MERCI POUR VOS REVIEWS (mais nooon, je ne me répète pas du tout !) Je suis VRAIMENT DESOLEE, mais je n'ai pas le temps de répondre à toutes vos reviews, ça me rend vraiment honteuse mais je le ferais la prochaine fois – hum... en espérant que j'y pense, tête en l'air comme je suis. _
Un grand merci à Tipsy-Love, Bling (non je ne me suis pas inspirée du film Inception lol, je ne l'ai jamais vu ! Mais effectivement tu n'es pas la seule à me dire que mon chapitre 11 y ressemblait ;-) ), Taku (c'est plus simple ! xD), Elianor, Ellia, P'tite jiji, SunShineWillBeHere, Manon, legitimedemence, NYOZ3KA, witchee, ChiiChoux, Arrion, Gaelle, Laurine, Djianara, MildredFeather (Allez lire sa fiction, elle en vaut la peine !). Sans vous, je ne sais pas ce que deviendrait cette histoire. Vous m'encouragez un max ! 3
Chapitre 12
Sous un autre angle
Le temps s'est arrêté depuis une bonne minute déjà. Oh, il y a bien son torse à lui qui se soulève et ses pleurs à elle qui font tressauter ses petites épaules frêles, c'est bien vrai... mais ces détails importent peu. L'air s'est figé, solidifié, stoppé, coupé dans son élan par la gravité de la scène. Il retient son souffle sans plus oser se manifester, parce que le moment s'y prête et parce qu'il n'est pas sûr de voir ce miracle se renouveler un jour. Après tout, ils sont ennemis. L'atmosphère qui règne dans la grande chambre où les deux enlacés s'enlacent est tranchante, à vif – à couper au couteau tant elle est vivante et palpable, comme un cœur qui bat.
Boum, boum, boum.
Un cœur... ? Non, ce n'est pas ça. Le bruit s'accentue et résonne à travers les appartements ; il faut sortir de la chambre, dévaler les quatre marches, traverser le salon, transpercer la porte d'entrée d'un regard omniscient. Là, juste derrière le bois sombre, un poing impatient s'acharne encore et encore jusqu'à s'en faire souffrir les jointures. Le jeune homme à qui il appartient tambourine sans plus se soucier du bruit – ou plutôt si ; il cogne toujours plus fort pour être sûr de se faire entendre, l'air sérieux et parfaitement décidé. Ses grands yeux verts brillent dans la lumière matinale de ce froid matin d'octobre et sa cicatrice en forme d'éclair luit sur son front emperlé de sueur.
Il est désespéré ; ses poings aussi, à en juger par la façon dont ils trébuchent sur la surface en bois.
Boum !
Boum !
Boum !
Encore et toujours, de plus en plus fort, de plus en plus désespérément. Ce n'est plus le simple résultat de cette rencontre entre la chair fébrile et le bois indifférent ; c'est une supplique, au même titre que la lueur qui danse au fond des prunelles émeraudes.
Boum, boum, boum !
- Hermione ! Hermione, ouvre-moi, je t'en supplie ! finit-il par s'écrier, à bout de forces et de patience.
Dans la chambre, les inséparables se sont séparés, alertés par les coups contre la porte et les cris du garçon. L'air a reprit son souffle aux alentours et un vent frais soulève les cheveux de la fille tandis qu'elle s'empresse de sortir retrouver son ami, plus pour échapper aux regards du blond qu'elle étreignait que par envie réelle. Une longue inspiration et quelques frottements d'yeux plus tard, elle pose une main tremblante sur la poignée de la porte et l'entrouvre à contrecœur.
- Harry ? chuchote-t-elle doucement en découvrant le visage pâle de son ami qui baisse le poing devant elle. Qu'est-ce que tu fais là ?
Le garçon aux yeux verts ne prend même pas la peine de répondre à sa question. Poussant la porte d'un coup de pied bien ajusté, il se précipite en direction de la jeune fille et la prend dans ses bras. Hébétée, celle-ci se laisse faire, trop choquée pour réagir. Les joues encore trempées de larmes, elle fixe la porte ouverte d'un regard vague par dessus l'épaule de son ami tandis que les bras de ce dernier resserrent douloureusement leur étreinte autour de sa taille. Dans une pensée troublée, elle se rejoue un instant la scène qui vient à peine de se dérouler dans la chambre d'à côté, si ressemblante et pourtant si différente au fond. Ironie du sort.
