Chapitre 12:Visite à Godric Hollow
Harry fit attention à se maintenir en forme, alternant les confrontations avec Severus et avec son 'logiciel' d'entraînement tout en continuant à faire des recherches sur les horcruxes et sur Tom Jedusor. Il était certain qu'il pouvait trouver un moyen de vaincre son ennemi dans ces livres.
Severus l'aidait dans ses recherches ou préparait des potions. Il savait qu'Harry avait très envie d'aller voir la maison de ses parents et savait qu'il ne pourrait pas le retenir longtemps. Il avait comme une intuition et savoir que son disciple comptait y aller avec ses amis ne le rassurait guère.
Ce matin-là, deux jours après le départ de Ginny, trois avant la nouvelle année et autant avant la rentrée, Harry entra dans le laboratoire, une expression déterminée plaquée sur le visage, et Severus comprit que le jeune homme avait pris une décision. Il ne lui laissa pas le temps de parler, « Sois prudent, c'est tout ce que je te demande. Si tu es attaqué, reviens ici immédiatement, sans quoi, je serai obligé d'aller te chercher et ça rendrait ma vie bien plus compliquée. »
Les yeux verts s'illuminèrent de surprise et de reconnaissance. « Merci Severus. Je pense que je n'ai rien à craindre. Pourquoi des mangemorts seraient là-bas ? »
« Oh avec toi Harry, on n'est jamais sûr de rien. Tu es un véritable aimant à ennuis et à catastrophes. Ceci dit, je n'ai pas entendu de rumeurs parlant de Godric Hollow. »
« Tu vois, tu n'as pas à t'inquiéter. »
« Je ne suis pas inquiet ! Pas pour toi en tout cas ! » Severus arrêta sa préparation et prit une expression outragée, croisant ses bras sur sa poitrine.
« Bien sûr que non Severus !» Son ton indiquait clairement qu'il ne le croyait pas. « J'ai déjà prévenu Hermione et Ron. Ils ont dit qu'ils en parleraient à Ginny, mais je préférerais qu'elle ne vienne pas. »
« Si tu la vois, dis-lui simplement que je l'attendrai ici à 9h lundi. Je lui donnerai ainsi un Portoloin et les dernières instructions. »
Harry s'apprêtait à partir. « Bon, je m'en vais. Ne fais pas de bêtises pendant mon absence. » Et il lui fit un clin d'œil.
« Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? » Rien dans la voix de Severus n'indiquait qu'il était en colère, bien au contraire. Même s'il refusait de l'admettre, il était inquiet pour son protégé.
Hpsshpss
Harry transplana au Terrier et retrouva ses trois amis qui l'attendaient. « Alors prêt ? » Lui demanda Ron.
Le jeune homme acquiesça. « Oui, plus que jamais. Je suis un peu nerveux. Je pense que c'est à cause de mon mentor. »
« Il était inquiet ? » Lui demanda Hermione.
« Hum hum. »
Ginny éclata alors de rire, ayant des difficultés à imaginer le professeur Snape inquiet, agissant comme une mère poule avec ses poussins. Elle étouffa son rire lorsqu'elle vit le regard de Harry : sérieux et menaçant.
« Si vous avez le moindre problème, appuyez sur votre bracelet et pensez au Terrier, vous apparaîtrez ici. D'accord ? Ne faites rien de stupide surtout ! »
« Une petite expression de ton mentor, Harry ? » Lui demanda Ginny. Le Gryffondor lui tira la langue et leurs deux amis les regardèrent, dubitatifs.
Harry leur tendit une chaussure de sport que chacun toucha. Ils disparurent.
Hpsshpss
Harry regarda attentivement les alentours. Ils étaient dans un petit village apparemment calme. Un chemin qui devait faire office de route s'ouvrait devant eux. A leur droite, au-delà des rangées d'arbres, ils pouvaient voir une petite maison. De l'autre côté, une étendue d'eau miroitait derrière un champ d'arbres, de fleurs… Tout semblait calme. Il se retourna et vit une route beaucoup plus imposante.
