Résumé : Voilà (enfin) la suite de Littérature... Pour rappel, lors du dernier chapitre, une émeute menaçait Whitechapel, organisée par les Old Nichols avec à leur tête Greyback. Cette révolte faisait suite à l'arrestation d'un homme, John Pizer accusé des différents meurtres de l'éventreur. L'inspecteur Frederick Abberline sauve Harry des griffes de Greyback et le conduit vers un mystérieux témoin qu'il souhaite lui présenter – ce témoin n'est autre que Remus, permettant ainsi les retrouvailles des deux hommes. Greyback est éloigné du quartier par Frederick et son adjoint Anderson pour protéger Harry… Que va-t-il désormais advenir dans le quartier de l'East-End ? Où va mener l'enquête de Remus et Frederick ?
J'espère que la suite centrée sur ces deux derniers personnages vous plaira… Un petit message d'encouragement est toujours le bienvenu… A bientôt pour un chapitre de la quête des temps nouveaux, Lilywen.
Littérature du dix-neuvième siècle
Chapitre 12 : Dear Boss…
« Cher patron,
J'entends toujours dire que la police m'a attrapé, mais ils ne m'auront pas de sitôt. J'ai bien ri quand ils ont fait leurs intéressants en déclarant être sur la bonne piste. Cette histoire de tablier de cuir n'est qu'une vaste blague. J'en ai après les putes et je n'arrêterai pas de les éventrer jusqu'à ce qu'on me boucle. Du beau travail mon dernier boulot. Je n'ai même pas laissé à la fille le temps de couiner. Comment pourrait-il m'attraper maintenant ?
J'adore mon travail et je veux recommencer. Vous entendrez bientôt parler de moi et de mes amusants petits jeux. J'ai gardé un peu de liquide rouge dans une bouteille de bière lors de mon dernier boulot afin de pouvoir écrire avec, mais c'est devenu épais comme de la colle et je ne peux pas l'utiliser. L'encre rouge fera l'affaire, je pense. Ha, ha. Au prochain travail, je trancherai les oreilles de la dame et les enverrai aux officiers de la police, histoire de m'amuser un peu. Gardez cette lettre sous le coude jusqu'à ce que je travaille un peu plus, après sortez-la. Mon couteau est si beau et si bien aiguisé que j'ai envie de l'utiliser tout de suite si l'occasion se présente.
Bonne chance, cordialement,
Jack l'éventreur.
Ne m'en voulez pas d'utiliser un surnom.
PS : Je n'ai pas réussi à porter ça avant de m'être débarrassé de toute l'encre rouge sur les mains. Vraiment pas de chance. Ils disent que je suis maintenant docteur. Ha ha. »
Tout Londres parlait de cet étrange courrier reçu deux jours avant par la Central News Agency. La veille, le 'Star' avait été le premier journal à titrer sur celui qui était désormais tristement connu sous le nom de 'Jack'… 'Jack l'éventreur'. Remus ne parvenait à démêler le vrai du faux dans cet imbroglio pathétique : véritable plaidoyer écrit par le tueur de Whitechapel ou canular de très mauvais goût, bien plus vraisemblablement…
Il avait aussitôt prié Ted Tonks de le conduire auprès de Frederik à Scotland Yard. Ce dernier, mal à l'aise, lui avait affirmé qu'il avait choisi de n'écarter aucune piste : si ce courrier s'avérait au final véridique, le publier permettrait peut-être enfin d'avoir une piste concernant l'éventreur. Le moindre témoignage, le plus insignifiant indice pourrait peut-être les conduire jusqu'à ce sinistre individu, ne serait-ce que, si par un hasard extraordinaire, quelque connaissance du criminel permettait de l'identifier en reconnaissant l'écriture de l'homme. Malheureusement, l'inspecteur était plus enclin à croire la rumeur d'une odieuse manipulation de Bert, un journaliste en mal de sensationnalisme et qui, pour vendre davantage d'articles sur cette série de meurtres sanglants, avait trouvé intéressant de construire une sorte d'identité au meurtrier : Jack… Jack, ce prénom tournait en boucle dans l'esprit de Remus.
