Chapitre 12 : Echec et Mat
Pendant les quelques jours qui suivirent, Arès essaya tout pour s'introduire en douce dans les souterrains et aller soutirer des informations à Sirius avant qu'il ne soit bridé par les enchantements. Il y allait en pleine nuit, pendant que les autres étaient en cours… Il utilisait le Retourneur de Temps pour aider ses propres tentatives à réussir, suivant sa propre silhouette en espérant que seulement un seul de ses exemplaires soit remarqué et qu'il puisse pénétrer dans le couloir interdit. Ou alors, il l'utilisait pour faire ses tentatives pendant que son autre lui était en séance d'entraînement. Pendant deux jours, il avait son père comme seul adversaire car Lennart était 'occupé', et il l'envoya au tapis plusieurs fois de suite, malgré le fait que son père soit un très bon sorcier en combat.
Mais le couloir interdit était protégé avec plus d'astuce que jamais. Il y avait toujours soit Møller, soit Lennart en faction et ceux-ci l'envoyaient balader férocement dès qu'il s'approchait ; de plus, des charmes de détection étaient posés sur la porte des souterrains ce qui faisait que dès qu'il s'en approchait sa présence était révélée, peu importe la manière dont il se dissimulait dans les ombres ou cachait son aura magique.
Le troisième jour, son père et Lennart étaient de nouveau tous deux disponibles pour leurs sessions d'entraînement, ce qui voulait dire que Sirius n'avait plus besoin de protection. Il dû se résoudre à l'évidence : il allait rester dans l'ombre.
Frustré, il retourna deux fois son sablier de verre afin de se rendre à une heure décente chez Dimitri Krol. Ils avaient convenu des rendez-vous réguliers afin de planifier leurs actions à venir.
Sans surprise, il constata que Dimitri était déjà installé devant son plateau d'échecs lorsqu'il lui dit d'entrer. Il le rejoignit. Cette fois-ci, il avait les noirs.
"Alors, Black, as-tu réfléchi à tes objectifs ?" demanda Dimitri en commençant à jouer.
Arès n'avait pas beaucoup eu le temps de penser à ça pendant ces derniers jours, avec Sirius et ses secrets enfermés dans les souterrains. Maintenant qu'il avait de nouveau la tête libre de cette préoccupation, il essaya de recoller les morceaux du puzzle, tout en jouant la partie d'échec.
Il avait appris qu'un groupe de sorciers agissait dans l'ombre et qu'ils étaient suffisamment puissants pour infiltrer les autres camps, Regulus et Sirius en étaient des preuves parlantes. Leur présence était importante dans l'école comme deux professeurs en faisaient partie. Ce qui l'inquiétait, c'était qu'il ne connaissait pas le but de cette organisation secrète. Même si on lui avait certifié qu'ils n'étaient pas ennemis, il préférait être prudent et, de toute manière, ne pas tabler sur une alliance. Tant qu'il n'en saurait pas plus sur leurs motivations ou leur mode de fonctionnement, il ne pourrait pas savoir ou non s'ils étaient une menace potentielle.
Ça avait beau être une de ses préoccupations, il était obligé de la mettre de côté pour l'instant. A court terme, Arès devait plutôt se concentrer sur la création de son camp à lui.
Depuis deux semaines qu'il réunissait le Sol Niger, il commençait à savoir exactement ce dont ses amis étaient capables présentement. L'avantage de la constitution de ce groupe c'est qu'ils se connaissaient très bien, qu'ils avaient l'habitude d'aller en 'mission' ensemble et donc de fonctionner de manière cohérente. Autre aspect non négligeable : ils s'entendaient bien. Au fil des années, malgré leurs différences, ils avaient lié une véritable amitié - enfin, autant qu'elle était possible quand quelques-uns des membres se comportaient comme les Sang-purs qu'ils étaient. Chacun avait trouvé sa place et avait formé un lien plus étroit avec la ou les personnes avec lequel il avait le plus d'affinités. Anvald et Gunhild étaient inséparables, les jumelles restaient assez discrètes et entre elles mais Senalda et Lyra étaient proches et il arrivait à Ludwig et Malvina de passer du temps ensemble.
Bien sûr, Lyra était la plus proche d'Arès ; elle connaissait tous ses secrets à peu de choses près et il la mettait souvent au courant des derniers développements. Par exemple, elle savait qu'il initiait une alliance avec Dimitri et qu'il avait découvert l'existence d'un nouveau groupe. Discuter avec elle l'aidait à mettre en ordre ses idées et à voir la situation plus clairement.
En réalité, s'il occultait ce fameux groupe, il voyait assez clairement dans ses objectifs.
"Je voudrais arrêter cette guerre et pacifier le monde sorcier en faisant en sorte que les mages blancs et noirs puissent cohabiter" répondit-il finalement.
Dimitri eut un petit rire. "Si je suis mégalomaniaque, tu es certainement un idéaliste !"
"Plus le but est grand, moins facilement on le perd de vue. Je sais que ce n'est pas une utopie, il doit y avoir un moyen de construire une société sorcière forte et harmonieuse pour pouvoir porter une telle charge."
"Et par rapport aux Moldus ?"
"Je n'ai pas l'ambition de changer la face du monde entier" sourit Arès. "Si déjà la société sorcière est plus unie, nous aurons moins à craindre les Moldus. Un des points à revoir, par exemple, est l'éducation des jeunes sorciers nés de Moldus. Même en suivant des cours d'été intensifs à Durmstrang avant la première année, ceux qui ont été élevés loin de la magie ont plus de mal à s'intégrer. Et leur magie en pâti aussi ; elle est moins développée que celle des autres. En faisant attention à de tels détails, il pourrait être possible de changer les mentalités et de permettre à tous de trouver sa place dans le monde sorcier."
Dimitri renifla de dédain. "Tu veux donner le même statut aux Nés-de-Moldus qu'aux véritables sorciers, qu'aux Sang-purs ?"
"Je n'ai jamais dit une telle chose" répliqua Arès. "Je pense juste qu'on peut construire une société juste en prenant en compte tous les individus doués de magie, peu importe sa couleur ou leur ascendance. Il faut travailler une manière de le faire de façon à ce que tout le monde y trouve son compte, y compris les Nés-de-Moldus. Ce sont des sorciers, Krol. Ils méritent d'être traités comme tel."
"Je ne suis pas du tout d'accord avec toi" dit calmement Dimitri en détachant son regard du plateau de jeu. "Les Nés-de-Moldus doivent être ostracisés clairement, ou en tout cas mis à leur place à défaut de les exterminer. Ils ont un sang qui tue la magie !"
"Il est vrai que le sang Moldu dissout le sang sorcier et atténue, au fil des générations, la capacité à faire de la magie. Mais rappelles-toi ce qu'a dit le professeur Ljungström : peut-être que nous perdons la magie naturellement et qu'à travers les siècles elle diminue. C'est une des explications possibles et il a dit qu'elle devait probablement exister en plus du problème de la dissolution du sang. Je pense que le problème du sang n'est pas aussi simple que tu le dis."
"Je n'ai jamais dit le contraire. Mais il n'empêche que toutes les familles de Sang-purs sont celles qui ont le plus d'influence sur la scène politique. Il ne faut se mettre à dos de précieuses aides."
"Sous prétexte d'avoir plus de pouvoir 'parlementaire', tu veux encourager la discrimination des sorciers selon la pureté de leur sang ?" s'indigna Arès.
"Oh, arrête de faire l'innocent" sourit Dimitri. "Tu sais que c'est ce que fait Voldemort, en dix fois pire. Pourquoi crois-tu qu'il a réussi à rallier autant de mages noirs ? C'est parce qu'il prône la supériorité des Sang-purs. Il joue leur jeu et en échange, il bénéficie de serviteurs fidèles et puissants en eux-mêmes. C'est un ressort politique." Son sourire s'agrandit et il se pencha en avant en déplaçant un pion. "Tu sais que Voldemort clame qu'il est le descendant de Serpentard ? Eh bien, c'est la vérité. En revanche, du côté de son père… Il est loin d'être à la hauteur de son propre jugement. Quelqu'un qui a connu Voldemort jeune m'a certifié qu'il était de Sang-mêlé."
La mâchoire d'Arès se décrocha de surprise. Dimitri se rassit bien profondément et croisa les mains derrière la nuque, visiblement en train de savourer l'effet produit par sa dernière réplique. "Tu vois, Black, ce monde est pourri et on ne pourra le changer que quand on en sera à la tête, pas avant."
Il se reprit, saisissant une faille dans le beau discours de l'autre. "Mais toi, personnellement, tu crois la en supériorité des Sang-purs, n'est-ce pas ?"
Il captura un pion ; c'était le cinquième élément de Krol qu'il prenait. Ils étaient plus ou moins à égalité sur le plateau. Krol avait l'avantage des blancs mais Arès n'était pas loin.
