Notes de l'auteure : 1) Tout d'abord, je tiens à mentionner que, bien que ce chapitre contienne des descriptions à caractère sexuel, je n'ai jamais été très à l'aise pour écrire des limes/lemons. Pas parce que je n'aime pas ça, mais simplement parce que ça ne me vient pas facilement. Mais, en même temps, j'aime le détail et je ne pense pas qu'éviter ce genre de scènes correspondrait à l'histoire ou au personnage de Remus. Enfin, tout ce que j'essaie de dire c'est que, même si leur relation va progresser, les descriptions présentes dans ce chapitre seront les descriptions les plus graphiques dont je suis capable.
2) Si vous voulez avoir une idée de à quoi ressemble la voix de Sirius, je vous conseille d'écouter les voix de Richard Butler (du groupe Love Spit Love) sur sa version de "How Soon Is Now" ou celle de Ed Sheeran sur "Kiss Me" (suggéré par IWLTxo, que je soutiens avec enthousiasme).
Fidèle à sa parole, Sirius envoya George passer prendre Remus le lendemain. Il arriva assez tôt dans la matinée, vers dix heures, dans une petite Vauxhall Nova. C'était sûrement sa propre voiture, étant donné que c'était le genre d'automobile dans laquelle Sirius ne voudrait pas être vu, même mort. George s'excusa de la taille du petit véhicule marron quand Remus se glissa sur le siège passager, mais il n'avait vraiment pas de quoi être désolé – Remus était plus qu'heureux de se rendre à Londres dans une voiture qui n'allait pas piquer une pointe de vitesse à n'importe quel moment.
« En fait, Sirius m'a acheté une voiture. » lui dit George, alors qu'ils s'éloignaient de la petite maison. « Mais j'ai dû la vendre, au final. Je n'arrivais pas à me faire au volant. »
Remus sourit, totalement capable d'imaginer Sirius présenter joyeusement à son intendant une voiture difficile à manier.
Après l'avoir remercié de l'avoir déposé, ils discutèrent un moment, échangèrent quelques plaisanteries, mais ils n'avaient, au final, pas grand-chose à se dire. George mit Radio 2 et ils écoutèrent le breakfast show de Terry Wogan dans un silence confortable. Il pleuvait à Londres, quand ils furent enfin stationnés devant la maison de Sirius. Une fois dans la cuisine, à l'abri du temps, George lui donna une serviette, pour s'essuyer les cheveux, et une tasse de thé. Il ramassa Achille et le fit sortir sous la pluie.
« Ne dîtes pas à Sirius que j'ai fait ça. » le prévint George. « Ou sinon, il va me massacrer. »
« Est-ce que vous savez quand il sera de retour ? »
« Non. Il est parti assez tôt pour aller chez James, ce matin, alors je n'ai pas eu l'occasion de lui parler. L'interview est à quatorze heures. Êtes-vous pressé ? »
Remus posa sa tasse de thé et tordit la serviette entre ses mains. « Non, non, pas du tout. J'ai rendez-vous avec Alice à treize heures, mais je suppose que je serais de retour avant lui. A moins que vous n'ayez besoin que je quitte la maison ? »
« Remus, quelqu'un comme vous ne serait jamais une gêne. » dit gentiment George. Puis, il fit un geste vers leur spacieux environnement. « Et surtout pas dans une maison de cette taille. Pourquoi n'allez-vous pas vous asseoir dans le salon et regarder la télévision ? Je viendrais vous chercher quand nous devrons partir. »
« Oh, je peux marcher, ce n'est pas loin. » protesta Remus. Cependant, avec le mauvais temps, George fit la sourde oreille à ses protestations. Il prit la serviette de Remus, replaça sa tasse entre ses mains et le dirigea vers le salon qu'on aurait dit sorti d'une salle d'exposition. George plaça même la télécommande sur ses genoux. Ou bien c'était un homme ridiculement aimable par nature, ou bien Sirius ne le laissa vraiment rien faire de la journée.
Il n'y avait pas grand-chose à la télé, étant donné qu'on était en semaine. Il regarda Gambit (1)pendant un moment pour faire plaisir à George – le premier prix était une charmante Fiat Panda – mais à dire vrai, il s'intéressait plus à ce qui entourait la télévision qu'à l'onéreux écran lui-même. Contrairement aux autres pièces qui se situaient au rez-de-chaussée et au premier étage, il y avait des photos, ici. Pas beaucoup, certes, mais il y en avait.
A côté du chesterfield sur lequel il était assis se trouvait une table de chevet sur laquelle se trouvait une photo du groupe au complet, posant aux côtés d'un homme en costume. C'était James qui serrait la main de l'homme, mais ils avaient tous l'air très satisfaits d'eux. Et si jeunes. Sirius, à côté de James, commençait seulement à avoir des mèches de cheveux noirs qui lui tombaient dans les yeux, et il n'y avait qu'un seul tatouage sur ses bras minces. Pourtant, il avait tout de même meilleure mine que Remus, même s'il était à peine reconnaissable, sur cette photo. Toutefois, son sourire était resté le même. Un demi-sourire, contrairement aux dents blanches éclatantes des autres.
Remus prit la photo et la tourna entre ses doigts quelques secondes, le temps gris dehors peinant à lui donner une lumière suffisante. Et soudain, tandis qu'il fixait ces visages si jeunes, il se rendit compte qu'il ne savait presque rien du passé de Sirius.
Enfin, pas tout à fait. Remus savait qu'il venait de Highgate et qu'il avait un frère. Il savait qu'il n'appréciait pas beaucoup sa famille, mais n'était-ce pas le genre de choses que tout le monde dit sans jamais vraiment le penser ? Ce n'était pas comme si Sirius avait grandement évoqué le sujet.
Il était aussi tout à fait probable, bien sûr, que ce n'étaient tout simplement pas les affaires de Remus – mais il se demanda s'il aurait dû le questionner à ce sujet. Ce que Sirius lui avait raconté de plus personnel dans son histoire concernait son petit ami de Crawley – et il n'avait que vaguement évoqué le sujet. A part ça, la plupart des choses que savait Remus sur Sirius concernaient uniquement son passé le plus récent.
Il s'arrêta, soudain anxieux. Est-ce que Sirius pensait qu'il était un connard insensible ? Non. Sûrement pas. Pourtant...il allait faire un effort pour montrer qu'il s'intéressait à lui, juste au cas où.
Gardant cette résolution à l'esprit, il allait replacer la photo sur la table quand George apparut de nulle part, presque comme s'il était Dr. Fate ou quelque chose du genre (2), le faisant si violemment sursauter que le cadre photo tomba au sol avec un bruit sourd. Il hoqueta et l'attrapa rapidement, ne relâchant un soupir de soulagement que quand il s'assura que le verre était intact et que la photo n'avait subi aucun dommage.