Frederick avait promis de passer au manoir Snape dans la matinée et Remus arpentait déjà depuis de longues minutes la petite bibliothèque-bureau où il avait accueilli la toute première fois l'inspecteur Abberline quand il lui avait remis le fruit de ses recherches sur Whitechapel. Il fut surpris par un léger coup contre la porte qui le sortit momentanément de ses pensées :
« Monsieur Lupin… »
Dobby s'inclina respectueusement, comme pour s'excuser de cette interruption. Il s'approcha de la table basse et déposa le plateau chargé du « Times », de quelques pâtisseries des plus appétissantes et d'une tasse fumante d'où s'exhalait le parfum raffiné du Darjeeling.
« J'ai demandé à Trudy de vous préparer cette petite collation, en attendant l'arrivée de Monsieur Abberline.
- Vous êtes une véritable bénédiction Dobby, sachez-le. »
Le jeune domestique parut légèrement troublé par le compliment et Remus s'en voulut aussitôt. Avec la précipitation des événements et son inquiétude grandissante pour Harry, il s'était montré souvent glacial, de bien triste et mauvaise compagnie. Il avait rabroué le pauvre Dobby à maintes reprises et il réalisait à cet instant qu'il s'était comporté à l'instar de son père, lui qui pourtant détestait cette attitude hautaine, odieuse et méprisante, propre à l'aristocratie londonienne, propre à ce milieu qu'il avait désespérément fui pendant toutes ses années en se réfugiant à Paris.
Il s'installa sur l'un des fauteuils tandis que le domestique refermait discrètement la porte du bureau. Remus prit la tasse qui lui était destinée et souffla précautionneusement sur le liquide brûlant, avant de le déguster. Il reposa finalement la porcelaine fine et s'empara du journal. A nouveau les mêmes titres, les mêmes interrogations concernant l'éventreur. Dieu qu'il détestait attendre… Attendre les bribes d'information concernant l'enquête de Frederick, attendre que Severus lui envoie un message l'informant de son arrivée prochaine à Porsmouth, attendre de retrouver Harry pour l'enlever à son ignoble parenté, à cette vie misérable. Remus souffla profondément et se laissa aller contre le cuir chaud et confortable, la tête en arrière, son regard fixant le très haut plafond blanc du manoir londonien de son ami. Il ferma les yeux et aussitôt, un sourire se dessina dans son esprit, un visage qui ne lui inspirait que douceur et amour, un corps si gracile et fin qui semblait se fondre au sien lorsqu'il l'avait rejoint dans cette misérable petite pièce du poste de quartier de Whitechapel.
Un douloureux pincement au cœur lui étreignit la poitrine : encore combien d'heures, combien de jours avant qu'il ne retrouve son sublime regard d'émeraude. Il se sentait encore tellement bouleversé par leur dernière confrontation et depuis, il ne s'était pas passé une seule nuit sans qu'il ne se réveille en sueur, rêvant d'étreindre passionnément le fils de son ami. Il n'était plus question désormais pour Remus de se mentir encore et encore concernant ses sentiments pour le garçon : il le voulait désespérément, comme il n'avait jamais désiré quiconque. Il s'imaginait aller et venir contre son corps brûlant et le prendre amoureusement, follement jusqu'à en perdre toute raison. Cette image sensuelle le fit se redresser brutalement. Dieu ! Encore combien de semaines à supporter ce supplice…
Un bref coup sur la porte le rappela au présent et presque immédiatement, Dobby se présenta devant lui, s'inclinant sommairement :
« Monsieur Abberline est là.
- Faites-le entrer… Faites-le entrer… »
Remus se leva tandis que le domestique disparaissait dans le couloir. Il ne se passa guère plus d'une minute avant que l'inspecteur ne pénètre dans la bibliothèque et ne s'avance vers lui pour lui tendre une chaleureuse poignée de main.
« Frederick, enfin !
- Bonjour Remus. Comment vous portez-vous ?
- Le mieux qu'il soit, compte tenu des circonstances, je pense.
