Chapitre 12: Parker de Bethléem

Huit jours avant Noël… Plus tard ce jour-là…

« Etes-vous sûr que ce soit une bonne idée? » demanda Brennan quand ils entrèrent dans l'église. Elle regardait autour d'elle, s'attendant presque à ce que l'eau bénite commence à bouillonner et que la lumière la frappe. Booth la guida avec une main en bas de son dos, la poussant un peu plus à l'intérieur.

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » demanda-t-il, souriant à Parker qui leur faisait de grands signes, pendant que Rebecca essayait d'ajuster la longueur de son costume de Joseph.

« Eh bien, je pourrais offenser quelqu'un » dit-elle, sachant qu'avec son passif, c'était possible. « Je pourrais vous embarrasser. »

Booth ouvrit la bouche pour objecter, avant de réaliser que l'humilier en public était une de ses spécialités, et décida qu'il valait mieux prévenir que guérir, sachant qu'une fois que la pièce aurait commencé, elle aurait des tas de théories anthropologiques sur les inexactitudes de l'histoire ou les rituels païens.

« Alors on va faire un marché, OK ? »

Elle le regarda avec curiosité en s'asseyant à côté de lui, trois rangs derrière le premier, ne sachant pas à quoi s'attendre, mais hochant tout de même la tête.

« Vous pouvez observer la culture ou tout ce que vous voulez, mais vous gardez vos opinions pour vous pour l'instant. Plus tard, quand il y aura juste vous et moi, vous pourrez demander ou discuter ce que vous voulez. Alors, n'appelez pas Dieu mon ami invisible, ne dites pas qu'Il n'existe pas ou que Jésus est un zombie. Qu'en pensez-vous ? »

Elle réfléchit une seconde, regardant tout autour dans l'église surpeuplée puis à nouveau son partenaire. « Ca me semble faisable » dit-elle ; il soupira de soulagement au compromis.

Ils restèrent silencieux quelques instants, Brennan commençant à « observer » la culture, ou, plus précisément, l'architecture de la belle église gothique. Ses yeux suivirent la succession de vitraux qui montraient la crucifixion du Christ. C'était très beau, les différentes couleurs de verre formant des mosaïques racontant une histoire, et d'autres en l'honneur d'êtres chers.

Pour sa part, Booth passait son temps entre son fils si mignon et sa superbe partenaire. Le petit garçon grandissait si vite, et comme Booth le voyait très peu, il avait peur qu'un jour son fils ne veuille plus l'appeler « papa ». Il adorait être le père de Parker ; c'était le meilleur travail qu'il ait jamais eu.

Maintenant, concernant la femme très frustrante mais si adorable à côté de lui… C'était un cas à part de toutes les relations qu'il avait eues dans sa vie. Avant d'entrer dans le Jeffersonian Institute pour la première fois il y a si longtemps, il n'avait aucune idée de la manière dont sa vie allait changer. Et quand son patron l'avait averti de ne pas fréquenter une fouine, il avait éclaté de rire. Qui riait maintenant, hein ?

Soudain, il fut sorti de ses pensées par le son de l'orgue, et Brennan, avec la curiosité d'un enfant qui demande « pourquoi » à tout ce qu'il voit, commença à lui donner des petits coups.

« Quoi ? » demanda-t-il, irrité par ses constants coups de doigt dans les côtes.

« Qu'est-ce qui se passe ? » s'enquit-elle.

« Ils commencent » dit-il, indiquant une dame assez âgée à côté de l'autel. A côté d'elle, Brennan vit la petite scène où les enfants allaient jouer la naissance de Jésus.

« Qui est-ce ? »

« Le professeur de catéchisme de Parker » dit Booth, lui intimant le silence alors qu'elle s'apprêtait à poser une autre question.

« Bienvenue à tous » salua la femme en souriant. « Laissez-moi juste dire que je suis très contente que tant de monde soit venu. Nos enfants ont travaillé dur sur cette pièce, et nous sommes heureux que tout le monde soit là pour la voir. »

Elle se mit sur le côté, le micro toujours dans sa main un peu tremblante alors qu'elle ajustait ses lunettes, regardant dans le dossier qu'elle tenait.

« On peut commencer. »

Les lumières s'éteignirent, et l'église ne fut plus éclairée que par les bougies placées à des endroits stratégiques autour de l'autel, laissant une lueur éthérée sur la petite scène tandis que Parker, ou plutôt Joseph, entrait avec Marie qui tenait son ventre, et que la narration commençait.

