Chapitre 12
Une juste compensation
Shûhei et Ichigo avaient franchi l'entrée du manoir des Kuchiki et étaient arrivés à l'orée du bosquet à la végétation clairsemée. L'étang d'eau claire où se mirait un ciel pur était en vue.
Ichigo, coincé dans son esprit depuis la sortie sans ambages de Shûhei, trouva toutefois la seule échappatoire possible, familière et rassurante, souvent l'unique solution à ses problèmes :
« Dis, Hisagi-san, je ne peux pas arranger les choses pour toi et Byakuya pour l'instant, parce que je ne veux pas rentrer, pas encore. À ma grande honte, je n'arrive pas à dormir s'il n'est pas dans les parages... C'est parce qu'il est si sûr de lui, si froid. Il ne va pas s'inquiéter inutilement et il me laisse tranquille. En même temps, il est là, solide. Il me laisse me débattre seul, mais il vient à mon secours lorsque je tombe à terre, l'air de rien, voire ennuyé. » Ichigo ne peut s'empêcher de rire doucement puis reprend : « Je suis si fatigué... J'ai dû mal à me l'avouer moi-même mais je crois que j'ai besoin de son aide.
— Je sais.
— Alors je te propose une chose. Jusqu'à ce que je reparte ou que j'aille mieux sans lui, battons-nous.
— Quoi ?
— Voilà, tu te bats contre moi parce que tu sembles avoir toutes les raisons de m'en vouloir, et moi, je m'arrange pour ne pas en mourir.
— T'es sérieux ?
— C'est la solution idéale, non ?
— T'es dingue. T'es dingue, mais ça marche. En fait, cela devait me démanger depuis quelque temps, fit Shûhei en dégainant Kazeshini et en passant en shikai.
— Wow ! Comme ça, là, tout de suite ?
— Ben quoi, t'attends une invitation ? » claironna Shûhei qui partit à l'assaut sans plus de mise en garde.
Ichigo prit la voie des airs, échappant de justesse à l'attaque fulgurante de Shûhei. Il se saisit de Zangetsu à temps pour arrêter dans sa course une autre faucille tournoyante, attirée comme sa jumelle par la jugulaire de son cou.
Il bénissait le ciel de s'être muni ce matin de son zanpakutô avant d'aller à la onzième division parce que le guerrier au numéro 69 ne plaisantait pas. Le vice-capitaine devait en avoir gros sur le cœur.
C'était l'occasion d'utiliser un truc dont il avait rarement l'opportunité. En état de shikai, son épée avait la particularité de n'avoir ni garde ni poignée de style. En lieu et place, une bande de coton était lacée en tresses serrées pour faciliter la préhension et protéger la main. En temps normal, le bout de cette bande venait recouvrir la lame pour former une sorte de fourreau. Et lorsqu'il brandissait Zangetsu, cette longueur de coton se trouvait libérée.
Ses sens maintenant électrisés à la perspective d'une bataille qui s'annonçait intéressante et dont la soudaineté avait fait déverser l'adrénaline dans ses veines, Ichigo fit tournoyer à son tour son épée via ce tissu qui dépassait de la poignée, et lança son arme dans un sifflement d'air, sous les yeux d'un Shûhei prêt à se moquer de tant d'imprudence.
Mais c'est avec horreur que celui-ci vit la pointe de Zangetsu se diriger avec une précision inattendue vers Kazeshini, et se ficher dans un maillon de la chaîne pour la clouer profondément au sol dans un cliquetis annonçant sa défaite. Il vit ses deux faucilles retomber l'une après l'autre à terre, privées de mouvement et soumises à leur inertie.
Ichigo s'était déjà propulsé de la hauteur du ciel où il se trouvait vers l'endroit où s'était enfoncé son sabre. Il l'avait arraché du sol, et dans un mouvement si rapide que les yeux de Shûhei n'avaient pas pu le suivre, apparaissait maintenant devant lui, menaçant son épaule du tranchant de sa lame, sûr de sa victoire.
« Gagné ! » s'écria-t-il, un large sourire sur le visage.
Shûhei n'était peut-être pas le sauveur de la dernière guerre, Shûhei n'avait peut-être pas un reiatsu suffisant pour concurrencer celui du Shinigami remplaçant, Shûhei n'avait peut-être pas encore accompli son bankai, mais Shûhei était un génie dans les arts du combat, et même si ses combats avaient été moins grandioses que les siens, son expérience des batailles dépassait de loin celle de son opposant. D'une main preste et légère qu'il posa sur la lame noire, l'écartant légèrement, d'une voix vive et claire accompagnant le geste, il chantonna :
« Onzième voie de la destruction : Tsuzuri raiden ».
Il était heureux que la poignée de Zangetsu soit recouverte d'une couche textile assurant une faible mais néanmoins appréciable protection, isolant modérément son manieur. L'éclair qui jaillit de la main de Shûhei courut le long de Zangetsu et se transmis au corps d'Ichigo. Ce dernier fut prit d'un violent spasme, perdit la respiration, eut l'impression que son cœur se recroquevillait et desséchait dans sa poitrine, et il crut mourir. Shûhei suspendit le flux. Ichigo tomba de tout son long à terre, la poignée de Zangetsu collée dans sa paume, les doigts douloureusement contractés, partiellement conscient, secoué de soubresauts et incapable de bouger et de parler pour un temps indéfini.
« La victoire est mienne » entendit-il dire à son oreille, à travers le vacarme dû au bourdonnement du sang se remettant à circuler vers son cerveau, en vagues houleuses et désordonnées.
« On peut savoir à quel jeu vous vous êtes livrés ? ».
Aucun des deux n'avaient perçu l'arrivée du noble Kuchiki, qui, de retour dans sa propriété, en trouvait l'allée dévastée et son hôte sur le carreau. Il tourna un visage interrogateur vers celui des deux en état de parler, dénué de colère et même un brin amusé :
« Un règlement de compte, Shûhei ?
— Plutôt une juste compensation, Byakuya ».
La frustration de ces jours derniers avaient quitté les épaules de Shûhei. Quelle bonne idée il avait eue, le Shinigami remplaçant !
fin du chapitre 12
Prochain chapitre : Le paramètre Rukia
Je crains d'avoir à annoncer un délai incertain dans la parution des prochains chapitres : peut-être dès lundi, peut-être plus tard... Je me confonds en plates excuses.
Byakuya : "Inadmissible. Il est inconcevable de laisser mon jardin dans cet état !"
Ichigo, en lui-même, avec espoir : "Loué soit la faillibilité des ordinateurs, je vais avoir tout le temps de me remettre"
Shûhei, en apparté, avec bonheur : "Enfin, Byakuya pour moi tout seul..."
Rukia : "Ben, et moi ?"