- Bien, mon ami… Bien…
- Vous avez des nouvelles ? »
L'inspecteur sembla désarçonné une seconde par l'impatience de Remus et son air résigné alerta aussitôt son vis-à-vis :
« Qu'y a-t-il, Frederick ? Est-ce lié à cette lettre ?
- Non, non, même si je n'ai pas voulu écarter la moindre piste dans cette enquête, je reste convaincu comme je vous l'ai dit hier que ce courrier n'ait qu'une manipulation idiote de Bert qui nous éloigne inutilement de la vérité. Je crains cependant de ne vous apporter que de bien inquiétantes informations. »
Même si Remus tenta de ne rien laisser paraître, sa pâleur extrême ne laissa que peu de doutes à l'inspecteur sur le cheminement des pensées du Lord. Le devenir d'Harry Potter était après tout au cœur de toutes leurs conversations depuis l'arrestation de Greyback et Frederick savait pertinemment que ce qu'il s'apprêtait à dire à Remus ne ferait que rendre plus évident les dangers encourus par le jeune homme dans les jours à venir.
« Souhaitez-vous asseoir un moment ?, questionna Remus dans un murmure.
- Je préférerais, effectivement. »
Le ton véritablement soucieux renforça davantage les doutes de Remus qui regagna son fauteuil. Pendant quelques instants, les deux hommes se firent face, sans échanger une seule parole et lorsqu'enfin, l'inspecteur se racla la gorge, Remus s'avança dans son fauteuil, signifiant son attention à la discussion qui allait suivre :
« Je suis désolé… Malgré mes recommandations, on a interféré en hauts lieux pour la libération de Greyback. »
Remus se redressa brusquement :
« Mon dieu ! Et Harry ?
- J'ai immédiatement renforcé la surveillance autour de l'auberge des Dursley et j'ai mis Anderson sur le coup. Je me porte garant pour lui. Il est mon meilleur élément dans cette enquête, à part vous, cela va sans dire.
- Mais comment est-ce possible ? Je veux dire… Je croyais que vous aviez fait en sorte que Greyback ne puisse plus interférer dans la vie d'Harry pour au moins quelques semaines et pourtant…
- Et pourtant, il est libre aujourd'hui. Oui, je sais, Remus, j'étais tout aussi perplexe que vous à ce sujet…
- Vous étiez…
- J'ai mené ma petite enquête auprès d'un de mes amis. Je vous ai déjà parlé de lui, il me semble, Kingsley Shackelbolt. »
Remus se contenta d'acquiescer tandis que Frederick poursuivait son récit :
« Un de ses plus éminents confrères, Lord Slughorn, a été mandaté pour faire libérer dans les plus brefs délais cette ordure. Vous connaissez ?
- De réputation seulement. Mais comment un minable brigand de Whitechapel peut-il s'octroyer les services d'un tel homme ?
- Oh mais il ne le peut pas. Slughorn n'a pour client que de très puissants aristocrates de Westminster, certainement pas un homme de main des Old Nichols. »
L'inspecteur, trop heureux de se retrouver dans son domaine de prédilection, ne put s'empêcher de sourire à Remus avant de demander :
« Eh bien, mon ami, posez-vous la bonne question ? Ce n'est pas, comment ce sinistre sir peut-il s'allouer les services d'un tel homme mais…
- Quelle connaissance de Greyback peut s'offrir les talents d'un Maître comme Lord Slughorn ?
- Exactement, Remus, exactement ! »
Pris par l'excitation, l'inspecteur se releva et commença à arpenter la pièce de long en large :
« Au début, j'étais perdu et puis, j'ai pensé à toutes ces précieuses informations que vous m'avez fourni dans votre dossier.
- C'est-à-dire ?
- Dans vos remarques jointes aux articles, vous avez mentionné un homme mystérieux dont vous auraient parlé plusieurs des prostituées de Whitechapel ainsi que cette tenancière...
- Miss Figg.