Il décida de suivre le petit chemin. D'après ce qu'il avait lu, ses parents habitaient une grande ferme perdue au milieu de nulle part.
Il n'y avait pas le moindre bruit. Harry tendit les oreilles à la recherche d'oiseaux. Rien. Il y avait du vent, sa cape tourbillonnait derrière lui, et pourtant, les feuilles des arbres ne bruissaient pas. Il avait l'impression que tout était immobile. Leurs pas ne laissaient aucune trace sur le sol boueux.
Le silence était angoissant, pesant. Ginny s'approcha de lui et lui prit la main. Hermione et Ron firent de même. Discrètement, le jeune sorcier créa un bouclier autour d'eux pour les protéger en cas de besoin. Il n'aimait pas ce silence. Ce n'était pas normal.
Ils firent quelques pas et au loin, ils aperçurent bientôt les ruines d'une ancienne maison. Des pierres étaient étalées au loin. La terre avait commencé à recouvrir ce qui restait des fondations. Quinze ans à l'abandon c'était long. La maison avait nécessairement subi les altérations du temps.
Comment un simple sort pouvait provoquer une telle désolation ? Soudain, il sentit un puissant bouclier. Il empêcha ses amis d'avancer. Des personnes les encerclaient. Il ne les avait pas senties avant malgré ses puissantes défenses. Il était incapable de dire s'il s'agissait d'amis ou d'ennemis. Le champ devant lui était trop puissant.
Et soudain une explosion. On les attaquait de tous les côtés. Harry essaya de leur crier de transplaner, mais il ne trouvait plus ses mots. Plus aucun son ne sortait de sa gorge. Il appuya sur le bracelet de Ginny pour la renvoyer chez elle. Elle disparut avec le souffle du vent.
Il se retourna pour dire à ses deux amis de faire de même, mais il vit une lumière dorée frapper Hermione à l'épaule. Dans la confusion, Ron appuya sur le bracelet de sa petite amie puis sur le sien. Ils disparurent.
Par son lien, le Gryffondor rassura son mentor. Il n'avait pas l'intention de partir comme ça. Il voulait savoir s'il s'agissait d'amis ou d'ennemis. Il raffermit son bouclier, se jeta le sort d'invisibilité et passa le champ de force.
Hpsshpss
Le temps sembla s'arrêter. L'espace d'une seconde, il eut l'impression de voir sa vie défiler devant lui, passé, présent, futur. Tout n'était qu'un mélange sans fin puis ce fut terminé. L'air autour de lui était bien plus paisible, plus doux, comme apaisé. On aurait dit qu'aucun sentiment de haine ou de colère n'avait jamais traversé ce champ.
Les gens autour de lui étaient tous en dehors du champ magnétique. Lui seul était là. Les oiseaux s'étaient remis à chanter, les feuilles bruissaient, ses pas dans l'herbe mouillée crissaient. Il était à nouveau dans le monde tel qu'il le connaissait. Mais alors qui étaient ses attaquants et pourquoi existait-il une différence ?
Il avança vers les ruines. L'herbe avait effectivement commencé à pousser entre les pierres de ce qui avait été une maison. Des fleurs avaient également poussé au milieu des ruines. Et pourtant, en cette période de l'année, il n'aurait pas dû y avoir de fleurs et il n'aurait pas dû avoir l'impression d'être au début du printemps ou au début de l'automne. Partout ailleurs, il faisait froid, on avait sorti les manteaux et les écharpes. La neige allait bientôt tomber. Partout, sauf ici.
Il sentit sa gorge se serrer. Il avait vécu ici avec ses parents alors qu'il n'était qu'un enfant, qu'un bébé. Il le savait. Il pouvait presque sentir l'amour, la joie irradier de cet endroit. Il avança la main vers une pierre comme pour s'assurer qu'elle était bien là.
Il ne restait rien. Tout avait été détruit. Il ne parvenait même plus à distinguer le plan de la maison. Y'avait-il un étage ? Une mansarde ? Un cellier ? Il ne le saurait jamais.