Booth fut surpris de voir un reflet de plaisir dans les yeux de sa partenaire, qui regardait la pièce. Les petits enfants déguisés en ânes, vaches et moutons meuglaient, bêlaient et dans un cas faisait ce qui semblait être une imitation de singe, alors que Marie et Joseph s'installaient dans l'étable.

Un accouchement incroyablement rapide et sans douleur plus tard, Marie berçait une poupée, alors que Parker regardait fièrement, après un regard sévère à un mouton particulièrement perturbé.

Les bergers arrivaient, suivant une Ange Gabriel éclairée d'un projecteur, qui avait apparemment quelque chose contre Marie, puisqu'elle se mettait devant elle à chaque occasion. Un ensemble de jouets en forme de moutons furent tirés à travers la scène par les bergers enthousiastes ; ils prirent tous place autour de la mangeoire avec des sourires heureux sur le visage.

Alors qu'une « étoile » / projecteur-au-bout-d'un-bâton brillait dans le ciel au-dessus de la petite étable, Brennan fut amusée en portant son attention sur les bruits de pas qui annonçaient l'arrivée des Rois Mages, chacun apportant un cadeau. Elle rit doucement quand le premier Roi Mage trébucha, le petit garçon s'étant pris les pieds dans sa robe trop large. Brennan rit encore quand le dernier Roi Mage, arrivé à la moitié de l'allée, se rappela que la poupée-Jésus avait aussi besoin de myrrhe, et fit demi-tour pour aller chercher son cadeau.

Alors que chacun des Rois Mages honorait le nouveau-né de son cadeau, Marie leva le bébé pour que tous puissent le voir. Mais la poupée-Jésus semblait avoir une volonté propre et vouloir se sauver puisque, alors que Marie était distraite, elle tomba tête la première sur le sol avec un bruit sourd.

Un éclat de rire emplit l'église et Brennan dut rire aussi quand Parker la trouva dans la foule et lui fit des grands signes. Elle était émerveillée de voir à quel point il tenait son rôle, et l'interaction avec le public. Alors que Marie levait de nouveau son bébé, les joues roses d'embarras, la narration continua avec la douce voix du professeur qui résonnait dans l'église calme.

Quand la pièce se termina, la chorale commença à chanter « Douce nuit » ; la mélodie mélangée aux douces voix était vraiment apaisante, et Brennan se sentit se relaxer, et se pencher vers l'épaule de Booth, alors que les enfants continuaient à chanter.

Pendant le refrain, Brennan observa les enfants, avec leurs visages innocents, même le petit garçon déguisé en singe qui se nettoyait le nez en regardant distraitement les flammes des bougies danser.

Quand la chanson finit, toute l'assemblée se leva pour applaudir, et Brennan applaudit en même temps que Booth, de grands sourires sur leur visage. Enfin, Parker courut à travers l'église et trouva sa mère, discutant de son moment de triomphe.

Avec une main dans le bas de son dos, Booth guida Brennan à travers la foule, vers Parker et Rebecca.

« Papa ! » s'exclama le garçon en laissant la main de sa mère, étreignant Booth. Se tournant, il serra les jambes de Brennan, qui lui ébouriffa les cheveux.

« Tu étais génial, Parks » dit Booth en levant son fils, l'embrassant sur la joue. Parker gloussa et Rebecca rit de son fils, plus si petit que cela.

« C'est vrai » dit Brennan, lui pinçant le nez alors que Parker se trémoussait, jusqu'à ce que son père le repose.

Il se dirigea vers sa mère, lui prit la main et la guida vers Brennan.

« Maman, c'est Bones » dit-il, prenant aussi la main de Brennan.

« Bonjour, Dr Brennan » dit Rebecca poliment avant de se tourner vers son fils. « Bones n'est pas un nom très gentil pour une dame, Parker. »

« Mais papa l'appelle Bones aussi » se défendit Parker ; Rebecca regarda Booth, qui évitait son regard.

« C'est bon, Rebecca. J'ai l'habitude » dit Brennan, donnant un petit coup dans les côtes de Booth, qui la regardait avec un sourire.

« Hey ! » protesta Booth, se frottant les côtes alors que Brennan le regardait, un rictus satisfait sur les lèvres.

Rebecca regarda cet échange, amusée, alors que les partenaires s'affrontaient du regard.