- C'est cela. Elles ont toutes évoqué un inconnu qui serait prétendument à la tête de l'organisation des Old Nichols mais dont tout le monde ignore la réelle identité. Au début, j'ai même cru qu'il s'agissait d'une sorte de fantôme, de légende inventée par Greyback pour accroître leur sombre renommée et je n'y avais pas prêté réellement attention quand vous y aviez fait allusion mais maintenant…
- Je m'en souviens parfaitement. Miss Figg, Marie-Jane et les autres filles du quartier l'appellent Voldemort.
- Quel surnom effrayant ! Celui autour de qui plane la mort, au sens littéral, n'est-ce pas ? »
Remus opina de la tête avant de demander avec inquiétude :
« Vous pensez que c'est cet individu obscur, ce Voldemort qui a engagé Lord Slughorn pour libérer Greyback, ce qui impliquerait… »
Comme effrayé par ce qu'il n'osait énoncer complètement, Remus se laissa retomber assez lourdement contre le dossier du fauteuil et ce fut la voix de l'inspecteur qui poursuivit :
« Oui, mon ami, vous en arrivez à la même conclusion que moi. Celui qui dirige les Old Nichols dans l'ombre est très probablement un homme proche des plus hautes sphères de notre couronne, un aristocrate de Westminster.
- Est-il possible… Dieu ! Non…
- Quoi ? A quoi avez-vous pensé, Remus ? La moindre hypothèse n'est jamais à ignorer et je sais pouvoir compter sur votre esprit affuté.
- Je me demandais simplement… Si l'on considère que celui qui donne les ordres à Greyback est un riche aristocrate, capable de s'octroyer les services de Slughorn, serait-il possible qu'il soit également lié à Malefoy ou Mac Nair dont nous savons d'ores et déjà qu'ils fréquentent régulièrement Whitechapel ? Peut-il s'agir d'un autre homme de l'Impero Society ou des établissements de Salazar puisque tout nous ramène toujours à ces deux entreprises ?
- Je n'avais pas songé à cette possibilité mais cette hypothèse est loin d'être à négliger, vous avez parfaitement raison, Remus. A chaque fois que nous progressons dans cet imbroglio, nous nous retrouvons avec les noms des plus grands hommes de Westminster, qui ont en commun d'être reliés aux établissements de Salazar, des personnages de premier plan que tous prétendraient au dessus de tous soupçons, et pourtant, nous savons grâce à Harry qu'il n'en ait rien et que ces individus sont même la lie de notre société tant leurs mœurs sont dévoyés.
- J'ai peur… Tellement peur pour lui.
- J'en ai conscience et je ne cesse de me préoccuper de lui également, sachez-le Remus…
- J'ai parfois l'impression qu'Harry est au milieu d'une immense toile d'araignée, prisonnier de fils invisibles qui l'étranglent progressivement et plus nous enquêtons contre ces hommes, plus nous nous approchons de lui pour le libérer, plus il se retrouve en dangereuse position. Jamais je ne pardonnerais s'il lui arrivait quoi que ce soit.
- Je crains que vous n'ayez raison, malheureusement. Quelque soit notre angle d'approche concernant cette affaire, toutes nos hypothèses nous ramènent toujours à ce quartier malfamé et Harry est le point qui relie tous nos suspects. »
Remus posa ses coudes sur ses genoux et cala son visage fatigué aux creux de ses mains. Il montrait rarement ses doutes et ses faiblesses devant les autres mais au fil de ses rendez-vous avec Frederick, il avait appris à aller au-delà des convenances de son milieu devant l'inspecteur. Il avait appris à lui faire confiance et il n'y avait que trois personnes à qui il aurait pu dire la même chose : Sirius avant son emprisonnement, Severus qui était venu jusqu'à Paris pour l'alerter de la situation et Harry, le jeune homme le plus doux, le plus innocent qui lui ait été donné de rencontrer. C'est alors qu'il sentit la poigne amicale mais ferme de Frederick sur son épaule :
« Vous savez que je ne l'abandonnerai pas à son triste sort. Vous n'êtes plus seul dans cette histoire. »
Remus releva légèrement la tête pour se trouver face à face avec l'inspecteur. Ses yeux ne lui inspiraient qu'une sincère confiance :
« Je sais que vous ne le laisserez pas. Vous avez déjà fait tellement pour lui, plus que la plupart des personnes qui ont croisé son chemin depuis qu'il s'est retrouvé seul à Whitechapel.
