Bonjour ! :)
Pour ceux qui s'inquiètent... le petit oiseau va bien. C'est un petit merle. Sa maman l'a finalement retrouvé. Les oiseaux reconnaissent leurs petits grâce à leurs cris et non pas à l'odeur, alors si vous trouvez un nid renversé avec des bébés, vous n'avez qu'à remettre le tout dans l'arbre proche, et la maman, généralement, retrouve ses petits, même si le nid n'est pas remis sur la même branche (pour la plupart des oiseaux, en tout cas). C'est ce que j'ai appris cette semaine, en faisant des recherches sur le sujet. :)
Merci toujours à mes revieweuses : Rinku13, Alienor la Fantasque, Loulou7, Harryliada, Zeugma412 et Destrange.
(L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling)
Bonne lecture ! :)
Chapitre 12 ― Bonne et mauvaise duperie
Grand, élégant, musclé, viril, Filius marchait d'une allure fière dans les couloirs, tandis qu'il prenait la direction de la tour d'astronomie. Lorsqu'il grandissait, il retrouvait toujours une exquise confiance en lui, tout ce qu'il fallait pour déclarer son amour à Aurora, de la façon la plus épique qui soit.
Quelques élèves déambulaient dans le château, mais en ces heures tardives de la soirée, la plupart étaient rassemblés dans leur maison, semant la tranquillité dans les couloirs. Les portraits le suivaient des yeux et les heaumes des armures grinçaient à son approche. La décoration se laissait contempler aisément. C'était chaque fois un plaisir d'être à la hauteur du monde.
Arrivé à l'entrée de la tour, il s'apprêta à s'engager dans l'escalier, quand il entendit quelqu'un le descendre à toute allure. Un instant plus tard, Aurora surgit devant lui en poussant un cri de surprise.
― Fallusio ! s'exclama-t-elle, les yeux ronds.
Filius l'attrapa par la taille, l'arracha aux dernières marches et l'accula contre le mur du couloir, le nez lui effleurant le sien. Il respira son souffle haletant, transporté d'émotions, puis happa ses lèvres dans un baiser entreprenant.
― Humpf ! fit Aurora en se raidissant.
Elle répondit à ses gestes avec hésitation, mais elle le repoussa presque aussitôt.
― Pas ici, souffla-t-elle en jetant des regards autour. On pourrait nous surprendre...
― Il n'y a pas d'élèves par ici, rassura Filius, étourdi d'excitation.
Il l'embrassa de nouveau, pressant son corps contre le sien. Jamais il n'avait éprouvé de pulsions aussi fortes. Il avait envie de lui faire l'amour sur le champ, dans ce couloir même, de dévorer sa bouche et de s'enivrer de son odeur de cannelle. Lorsqu'il lui empoigna un sein, cependant, elle l'écarta une seconde fois, à deux mains, et le regarda dans les yeux. Ses joues s'étaient colorées d'un rouge vif.
― C'est trop vite, haleta-t-elle d'un air apeuré. Je préfère qu'on ralentisse.
― Vous n'avez pas envie de moi ? s'étonna Filius qui reposa les doigts sur sa poitrine, mais elle s'échappa d'entre lui et le mur.
― Fallusio, je vous en prie, dit-elle en reculant. C'est trop vite. Je vous connais à peine. Et vous non plus. Vous ne pensez pas qu'on devrait apprendre à mieux se connaître avant ?
Filius se retrouva hébété. Il avait cru qu'elle l'attendait dans le but de s'aimer passionnément. Qui est-ce qui pouvait résister à un homme aussi beau et séduisant que lui ? À moins que ce ne soit la potion qui lui brouillait ainsi la raison ? Était-il réellement allé trop vite ?
Tandis qu'il réfléchissait, Aurora soupira profondément, le visage barré d'une mèche de cheveux.
― J'allais trouver Filius, dit-elle plus calmement. Savez-vous où il est ?
― Non, mentit-il en se touchant brièvement la moustache. Pourquoi le cherchez-vous ?
― Parce que Dumbledore le cherche. Filius était censé venir le voir après les cours, mais il n'est pas venu. Je m'inquiète. Ce n'est pas dans ses habitudes.
Filius eut l'impression que son cœur tombait comme une pierre dans ses talons. Il avait complètement oublié la convocation de Dumbledore.
― Merde ! jura-t-il, alors que ce n'était pas non plus dans ses habitudes d'utiliser une telle injure.
