De Jouissance Pourpre
Par : LittleRobbin
CHAPITRE ONZE
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« Folie n'est pas déraison, mais foudroyante lucidité.»
— Réjean Ducharme (L'Avalée des avalés)
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La première fois qu'Hermione suggéra à Drago de s'aventurer dans le Londres Moldu afin d'emmener Teddy au parc, il lui avait ri au nez. Pas ouvertement comme il l'aurait fait autrefois (parce que cela ne valait pas la peine de passer une semaine sans pouvoir la toucher). Il se contenta d'esquisser un léger sourire sardonique parce que seule une personne inconsciente prendrait le risque de quitter le refuge en plein jour —ou tout du moins ce qui passait pour jour maintenant que le ciel était constamment lourd des couches de smog causé par les Détraqueurs. Non, sans une très bonne raison, comme par exemple devoir délivrer un message, et même là quelqu'un d'aussi recherché que Granger ne serait jamais autorisé à prendre un tel risque.
Teddy était bien là où il était.
Excepté que lorsqu'il prit le temps d'y réfléchir —combien de temps s'était écoulé depuis la dernière fois que le petit garçon avait été autorisé à sortir du Square Grimmaurd ? Six mois ? Sept ? Drago ne savait pas grand-chose sur les refuges pour les familles où l'enfant avait vécu auparavant. Cependant, il savait que la plupart de ces endroits se trouvaient en pleine campagne— ce qui voulait dire qu'il avait pu profiter de tout cet espace pour courir partout et faire ce que les enfants de son âge font.
Et à présent qu'il en avait pris conscience, Drago ne pouvait s'empêcher d'y penser. Il ne pouvait s'empêcher de remarquer la façon dont les yeux de Teddy brillaient à chaque fois que la porte d'entrée s'ouvrait, avant que ses cheveux ne se teignent du gris déprimant de sa déception. La façon dont il s'asseyait à la fenêtre de la cuisine et scrutait le ciel sombre, plutôt que d'aller jouer dans le jardin arrière comme avant. Drago se dit qu'il avait dû faire le tour du petit lopin de terre depuis le temps qu'il se trouvait dans la maison. La deuxième fois que Granger proposa de faire une sortie, il se montra toujours aussi réticent.
Teddy se mit à régresser, ses moments de silence prenant le pas sur ceux où il parlait et Drago finit par accepter d'en parler à Shacklebolt. La requête fut, bien évidemment, refusée. Et donc le jour suivant, Drago et Hermione emmitouflèrent Teddy dans un manteau qui était trop grand et enroulèrent une écharpe autour de son cou. A en croire le calendrier de Molly, ils étaient en plein été indien mais le soleil était chose du passé dans une réalité où les Détraqueurs scionnaient les rues, reléguant même les Moldus à la sécurité de leurs maisons. Ils avaient beau ne pas pouvoir voir les créatures, ils ressentaient néanmoins leur présence.
Drago avait lu dans un journal Moldu que le taux de suicide était au plus haut— même s'il se demanda combien de ces soi-disant suicides étaient d'authentiques actes de suicide ou des cas d'Avada que les Moldus n'arrivaient pas à expliquer avec leur science.
Hermione devint taciturne une fois qu'ils se retrouvèrent dehors. Fred et Ron les accompagnaient, après avoir pris soin de teindre leurs cheveux d'un brun foncé à l'aide de potions — parce que deux rouquins et la tignasse tristement célèbre d'Hermione Granger auraient attiré trop de dangers. Teddy sembla sentir le besoin de vigilance. Au moins il se retenait de donner libre court à l'excitation que Drago avait vu pétiller dans son regard avant qu'ils ne sortent. Mais peut-être qu'il avait tout simplement peur. Il n'avait plus l'air aussi heureux à présent.
Ils finirent par atteindre le parc où jouaient déjà d'autres enfants, et où des mères échangeaient les derniers potins à l'écart, où des pères lisaient le journal en jetant des regards pleins d'ennui sur leur montre, les sourcils froncés. Teddy hésita, l'envie de s'élancer en avant clair dans sa posture. Il leva les yeux vers Hermione, attendant son approbation.
« Vas-y, » l'encouragea Drago en le poussant légèrement en avant.
Le petit garçon ne se le fit pas dire deux fois.
« On va faire le tour une ou deux fois, » fit Fred d'un ton bas. « Histoire de voir si tout est ok. »
Ron et lui s'éloignèrent chacun d'un côté, faisant le tour du large espace de jeu. Teddy s'arrêta près de la cage à écureuil et se contenta de regarder les autres enfants se balancer d'une barre à l'autre. Hermione se balançait d'avant en arrière sur ses pieds, se tordant les mains au niveau de son ventre.
« Granger, » tenta-t-il avant de prendre un ton plus ferme lorsqu'elle ne répondit pas. « Hermione, arrête, il va bien, nous allons bien, il va jouer dans les balançoires et le monde ne va pas s'écrouler. »
Elle acquiesça une fois, puis une seconde fois de manière plus ferme.
« Tu as raison, bien sûr que rien ne va lui arriver, c'est juste que—qu'est-ce que fait cette fillette? »
« Bien que je ne sois pas particulièrement versé dans la manière de faire les choses chez les Moldus, » lança Drago de sa voix trainante. « Il me semble qu'elle est en train de lui demander de jouer avec elle. »
Ils continuèrent d'observer la scène tandis que la petite brunette donnait une petite tape sur l'épaule de Teddy avec un sourire en coin avant de partir en courant. Hermione faillit se ruer vers eux mais la main de Drago dans la sienne la stoppa net. La seconde d'après, la petite fille revint vers Teddy qui n'avait pas bougé. Une courte conversation s'en suivit durant laquelle la fillette lui parla lentement comme si elle expliquait les choses à quelqu'un de beaucoup plus jeune qu'elle. Cette fois-ci lorsqu'elle se remit à courir, Teddy la suivit.
« Tu penses qu'on devrait s'inquiéter du fait qu'il court déjà après les filles? » plaisanta Drago.