- Harry ? murmure-t-elle encore alors qu'il soupire contre ses cheveux.
Il se détache enfin d'elle d'un geste lent et baisse les yeux sur le sol. La jeune fille le fixe en silence, incapable de comprendre le soulagement palpable du garçon et les ridules d'inquiétude qui barrent encore son front en plis amers.
En retrait, l'autre – le blond, le pâle, le Serpent, l'ennemi, l'incertain – les détaillent de ses yeux acier ; ses poings serrés jusqu'à l'excès blêmissent de seconde en seconde.
- J'ai rêvé... souffle enfin Harry.
Une question dans les yeux noisettes, puis une mâchoire qui tressaille et une douleur sourde au fond du ventre. Les souvenirs se déroulent, implacables et meurtriers. Des étagères à n'en plus finir, une course poursuite dans la pénombre, une comptine sinistre, des cadavres et des plumes. Réprimant un sanglot, elle cligne des paupières pour se reprendre et interroge son ami du regard.
- Quoi ? fait-elle, incapable de dire autre chose.
Harry s'avance vers elle et l'empoigne à nouveau par les épaules mais c'est l'autre qu'il regarde, qu'il jauge, qu'il défie du regard, qu'il déteste des yeux – cet autre qui reste figé au milieu du salon derrière eux, les cheveux en bataille, le torse nu et les yeux acier remplis de questions.
- J'ai rêvé que tu mourais, complète Harry Potter à l'adresse de sa meilleure amie interloquée.
Et c'est un autre cauchemar qui commence... ou bien juste la réalité qui les rattrapent.
-000-
Pansy Parkinson fut la première à le voir. Affalée dans un des nombreux fauteuils rembourrés qui peuplaient la salle commune des Serpentard, elle regardait le feu mourir d'un œil torve en attendant l'aube, trop énervée pour songer ne serait-ce qu'à rester allongée dans son lit. L'avant-bras posé sur l'accoudoir, elle battait l'air de sa main droite d'un geste nerveux en songeant à ce qu'elle venait de faire et aux événements à venir lorsqu'il était entré.
L'inconnu.
Ce fût Rogue qui s'avança en premier dans la pièce, de ce même pas silencieux que les élèves étaient nombreux à haïr. Pansy l'éternelle imperturbable se contenta, en revanche, de le fixer sans un mot tandis que l'homme aux cheveux noirs lui adressait un vague coup d'œil.
- Déjà debout, Miss Parkinson ? Marmonna-t-il, l'air mécontent.
- Encore debout serait le bon mot, répliqua-t-elle sans prendre la peine de rester polie.
Il haussa les épaules et se détourna d'elle pour faire signe à l'autre d'entrer. Aussitôt, Pansy se redressa sur son siège, curieuse, et riva sur le nouveau venu un regard perçant. Jusqu'à présent abrité dans l'ombre, le garçon s'affichait désormais à découvert, planté au milieu de la salle d'un air parfaitement décontracté comme si rien n'était plus normal que sa simple présence. Il dépassait le professeur de défenses contre les forces du mal d'une bonne tête et ses grandes dreadlocks sombres ne l'aidaient pas à rester discret, bien au contraire ; maintenues en une grossière queue de cheval au dessus de sa tête, elles tombaient dans son dos jusqu'à ses reins et s'agitaient à chacun de ses gestes, petits serpents cinglants claquant avec force contre sa colonne vertébrale. Entre deux clignements de paupières hébétés, Pansy eut le temps de noter de-ci de-là d'autres détails qui lui permirent de mieux cerner l'étranger. Une peau mate, hâle naturel souligné sans doute par quelques rayons de soleil persistants ; et puis des sourcils épais, un nez droit, des lèvres étonnamment pulpeuses, des yeux bleu nuit, un sourire narquois parfaitement exécrable et l'insigne des Serpentard brillant sur son torse musclé.
Une menace ambulante, à n'en pas douter.
Comme si j'en avais besoin d'une autre ! songea Pansy à part elle, agacée par le sourire en coin de l'inconnu qui la fixait avec un intérêt soutenu. Elle le fusilla du regard : son sourire s'accentua. Elle soupira : il lui fit un clin d'œil. Aucune fierté ! pensa-t-elle rageusement. Elle faillit lui cracher ces mots au visage, mais Rogue se chargea de la rappeler à l'ordre. Le visage impénétrable, il se tourna vers elle et annonça de son habituelle voix grave :
- Nouvel élève. Il reste ici pour le restant de l'année. Puisque vous êtes ici, montrez-lui où se trouvent les dortoirs... (Il fronça les sourcils.) Et gardez-ça pour vous jusqu'à demain, vous n'étiez pas censée être au courant de sa venue.
