnes, procurant peu de lumière.
- Comment? S'étonna Eomer en dirigeant son regard au même endroit que Legolas et Gimli. Vous ne pouvez être sérieux mon ami.
- Ces âmes sont celles de meurtriers. Fit l'Elfe en sentant l'aura qui provenait de cette brèche.
- On ne peut leur faire confiance. Ajouta Gimli grincheux.
- On se retrouve en Gondor. Conclut Aragorn avant de rentrer dans sa tente.
- Croyez-vous que la guerre est perdue? Demanda Eomer, ses pensées tournées vers Susan.
- Non, Seigneur Aragorn doit avoir une bonne raison pour aller chercher l'aide de ces âmes perdues. Répondit Legolas en souriant tristement.
- Lady Susan sait se défendre. Intervint Merry qui avait entendu la conversation. Et moi aussi! Ajouta t-il en brandissant une épée mal aiguisée.
- Maitre Meriadoc, allez voir le forgeron. Fit la voix d'Eowyn un peu plus loin.
- Tu ne devrais pas l'encourager sœurette. Fit Eomer mécontent.
- Maitre Merry a autant le droit d'aller se battre. Renchérit la jeune femme en colère. Pourquoi ne peut-il pas aller se battre pour défendre ceux qu'il aime? Maitre Merry a gagné ce droit. Ajouta t-elle avant de partir en direction de sa tente, laissant un Eomer inquiet.
Le reste de la soirée se passa à préparer le plan de bataille. Théoden avait annoncé au reste de son armée que Eomer s'occuperait du côté Est de la ligne de bataille, tandis que Grimbold prendrait la ligne Sud. Théoden se positionnerait en avant de la ligne avec Elfhem. Quelques Rohirrims avaient vu partir Aragorn, Legolas et Gimli en direction de la Montagne Maudite, où chacun savait que les âmes des meurtriers avaient pris refuge. Avant que l'héritier du Gondor ne parte du camp, Elrond de Fondcombe était venu pour lui remettre l'épée d'Isildur, Anduril.
Eomer resta avec ses hommes pour se sentir plus proche d'eux, redoutant la finalité du combat au Gondor. Non loin de lui, sa jeune sœur, se préparait à participer elle aussi à la bataille.
Le lendemain matin, le soleil était à peine levé que les Rohirrims partirent du camp de Dunharrow, se dirigeant vers le Gondor. Merry, monté sur son poney, lâcha un cri de surprise quand il fut soulevé du sol par un soldat, qui n'était autre qu'Eowyn, habillée comme un Rohirrim. Ensemble, ils suivirent les cavaliers du roi Théoden.
A la fin de la journée, le Rohan était enfin en terre du Gondor et un spectacle d'horreur se déroulait devant les Hommes. La capitale du Gondor, Minas Tirith était à moitié détruite, de la fumée noire s'élevait de plusieurs niveaux, tandis que les Orcs et Uruk-hais se faufilaient à l'intérieur. Devant les portes ouvertes de la cité se trouvaient des catapultes, des oliphants et des machines de guerre remplis d'Uruk-hais. La colère s'empara alors d'Eomer qui prit son cor et son sonna de toute ses forces, attirant ainsi l'attention de ces créatures sur l'armée du Rohan. Le roi Théoden cria une dernière fois combien le Rohan devait défendre la race des Hommes. Et après un cri unique provenant des rangs de Rohirrims, l'armée du Rohan se précipita sur les Orcs et les Uruk-hais.