"Bien sûr" sourit Dimitri. "Mais je crois surtout en la supériorité des sorciers, tous types d'ascendance confondus. Ne te méprends pas : je veux que tous les sorciers puissent pratiquer la magie et y être encouragés. Mais je pense que l'eugénisme est nécessaire. Il faudrait trouver un moyen de garantir un certain degré de pureté de sang pour les Sang-mêlés ; la première étape est, bien entendu, le contrôle des naissances. Le pire, ça serait que les familles de Sang-pur continuent à se mêler aux Moldus et aux Sang-mêlés proches des Moldus. Si nous pouvons contrôler ce phénomène, alors la présence de Sang-mêlés ne me pose pas de problèmes."
"Et les Nés-de-Moldus ? Qu'as-tu prévu pour eux ?"
"Tu sais tout aussi bien que moi que les Nés-de-Moldus sont nés avec des pouvoirs magiques parce que, quelque part, très loin dans leur ascendance, il y avait des sorciers." Arès hocha la tête. Il maîtrisait le problème de la valeur du sang sorcier sur le bout des doigts. C'était un point que Ljungström avait développé pendant des mois et des mois pendant leur quatrième année. "Pour Voldemort et beaucoup de mages noirs de Sang-pur, ils doivent être exterminés. Je ne suis pas d'accord. Je pense que leur sang est important car la magie a réussi à en ressortir malgré les siècles de brassage Moldu. C'est un miracle, quand tu y penses de près - ils ont souvent des pouvoirs magiques aussi développés qu'un Sang-mêlé ou que certains Sang-purs. Peut-être descendent-ils d'un sorcier très puissant par chacun de leurs parents et cette rencontre de deux infimes proportions engendre un sang sorcier par un phénomène de choc ou autre. J'imagine qu'on pourrait faire un compromis en autorisant les plus puissants d'entre eux à avoir des enfants avec des Sang-mêlés qui n'ont pas un taux de sang Moldu trop élevé dans leurs veines. On ferait d'une pierre deux coups : on ramènerait du sang frais et potentiellement puissant ; de plus, on intègrerait les Nés-de-Moldus à la société sorcière et on les détacherait des Moldus."
"En définitive, là où le contrôle des naissances prendrait toute son importance, ça serait dans l'interdiction de se mélanger aux Moldus. Je crois que je comprends tes idées, Krol, et je dois avouer que ça me semble juste. C'est sévère mais ça se justifie."
"Et ça permet de profiter du soutien des familles de Sang-purs" rappela Dimitri. "Même les grandes familles de mages blancs pensent à la pureté du sang. Je pense surtout à la Grande-Bretagne, puisque j'imagine que ça sera ton terrain de jeux préféré, comme tu es Anglais. Là-bas, plus qu'en Allemagne encore, les anciennes familles ont une telle mainmise sur le pouvoir qu'elles gouvernent presque. Par exemple, les Scrimgeour, les Dumbledore, les Serpentard, les Malfoy, les Bones, … tous ceux qui ont les positions les plus importantes sont des Sang-purs venant d'anciennes familles."
Arès bougea sa reine.
Dimitri répliqua en avançant un cavalier et annonça "Echec".
Il sourit et déplaça un pion, mettant Dimitri dans une position dangereuse et le forçant à céder du terrain.
Quelques minutes plus tard, ils durent avouer que la partie était nulle, Arès n'ayant plus que son roi et Dimitri se battant avec uniquement un cavalier pour protéger son roi à lui. Ils se serrèrent la main. Un frisson parcourut Arès lorsque leurs peaux entrèrent en contact. La magie noire de l'autre sorcier pulsa doucement contre la sienne et la chair de poule se répandit le long de son bras. Krol lui fit un sourire éclatant, secoua ses boucles blondes, son regard sembla étinceler. Arès répondit d'un hochement de tête, bien que quelque chose en lui ait changé et l'avait poussé, l'espace d'un instant, à s'approcher plus près de cette source de magie si similaire à la sienne.
Pour la première fois lorsqu'il se sépara de Dimitri, Arès eut l'impression d'avoir parcouru un bout de chemin.
-OoO-
Sirius était certainement un des sorciers les plus étonnants que connaissait Arès.
Dès que Sirius avait été 'marqué', Regulus l'avait escorté presque tous les soirs dans sa cachette pour qu'il puisse faire la connaissance de son oncle. Il l'avait laissé devant la porte du souterrain où habitait Sirius, à quelques dizaines de mètres de la lourde porte de métal. Arès se garda bien de révéler qu'il était déjà allé dans les souterrains ; en tout cas, la salle qu'habitait Sirius ne comportait pas de dragons ni de Manticores et n'avait rien à voir avec le caveau brut qu'il avait vu trois ans auparavant. C'était une pièce différente, de taille moyenne, qui était aménagée comme un studio.
Sirius semblait tellement à l'aise dans ce qui était, en réalité, une sorte de prison sous terre, que ça en était effrayant. Il se révéla être un sorcier joyeux, blagueur, à la compagnie rafraîchissante. Ce qui surprit énormément Arès - de la part d'un ancien prisonnier d'Azkaban ayant subi pendant une bonne dizaine d'années l'influence des Détraqueurs, il avait plutôt bien conservé sa santé mentale.
Le problème avec Sirius était peut-être le fait qu'il se comportait la plupart du temps comme un adolescent et pas comme un adulte ayant des responsabilités.
"Oh, allez, Arès !" insistait Sirius. "Aide-moi à jouer un petit tour à ton père ! Ce n'est pas compliqué, tu prépares la potion et je…"
"Pour la dernière fois, non" répondit Arès avec fermeté. "Tu ne crois pas que tes relations avec lui sont assez difficiles comme ça ?"
"S'il a le sens de l'humour, il ne va pas mal le prendre !" fit remarquer Sirius.
"Ah oui ? Parce qu'être forcé de parler troll pendant une journée entière, c'est vraiment facile à vivre ?" rit Arès.
Sirius eut un sourire cabotin. "En plus il est professeur ; ses élèves vont a-do-rer. Tu sais que tu le veux autant que moi, gamin."
"Pas vraiment" rigola Arès, contaminé par l'énergie communicative de son parrain.
"Si tu veux, je t'accompagnerai en cours. J'ai un déguisement de choix." Face à l'expression interrogative d'Arès, il se transforma en un grand chien noir. Arès ravala un cri d'admiration alors que le chien venait lui lécher le visage.
Sirius se retransforma et lui fit un clin d'œil. "Alors, gamin, qu'est-ce que tu en penses ?"
"C'est trop dommage que ça ne soit pas au programme scolaire avant la Maîtrise de Métamorphose !" se plaignit Arès. "Tu vas m'apprendre ?"
Sirius rit - faisant penser à un chien sur deux pattes un peu fou qui aboyait de joie. "Tu es un rebelle dans l'âme, je le sens. Un vrai Maraudeur !"
Une ombre passa dans ses yeux et son rire bruyant mourut dans sa gorge. D'un coup, le sorcier plus âgé se ferma, son visage se vida de toute expression joyeuse et ses grands yeux enfoncés dans leurs orbites se perdirent dans le vide. Il venait d'évoquer les fantômes du passé, de son passé, et aussi de celui d'Arès ; Regulus lui avait raconté, il y a bien longtemps, comment James, Sirius, Remus Lupin et Pettigrew, les quatre inséparables, s'étaient eux-mêmes surnommés les 'Maraudeurs'.
Quand il s'assombrissait à ce point, la seule solution était de le laisser un peu seul, le temps qu'il évacue sa tristesse. Arès se retira, un peu peiné de voir son parrain si déchiré par la vie. Il s'était si vite attaché à lui ; il était la dernière chose tangible, mis à part sa cicatrice, qui le reliait à son identité d'Harry Potter. Il aimerait lui avouer qui il était, mais c'était impossible, Sirius n'ayant pas suffisamment étudié l'Occlumancie pour se protéger de Dumbledore. Et même s'il avait beaucoup changé en si peu de temps, Arès ne savait pas s'il était réellement capable de supporter la vérité.
Il se fustigea mentalement. Il fallait absolument qu'il arrête de s'attacher aussi facilement aux gens, surtout quand il ne savait pas s'il pouvait leur faire confiance ou non ! Il se promit qu'à partir de ce moment, ses relations avec Sirius seraient purement 'professionnelles'. Harry Potter était mort. Il était Arès Black, maintenant.
-OoO-
Pendant les deux semaines qui suivirent Arès ne libéra pas de temps pour rencontrer Dimitri et passa un peu de son temps libre avec Sirius. Le sorcier s'ouvrit un peu plus et se décida à lui expliquer comment faire pour devenir un Animagus. C'était un processus qui pouvait prendre de quelques semaines à un an ; le premier critère était de savoir bien méditer - critère qu'Arès remplissait à la perfection avec ses années de pratique quotidienne. Il fallait ensuite essayer de rentrer en contact avec son 'moi animal' et reconnaître sa forme ; lorsque cette étape était passée, on entreprenait la première transformation qui pouvait mettre des heures et des heures et des heures à venir.
En parallèle, il s'était installé dans une routine journalière entre les réunions du Sol Niger au petit matin, les cours, les heures d'entraînements et les heures de travail scolaire. Il ressentait de moins en moins le besoin de travailler pour les cours ; dans le même temps, ses notes s'amélioraient. Il semblait qu'enfin son acharnement payait.