Aurora approuva d'un hochement de tête.
― En effet, c'est ennuyeux, dit-elle. Ce doit être au sujet de son exposé. Le congrès est demain soir. Ce n'est pas le moment d'être distrait. Il faut qu'il se prépare.
― Je vais me présenter à sa place, déclara soudain Filius en s'activant le long du couloir.
― Quoi ?
Comme il lui était impossible de retrouver son apparence normale avant minuit, Filius n'avait guère d'autres choix que de se rendre au bureau de Dumbledore sous l'identité de Fallusio. Et puis, ce n'était pas une mauvaise idée. Fallusio était beaucoup plus intéressant que le minuscule Filius couinant.
― Mais qu'est-ce que vous allez dire à Dumbledore ? demanda Aurora qui s'empressa de le suivre, perplexe.
― Je vais discuter avec lui de l'exposé, bien sûr.
― De l'exposé ? s'étonna-t-elle.
― Mais oui ! Je connais par cœur ce Localisateur d'objets maléfique. Je peux très bien monter l'exposé à sa place. Ne vous inquiétez pas.
Il aurait tout aussi bien pu lui annoncer qu'il organisait le meurtre de Filius qu'elle aurait eu la même réaction.
― Vous allez faire quoi ? balbutia-t-elle d'une voix faible, le teint subitement blême. Vous n'allez quand même pas vous attribuer son mérite ?
Filius s'arrêta brusquement pour l'attraper de nouveau par la taille et plongea sa langue entre ses lèvres, l'embrassant en profondeur. Il savoura une fois encore la douceur de sa bouche, la chaleur de son corps, puis la relâcha en affichant son plus beau sourire séducteur.
― Faites-moi confiance, Aurora, dit-il d'une voix mûre et grave. Je vais sauver la situation.
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Minerva avait perdu la journée à cause de ces damnés furoncles ― qui avaient fini par disparaître avec l'essence de Murlap, Merlin merci ! ―, mais en revanche, rien ni personne n'allait lui gâcher sa soirée. Cette dernière lui appartenait entièrement.
Pour l'évènement, elle avait enfilé une ancienne robe, qu'elle avait gardée dans un coffre sous son lit, sobre et élégante, sans manches, dont la couleur, un vert brillant, s'agençait parfaitement à ses yeux d'émeraude. Elle n'avait porté cette tenue qu'une seule fois auparavant, bien des années passées, à l'occasion d'une soirée de cultivateurs à laquelle elle s'était rendue avec Dougal McGregor. Elle n'avait eu que dix-huit ans.
Devant le grand miroir de sa chambre, les cheveux tirés en chignon, les lunettes perchées sur le bout de son nez pointu, elle eut l'impression de se retrouver telle qu'elle était à cette époque : décente, bien mise, bien éduquée, l'esprit entièrement fixé sur ses ambitions au détriment de l'amour et les plaisirs. Grâce à ces qualités, elle avait réussi sa carrière avec grand renom. Mais maintenant il était temps de s'occuper un peu de ses lacunes du côté de la luxure.
À coups de baguette, elle échancra alors la robe de façon à découvrir la raie de ses petits seins gonflés par un soutien-gorge rembourré, la resserra à la taille pour mieux souligner sa fine silhouette et la raccourcit jusqu'à mi-cuisse, dénudant ainsi ses longues jambes lisses. Elle s'installa ensuite devant sa coiffeuse, y jeta ses lunettes rectangulaires et entreprit de se maquiller. Elle se farda les yeux en les surlignant d'un mascara noir et posa sur ses lèvres une touche de carmin. Enfin, elle dénoua sa chevelure qui dégringola sur ses épaules, avant de lui redonner du volume en lui formant de jolies boucles étincelantes.
Pendant qu'elle observait le résultat dans la glace, elle se demanda si Rogue, en la voyant ainsi enjolivée, ne serait pas séduit pour une fois. Son pénible masque de marbre pouvait-il tomber de temps à autre ? Elle comprenait son indifférence devant sa vieille peau, comme son dégoût certain lorsqu'il l'avait surprise ce midi dans cette chemise de nuit en loque, mais s'il la découvrait sous ce nouveau jour, voudrait-il enfin la regarder avec désir ?