Il avait pensé que revenir sur les lieux de son enfance ferait resurgir en lui des souvenirs de ses parents, du temps où ils vivaient là tous les trois. Mais rien. Rien que des ruines et une tranquillité, un calme exceptionnel. Un endroit pour se ressourcer. Un lieu dans lequel la magie régnait en maître. La nature, la magie habitaient ce lieu. Il était certain que des licornes pouvaient vivre ici.
C'était difficile et éprouvant.
Il contourna les ruines. Il voulait trouver leur tombe. D'après les recherches qu'il avait faites, il avait appris qu'ils étaient enterrés près de leur maison.
A quelques mètres de là, il vit une barrière. Il s'approcha mais l'herbe était encore haute, les ronces avaient poussé aisément et il rechignait à utiliser la magie dans un endroit aussi paradisiaque. Il traversa donc la barrière naturelle et celle que les hommes avaient érigée et vit de nombreuses tombes.
Lentement, comme si tout se passait au ralenti, il avança un pied après l'autre jusqu'à ce qu'il arrive devant la tombe la plus proche. Il lut :
Lily Potter 20 mars 1960- 31 octobre1981
James Potter 13 décembre 1961- 31 octobre 1981
Amis merveilleux.
Soutiens de toujours.
On ne vous oubliera jamais.
La tombe de ses parents était là, sous ses yeux. Personne n'était venu depuis de nombreuses années, mais elle était toujours en bon état, ce qui était certainement dû à un sort de conservation. Des fleurs poussaient malgré le froid qui commençait doucement à ressurgir, comme si le temps reprenait doucement son chemin naturel.
Il n'avait pas encore commencé à neiger, mais il ne doutait pas que dans peu de temps, les flocons s'éparpilleraient sur le sol.
Il déambula entre les tombes, regardant les noms d'ancêtres dont il ne connaissait pas l'existence avant- Maelan Malfoy Potter ; Ignatus Potter ; Yrgane Black Potter ; Kaiwin Potter ; Mirka Potter ; Alienora Nott Potter ; Henry Potter…
Il posa sa main sur chacune d'elle, essayant de graver le nom de chaque personne dans sa mémoire, se surprenant à lire des noms familiers… Nott, Black, Malfoy, plus loin il trouva Avery, Longdubat, Dumbledore… Il n'aurait pas dû être surpris. Sirius ne lui avait-il pas dit que les familles de Sang-purs étaient toutes liées ?
Le vent glacial lui fouettait maintenant le visage, mais il le sentait à peine. Le soleil continuait à luire et il se sentait bien ici. Il était enfin parmi sa famille. Il retourna près de la tombe de ses parents et s'assit dans l'herbe mouillée, faisant fi du froid. Il se mit à parler, parler et parler encore. Il leur raconta tout : à quel point ils lui avaient manqué lorsqu'il vivait avec les Dursley, à quel point il leur en avait voulu d'être partis sans lui, la joie d'être inscrit à Poudlard et de se découvrir sorcier, ses premiers amis, ses premiers coups de cœur, sa haine réciproque avec le maître des potions, la rencontre avec Lupin puis Sirius…
La douleur de perdre Sirius, la douleur de voir un de ses camarades de classe mourir par sa faute, le poids des responsabilités, sa colère contre Dumbledore de lui avoir caché la prophétie, la peur absolument terrifiante qu'il avait alors ressentie, qui s'était glissée au creux de son estomac et qui avait grandi jour après jour comme un cancer jusqu'à le pousser à vouloir s'isoler des personnes qu'il aimait…
La mort de Dumbledore qu'il était venu à considérer comme un grand-père. Son sentiment de culpabilité de ne pas avoir réussi à le sauver. Ses sentiments pour Ginny qui se transformait petit à petit. Son amitié de plus en plus forte avec Severus.