L'homme se détourna sur ces mots sans laisser le temps à Pansy de répliquer. Sa cape battant en un claquement exaspérant contre ses jambes, il traversa la pièce à grands pas et sortit sans un regard de plus en direction de celui qu'il laissait entre les mains de la jeune fille. Mauvais plan, grinça-t-elle à part elle en adressant à l'autre un sourire joliment carnassier.
- Un « nouvel élève » ? siffla-t-elle à son adresse en secouant la tête. Laisse-moi rire. C'est la première fois depuis que je suis entrée à Poudlard qu'un élève arrive en cours d'année. Rogue se fourre le doigt dans l'œil s'il pense que tout le monde va gober ça – les Serpentard, je veux dire. (Elle ricana.) Les Gryffondor et les Poufsouffle y croiront sans rechigner, bouche ouverte et air crétin en prime. Dans cette école, il n'y a guère que les Serdaigle qui soient encore récupérables.
- Charmante, se contenta de répondre l'autre, l'air étrangement sincère. Et intelligente.
- Et toi, c'est lèche-bottes ton nom ? s'esclaffa sinistrement Pansy sans s'émouvoir le moins du monde de ces compliments.
Sourire au lèvres – ne le quittait-il donc jamais, cet irritable petit croissant amusé ? – il alla s'asseoir à côté de Pansy et lui adressa un nouveau clin d'œil.
- Non, mais tu peux m'appeler Grisha.
Pansy l'observa un instant en silence, un sourcil levé. C'était la deuxième fois seulement qu'il ouvrait la bouche, mais malgré sa maîtrise parfaite de la langue*, son accent était nettement détectable. Russe, et craignos par dessus le marché.
Les yeux bleu nuit ne la quittaient plus, mais la jeune fille décida de ne pas y penser et secoua de nouveau la tête, l'air plus sérieuse cette fois. Elle ne croyait pas un seul instant à cette histoire idiote de nouvel élève et la presque nervosité de Rogue lorsqu'il s'était aperçu de sa présence dans la salle commune confirmait ses soupçons avant même qu'elle n'ait eu vraiment le temps de fouiller plus avant. Conclusion ? Aucune chance que je lui fasse confiance. Tout en lui paraissait étudié à l'extrême, que ce soit sa décontraction affichée, ses dreads soigneusement attachées ou bien encore ce petit sourire qu'il affichait à tout va, aussi faux que le reste de sa personne.
Un claquement de langue et deux paupières fugitivement plissées plus tard, Pansy sauta sur ses pieds et s'écarta du canapé où il était encore assis pour mieux lui renvoyer son sourire crispé.
- « Tu peux m'appeler Grisha ? » le singea-t-elle en imitant son terrible accent Russe à couper au couteau. Ne t'inquiète pas. Je ne t'appellerai pas de toute façon.
Cela étant dit, elle adressa un geste d'au revoir à l'adresse de Monsieur Faux-Jeton et se détourna d'un geste nonchalant pour se diriger en direction du dortoir des filles.
- Eh ! la rappela-t-il sans se départir de son sourire. Tu n'étais pas censée me montrer où se trouvaient les dortoirs ?
Un ricanement sourd résonna dans le couloir où elle s'engageait.
- Tu trouveras bien un jour ! rétorqua la Serpentard avant de disparaître pour de bon de sa vue.
Qu'on se le dise : ce n'était pas demain la veille que Pansy Parkinson prendrait sous son aile un idiot pareil.
-000-
Je ne sais plus trop qui je suis. Réellement, je veux dire. Sans lui et sans elle pour m'accompagner. Sans être le dernier membre du Trio, vous savez ? Celui qui est roux et qui n'arrête jamais de se plaindre – c'est du moins toujours ce que ma mère me dit. Quand je suis seul, j'ai le sentiment d'être incomplet, et ce n'est pas le genre de joyeux cliché qui fait sourire et qu'on trouve mignon, non. C'est écrasant, étouffant, ça rend mal à l'aise, ça gratte, ça tord, ça démange, ça pique et ça brûle. Quand ils ne sont pas avec moi, je me sens vide. Nu. Je n'ai plus aucune couverture, plus d'écran entre le monde et moi ; il y a juste cette trouille de ne pas être reconnu pour ce que je suis, et cette question qui me nargue... Qui suis-je au fond ?