« Ils jouent à chat, » expliqua Hermione. Devant son expression vide, elle soupira avant d'expliquer :
« C'est un jeu où une personne en tape une autre et - oh et puis ça n'as pas d'importance. »
« Voilà qui est absolument … barbare. »
Il la tira contre lui lorsqu'elle ne réagit pas et fourra son visage dans ses cheveux avant de parler à son oreille.
« Granger, est-ce que tu vas arrêter de le regarder comme si t'étais à deux doigts de lui sauter dessus pour l'emmailloter dans de la ouate. »
« Mais s'il tombait et se blessait? Et s'il se cassait quelque chose ? Peut-être qu'on aurait dû lui faire porter des protèges poignets. »
Drago lui décocha un petit sourire amusé.
« Y a des Mangemorts et des Détraqueurs à chaque coin de rue et ce qui te fait peur c'est qu'il se cogne la tête? »
« Lorsque j'avais huit ans je me suis cassée le poignet en tombant d'une balançoire ! C'était une expérience très traumatisante ! »
Il se retrouva soudain assis sans le moindre souvenir de s'être approché du banc.
Drago cligna des yeux afin de dissiper le vertige qui venait de le prendre et Hermione sursauta lorsqu'il resserra tout à coup sa poigne sur sa main. Elle tourna la tête vers lui, l'inquiétude clairement visible dans ses yeux noisette.
« Qu'est-ce qu'il ne va pas? »
Il se força relâcher sa prise.
« Rien, tout va bien. »
« Tu sais, t'as beau me dire de me détendre mais c'est toi qui devrais vraiment— »
Tout à coup, Teddy déboulait vers lui une expression de joie enfantine sur le visage. Les mains tendues attrapèrent la balançoire l'envoyant voler de l'autre côté par reflexe. Drago cilla. Confus, il fit un tour complet sur lui-même. La balançoire revint vers lui et cette fois-ci il l'attrapa. Teddy ne souriait plus. Une main se posa sur son épaule et lorsque Drago recula à ce contact, Hermione grimaça.
« Drago? Qu'est ce qui ne va pas? »
« Je me sens un peu bizarre. »
Il chavira en arrière et retomba contre le lit en toussant. Il faisait si noir dans la pièce qu'il crut pendant un moment de panique avoir perdu la vue. Puis ses yeux s'habituèrent à la pénombre et tombèrent sur Potter, l'éclat argent de ses lunettes sous la lumière de la pleine lune, sa cicatrice à peine visible sous les touffes de ses cheveux.
« Est-ce là la vérité, Malefoy? »
« La vérité… »
La scène changea. Du bois dur était pressé contre sa gorge. Les yeux d'Harry brillaient, froids et déterminés derrière la protection de ses lunettes. Les yeux de Drago eux se fermèrent et il attendit, attendit…
« Harry, arrête! »
Une autre voix, du mouvement. Des chuchotements en colère. Et Drago comprit à qui appartenait cette voix-là. Il la connaissait si bien. Il mourrait d'envie d'ouvrir les yeux, de ressentir le réconfort qu'il éprouverait indubitablement à sa vue. Mais ses paupières étaient bien trop lourdes et le bois se pressa contre sa tête encore une fois, cette fois ci moins fort, dans un geste plus contrôlé. La pièce aussi était plus calme désormais, le lit lui sembla également plus moelleux sous son corps endolori. Puis il perçut des mots murmurés doucement, et il cessa de réfléchir pendant un long moment.
« — va bien, il a des crises d'épilepsie, ça arrive tout le temps. »
Le soudain déluge de sons à la voix de Fred le frappa de plein fouet. Drago grogna, luttant contre l'envie de porter ses mains à ses oreilles. Le bruit des enfants qui crient, celui des balançoires qui grincent, le bourdonnement de plusieurs voix qui murmuraient tout autour. Il ouvrit les yeux et la première chose qu'il vit fut le visage d'Hermione au-dessus de lui, encadré par le ciel terne et gris. Le soulagement qu'elle devait ressentir se déversa le long de ses joues lorsqu'elle cligna des yeux trop rapidement.
« Merci mon dieu, » souffla-t-elle, ne prenant pas la peine d'essuyer ses larmes comme il l'avait prédit. Elle plaça une main contre son front, ses sourcils se froncèrent à ce qu'elle senti là.
« Qu'est-ce qui s'est passé? » demanda-t-il d'une voix qu'il eut du mal à reconnaitre comme la sienne tant celle-ci était roque et enraillée.
« Va savoir mon vieux, » répondit Fred en s'accroupissant à côté de lui une fois que la foule de badauds s'était enfin dispersée. « Tu t'es effondré par terre et a commencé à convulser comme la fois où papa s'est coincé le doigt dans une de ces brises de courant. »
« Prises, » corrigea Hermione instinctivement.
Puis s'adressant à Drago :
« Tu peux marcher?»
Il acquiesça (parce que tout ça était assez humiliant comme ça sans avoir à être porté jusqu'au Square Grimmaurd). Il réussit à se mettre sur les genoux, et Fred l'aida à se redresser. Ron l'observait avec un mélange de pitié et de curiosité.
Hermione avait tout bonnement l'air effrayé. Teddy pleurnicha silencieusement tout le long du chemin de retour, jusqu'à ce qu'Hermione le soulève dans ses bras, passant une main dans ses cheveux distraitement. Drago passa les dernières minutes du chemin à tenter de trouver quelque chose de constructif à dire, mais Teddy glissa hors des bras d'Hermione à la seconde où ils franchirent le pas de la porte et ne s'arrêta pas lorsque Drago l'appela.
« Je vais le voir, » fit Ron avant de suivre le petit garçon à l'étage.
Drago haussa un sourcil et ravala son irritation.
« Ce gamin peut rester là à regarder l'os de Londubat saillir de son bras sans broncher, mais il n'arrive pas à encaisser un petit vertige? »
Hermione émit un bruit étranglé au fond de sa gorge à mi-chemin entre un grognement et un gémissement avant de s'éloigner d'un pas furieux au bout du couloir. La porte de la cuisine claqua avec force derrière elle. Drago resta planté là complètement atterré (et non bouche-bée, car un Malfoy n'est jamais bouche-bée).
