A/N : Désolé pour le delai. Le travail forcené et l'écriture font piètre ménage, en ce moment. Ceci est un ''chapitre interlude''. En espérant qu'il vous plaise malgré tout. Le chapitre suivant aura quelques révélations... Rivers aura un rendez-vous important...

Quelques petits changements au chapitre précédent, pour plus de cohérence :

- La pierre a été retrouvé sur un itinérant et non sur le chantier.

- Raoul est saoul et non drogué. La cocaine est réellement apparue sur le marché en 1884. Mea Culpa!

N'hésitez pas à m'écrire en PM, si vous voyez des incohérences! Fantômes est, somme toute, un premier jet!


Le gardien nous avait conduit devant une cellule obscure d'où on ne voyait pas grand chose. C'était là qu'on oubliait les forcenés qu'on ne contrôlait pas, au Bellevue Hospital. Je crus d'abord que l'infirmier se moquait de nous et nous avait mené nulle part. Je me demanda même, un instant, si cette cellule ne m'était pas destinée. Mais le lit de métal finit par grincer et une chaîne racler le sol de pierre dans la noirceur et une forme hirsute et brisée apparut sous la lanterne de l'employé. Je reculai d'un pas ou deux, secoué par le relent fétide. Ce qui avait jadis été un homme s'approcha aux barreaux et s'y accrocha comme si plus rien d'autre ne le soutenait. J'avançai bravement d'un pas, vers cette goule qui semblait tout droit sortie des enfers de Hell Kitchen ou du Lower East Side.

- Jansson ?

La créature m'aspergea de sa salive poisseuse en me jouant un cantique avec des consonnances germaniques un peu inhabituelles qui manquaient sans doute à ma culture new yorkaise. Je m'essuyai nerveusement la joue gauche. J'entendis l'employé, derrière moi, sortir le boyau d'eau et O'Reilly se racler la gorge. L'homme se calma et me regarda à travers les barreaux, avec des yeux affolés. J'essayai de lui faire un signe apaisant. Je me souvenais que trop bien de ces giclées glacées. J'articulai le plus lentement possible, en essayant de mimer mes propos pour que l'homme puisse me comprendre, malgré les difficultés qu'il semblait avoir en anglais, selon le personnel. Personne ne semblait le comprendre. Je répétai son nom, comme pour me le rendre plus humain.

- On vous a retrouvé avec une pierre. Une pierre pleine de sang. Cette pierre provenait de d'un… chantier, un bâtiment en construction où on a retrouvé un mort. Que s'est-il passé, sur chantier?

Je leva un regard implorant vers l'homme. Mais l'homme ne fit que secouer énergiquement la tête en murmurant plaintivement dans une langue que personne ne comprenait. Ce fut à mon tour de me jeter sur les barreaux. J'entendis O'Reilly et l'employé de l'hôpital jurer, derrière moi et tenter de me retenir mais je m'en moquais. C'était peut-être la dernière personne à avoir vu Émile. La seule personne à avoir vu son agresseur, en dehors du cadavre défiguré qui gisait dans la morgue, un étage plus haut. Il fallait que je sache ce qu'il avait vu.

- Jansson ! Je sais que vous êtes innocent ! Je le sais ! Qui vous a dit de prendre la pierre ? Qui ? Avez-vous vu un enfant ? Avez-vous vu une femme ? Une femme à la peau noire ?

L'homme approcha son visage du mien. Ses dents gatées étaient immondes et son halaine puait la charogne. Il agrippa sa main sale à la manche de ma veste et planta ses yeux bleus pâles dans les miens. Il me refit un monologue dans sa langue maternelle. Des syllabes à la fois gutturales et chantées qui ne faisaient aucun sens pour moi. Des mots d'où on sentait un mélange d'émerveillement, de terreur et de déception. Je crus comprendre un mot qui ressemblait vaguement à «angel» quelque part, mais ce fut tout. Je lui fis signe que je ne comprenais rien. Il pointa d'abord son front, le plafond de la cellule et tout autour de lui, avec un regard effrayé, comme si le tueur était un être omniprésent qui pouvait nous entendre, et qui était là, invisible, à côté de lui. Puis d'une voix hésitante et rocailleuse, il murmura, en anglais.