- Il est vraiment quelqu'un de bien, et vous aussi, Remus, n'en doutez pas. »
Frederick se redressa et regagna le fauteuil où il avait pris place au début de l'entretien.
« Je voulais également évoquer un autre élément de l'enquête avec vous. »
Comme si cette phrase levait l'instant précédent et les rappelait à leurs obligations, Remus se cala contre le dossier du fauteuil et demanda :
« C'est-à-dire ?
- Je vous ai dit que j'avais découvert l'existence de l'Impero Society, cette société de couverture qui rachète à tout va les immeubles des docks pour une bouchée de pain au profit des Etablissements de Salazar grâce à mon ami, l'avocat Kingsley Shackelbolt, n'est-ce pas ?
- Tout à fait.
- Je lui ai également demandé de se renseigner au sujet de Nott dont vous m'aviez parlé.
- Que vous a-t-il appris ?
- Il a confirmé en grande partie ce que vous m'aviez dit à son propos. Cet homme était apparemment totalement corrompu et n'a eu de cesse de couvrir et défendre les intérêts des Etablissements de Salazar durant toutes ces années ce qui a malheureusement entraîné la chute de la dynastie Potter et la disparition d'Harry dans l'East End. Il faut dire que Nott avait des exigences financières pour le moins dispendieuses, d'où son rôle majeur au sein de l'entreprise et le fait qu'il se soit montré des plus accommodants face aux manigances de ces dirigeants. Il s'est racheté une certaine éthique de vie à la fin de son existence lorsqu'il a avoué à votre ami, Severus, que l'enfant des Potter n'était pas mort et qu'il se trouvait toujours dans Whitechapel. Je sais que votre ami vous avait alerté au sujet de Théodore Nott, l'héritier du cabinet d'avocat de Nott père et c'est de cela que je voulais discuter avec vous ce matin.
- De Théodore Nott ?
- C'est exact. Si Severus vous a sérieusement mis en garde contre lui, je peux vous garantir que Kingsley ne s'est montré guère plus indulgent à son égard, je crois même l'avoir rarement entendu aussi critique et acerbe à l'encontre d'un de ses confrères.
- A ce point ?
- Et je préfère vous épargner certains détails mais Kingsley m'a dépeint ce jeune homme comme un arriviste de la pire engeance, capable d'écraser sa propre famille pour se faire une place auprès des personnes de pouvoir, un gamin sans foi ni loi qui dispose d'une fortune colossale grâce à l'héritage de son père et d'une intelligence remarquable qu'il a malheureusement mise au profit de la seule cause qui vaille la peine à ses yeux, à savoir la sienne. D'après mon ami, il est un proche de Malefoy et de plusieurs hauts dignitaires des Etablissements de Salazar. Il existe même de fortes présomptions selon lesquelles il aurait une relation des plus privilégiées avec le fondateur de l'entreprise, un homme extrêmement mystérieux et discret dont Kingsley ignore quasiment tout : un certain Riddle, Tom Riddle.
- Vous ne m'apprenez rien. Severus m'a longuement parlé de Riddle ainsi que de Théodore Nott lorsqu'il m'a rejoint à Paris.
- Les connaît-il ?
- Riddle a été son mentor pendant de très longues années et il me l'a dépeint comme une personne intelligente, brillante mais aussi comme un être manipulateur, retors et pervers, une sorte de Prince de Machiavel. Il est effectivement très proche de Théodore Nott d'après Severus, à tel point qu'il craignait que ce dernier ne cherche des preuves contre son propre père pour satisfaire aux exigences de son maître à penser.
- Avec le risque évident qu'il ne découvre des rapports établissant l'existence d'Harry, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est cela. »
Frederick soupira fortement, pinçant le haut de l'arête de son nez pour soulager un mal de tête qu'il sentait poindre.