« Pourquoi est-ce que tout le monde m'en veut? » s'exclama-t-il, et s'il y avait eu autour de lui quelqu'un d'autre que Fred, il se serait retenu de poser la question. Il s'attendait à recevoir un commentaire sarcastique en guise de réponse, ou tout du moins, un sourire narquois. Cependant, le visage de Fred était sombre lorsqu'il se tourna vers lui, ses yeux bleu dénués de leur habituel éclat malicieux.
« C'était pas mal flippant mon vieux, » avoua-t-il en haussant l'épaule. « Un moment t'étais normal et l'instant d'après t'étais par terre. Tes yeux étaient grands ouverts mais tu ne te réveillais pas. T'avais vraiment l'air mort. »
Drago cilla.
« Mais je vais bien. »
« Ouais, là, maintenant, mais pendant ces deux minutes, c'était pas le cas. Hermione était sur le point de sortir sa baguette devant tous ces Moldus. Je ne l'ai jamais vu pété un plomb aussi rapidement. »
Le tohu-bohu d'Hermione qui s'adonnait à une séance de « nettoyage déstresse », comme l'appelait Fred, s'éleva du bout du couloir depuis la cuisine. Quelqu'un de plus courageux aurait sans doute tenté de raisonner avec elle à cet instant. Mais Drago n'avait rien d'un Gryffondor, et la part de lui qui demeurait résolument Serpentard le força à aller se réfugier dans leur chambre jusqu'à ce que le vacarme cesse et que Mme Weasley récupère sa cuisine.
Il la trouva sur leur canapé, frissonnant sous sa fine cape. Elle ne dit rien lorsqu'il s'assit à ses côtés et lorsqu'il lui offrit une cigarette, elle se contenta d'indiquer du regard celle qui se consumait déjà entre ses doigts et continua à se murer dans son silence. Il alluma la sienne et inspira profondément la fumée dans ses poumons, la garda un long moment avant de la laisser s'échapper d'un souffle entre ses lèvres dans un nuage.
« Teddy est fâché contre toi, » finit-elle par dire, car elle n'avait jamais été capable de supporter plus de quelques minutes de silence. Drago leva un sourcil au sous-entendu que Teddy était seul à lui en vouloir mais ravala la réponse cinglante qu'il faillit lui jeter.
« Il a eu très peur aujourd'hui, » ajouta-t-elle.
« Je vais lui parler plus tard, lorsqu'il se sera calmé. Dis-lui que je vais bien, que c'était un simple vertige. »
« Il croit que tu es mourant, » elle mordilla la lèvre inférieure jusqu'à ce que celle-ci devienne humide et enflée. « Tu me le dirais, n'est-ce pas ? Tu me le dirais si quelque chose n'allait vraiment pas ? »
Il prit soin de la regarder droit dans les yeux avant de lui répondre :
« Oui. »
La règle de base de tout bon menteur. Elle soupira d'une façon qui lui donna à penser que malgré son effort pour la convaincre, elle ne l'avait pas cru.
::
Hermione prit la décision de se rendre à Gringotts. C'était, clairement, de la folie et une mission suicidaire à coup sûr d'après Fred. Il y aurait des Mangemorts partout, les Gobelins étaient corrompus et le Chemin de Traverse grouillait de Rafleurs lorsque les rues en ruines ne croulaient pas sous le poids des affres de la guerre. Elle avait complètement perdu la tête avait-il déclaré (chose qui n'avait pas empêché le jeune homme de l'aider à jeter le sort complexe de Désillusion sur eux deux avant de l'accompagner).
La situation n'était pas aussi catastrophique qu'ils l'avaient craint. Les Mangemorts mourraient sur le champ de bataille eux aussi, et garder une banque dont les coffres se vidaient à vue d'œil n'était pas mission prioritaire et ne nécessitait donc pas un grand nombre de gardes.
Les Gobelins étaient affaissés derrière leurs bureaux, certains écrivaient avec ennui sur des parchemins tandis que d'autres ne prenaient même pas la peine de faire semblant de travailler et regardaient dans le vide, les yeux dans le vague. Certains arboraient de récentes cicatrices sur la peau fripée de leur visage. Ils avaient tous l'air mal nourris. Bien que les Gobelin ne fussent pas autant détestés que les sales petits Sang-de-Bourbe, ils n'en étaient pas moins traités plus bas que terre, et ceux qui ne baissèrent pas les yeux à son passage la fusillèrent du regard, leurs petits yeux noirs transperçant sa peau.
Elle frissonna et fut à deux doigt de brandir sa baguette avant de se souvenir que les cheveux noirs et lisses qui lui tombaient jusqu'au bas du dos et les luxueuses robes de sorcières qu'elle portait lui donnait tout l'air d'une Sang Pur ou du moins de quelqu'un d'assez riche pour avoir un statu de noble. Fred et elle traversèrent le hall rapidement, se dirigeant vers un des Gobelins qui se montraient le plus nerveux, la tête penchée au-dessus d'un large livre poussiéreux.
« Hm, pardonnez-moi… excusez-moi…, » elle plissa les yeux vers le nom sur la plaque presque effacée, déglutissant au son étranger de sa nouvelle voix. « Wagglesnorn, c'est bien cela? »
Le Gobelin grogna mais ne releva pas pour autant les yeux. Hermione s'éclaircit la gorge et persista :
« Je me demandais si vous pourriez m'aider. Je cherche un certain Gobelin, du nom de Bogswallow? »
Cette fois-ci, il leva les yeux vers elle, ses petits yeux noirs perçants s'ancrant dans les siens et son Occlumancie se manifesta d'elle-même sous ce regard pénétrant.
« Il se peut que je le connaisse, mais il se peut également que je ne le connaisse pas. Je suppose que cela dépend de ce qu'une… jeune femme distinguée, » et le rictus qu'il arborait en prononçant ces mots lui donnait l'impression qu'il venait de l'insulter, « veut à un modeste employé tel que lui. »
Ah. Elle avait cru une seconde que son déguisement n'était pas assez convainquant, mais elle comprenait désormais qu'il était trop convainquant. Il pensait qu'elle voulait du mal au Gobelin. Hermione ressentit un pincement de compassion pour cet être qui, comme elle, devait vivre dans la peur constante du danger ou de la mort, puis éprouva une bouffée de fierté à l'idée qu'il était prêt à endurer ce qui aurait sans doute été une pluie de coups pour son insolence, si elle avait réellement été le genre de personne qu'il croyait qu'elle était.