- Ange. pas... homme. Belle voix. Vous... vous croire que c'est... à coté de vous mais... loin. très loin. A promis à moi que me rammener chez moi. . Moi... vouloir être chez moi. Avec ange. Je veux être chez moi. Pas ici.

Et il tira de toutes ses forces sur ma manche.

Je poussai un cri de douleur, lorsque mon visage s'écrasa sur les barreaux, en tentant de me dégager mais le forcené ne voulait plus lâcher prise. Un goût de fer emplit ma bouche alors que ma lèvre coupée saignait sur mon menton. Il se mit à crier, dans sa langue maternelle pendant que le gardien dévérouillait la grille et se précipitait sur lui à coups de matraque. Alors que je quittais les sous-sols, soutenu par O'Reilly, j'entendais encore le forcené hurler encore et toujours le même mot. Angel.

J'en était à jeter nerveusement mon quatrième mégot de file par dessus les quais lorsqu'O'Reilly arrêta mon geste, d'un air furieux.

- Je t'ai jamais vu comme ça Riv's. Jamais. Veux-tu bien me dire ce qui se passe, à la fin?

Je haussai les épaules et me dirigeai vers un fiacre, avec la ferme intention de ne pas lui répondre. Il avait voulu jouer au preux chevalier et me refiler un cas dont personne ne voulait. Et maintenant, ma propre vie était en danger. Et j'étais terrifié. Je me foutais éperduement de son inquiétude. Je savais, bien au fond de moi, qu'O'Reilly n'avait rien à y voir. Mais il me fallait un coupable. Comme tout le monde dans cette affaire, sans doute.

Mais Ferguson O'Reilly ne lâchait pas prise aussi facilement. En un rien de temps, mon fiacre partait en course sous mon nez et je me retrouvai seul sur le quai avec le jeune policier.

- Mais qu'est-ce qui t'as prise, en bas ? Il aurait pu t'arracher le bras. Tu sais ça ? Cet homme est complètement dément. Ils ont dû se mettre à quatre pour l'arrêter. Tu as bien lu le rapport, à la morgue, dis ? Franklin m'a dit qu'on était ici pour ton voisin. Que cherches-tu exactement ?

Je plissai les yeux et le dévisagea en silence. Se moquait-il de moi ? J'avançai d'un pas en reniflant, d'un air mauvais. Je n'étais pas d'humeur à blaguer.

- Oh Allez Gus ! On se connaît depuis quoi, six ans ? Ne me dis pas que toi aussi, tu vas faire comme si l'enlèvement de ce gosse français n'avait rien à voir avec ce corps qu'on a trouvé à proximité, le même soir, hein ? Je sais que Franklin t'as envoyé pour me dissuader. Je le connais. Ces français, tu me les as envoyé pour je trouve leur gosse et tu t'es mis dans de sales draps, cette fois-ci. C'est ça ?

O'Reilly baissa la tête et baffouilla de piètres excuses.

- Ça… ça n'a rien à voir Rivers. Si tu avais vu le mari, au poste… Il était … comme mon père. L'enfant a fait une fugue. j'ai… j'ai fait pareil, tu le sais… Je te les ai envoyé pour que tu retrouve le type qui leur a piqué leur fric… c'est… c'est tout.

- Et je l'ai retrouvé, ce type.

Il posa un regard interrogateur sur moi, la bouche entrouverte, avec un air incrédule.

- Tu… tu l'as trouvé ?

Je hochai sinistrement la tête, sortit mon étui à cigarette avec lenteur et m'en allumai tranquillement une et laissai baigner le sergent dans son impatience. Je sentais la fumée acre m'envahir la gorge comme l'amertume qui s'emparait de moi.

- Oui. Il y 5 ou 6 jours. Exactement dans le même état que l'homme qu'on vient de voir, à la morgue. Il était mort depuis quoi… 3 jours peut-être ?

Je pris une autre bouffée en me délectant presque de la tournure de la discussion. Je laissai O'Reilly faire ses calculs et comprendre l'ampleur de la situation. Je le voyais, du coin de l'œil, blêmir sous ses taches de rousseurs. Leur suspect pourrissait au Bellevue depuis une vingtaine de jours. J'en rajoutai un peu.