Mais naturellement, c'était trop espérer. Quoi qu'il en soit, Rogue la verrait toujours comme sa vieille collègue dépourvue d'attraits. Il était trop lucide pour se laisser tromper par une fausse apparence de jeunesse. De toute façon, elle trouverait bien quelqu'un d'autre, à Pré-au-Lard, plus sensible à son charme et qui n'aurait aucune idée de sa véritable identité. Minerva était méconnaissable sous ce déguisement de racoleuse.
Après avoir chaussé une paire de bottines en daim noir, elle enveloppa ses épaules d'une cape de velours et sortit de ses appartements. Pour ne pas attirer l'attention pendant qu'elle se rendait au portail pour transplaner, elle se métamorphosa en chat et longea le mur des couloirs en toute discrétion, le cœur battant d'ivresse à la perspective de vivre une soirée intense.
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D'un pas allègre, Filius tournait un coin de mur, quand il trébucha contre une boule de poils qui se faufilait rapidement entre ses jambes. Il se redressa, hébété. Ce devait être Miss Teigne, la chatte du concierge. En temps normal, il l'aurait vue surgir, mais lorsqu'on n'avait plus le nez au niveau du sol, il fallait s'attendre à louper quelques obstacles.
Avec un sourire amusé, il réajusta ses lunettes, remit de l'ordre dans ses cheveux et sa moustache, lissa son veston et reprit son chemin vers le bureau du directeur, retrouvant son pas guilleret.
Filius était convaincu d'avoir l'idée du siècle. Quoi de mieux qu'un beau grand homme plein de confiance pour présenter cet exposé sur le Localisateur ? Aurora, comme tout le monde, serait impressionnée.
Arrivé devant la hideuse gargouille de pierre qui masquait l'entrée du bureau directorial, il prononça le mot de passe et elle s'anima en faisant un pas de côté. Filius monta l'escalier en colimaçon mobile en se recoiffant une fois encore pour paraître à son avantage, puis fit claquer le heurtoir en forme de griffon sur la porte en chêne.
― Entrez ! lança la voix de Dumbledore de l'autre côté.
Filius poussa la porte et pénétra dans la grande pièce circulaire, tapissée de nombreux portraits somnolents d'anciens directeurs et saturée en cette heure du soir de lumières rougeoyantes. Une fenêtre laissait apercevoir le coucher du soleil à l'horizon. Filius regarda les fragiles instruments en argent autour de lui, scintillants, qui émettaient de curieux petits bruits. Ça lui faisait étrange de les voir ainsi sous d'autres angles que d'habitude. Certains exhalaient d'infimes tourbillons de vapeur.
Derrière son énorme bureau aux pieds en forme de serres, Dumbledore reposa sa plume dans l'encrier et sa barbe tressaillit tandis qu'il affichait un sourire aimable.
― Bonjour, dit-il en l'invitant d'un geste à s'installer dans le fauteuil devant lui. Puis-je vous aider ?
― Je m'appelle Fallusio, se présenta Filius qui vint lui serrer la main par-dessus le bureau avant de s'asseoir, surexcité. Je suis le cousin du professeur Flitwick. Lui et moi travaillons ensemble sur ce projet de Localisateur depuis le début, mais on s'était entendus pour garder mon association secrète, parce que, vous comprenez, je lui ai fourni presque la totalité de ses idées.
Les sourcils argentés de Dumbledore se froncèrent.
― Pardon ? s'étonna-t-il.
― Je suis un génie en sortilège, poursuivit Filius en remontant ses lunettes sur son nez. Filius a toujours eu de la chance de m'avoir dans la famille. Sauf que là, il vient de prendre la fuite comme un lâche parce que cet exposé le rend trop nerveux. J'ai donc pensé à le remplacer et présenter cet exposé à sa place. Il est temps que je sorte de l'ombre, non ?
Dumbledore le dévisagea en silence, les doigts croisés devant lui, comme s'il doutait de ses propos.
― Vous ne me croyez pas ? reprit Filius avec un sourire qui lui découvrit les dents. Je comprends tout à fait. Mais si vous le voulez bien, professeur, je vais vous expliquer en détail comment j'ai eu l'idée de fabriquer ce Localisateur, comment j'ai rassemblé les ingrédients pour ce faire et comment je suis parvenu à le mettre au point. Je vous convaincrai, j'en suis sûr.
― Je vous en prie, invita Dumbledore, respectueux, en s'adossant dans son fauteuil. Prenez donc un bonbon au citron et racontez-moi tout depuis le début.