« Il est treize heures moins le quart. » lui dit George d'un ton plaisant, ne se rendant apparemment pas compte de la magnitude de la crise qu'on venait juste d'éviter. Si le cadre avait été cassé, Sirius aurait su que Remus l'avait regardé, avait observé son visage d'adolescent comme une groupie furieuse. Et puis, il n'en savait rien, peut-être que le cadre était fait d'or blanc et qu'il lui avait été offert par Bowie ! S'il avait été endommagé, cela aurait eu des répercussions doublement désastreuses.
« D'accord, parfait. Allons-y. » s'empressa-t-il de dire, se levant et s'époussetant légèrement. « Gambit vient juste de terminer alors c'est un bon timing. Il n'a pas gagné. C'était juste une Fiat Panda. »
Le café où il avait rendez-vous avec Alice était, de façon amusante, le même que celui où il s'était rendu avec Sirius le week-end précédent, où tout était à vendre. George ne pouvait l'emmener que jusqu'au square et il dut sortir et courir sous la pluie battante, un sac sur la tête, et monter les escaliers en bois, rendus glissants par la pluie, jusqu'au petit café-brocante.
Alice était déjà là quand il entra, même s'il était à l'heure. On aurait dit qu'elle l'attendait depuis un moment. Elle s'était déjà suffisamment réchauffée pour enlever son manteau et, devant elle se trouvait une tasse de thé vert à moitié finie. Il faillit lui demander si le rendez-vous avait bien été fixé à treize heures, mais elle le serrait déjà dans ses bras avant même qu'il puisse ouvrir la bouche.
« Salut ! » dit-elle gaiement. « C'est sympa de te revoir. Assieds-toi ! Il fait un temps épouvantable, n'est-ce pas ? Je pensais que l'automne était censé être une saison douce. »
Remus convint que le temps était épouvantable, avant de laisser tomber son sac sur le parquet gris avec un bruit sourd et s'affaler sur un grand fauteuil en patchwork. C'était une bonne chose qu'Alice soit si gentille, parce qu'il avait l'air d'un rat noyé.
« Tu viens juste d'arriver à Londres ? »
« Euh, non, je loge chez un...chez quelqu'un. » Il essaya de se rappeler de la nuit passée au Palace. Il était incapable de se souvenir si oui ou non il lui avait parlé de Sirius. Alice était gentille, mais elle était aussi journaliste pour un magazine prolifique, alors, pour le moment, il estimait préférable de ne pas mentionner Sirius ou le groupe ou quoi que ce soit d'autre. Après tout, il ne voulait pas qu'on le pousse à faire quelque chose de stupide.
« Oh, chouette ! Alors si tout va bien, tu seras toujours en ville dans quelques jours ? »
« Euh... »
« Tu devrais probablement me donner le numéro de la personne chez qui tu loges. » dit Alice, fouillant dans son sac et en ressortant un carnet d'adresses. « Il est possible que je dois te contacter et je n'ai que ton numéro de fixe. Je veux dire, si tu n'es pas chez toi... »
Et merde.
« Et bien, en fait. » débuta-t-il. Puis il déglutit. Puis, il se figea. Puis, calmement, comme si c'était la meilleure de toutes les excuses, il dit : « Il n'a pas le téléphone. »
« Il n'a pas le téléphone ? »
« Il est assez technophobe. Il n'a pas de micro-ondes non plus. Ou de rasoir électrique. Il ne se rase tout simplement pas. » Cette déclaration fut accompagnée de gestes simulant le port d'une barbe.
« Alors... » Alice le regardait en plissant des yeux, à présent, pointant son stylo vers lui. « Comment vous restez en contact, tous les deux ? »
Pourquoi ne lui avait-il pas simplement dit de laisser un message sur son répondeur ? Pourquoi ?
« ...On s'écrit. »
« Vous vous écrivez. » Alice eut l'air totalement confuse et tout aussi peu convaincue. On était en 1983, après tout, et quel genre de journaliste à la mode ne serait pas estomaqué à l'idée de quelqu'un vivant à Londres et ne possédant pas le téléphone ?
Elle lui offrit un sourire narquois. « Très marrant, Remus. » dit-elle, cliquant sur son stylo. « Allez, dis-moi son numéro. »
« Je dis la vérité. » mentit-il. « Écoute, pourquoi est-ce que tu ne laisses pas de message sur mon répondeur ? Tu sais quoi, je serais probablement rentré avant que tu aies besoin de me recontacter, de toute façon. »
Elle avait l'air un peu contrariée mais haussa les épaules et accepta l'idée. Après avoir rangé ses livre et stylo, elle replaça un sourire éclatant sur ses traits de lutine.
« Alors ! Voyons voir ce que nous avons là. »
Il sortit les articles choisis de son sac et les glissa vers elle sur la table. Il savait qu'elle n'allait pas directement le critiquer, mais, comme quand il avait montré l'article sur Blue Stag à Maugrey la première fois, il détestait voir les gens lire ses travaux. Alors, pendant qu'elle y jetait un coup d'œil, il s'occupa en commandant un thé au comptoir. Heureusement, la serveuse prit un temps infiniment long et, le temps qu'il revienne à table, Alice avait déjà fini de lire trois des cinq articles. Elle en était à l'article sur Blue Stag. Elle n'avait pas encore commencé la critique du concert acoustique – celle qu'il avait terminé la nuit dernière.
« Remus. » dit-elle en souriant, toujours occupée à lire. « Tu ne m'as pas dit que tu avais été en tournée avec Blue Stag ! » Elle plaça les papiers sous son nez, comme s'il avait besoin d'une confirmation de la tournée lui-même. « Quand ? Comment ? Personne n'arrive à interviewer ce groupe. Je veux dire, enfin si, mais jamais comme ça. Personne n'a droit aux interviews "rapprochées et personnelles". Comment t'as réussi à obtenir ce contrat ? »
« C'est mon patron, en fait. » dit Remus, en posant sa tasse. « Il est vraiment doué quand il s'agit de...enfin, il est tout simplement très têtu et je ne pense pas qu'il aurait accepté un "non" de la part d'Atlantic. Alors, au final, ils nous l'ont offert. Ne me demande pas pourquoi. » Oh mon Dieu, ne me demande pas pourquoi.