Lorsqu'il frappa finalement à la porte de Dimitri, alors que le mois d'octobre était bien entamé et la nuit polaire bien proche, celui-ci lui ouvrit à moitié nu, uniquement vêtu d'un pantalon souple.
Il ne put s'empêcher de détailler le torse qui s'offrait à son regard, fasciné par la façon dont les muscles fins roulaient juste sous l'épiderme et l'équilibre parfait des formes masculines. Il déglutit, ses yeux se perdant dans la contemplation du grain de peau de son vis-à-vis.
"Bonjour, Black" l'accueillit Dimitri avec une nuance d'amusement dans la voix.
Arès se força à relever les yeux et rencontra ceux, rieurs, du torse imberbe qu'il venait de fixer. Il rougit, gêné à la fois d'être pris sur le fait mais aussi par timidité face à ce beau corps.
"Krol" croassa-t-il. "Veux-tu t'habiller avec un peu de décence ? Je refuse de parler à un sauvage qui vit à poil."
Une voix rit au fond de lui et Arès la repoussa machinalement. Ça faisait des mois qu'il ne l'entendait plus et elle ne lui manquait pas le moins du monde.
"Si tu insistes" fit Dimitri en enfilant une chemise blanche aux longues manches qui traînait sur un dossier de chaise.
Quand Arès le regarda de nouveau, Dimitri arborait un sourire éclatant. "Alors, que me vaut l'honneur de ta présence ? Je ne pensais plus te revoir du tout, tu m'avais tellement oublié ces derniers temps…"
Arès lui répondit sur un ton tout aussi provocateur qu'il avait beaucoup de choses plus importantes à faire qu'à jouer aux échecs avec un mégalomaniaque et ils commencèrent une nouvelle partie d'échecs dans la joie et la bonne humeur. La conversation revint rapidement sur la question des Moldus, puis sur la meilleure stratégie à adopter pour reprendre du terrain sur Voldemort dans le jeu de pouvoir européen. Entre deux suggestions, il arrivait à Dimitri de lancer une remarque à Arès - en général, il n'en comprenait pas trop l'intérêt, ou préférait penser qu'il le comprenait mal. 'Tu pourrais trouver du soutien auprès des Sang-purs anglais d'une façon très simple, Black ; il te suffit de les séduire avec tes idées' ou encore pire 'Black, maintenant qu'on est partenaires, j'aimerai avoir l'occasion de mieux te connaître, plus en profondeur - nous devrions tout partager, mmmmh ?'.
Comme d'habitude, ils finirent la partie à égalité.
-OoO-
Le Sol Niger avançait bien. Ils avaient passé en revue la plupart des sorts et maléfices étudiés dans les années supérieures qui pouvaient être utiles dans le cadre d'une bataille, y compris dans les programmes des Maîtrises. Ses amis étaient ravis d'apprendre et en demandaient toujours plus.
Milieu octobre, Arès réussit à voir sa forme d'Animagus. Il méditait dans sa chambre, assis en tailleur sur son lit. Il était rentré dans son espace intérieur, qu'il représentait comme sa clairière - il s'y sentait chez lui - et attendait, comme il le faisait depuis quelques temps déjà, la visite de son animal. Assis sur son rocher au milieu des fleurs blanches à longue tige qui se balançaient dans le vent, éclairé seulement par la lune, il attendait.
Alors qu'il allait sortir de sa médiation, un jaguar noir avec une tête épaisse et des mâchoires puissantes surgit du couvert des arbres. Il marcha lentement vers Arès, son long corps souple ondulant à chacun de ses pas. Le sorcier retint son souffle avec que le félin s'arrêta face à lui et s'assit sur son derrière. Il ne bougea pas, émerveillé par la présence du noble animal. Il aurait pu avoir peur, mais tout ce qu'il ressentait, c'était de la curiosité.
Ils se regardèrent droit dans les yeux. La bête était réellement énorme. En étant assis en tailleur face à lui, Arès devait lever la tête pour le regarder. Il détailla le large poitrail musclé, le pelage noir qui brillait sous la lumière de la lune et ces yeux en amande d'un vert intense - les mêmes que les siens.
C'était comme s'il était mis soudain face à un miroir déformant. Il se voyait dans ce regard d'émeraude, il se reconnaissait dans cette bête sauvage. Il savait que c'était lui aussi, juste une partie différente de lui qu'il ne côtoyait pas très souvent.
Lorsqu'il tendit la main pour caresser le jaguar, celui-ci vint à sa rencontre, mettant son front large en avant, et il fit un bruit qui ressemblait à un ronronnement. Les doigts d'Arès glissèrent sur le poil noir et miroitant, doux comme de la soie.
Puis, aussi soudainement qu'il était apparu, le jaguar se releva et bondit dans la forêt, louvoya entre les troncs et disparut entre les arbres dans un mouvement souple. Le charme se rompit et Arès souffla. La clairière s'estompa autour de lui et il sentait de nouveau les draps lisses sous ses pieds nus. Il ouvrit les yeux sur sa chambre.
Il exultait à l'idée de pouvoir se changer à volonté en un grand félin. Il avait craint le pire pour sa forme d'Animagus, persuadé qu'il se changerait en une créature sans défense qui ne lui serait d'aucune utilité. Il avait eu la chance de tomber sur un animal puissant ; le problème était peut-être le manque de discrétion. Enfin, l'important, c'est que l'étape la plus intéressante commençait : il devrait à présent se focaliser sur sa forme d'Animagus jusqu'à ce qu'il arrive à réaliser sa première transformation.
Sirius fut très impressionné quand Arès lui raconta sa rencontre.
"Ça avance très vite, dis donc !" se réjouit son 'mentor'.
Arès se garda bien de lui révéler sa forme d'Animagus. Sirius fut un peu déçu du manque de confiance d'Arès, mais après tout, ils se connaissaient à peine ; pourquoi livrerait-il un secret d'une telle valeur ? Le sorcier lui révéla quand même les étapes supplémentaires à franchir pour accomplir la première transformation.
Cela lui prendrait du temps, mais ça en vaudrait la peine. L'étape qu'il venait de passer était la plus longue en général, mais pour lui elle n'avait pris que deux semaines. Sirius lui annonça qu'il pourrait probablement se considérer comme un Animagus d'ici un mois tout au plus.
Entretemps, Arès apprit quelque chose qui l'enchanta au plus au haut point.
C'était en cours de Magie Noire. Leurs séances de duel avaient lieu cette année dans la grande salle des souterrains, ce qui faisait qu'Arès avait vraiment l'impression d'y passer sa vie entière. Après le cours, en général, Lennart les congédiait assez rapidement. Mais pas cette fois.
"A partir de la semaine prochaine, vous serez mis à l'épreuve pour le Tournoi Annuel de duel qui a lieu la veille des vacances de Noël. C'est un tournoi qui oppose vingt élèves, les meilleurs pour chaque Foyer de chacune des quatre dernières années. Vous l'aurez compris, parmi vous tous, seulement un de chaque Foyer sera sélectionné pour le Tournoi. Je vous observerai et noterai chacun de vos résultats en duel d'ici là. J'annoncerai les sélectionnés au début de la semaine précédant le Tournoi."
Un murmure d'excitation parcourut la salle. Lennart leva une main pour réclamer le silence.
"Pendant le Tournoi, vous ne vous affronterez pas entre vous - ce serait trop facile comme vous connaissez tous bien vos méthodes. Non, vous affronterez les élèves plus âgés. Pour ne pas vous mentir, d'habitude, les Cinquièmes Années ne dépassent pas la première manche. J'espère que vous ferez de votre mieux et que quelque uns d'entre vous accéderont à la seconde manche."
Arès était impatient de voir comment allait se dérouler ce tournoi. Le seul obstacle qui était en travers de son chemin était peut-être Dimitri, l'autre Odin, qui était suffisamment doué pour lui faire de la concurrence pour la sélection des participants. Il séchait toujours la plupart des cours mais la magie noire était la seule matière pour laquelle il était toujours là.
-OoO-
Cher Arès,
Je sais que tu es débordé dans ton école élitiste mais tu pourrais m'écrire un peu plus souvent quand même ! Je me ferai une joie de t'embêter à Noël - tiens, étais-tu au courant que mes parents viennent d'inviter Regulus ? Apparemment il est obligé d'accepter. Tu sais ce que c'est, les obligations familiales et tout le tintouin, et je m'en réjoui d'avance.
Seule ombre au tableau : les Thompson aussi sont invités. Je ne veux pas la voir, tu m'entends ? Si je dois passer ma vie entière avec elle, alors au moins laissez-moi mes dernières années de liberté !
Je ne sais pas comment elle est au courant mais ce matin Parkinson m'a sauté dessus en me promettant son amour éternel ou je ne sais quelles bêtises et depuis c'est une véritable sangsue. Apparemment la mère Parkinson voulait marier sa fille avec moi. Plutôt crever ou embrasser une Sang-de-bourbe.