- Tu aurais dû voir la pièce, Gus. Le type qui a volé les français… Ça aurait pu être un de tes clients, à l'époque. En fait, non. Tu ne serais pas là, si ça avait été un de tes clients. Mais toi, tu t'en es sorti… Et là, j'ai un gosse à trouver et un meurtrier fantôme qui semble drôlement lié à tout ça. Vous avez pris la peine, au moins, d'essayer de trouver quelqu'un pour traduire ce que ce fêlé, en bas, avait à dire ?

Le sergent baissa les yeux, complètement désemparé et secoua la tête. Il resta un moment immobile, à regarder le fleuve en face de lui. Puis, son visage se crispa, petit à petit. Le souvenir de l'adolescent désillusionné, qui vendait sa peau pour survivre et fuir les coups de son vieux père et que j'avais trouvé, 6 ans plus tôt, me traversa l'esprit. Je me souvenais encore de la joie exarcerbée du jeune homme qui était entré dans mon bureau, il y a deux ans, pour m'annoncer qu'il était entré au NYPD et qu'il pouvait réaliser ses rêves de justice. Le brave policier que j'avais en face de moi commençait probablement à se rendre compte que rien n'avait vraiment changé depuis le temps ou il devait se vendre pour survivre. Il murmura doucement.

- Franklin m'a demandé de te faire comprendre que l'affaire s'arrêtait là. Et que même moi, je ne pourrai pas t'aider, peu importe ce qu'il arrive. Il a dit que si l'affaire sortait dans les journaux ou que s'il y avait un problème… il trouverait un prétexte pour se débarrasser de toi. Et que j'allais suivre. C'est ce qu'il a dit. Je suis désolé Riv's. Vraiment… vraiment désolé.

Je souris amèrement. O'Reilly avait été promu il y avait à peine trois mois. Sans doute un des rares irlandais à s'être rendu si loin, dans le droit chemin. Toute sa communauté devait sans doute être rivée sur lui. Il était presque leur héros, maintenant. Franklin avait fait le bon choix, en l'envoyant me surveiller à la morgue. Un très bon choix.

- Je comprends, Gus. Je comprends. Tu diras bonjour à ta vieille mère de ma part, tu veux ? C'est une brave femme qui n'a pas peur de ce que les autres pensent d'elle.

Cette fois-ci, il me laissa partir en silence.

Un télégramme arriva quelques jours plus tard.

Un journaliste, désoeuvré sans aucun doute, de l'Époque était tombé sur mon message, et m'informait que l'affaire des De Chagny avait été conduite, jadis, par le juge d'instruction Michel Faure et son adjoint, le Commissaire Bernard-Marie Mifroid. Le journaliste ajoutait que le juge Faure était malheureusement au Canada depuis quelques années et avait été rejoint récemment par le Commissaire il y avait quelques semaines, pour l'aider sur une affaire plus difficile, jusqu'au printemps. Le journaliste avait même prit soin de me donner l'adresse du bureau de Faure, dans la haute-ville de Québec.

Monsieur Faure. Mon père ne cessait de citer ses travaux. Il n'était qu'un jeune avocat, lorsqu'il avait commencé à correspondre avec son collègue français, en 1849. Faure, suite aux révolutions de 1848, s'était intéressé au déroulement des procès des Patriotes auxquels mon père avait assisté et à la manière dont leur sentence avait été exemplaire, dix ans plus tôt. Les deux hommes étaient resté en contact jusqu'au décès de mon père. Je me souvenais encore de ces cartes de Noêl, venues de Paris, qui trônaient sur notre cheminée. Complètement ahuri, je laissai tomber le télégramme sur mon bureau. Il me suffisait de mentionner mon père pour que Faure se confie, sur l'affaire des De Chagny. Sans cela, je courrai le risque d'être complètement ignoré. Qu'est-ce que Faure en aurait à cirer d'un petit détective privé du Lowest East Side ? Mais il ne pouvait ignorer la fille de son grand ami, Jacques Larivière.

Un instant et tentai piètrement de me convaincre, pétrifié par l'angoisse. Faure était à Québec. Prendrait-il vraiment le temps de communiquer avec ma famille si je lui donnais assez d'information pour le persuader qu'il s'agissait bien de moi ? Il me restait trois semaines. Trois semaines pour retrouver un fantôme, perdu dans Manhattan. Et si je ne le retrouvais pas, les conséquences seraient plus désastreuses qu'un simple télégramme affligé resurgissant du passé.

