Harry avait déjà vu la salle dans la Pensine du directeur.
Une pièce sombre et lugubre, au plafond très haut.
Un fauteuil pourvu de chaîne trônait au beau milieu de l'espace entouré de gradins.
Ils s'installèrent à l'arrière, à l'endroit le moins lumineux de la pièce.
Il jeta un coup d'œil à Dumbledore, qui avait toujours l'air calme mais un léger trait au dessus de ses sourcils montrait son anxiété.
Hermione, quant à elle, ne cachait pas du tout sa panique. Les mains tremblantes posées sur ses genoux, elle fixait résolument son regard au loin, sans parvenir toutefois à se calmer.
Elle regarda un instant Harry et il lui fit un sourire compatissant.
- Je ne t'ai pas demandé… Comment vont les autres ? l'interrogea-t-elle.
- Oh… Gin… Ron va bien.
- Il n'a rien eu ?
- Non, une simple égratignure à la mâchoire…
- Et Ginny ? demanda-t-elle, feignant ne pas avoir entendu le début suspect de son nom deux secondes plus tôt.
La voix de Harry se serra.
- Elle… ils lui ont lancé un Doloris… dit-il, essayant de ne pas traduire sa colère.
Mais Hermione avait clairement remarqué la lueur de fureur dans son regard.
- Elle est… elle n'a subit aucun choc ? Aucun problème…
- Non, la coupa Harry, mais je crois qu'elle a eu très peur… et… très mal…
- Etais-tu là ?
Il lui lança un regard interrogatif.
- Je veux dire, étais-tu près d'elle et de Ron lors de la bataille ?
Une petite boule d'angoisse se forma dans sa gorge. Non, il n'y était pas… Enfin si, près de Ron, mais il aurait du être près d'elle… Il aurait pu…
- Harry ? le réveilla Hermione.
- Hein ? Oh, excuse-moi, non je n'étais pas près d'elle… j'étais près de Ron.
Son amie nota avec satisfaction qu'il avait formulé sa réponse en pensant d'abord à Ginny.
Pourquoi ces deux-là ne s'étaient-ils toujours pas rendu compte de ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre ?
Un sourire flotta sur ses lèvres. En tout cas, elle devrait avertir Ginny, car si celle-ci attendait que Harry fasse le premier pas, elle risquait d'abandonner au bout d'un moment.
Elle interrompit le court de ses pensées en voyant que la salle s'était très légèrement remplie et que quelqu'un venait d'être amené par des Détraqueurs jusqu'au fauteuil, qui enchaîna de lui-même les bras de l'inconnu.
Hermione frissonna et plissa les yeux pour distinguer son visage.
Finalement, elle y renonça, puisqu'elle était trop éloignée de lui.
- Blaise Zabini, dit une voix grave qui s'élevait à sa droite, vous avez été retrouvé parmi les serviteurs de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Avez-vous quelque chose à déclarer pour votre défense ?
Hermione se retourna et sursauta en voyant que cette voix appartenait à Percy Weasley.
- Ils m'ont forcé ! hurla Zabini, j'ai été soumis à l'Imperium, je ne savais pas ce que je faisais, je n'étais plus moi, je…
A l'évocation du nom, elle s'était redressée sur son siège, et la colère bouillonnait tellement en elle qu'elle dut se retenir de ne pas crier.
Dumbledore le remarqua et dit :
- Pouvez-vous donner la parole à une jeune fille ici présente ?
Hermione ne lui lança pas un regard, beaucoup trop occupée à maîtriser sa voix avant qu'elle ne sorte de sa bouche.
- Accordé.
- Allez-y Miss Granger, souffla le directeur, convaincu qu'elle avait quelque chose à dire.
Hermione souffla quelques minutes, réfléchit un instant à la manière de formuler ses propos puis se lança.
- Pourriez-vous m'expliquer, Blaise, pourquoi les Mangemorts vous auraient-t-il lancé le sortilège de l'Imperium pour vous joindre à eux afin de me violer ? Pourquoi auraient-t-ils préféré me « partager » avec vous ? Pourquoi ne m'auraient-ils pas gardée pour eux seuls ?
Malgré la distance entre eux, Hermione vit clairement Zabini tressaillir.
Percy s'était tourné vers elle, horrifié par ce qu'il venait d'apprendre, et si Dumbledore ne lui avait pas soufflé quelques minutes auparavant de se tenir calme, Harry aurait certainement assassiné Blaise avant qu'il n'ai pu être envoyé à Azkaban.
Puisque celui-ci ne répondait toujours rien, se contentant de fixer la jeune fille d'un regard noir, et inversement, Percy toussota et reprit la parole :
- Bien, je ne pense pas que cet argument soit inventé de toute pièce et bien entendu, nous sommes disposé à ne pas le prendre à la légère. Blaise Zabini, vous allez être renvoyé à la prison d'Azkaban, et suivant les preuves données, nous déciderons ou non de ce qu'il adviendra de vous plus tard. Veuillez le faire sortir et amener le suivant, ajouta-t-il à l'adresse des Détraqueurs.