« Wow. » dit Alice, l'air impressionnée. « Ça, c'est un homme pour qui je dois travailler. J'imagine que c'était génial, non ? »
« C'était cool. »
Elle retroussa les lèvres, jeta un nouveau coup d'œil à l'article. « Je sais qu'ils vivent dans le quartier et je connais un ou deux journalistes qui ont été amis avec eux mais...ils ont toujours été tellement réticents à l'idée qu'on écrive sur eux. Je n'ai jamais compris pourquoi. Ces gars pourraient être super connus s'ils arrêtaient de faire leurs divas. » Puis, elle eut l'air horrifiée à ses propres mots et plaça une de ses petites mains sur l'avant-bras de Remus. « Oh, je suis désolée. S'ils sont...tu sais, tes amis. »
« Non, ils ne le sont pas. » dit rapidement Remus. « Enfin...pas vraiment, en tout cas. » Il se sentit coupable pour laisser Sirius de côté ainsi, mais c'était pour son propre bien. Qui savait ce dont les journalistes de Londres étaient capables ?
« Alors, je suppose que celui-là a été publié ? » dit Alice d'ton déçu, levant l'article en question. »
« Oui. Mais pas celui-là. » Remus se pencha et pointa la critique du concert. « Je veux dire...si tu le veux... »
Elle permuta les articles et commença à rapidement lire la critique, ses yeux s'écarquillant peu à peu au fil de la lecture.
« C'était un concert privé. Tu as eu une invitation ! Tu as tellement de chance. J'adorerais les interviewer, ou simplement les voir en live. Leur premier album était phénoménal. Le second était un peu décevant. » Puis elle lui jeta un coup d'œil et ajouta à la hâte. « Mais c'est seulement mon avis. »
Excepté que ce n'était pas que son avis ; la plupart des critiques s'étaient accordé sur le fait que Blue Stag perdait déjà ce qui avait fait son succès. Pas que Remus en sache réellement quelque chose, étant donné que ce n'était pas vraiment son domaine. Il pensait que le second album était plutôt bon, mais il savait que ce n'était pas l'opinion partagée par la plupart des gens.
« Alors. Tu veux vraiment nous donner ça ? »
« Bien sûr. » dit doucement Remus. Il en était assez fier, à vrai dire. Il prenait bien les critiques et les rebuffades – il ne les avait jamais laissées l'atteindre de trop – mais il était presque certain que l'article piquerait la curiosité de l'éditeur d'Alice. Après tout, il s'agissait de Blue Stag et personne d'autre, à sa connaissance, n'avait rédigé de critique sur ce concert.
« Je prends aussi les autres quand même. Ils sont vraiment bien. » Elle releva la tête vers lui. « Tu es vraiment doué. »
Il lui rendit son sourire, un peu mal à l'aise, tandis qu'Alice fourrait les articles dans son sac, levant les pouces vers lui, ce qu'il supposa être plutôt mignon. Puis, elle jeta un coup d'œil à sa petite montre Swatch.
« Ma pause de midi est presque finie. » lui dit-elle avec un sourire contrit, buvant rapidement le reste de son thé. « C'était vraiment agréable de te revoir, Remus. Je mets ça dans le casier dès que je rentre. »
« Merci. » dit-il, se levant pour l'accompagner dehors. « J'espère que tu ne seras pas trop trempée. »
Alice sortit un parapluie violet de son sac-tardis avec un rire. (3)
« Tu es adorable. » dit-elle, le prenant brièvement dans ses bras. Puis, la petite femme sortit du café avec un dernier geste de la main, disparaissant sous la pluie londonienne. Il espérait sincèrement qu'elle ne serait pas trop trempée. Il se rendit même jusqu'à la fenêtre à guillotine poussiéreuse pour s'assurer qu'elle n'avait pas glissé dans les escaliers, jusqu'à ce qu'il remarque que la serveuse lui jetait un drôle de regard, comme s'il était en train de faire un truc bizarre.
Il retourna à son siège et se rassit, prenant une longue gorgée de son thé. Il faudrait encore des heures avant que Sirius ne rentre, alors, il se décida à attendre que la pluie cesse.
La pluie cessa – enfin – et il retourna chez Sirius juste après seize heures, ne s'étant perdu que quelques fois en cours de route. Il avait froid, mais au moins, il n'était pas trempé et quand il rentra à l'intérieur, il songea même s'abaisser au niveau d'Achille (qui, depuis, avait pu regagner la maison) et enfouir ses mains froides dans le doux pelage orange. Mais il s'avéra que George avait allumé un feu dans le salon et Remus ne dut, au final, pas prendre le risque de se coltiner un marathon d'éternuements.
« Est-ce que Sirius est rentré ? » demanda-t-il.
« Non. » répondit George, débarrassant Remus de son manteau et jetant un coup d'œil à l'horloge sur la cheminée. « Non, pas encore. Est-ce que vous avez faim ? »
L'intendant lui amena une soupe à la tomate et du pain, qu'il mangea dans la salle à manger de Sirius, le chat circulant entre ses jambes, le forçant à tout le temps bouger ses pieds de façon inconfortable. Il était un peu inquiet à la possibilité que Sirius entre et trouve étrange que Remus prenne son repas dans la salle à manger. Toutefois, il s'avérait qu'il s'était inquiété pour rien. A dix-sept heures, Sirius n'était toujours pas là.
« Ces choses ne prennent normalement qu'une heure. » dit George, reprenant le bol vide de Remus. « Je me demande où il est. » Son ton était léger, mais il était clair qu'il se faisait du souci et Remus se demanda pourquoi. Il aurait, bien entendu, apprécié que Sirius rentre, mais n'était-il pas normal pour la plupart des gens de rester un peu dehors, même après avoir fini de travailler ou faire les courses ? Sirius sortait sûrement toute la nuit parfois, alors pourquoi quelques heures passées dehors, un vendredi après-midi, avaient-elles une quelconque importance ?
« Oh, c'est simplement... » débuta George, attelé à la vaisselle, quand Remus lui posa la question. « C'est simplement qu'il a pris sa moto, c'est tout et, et bien...le temps. » Il fit un geste vers l'extérieur, vers le grand jardin de Sirius, trempé de pluie.
Remus s'immobilisa. « Vous ne pensez pas qu'il a eu un accident ? »
« Non, non. Bien sûr que non. » dit George, en riant légèrement. « C'est simplement que la pluie peut créer toutes sortes de problèmes avec les feux de circulation et les pannes d'électricité et tout ça. Je détesterais qu'il doive rentrer à pied avec sa moto, où qu'il soit. Il a déjà fait ça auparavant, vous savez. »
« Quoi, tirer sa moto à pied ? »
« Hm. Dieu nous garde que Sirius demande de l'aide à quiconque. » dit George, tordant le torchon. « Mais ne faîtes pas attention à ce que je dis, Remus. Il va bientôt rentrer, j'en suis certain. »
Mais il n'en était plus si certain, à présent que George avait semé le doute en lui. Ce qui était assez embêtant parce que, pour une fois, Remus avait été celui qui avait gardé son calme et ne s'était pas inquiété du tout. Il savait que Sirius possédait une moto et était un grand amateur de ces engins ; Remus avait vu que la Firebird était garée dehors, il aurait dû faire le lien – mais il n'avait même pas capté le fait que l'homme puisse être dehors, sous la pluie, en moto.