Quelques verres plus tard, j'eus enfin le courage de poser le nom que j'arborais sur mon télégramme et allai l'envoyer en titubant.

Une semaine passa, sans nouvelles. Victoire restait introuvable. J'avais beau chercher, même dans Brooklyn où la communauté noire avait trouvé refuge, après les Riot Drafts, je ne la trouvais pas. Et je voyais apparaître, du coin de l'œil, les hommes de Lyon et de Driscolls qui prenaient un véritable plaisir à me faire savoir qu'ils étaient bien là. L'un d'eux me mima le tracé imaginaire du sourire élargi que Lyons devait sans doute planifier pour moi, de l'autre côté d'Essex Street. Une ou deux fois, je m'étais senti suivi, sans pouvoir identifier mon assaillant.

Lorsqu'enfin, je trouvai un quidam, dans la rue, qui parlait une langue scandinave, on m'annonça que Jansson s'était pendu dans sa cellule.

Je retrouvai ma porte entrouverte, un soir. On avait fouillé dans mes dossiers, ma correspondance. On fouillé dans mes notes. On avait déplacé mes bibelots et ma propre photo. La photo d'Émile trônait, bien placée en évidence, sur mon bureau, à côté de la mienne. Hell-Cat Maggie ou Franklin ? Était-ce Lyons ou le Fantôme de l'Opéra ? Peu importe. L'étau se resserrait sur moi. Dans 15 jours, j'étais un homme mort.

Je passai le reste de la nuit sur le qui-vive, le regard rivé sur ma porte, la main crispé sur mon poing américain.

Le télégramme que j'attendais vint trois jours plus tard. Mais il ne venait pas de Québec. Oh non.

Il venait du Grand Union's Hotel, en face du Grand Central. Le Commissaire Mifroid, l'adjoint du juge Faure, avait eu vent de mon affaire et s'était empressé de venir à New York me rencontrer. Il disait que Faure lui avait beaucoup parlé de mon père et de moi et qu'il était impatient de rencontrer cette Mathilde Larivière dont il avait entendu tant de bien. Le rendez-vous était fixé, dans un restaurant chic de la 5e avenue, le lendemain soir. Je laissai le télégramme tomber par terre, attéré et je claquai la porte au nez à l'adolescent qui me l'apportait, sans même le regarder.

J'étais foutu. Foutu. Je voulais une nouvelle piste… Non… j'avais BESOIN d'une piste, une seule. Sinon, j'étais un homme mort. Mais celle-ci me menait tout droit au Bellevue Hospital, si j'allais à ce rendez-vous. Je me rappelai encore Polly, forcée de vêtir sa robe trop serrée pour sortir simplement au grand jour. La bile me monta à la gorge. Je jetai un coup d'œil à la jeune fille que j'avais jadis été et qui me narguait, sur la photographie. Je fermai les yeux et terminai la bouteille de whiskey que je gardais en réserve, pour les cas difficiles.


Maud m'attendait sous le porche de l'orphelinat, un grand carton sous le bras. Son sourire était crispé, impatient. Le mien aussi. Je jetai négligemment mon mégot par dessus mon épaule. Elle fronça les sourcils d'un air réprobateur. J'avançai à grande enjambées et m'arrêta à quelques pas d'elle, avec un air gêné. Elle brisa le silence, comme d'habitude.

- Ça fait des années que je l'ai. Je l'avais choisie juste pour toi, à l'époque, lorsque tu es sortie la deuxième fois de l'hopital. Elle a de la classe. Digne d'une dame. Elle t'ira encore bien… tu as maigri… Quelques ajustements et… tu seras à la toute dernière mode. Tu… Tu ne veux pas entrer l'essayer ? C'est bientôt l'heure de la messe, pour les garçons, j'ai un peu de temps et…

Je lui souris bêtement. J'avais hâte de déguerpir, je détestais qu'elle me parle ainsi, alors que tout le monde pouvait écouter. Je voyais déjà un des précepteurs me dévisager, au loin. Quelques garçons, curieux, se retournaient vers nous.

- Ça ira, je t'assure.