« OK, il est temps de partir » dit-elle, regardant son fils. « Dis au revoir à papa et au Dr Brennan, Parks. »

« Appelez-moi Temperance, Rebecca » dit Brennan en tendant une main à la femme blonde. « Au revoir. »

« Au revoir, Temperance » dit Rebecca, un peu mal à l'aise. Mais si Booth et Parker étaient autant en adoration devant elle, elle pouvait bien faire un effort.

Booth s'accroupit, serrant fort son fils pour lui dire au revoir.

« On se voit le soir de Noël, d'accord fiston ? »

« OK. Au revoir papa » dit le petit garçon, un grand sourire sur le visage.

Brennan s'accroupit à son tour, et Parker la serra et l'embrassa. « Au revoir, Bones » dit-il en prenant la main de Rebecca. Brennan lui fit signe alors qu'ils sortaient de l'église.

Se retournant, elle mit une main sur le bras de Booth, le réconfortant ; elle savait que les départs étaient difficiles. Il lui sourit, silencieusement reconnaissant de son soutien.

Prenant sa main, il la mena vers l'aile de l'église.

« Où allons-nous, Booth ? » demanda-t-il, perplexe, alors qu'il s'arrêtait devant une table remplie de bougies. « Que suis-je supposée faire ? »

« Nous allons allumer un cierge pour votre maman, Bones » dit-il, prenant la longue allumette et la posant dans la paume ouverte de Brennan. Elle était surprise, ses yeux éclairés par la lumière des cierges ; il put voir y quelques larmes. « Nous nous souvenons d'elle et chérissons sa mémoire » dit-il et se tenant derrière elle avec une main sur les siennes, il la guida jusqu'à ce que l'allumette soit allumée.

Elle ferma les yeux alors qu'ils allumaient le cierge ; elle pouvait entendre la prière qu'il murmurait près de son oreille.

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demanda-t-elle doucement, se tournant entre ses bras alors qu'il reculait d'un pas. L'entourant de nouveau, il la tira vers lui et ils sortirent de l'église.

« Que pensez-vous d'une pizza et de films, pendant que vous m'aidez à emballer les cadeaux de Parker ? »

« Redites-moi pourquoi je suis la seule à faire tout le travail et que vous regardez? » demanda Brennan en coupant un petit morceau de scotch, le plaçant sur le côté papier décoré de dinosaures.

« Je vous aidais, avant que vous commenciez à corriger chaque petite chose que je faisais » dit-il, prenant un morceau de pizza et lui souriant, assis sur le sol.

« Si vos dons d'emballage n'étaient pas pires que ceux de Parker, je n'aurais pas été obligée de vous corriger » le réprimanda-t-elle, satisfaite du cadeau parfaitement emballée et lui attachant un nœud jaune. Elle le plaça dans un sac et fouillant dedans jusqu'à ce qu'elle trouve une autre boîte pas encore emballée.

« Je ne vois pas pourquoi vous voulez que ça soit parfait. Parker va les déchirer en une seconde » dit-il, prenant une gorgée de bière alors qu'elle regardait le liquide avec envie.

« J'ai faim aussi, vous savez ? » dit-elle, déroulant le papier sur la table avant de placer une boîte de Transformers dessus.

« Alors mangez » dit-il, prenant un autre morceau de pizza, à des fins de démonstration.

« Je ne peux pas, sinon je ne finirai jamais d'emballer les cadeaux, puisque vous avez décidé d'acheter la boutique entière à Parker pour Noël » dit-elle, le regardant alors qu'il râlait, la délicieuse pizza remplissant ses joues et les rendant joufflues. «Pourquoi vous ne les avez pas fait emballer à la boutique? »

« Vous plaisantez ? Vous n'avez pas idée de la taille que faisait la file d'attente » dit-il, essuyant sa bouche avec sa serviette avant de boire une autre gorgée de bière. « En plus, je n'ai pas besoin de les payer pour quelque chose que je peux faire à la maison. »

« Mais vous ne le faites pas » dit-elle, coupant de petits morceaux de scotch et les collant sur la table du salon pour les utiliser plus tard. « Vous profitez du fait que je sais emballer des cadeaux pour me voler toute ma pizza. »

« Prenez-le comme un compliment » dit-il, gloussant alors qu'elle lui enroulait le front avec la bobine de ruban. « Vous avez prévu de me donner à quelqu'un pour Noël, Bones ? »

Elle rit, embarrassé par ses propres pensées, alors qu'elle disait « non » avec véhémence dans sa tête. « J'emballe ces cadeaux seulement si vous ne mangez pas ma moitié de pizza » dit-elle.

« Quoi ? Vous pensez que je pourrais manger votre répugnante et verte moitié végétarienne ? » demanda-t-il, taquin, faisant une tête dégoûtée en regardant la boîte de pizza.