Il passa l'heure suivante assis dans le sofa du salon, à se ronger les ongles. Et puis, enfin, Sirius rentra à la maison.
Remus laissa échapper un soupir de soulagement quand il entendit le sourd bourdonnement de la moto, dehors, résistant à l'envie de regarder par la fenêtre, au cas où Sirius l'apercevait. Et puis, la porte d'entrée s'ouvrit et il put entendre le bruit de succion de bottes sur le carrelage victorien.
Achille, allongé devant le feu, leva la tête et fixa Remus avec un vague air d'intérêt, mais ce fut toute l'étendue du souci que démontra l'animal. On pouvait entendre les bruits de pas avancer péniblement dans la cuisine, et le chat reposa la tête au sol. Remus, cependant, ne fut pas aussi rapidement détendu et tendit l'oreille pour entendre ce que l'homme et l'intendant se disaient.
« Sirius ! » entendit-il dire George. « Je me demandais quand tu allais rentrer. Je pensais... »
« Est-ce que Remus est là ? » La voix de Sirius était basse et rauque, et il y eut une légère pause durant laquelle Remus pouvait parfaitement imaginer l'air de surprise sur les traits de George, du fait d'avoir été interrompu. Parce que lui aussi était surpris.
« Il est dans le salon. »
Les bottes crissèrent quand Sirius se retourna. Remus se redressa, plaçant ses mains sur ses genoux, puis sur les bords du divan, avant de les repositionner sur ses genoux. Quand Sirius pénétra dans le salon, il était sur le point de bouger ses mains pour la quatrième fois, mais s'arrêta quand il vit la grande et sombre silhouette, la veste en cuir trempée, le casque sous le bras. Sirius plia légèrement les genoux et le laissa rouler au sol avant d'avancer dans la pièce.
Il avait l'air différent. Son expression semblait vide, au premier abord, mais quand Remus y regarda plus attentivement, il put voir les mâchoires serrées, les lèvres légèrement boudeuses, les yeux noirs. Il déglutit.
« Tu vas bien ? » demanda-t-il doucement, au lieu de lui souhaiter la bienvenue, mot qui s'était précédemment trouvé au bord de ses lèvres. Sirius lui tendit la main.
« Tu veux bien monter avec moi ? » demanda-t-il doucement, et les yeux de Remus devaient s'être écarquillés, parce que Sirius ajouta : « J'ai besoin de m'allonger un peu. » Ses doigts se resserrent, jusqu'à ce que Remus saisisse sa main, glacée et humide, et laisse Sirius le tirer hors de la pièce chauffée et le mener vers les escaliers, jusqu'à sa chambre. Il faisait bien plus froid, ici. Une des fenêtres était ouverte et le rebord était couvert de pluie, mais il songea que Sirius avait peut-être un mal de tête et qu'il voulait de l'air frais.
Il se percha sur le lit et regarda l'autre homme retirer ses bottes et les jeter dans un coin, suivies par sa veste. Puis, il se laissa tomber de l'autre côté du lit, fixant le plafond.
Ils n'avaient pas allumé les lumières. Ils restèrent assis dans le noir quelques minutes, la seule faible lumière provenant des lampadaires dehors, le froid s'engouffrant à travers la fenêtre, les rideaux se gonflant légèrement sous l'effet du vent. Remus se demanda ce qu'il était supposé faire – si, en fait, il était supposé faire quoi que ce soit – jusqu'à ce que Sirus le fixe et tende un bras vers lui.
« Viens t'allonger avec moi. » dit-il doucement. « S'il te plaît ? »
Remus s'allongea prudemment à côté de lui, à l'endroit juste sous la main de Sirius, jusqu'à ce que l'autre homme ne l'attrape par l'épaule et l'amène plus haut sur le lit, de façon à ce qu'ils soient correctement côte à côté, le bras de Sirius passé autour de ses épaules. Il fit courir sa main froide sur le bras nu et couvert de chair de poule de Remus.
« Tu es en train de geler. » commenta-t-il, frottant le bras avec plus de vigueur. « Je suis désolé. »
« C'est pas grave. » rétorqua Remus. « Mais peut-être que tu pourrais nous recouvrir d'une couverture. »
« Je n'en ai pas. Mais on peut se mettre sous le couvre-lit. »
La sensation de se glisser sous les draps fraîchement lavés équivalait à se glisser dans de la neige, mais Sirius l'attira à nouveau à lui et ils se réchauffèrent rapidement. Remus découvrit qu'il trouvait agréable d'avoir ainsi des bras autour de lui. Il n'avait jamais ressenti ça auparavant, ayant toujours été celui qui tenait dans les bras plutôt que celui qu'on tenait, et il était surpris de découvrir à quel point il appréciait le sentiment de sécurité et de chaleur que cela procurait.
A présent qu'ils étaient tous les deux installés, il songea que c'était le bon moment pour poser la question.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Sirius ne répondit rien pendant un moment. Sa main gauche était étalée sur le ventre de Remus, et ses doigts y dansèrent un moment avant qu'il ne réponde.
« Ça a été une mauvaise journée. » murmura-t-il.
Ça devait vraiment avoir été une mauvaise journée. Sirius ne disait jamais des choses de ce genre (ou du moins, pas à Remus) et la seule fois où Remus l'avait entendu murmurer, c'était quand on lui avait demandé d'être silencieux. Il n'aurait jamais murmuré comme ça.
Sirius était abattu. Et Remus ne l'avait jamais vu abattu auparavant.
« James. » dit-il, un peu plus fort, cette fois, son souffle passant sur l'oreille de Remus. « Il me hait. »
Remus se tourna un peu pour le voir. Il était difficile de voir son expression, dans le noir.
« Pourquoi est-ce que tu dis ça ? » demanda-t-il. « C'est à cause de l'interview ? Ça s'est mal passé ? »
« Non. Ça allait, je pense. Mais on s'est battu. Après. Je déteste me battre avec James. »
Soudain, même s'il n'avait plus songé à cet instant depuis un moment maintenant, Remus se retrouva transporté au Hammersmith Apollo. Il se souvint de la violente dispute qui avait éclaté entre Sirius et James, le nez en sang de James...et puis Sirius dans le bus, avec Leo. La façon dont ses doigts s'accrochaient à la chemise de l'homme tandis qu'il baissait la tête et laissait libre court à sa frustration, et la façon dont Leo avait fusillé Remus du regard parce qu'il les avait interrompus. A ce moment-là, il avait cru que Leo voulait être seul avec le musicien – mais peut-être essayait-il tout simplement d'éviter à Sirius d'être vu ainsi.