- Tu es certaine ? Écoute Matty… J'ai réfléchi et… si ce rendez-vous ne t'apporte pas ce que tu veux… si tu veux venir ce Dimanche… j'ai… j'ai parlé de toi à O'Neill… Il se fait vieux mais… Mais c'est un homme bien et… et il m'a dit que la cicatrice ne le dérangerait pas, lui…

Je lui fis un sourire crispé.

- Merci Maud, ce ne sera pas nécéssaire…

J'allais repartir, le cœur aux bords des lèvres, lorsqu'elle me prit le bras, en insistant.

- Tu es encore jeune, en bonne santé et… et… tu es encore capable de concevoir un autre enfant, de fonder ta propre famille à toi, Mathilde…

Je m'arrêtai, le regard rivé au sol. Je n'essayai même pas de me dégager. Je repensais à tous ces garçons photographiés. À ce petit garçon que Raoul et moi aviont trouvé, dans cette cave sordide. À ces petites filles qui n'avaient pas eu l'enfance dorée que j'avais eu, malgré tout. L'enfant abandonné. Je serrai davantage le carton contre moi. Je me souvenais de son premier cri. Mais lorsque Maud me l'avait appoerté, j'avais détourné la tête. Ma gorge se serra et ma voix me parut plus rauque que d'habitude.

- Maud ? C'était un garçon ou une fille ?

Elle ouvrit la bouche en fronçant les sourcils, sur le ppoint de me demander de quoi je voulais parler, sans doute. Puis me fit un sourire triste, les yeux embués.

- C'était un garçon, ma chérie. Un beau garçon en pleine santé. Il… Il a trouvé une très bonne famille. De bons chrétiens. Il est bien traité, ne t'en fais pas…

Un garçon. Comme Émile. Ils auraient presque le même âge, à quelques mois de différence. La coincidence me fit frissonner d'épouvante.

- Ils l'ont appelé comment ?

Ma question l'embarrassa, elle secoua la tête, avec un air sincèrement attristé, en reculant.

- Oh Matty… Tu sais que je ne peux pas te dire ce genre de chose…. Il faut… il faut que tu l'oublies et que tu penses à ton avenir, c'est….

- Juste son prénom, Maud. Et je te promets de venir un Dimanche, un de ces quatre. Après que j'aie fini l'affaire sur laquelle je suis. Promis. Juste le prénom de mon enfant, okay ?

Elle voulut refuser en baffouillant et s'arrêta net, lorsque je lui fit ma promesse. Elle sortit un mouchoir de sa manche et s'essuya les yeux, complètement émue.

- Ils l'ont appelé Phil. Phillip, si tu préfères… C'est un petit garçon très bien éduqué, je… je le vois à tous les dimanches… Tu… il te ressemble, je trouve. Les mêmes yeux verts… Un peu têtu, comme toi…

Je hochai sinistrement la tête et détournait le regard. Au loin, les bambins faisaient la queue devant le réfectoire, en se bousculant. Phillip. L'article que j'avais lu dans l'Époque citait ce prénom. Je souris amèrement et écrasai le carton, sous mon bras.

- Et les parents de Phil… je veux dire… ses parents adoptifs, ils ont reçu des visites étranges ? Un homme qui posaient trop de questions sur leur progéniture ? Vous n'avez pas vu de nouveaux visages, ces derniers dimanches ?

Maud me dévisagea avec horreur, comme si elle voyait mon vrai visage pour la première fois. Elle recula avec effroi, la main sur le visage.

- Mais…. Comment veux-tu que je le saches.. . C'est une église et… nous accueillons toujours des gens… ils reçoivent des tonnes de clients. Ils sont b…

Je l'arrêtai d'un geste agressif et autoritaire. Si le Fantôme le ne savait pas déjà, inutile que d'autres sachent où trouver le fruit de mes entrailles. Je n'avais pas voulu de cet enfant. Oh non... Mais il ne méritait pas ce qui l'attendait.

- Merci, Maud. Phil doit surement avoir une bonne vieille marraine bien chrétienne qui habite à l'extérieur de New York, non ? Tu diras à ses parents de l'y envoyer, quelques semaines, d'accord ? Tout de suite. Il est en danger. Merci pour la robe. Je te revaudrai ça. Je viendrai, un dimanche, promis, quand tout sera réglé.

Et je tournai les talons, en laissant Maud dans l'horreur du monstre que j'étais sans doute devenu.