Parkinson est une Sang-pur mais elle ne compte pas. Elle est véritablement acharnée - non mais tu te rends compte que je crois qu'elle a essayé de me faire boire du philtre d'amour hier soir ?! Je ne l'ai pas bu, bien sûr. Je ne me fais pas si facilement avoir !
En tout cas, je n'ai aucune envie de revoir Thompson. Si tu pouvais la rendre malade avant, ou je ne sais, trouver un moyen de l'empêcher de venir, je t'en serai TRES RECONNAISSANT.
Réponds vite,
Draco Malfoy.
-OoO-
"Sirius part retrouver Dumbledore demain" l'informa Regulus alors qu'il l'accompagnait dans les souterrains.
Arès hocha la tête. Il s'y attendait ; Sirius devrait bien y retourner tôt ou tard.
"Tu devrais au moins lui dire au revoir" le railla-t-il. "C'est ton frère, après tout ; en plus maintenant vous êtes du même côté."
Regulus soupira. "C'est plus compliqué que ça."
"Non, ça ne l'est pas" rectifia Arès. "Va t'excuser et s'il s'excuse lui aussi, le problème est réglé."
Son père évita son regard et ne répondit pas. Il s'en fichait, après tout ça ne le regardait pas. Il entra dans la chambre de Sirius.
Celui-ci était assis sur une chaise en train de broyer du noir.
Arès, las d'avance, approcha une chaise et s'assit à ses côtés. "Alors, comme ça, le goût du citron te manque ?" Son oncle lui avait raconté les manies de Dumbledore, y compris celle de manger des petites dragées au citron quand il était stressé. L'abus de sucre était parfois une addiction très dangereuse…
Sirius releva la tête, mais ses yeux ne s'allumèrent même pas à la plaisanterie.
"Tout est de ma faute" souffla-t-il.
Arès ne savait pas de quoi il parlait mais il était hors de question qu'il joue les psychologues. "On dirait bien" répondit-il froidement, dans le seul but de le choquer.
"Hein ?" lâcha intelligemment Sirius. Ça avait marché : il semblait s'être enfin sorti de sa rêverie.
"Au revoir." Arès lui serra la main.
"Tu pars déjà ?" s'étonna Sirius. "Que se passe-t-il - est-ce qu'un Niffleur a avalé ta langue ?"
"J'ai des choses à faire" dit-il évasivement.
Ce qui était plus ou moins vrai. Mais la principale raison était qu'il voulait faire ses adieux le plus vite possible. Après tout, Arès était content d'être débarrassé de l'influence de Sirius. Au contact de celui-ci, il avait la fâcheuse tendance à devenir idiot.
Quelques heures plus tard, après avoir fini un livre sur les usages de la Magie blanche par les Mages noirs en Angleterre du Sud de 1717 à 1719 - une lecture pour Ljungström et son cours d'Histoire politique, il alla retrouver Dimitri pour leur séance d'échec habituelle.
"Cette fois-ci, je voudrais vraiment que tu commences à me dire quelques petites choses" exigea Arès en engageant le jeu.
"Comme quoi ?" demanda Dimitri avec son sourire éclatant.
Ce sourire agaçait Arès. Quand il le voyait, quelque chose dans son ventre lui donnait envie de lui donner un coup de poing, ou n'importe quoi, pour que l'autre ravale son amour propre.
"Comme par exemple pourquoi le directeur, qui est Mangemort notable, te donne sa bénédiction pour aller t'entraîner quelque part."
"C'est une question très intéressante" remarqua son vis-à-vis. "Mais je ne veux pas te répondre. Sauf…" poursuivit-il alors qu'Arès allait répliquer, "si tu me dis le contenu précis de la prophétie."
Arès calcula l'échange pendant quelques secondes. "Non, ça ne vaut pas. Dans ce cas, dis-moi aussi qui est cet homme qui t'entraîne et pourquoi."
"Dans ce cas, je resterai silencieux" observa Dimitri.
Il fit un clin d'œil à Arès qui sentit son énervement monter. "Comme tu veux, Krol" lâcha-t-il nonchalamment. "Tu avais pourtant l'occasion de connaître la vérité sur mon compte."
"Et toi aussi" répondit Dimitri sur le même ton.
Arès sentait une colère étrange monter en lui. Il avait fortement envie de frapper l'autre ; son attitude devenait plus qu'exaspérante ! Il grogna quelque chose d'intelligible qui était censé exprimer toute sa frustration et se concentra sur le plateau de jeu avec une attention renouvelée - en dépit de pouvoir déjouer les nœuds de l'esprit de l'autre dans la vie réelle, il allait l'écraser aux échecs, ça serait déjà ça de pris.
"Je vais t'avouer quelque chose, Black, puisque tu en meurs d'envie. En échange, tu me diras au moins un élément de la prophétie, un élément important bien sûr."
Arès, intrigué, fit un signe de tête pour indiquer qu'il acceptait l'échange.
"C'est Gellert Grindelwald" annonça simplement Dimitri.
Il manqua de s'étouffer. "Quoi ?!"
Le sourire éclatant de Dimitri s'élargit encore plus. "C'est Gellert Grindelwald qui m'entraîne."
"Mais… c'est impossible, il est en prison" s'étonna Arès.
Dimitri rit. "Tu crois qu'il est enfermé dans un cachot ? Pas du tout ! Il est dans une prison dorée. Ses anciens fidèles viennent encore le visiter toutes les semaines. Il a le droit d'aller et venir dans Nurmengard comme bon lui semble."
"Et le ministère allemand ? Je croyais qu'il était considéré comme un criminel dangereux…"
"Quand on a de l'influence, on obtient ce que l'on veut."
Toutes les implications qui découlaient de cette simple déclaration faisaient tourner la tête d'Arès. Dimitri suivait un entraînement par un des plus grands mages noirs de tous les temps, pas étonnant qu'il ait progressé si vite et que les études lui importassent si peu. Pas étonnant non plus qu'il ait autant de confiance en lui. De même, il devait bénéficier de l'appui de Grindelwald, s'il l'entraînait, et donc de la plupart des mages noirs d'Allemagne et même des pays limitrophes. En fait, réalisa Arès, Dimitri avait vraiment la possibilité de devenir un Seigneur des Ténèbres suffisamment puissant pour concurrencer Voldemort.
"Mais pourquoi toi ?" s'étonna Arès. "Je sais que tu es allemand et que la famille Krol est très respectée, mais après tout il doit y avoir bon nombre d'autres candidats…"
"Tut-tut. C'est une histoire pour un autre jour. Raconte-moi plutôt ce que disait cette prophétie, hum ?"
Arès s'humecta les lèvres en cherchant ce qu'il devait révéler exactement. Quelque chose qui le mettrait au niveau de Dimitri.
"Elle disait" répondit-il finalement, " qu'Harry Potter est l'égal de Voldemort…" il vit le sourire de Dimitri s'élargir. Il ricana en finissant sa phrase : "… et qu'il est le seul à pouvoir le tuer." Il se garda bien de préciser que la fin de la prophétie le condamnait à tuer Voldemort ou à être tué par lui.
L'enthousiasme de Dimitri retomba immédiatement. Il affichait un air calculateur - il devait imiter Arès et calculer à son tour tout ce qu'impliquait cette information. Finalement, il retrouva son sourire éclatant.
"Il semble que nous sommes fait pour nous entendre" badina-t-il.
Agacé, Arès se mit à pianoter sur le bord de la table. "Si tu la fermes, oui."
"Que tu es innocent" pouffa Dimitri. "Enfin, peu importe, je t'apprécie comme ça."
Une petite sonnerie d'alarme retentit loin, très loin, dans le cerveau d'Arès.
Ah, il était temps !
'Qu'est-ce que tu me veux ?' bougonna-t-il.
Ouvre les yeux, tu dois l'affronter en face, c'est le cœur du problème… mon petit ange. La voix était ironique.
Arès grogna intérieurement. 'Parle !'
Il te veut, il te veut, il te veut, chantonna la voix.
'Et alors ?' l'interrogea Arès.
Donne-toi à lui !
'Hors de question !' répliqua Arès, mortifié. 'C'est Krol !'
Et alors ? fit sarcastiquement la voix. Tu n'as jamais pris de bon temps… c'est un peu mauvais pour toi. Je te rappelle que tu es un adolescent en pleine puberté !
'Pour qui tu te prends, une agence matrimoniale ?' cracha Arès. 'Tu ne décideras pas de la façon dont je dirige ma vie !'
Comme tu veux, mon petit ange, lui souffla suavement la voix.
'Et arrête de m'appeler comme ça !' vociféra Arès.
Comme tu veux, mon étoile du matin.
Arès l'envoya balader aux confins de son esprit d'un geste rageur.
"Bon, Krol, tu es fat" lui indiqua-t-il.
Sur le plateau de jeu, en effet, Krol avait épuisé tous les mouvements possibles.
"C'est une amélioration" sourit-il. "Ce n'est pas tout à fait une partie nulle."