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― Auriez-vous vu le professeur Flitwick, par hasard ? demanda une voix angoissée.
Pomona et Rolanda se retournèrent dans le couloir et virent le professeur Sinistra derrière elles, essoufflée, le visage rouge de chaleur.
― Je le cherche partout et je ne le retrouve pas.
― Non, je ne l'ai pas vu, répondit Rolanda sans vraiment manifester d'intérêt.
Pomona se fichait également de Flitwick, mais elle se retint de traduire sa pensée à voix haute, se contentant de marmonner quelques mots inintelligibles. Aucune préoccupation ne pouvait entrer dans son esprit à part la terreur de devoir rester un homme jusqu'à la fin de ses jours. Pendant que le professeur Sinistra s'en retournait d'un air dépité, les deux amies reprirent leur chemin vers les serres.
― Ne t'inquiète pas, dit Rolanda, pour une énième fois, en marchant contre elle, le bras entourant le sien. Rogue va préparer le contrepoison à temps.
― Il va devoir passer une nuit blanche pour ça, gémit Pomona. Et encore, il risque de ne pas y arriver. Il l'a dit lui-même, ce contrepoison prend des heures et des heures avant d'être finalisé. Je suis dégoûtée. Je ne veux pas rester affreuse comme ça toute ma vie.
D'un geste découragé, elle replaça sa virilité dans son pantalon et s'accrocha de plus belle à Rolanda en appréciant au moins sa proximité. Elle pouvait sentir son parfum d'herbe fraîchement coupée qui la réconfortait.
― Je propose que tu te détendes un peu, dit Rolanda, raisonnable. Les émotions ont été éprouvantes aujourd'hui. Que dis-tu d'un massage à l'huile d'olive ?
Pomona imagina un moment les mains délicates de son amie glisser sur sa peau nue et un frisson lui traversa la nuque.
― Hum... d'accord, répondit-elle avec la mine la plus innocente possible.
― Parfait, dit Rolanda dont les yeux jaunes étincelèrent. Alors, en arrivant dans ta chambre, tu t'étendras toute nue sur ton lit, sur le ventre, recouverte seulement d'une serviette au niveau de tes fesses, et je m'occuperai de toi.
Les frissons de Pomona s'intensifièrent dans son corps, si bien que son sexe se mit à gonfler. Aussitôt, elle déplaça discrètement son érection de façon à ce qu'elle ne paraisse pas dans le pantalon, puis se rappela une fois encore, désespérément, qu'elle n'était pas lesbienne.
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Comme un forcené, Severus travaillait dans son laboratoire sur le contrepoison du professeur Chourave. Son front ruisselait de sueur dans les vapeurs de son chaudron, ses cheveux lui collaient aux tempes et ses mains lui faisaient mal à force de couper des ingrédients à toute vitesse. Lui qui avait cru profiter d'un moment de répit après avoir réglé la situation de McGonagall, voilà qu'il était déjà aux prises avec un nouveau problème de potion.
Tandis qu'il tranchait finement des queues de salamandre, la lame de son couteau d'argent s'abattit soudain sur son pouce et il râla en le serrant aussitôt dans sa main pour apaiser momentanément la douleur.
― Saloperie ! jura-t-il entre ses dents.
Il ramassa sa baguette dans le désordre de la table, se jeta un sort et la souffrance disparut aussi vite qu'elle était apparue. Énervé, il se ressaisit du couteau et reprit le travail avec plus de précautions, mais tout aussi rapidement. Il n'avait pas le droit à la pause. Chaque seconde comptait s'il voulait obtenir ce contrepoison avant la prochaine pleine lune.
Il était si absorbé par sa préparation qu'il sursauta lorsqu'il vit à l'entrée de son laboratoire deux silhouettes dégingandées, surmontées de tignasses rousses.
― Qu'est-ce que vous faites là ? lança brusquement Severus.
― Bah, on vient pour notre retenue, répondit l'un des jumeaux sur un ton d'évidence. Vous nous avez dit de venir chaque soir dans votre bureau jusqu'à la fin de l'année.
― Et comme vous ne répondiez pas quand on frappait...
Severus les fit taire d'un geste et se pinça l'arête du nez avec exaspération. Il avait complètement oublié leurs retenues. La soirée devenait plus que pénible.