« Je ne lui veux aucun mal. C'est un ami qui m'envoie. »
« Un ami ? »
« Un ami qui préférerait rester anonyme, » les yeux de Wagglesnorn se plissèrent suspicieusement, et elle réalisa qu'il risquait de la rembarrer si elle n'agissait pas rapidement. « Nous étions… très proches. Il m'a dit que si j'avais un jour besoin d'aide, je pourrais en trouver ici. »
Quelque chose changea dans l'expression du Gobelin, et lorsqu'il croisa son regard cette fois, il n'y avait plus trace de suspicion ni de haine dans ses yeux. Il la scruta de bas en haut, considérant ses robes aux détails délicats, ses bottes onéreuses, dévisageant le petit nez retroussé et la peau pâle, et elle eut l'impression que l'illusion tombait sous son regard. Lorsqu'il acquiesça, elle relâcha le souffle qu'elle n'avait pas conscience d'avoir retenu.
« Suivez-moi. »
Elle s'était attendue à ce qu'il l'entraine dans les sous-sols froids et humides qui conduisaient aux chambres fortes, et fut surprise lorsqu'ils entrèrent dans un petit bureau, un tout petit peu plus ronflant que ceux qu'elle aurait pu trouver dans une banque Moldu. Le Gobelin derrière le bureau croulait presque sous la paperasse, ses mains noueuses s'affairant d'un endroit à l'autre, perdu dans son travail. Il ne leva pas les yeux lorsque la porte s'ouvrit, et ce n'est que quand Wagglesnorn ouvrit la bouche qu'il s'arrêta enfin.
« Tu as des visiteurs, Bogswallow. »
Ce dernier était plus petit que Wagglesnorn et Hermione trouva qu'il avait l'air plus vieux. Il acquiesça en guise de réponse mais ses yeux ne quittèrent jamais les siens. Wagglesnorn grommela :
« Ne traîne pas. Nous n'avons pas toute la journée pour satisfaire les caprices prétentieux des êtres humains. »
La porte se referma doucement derrière lui. Bogswallow continua de l'observer un moment avant d'acquiescer comme s'il venait de prendre une décision au fond de lui. Il plongea sa plume dans l'encrier posé sur son bureau, et traina la pointe imbibée en bas de la page dans une longue signature griffonnée.
« Que puis-je faire pour vous? » s'enquit-il après un moment.
« J'ai besoin d'accéder à un coffre. »
Il leva à peine les yeux vers elle cette fois-ci :
« Ce n'est pas mon boulot. »
« On m'a dit de venir vous voir vous personnellement. »
« Toutes les clefs sont remises à la réception. »
« Je n'ai pas de clef. »
Il esquissa un rictus hideux.
« Dans ce cas, vous n'avez pas de coffre. »
Hermione jeta un regard vers Fred et dut se faire violence lorsqu'elle rencontra des yeux noirs au lieu des habituelles prunelles cobalt. Le jeune homme haussa les épaules, le geste désinvolte en contraste avec sa posture rigide. Hermione soupira et ferma les yeux, compta jusqu'à dix et prit une décision. Faisant un pas en avant, elle attendit que Bogswallow lève les yeux vers elle de nouveau.
« Le coffre que je cherche est le numéro 572, et la personne qui m'envoie est Drago Lucius Malefoy. »
Le Gobelin se figea. Elle observa les changements qui s'opérèrent sur son visage, subtils mais bien là— l'écarquillement des yeux, avant qu'ils se plissent suspicieux l'hésitation tandis qu'il considérait silencieusement ce qu'elle venait de lui dire.
« Il se peut que M. Malefoy ait ouvert un coffre ici durant l'année passée. »
Il la sonda d'un regard faussement indifférent avant d'ajouter :
« Mais vous n'êtes pas la personne qu'il a mentionné. »
« Vous ne pensez tout de même pas que la personne en question pourrait prendre le risque de venir ouvertement ici par les temps qui courent. »
« Et par cette même logique vous ne pouvez décidemment pas croire qu'un vieux Gobelin tel que moi puisse vous croire sur parole. Par les temps qui courent. »
« Il a sûrement dû se douter qu'elle n'allait pas tout simplement venir ici comme si de rien n'était. »
Elle laissa tomber la joute verbale, pressée de partir :
« N'y a-t-il pas une sorte de mot de passe ? Quelque chose que seule elle pourrait savoir ? »
Bogswallow hésita mais cela ne dura qu'un instant cette fois-ci.
« Il y a une autre solution, » commença-t-il lentement, de façon calculée, ses yeux prudents.
« Un moyen de déterminer le propriétaire légitime du coffre, ou tout autre personne ayant l'autorisation d'y accéder. »
« D'accord, va pour ça. »
Hermione s'approcha de nouveau, impatiente de commencer afin qu'ils puissent enfin quitter cet endroit funeste.
« Ce n'est qu'une simple procédure. Si vous ne dites pas la vérité, » Bogswallow se hissa hors de sa grande chaise et Hermione baissa la tête pour soutenir son regard lorsqu'il se retrouva debout.
« Si vous êtes en train de mentir...eh bien disons simplement que la mort serait préférable à l'alternative. »
Le corps entier de Fred se raidit à côté d'elle, et Hermione sentit sa protestation s'élever avant même qu'il n'ouvre la bouche.
« Attend, peut-être que c'est pas une bonne idée après tout. »
« J'ai besoin de voir ce qu'i l'intérieur de ce coffre. »
« Et si tu n'étais pas autorisée à y avoir accès? On parle d'un coffre Malefoy là. Qui sait quels genres de maléfices tordus gardent l'endroit? »
« Drago—»
« N'a plus toute sa tête la moitié du temps. Et le reste du temps, il se morfond dans sa morosité. »
Hermione s'énerva.
« Vous êtes amis ! Tu devrais avoir confiance en lui. »
« J'ai autant confiance en lui qu'il a confiance en lui-même. »
Lorsqu'elle arqua un sourcil, il fronça les siens.