-OoO-
Novembre débutait et avec lui, la nuit polaire. Arès, avec tous les entraînements auxquels il participait, se sentait en meilleure forme que jamais.
"Passus !" lança Lennart en pointant sa baguette sur lui.
Arès laissa sa magie sans baguette faire un bouclier devant lui qui renvoya avec succès le sort à son professeur. Sur ce, il pivota sur sa jambe gauche, évitant l'épée de son père qui siffla à travers les volutes de magie qu'il laissait derrière lui quand il se déplaçait vite. Puis il fendit et son épée à lui plongea vers Lennart qui avait évité le sortilège. Elle s'entrechoqua contre le métal de celle de Lennart et Arès dû sauter sur le côté pour esquiver un maléfice de son père. Juste après, il lança 'Reditum' avec sa baguette, le sort du bouclier, pendant qu'avec sa magie sans baguette il faisait voler Lennart à l'autre bout de la pièce. Avant même que celui-ci ait touché le sol, Regulus lui avait envoyé un nouveau maléfice et faisait tournoyer son épée dans son autre main. Arès para le coup. Son bouclier dévia le maléfice et il bondit vers son père.
'Expelliarmus' lança-t-il avec sa baguette, en sortilège informulé.
Regulus ne le vit pas venir et sa baguette vola à l'autre bout de la pièce. Aidé par sa magie sans baguette, Arès le repoussa sans lui laisser le temps de réaliser et le fit tomber sur le dos. Il planta à l'aide d'un sort son épée dans le sol de pierre à travers les vêtements de son père, le clouant littéralement au sol.
Entretemps, Lennart s'était relevé et avait lancé un Doloris. Arès se déroba et, le sourire aux lèvres, tendit un bras de magie sans baguette. Il avait appris ce petit truc tout seul, quelques jours auparavant, et il se révélait bien utile. Sa magie absorba celle de l'Impardonnable, émettant un sifflement sourd qu'il devait sûrement être le seul à entendre. Une sorte de boule rouge et argent formée de magie condensée et fusionnée grandit d'un coup. Il la fit glisser vers sa main gauche en laissant tomber son épée par terre.
Il vit les yeux de son professeur s'écarquiller légèrement quand il comprit ce qui se passait. Mais Arès fit partir la boule comme une fusée en sa direction et elle alla tellement vite qu'il la perdit de vue et que Lennart n'eut même pas le temps de bouger d'un pouce. Il retomba en arrière en hurlant de douleur.
Arès savait que la puissance du maléfice était décuplée par sa propre magie mais il ne regretta pas un seul instant son geste. Après tout, son professeur l'avait déjà soumis plusieurs fois au Doloris dans le cadre de leurs entraînements.
Le silence s'étira quelques instants après que les cris de Lennart se soient tus. Arès s'assit par terre et rappela à lui sa magie alors que son père réussit enfin à arracher sa robe et récupéra sa baguette. Sans dire un mot, il tendit la main et aida Lennart à se relever et à aller s'asseoir sur un siège au premier rang des gradins. Puis il répara sa robe d'un sort. Enfin, il se tourna vers Arès.
"Bravo" dit-il simplement.
"Félicitations" surenchérit Lennart d'une voix un peu rauque. "Nous n'avons rien pu faire contre toi. En cinq minutes, nous sommes neutralisés. Et je ne doute pas que tu aurais très bien pu nous vaincre bien avant en nous tuant sans autre forme de procès."
Arès haussa les épaules, l'air indifférent. Il était vraiment content. C'était la première fois qu'il gagnait dans ces duels à deux contre un. Sa facilité était grandissante, il sentait littéralement le pouvoir grandir au bout de ses doigts.
A partir de ce moment il les vainquit à chaque fois.
En parallèle, il dirigeait le Sol Niger et instruisait ses amis. Les progrès étaient considérables car tout le monde s'investissait entièrement, en particulier Gunhild. La jeune fille cachait son chagrin mais Arès savait qu'elle avait été très frappée par la mort de Dhyste - elles avaient été très proches.
Un jour, un Epouvantard apparut dans une armoire du rez-de-chaussée du Foyer d'Odin. Arès transporta aussitôt le meuble dans la salle de duel pendant une des réunions du Sol Niger. Comme d'habitude, quand il ouvrit la porte, l'Epouvantard se changea en Détraqueur et il profita de cette opportunité pour apprendre à ses amis à lancer l'enchantement du Patronus. Entre chaque séance, il cachait l'armoire dans sa chambre.
Tout le monde réussit au bout de trois semaines à créer un Patronus corporel, à la grande fierté d'Arès. Il passa ensuite en revue toute une batterie de maléfices de magie noire qui n'étaient pas enseignés à Durmstrang.
Bien occupé comme il était, il n'avait pas beaucoup de temps à consacrer à ses autres activités ; il continuait à voir Dimitri régulièrement car suite à leurs aveux, ils avaient beaucoup de planification à faire. Comme par exemple, comment utiliser le statut d'Arès pour attirer des alliés ou comment organiser le recrutement de mages noirs allemands. Enfin, moins il le voyait mieux il se portait. Il avait toujours cette envie étrange de lui sauter à la gorge dès qu'il le voyait.
Un samedi après-midi, il se rendait chez son père à l'heure du thé pour passer un peu de temps avec lui avant leur session d'entraînement journalière quand il fut étonné de constater qu'il n'y avait personne dans le salon, où Regulus prenait habituellement le thé à l'anglaise. Il l'appela mais personne ne lui répondit. 'Etrange… la porte n'était pas verrouillée, il est forcément là…'
Il jeta un œil dans la chambre de son père, en passant. Elle aussi était déserte. Il s'impatienta. Son père lui avait proposé deux jours plus tôt qu'ils prennent le thé ensemble ! Il avait d'autres chats à fouetter plutôt que l'attendre indéfiniment. Il ne restait qu'une seule possibilité : le bureau. Arès entra en trombe sans prendre la peine de frapper, après tout il n'était pas en avance de beaucoup et son père devait être sur le point de finir ce qu'il était en train de faire…
Son père était bel et bien là, mais il n'était pas seul. Lennart et lui semblaient collés par la bouche.
"Je vois" dit froidement Arès.
Les deux sorciers sursautèrent et firent un bon en arrière, mettant plusieurs mètres de distance entre eux. Regulus pâlit ; quant à Lennart, il resta inexpressif. Ses yeux lancèrent cependant quelques éclairs à Arès.
"Attends, Arès, je vais tout expliquer…" bafouilla son père.
"Il n'y a rien à expliquer" coupa-t-il d'une voix glaciale. "Vous faites ce que vous vous voulez, j'en ai rien à faire."
Il allait faire demi-tour quand on lui attrapa le bras.
"Arès, je te jure que j'allais t'en parler…" le supplia son père.
Il se dégagea d'un geste brusque. "Vous faites votre vie, tous les deux, je m'en fiche complètement. Je ne veux rien à voir avec ce vieux croûton, c'est tout" finit-il en pointant Lennart du doigt.
"Petit imbécile !" s'enflamma ce dernier. "Je te -"
"Ça fait combien de temps ? Quelques jours, quelques mois, quelques années… ?"
"Six ans" confessa Regulus.
"Bien. Très bien. Quand tu m'as adopté, tu étais déjà avec ce vieux con et tu ne m'as rien dit ?" s'offusqua Arès.
"Ne dis pas que tu ne t'en doutais pas, Black !" râla Lennart. "Ma parole, tu réagis comme un -"
"Oh, et puis, j'en ai vraiment rien à faire" siffla-t-il en partant. "La prochaine fois, verrouillez la porte."
-OoO-
Pendant plusieurs jours, il eut du mal à regarder les deux sorciers en face. A chaque fois qu'il voyait l'un d'entre eux, de nombreuses images mentales indésirables surgissaient dans son esprit. 'C'est vraiment écœurant', se disait-il. 'Qu'est-ce mon père peut bien lui trouver, à ce vieux croûton gâteux ?' Il voyait encore les deux sorciers échanger un baiser passionné, il était traumatisé à vie, c'était obligé…
Ma parole, ce que tu peux être prude, se moqua la voix.
'Mais… mais… c'était deux hommes ! Et en plus Lennart est vieux ! Avoue que c'est perturbant !'
Non, pas vraiment. Lennart a cinquante-cinq ans tout au plus, ça leur fait une vingtaine d'années d'écart et ce n'est pas inhabituel. Et puis deux hommes ensembles, c'est pareil qu'un homme et une femme, non ?
Arès n'était pas homophobe, mais voir que son propre père était homosexuel était… perturbant.
Tu es vraiment prude, ricana la voix. Je te jure que si tu savais pourtant…
'Et pourquoi tu me reparles, toi ?' s'enquerra Arès. 'J'étais bien content quand tu n'étais plus là.'
Je ne t'ai jamais quitté, mon petit ange, j'étais juste devenu… un avec toi.
'Comment ça ?'
La voix rit et s'évanouit alors qu'Arès avait une soudaine envie de l'étriper.
-OoO-
"Je veux que vous soyez plus subtil, Mr Krol" exigea Regulus.
