Le lendemain matin, Sara était seule à l'appartement quand quelqu'un frappa à la porte. Elle resta perplexe un court instant, se demandant qui pouvait être ce visiteur qui n'avait pas eu besoin de sonner à l'interphone.

Elle alla ouvrir et découvrit LJ derrière la porte.

- Salut ! lança-t-il avec un grand sourire. Je suis entré en même temps que quelqu'un en bas, alors j'ai pas sonné, expliqua-t-il. Je peux entrer ?

- Euh… oui, répondit Sara.

Elle s'écarta légèrement pour le laisser passer.

- Michael n'est pas là ce matin, indiqua-t-elle ensuite en refermant la porte derrière lui.

- Ouais, c'est pas grave, c'est toi que je viens voir. Est-ce que t'aurais un petit peu de temps à m'accorder ?

- Ben… ça dépend pour quoi. Je dois bientôt partir au boulot.

- Ça va pas être long, lui assura LJ.

Il posa son sac de cours sur la table de la salle et l'éventra pour en sortir un épais dossier.

- Voilà, je t'explique, commença-t-il. Pour le cours de sciences nat', on a tous eu trois mois pour monter un exposé sur un sujet d'étude relatif au corps humain. Avec Zack, on doit rendre le nôtre vendredi, il est bouclé, tout est là.

Il tapota une main sur le dossier qu'il tenait contre lui.

- Et on faisait une dernière relecture hier quand j'ai eu une idée. Comme je sais que t'es médecin, je me suis dit que toi, niveau corps humain, tu devais être calée. Alors je voudrais savoir si ça t'embêterait pas de jeter un coup d'œil à ce qu'on a fait parce que… euh… on est pas tombés sur un sujet très simple à traiter et je voudrais être sûr qu'on a pas écrit de grosses conneries avant de le rendre au prof.

- Oui, d'accord, si tu veux, accepta Sara. Je vais regarder ce que vous avez fait.

Elle tendit son bras vers LJ pour qu'il lui remette le dossier mais il ne le fit pas tout de suite.

- Avant de te le donner, je tiens à préciser qu'on devait tirer les sujets au sort. Et moi j'ai jamais eu de chance dans les trucs de hasard comme ça, se désola-t-il en donnant enfin le dossier à Sara.

Elle sourit en découvrant le sujet traité.

- « L'appareil reproducteur féminin », s'amusa-t-elle.

- Rigole pas ! lui somma LJ. C'était très pénible. Et comme on a dû consulter tous les ouvrages qui existent sur le sujet, maintenant je crois que la bibliothécaire du lycée nous prend pour des obsédés Zack et moi !

Sara rigola.

- Est-ce qu'au moins ça vous a intéressés de travailler là-dessus ? demanda-t-elle. Vous avez compris comment ça fonctionne maintenant ?

- Personnellement, ce que j'ai surtout compris, c'est que je serai jamais gynéco ! déclara LJ avec détermination. Non mais sérieusement, c'est intéressant comme sujet mais c'est hyper compliqué. C'est pour ça que même si je sais qu'on a bossé sérieusement avec Zack, je serais plus tranquille si tu pouvais vérifier qu'on a pas fait de grosses erreurs.

Sara déposa le dossier sur la table et l'ouvrit pour prendre une première estimation de son contenu.

- Vous avez été plutôt productifs en tous cas, constata-t-elle face au nombre important de pages qu'elle découvrit.

- Ouais. C'est un travail important, la note comptera pour beaucoup dans la moyenne de ce trimestre.

Alors que Sara parcourait des yeux les différents documents qui constituaient l'exposé, LJ s'approcha de la table et s'appuya, bras tendus, sur le dossier d'une des chaises.

- Dis Sara, t'es célibataire toi ? demanda-t-il soudainement.

Sara tourna la tête vers lui et le regarda avec perplexité, surprise de la question.

- Euh… oui, mentit-elle rapidement afin qu'il ne soupçonne pas le contraire.