« Drago ne sait rien du coffre. Est-ce que tu crois vraiment que s'il savait où t'es allée aujourd'hui il serait d'accord avec ça ? »
« Si je devais prendre en considération ce que Drago approuverait ou non, je ne sortirais jamais de la maison. »
Elle se retourna vers Bogswallow. Ravalant la trépidation qui lui montait à la gorge, elle déclara :
« Ce coffre me revient de droit. Je veux savoir pour quelle raison, faites ce que vous avez à faire. »
Bogswallow pencha la tête légèrement vers le côté, et elle crut voir qu'il la considérait désormais avec une expression pensive. Cependant, les Gobelins n'avaient rien d'humain et il était donc impossible de savoir réellement ce qu'ils pensaient. Pour autant qu'elle le sache, il était en train de penser au temps qu'il faisait dehors puisque ses yeux ne révélaient strictement rien. Il retourna à son bureau sans un mot et, à l'aide d'une clef qu'il portait autour du cou, il ouvrit le tiroir du bas. Il se plaça de manière à entraver sa vue, ce qui était toutefois inutile puisque de là où Hermione se tenait, elle ne pouvait rien voir de toute manière.
« Tous les coffres de Gringotts ont une clef, » dit-il et dans sa main il tenait désormais une petite boite noire. « Seulement une clef par coffre et, des fois, par personne. Le propriétaire peut ensorceler la clef pour jeter un sortilège sur quiconque n'aurait pas l'autorisation de l'utiliser. Une pratique archaïque, qui a été largement oubliée depuis des décennies, » ajouta-t-il d'un haussement d'épaule désinvolte. « La plupart de gens ignorent qu'un tel enchantement existe. »
« Mais Drago était au courant. »
« Les Malefoy sont des clients de très, très longue date, » fut tout ce qu'il se contenta de répondre.
Son index glissa le long du velours de la boîte alors qu'il parlait, et l'on put entendre le sourd cliquetis d'une serrure qui se dégage. Le couvercle s'ouvrit lentement avec l'élégance feutrée de joints bien huilés. Nichée au creux du lit de satin violet, se trouvait une toute petite clef en argent. Bogswallow la tendit vers elle, et il y avait une manifeste lueur dans ses yeux à cet instant—de la curiosité, crut-elle deviner. « Je vous en prie… »
Hermione déglutit difficilement. Le regard qu'elle jeta vers Fred lui indiqua exactement ce qu'il pensait de tout ça.
Elle l'ignora, serra le poing, le desserra. Elle tendit la main vers la clef, ses doigts effleurèrent le satin doux avant de frôler le métal froid. Aucune douleur, aucun changement dans l'atmosphère. Le monde ne cessa pas de tourner. Elle expira dans un rire nerveux. Fred secoua la tête comme si elle avait perdu la raison mais lui décocha tout de même un large sourire.
« Très bien, Mademoiselle Granger, » s'exclama Bogswallow ne prenant aucun compte de l'expression mi-paniquée mi-surprise qui traversa brièvement le regard d'Hermione.
« Si vous voulez bien me suivre, je vais vous escorter personnellement au coffre 572. »
« Tu vois, je t'avais dit que tout irait bien, » Hermione lança un sourire narquois à Fred, « et lorsqu'on y sera—»
« J'ai bien peur qu'il n'y a pas de 'on' qui tienne," sourit Bogswallow, révélant plusieurs dents manquantes. « Seul le propriétaire de la clef est autorisé à pénétrer dans la chambre forte. Il reste ici. »
« Il n'est pas question qu'elle y aille seule! » protesta Fred.
« Il reste ici, » répéta Bogswallow. « Ou vous restez tous les deux. A vous de voir. »
Hermione croisa son regard interdit et comprit qu'il ne serait pas dans son intérêt d'aller contre le Gobelin. Fred soupira devant son sourire penaud.
« T'es complètement tarée, » dit-il avant de placer des mains sur ses épaules et déposer un baiser sur son front. « Quinze minutes. »
« Quoi ? »
« T'as quinze minutes avant que je commence à tout faire exploser à ta recherche. »
Au final, elle ne mit que quelques minutes pour atteindre la chambre forte. Celle-ci ne se situait pas particulièrement profondément dans l'enchevêtrement de galerie souterraines—plus proche, se dit-elle, de son propre coffre—et le petit wagonnet fila à toute allure le long des rails prenant de la vitesse à chaque virage. Elle s'attendait presque à ce que Bogswallow prenne la clef et ouvre lui-même le coffre avant de se souvenir de ce qu'il avait dit à propos du maléfice que contenait la clef.
Brusquement, elle mesura tout le poids de la situation de se trouver là devant le coffre que Drago avait ouvert à son intention sans se souvenir de l'avoir fait. L'idée que cela était peut-être un piège lui effleura l'esprit. Mais si c'était le cas, les Mangemorts se seraient donnés un mal incroyable pour la capturer. Elle avait été une proie facile dès la seconde où elle avait franchi la porte de Gringotts.
Puisant dans ce fameux bon vieux courage de Gryffondor, Hermione enfonça la petite clef dans la serrure et tourna. Une symphonie de cliquetis s'éleva des profondeurs de la chambre forte alors que nombreux verrous se désengageaient jusqu'à ce que la porte entière s'ouvre dans un grincement de vieux joints qui craquent.
Hermione attendit que le désagréable frottement de pierre contre pierre cesse avant de s'avancer. Le contenu du coffre était impressionnant. Il n'y avait peut-être pas autant de Gallions que dans le coffre d'Harry (du moins, avant qu'il ne se mette à dilapider sa fortune en donnant aux efforts de la guerre) mais il y en avait assez, assez pour se mettre au vert, assez pour s'acheter un petit nid dans la campagne lointaine, un toit sous lequel Teddy et elle seraient en sécurité. C'était bien ce qu'il avait voulu, non?
Elle faillit ne pas remarquer l'enveloppe, l'apercevant seulement lorsqu'elle s'apprêtait à partir. Ses paumes étaient moites, ses doigts raides, rendant difficile l'ouverture du sceau et l'extraction de la feuille de papier à l'intérieur. Deux mots seulement, griffonnés dans l'écriture élégante d'un Malefoy: « Souviens-toi ».