J'ai souvent l'impression d'être inutile, et le « souvent » est placé là bien gentiment. C'est un mot optimiste que je regarde en pensant qu'il n'aurait pas dû exister, que je n'aurais jamais dû l'écrire. En fait, j'ai toujours l'impression d'être inutile, voilà la vérité. Ah, elle est belle, la vérité ! Écrite noire sur blanc, elle me paraît plus dure encore. Mais entre Harry qui joue les ignorants frustrés et Hermione qu'on ne voit plus que pendant les cours, je ne sais plus vraiment de quel trio je suis censé faire partie. Un trio, vraiment ?Nous, à force de nous entredéchirer, on est trois « seuls » et plus du tout cette équipe soudée que tout le monde connaît.
Ça change tout, et ça me fait peur.
(…)
Cette nuit, Harry s'est réveillé en hurlant. Devrais-je dire « encore » pour notre spécialiste ès cauchemars ? Non. Ce cauchemar là était différent des autres, parce qu'il n'a pas hurlé pour rien. C'est son prénom à elle qui a résonné entre les murs de notre dortoir lorsqu'il s'est redressé dans son lit, si fort que plus de la moitié des Gryffondor étaient éveillés quand il a refermé la bouche. « Hermione » ; un cri rauque qui sonnait comme une fin. Un semblant de sanglot aussi, et trois litres de transpiration s'écoulant de son front Marqué.
Il avait la même expression lorsqu'il a rêvé de mon père.
J'ai tenté d'en savoir plus, bien sûr. Je l'ai inondé de questions, lui dont le tee-shirt était déjà trempé. Je l'ai secoué, supplié, menacé pour qu'il parle, qu'il me raconte ce qui venait de se passer. Il n'a rien voulu me dire, trop pressé de se lever de son lit pour prendre le temps de me répondre. « Il faut que j'aille vérifier ! » Voilà tout ce qu'il a lâché, entre deux toux rauques. Il s'est éloigné sans un mot de plus et a filé dans le couloir en me laissant seul avec mes questions, seul avec les autres Gryffondor, seuls comme les autres Gryffondor.
Comme si je ne méritais même pas une vraie réponse.
J'aurais pu le suivre, mais je ne l'ai pas fait. Pas cette fois. Pas encore. Ronald le suiveur n'a pas suivi Harry Potter. Quelle ironie... Je savais parfaitement où il allait de toute façon, et je savais aussi que je n'avais pas envie de me faire envoyer paître en lui posant des questions inutiles. J'étais trop fatigué pour me battre avec lui et tenter de lui rappeler que j'étais son meilleur ami. Mille et une fois m'ont suffi.
Alors, comme tous les gars dans le dortoir, je me suis recouché et j'ai tenté de dormir, sans résultat. Son prénom à elle me semblait encore bien trop présent : entre les murs, dans ma tête, sur le lit vide de Harry. Partout comme une menace. J'en avais la chair de poule, parce que ça me rappelait que je ne m'étais toujours pas réconciliée avec elle.
(…)
Mais j'ai oublié de me présenter, à ce journal qui sera le seul à m'entendre. Bonjour. J'ai raté les essais de Quidditch, ma famille est considérée comme traître à son sang ; nous sommes pauvres, plus nombreux que vous ne le devinerez jamais. (Si vous croisez un roux, méfiez-vous ; il porte peut-être le nom des Weasley.) Mon meilleur ami est un sorcier connu du monde entier, ma meilleure amie est la fille la plus intelligente de Poudlard et plus encore, sans doute. Et moi... moi, je suis incapable de terminer un devoir de métamorphose sans elle, j'ai la phobie des araignées, je suis nul en Sortilèges et personne à part Harry ne s'est encore rendu compte que j'étais amoureux d'Hermione. J'en rajoute ou bien je m'arrête là, histoire de ne pas rendre le tableau trop sinistre ?
Je m'appelle Ron Weasley et je suis un imbécile.
Ou bien c'est juste comme ça que l'on me voie, et le « on » en question ne paraît jamais s'apercevoir de l'importance du « ou bien ».
-000-
Harry Potter enserrait le poignet de sa meilleure amie entre ses doigts fébriles. Protecteur, il la guidait à travers la foule des élèves qui allaient et venaient sous le plafond enchanté de la Grande Salle et se frayait un chemin parmi eux en direction de la table des Gryffondor, où de nombreux rouges et or s'étaient installés pour profiter d'un petit-déjeuner tardif.