Remus recula légèrement. Était-il simplement un remplaçant de Leo ?
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Sirius, remarquant son mouvement de recul. Il avait l'air un peu blessé, et Remus se sentit immédiatement mal et retourna à la place chauffée qu'il venait de quitter.
« Désolé. J'ai eu...un frisson. Qu'est-ce que tu disais ? »
Sirius le fixa, l'air peu convaincu, sa lèvre inférieure légèrement mise à l'avant. « Je disais que je me suis battu avec James. »
« À propos de quoi ? »
« Toi. »
Remus déglutit. « Et pourquoi ? »
« Il dit que je devrais arrêter de te voir. »
Il fut surpris de la douleur qu'il ressentit, à ces mots. Peut-être parce que l'espace d'un instant, du moins, il avait supposé que Sirius pensait la même chose que James.
« Tu vas le faire ? » demanda-t-il, d'un ton plutôt anxieux.
« Non. Mais il l'a dit. » Sirius s'arrêta, le fixa. Ses doigts traçait des cercles sur le ventre de Remus, à présent. « Il a dit tout un tas de choses. »
Le silence retomba entre eux, mais Remus sentit que ce n'était pas encore à son tour de parler. Il attendit la prochaine phrase de Sirius, surpris d'entendre, après une inspiration tremblante, les mots : « Remus, je veux tout arrêter. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Arrêter. Quitter le groupe. Je ne veux plus faire ça, plus rien de tout ça. Je l'ai jamais voulu. C'était l'idée de James. Je voulais faire un truc tout seul mais on devait le faire ensemble, on était meilleurs amis et on faisait tout ensemble. »
Son emportement l'avait laissé légèrement à bout de souffle, et il cligna des yeux plusieurs fois tandis qu'il retrouvait son calme.
« Mais c'est ça. Ça a tout détruit. Ça nous a détruit. » marmonna-t-il. « Est-ce que tu t'es déjà soucié de quelqu'un, vraiment soucié de quelqu'un, et puis un jour, tu t'es rendu compte...que tu ne savais même plus qui c'était ? »
Silencieusement, Remus secoua la tête.
« Je suis désolé. » dit Sirius. Il tendit la main pour la passer dans les cheveux de Remus, répétant le geste une nouvelle fois, mais plus doucement, avec le dos de ses doigts. « Je ne veux pas mettre tout ça sur tes épaules. Tu n'es pas un journal. »
« Sirius. » Dans un élan d'hardiesse, Remus tendit la main et saisit celle de Sirius, serrant légèrement ses doigts. Il ne savait pas quels sujets étaient trop sensibles à aborder avec le bassiste, pas plus qu'il ne savait ce qu'il désirait entendre, alors Remus devait soit se taire, soit dire ce qu'il lui venait naturellement : « Je me soucie de toi. Si tu te sens mal, je veux savoir pourquoi. »
« C'est vrai ? » demanda Sirius, d'un ton faible, et puis, les surprenant tous les deux, ses yeux se remplirent soudain de larmes. « Merde ! » cracha-t-il, s'arrachant de leur étreinte et allant s'asseoir. « Oh pour...merde. »
« Tout va bien ! » Remus s'assit lui aussi, mais Sirius se retourna pour le confronter, les yeux humides et furieux, et il recula instinctivement.
« Non, ça ne va pas. Je suis tellement...je sais même pas pourquoi je...pleure, putain. » Il se frotta furieusement les yeux. « C'est juste...c'est stupide. » Les mots lui échappèrent en un grognement et il frappa les draps de ses poings fermés, et Remus recula un peu plus, malgré son envie de le consoler. Il n'était pas sûr de savoir quel genre de réconfort avait besoin l'autre homme. S'il se rapprochait, il était certain que Sirius le frapperait.
Mais alors, les mains de Sirius se détendirent. La tension dans ses bras se relâcha. Il ne pleurait pas, mais ses yeux brillaient et, plus que de la colère, il semblait surtout éprouver de la fatigue.
« Pourquoi est-ce que tout est tellement merdique, Remus ? » demanda-t-il d'un ton bourru, mais il poursuivit avant que Remus puisse songer à une réponse. « Je sais pourquoi. Parce que je n'ai rien gagné ces cinq dernières années, rien que du fric. J'ai perdu tout le reste. J'ai perdu mes amis. J'ai perdu mon intimité. J'ai perdu ma dignité. » Il cracha le dernier mot, et il avait l'air sur le point de s'énerver à nouveau, mais le bras de Remus sembla doté de sa propre volonté et s'enroula autour de celui de Sirius, forçant les longs doigts à se dérouler.
« Tu m'as gagné moi. » dit-il, ayant à peine le temps de réfléchir avant que les mots ne tombent gauchement de ses lèvres. « Je suis ton ami. »
Sirius resta immobile, pendant un instant. Il jeta un regard à la main qui entourait la sienne et ses doigts se fléchirent brièvement. Puis, ses yeux rencontrèrent ceux de Remus, et en une seconde, il fut sur lui, l'embrassant avec tant de force que Remus eut l'impression d'être suffoqué. Leurs dents cognèrent et les doigts de Sirius le saisirent si brutalement par les épaules qu'il était certain qu'il aurait des bleus.
Et puis, aussi vite que c'était arrivé, Sirius se dégagea.
« Je ne peux pas. » fit-il, le ton étranglé.
« Ça va aller. »
« Je ne peux pas continuer... » Il luttait pour trouver ses mots.
« Je sais. »
Remus n'en savait rien, en réalité. Il n'en avait aucune idée. Une de ses théories était que Sirius était ivre, mais il n'en avait pas l'air. Il n'avait jamais été agressif ou contrarié, quand il avait bu. Il était toujours joyeux. Et puis, il ne sentait pas l'alcool. Son odeur était fraîche, une touche d'eau de Cologne et de pluie. Si la situation avait été différente, Remus aurait probablement aimé ce parfum.
Mais alors il regarda à nouveau Sirius, vit le dos courbé, les cheveux noirs qui tombaient devant son visage, et pour une fois, il se rendit compte qu'il était temps d'arrêter d'être si maladroit et timide et d'aider quelqu'un, pour une fois.