C'était un cours de Magie de l'Esprit comme un autre - son père les mettait tous les deux en paire car ils avaient le niveau le plus avancé. Depuis l'année dernière, quand Dimitri les honorait de son illustre présence, ils travaillaient ensemble, attaquant chacun leur tour l'autre avec la Légilimancie. Ils amélioraient de cette manière à la fois la qualité de leur Occlumancie mais aussi de leur Légilimancie.
Cette fois-là, c'était Arès qui attaquait.
"Recommencez. Et Mr Black, continuez comme ça mais avec un peu plus de rapidité, vous laissez trop de temps à votre adversaire de vous perdre."
Il évita le regard de son père. Dimitri lui adressa un sourire narquois, ce qui motiva Arès plus que jamais à lui en faire voir de toutes les couleurs.
Il se concentra sur le sort. "Legilimens !" lança-t-il.
Il dirigea sa volonté vers l'esprit de Dimitri comme une flèche et pénétra sans difficultés dans les premières couches. Il avait l'impression de se trouver dans un grand labyrinthe tapissé d'une substance grise et visqueuse. Il parcourut une couche ou deux sans difficultés mais sans rien trouver. Dimitri se cachait de mieux en mieux.
Au bout de quelques instants il repéra une brèche et se faufila dedans sans plus attendre. Aussitôt des images l'assaillirent. Il avait gagné, il avait réussi… Mais il n'eut pas le temps de se réjouit dans le contenu lui sauta à la figure.
Il revoyait un à un les moments qu'il avait passé avec Dimitri mais de son point de vue à lui. Il se voyait en train de sourire malicieusement alors qu'il récupérait un pion sur l'échiquier, il se voyait s'énerver quand celui-ci le plaquait contre un mur quelques années auparavant pour lui parler… Et puis des images un peu plus étranges… lui nu… lui attaché dans un lit… c'était comme… comme des fantasmes... Il sentit quelque chose de familier remuer en Dimitri et il eut à peine le temps de se préparer quand celui-ci l'éjecta mentalement. Arès tomba physiquement en arrière, déconnecté de la réalité.
Il adressa un regard noir à l'autre alors qu'il sautait sur ses pieds, le dos douloureux. Dimitri lui fit un sourire suggestif en haussant un sourcil.
"C'est bien Mr Krol, continuez ainsi" l'encouragea Regulus.
Arès étouffa un grognement alors que son père s'éloignait. "Tu en as fait exprès. Tu as volontairement laissé une brèche" constata-t-il à mi-voix.
Dimitri se contenta de le fixer sans le répondre, une lueur d'amusement et de… quelque chose d'autre dans le regard.
Arès se détourna, agacé. "La prochaine fois, épargne-moi tes petites fantaisies !"
L'autre se lécha les babines. "Tu ne pourras pas te cacher longtemps, Black, crois-moi."
Le soir même, Dimitri lui fit une petite scène au repas du soir. Ça faisait au moins deux semaines qu'il avait été absent, laissant Arès et Lyra entre eux. Mais cette fois-ci il semblait décidé à embêter Arès jusqu'au bout. Il s'assit face à lui et le fixa pendant la totalité du repas, droit dans les yeux. Arès ne se laissait pas avoir aussi facilement et il utilisa tout son sang-froid pour ignorer l'autre.
Lyra semblait intriguée mais ne fit pas de commentaires. C'est le lendemain matin, après la réunion du Sol Niger, qu'elle vint lui en parler.
"Je me demandais si ça se passait bien avec Krol" lui demanda-t-elle.
"Pourquoi voudrais-tu que ça se passe mal ?" grogna Arès d'un ton peu amène.
"Tu n'as pas l'air très en forme depuis quelques jours… tu es sûr que ça va ?"
"Oui ! Ça va !" fit-il sèchement. "Ecoute, je n'ai pas envie de parler de Krol maintenant, ou même d'ailleurs jamais si je peux l'éviter."
"Ça ne sert à rien de fuir les problèmes" argua Lyra d'une voix douce.
"Il n'y a pas de problèmes, c'est lui se comporte comme un idiot" répliqua-t-il. "Heureusement que les vacances de Noël approchent, je ne peux plus le supporter. D'ailleurs, en parlant de ça, on se voit au repas des Malfoy ?"
Elle acquiesça. "Je n'ai pas envie d'y aller, Arès !"
Il ricana. "Si ça peut te rassurer, Draco ne veut pas te voir non plus."
Elle haussa les sourcils. "Je ne dirais pas que ça me rassure non plus, mais tant mieux ! Peut-être que nos parents changeront d'avis…"
Mais les parents de Lyra et de Draco ne changeraient pas d'avis, ça c'était sûr et certain. Le contrat magique était signé, c'était trop tard. Elle le savait très bien et si elle préférait faire semblant de l'ignorer, Arès rentrerait dans son jeu sans se poser de questions. Il soupira. Noël cette année allait être très, très fatigant.
-OoO-
Fin novembre il réussit sa première transformation en Animagus. Face à son miroir, il vit son apparence se modifier et il sentit ses os bouger alors qu'il devenait un imposant jaguar au pelage noir et aux yeux verts.
Il parcourut sa chambre en admirant la puissance de ses muscles et la souplesse de son corps. Il se sentit très vite à l'étroit dans cette pièce qui paraissait minuscule et qu'il traversait de long en large en deux ou trois foulées. Dès qu'il retrouva forme humaine, il écrivit une lettre à Sirius pour lui dire qu'il avait réussi. Il était sûr qu'elle ne serait pas interceptée car seul quelqu'un partageant le sang des Black de la branche principale pouvait la lire. Il serait content de savoir qu'enfin le processus d'apprentissage était fini et qu'Arès était devenu un Animagus. Ce dernier devait avouer que de son côté avoir cette préoccupation de moins à l'esprit serait salutaire. Bien que le sujet principal de ses pensées, ces derniers temps, soit tout autre.
Dimitri hantait ses pensées. C'était devenu, petit à petit, une véritable obsession. Au début, ce n'était rien de grave : il se demandait juste pourquoi l'autre le désirait autant… et rougissait intérieurement en revoyant ces images de luxure. Il se maudissait lui-même pour penser à de telles choses ; comme s'il n'y avait que ça à se préoccuper ! Une guerre se préparait et il se contentait de contempler les fantasmes des autres !
Mais au fil des jours il s'était rendu compte qu'il y consacrait de plus en plus de temps. Et, en plus, que dès qu'il voyait Krol, il se rappelait la fois où il l'avait vu torse nu… qu'il avait détaillé son corps. Mortifié, il essaya d'abord de se persuader qu'on lui avait fait ingérer une sorte de potion pour le mettre dans cet état.
Non. C'était sa propre obsession. Ça devint de plus en plus gênant, surtout quand Arès commença à avoir des rêves étranges. Pourquoi l'autre imbécile venait même hanter son sommeil ?! Il ne se passait plus un jour sans qu'Arès aie au moins une pensée honteuse envers lui.
Car il ne fallait pas se méprendre : il n'avait aucuns sentiments pour Krol. C'était une attirance purement physique. Arès refusait de céder ; il n'était pas un animal, que diable, il pouvait se contrôler ! Il refusait de laisser Dimitri gagner cette partie-là !
En retour, sa relation avec lui évolua. Il le sentait maintenant, cette chose au fond de lui. Le désir. Et comme il refusait d'y céder, la frustration. Dès qu'il posait les yeux sur Dimitri, il avait envie de se jeter sur lui, de faire n'importe quoi, le frapper par exemple, mais pas de rester immobile à ne rien faire. Il devait faire appel à tout son self-control pour ne pas faire de bêtises.
Dimitri le sentait aussi, il le savait. Ça se voyait dans son sourire - il avait l'air encore plus supérieur que d'habitude. Il avait cet air narquois vissé en permanence au visage et dès qu'ils étaient seuls, il se faisait plus plaisir que jamais avec ses allusions douteuses. Arès avait vraiment envie de lui tordre le cou.
S'il n'y avait pas tous ces entraînements où il pouvait se défouler, il ne tiendrait jamais.
Il apprit avec joie qu'il était sélectionné pour le Tournoi annuel - à vrai dire, il ne voyait même pas pourquoi il en avait douté. Sans étonnement, la plupart des sélectionnés étaient des membres du Sol Niger, sauf Aleksandr Volkov, celui avec les longs cheveux blancs, qui était le Loki sélectionné. Ils s'entraînèrent alors pendant les quelques séances qui leur restait sur leur technique de duel.
Quelques jours avant les vacances et donc le Tournoi, la Gazette annonça une nouvelle qui mit Arès d'encore plus mauvaise humeur.
LA CHASSE AU POTTER EST DECLAREE !