Le souffle court et la démarche maladroite, Harry jetait régulièrement des coups d'œil en direction d'Hermione qui se laissait diriger sans un regard, l'air étrangement vide et les joues encore pâles suite à leur dernière conversation dans le calme des appartements des Préfets en Chef. Le cœur serré, le jeune homme se rappela leur étreinte sous le regard sombre d'un Malefoy aux cheveux ébouriffés et l'air hagard d'Hermione lorsqu'il lui avait annoncé qu'il avait rêvé de sa mort prochaine.
Un cauchemar affreux dont il se rappelait à la perfection.
D'amères réminiscences vinrent se faufiler sous ses paupières mais il les en chassa d'un clignement hâtif et resserra l'étreinte de ses doigts autour du poignet fin d'Hermione. Je ne veux pas y repenser. Risquant un énième regard vers son amie, il eut la surprise de voir que son regard s'était affermi ; par delà l'épaule de Harry, elle fixait sans ciller la table des Gryffondor et fronçait les sourcils d'un air sombre. Étonné par son attitude, le Survivant porta à son tour son attention derrière lui et comprit la raison de l'expression troublée de son amie.
Ron était là, et il n'avait pas l'air particulièrement ravi de les voir. Loin de là. Juste blasé, et peut-être un peu en colère aussi... ce qui n'annonçait jamais rien de bon.
- Mince, chuchota Harry à l'adresse d'Hermione. Il n'a pas l'air...
Le regard suppliant que lui lança sa meilleure amie coupa court à sa sinistre constatation, et Harry referma la bouche en un claquement distinct tandis qu'Hermione agrippait sa manche d'un poing fébrile. Sans se soucier du regard insistant que Ron rivait toujours sur eux et des yeux curieux de quelques Gryffondor attablés alentour, elle chuchota en hâte :
- Tu as promis, Harry. Ne lui dis rien de tout ça, d'accord ? Ça l'inquiéterait, et je n'ai pas envie qu'il ait peur.
Harry la fixa, un soupir rentré titillant ses lèvres. Il se rappelait à la perfection des paroles qu'il avait dites et plus exactement encore ce qu'il avait promis, mais les choses lui semblaient différentes lorsque Hermione pleurait encore. Elle semblait si petite sur le canapé où elle était assise, là-bas, dans le salon où Malefoy les écoutait parler du coin sombre de la pièce où il restait figé... Elle semblait si fatiguée et si maigre qu'il n'avait pu lui résister.
« Promets-moi que tu ne parleras pas à Ron de ce cauchemar que tu as fait. C'est important, Harry. Je ne veux pas qu'il se fasse du souci pour moi, d'accord ? Il en a déjà bien assez comme ça. Comme nous tous. »
Dès qu'il lui avait parlé plus en détail du cauchemar qu'il avait fait à son propos, Harry avait su ce qu'elle allait lui demander. Il voyait déjà danser la question au fond de son regard humide tandis qu'il lui contait la fin de l'affreux songe. Hermione avait préféré faire passer le bien-être de Ron avant cette règle implicite de leur longue amitié qui les incitait à tout se raconter.
Pour la première fois depuis longtemps, Harry et Hermione avaient un secret dont Ron ne soupçonnait pas l'existence, et ce simple fait les troublait tous les deux.
- Bon, ok. Tu es prête ? glissa Harry à l'intention d'Hermione.
Elle hocha la tête, et ils s'avancèrent lentement sous le regard bleu de leur ami.
- Salut, Ron, marmottèrent-ils dans un bel ensemble avant de s'installer à côté de lui pour petit-déjeuner.
Il hocha la tête d'un geste bref sans cesser de fixer Harry. Incapable de soutenir son regard, le Survivant tendit la main en direction d'un plat de bacon et se servit généreusement, l'estomac pourtant trop noué pour en manger ne serait-ce qu'un simple morceau.
L'irrémédiable « d'accord » qui avait scellé sa promesse avec Hermione lui enserrait encore bien trop la gorge.
- Alors ? grogna Ron en paraissant enfin s'apercevoir que ni Harry ni Hermione ne voulaient reprendre la parole.
- Alors quoi ? s'enquit Harry d'une voix bien trop innocente pour être honnête.
Le roux dégingandé écarquilla des yeux d'un air incrédule et se renversa en arrière pour mieux le fixer tandis qu'il secouait la tête.