Souviens-toi de quoi ? Se souvenir de lui après sa mort ? Se souvenir de quelque chose qu'il ne lui avait pas encore révélé lors d'une de ses crises de folie ?
Il n'y avait aucune expression sur le visage de Bogswallow lorsqu'elle le rejoignit sous la lumière tamisée du couloir et elle se demanda s'il avait remarqué les larmes qu'elle retenait.
« Mademoiselle? » s'enquit il et elle réalisa qu'il attendait ses consignes.
Hermione inspira profondément - goutant l'air froid et humide de l'air sur sa langue, le gout riche de la terre au creux de sa gorge.
« Allons-y, » dit-elle en se hissant dans le wagonnet.
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« C'est presque cliché de ta part de vouloir devenir Médicomage. »
« Pourquoi ça? Parce que j'ai une sorte de complexe héroïque Gryffondor que rien ne peut jamais satisfaire ? »
Il lui jeta un regard qu'elle ne pouvait pas voir dans la pénombre des éboulis sous lesquels ils étaient accroupis.
« Non, c'est pas ce que je vou—» il changea de position tentant de réveiller ses jambes engourdies tout en prenant soin de ne pas faire tomber les gravas sur eux. « Je me dis qu'il n'y a pas de grande différence entre soldat et Médicomage. »
« Comment ça? »
« Dans les deux cas, tout le monde s'en remet à toi. Toutes ces vies qui dépendent de toi—le père de quelqu'un, la mère, le petit fils, la nièce. Et tout ce que tu peux faire c'est donner tout ce que tu as, aussi longtemps que tu le peux jusqu'à ce qu'ils soient sains et saufs. Parce que ta responsabilité, ta vocation est de les sauver. »
Granger resta silencieuse un long moment. Son corps était anormalement figé à ses côtés et cela le dérangea parce que, d'ordinaire, c'était elle qui ne supportait pas ces longues périodes à faire le pied de grue sur le champ de bataille, tapis dans les décombres comme des rats de gouttière, à attendre que la voie soit libre. Puis elle pouffa de rire et cela fit voler la poussière autour d'eux.
« Pour un Serpentard voilà qui était très Gryffondor comme réflexion. »
« Tu me blesses, Granger. »
« Je suis sérieuse. »
« Moi aussi. »
Elle ne dit rien pendant un moment. Puis :
« Certains iraient même jusqu'à dire que la perspicacité et l'empathie dont tu viens de faire preuve sont dignes d'un Pouffsouffle. »
Il refusa de lui adresser la parole pour le restant de leur longue attente.
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« Peut-être qu'on ne devrait plus laisser Teddy dormir ici aussi souvent, » suggéra Hermione en voyant Drago déposer le petit garçon endormi dans leur lit. L'enfant laissa échapper un faible gémissement dans son sommeil à la perte de chaleur du corps contre lequel il était blotti, mais ne se réveilla pas.
« Il ne dort presque plus jamais seul. Ça ne me dérange pas de l'avoir avec nous, mais je doute que ce soit bon pour son développement. »
« Nous sommes en pleine guerre. Il ne risque pas de se développer normalement. »
« Mais j'ai lu dans un livre sur l'éducation des enfants que—»
« Granger, » dit-il avec un petit sourire amusé. « Il va bien. Laisse le tranquille. »
Elle aurait sans doute protesté davantage mais la manière dont il la regardait, ses yeux assombris sous l'effet de quelque chose qu'elle ne reconnut pas l'en empêcha. C'était comme si une ombre était passée sur eux, le noir de ses pupilles avalant le gris de ses iris.
Tristesse. Ressentiment. Colère. Il y avait là également du désir, dénué toutefois de l'ardeur qui brûlait généralement dans son regard juste avant qu'il ne se jette sur elle. Lorsqu'elle se mit à déboutonner sa chemise, il la contempla mais ne fit aucun geste vers elle.
« Qu'est ce qui te prends ce soir? » demanda-t-elle, drapant la blouse sur le dossier de la chaise. Le reste de ses vêtements suivit jusqu'à ce qu'elle se retrouve nue et frissonnante dans la faible lumière de la pièce. Drago lui tendit la vieille robe de chambre qu'elle avait dérobée à Ron des années auparavant et elle l'enfila avec gratitude.
« Tu t'es comporté de manière bizarre toute la soirée. »
Il ne dit rien, continuant de la regarder depuis sa position au bout du lit. Cela l'agaça— cet air détaché qui l'enveloppait—et elle lui tourna le dos, soulevant ses cheveux dans un geste anxieux, les épinglant à l'arrière de sa tête. Elle fut soudain prise d'une colère irrationnelle de le voir ainsi si maître de lui. Si inatteignable. Elle saisit une bouteille de gel douche parfumé de sur sa coiffeuse— une commodité rare, cadeau de Fred qu'elle soupçonnait de l'avoir acheté sur le marché noir— et passa devant lui d'un pas furieux traversant la pièce en trombe.
« Très bien, » cracha-t-elle avant de sortir, « garde tes secrets. »
Ce ne fut qu'une fois qu'elle atteignit la salle de bain, trois portes plus loin, qu'elle réalisa qu'il l'avait suivi. La colère dans sa poitrine monta d'un cran, ralentissant ses gestes et brouillant son esprit. Drago ne prêta aucune attention à son regard noir, refermant doucement la porte derrière lui. Il s'adossa contre le bois, ne la quittant pas des yeux. Il était toujours en train de la regarder, avec ce calme exaspérant qui n'appartenait qu'à lui. La baignoire mit du temps à se remplir et, dans son irritation, elle y déversa beaucoup trop du savon parfumée. La perte d'un produit si rare était poignante et c'était seulement pour cette raison que ses yeux la piquaient. La seule et unique raison. Et tout du long, Drago continua de la fixer.
« Dégage d'ici, » elle ne leva même pas la voix. La colère était en train de se dissoudre rapidement sous l'effet de cette sorte de lassitude amère qui l'envahissait de temps à autre et elle voulait, avait besoin de se retrouver seule pour ce qui allait suivre. Il ne bougea pas.