Rassemblant ses idées, il réfléchit à toute allure à ce qu'il pourrait bien leur organiser comme torture. Il aurait préféré être mieux préparé à les recevoir, question de s'offrir une vengeance digne de sa fureur contre leur sale comportement envers McGonagall, mais comme le temps ne le lui permettait pas, il décida d'improviser.
― Approchez ! ordonna-t-il.
Les jumeaux s'avancèrent en survolant d'un œil intrigué les ingrédients et les instruments pêle-mêle sur la table. Le chaudron au milieu du désordre bouillonnait en crachant des panaches de vapeurs.
― Vous allez m'aider à préparer ce contrepoison, déclara-t-il d'un ton impérieux. Vous, prenez ce couteau et finissez de trancher ces queues de salamandre. Je les veux bien minces et d'une égalité impeccable. Quant à vous, prenez ce pilon et réduisez-moi en poudre fine ces crochets de serpent. Et je veux vous voir travailler le plus vite possible avec le plus de précision possible ! Sinon, je vous retiens jusqu'aux petites heures du matin !
― Il servira à quoi ce contrepoison ? demanda l'un.
― Pas de questions ! cingla Severus en attrapant un bol d'épines de poisson-diable. Exécution ! Et en silence !
Il compta les épines en vue de les laisser tomber dans la mixture et surveilla du coin de l'œil les jumeaux qui obtempérèrent en échangeant un regard morose.
― On en aura pour combien longtemps ? risqua l'un.
― J'ai dit, pas de questions ! rappela sèchement Severus.
― C'est parce qu'on avait organisé une soirée avec Lee ce soir et...
Mais il s'interrompit sous l'œil menaçant de Severus qui leur fit mine d'accélérer leur travail sous peine d'une sanction plus terrible.
― Vous sortirez d'ici uniquement quand ce contrepoison sera terminé, dit-il d'une voix basse et froide. Pas avant.
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Dans le bureau du directeur, Filius avait tout raconté, du point A au point B, comment il s'y était pris pour créer son Localisateur d'objets maléfiques. Il y avait mis tellement de précisions dans ses explications que Dumbledore ne put faire autrement que d'ouvrir des yeux impressionnés au-dessus de ses lunettes en demi-lune.
― C'était donc ça, le secret de Filius, dit-il en se caressant la barbe.
Filius affirma d'un sourire, avant de froncer les sourcils d'un air perplexe.
― Que voulez-vous dire ? demanda-t-il.
― Filius m'avait l'air anxieux ce matin, expliqua Dumbledore d'un air songeur. Quand je lui ai annoncé que je souhaitais le voir dans mon bureau, il a cru un moment que j'avais tout deviné. Si je n'avais pas précisé le motif de ma convocation, il m'aurait tout avoué.
― Ah bon ! comprit Filius, content de pouvoir profiter de ce malentendu en bonus pour renforcer la crédibilité de son jeu. Alors, vous voyez !
― Je vois très bien, Mr Flitwick, je vous remercie de vous être confié à moi.
Dumbledore se redressa dans son fauteuil et croisa les doigts sur son bureau, le regardant fixement de ses yeux bleus.
― C'est d'accord. J'accepte de vous remettre cet exposé entre les mains, déclara-t-il d'un ton ferme. Vous ferez en sorte que ce soit un succès, car de grands sorciers sont invités à ce congrès. Je vous fais confiance. Quant à votre cousin, si vous avez la chance de le recroiser, dites-lui que je désire toujours le voir. Je serai à mon bureau jusqu'à demain matin.
― Je n'y manquerai pas, assura Filius, avec une expression de joie extatique. Merci beaucoup, professeur. Je suis très reconnaissant.
Il lui resserra la main par-dessus le bureau en se retenant de l'embrasser aussi, puis il se précipita vers la porte, pressé d'aller hurler librement sa jouissance.
Une fois dans les couloirs, il éclata de rire en marchant d'un pas énergique et prit la direction de la tour d'astronomie. Il voulait annoncer à Aurora sa réussite. Elle serait certainement fière de lui, au point de lui faire l'amour en urgence.
Il imaginait distraitement la perte future de son pucelage, lorsque Aurora fit irruption de derrière une tapisserie, hors d'haleine. Elle n'aurait pas pu tomber mieux.
― Aurora ! s'exclama joyeusement Filius en esquissant le geste de la serrer contre lui.
Mais elle le repoussa à bout de bras et le regarda d'un air effrayé.