« C'est une bonne chose, parce que si vous en mangez plus, vous allez grossir » dit-elle, sachant très bien qu'il allait mordre à l'hameçon. Et vous pouvez toujours compter sur Seeley Booth pour ça.

« Je ne suis pas gros, d'accord ? C'est du pur muscle » dit-il, tapotant son estomac. Elle regarda son ventre, sachant que, avec toutes les pompes qu'il faisait, ses muscles seraient durs un roc sous ses doigts. Un roc chaud, bon-à-manger-en-dessert. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait pas le provoquer.

« Je dis juste que, si vous mangez trop, vous aurez des poignées d'amour » dit-elle ; elle venait de se rappeler de l'expression.

« D'abord, je n'aurai jamais de poignées d'amour. Ensuite, quand avez-vous appris ça ? » dit-il, incrédule.

« Sully » dit-elle simplement.

Il eut l'air embarrassé à la mention de son ex-petit ami qui était parti, mais étant celui qu'il était, il essaya rapidement d'alléger l'atmosphère. Et de booster son ego en même temps. « Eh bien, Sully n'a pas l'air d'un gars qui a des poignées d'amour… »

Elle leva les yeux au ciel mais sourit néanmoins. Il suggéra : « Alors pourquoi on n'abandonnerait pas ce dégoûtant semblant de pizza et je vous commande de la vraie nourriture ? »

« Essayeriez-vous de me faire grossir, Booth ? » demanda-t-elle, lui donnant un coup.

« Pas du tout. Je ne pense même pas que ce soit possible, vous êtes tellement mince que je vous appelle Bones, c'est la seule chose qui reste de vous » dit-il en riant.

Mais elle ne riait pas. « Etes-vous en train de dire que je n'ai que la peau sur les os, Booth ? » demanda-t-elle, se redressant en montrant ses atouts.

Booth bafouilla, essayant de trouver quelque chose pour se sortir de ce trou et d'arrêter de regarder les deux preuves qui réfutaient l'affirmation. « Ce n'est pas ce que je… Ce que je veux dire… Ce n'est pas… »

C'est seulement quand Brennan commença à rire qu'il se rendit compte qu'elle le taquinait. » Vous vous moquez de moi » dit-il en gloussant.

« Trop facile » répliqua-t-elle. « Vous croyez vraiment que j'ai des complexes sur mon physique, Booth ? » demanda-t-elle ; il avala avec peine.

Pas de raison d'en avoir, pensa-t-il alors que ses yeux parcouraient les courbes de sa partenaire. Comme il aimerait explorer cette peau de porcelaine très tentante. Il était sûr qu'elle était douce, aussi douce que le miel.

« Alors que regardons-nous maintenant ? » demanda-t-il, se levant et se dirigeant vers la télévision, espérant qu'elle ne remarquerait pas le changement soudain de sujet.

Elle le remarqua, mais par égard pour lui, elle décida de laisser couler cette fois. « Qu'est-ce que nous avons ? » demanda-t-elle, mettant le dernier cadeau dans le sac et rassemblant les ciseaux, le scotch et les restes de papier, éparpillés sur le sol.

« 'It's a wonderful life', 'Miracle sur la 34ème rue', 'A Christmas carol' et plein de cartoons que je suis sûr que vous détestez » dit-il.

« 'It's a wonderful life' » choisit-elle ; son partenaire sourit, la regardant s'approcher du canapé et prendre sa première part de pizza. Pendant qu'il ajustait le volume, Brennan prit le temps de manger en buvant sa bière.

« C'est parti » dit Booth en baissant les lumières et se laissa tomber à côté d'elle ; il lui prit sa bière et but quelques gorgées. Elle le regarda quelques secondes, étudiant les expressions de son visage, à peine visibles dans la faible lumière qui venait du film en noir et blanc.

« Merci, Booth » dit-elle, le surprenant.

« Pour quoi ? Avoir mis le film ? » demanda-t-il.

« Merci d'avoir partagé votre Noël avec moi » dit-elle doucement.

Il sourit et prit sa main dans les siennes.

« Mais de rien, Bones. »

« Et merci d'être toujours là pour moi » dit-elle ; il la tira près de lui, jusqu'à ce qu'elle soit tout contre sa poitrine.

« Toujours, Bones. N'en doutez jamais » dit-il. Souriant tous les deux, ils restèrent assis dans un silence confortable, baignant dans les sons du film de Noël.