Alors, rassemblant tout son courage, Remus dit prudemment. « Tu peux m'en parler. Tu n'y es pas obligé, mais tu peux, si tu veux. Quand je me sens mal, je...j'écris tout ce que j'ai sur le cœur, parce que je n'ai pas vraiment quelqu'un avec qui je peux partager tout ça. Ça m'aide à aller mieux. » Il déglutit. Sa voix sonnait étrange, comme si ce n'était pas vraiment lui qui avait parlé, mais Sirius ne lui dit pas de se taire, alors il continua. « Je sais que tu as dit que je n'étais pas ton journal, mais... » Il risqua un faible rire. « Je suis plutôt doué pour garder des secrets, pour un journaliste. »
Il vit les épaules de Sirius se détendre un peu. Puis, lentement, il se tourna pour à nouveau lui faire face, se mordant la lèvre. Aucun d'entre eux ne prononça un mot pendant quelques secondes, jusqu'à ce que Sirius se rallonge et, avec hésitation, Remus le rejoignit.
« C'est juste qu'il me manque. » dit Sirius, après un long moment. « Je sais pas si je te l'ai dit mais...mes parents m'ont viré de chez moi quand j'avais seize ans. Ou j'ai fugué, je ne sais plus vraiment. C'est la famille de James qui m'a recueilli. » Il eut un petit rire, amer. « Comme un chien errant. »
Il ne lui avait pas dit, mais ce n'était pas tellement surprenant étant donné ce que Sirius avait dit sur sa famille.
« C'est plus ou moins comme ça que le groupe a commencé. Je lui ai tellement parlé, cet été-là, des trucs que j'avais jamais dit à personne. Il sait tout de moi. »
Sa voix se fit plus sérieuse et il se tourna dans le lit, de façon à ce qu'ils soient face à face. Il tendit la main pour tenir Remus par la mâchoire, doucement, sans rien de l'agression de leur dernier baiser. Mais, après tout, c'était totalement Sirius. L'humeur toujours changeante. Imprévisible.
« Je pense que c'est pour ça que je t'apprécie tellement, Remus. Depuis James, je n'ai jamais rencontré quelqu'un avec qui je me suis senti assez à l'aise pour parler de moi...jusqu'à ce que je te connaisse, toi. Je ne déballe pas mon cœur devant n'importe qui comme je le fais avec toi. Pas devant les gars et certainement pas devant les intervieweurs. Tu me fais devenir niais. » Il sourit légèrement. « Et c'est ça le plus amusant ; tu es journaliste, et pourtant, tu es loyal. Je l'ai su, dès le moment où je t'ai rencontré. »
Son regard le perçait, tandis qu'ils se fixaient, et Remus sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Il ne s'était jamais attendu à ce que la conversation vire à son sujet.
« Tes yeux. » dit-il. « Ils sont tellement...doux. Personne n'est jamais doux, Remus. Tout le monde ne cherche qu'à te prendre une part de toi. Les gens veulent seulement te soûler, te sauter et puis vendre l'histoire, ou alors te soutirer directement de l'argent. J'essaie de rester en-dehors de ça. » Il secoua légèrement la tête. « Pas les autres. Pas James. Il s'en fout de qui lui pend au cou, tant qu'on lui dit à quel point il est génial. »
La cadence de sa voix commençait à s'accélérer et Remus devinait qu'il s'agitait à nouveau. Il referma une main sur le poignet toujours tendu vers sa mâchoire, mais Sirius ne s'arrêta pas.
« Et il n'était pas comme ça, avant. Je veux dire, il a toujours aimé l'attention, à l'école, mais jamais comme ça. Pas au point qu'il puisse...me quitter. »
Et puis, les yeux de Sirius brillèrent à nouveau et Remus se sentit impuissant, à seulement pouvoir le regarder. Pendant un instant fou, il pensa qu'une déclaration d'amour allait s'ensuivre – une déclaration d'amour pour James. Mais elle ne vint jamais. Il ne semblait pas que c'était ce vers quoi Sirius tendait, après tout.
« Je me sens tout le temps seul. Dans cette foutue maison que je n'arrive pas à remplir. Je déteste être seul. Je suis juste un homme. J'ai juste envie d'avoir quelqu'un que je peux toucher. »
Sa voix était douce, à présent, et Remus devait se rapprocher pour être sûr d'entendre ce qu'il disait. Sirius ferma étroitement les yeux, comme s'il avait honte, quelques larmes s'échappant de ses paupières fermées, tandis qu'une respiration tremblante s'échappait de ses lèvres.
« Je sais que je ne devrais pas coucher à gauche et à droite. Je sais que c'est risqué, et j'en suis désolé. Je le suis vraiment. Mais parfois, je me sens tellement seul. James a bien sûr le droit de le faire, de me dire que je me prostitue sans penser aux conséquences ou n'importe quoi d'autre. Il a Lily. »
Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau. La voix de Sirius craqua enfin, sur ces mots : « Qui est-ce que j'ai ? Personne ne veut me toucher, Remus. »
Pendant un instant, Remus fut confus. Au début, le journaliste en lui prit ce que Sirius disait au pied de la lettre ; sûrement tout le monde voulait le toucher. Mais ensuite, il vit l'expression de douleur dans les yeux de l'homme, sa lèvre inférieure tremblotante. Son apparence dure et ses manières insouciantes s'étaient volatilisées. Il avait l'air d'un petit garçon.
« Moi, si. » répondit Remus d'une voix rauque. Cette fois, c'est lui qui tendit la main et caressa les cheveux noirs et épais de Sirius.
A cet instant, c'était comme si tout était devenu clair, aussi cliché que cela puisse paraître. Il ne se rendit pas soudain compte qu'il était amoureux de Sirius ou quoique ce soit, mais il se souciait de lui – suffisamment pour que ça le blesse de le voir ainsi. Il n'avait jamais vraiment ressenti ça pour quelqu'un. Il avait toujours essayé d'aider les autres quand ils en avaient besoin, mais jamais de manière totalement désintéressée. Il ne s'était tout simplement jamais, supposait-il, senti connecté à une personne d'une telle façon auparavant.
Sirius le fixa. Il déglutit, son expression demeurant indéchiffrable. Remus attendit qu'il se mette à parler, vit les yeux de Sirius descendre jusqu'au torse de Remus, sa main suivant le même tracé. Et puis, lentement, comme si le moindre faux pas pouvait briser l'instant, il avança, centimètre après centimètre, jusqu'à ce que leurs nez se touchent. Avec hésitation, il frôla de ses lèvres celles de Remus.
« C'est vrai ? » demanda-t-il d'un ton tremblant.
Remus hocha la tête. « Je te le promets. »
Et puis, Sirius l'embrassa, doucement, lentement, sans meurtrir ses lèvres ou cogner leurs dents. Le baiser avait une subtile saveur salée, le goût des larmes, et ses mains s'enroulèrent autour du cou de Remus, le maintenant en place. Remus fut surpris de remarquer que ses propres mains s'étaient placées, comme de leur propre volonté, autour de la taille de l'autre homme. Pas de devinette de "où va quoi ?". Pour une fois, embrasser Sirius semblait naturel – et s'il n'avait pas été autrement occupé, il se serait frappé pour penser de façon aussi clichée.
