13.
- Je sais que je suis sur ton territoire, Aldéran, fils de Saharya la Magicienne, mais cet atout sera insuffisant pour que tu l'emportes. Tu as vraiment trouvé comment briser mon bec ?
- L'Arbre me l'a dit, de façon limpide : j'avais la réponse sous mon nez. Mais, et comme tu l'avançais, ma logique d'humain mortel ne pouvait l'analyser et tirer les conclusions qui s'imposaient !
Ricanant un peu moins, Aldéran évita presque en simultané un dard d'énergie projeté par une ventouse et plusieurs tonnes d'un tentacule qui avait visé son échine dorsale ailée !
Non sans soulagement, il aperçut au loin la silhouette gigantesque de l'Arbre de Vie, lumineuse, vibrante, irradiante de puissance protectrice. Et il vola de toute sa vitesse, constatant que tout feuillage avait disparu, pour se poser à sa cime, entre les plus grosses branches maîtresses, guettant l'ennemi qui lui collait aux basques.
- J'espère que j'ai tiré les bonnes conclusions, Aëlyssandromalkorcham ? glissa le grand rouquin balafré qui était devenu irradiant d'énergie en communion absolue avec le cœur de son Sanctuaire.
- Pourquoi ?
- Parce que je n'aurai pas droit à une seconde chance de frappe mortellement immortelle ! C'est lui qui aura droit à son tour d'attaque, et je ne pourrai plus m'enfuir, je suis totalement à bout de forces !
- Tu as bien compris, j'ai juste besoin d'un bon angle.
- Est-ce que je dois encore m'envoler, pour te donner cette opportunité ? s'enquit Aldéran.
- Tu n'as plus l'énergie pour voler… Et Tilkon est trop massif donc pas assez rapide en dépit de son courage et de son dévouement absolu, que pour leurrer Grunda… Aldie, toi et moi nous sommes accordés, mentalement, psychiquement, même psychiquement parlant, unis, pour cette seule riposte. Mes branches vont te protéger, tu es au cœur de mon cœur et même si je me consume, tu seras sauf car mes branches les plus solides te protégeront.
- Je n'ai pas trop l'habitude de m'abriter… Mais, je sais que tu es, une fois encore, la réponse à mon « petit problème » actuel. En garde, Aëlyssandromalkorcham !
- Je l'étais déjà ! hurla l'Arbre de Vie.
Fonçant à pleine vitesse, sachant effectivement son minuscule adversaire sans véritable riposte possible vu ses forces, Grunda ralentit cependant légèrement en vue de l'Arbre de Vie, tous tentacules devant.
- Non, trop tard ! exulta Aldéran. A toi, Aëlyssandromalkorcham !
Une des grandes branches se raidit, se déploya telle la lance d'un chevalier de tournoi des temps oubliés, et transperça le bec de Grunda.
- Crève immonde saloperie qui menace mon monde ! hurla Aldéran alors que le poulpe se désagrégeait de lui-même, atteint de l'intérieur, se dispersant en morceaux gluants et se vaporisant tout aussitôt dans l'atmosphère, disparaissant, vaincu !
Aldéran se laissa tomber entre les racines, en un saut souple.
- Que disais-tu de tes réincarnations, Grunda ? jeta-t-il, toujours en position de combat, ignorant ce qui l'attendait, mais prêt. Là, avec l'ami surnaturel le plus fidèle qui soit, je t'ai défait ! Qu'espères-tu donc pouvoir encore faire, en Mal ?
Grunda rit alors, de façon presque inextinguible, malmenant le cerveau auquel il s'adressait de façon télépathique, mais tellement content, victorieux en dépit de ce qui venait de se passer !
- Aldéran, j'ai réussi à bien faire du mal à ton monde, à ta société, à ton ordre, à ta petite vie bien mal rangée, en étant seulement Lhachar Sussguend. Imagine seulement ce que je vais pouvoir faire en intégrant le corps d'un être légendaire, aux armes tout aussi inégalées, et que tu ne pourras jamais avoir le courage d'affronter ?
Aldéran soupira, fatigué, et pas uniquement du court affrontement, de tout, de sa vie mortelle justement, d'une lutte sans fin, sans espoir aussi quelque part.
- D'accord, puisque c'est ton intention pour te réincarner et poursuivre ton œuvre de Mal absolu, vas-y, prends possession de moi. Je ne suis pas en état de te résister… Tu peux en profiter !
Les particules de Grunda ricanèrent, presque à l'infini sembla-t-il aux oreilles en sang d'Aldéran.
- Mais, tu vas arrêter de te prendre pour le centre de l'univers naturel et surnaturel, microscopique rouquin de mes deux, enfin de tous mes tentacules ! ? J'ai une autre victime en tête, depuis longtemps, la meilleure qui soit et là tu seras totalement impuissant !
- Pauvre débile de Grunda, grogna Aldéran. Je ne baisserai ma garde et donc aucune de mes armes devant personne ! Essaye tes tours de passe-passe, mais je ne tomberai pas dedans ! J'éradiquerai de mon monde mortel tout qui le menacera. Et maintenant, Aëlyssandromalkorcham de ton énergie, explose-le à jamais !
- Avec plaisir !
Et Grunda disparut en milliards de particules. Aldéran sourit, rasséréné.
- Maintenant, je peux rentrer chez moi, pour la paix !