- « Alors quoi ? » ! le singea-t-il. C'est tout ? Tu t'es réveillé en hurlant le nom d'Hermione, tu as disparu dans la minute qui a suivi, tu es resté introuvable pendant deux heures et tout ce que tu trouves à me dire, c'est « alors quoi ? » Ne pousse pas. Tu as vu sa tête ? poursuivit-il en pointant un doigt accusateur en direction d'Hermione qui afficha aussitôt une mine vexée. Elle est aussi blanche que son assiette, alors n'essaye pas de me faire avaler qu'il ne s'est rien passé parce que je ne sais pas si je serais encore capable de jouer les meilleur amis idiots après ça.
Étrangement soulagé de voir Ron se mettre en colère au lieu de tout garder pour lui comme il en avait l'habitude, Harry le laissa parler sans intervenir et garda le silence pour mieux crever l'abcès. Depuis sa dispute avec Hermione, Ronald était exécrable et Harry se doutait bien que leur amie n'en n'était pas la seule cause. Ce monologue exaspéré le lui prouvait bien aujourd'hui ; il était aussi coupable qu'elle et ce pour mille et une raisons.
Une fois bien sûr qu'il avait terminé sa tirade, Harry soupira.
Finis, les secrets... La plupart du moins.
- J'ai rêvé qu'Hermione allait mourir et ce n'était pas un rêve ordinaire, lâcha-t-il d'une voix calme sans tenir compte du cri horrifié de cette dernière, qui s'agita sur sa chaise en le fusillant du regard.
Les yeux de Ron s'écarquillèrent plus encore et sa fourchette retomba sur la table dans un bruit de ferraille tandis qu'il se figeait sur son banc.
- Quoi ? fit-il simplement, l'air effrayé.
- Harry ! siffla Hermione en serrant les poings.
Un énième soupir et un haussement d'épaules plus tard, Harry reprenait d'une voix grave à l'intention de Ron :
- Hermione voulait te le cacher parce qu'elle avait peur de ta réaction, mais je ne voulais pas te mentir.
- Mais... comment... Comment tu as... balbutia Ron en fixant tour à tour ses deux amis, une expression hagarde au visage.
- C'est pour ça que je suis allé la rejoindre, continua Harry. Je voulais vérifier... Il fallait qu'elle soit là.
Il soupira.
- Je ne sais pas ce que j'aurais fait si elle n'avait pas été là.
Hermione secoua la tête. Évitant consciencieusement le regard de Harry, elle repoussa son assiette toujours vide et se leva du banc.
- Désolée, marmonna-t-elle. Je dois y aller, j'ai des devoirs en retard. Raconte-lui tout pour moi, Harry. On se verra en cours tout à l'heure.
Ron voulut la retenir d'un appel offensé, mais Harry l'en empêcha d'un regard et tous deux regardèrent Hermione tandis qu'elle s'éloignait d'eux d'un pas lent, les cheveux plus ébouriffés que jamais, la tête baissée et les épaules lourdes. Le cœur serré, Harry fixait son dos frêle sans pouvoir empêcher un mauvais pressentiment de nouer sa gorge.
- Mais qu'est ce qui se passe, enfin ? marmonna Ron en fusillant son assiette du regard. Je ne comprends plus rien... tu as intérêt à tout m'expliquer, Harry.
Un autre angle... Dumbledore le lui avait bien dit. Qu'importaient les sacrifices qu'il ferait ; Harry avait acquis la conviction qu'il devait faire confiance à son amie. Dans un soupir, il jeta un dernier coup d'œil à l'assiette vide qu'elle avait laissé derrière elle avant de redresser la tête pour affronter le regard inquiet du grand roux affalé sur le banc des Gryffondor. Non, pensa-t-il vaguement en esquissant un sourire crispé. Je ne lui dirais pas tout. Il ne parlerait pas de l'air inquiet de Malefoy lors de sa dernière intrusion au quartier des préfets en chef le matin même ; il ne dirait rien des larmes qui coulaient encore sur les joues d'Hermione quand elle avait ouvert la porte ; il ne dirait rien des plumes entremêlées à sa chevelure brune et du collier nouvellement attaché entre ses clavicules fines, d'un vert Serpentard parfaitement suspect.
Il la protègerait.
- Remplis ton assiette, ordonna Harry à Ron. Il y en a pour un moment, tu as le temps de manger.