« Comment réagirais-tu papa, si tu savais que je suis maintenant ami avec 'Snivelus' ? Serais-tu furieux ? Je sais que Sirius le serait. Il ne m'aurait probablement jamais pardonné. Mais papa, il m'a sauvé la vie si souvent. C'est un homme bon. Maman l'avait vu, je le sais. Peut-être que je vous verrai d'ici peu… Est-ce que de là où vous êtes vous pouvez m'entendre ? »
Il soupira. « Non, je ne crois pas. Mais j'ai été heureux de m'arrêter ici pour vous voir. »
Il se leva, s'essuya les yeux. Il n'avait même pas remarqué que des larmes roulaient doucement sur ses joues rougies par le froid. Il était temps de partir. Il était resté ici bien trop longtemps.
Comme une arrière pensée, il entendit Severus, au loin, comme si une barrière empêchait le lien mental, 'Harry est-ce que tout va bien ?' Il eut l'impression que la question résonnait. Ses amis aussi étaient inquiets. Il eut un petit rire triste et ouvrit le lien qu'il n'avait pas conscience d'avoir scellé pour pouvoir profiter de ces moments avec sa famille. D'un revers de la manche, il essuya à nouveau ses larmes. 'Oui tout va bien. Ne vous inquiétez pas. J'arrive.' Et pour Severus. 'Tout va bien. Je passe au Terrien rapidement et je rentre.'
'Es-tu sûr d'aller bien ? Je ressens une grande douleur. Tu n'es pas blessé ?'
'Non. Je t'expliquerai en rentrant. Je ne devrai plus être très long.'
Il sentit l'acquiescement plus qu'il ne l'entendit.
Il était fatigué, vraiment fatigué, mais il devait repasser devant ses attaquants et il aurait voulu les arrêter pour savoir qui ils étaient.
Il jeta un dernier coup d'œil en arrière, vers les ruines et le cimetière. Même de là tout semblait calme. Rouge et orange comme en automne. Il se demanda brièvement si l'hiver venait jusque là. Il prit son courage à deux mains et s'engouffra dans la barrière magique.
Il fut enveloppé par la même chaleur, le temps qui paraissait se distorde et tout fut terminé très rapidement. Il vit ses agresseurs se regrouper pour discuter. Ils semblaient apparemment se croire à l'abri. Il attendit sagement qu'ils forment un semblant de cercle, jeta un sort pour les lier, les immobilisa puis prit leurs baguettes.
Mais il n'avait pas vu que d'autres étaient en arrière prêts à riposter en cas d'attaque. Ses ennemis ne pouvaient pas le voir, mais ça ne les empêchait pas d'essayer de le toucher. Ils jetaient sorts après sorts sans jamais le toucher. La vérité était qu'ils n'étaient pas très futés. Ils n'essayèrent même pas un 'Finite Incantatem' pour enlever le sort.
Il ne lui fallut pas longtemps pour les stupéfixier et les envoyer rejoindre les autres. Ce n'était assurément que des gardes.
Il souleva ensuite la manche de plusieurs personnes et découvrit qu'il s'agissait bien de mangemorts. Ils avaient sans doute été envoyés pour l'attendre.
Voldemort savait qu'un jour ou l'autre Harry voudrait retourner chez lui et c'est ce qu'il avait fait.
Avant d'aller voir ses amis, il transplana au Ministère et leur parla de sa capture. Sans attendre de réponse, il se rendit au Terrier.
Hpsshpss
« Harry ! » Ginny se jeta dans ses bras. Ron posa une main sur son bras. « Comment te sens-tu ? »
Le jeune homme brun regarda autour de lui mais ne vit pas Hermione. « Ron, où est -»
« Je suis là Harry, tout va bien. » Elle était sortie de la maison lorsqu'elle avait entendu les cris de Ginny. « Notre apprenti médicomage m'a guérie en un tour de main. » Elle fit un sourire chaleureux à sa future belle-sœur.
« Ouais, certains sont plus chanceux que d'autres. » Marmonna Ron dans sa barbe.