Il ne paniqua même pas quand il sentit les mains de Sirius glisser et errer dans son dos, le rapprochant de façon à ce que leurs corps soient pressés l'un contre l'autre. Mais il pouvait sentir les baisers de Sirius gagner en ferveur, tandis que sa langue pénétrait dans la bouche de Remus pendant un moment étourdissant.
A un moment, Sirius le serra un peu plus fort contre lui et les fit rouler, de manière à renverser leurs positions. Mais un mauvais geste leur fit cogner leurs têtes l'une contre l'autre et leurs bouches se séparèrent pour éclater de rire. Quand Remus le fixa, tout ce qu'il pouvait voir, grâce à la lumière du dehors, furent les yeux de Sirius. Ils étaient toujours brillants de larmes, malgré le rire.
Le sourire s'évanouit de ses lèvres tandis qu'ils se fixaient l'un l'autre. Remus pouvait sentir des doigts le caresser en gestes lents et circulaires, sur sa taille, tandis qu'il patientait, ne se tendant un peu qu'à cause de l'impression de chatouillis laissée par les doigts de Sirius – autrement, il était exceptionnellement détendu. Peut-être était-ce parce que, pour une fois, il se sentait en position de contrôle. Sirius n'était pas ivre ou même simplement en train de s'ennuyer. Ses yeux étaient sincères tandis qu'il le fixait, comme s'il le désirait réellement.
Enfin, Sirius s'humidifia les lèvres. « Touche-moi. » murmura-t-il, ses lèvres bougeant à peine. « S'il te plaît. »
Remus aurait menti s'il avait affirmé ne pas être au moins un peu troublé à cet instant, mais il ne l'était pas autant que l'autre jour. Il ne savait soudain pas quoi faire, mais il était beaucoup moins hésitant quand il fit courir ses doigts vers la ceinture de Sirius, se penchant pour déposer un rapide baiser dans son cou, tandis qu'il triturait le bouton.
Le bassiste portait un pantalon-cigarette aujourd'hui, au lieu de ce jeans insupportablement moulant, et il était bien plus facile pour Remus de déboutonner le premier bouton et faire glisser la fermeture éclair. Le seul point négatif, c'était qu'il était confronté bien plus rapidement à la tâche que s'il avait simplement dû avoir affaire à des boutons récalcitrants pendant un long moment – mais la respiration de Sirius avait commencé à s'accélérer, sa pomme d'Adam tressautant tandis qu'il déglutissait, et Remus se rendit compte qu'il n'était pas question ici de savoir s'il serait doué ou non pour faire jouir l'autre homme. Sirius voulait réellement simplement être touché.
Il réussit, avec l'aide de Sirius, à défaire les jeans et boxer en un seul mouvement, mais il se pencha en arrière une fois cela fait, son cœur cognant dans sa poitrine.
« Est-ce que tu...est-ce que tu as du... ? »
Il ne savait pas réellement quel mot conviendrait le mieux, mais Sirius sembla tout de même comprendre parce que, dans un mouvement qu'on aurait pu considérer comme désespéré ou enthousiaste, il saisit la main de Remus, la lécha de la paume jusqu'au bout des doigts, avant de la lui rendre. C'était, possiblement, l'une des choses les plus ridiculement érotiques dont Remus ait jamais été témoin. Il serait probablement resté assis là, à cligner bêtement des yeux pendant un moment si Sirius ne l'avait pas incité à continuer avec un essoufflé « Vas-y. »
Timidement, Remus glissa sa main désormais humide sous les draps. Il ne lui fallut qu'un simple contact pour soutirer à Sirius un inspiration saccadée et brusque. Ce ne fut quand Remus l'entoura de sa main, doigt après doigt, qu'il grogna réellement, comme s'il recevait bien plus qu'un simple toucher de la main.
Pourquoi Remus était-il si surpris à cette sensation ? Il n'était pas certain de connaître la réponse. Mais quelque chose dans la façon dont il sentait Sirius – la combinaison de dureté et de chaleur – était incroyablement satisfaisante. Il fixa, fasciné, sa main faire des mouvements de va-et-vient, ses yeux remontant épisodiquement jusqu'au visage de Sirius pour voir ses changements d'expression quand Remus utilisait son pouce pour exercer une plus grande pression ou changeait de direction.
Mais ce qu'il préférait, c'étaient les sons que faisait Sirius ; les soupirs et grognements, comme s'il s'agissait de quelque chose de vraiment spécial, même si l'homme avait reçu et fait bien plus dans le passé. Il ne semblait même pas se soucier du fait que Remus doive recracher dans sa main quelques fois, ne faisant que s'arquer sous le contact quand la main revenait.
Remus aimait la façon dont le torse de Sirius se soulevait et descendait, frémissant, et quand il plaça sa main sur le coton qui couvrait l'abdomen frissonnant, il fut fasciné par la façon dont les muscles se détendaient et se contractaient alternativement sous ses doigts.
« Remus. » débuta Sirius, mais quoi qu'il puisse avoir été sur le point de dire fut englouti quand il saisit Remus pour l'embrasser maladroitement, ses doigts s'enroulant et se déroulant dans ses cheveux.
« Remus. » répéta-t-il, et Remus fut presque assez stupide pour demander « quoi ? » avant qu'une soudaine secousse ne traverse le corps de Sirius et l'arrête. Il sentit le visage de Sirius contre son épaule, les bruits – qui ressemblaient presque à des sanglots – qu'il fit tandis qu'il s'agrippait à Remus, frissonnant tandis qu'il se répandait dans sa main.
Sa main s'immobilisa tandis qu'il fixait l'homme sous lui. Sirius haletait légèrement, ses cheveux partant dans tous les sens, ses joues toujours mouchetées de larmes. Ce n'était que maintenant que Remus se rendait compte d'à quel point il avait chaud. Sa chemise lui collait à la peau, malgré le froid qui continuait de pénétrer par la fenêtre, et, pour une fois, il savoura le vent frais sur son visage.
Recouvrant rapidement ses facultés, Sirius se pencha en arrière et enleva son T-shirt.
« Tiens. » Il le pressa dans sa main collante et Remus se leva, pour la nettoyer avec précaution et du mieux qu'il put à l'aide du doux tissu.
« J'avais besoin de ça. » avoua Sirius, passant un bras derrière sa tête et fixant le plafond.
« Est-ce que c'était... ? Je veux dire...est-ce que ça allait ? » demanda Remus, timidement.