Ceux-ci s'exécutèrent et Hermione retint un petit cri lorsqu'elle vit arriver le suivant en question.
Blond, grand, vidé de toutes forces, se laissant traîner tel un animal mort par les gardiens d'Azkaban.
Harry posa une main crispée sur une de celles de son amie, se voulant rassurant.
Mais elle continuait de se mordre la lèvre en regardant le garçon enchaîné au fauteuil.
Elle ne voyait pas l'expression de son visage, de là où elle était, mais c'était peut-être mieux, compte tenu de sa réaction présente.
Il avait du passer entre une et deux heures à Azkaban... Mais il était déjà…
Hermione frissonna à imaginer les prisonniers qui y étaient détenus depuis plusieurs années…
- Drago Malefoy, prononça Percy, en insistant bizarrement sur son nom de famille d'une voix glacée.
Le garçon leva légèrement la tête, tout en gardant obstinément les yeux baissés.
Harry se pencha à l'oreille d'Hermione :
- Je crains que le fait que ce soit Percy qui décide du jugement ne va pas nous aider à le sortir de là… murmura-t-il.
- Je pense aussi… répondit Hermione, les yeux rivés sur Drago.
- Egalement serviteur de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom … poursuivit Percy, le fixant méchamment.
Malefoy laissa sa tête s'affaisser de désespoir. Hermione se mordit un peu plus la lèvre.
- … et retrouvé avec une jeune fille à moitié nue, prêt à commettre…
- Non ! – Hermione venait de céder à la colère et Drago avait brusquement relevé la tête au son de sa voix, l'apercevant au fond de la salle – Non, vous vous trompez ! C'était moi ! C'était moi qui étais avec lui, il n'a rien fait de mal !
- Mlle Granger, répliqua Percy, je crois que vous avez êtes en état de choc puisque cette scène s'est passée il n'y a pas moins d'une heure et demie.
- Non, je suis sûre de ce que je dis. Malefoy m'a emmenée loin des autres, de Zabini, que nous avons vu il y a quelques minutes d'ailleurs, et…
- Ecoutez, vous êtes en état de choc, et qui sait, toujours sous l'emprise de l'Imperium, nous ne pouvons pas prendre en compte vos propos…
Harry et Dumbledore n'avaient pas bougé mais Hermione venait de se lever brusquement de son siège.
- Et ça alors ? dit-elle en brandissant la cape de Drago, pourquoi m'aurait-il mis cette cape sur les épaules après m'avoir trouvée ?
Elle ne le voyait pas, mais les yeux du Serpentard s'étaient mis à briller, chargés d'espoir.
Percy, qui éprouvait quand même de la sympathie envers Hermione mais qui voulait absolument garder son professionnalisme, continua d'un ton calme :
- Ecoutez, je vous propose d'aller au troisième étage, bureaux des Aurors, afin de vérifier votre état…
- Puisque je vous dis que je n'ai rien ! Il m'a sauvé la vie ! s'emporta-t-elle.
- Hermione, chuchota Harry, faisons ce qu'il dit, et revenons après, peut-être que…
- Non ! Ils ne nous écouteront pas, et je ne veux pas… Elle s'interrompit, regardant le Serpentard attaché au fauteuil, une boule se formant dans sa gorge.
- Tu ne veux pas quoi ? demanda Harry
- Le laisser retourner là-bas, murmura-t-elle, la gorge nouée.
Ils n'eurent pas le temps de continuer leur conversation, Dumbledore venait de se lever.
- Bien, nous allons faire ce test, bien que je sois persuadé que Mlle Granger ait toute sa tête, mais si tel est votre avis…
- Non, professeur, s'il vous plaît, je…
Mais ils se dirigeaient déjà vers la porte.
En sortant, Hermione lança un regard désolé à Malefoy, qui lui rendit toute la tristesse que le sien pouvait contenir.
- A la sortie, Dumbledore et Harry lui lancèrent un regard compatissant.
- Comme ils ne disaient mot, c'est elle qui prit la parole :
- Il est innocent, on ne peut pas le laisser aller là-bas !
- Je sais, Miss Granger, et je vous crois…Mais on n'y peut rien pour le moment… Ils devront refaire un procès dans quelques semaines… En attendant, nous allons nous rendre au bureau des Aurors afin de prouver que vous n'êtes pas sous l'emprise de l'Imperium, répondit Dumbledore.
Hermione voulu pleurer, en quittant le ministère quelques minutes plus tard, et en repassant devant la lourde porte de la salle d'audience, mais elle s'en empêcha et c'est chargée de remords qu'elle dut retourner à Poudlard.