« Oh Ron ! Tu n'as qu'une petite élongation. Ce sera terminé demain. Ce n'est pas la peine d'en faire tout un plat, vraiment. »
Harry jeta vers lui un regard inquiet.
« Non, Harry. Ce n'est que de la comédie. J'ai regardé et je t'assure que je ne peux rien faire. »
« Laisse-moi quand même jeter un coup d'œil. On ne sait jamais quel sort peut l'avoir touché. »
« Mais -»
« Voilà un frère ! » Le rouquin tira la langue à sa sœur.
« Allons à l'intérieur, on sera mieux. » Il ne neigeait pas encore, mais le vent était suffisant pour ne pas s'éterniser dans la cour.
Ginny et Ron entrèrent, pendant que Hermione arrêtait son meilleur ami. « Harry, que s'est-il passé là-bas ? Tu es parti une demi-heure seulement. As-tu passé ce temps à te battre contre nos agresseurs ? »
Harry écarquilla les yeux. « Seulement une demi-heure ? Je ne suis pas parti plus longtemps ? »
« Non, peut-être trente-cinq minutes, mais pas plus. Et quand on a essayé de te contacter avec le miroir, il y avait des interférences. Ca ne fonctionnait pas. C'est Ginny qui a eu l'idée d'essayer de te contacter grâce au bracelet et encore, ce fut difficile. »
« Je- Je ne sais que dire Mione. Je vous raconterai ce qui s'est passé. Promis. Allons déjà soigner Ron. »
« Tu penses que tu le pourras. Gin a dit -»
« Je ferai ce que je peux. Allez viens. » Il prit le bras de la jeune fille et en profita pour scanner toute sorte de blessure à côté de laquelle aurait pu passer Ginny, mais il ne vit rien. Son amie allait aussi bien qu'elle le paraissait. Il sentit un poids quitter ses épaules.
Quand ils arrivèrent Ron était déjà affalé dans un fauteuil, sa jambe droite appuyée contre un tabouret, semblant souffrir le martyr. Ginny roulait des yeux. Son frère était un comédien né.
Le Gryffondor s'approcha de son ami roux, posa une main sur sa jambe, ferma les yeux pour visualiser une fracture ou un quelconque problème interne. La plus jeune fille avait raison. Ron n'avait que la jambe fatiguée, mais il préféra ne pas prendre les choses à la légère. Même si ce n'est pas grave, mal soignée, elle pourrait devenir douloureuse. Il chercha à localiser l'origine de la douleur, posa la main dessus et sans un mot, jeta un sort pour détendre le muscle. Une lueur dorée enveloppa sa main et entra dans la jambe. Toute douleur avait quitté Ron.
« Je te conseille de ne pas forcer pour ce soir. Tu te sens peut-être mieux, mais ta jambe est encore en train de guérir. Gin avait raison, ce n'était rien du tout. J'ai juste accéléré le processus de détente. »
« Ououh merci. Je ne me suis jamais senti aussi bien. J'ai l'impression que je pourrais voler. »
« Je te le déconseille fortement. Elle est encore fragile, ne l'oublie pas. »
« Comment -»
« Gin, tu apprendras. Je suis certain que Madame Pomfresh connaît ce petit tour. »
« Je t'assure Harry que je ne l'ai jamais rien vu faire de tel. En tout cas pas sans baguette. »
« J'aurais pu le faire avec une baguette et dire le sort à haute voix, mais à quoi bon ? » Il lui fit un clin d'œil. « Je suis sûr que mon mentor l'a appris de notre chère infirmière. Mais si elle ne te l'apprend pas, je te promets de le faire. OK ? »
Elle le dévisagea avec scepticisme. « Si je comprends bien, tu ne veux pas me l'enseigner maintenant ? »
C'est Hermione qui l'interrompit. « Non Ginny. Je veux d'abord savoir ce qui s'est passé là-bas. »
La jeune rouquine acquiesça simplement.