― Personne n'a vu Filius ! haleta-t-elle. Il n'est nulle part ! Il n'est pas non plus dans sa chambre !
― Calmez-vous, tempéra Filius avec nonchalance. Il reviendra plus tard, c'est tout. Écoutez plutôt ce que j'ai à vous annoncer...
― Mais où est-il ? continua-t-elle en inspectant les alentours, comme si elle espérait le voir surgir d'un placard à balais. Pourquoi je suis la seule à m'inquiéter ? Ce n'est pas normal qu'il ait soudain disparu !
Agacé, Filius l'attrapa par les épaules et écrasa ses lèvres contre les siennes pour la faire taire. Lorsqu'il s'écarta, cependant, elle demeura affolée, les yeux agrandis.
― Qu'êtes-vous allé dire à Dumbledore, Fallusio ? demanda-t-elle d'une voix tremblante. Dites-moi que vous ne ferez pas l'exposé à sa place.
― Justement ! dit Filius en bombant le torse, content qu'elle s'intéresse enfin à lui. Dumbledore m'a personnellement désigné pour remplacer Filius au congrès.
― Non ! s'étrangla Aurora en se couvrant la bouche d'une main.
― Si ! s'extasia Filius, certain qu'il l'impressionnait. C'est merveilleux, n'est-ce pas ? De grands sorciers vont m'entendre parler ! Je serai la vedette de la soirée !
Aurora recula contre le mur où elle se laissa retomber, comme sonnée. Au même moment, des claquements réguliers au bout du couloir précédèrent le professeur Maugrey qui apparut en claudiquant sur sa jambe de bois.
― Ça va ? lança-t-il de sa voix rocailleuse, son œil magique bleu électrique se posant alternativement sur Filius et Aurora.
― Ça ne peut pas aller mieux ! répondit Filius avec entrain. Dumbledore vient de me désigner pour remplacer le professeur Flitwick au congrès. Le professeur Flitwick ne pourra pas y être.
― Ah bon, dit Maugrey en plissant sa moitié de nez, accentuant ainsi les nombreuses cicatrices qui ravageaient son visage. Et ça, c'est une bonne nouvelle ?
― Absolument pas ! intervint Aurora en se précipitant vers lui. Alastor, vous ne sauriez pas, vous, où est passé Filius ?
Avant que Maugrey ne rouvre sa bouche asymétrique, Filius tira Aurora en arrière et la coinça contre son flanc, la tenant fermement d'un bras.
― Cessez donc de vous en faire, Aurora, gronda-t-il avec ennui. Il a juste eu un empêchement. Il va sûrement revenir vite.
― Mais il va être sous le choc quand il apprendra que...
― Qu'est-ce que vous faites ce soir, professeur Maugrey ? demanda Filius en parlant plus fort qu'elle. Quelque chose de particulier ?
― Oh, vous savez, c'est vendredi, répondit Maugrey qui le regarda de son œil normal, l'autre restant fixé sur Aurora. Je planifiais une petite soirée tranquille avec ma flasque et ma Glace à l'Ennemi.
― Je vous propose mieux. Que dites-vous d'une fête dans mes appartements ? Une soirée bien arrosée en l'honneur de mes succès !
Aurora, sous son bras, émit une exclamation étouffée et Maugrey fronça les sourcils.
― Une fête ? répéta-t-il. Ce soir ?
― Dans mes appartements, précisa Filius, excité d'avoir soudain eu cette idée lumineuse. Je veux dire, dans les appartements du professeur Flitwick. Je suis son cousin, au fait. Fallusio Flitwick. Filius m'héberge depuis le début de son projet. Et il m'a beaucoup parlé de vous, professeur Maugrey. À ce qu'il dit, vous étiez un excellent Auror du temps de vos fonctions.
― Merci, grogna Maugrey qui se gratta le menton. Enchanté de faire votre connaissance. Vous pouvez m'appeler Alastor. Il y aura beaucoup de monde à votre soirée ?
― Oui, beaucoup ! assura Filius sans même avoir réfléchi aux personnes qu'il inviterait. Aurora sera là et... tous les autres...
― Je peux inviter des gens aussi ?
― Vous pouvez inviter tous les gens que vous voulez. Tous seront les bienvenus.
― Parfait ! dit Maugrey en lui tendant une main aussi balafrée que son visage. Je vais être là. Merci de l'invitation.