Harry Potter est toujours introuvable après trois mois de traque sur l'ensemble de la Grande Bretagne. Rufus Scrimgeour refuse de s'exprimer à ce propos. Nous rappelons que Mr Potter a été déclaré hors-la-loi après avoir refusé d'obéir au Ministre en personne. Les rumeurs selon lesquelles les Aurors de l'Europe entière seraient mis à contribution n'ont pas été confirmées mais nous avons de bonnes raisons de penser que…
Comme s'il était recherché dans l'Europe entière ! Il y avait fort à parier que cette 'rumeur' était propagée volontairement par le ministère. Les autres pays n'avaient rien à faire de lui ; peut-être que l'attitude étrange de Scrimgeour avait réveillé les intérêts mais pas suffisamment pour qu'il y ait un avis de recherche sur le plan international. Il était bien connu que les différents gouvernements magiques avaient énormément de mal à s'entendre et encore plus, à coopérer.
Il jeta son journal sur la table, s'attirait le regard inquiet de Lyra.
-OoO-
Le matin du Tournoi Annuel, il se réveilla la boule au ventre. Son intuition lui disait que quelque chose allait forcément mal tourner. Pourtant, son plan était simple : remporter le tournoi et ce faisant impressionner le plus d'élèves possible pour grossir les rangs du Sol Niger.
Comme le tournoi n'avait lieu que l'après-midi, il aurait toute la matinée pour lui. Il alla dans sa clairière pour s'y transformer en jaguar - comme c'était la nuit polaire, c'était le déguisement rêvé. Personne ne le verrait se balader dans le parc et pour la première fois, il pourrait gambader en toute liberté. Jusqu'à ce moment, il s'était contenté de se transformer dans sa chambre à l'abri des regards indiscrets. Il était temps qu'il voie ce que c'est réellement que d'être un Animagus.
Il passa quelques heures à parcourir la forêt et les alentours du terrain de Quidditch, se terrant dans les ombres pour ne pas que les élèves le voient. Il s'amusa à courir le plus vite possible, à grimper aux arbres et à effrayer les petits animaux. Il ne vit pas le temps passer…
Quand il revint au Foyer, il avait tout juste le temps de se changer. Il fouilla dans le fond de sa valise et y dénicha un robe qu'il avait acheté pour ce genre d'occasion : elle était plus cintrée que les robes de l'uniforme et le laissait plus libre de ses mouvements. Puis il se demanda s'il devait prendre son épée ou emprunter une de celles de l'école comme il l'avait toujours fait. Il avait manipulé quelquefois cette épée magique et il s'était rendu compte qu'elle était plus facilement maniable. Et puis, bien sûr, il y avait le fait qu'elle semblait faite pour lui… et qu'elle l'appelait. Finalement il décida de la prendre. Elle lui manquait ; en plus c'était une occasion en or de tester ses possibilités sur le terrain.
Il l'accrocha à sa ceinture magique du côté gauche ; sa baguette quant à elle était de l'autre côté. Cette ceinture très pratique maintenait fermement les objets magiques et les relâchait dès que leur propriétaire avait besoin de les prendre.
Dernière étape avant de se rendre dans les cachots du château : récupérer une petite fiole de Potion Revigorante, au cas où il aurait trop de duels à faire pour être en pleine forme. Il la mit dans une poche intérieure. Ce n'était pas de la triche, non ; c'était une précaution.
Il retraversa la cour, cette fois-ci pour aller au château, et se rendit directement dans la salle de duel, la pièce où il avait passé le plus de temps depuis le début de l'année scolaire. Il y avait déjà beaucoup de monde : les gradins étaient pleins. Arès vit la plupart des professeurs, y compris son père et le directeur Karkaroff, bien en sécurité derrière les boucliers qui protégeaient les gradins des sorts perdus.
Il rejoint un coin où s'étaient réuni les sélectionnés faisant partie du Sol Niger. Gunhild frappait du pied d'impatience.
"Ah, ce sixième année de Loki, j'ai trop envie de lui dévisser sa jolie petite gueule et de pisser dedans !"
"Langage, Lindgren" tempéra Arès en s'approchant.
Anvald lui adressa un regard exaspéré. "Tu étais où ce matin ? Elle a passé son temps à trépigner, j'en peux plus…"
"Elle serait peut-être plus calme si tu arrêtais de te ronger les ongles" philosopha Ludwig.
Ce dernier était la tranquillité incarnée. Il attendait sans dire un mot en étudiant avec attention les autres concurrents.
"Venez par ici, s'il vous plaît" ordonna Lennart à l'assemblée. Ils se réunirent tous autour de lui. "Bien, vous êtes tous là. Je vous rappelle les règles que j'ai évoquées dans chacune des classes l'année dernière : vous avez le droit à une arme magique en plus de votre baguette ; tous les sortilèges et maléfices sont autorisés sauf ceux entraînant la mort et des points de pénalités sont accordés aux participants qui utilisent un Impardonnable ou qui cause une blessure entraînant un handicap à vie. Les arbitres" il désigna du doigt quatre élèves qui étaient chercheurs en magie noire, "veilleront au bon respect des consignes et désigneront les vainqueurs. Le Tournoi se déroule en trois manches et une finale. A chacune des manches seront éliminés tous les vaincus, sans exception. Lors de la troisième manche, l'un des concurrents sera tiré au sort pour faire deux duels, comme il y aura alors un nombre impair de duellistes. Oh, et dernière chose : vos armes doivent rester à votre ceinture tant que le duel n'a pas officiellement commencé." Il parcourut l'assemblée du regard avec ses yeux froids. "Soyez prudents ; chaque année nous avons des accidents graves et inutiles, ce qui est dommageable car vous êtes les meilleurs duellistes de Durmstrang. Pensez un peu à la réputation de l'école avant de vous entretuer."
Arès esquissa l'ombre d'un rictus. Lennart était vraiment un sale type, mais finalement, il l'aimait bien. Il devait avouer qu'il avait de la classe.
Le professeur de Magie Noire déroula un long parchemin. "Tous en position comme suit" et il appela les concurrents par paire. Arès s'aligna avec un gros garçon un peu plus âgé que lui qui lui faisait penser à Dudley avec son nez écrasé.
Le directeur se leva et annonça que le Tournoi était ouvert. Ils attendirent alors la cloche qui sonnait treize heures. Au treizième coup, ils pourraient commencer. Arès jaugea son adversaire du regard.
C'était le sixième année de Loki que Gunhild n'aimait pas, pour une raison tout à fait inconnue. Il était rond et patibulaire mais ses longues jambes devaient lui permettre de bouger vite. 'Il va se fatiguer rapidement ; comme je suis plus petit que lui il a un désavantage' observa Arès. Il invoqua sa magie sans baguette et s'en drapa ; elle lui permettrait d'avoir des réflexes plus rapides. Il comptait bien éviter de s'en servir autant que possible, mais il fallait mieux être prêt, au cas où.
La cloche sonna le dernier coup et aussitôt, les sorts volèrent de partout. Le gros Loki dégaina sa baguette mais Arès évita sans peine le maléfice qu'il lança, juste en se décalant un peu. Il frappa une fille à l'autre bout de la salle qui tomba par terre. 'Oups' sourit Arès. Si ça avait été un vrai champ de bataille, la fille serait probablement morte.
Pendant une minute ou deux il se contenta d'esquiver sans même sortir sa baguette, au grand agacement de son adversaire.
"Bats-toi, lâche !" s'écria-t-il.
"Tu l'auras voulu" lâcha calmement Arès.
Il se contenta d'attraper son épée. Elle serait suffisante pour celui-ci, se disait-il. Elle l'obligerait à bouger et à se fatiguer tout seul. L'autre brandit sa masse d'arme avec un air réjoui sur son visage rose - il devait penser que cette arme lui donnerait un avantage sur Arès. Ce dernier savait cependant que la masse d'arme était beaucoup plus difficile à manier et demandait de faire de grands gestes… qui laissaient de nombreuses ouvertures pour un épéiste.
Deux minutes après, il neutralisa le blond en envoyant valser sa baguette d'un mouvement d'épée. Celui-ci poussa un cri de rage en levant sa masse d'arme. 'Trop lent'. Arès eut largement le temps de placer sa lame sous sa gorge.
Un arbitre s'approcha d'eux et les sépara de force. "Arès Black : vainqueur. Va par là. Toi, tu es éliminé, ramasse ta baguette et rejoint les spectateurs."
Arès obéit. Ils étaient les premiers à avoir fini leur duel, semble-t-il ; il put ainsi observer les autres. Ceux du Sol Niger s'en sortaient bien, comme prévu ; au final, seul Anvald ne fut pas admis en seconde manche.
"Ils m'ont mis contre un Odin de dernière année, et le pire dans tout ça, c'est que c'était un Français ! Sérieusement, ils n'avaient pas le droit de faire ça ! Un Français qui bat un Suédois !" répéta-t-il à qui voulait l'entendre.
Pour la seconde manche il eut un Snotra de septième année comme adversaire. Ce fut un peu plus ardu et Arès eut à tirer sa baguette, cette fois-ci. En revanche, il s'en sortit vainqueur sans même avoir été inquiété.
On commença à murmurer en le regardant quand il laissa son adversaire gémissant sur le sol, le visage ensanglanté après un choc à la tête quand Arès l'avait envoyé valser et une coupure sur la cuisse. Il dissimula un sourire. Décidément, ce tournoi était drôle. Dommage que personne ne soit à sa hauteur.