« Je t'en prie Drago, je veux que tu sortes. »
Ses yeux étaient résolument fermés lorsqu'il se décida enfin à bouger, néanmoins elle pouvait sentir la chaleur de son corps qui s'approchait, et ses mains douces et chaudes glissèrent sur ses joues, prenant son visage dans ses paumes.
« Pourquoi est-ce que tu pleures? » murmura-t-il, essuyant ses larmes de ses pouces.
« Je ne pleure pas, » lança-t-elle sur un ton renfrogné. « Je suis en colère, c'est tout. »
Et terrifiée, une foutue peur perpétuelle. Elle avait peur pour l'issue finale de la guerre, peur pour ses parents, peur pour Teddy. Peur pour Drago et sa santé mentale ; elle était fatiguée aussi, fatiguée de voir ces éclairs de confusion et de détresse dans ses yeux anthracites lorsqu'il perdait toute notion du temps, sans le moindre souvenir de ce qu'il avait fait, des endroits où il avait été durant des heures.
Ses pouces caressaient toujours son visage, ses lèvres effleurèrent à peine les siennes.
« Je suis désolé, » chuchota-t-il, avant de le redire comme s'il avait trouvé là le mot magique pour tout arranger et que tout ce qu'il lui suffisait de faire était de le répéter inexorablement. Désolédésolédésolédésolédésolé, encore et encore tandis qu'il l'embrassait du bout des lèvres d'une douceur presque douloureuse. Lorsqu'il tenta de défaire le nœud de sa robe de chambre elle s'écarta. Il la suivit dans son mouvement, ses doigts toujours sur la ceinture.
« Laisse-moi te toucher, » murmura-t-il, les mots s'échappant de sa bouche dans un souffle chaud contre sa joue. « S'il te plait. »
Hermione se laissa enfin aller contre lui, et il posa son front contre le sien tandis que ses mains écartaient lentement les pans de sa robe de chambre, le tissu rêche effleurant sa peau alors que le vêtement glissait sur le long de son corps avant de finir à ses pieds. Elle défit les boutons de sa chemise alors qu'il passait ses paumes rugueuses sur ses seins. Ses mamelons se durcirent sous la caresse. Il l'aida à défaire la boucle de son jean, repoussant celui-ci en dessous de ses hanches. Elle entra dans la baignoire tandis qu'il retirait ses chaussures et ses chaussettes, et la soif dans ses yeux lorsqu'il s'arrêta pour observer son corps s'immerger dans l'eau chaude la foudroya de désir.
Elle crut qu'il allait perdre patience et se jeter sur elle. Coucher avec Drago ne se faisait pas en deux temps trois mouvements, mais elle avait rapidement comprit qu'il préférait que ce soit fougueux, à la limite du brutal. Toutefois il prit son temps, se débarrassant de son jean d'un coup de pied et se plaçant lentement dans la baignoire. Quelques minutes s'écoulèrent alors qu'ils peinaient à trouver une position confortable dans l'étroite baignoire, l'eau éclaboussant le sol jusqu'à ce que Drago prenne l'initiative de la soulever afin de la placer sur ses genoux. Elle amorça un geste pour prendre sa main mais il l'arrêta, souriant devant son expression confuse et contrariée. Il prit son visage entre ses mains et l'embrassa lentement et profondément, une chaleur délicieuse s'insinua de sa bouche à la sienne avant de se répandre dans tout son corps.
« Tu es exquise, » souffla-t-il contre sa peau, et Hermione sentit sa gorge se serrer tandis qu'il glissait ses lèvres le long de son cou. Elle cligna des yeux rapidement sans succès et les larmes chaudes coulèrent le long de ses joues. Drago mit un moment avant de les remarquer et lorsqu'il le fit, il ne dit rien. Il poussa contre ses cuisses et elle se plaça à califourchon au-dessus de lui, ancrant son regard fixe avant de le prendre en elle laissant échapper un râle fébrile. La bouche de Drago s'ouvrit sur un gémissement muet, la tête basculant légèrement en arrière, ne la quittant pas pour autant des yeux.
Il y eut un bref instant, un flash dans son esprit durant lequel Hermione fut presque engloutie par une sensation de déjà vu qui lui fit froncer les sourcils de confusion. Mais ils étaient en train de bouger l'un contre l'autre, lentement au début, puis dans un mouvement rapide et profond jusqu'à ce qu'elle ne remarque plus rien autour d'elle, pas même l'eau qui débordait hors du bain, formant une marre sur le carrelage de la salle de bain. Ses mains trainèrent sur ses épaules, ses doigts agrippant sa nuque. Ses mains à lui demeurèrent sur ses hanches, se serrant, se desserrant, se resserrant. Remontant le long de ses côtes jusqu'à ses seins, ses épaules, descendant le long de ses bras avant de lier sa main à la sienne afin de la porter à ses lèvres et le cœur d'Hermione se brisa presque devant la tendre révérence de ses gestes.
Elle jouit brutalement, avec une intensité qui lui coupa le souffle, sa tête retombant contre son épaule tandis qu'elle se crispait autour de lui. Il gémit aussi, mordant son épaule afin d'étouffer le son. Un long moment s'écoula sans qu'aucun d'eux ne bouge. Drago tendit difficilement une main vers lavabo où ils avaient laissé leurs baguettes magiques et saisit la plus proche— qui se trouvait être celle de la jeune femme —et nettoya l'eau du bain des traces de leurs ébats. Il sécha le sol aussi, mais uniquement une fois qu'elle l'eut forcé à le faire. Lorsqu'il eut terminé, il se retourna vers elle de façon à ce qu'elle se retrouva blottie contre lui, son dos contre son torse, sa tête rejetée en arrière posée contre son épaule. Il prit une éponge et se mit à faire des cercles lents sur sa poitrine, laissant s'écouler l'eau désormais tiède sur ses seins.