« Vous pouvez être rassuré sur une chose, Remus. Quelque soit le degré d'avancement des recherches de Théodore Nott, il n'a pas encore découvert le grand secret de son père sinon nous savons vous et moi qu'Harry ne serait déjà plus de ce monde. »
Remus hocha la tête alors qu'on frappait à la porte de la bibliothèque. Il se contenta d'un « Entrez » asséné assez froidement, tant il se sentait perdu et paniqué par la dernière remarque de Frederick. Une seconde après, Dobby pénétrait dans la pièce :
« Je suis navré de vous interrompre, Messieurs, mais vous venez de recevoir un message. »
Aussitôt, le domestique s'approcha de Remus, lui tendant une enveloppe fermée. Presque avec frénésie, il arracha le papier et commença à lire silencieusement le court message :
« Sommes à moins d'une journée de navigation de Porsmouth d'après les dernières indications de Maugrey Fol-Œil. Sirius toujours très affaibli même si son état semble stabilisé. Espérons que ton enquête a progressé de ton côté. Comptons sur toi à notre arrivée. Présence d'un médecin compétent et discret à prévoir dès le débarquement de notre cher malade. Voir éventuellement auprès de Flitwick. Severus. »
Cela faisait des semaines, des mois qu'il avait espéré ce message chaque matin en se levant pour une nouvelle journée d'attente, chaque soir lorsqu'il fermait les yeux pour une autre nuit loin d'Harry et maintenant qu'il le tenait au creux de sa paume, une part de lui ne parvenait pas à réaliser toutes les implications de ces quelques lignes… Ou plutôt tout se résumait en un simple mot qui le faisait frissonner autant de peur que d'impatience : l'espoir… Un immense espoir, un espoir de pouvoir sortir le magnifique brun de cette vie misérable, de pouvoir enfin tenir cette promesse qu'il avait faite au garçon de le sauver de tous les Dursley, les Greyback, les Malefoy de la terre.
« Que se passe-t-il, mon ami ?, demanda Frederick, d'un ton où se mêlait inquiétude et incompréhension.
- Ils sont là. Ils arrivent. Demain.
- Vos amis, Severus Snape et Sirius Black, c'est cela ?
- Oui.
- Alors, nous n'avons plus une minute à perdre, Remus. Rejoignez-les et revenez à Londres aussi vite que possible.
- Dobby, faites demander à Tonks d'atteler la calèche et préparez une malle avec quelques tenues pour moi. Appelez également le docteur Flitwick de la part de Lord Snape.
- Bien Monsieur. Je m'occupe de tout immédiatement. »
L'instant suivant, le fidèle domestique disparaissait en fermant la porte, laissant les deux hommes à nouveau seul à seul. Frederick se leva et adressa un sourire chaleureux à son vis-à-vis :
« Allez-y sans tarder, Remus.
- Veillez sur lui, je vous en conjure.
- Ne vous inquiétez pas davantage. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le protéger, comme s'il s'agissait de mon propre fils et de toute façon, l'East-End est beaucoup plus calme ces derniers temps.
- Greyback est de retour et il voudra se venger de lui, j'en suis certain.
- Anderson ne bougera pas de Whitechapel.
- L'éventreur va agir de nouveau, j'en ai l'intime conviction. Cette lettre est une provocation pour lui, un défi. »
Un coup contre la porte les détourna une nouvelle fois de leur discussion :
« Monsieur, tout est prêt. La calèche est avancée.
- Merci Dobby pour votre diligence. Frederick… »
Se contentant d'une poignée de main, Remus se dirigea vers l'entrée et se tourna une nouvelle fois :
« Je compte sur vous.
- Et je ne l'abandonnerai pas. »
A Suivre…
Note auteur :
Dear Boss : Lettre reçue le 27 septembre 1888 par la Central News Agency, signée Jack The Ripper. De nombreuses hypothèses existent au sujet de ce courrier (canular, tentative pour accentuer le retentissement de l'affaire). Le surnom de Jack The Ripper viendrait d'un des journalistes du Star, Bert. Cette lettre fut reproduite dans les journaux car Scotland Yard espérait que quelqu'un reconnaîtrait l'écriture et pourrait ainsi identifier le tueur. (Traduction de la lettre trouvée sur Wikipedia)