Harry prit un air grave et leur narra ce qu'il s'était passé. Il n'omit rien, ni la chaleur qui s'était instillée en lui lorsqu'il avait passé la barrière magique, ni le sentiment de bien-être qu'il avait ressenti plus tard alors qu'il s'approchait des ruines. Il leur parla des tombes, du froid qui était soudain tombé, de l'impression d'être resté là-bas des heures durant. Et de leur contact.
« Je suis revenu ici aussi vite que possible. »
« Tu ne sais pas ce qui s'est passé alors ? »
Il réfléchit quelques instants avant de répondre. « Non, mais je vais en parler à mon mentor et je vais fouiller dans quelques livres. »
Hermione avait une expression pensive lorsqu'elle dit, « Il faudrait y retourner. Je suis curieuse de voir cette barrière par moi-même. »
Harry se tendit soudain. « Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Je pense que Voldemort va renvoyer des gardes dès qu'il aura eu vent de la défection de ceux-ci. Ils s'attendent à notre venue. »
« Oui mais -»
Il l'interrompit. « Nous y retournerons lorsque vous serez aurors et bien entraînés, d'accord ? »
Hermione allait protester quand Ron dit, « Je suis d'accord avec Harry. Nous sommes une gêne pour lui pour l'instant. Nous devons apprendre à nous battre pour pouvoir l'aider. Dans peu de temps nous en serons capables. » Il embrassa sa petite amie. « Hermione ? »
A contrecœur la jeune fille acquiesça. « Promets-nous de ne pas y retourner tout seul ! »
Il serra les lèvres. « Je ne sais pas si je peux te faire cette promesse Mione. Je te promets en revanche, d'être très prudent et de toujours pouvoir compter sur l'aide de quelqu'un. Rassurée ? »
« Ouais. Il faut bien que je m'en contente. »
« Bon, et bien puisque nous sommes là, il me semble mon cher Harry que la dernière fois que tu nous as rendu visite, tu voulais un cours d'échecs. Ca te dirait de commencer ? »
Le regard vert s'illumina de malice. « Ouais. Mais fais attention, j'ai fait beaucoup de progrès. »
Il envoya un message mental à Severus. 'Je suis encore au Terrier. Je pense y rester encore une heure ou deux.'
La réponse ne fut qu'un murmure lointain, 'Entendu'
'Que fais-tu ?'
'Potions. Toi, tu demandes de l'aide à Ron pour les échecs !'
Le vieil homme termina la connexion lorsqu'il entendit un petit risque cristallin. Il ne voulait pas que le jeune homme sache qu'il était en train de se préparer un puissant poison. Si un jour sa couverture venait à tomber et qu'il était capturé par des mangemorts, il ne voulait pas être capable de leur dire quoi que ce soit. Il préparait donc un poison pour lui. Il était rapide et ne souffrirait pas.
Il voulait aussi en préparer un autre pour Harry. Au cas où sa cicatrice serait un horcruxe. Il lui faudrait alors une potion qui arrête son cœur et fasse croire à sa mort, le laissant dans un coma profond le temps de tuer Voldemort. Il ne voulait pas en parler au jeune homme, pas tout de suite. C'était des mesures draconiennes et très pessimistes mais il préférait prendre les devants au cas où… sans pour autant inquiéter son jeune protégé.
Il était content qu'Harry puisse voir ses amis. Il n'avait pas besoin de passer ses journées avec un vieux ronchon tel que lui. Il fallait qu'il voit des jeunes de son âge. Il était déjà bien trop mûr pour son âge. En regardant dans ses yeux, il avait parfois l'impression de voir un vieillard, une vieille âme. Une personne qui avait déjà tellement vécu qu'il était devenu sage. Il ne pouvait rien y faire à part l'encourager à voir ses amis et à le quitter à la fin de la guerre s'il survivait.
Il ne voulait pas garder le contact avec le jeune homme après la guerre. Il voyait déjà de la dureté dans ses traits, il avait par moment le regard glacial, heureusement tempéré par une luminosité et une générosité sans borne… le sarcasme dans sa voix ressemblait bien trop au sien pour sa tranquilité d'esprit.