Filius relâcha les épaules d'Aurora et lui serra la main avec bonheur.
― Tout le plaisir est pour moi ! Je vous attends chez mon cousin à partir de neuf heures.
Maugrey grimaça un sourire et s'éloigna en répandant des claquements autour de lui. Dès qu'il disparut au bout du couloir, Aurora empoigna le bras de Filius et le força à lui faire face.
― Qu'est-ce qui vous prend ? demanda-t-elle avec colère, le teint rouge brique. Une fête ! Pourquoi ? Pour quels succès ?
― Je dois m'occuper tout de suite d'envoyer mes invitations, dit Filius en lissant fébrilement son veston. Je pourrais inviter le professeur McGonagall... le professeur Vector... Vous croyez que le professeur Dumbledore viendrait ?
― Vous ne m'écoutez pas ! s'indigna Aurora.
― En tout cas, c'est sûr que le professeur Rogue ne sera pas intéressé. Il vient rarement faire la fête...
Aurora le secoua avec vigueur et il manqua de perdre l'équilibre.
― Mais arrêtez ! protesta Filius en repoussant ses lunettes qui avaient glissé sur son nez. Vous ne voyez pas que je suis préoccupé par l'organisation de ma soirée ? Je dois veiller à ce que tout soit parfait !
― Vous vous apprêtez à improviser une fête chez Filius ! fit-elle remarquer d'un ton accusateur. Alors qu'il n'est même pas là !
― Il nous rejoindra plus tard, c'est tout, dit Filius en haussant les épaules. Je dois y aller. Je n'ai pas beaucoup de temps avant neuf heures.
― Mais c'est moi ou vous vous en fichez complètement du sort de Filius ? s'emporta-t-elle en le faisant tressaillir. Il est introuvable ! Vous en profitez pour lui voler sa place au congrès ! Et maintenant vous organisez une fête dans ses propres appartements ! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez vous ? Filius vous aurait-il fait du mal ?
Aurora commençait à l'agacer prodigieusement. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement être heureuse pour lui ? Il n'en avait rien à faire du minable Filius qu'il était avant. Pour une fois que le succès lui souriait.
― Je dois y aller, répéta fermement Filius, en tirant d'un coup sec sur les pans de son veston. Nous nous reverrons ce soir, Aurora. Du moins, je l'espère bien. Votre présence à mes côtés est très importante pour moi.
Et il s'éloigna en la plantant là sans plus discuter.
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À la lumière orangée des lampadaires, Minerva se promenait dans le village en souriant à chaque passant qu'elle croisait. Elle cherchait à capter l'attention des hommes, mais soit ils étaient déjà accompagnés, soit ils ne lui manifestaient pas d'intérêt. Lorsqu'un ivrogne affalé sur une terrasse lui adressa un clin d'œil en élevant sa bouteille de vin, elle accéléra le pas en détournant les yeux. Il ne correspondait pas à ce qu'elle cherchait.
C'est alors qu'elle se demanda ce qu'elle cherchait exactement. Tout ça n'était pas un peu ridicule ? Elle souhaitait profiter des avantages de sa jeunesse, mais elle se rendit compte qu'elle aurait voulu les partager avec quelqu'un d'important pour elle, une personne pour qui elle aurait un minimum de sentiments.
Elle pensa alors à Severus Rogue, à sa façon de se mouvoir dans sa cape, sa prestance naturelle, son regard ténébreux et son intelligence lucide. C'était lui qu'elle voulait. Mais hélas, elle avait à peu près autant de chance de le séduire qu'un citron d'avoir un excès d'âme.
Soupirant, elle poussa la porte des Trois Balais et entra dans l'endroit enfumé en vue de se raviver avec quelque chose de fort.
Tandis qu'elle s'avançait vers le bar en retirant sa cape, ses boucles noires retombant le long de son décolleté provocant, quelques têtes se retournèrent sur son passage. Tout de même flattée qu'on la lorgne pour une fois dans sa vie, elle accrocha sa cape sur une patère proche et s'installa sur un tabouret en exposant bien à la vue ses longues jambes. Un instant plus tard, un vieillard au visage étriqué et aux oreilles décollées s'avança derrière le bar.
― Je vous sers quelque chose à boire, mademoiselle ? demanda-t-il d'une voix chevrotante, avec un sourire qui lui dévoila des gencives édentées.
Minerva le regarda d'un air surpris.