Ron hocha la tête et tendit la main en direction d'un plat de bacon qui patientait devant lui. Harry remarqua le vague coup d'œil qu'il jeta à l'assiette vide d'Hermione et se demanda si lui aussi avait l'impression d'être l'exact reflet de ce maudit plat ; vide, délaissé et complètement inutile.
-000-
Drago Malefoy fixait son assiette vide d'un œil blasé sans plus se soucier du bras possessif que Pansy avait passé sous le sien. L'estomac noué, il tentait en vain de ne penser à rien, mais sa cause était perdue avant même qu'il ne commence vraiment à la défendre et il en avait parfaitement conscience. Néanmoins, ce ne fut qu'en croisant le regard fatigué d'Hermione Granger qui se levait de table à quelques mètres de lui qu'il s'autorisa à baisser les bras pour de bon. Laisse tomber, s'ordonna-t-il à lui même en la regardant s'enfuir à grands pas de la Grande Salle. Elle était trop pâle pour qu'il oublie, et le souvenir des doigts froids sur ses clavicules lui semblait imprimé au fer rouge sur sa peau. Et puis il y avait cette question, qui tournoyait dans sa tête sans discontinuer depuis quelques heures déjà...
Mais qu'ai-je donc fait ?
- Dray ?
Pansy lui secoua le bras en fronçant les sourcils. Grommelant une incompréhensible réponse, Drago se dégagea d'un geste sec et tendit le bras pour attraper une pomme dans la coupe de fruits posée devant lui dans l'espoir de reprendre contenance. Peine perdue, évidemment... ses doigts tremblaient toujours, et les souvenirs affluaient sous son crâne comme mille abeilles bourdonnantes à la recherche de pollen.
- Dray ? répéta Pansy en lui tapotant l'épaule d'un doigt interrogateur. Tu ne manges rien, ce matin ?
Drago brandit la pomme intacte qu'il venait de prendre sous le nez plissé d'une Parkinson vaguement exaspérée. Alentour, la plupart des vert et argent attablés à leurs côtés interrompirent leur conversation pour les observer et commencer à prendre discrètement les paris. Une dispute entre le « Couple » représentait toujours pour eux un spectacle inoubliable, grâce à l'entêtement presque irrespectueux de Pansy et à la répartie incroyable de Drago. Mais si le plaisir de les voir s'affronter était toujours présent malgré la régularité de leurs confrontations, tous en connaissaient le résultat.
En effet, le pari n'était là que pour la forme ; c'était inévitablement à Drago Malefoy que l'on remettait le trophée au final.
- C'est bien ce que je dis ! soupira Pansy sans paraître s'apercevoir du soudain silence de leur tablée. Tu n'aimes pas les fruits de toute façon, et je ne suis pas aveugle. Tu ne manges rien.
Plissant les yeux, Drago se redressa sur le banc pour mieux affronter la Serpentard du regard.
- Si je ne mange rien, ça me regarde, siffla-t-il d'une voix sèche en éloignant enfin la pomme de la jeune fille. Et si j'ai envie d'aimer les fruits ce matin, idem, c'est mon problème pas le tien. Je ne suis pas ta propriété privée, Parkinson. Mets-toi ça dans le crâne une bonne fois pour toutes et oublie-moi, d'accord ?
Ignorant l'ordre avec l'efficacité parfaite d'une fille amoureuse, Pansy secoua la tête sans cesser de fixer la pomme que le Serpentard tenait toujours. À ses côtés, Millicent lui envoya un léger coup de coude dans les côtes pour tenter de lui faire abandonner la partie, mais Pansy n'était pas fille à obéir sagement sans discuter – Dray ou pas Dray. De ce fait, elle rendit à Bulstrode le coup de coude sans même la regarder et se défendit d'une voix forte :
- Je m'inquiète pour toi, c'est tout !
L'air décidé, Drago serra la pomme plus fort entre ses doigts fins et en croqua un bon morceau d'un coup de dents rageur, évitant consciencieusement de tout recracher dans l'assiette creuse qui patientait devant lui. Il aurait détesté devoir donner raison à Pansy, mais les faits étaient là...
Il n'aimait vraiment pas les fruits, et l'acidité agressive du morceau de pomme sur sa langue lui arracha une grimace dépitée.
- Dans ce cas, ne le fais plus, grogna-t-il en avalant sa bouchée sans la mâcher. C'est tout.
- Dray... gémit Pansy.