A ce point de la compétition, ils n'étaient plus que cinq concurrents. Le professeur Lennart tira au sort les deux premiers duels mais Arès ne fut pas dedans. Il regarda les deux duels, profitant de cette opportunité pour voir comment se comporterait son futur adversaire. Krum était un de ceux-là, c'était un huitième année de Baldr ; il gagna et Lennart le tira au sort pour être contre Arès.
Les deux jeunes hommes prirent position face à face, échangeant un regard de connivence. Ils se connaissaient assez bien : pendant les vacances ils s'étaient entraînés en Quidditch ensemble. Viktor était à la fois violent comme tout duelliste de Durmstrang qui se respecte mais il avait aussi une classe indéniable et un sens de l'honneur irréprochable. Ça allait être distrayant.
Dès que Lennart donna le coup d'envoi, Arès tira à la fois son épée et sa baguette et lança le premier sort, un simple Expelliarmus, pour tester les eaux. Krum répliqua par un sort de Découpe destiné à ses mains, semblait-il ; il l'évita et fendit en avant avec son épée. L'autre dégaina alors une lance de nulle part et repoussa son attaque avec facilité.
Krum était plus fort que lui physiquement et, en plus, sa lance lui permettait de toucher Arès quand il était plus loin. En revanche, s'il arrivait à l'attirer en corps à corps, il ne pourrait plus rien faire… le seul problème serait qu'alors ils seraient trop proches l'un de l'autre pour contrer les sortilèges qu'ils se lanceraient.
Apparemment Viktor avait fait le même calcul qu'Arès car il bondit en arrière et continua à lancer des maléfices. Le jeune Black laissa passer quelques minutes en position défensive, se contentant de répliquer de temps à autre. Dès qu'il aurait une possibilité, il se jetterait en avant et Krum ne pourrait rien faire…
D'un coup, il vit une faiblesse dans l'attaque de Krum et se précipita en corps à corps. Aussitôt, l'autre chercha à se dégager et pointa sa baguette dans ses côtes mais Arès l'avait senti venir. Il faudrait se lever plus tôt pour le surprendre quand il était imbibé de magie pure. Il pivota sur lui-même en s'accroupissant, évitant le maléfice tout en fauchant son adversaire. Krum eut à peine le temps de retomber lourdement sur le dos qu'Arès avait posé la pointe de son épée au niveau de son cœur.
Quelques applaudissements polis résonnèrent dans la grande salle de pierre et un arbitre déclara Arès officiellement vainqueur. Il serra la main de Krum qui se renfrogna un peu.
"Pour la finale, j'appelle donc Nicasius De Casteran et Arès Black !" annonça Lennart.
Arès dévisagea son nouvel adversaire. C'était un Français qui était en dernière année à Odin ; jamais ils ne s'étaient parlé entre eux. A Odin, on ne copinait pas.
De Casteran avait les cheveux ras et une barbe coupée à la même hauteur. Comme tous ses poils étaient noirs, il donnait presque l'impression de porter un masque plus clair sur la partie supérieure du visage. C'était un petit nerveux aux yeux exorbités ; on aurait pu croire qu'il allait faire une crise d'épilepsie d'un moment à l'autre. Il fixa Arès avec ses yeux monstrueusement grands ouverts.
Dès le début de leur duel il se montra très coriace. Il était rapide et réactif, il forçait Arès à ne pas rester en position d'observation et l'obligea à riposter à ses attaques. Il se battait lui aussi avec une lame, comme la plupart des élèves, sauf qu'il avait un sabre japonais, plus léger et maniable. Il le faisait siffler autour de lui alors qu'il enchaînait maléfice sur maléfice.
A aucun moment il ne poussa Arès dans ses retranchements. Il devait être un très bon sorcier, ça ne faisait pas de doute, mais en combat à un contre un, le plus jeune avait largement l'avantage. Après tout, il arrivait à mettre au tapis deux professeurs et combattants expérimentés…
Arès prit cependant du plaisir à s'escrimer contre un parfait inconnu. Il avait du mal à lire ses mouvements... et ça l'obligeait à travailler plus sérieusement que d'habitude.
Au bout de quelques minutes assez intenses, De Casteran dû s'ennuyer car il commença à étendre sa gamme de maléfices à ceux de mage noire avancée qui n'étaient pas du tout, du tout, au programme de Durmstrang. Malheureusement pour lui, s'il croyait impressionner Arès ainsi, c'était loin d'être le cas. De Casteran utilisa quelques sortilèges qui étaient ridiculement puissants pour un duel scolaire, comme un maléfice illusionniste qui aurait plongé Arès dans ses pires souvenirs pendant de longues et douloureuses minutes s'il n'avait pas loupé sa cible.
Ça décida Arès à en finir. Il fallait que ça soit de manière dramatique, suffisamment pour donner envie de rejoindre le Sol Niger.
"Passus" lança-t-il.
L'autre allait esquiver sans problème. Mais il n'eut même pas le temps de voir venir le deuxième maléfice de Souffrance, informulé et éperonné par de la magie sans baguette. De Casteran s'écroula, secoué par des spasmes de douleur. Quelques personnes s'exclamèrent quelque chose - il est vrai que le Passus durait un peu trop longtemps pour être innocent. Arès retira à regret sa magie sans baguette mais l'utilisa juste après pour décupler au centuple un simple Expelliarmus.
Le pauvre De Casteran qui n'avait même pas eu le temps de se remettre debout fut projeté sur une dizaine de mètres et alla heurter le mur dans un craquement sonore. Il perdit connaissance sur le coup.
Un silence assourdissant accueillit cette fin soudaine, puis une personne applaudit, puis deux, puis trois… pour finir, presque tous les spectateurs applaudirent Arès avec enthousiasme. Il les remercia en s'inclinant légèrement.
Il s'éclipsa juste après que Mrs Bennett ait confirmé que De Casteran n'avait rien, qu'il était juste inconscient et qu'il serait sur pied le lendemain. On essaya de le retenir pour discuter après mais vraiment, il n'avait pas envie de crouler sous les questions et les félicitations. A vrai dire, il voulait seulement savourer ce moment de succès en paix…
Il devait être maudit car à peine était-il rentré dans le Foyer que quelqu'un l'attrapa par derrière et le plaqua violemment le dos contre le mur.
"Krol" grogna-t-il avec impatience. Pourquoi l'autre idiot venait l'embêter à ce moment précis ? On ne le laisserait donc jamais tranquille quand il le voulait ?
"Black" répondit le blond d'une voix suave. "Tu as été… divin…"
Dimitri avait les mains plaquée contre le mur de chaque côté de son visage, l'emprisonnant entre ses bras. Il était à une distance dangereusement proche. Encore quelques centimètres et leurs corps seraient collés. Arès n'osa pas se débattre, de peur d'inciter l'autre à mettre ses fantasmes à exécution.
Et puis il n'osa pas bouger non plus parce qu'il était tout simplement tétanisé. Il avait l'impression d'être oppressé ; il était entouré par un champ magnétique qui émettait des grésillements et des crachotements. Il réalisa avec horreur qu'il avait oublié de rappeler à lui sa magie sans baguette et qu'elle s'agitait en semi-liberté autour de lui et clachait contre l'aura plus faible de Dimitri.
"Laisse-moi partir, Krol" dit Arès d'une voix rauque.
Il essaya désespérément de rappeler sa magie mais celle-ci semblait occupée avec celle de Dimitri. Il grogna… il devait se résigner à se sortir de là en forçant physiquement. C'est à ce moment qu'il fit un pas en avant. Au même moment, l'autre resserra sa prise sur lui en lui attrapant les épaules.
C'est ainsi que la catastrophe se produisit : il s'avança alors que Dimitri avait la tête légèrement tournée et qu'il se penchait un peu vers le bas. Leurs lèvres entrèrent accidentellement en contact. Bon, peut-être n'était-ce pas un accident ; peut-être qu'en fait Dimitri maîtrisait parfaitement bien la situation. En tout cas, dès qu'ils se touchèrent, quelque chose comme une décharge électrique traversa Arès et le tira de sa léthargie contemplative.
Sans même qu'il ne se rende compte de ce qu'il faisait, il pencha un peu plus la tête vers Dimitri et se mit à l'embrasser vraiment. Ça n'avait rien à voir avec la fois où Dhyste l'avait embrassé, non ; les lèvres de Dimitri étaient plus fines et plus dures contre les siennes. Là où la première fois tout avait été doux et insipide, c'était cette fois un peu violent et surtout, vraiment bon. Comme quelque chose de cru.
Sa magie s'était mise à tourbillonner autour d'eux avec ardeur, crépitant de plus belle contre l'autre, plus faible, de Dimitri. Les sensations d'Arès étaient décuplées. C'était comme plonger dans un feu et être délicieusement léché par les flammes sans être brûlé… sauf qu'il se consuma à ce moment. Il se laissa aller dans les bras de Krol, ses dernières résistances vaincues.
"Echec et mat, Black" croassa Dimitri dans un souffle.