« Un jour, » dit-il et elle força ses yeux fatigués à s'ouvrirent, « on ressemblera à un couple normale. »
« On n'a rien de bien normal, » répondit-elle après un long silence. Il tira sur une mèche mouillée en guise de réponse et elle eut un petit sourire en coin. Le silence retomba encore fois avant qu'il ne parle à nouveau :
« Je t'emmènerai au restaurant. Rien de trop classieux parce ce que tu passerais ton temps à te plaindre que c'est prétentieux. »
« Sans compter le fait qu'on est tous les deux fauchés comme les blés. »
« Ouais, y a ça aussi, » acquiesça-t-il. « On se trouvera un endroit quelque part hors de Londres—quelque part assez prêt du Chemin de Traverse, mais assez loin du tapage médiatique. Un endroit avec un jardin, pour quand Teddy viendra passer du temps avec nous. »
« Drago Malefoy, serais-tu en train de me demander d'emménager avec toi? »
« Un Malefoy ne demande jamais, il exige. »
Elle eut un petit rictus.
« Et je suppose que tu crois que je vais simplement me plier à tes volontés? »
« S'il y a bien une chose que je sais c'est que personne ne peut te forcer à faire quoi que ce soit sans que tu le veuilles. » Il eut un petit rire amusé au son approbateur qu'elle émit en réponse. « Mais tu vas quand même emménager avec moi. »
« Ah vraiment? Et pourquoi ça? »
« Parce que c'est ce que tu veux. »
Elle pouvait presque sentir le sourire narquois contre sa tempe lorsqu'elle n'eut rien à redire. Merlin qu'il pouvait être imbu de lui-même des fois !
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Il avait ce souvenir qu'il gardait de sa mère. Cela remontait à une époque où le mot « Mangemort » ne faisait pas encore partie du vocabulaire quotidien des gens et où Voldemort n'était encore qu'un invité parmi tant d'autres dans la maison où il avait grandi et qui devint plus tard sa prison. Il ne devait avoir alors que onze ou douze ans, de cela il était sûr puisque c'était avant ce ramdam ridicule avec le basilic, mais avant la dernière fausse couche de sa mère—avant qu'elle et son père n'arrêtent d'essayer d'avoir un autre enfant. Elle lui faisait lire des histoires Moldus encore une fois, des fables et des mythes et des paraboles que contenait l'ancienne bible qu'elle avait fait entrer en douce dans le manoir sans que son père n'en sache rien. (Il avait toujours détesté ces histoires, mais ne s'en été jamais plaint puisqu'elles rendaient sa mère heureuse quand Drago les lisait à haute voix.)
Il venait de terminer une version pour enfant d'Adam et Eve, et la fin était pour le moins décevante.
« C'est stupide. Et ce n'est pas réaliste, » avait-il maugréé.
Cela avait fait rire sa mère. Non pas de ce léger gloussement qu'elle offrait en public, mais d'un vrai rire—la tête rejetée en arrière, la bouche ouverte.
« Oh Drago! Tu es toujours tellement cynique! Le but de l'histoire n'est pas que ce soit réaliste. C'est de faire passer un message ou donner une morale. »
« Ouais et bien il n'y pas de message dans celle-là ! Cette sombre idiote mange la pomme alors qu'il y a tous ces autres fruits délicieux tout autour, et puis aguiche ce pauvre Adam pour qu'il fasse de même. Si j'étais à sa place, je ne me serais absolument pas laissé faire. Pourquoi devrait-il lui aussi choir alors que c'est elle qui a enfreint les règles? »
Sa mère contempla la question un instant.
« Et si Adam voulait choir? »
« Pourquoi diable voudrait-il ça? Il vivait au Paradis. »
« Peut-être qu'il préférait vivre sur Terre avec Eve, plutôt que de passer l'éternité seul sans elle au Paradis. »
A cette époque, Drago s'était raillé de la réponse de sa mère et avait mis ça sur le compte de ses "notions romantique ridicules", comme son père les appelait souvent. Mais bien des années plus tard, assis dans l'endroit sordide qu'était devenu la vénérable maison des Black, habillé d'un simple jean qui avait vu de meilleurs jours bien avant qu'il entre en sa possession, et d'un t-shirt deux fois trop grand, Drago observa Granger et Fred tenter d'apprendre à Teddy à voler, autour du salon décrépi, sur le balai taille enfant qu'on venait de lui offrir. Le petit garçon tomba par deux fois avant de réussir à se maintenir en équilibre, et la couche de poussière au sol lui donnait l'air d'un va-nu-pieds, ses joues roses tachées de trainées noires.
L'endroit tout entier ressemblait à un taudis, rien à avoir avec la splendeur du temps de son enfance dorée. Il repensa à tous ces innombrables bals, aux bougies flottantes et aux robes en satin finies de fourrure. Il repensa à toutes ces filles Sang Pur qu'il avait fait virevolter les unes après les autres autour de pièces scintillantes d'or. Fred cria, Teddy glapit et Granger rit, haut et fort et sans retenu, applaudissant avec enthousiasme tandis que Teddy réussissait à se retenir à un peu moins d'un mètre au-dessus du sol sans l'aide de personne. Molly insista que l'occasion valait la peine d'utiliser les restes de la ration du mois de farine pour faire un gâteau, et Potter se plia de rire lorsque Teddy fonça tout droit sur Londubas, le faisant tomber lourdement à la renverse.
Granger se retourna et saisit son regard, ses yeux pétillants d'amusement, ses cheveux un amas de boucles sauvages. Et Drago se dit qu'il comprenait peut-être ce qu'Adam avait dû ressentir.
Parce que le Paradis de son enfance avait peut-être été parfait, mais incroyablement solitaire en fin de compte dans cette maison beaucoup trop grande pour trois personnes. Teddy grimpa sur ses genoux, ses mains sales laissant des empruntes sur le blanc cassé de son t-shirt, et Drago ne réussit pas à complètement cacher son sourire. Peut-être y avait-il plus d'une sorte de Paradis, se dit-il et il pensa que c'était sans doute cela qu'avait tenté de lui faire comprendre sa mère ce jour-là.
Je vous avez bien dit que la prochaine update ne prendrait pas des années lol.
Ce chapitre est dédié à Lolita KALA, MG.456 et Kcaraetmoi. Merci pour vos reviews, vos encouragements et d'avoir répondu présent après tant d'années!
Encore une fois, un énormissime MERCI à ma super génialissime Beta CacoNya pour sa patience et son travail.
A la prochaine et merci d'avance à ceux qui prendront le temps de commenter ;)