- Parkinson... répliqua Drago sur le même ton en balançant la pomme sur la table, incapable de donner le change plus longtemps. Tu sais, ça n'a pas l'air comme ça, mais c'est facile de ne s'inquiéter pour personne, il te suffit d'apprendre à être égoïste et le tour est joué !
La pomme roula sans discontinuer jusqu'au bord opposé de la longue table et tomba par terre dans un bruit sourd après avoir heurté deux coudes joueurs et un verre rempli de jus de citrouille. Drago ne s'aperçut même pas de la chute de son petit-déjeuner, trop occupé à fixer Pansy du regard. Au sourire sarcastique qui s'installa sur le visage de la jeune fille suite à sa réplique faussement enjouée, il sut qu'il venait de commettre une erreur et se mordit la lèvre inférieure en se maudissant d'une pensée mordante. À la table des Serpentard, l'atmosphère avait changé ; à présent, les regards se faisaient fuyants et les expressions maussades.
Parkinson venait de prendre le dessus.
- Tu sais quoi, Dray ? lança-t-elle. Ne pas pouvoir manger est un effet de cette inquiétude que tu me reproches... oh, et attends ! J'ai mieux encore ; ne pas pouvoir s'empêcher de regarder sa main droite parce qu'une cicatrice hideuse te fait penser à quelqu'un, ça aussi c'est un critère de choix, et assez bizarre si tu veux mon avis.
L'idiote !
Un crissement et un grondement rageur plus tard, Drago s'était levé et agrippait la chemise de Pansy Parkinson d'un poing agressif, l'autre déjà plongé dans la poche de son uniforme à la recherche de sa baguette. Par delà la table des Serpentard, plus de la moitié de la Salle avait à présent les yeux rivés sur eux, mais Malefoy n'en n'avait cure ; trop occupé à menacer de sa baguette la Serpentard aux yeux écarquillés, il n'entendit même pas les chuchotements précipités des élèves alentour.
Plus question de pari cette fois-ci ; un Drago Malefoy furieux valait bien tous les discours du monde.
- Qu'est-ce que tu insinues, Parkinson ? siffla-t-il en secouant sa chemise froissée par le col pour mieux la faire réagir. Ose le dire, ose !
Derrière eux, des couinements presque indistincts et un bruit de course indiquèrent aux plus attentifs que le professeur Flitwick arrivait dans l'espoir de séparer les deux opposants ; le temps que le petit sorcier essoufflé parvienne à leur hauteur, Parkinson avait reprit ses esprits. Sans plus se soucier de la baguette menaçante que Drago pointait sur sa gorge et du regard des autres qui pesaient sur eux dans le silence soudain de la Grande Salle, elle plissa les yeux et rétorqua d'une voix ferme :
- J'insinue que tu n'es pas si égoïste que tu veux le faire croire, Malefoy !
Le simple fait d'entendre son nom sortir de la bouche boudeuse de son éternelle fan calma le jeune homme ; relâchant la chemise de Pansy d'un geste vif, il abaissa sa baguette et la fixa sans un mot.
- Monsieur Malefoy ! Ahana le petit professeur essoufflé en jouant des coudes pour éviter de se faire écraser par les élèves qui s'étaient arrêtés au beau milieu du chemin pour assister à la scène.
- Ne me parle pas sur ce ton, grogna celui-ci à Parkinson en ignorant royalement Flitwick qui trépignait derrière lui, baguette en l'air et joues rouges en prime.
- Et toi, ne fais pas semblant d'être ce que tu n'es plus, rétorqua Pansy d'une voix calme en insistant sur le dernier mot.
Drago lui lança un dernier regard haineux avant de se détourner pour remonter l'allée à grands pas furieux en direction de la sortie, bousculant les quelques inconscients qui osaient encore lambiner sur son passage à grands renforts de grognements rageurs sans se soucier de Flitwitck qui lui emboîtait le pas tant bien que mal.
- Tu t'inquiètes pour les mauvaises personnes, Dray ! lui lança soudainement Pansy, qui le suivait du regard en lissant le haut de son uniforme d'une main vive.
Sans prendre la peine de lui répondre, Drago avala les derniers mètres qui le séparaient de la porte d'une démarche leste et en franchit le seuil sans se retourner.
Derrière lui, à quelques mètres de là, un jeune homme aux yeux verts marmonnait un machinal « sous un autre angle... » en triturant pensivement sa fourchette, les yeux fixés sur l'entrée de la Grande Salle où Drago Malefoy venait de disparaître.