- Je connais quelqu'un qui serait parfait pour toi, reprit alors LJ. Mon prof de maths, indiqua-t-il. Il doit avoir à peu près ton âge, il est intelligent, cultivé, super cool et plutôt beau gosse. Du moins toutes les filles de ma classe en sont folles, elles disent qu'il ressemble à Brad Pitt. Et je suis sûr que tu serais son genre de femmes. Je pense que ça pourrait coller entre vous si vous vous rencontriez.

- Euh… c'est gentil de te soucier de ma vie amoureuse, et de la sienne, s'hébéta Sara, mais… euh… je suis pas sûre d'être très intéressée.

- Tu peux pas savoir si t'es intéressée ou pas avant de l'avoir vu ! Il est vraiment très cool, je m'entends bien avec lui, il est pas comme les autres profs. On discute un peu parfois pendant les heures de soutien et je sais qu'il est célibataire. Je sais aussi qu'il est musicien amateur et qu'il va chez Donnell's tous les vendredis soir pour jouer avec son groupe devant les clients. Tu devrais aller y faire un petit tour vendredi prochain au moins pour voir de quoi il a l'air et moi je le préviendrai que tu passeras pour qu'il te repère.

- Euh… non, je… T'es en train de me monter un rencard avec ton prof, là, ou je rêve ?! réalisa subitement Sara.

- Bah en quelques sortes, admit LJ dans un haussement d'épaules. Je suis persuadé que ça pourrait marcher entre vous.

- Non, je… je peux pas, je bosse vendredi soir de toute façon, mentit Sara.

- Et ben vas-y le vendredi d'après ! insista-t-il.

Sara poussa un soupir et se gratta nerveusement le front ; elle commença à redouter de ne pas pouvoir s'en sortir.

- Écoute, je suis sûre que ton prof est un homme formidable mais…

- Quoi ? T'es lesbienne, c'est ça ? la coupa LJ.

- Non ! Non, je suis pas… Oh bon sang, soupira une nouvelle fois Sara. C'est juste que… je… je suis pas disposée à m'engager dans une relation pour l'instant, voilà. J'ai pas de temps à consacrer à quelqu'un. Est-ce que… est-ce qu'on peut arrêter cette conversation ici ? S'il te plait ? demanda-t-elle.

Et c'était d'ailleurs plus une supplication désespérée qu'une simple requête.

- Bon, se résigna LJ. Mais si tu changes d'avis, tu sais où le trouver.

- Oui. Donc… euh… est-ce que tu peux me laisser ton exposé jusqu'à demain ? reprit Sara en reportant son regard sur le dossier ouvert sur la table. Je le lirai ce soir en rentrant parce que je vais devoir partir pour l'hôpital là, indiqua-t-elle en jetant un coup d'œil à sa montre.

- Ouais, d'accord, pas de problème. Je passerai le récupérer demain matin à la même heure.

- Oui, parfait, approuva Sara.

Au même moment, Michael passa la porte de l'appartement.

- Hey ! Oncle Mike ! s'exclama aussitôt LJ.

- Salut Junior ! répliqua Michael.

Il s'approcha de la table et lança un petit regard frustré à Sara. Elle était en effet là, à un mètre à peine de lui, mais il lui était impossible de ne serait-ce que la toucher.

- T'es pas en cours ce matin ? reprit-il à l'attention de son neveu.

- J'ai deux heures de trou, expliqua LJ. Et là je venais voir Sara pour qu'elle vérifie mon exposé de sciences avant que je le rende. Et toi t'es pas au boulot ?

- Si. J'étais en rendez-vous à l'extérieur ce matin. Je retourne au bureau qu'en début d'après-midi maintenant.

- Je peux rester un peu ici alors ? demanda LJ. Je dois pas repartir pour le lycée avant une bonne demi-heure encore.

- Oui, bien sûr.

- Bon, et bien je vous laisse entre hommes, il faut que j'y aille moi, déclara Sara en se dirigeant vers l'entrée.