« Ouais. » murmura Sirius, fermant les yeux. « Je suis désolé. »
« Pour quoi ? »
« Je sais pas. Je suis désolé. » Ils se fixèrent tous les deux. « Est-ce que tu vas dormir dans la chambre d'amis, cette nuit ? »
« Est-ce que tu le veux ? »
« Non. »
« Alors, je reste. » dit Remus, jetant un regard alentours, à la recherche d'un endroit où il pouvait déposer le T-shirt. Sirius le lui prit des mains et le jeta dans un coin, avant d'attirer Remus dans ses bras et ramener les draps sur eux. La chaleur s'estompait, à présent, le froid se faisant à nouveau présent, et aucun d'entre eux ne voulait se lever pour aller fermer la fenêtre.
« Je crois que j'ai pleuré. » murmura Sirius, au bout d'un moment.
« Seulement un peu. »
Sirius rit doucement.
« Et bien, merci de ne pas avoir fui quand j'ai pleuré. » dit-il, pressant un baiser contre la tempe de Remus. « Reste avec moi. »
« C'est ce que je fais. »
« Reste avec moi longtemps. »
Remus cligna des yeux.
« Et c'est combien de temps, longtemps ? »
« L'éternité, si tu veux. »
Sirius s'efforça de sourire, et Remus voulait rire à son tour, mais ce qu'il voyait dans les yeux de l'autre homme l'attristait. Parce qu'il savait que, même si Sirius blaguait sur le moment, il laisserait probablement Remus rester pour toujours à ses côtés s'il disait oui.
« Une semaine ? » répondit Sirius. « Reste le restant de la semaine. »
Il avait deux options. Il avait, bien sûr, du travail à faire, mais il supposait qu'il pouvait s'en occuper un peu n'importe où. Et puis, il y avait Alice, mais si elle laissait un message sur son répondeur, alors, sûrement, ça pouvait attendre.
« D'accord. » dit-il enfin. « Mais je ne pense pas avoir assez d'affaires pour une semaine. »
« Tu n'as qu'à porter mes vêtements. » répondit immédiatement Sirius. « Non. Attends. On a un show radio de prévu demain, à Oxford. Je pourrais t'emmener chez toi. Te reprendre sur le chemin de retour. » Il le poussa gentiment sur le flanc. « On pourrait prendre la moto. »
« J'en suis pas sûr, pour la moto. » dit Remus. « Mais le reste me va. »
Sirius ne répondit rien. Il lui sourit, comme s'il était sincèrement reconnaissant, comme si le fait que Remus ait accepté signifiait beaucoup pour lui. Et puis, il ferma les yeux.
Remus l'observa un moment. Il n'était pas du tout fatigué, mais Sirius s'endormit presque aussitôt. Remus ne pouvait pas l'en blâmer. Il avait l'air exténué, et il avait l'impression que Sirius n'avait fait qu'effleurer le sujet qui le perturbait tant. Il décida d'oublier sa résolution antérieure de s'intéresser de plus près au passé de Sirius pour le moment – ce n'était pas à lui de s'immiscer dans sa vie.
Gardant ça à l'esprit, Remus se tourna de son côté et tenta de se détendre. Cependant, il ne parvenait pas à effacer les images les plus récentes de son esprit ; les yeux humides de Sirius, l'expression sur ses traits tandis qu'il souhaitait désespérément qu'on le touche, la façon dont il s'était effondré sur Remus, par la suite, tremblant. Ce qui avait débuté comme une amitié – une amitié drôle, grisante, intimidante – avait soudain pris un virage...quoi ? Négatif, parce que Sirius démontrait qu'il avait plus de problèmes que Remus ne le pensait de prime abord ? Ou positif, parce que Sirius s'ouvrait à lui ?
Fixant l'homme en train de dormir à ses côtés, il décida que ça n'importait pas. Sirius redeviendrait rapidement lui-même, et ils pourraient en parler correctement alors. Jusqu'alors, il ne servait à rien de s'inquiéter. Il n'y avait rien que Remus puisse faire. Il devrait attendre que Sirius vienne à lui.
(1) Gambit est un show de jeu télévisé basé sur le jeu de cartes blackjack. Le show fut diffusé sur CBS de 1972 à 1976.
(2) Doctor Fate est un personnage de comics, créé par Gardner Fox & Howard Sherman, apparu pour la première fois dans More Fun Comics #55 en 1940 (Âge d'or des comics) publié par DC Comics.
(3)Au cas où vous ignoreriez ce qu'est le TARDIS...allez regarder un épisode de Doctor Who, vous comprendrez tout de suite.
J'ai presque honte du temps mis pour publier. A ma décharge : les examens. Plus la démotivation totale dont je n'arrête pas de vous parler depuis plusieurs chapitres...ça n'arrange rien, n'est-ce pas ? Traduction terminée i peine quelques heures, relecture minimale parce que j'ai envie d'être débarrassée de ce satané chapitre, donc excusez les probablement nombreuses fautes. Aussi, si vous avez lu la version en anglais (je ne vous en blâmerais pas), vous aurez pu remarquer de subtiles différences, des phrases ajoutées/supprimées. L'auteure a apparemment modifié ses chapitres depuis que je les ai lus et je n'ai pas envie de tout repasser au peigne fin, donc acceptez ces légères divergences, elles ne sont pas fondamentalement importantes pour l'histoire. Oh, et FF a décidé de bazarder ma mise en page également donc si certains mots sont tronqués, blâmez le site.
Enfin, je réitère ce que j'ai déjà dit précédemment : je n'abandonne pas No Expectations, la fic sera bel et bien terminée, même si ce ne sera pas forcément fait rapidement.
La Folle Joyeuse : Tout d'abord...merci pour la dernière review et bonne année à toi aussi, même s'il est un peu tard pour ça^^ Je sais que pas mal d'auteurs n'achèvent pas leur travail. Pour les auteurs, je trouve ça tout à fait compréhensible, il peut toujours y avoir un manque d'inspiration, une lassitude, un blocage (je suis moi-même passée par là)...La traduction, on n'a pas vraiment d'excuse, à mon sens. Pour les notes : il s'agit en partie de toutes les choses que j'ai dû chercher, lors de ma propre lecture de No Expectations. Je sais à quel c'est ennuyant alors je vous épargne ce travail fastidieux (surtout que de très nombreuses sources ne sont qu'en anglais) ;) J'ai beaucoup aimé No Expectations quand je la lisais, mais la fin m'a laissé un goût amer en bouche (promis, ça se termine bien) et, du coup, je ne peux pas m'empêcher d'y penser quand je traduis.
Charlotte : Toujours contente de faire des heureux ;) Hm, No Expectations me demande pas mal de travail (en particulier pour les derniers chapitres), mais surtout, elle me demande du temps, que je n'ai pas toujours. Enfin, je suis heureuse si tu trouves la traduction à ton goût^^