― Madame Rosmerta n'est pas là ce soir ? interrogea-t-elle.
― Elle vient de filer, expliqua-t-il. Elle a reçu une invitation de dernière minute pour une soirée quelconque. Je n'en sais pas plus.
Minerva hocha la tête et pensa que Rosmerta était plutôt chanceuse de pouvoir jouir d'une soirée. Peut-être y avait-il des gens intéressants ?
Comme si elle espérait que quelqu'un lui offre également une invitation, elle jeta des coups d'œil aux tables derrière elle, mais aucun client ne semblait disposé à lui offrir quoi que ce soit, à part quelques regards curieux.
― Désirez-vous lire la carte ? proposa le vieux barman d'un air aimable.
― Non merci, répondit Minerva qui, depuis le temps qu'elle côtoyait ce pub, connaissait le menu par cœur. Je vais simplement prendre un whisky Pur Feu.
Tandis qu'elle plongeait la main dans la poche de sa robe pour en retirer sa bourse, le barman la dévisagea en creusant les rides de son front.
― Quoi ? demanda Minerva.
― Je crains de ne pas pouvoir vous vendre cette boisson, mademoiselle, dit-il d'un air navré. Il faut être majeure.
Minerva s'immobilisa, la main encore dans la poche. Était-il sérieux ?
― Je n'ai pas l'air majeure ? demanda-t-elle à mi-voix.
Le barman lui lança un regard réprobateur, qui semblait lui signifier que son accoutrement était loin de le duper. Agacée, Minerva pinça les lèvres et posa sa bourse sur le comptoir.
― Je vous jure que je suis majeure, s'obstina-t-elle.
― Eh bien, ça ne paraît pas, dit patiemment le barman. Par précaution, je dois refuser de vous fournir de l'alcool.
― Mais...
― C'est mon dernier mot. Pourquoi ne pas commander une bonne Bièraubeurre ? Les jeunes gens comme vous en raffolent toujours.
Minerva se retint d'aller l'empoigner par le collet et le secouer jusqu'à ce qu'il consente à lui fournir ce qu'elle voulait. Au lieu, elle resta sagement assise et lui adressa un sourire de convenance.
― D'accord, dit-elle. Donnez-moi un jus d'œillet.
Le vieux barman s'éloigna pour aller lui remplir un verre et revint le déposer devant elle en se saisissant des quelques Mornilles qu'elle lui jeta. Minerva but plusieurs gorgées en le dardant de regards contrariés, puis elle pivota sur son tabouret et observa les tables où les clients conversaient tranquillement.
Que pouvait-elle faire maintenant ? Si, malgré ses efforts de paraître plus attrayante, elle ressemblait à une gamine encore mineure, ses chances de se trouver un amant pour la soirée s'amenuisaient considérablement. Elle n'allait quand même pas approcher un pédophile. Ou pire encore, un enfant du même âge que son physique.
Tandis qu'elle sirotait son verre, elle espéra un instant apercevoir Rogue parmi les gens de l'auberge. Mais il n'était pas là. Elle se demanda alors s'il sortait de temps à autre pour s'accorder des pauses. Sans doute. Mais peut-être pas dans cet endroit assez fréquenté. Rogue était un solitaire. Peut-être même qu'il préférait rester dans ses appartements privés sans sortir du tout. Était-il dans son salon, en cet instant, en train de boire un vin de sureau, confortablement installé devant sa cheminée ?
Pendant un moment, tandis qu'une agréable sensation de chaleur se réveillait dans son ventre, elle eut envie d'aller lui rendre visite. Puis elle se souvint que les jumeaux Weasley étaient en retenue avec lui ce soir, comme ce serait le cas tous les soirs, jusqu'à la fin de l'année.
Frustrée, Minerva changea de position sur son tabouret, croisant les jambes, et avala une nouvelle gorgée de jus d'œillet. Finalement, sa soirée de plaisir s'annonçait à être pitoyable.
À ce moment-là, la porte grinça et un homme pénétra dans l'auberge. Il avait une allure de voyou, une tignasse en bataille et un visage aux traits durs. Il balaya l'endroit du regard, comme en quête de divertissement, puis ses yeux s'arrêtèrent sur Minerva, sur sa poitrine exposée dans son décolleté et sur ses longues jambes découvertes. Ses lèvres s'étirèrent alors en un sourire lascif, presque pervers.
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La suite, la semaine prochaine.