Il déteignait beaucoup trop sur Harry et il espérait qu'en coupant les ponts à la fin de la guerre, il pourrait redevenir le gentil garçon qu'il était- ce qui ne voulait pas dire qu'il n'était plus gentil, bien au contraire, mais il avait perdu son innocence et il ne la récupérerait jamais.
Il boucha la fiole. Il avait terminé la première. Il devait se dépêcher de faire la seconde avant le retour du Gryffondor assoiffée de curiosité et un peu trop fouineur.
Hpsshpss
Ce soir-là, ils discutèrent des évènements de la journée dans le petit salon, un verre de cognac à la main. Comme il l'avait fait avec ses amis, Harry raconta à Severus ce qui s'était passé.
« Tu ne m'as pas dit ce que tu avais ressenti en voyant la tombe de tes parents. » Lui dit Severus en touchant un point sensible.
« Que veux-tu que je te dise ? Je les ai vus. Ca fait un drôle d'effet de se retrouver devant une famille que l'on ne connaît pas. »
« T'es-tu senti triste de voir ce qui restait de ta maison ? »
Harry sentit son cœur se serrer. « Je ne sais pas. C'est difficile à dire. Je ne ressens pas vraiment d'attache, pas comme à Poudlard et je n'ai aucun souvenir de mes parents et de Godric Hollow. Pourtant… C'est dur, plus dur que je ne l'aurais cru. »
Ils restèrent silencieux un temps. Severus comprenait le besoin que ressentait Harry de se distancer de ses sentiments, de ce qu'il avait vu là-bas. C'est la raison pour laquelle il changea de sujet. « Je pense que l'endroit est encore protégé par un sort de fidélité. Peut-être un peu moins commun que celui dont on se sert d'habitude, mais assurément plus puissant. Le fait que tu ais pu le traverser veut dire que tu es compris dans le sort. C'est tout de même étrange. Pourquoi protéger encore Godric Hollow ? »
« Tu crois que Tom aurait pu y cacher un horcruxe ? »
« Non, je ne pense pas. Le sort a été jeté par une personne lumineuse, si j'en crois tes sensations. Un être puissant et lumineux. J'aurais pensé à Dumbledore, mais maintenant qu'il est mort, la barrière aurait dû disparaître. Il faut faire des recherches et retourner sur place. Je ne vois que ça. Tes amis ont-ils senti la barrière ? »
« Ils n'ont pas eu le temps. On a été attaqué dès notre arrivée. »
« Hum. »
Ils sombrèrent dans le silence, savourant leur alcool.
« J'ai bien réfléchi. » Déclara finalement Severus, « R.A.B. pourraient être les initiales de Regulus Black. Il est mort en défiant le Seigneur Noir. »
Harry écarquilla les yeux. « Bien sûr. Nous avons trouvé un médaillon à Grimmault Place que nous ne pouvions pas ouvrir… Peut-être -»
« Vous l'avez trouvé ? »
« Je n'en suis pas certain, mais une vérification s'impose, ne crois-tu pas ? »
« Fais attention. »
« Comme toujours. » Severus soupira. Il n'était pas certain qu'Harry comprenne les mots 'faire attention'.
Finalement Severus but sa dernière gorgée et décida, « Ne nous attardons pas plus longtemps sur ce sujet ce soir. Nous avons toute la journée de demain. Voyons ce que t'as appris ton ami Ron. »
Harry lui fit un grand sourire, mi-joyeux mi-moqueur, « Il m'a appris à tricher ! »
Severus haussa un sourcil. « Je vois ! »
« Mais je ne le ferai pas. Il m'a aussi appris quelques techniques fort intéressantes. »
« Et bien à vous l'honneur de commencer Monsieur Potter. »
« Je vous remercie Monsieur Snape. »
La partie fut plus longue qu'à l'ordinaire. Le Gryffondor avait fait quelques progrès, mais pas encore suffisamment pour vaincre le Serpentard. Encore une fois, Harry perdit.