Elle enfila son manteau, son écharpe, puis attrapa son sac avant d'amorcer un pas pour revenir vers Michael, pas qu'elle dut cependant vite avorter. Non, il ne lui était pas permis d'aller l'embrasser avant de partir. Elle se fendit alors d'un sourire crispé et reporta son regard sur LJ.

- À demain alors, lui lança-t-elle.

- Ouais, à demain, répondit-il. Et merci de ton aide, ajouta-t-il avant qu'elle ne disparaisse derrière la porte. Alors ? Quoi de neuf ? demanda-t-il ensuite à son oncle qui eut bien du mal à lâcher la porte des yeux.

- Euh… rien, soupira Michael.

Et il partit déposer son attaché-case dans son bureau.

- Rien ? T'es sûr ? insista LJ lorsqu'il fut de retour au salon.

- Oui. Pourquoi ?

- Ben… t'es pas venu au match de basket lundi - et je t'en remercie d'ailleurs, ça m'a permis de prendre ta place ! - mais Sucre a dit que t'avais mieux à faire et qu'il était certain que c'était avec une fille…

- Faut pas écouter tout ce que dit Sucre, tu sais.

- Ouais, ouais, c'est sûr, marmonna LJ.

Michael récupéra le courrier posé sur le bar de la cuisine et revint s'installer autour de la table pour commencer à l'ouvrir.

- Et toi, quoi de neuf ? demanda-t-il à LJ tandis qu'il déchirait une première enveloppe.

- Oh, pas grand-chose non plus. Si ce n'est que je viens de jouer les entremetteurs ! se vanta l'adolescent.

- Comment ça ? interrogea Michael, occupé à parcourir des yeux la lettre qu'il avait dans les mains.

- Ben… je viens d'arranger un rencard entre Sara et mon prof de maths, expliqua-t-il en obtenant exactement la réaction qu'il attendait.

Michael venait en effet de relever brusquement la tête de son courrier pour le regarder.

- Ça me fait mal de voir une jolie fille comme elle rester célibataire, poursuivit LJ. Alors je lui ai parlé de mon prof qui est un type trop cool, sosie de Brad Pitt en plus, et elle va aller le voir dans le club où il joue avec son groupe vendredi soir.

Michael fixa son neveu une petite seconde en silence et la situation lui parut tout à fait claire. Il reporta son attention sur son courrier et hocha la tête.

- Ouais, c'est bien, approuva-t-il. Je pense que c'est une bonne idée que Sara sorte un peu pour rencontrer des gens. Elle travaille beaucoup et je pense qu'elle prend pas assez de temps pour elle.

LJ afficha une mine dépitée. Visiblement ils étaient coriaces et il n'arriverait pas facilement à leur faire cracher le morceau, ni à l'un, ni à l'autre. Et à cours d'idées pour amener son oncle à se trahir, il dut se résigner à… remettre ça à plus tard.

oOo

Le soir même, Michael se précipita vers Sara à peine venait-elle de passer la porte de l'appartement.

- LJ est au courant pour nous deux ! lança-t-il sans préambule.

- Quoi ? s'étonna Sara en même temps qu'elle se débarrassait de son manteau.

- Il t'a parlé de son prof de maths ce matin, il t'a proposé de le rencontrer ?

- Oui, confirma-t-elle. C'était très gênant d'ailleurs, marmonna-t-elle avec une petite grimace.

- Il m'a dit que t'avais accepté.

- Oh… En effet, il est au courant.

- Parce que t'as pas accepté, déclara Michael.

Il n'avait pas pu s'empêcher de mettre une petite pointe d'interrogation anxieuse dans sa phrase.

- Évidemment que non ! Qu'est-ce que tu voudrais que j'aille faire avec un type qui ressemble à Brad Pitt. Johnny Depp je dis pas, mais Brad Pitt ! réprouva Sara en secouant la tête avec une moue rebutée.

- Mmm… Johnny Depp hein ? répéta Michael. Alors c'est lui mon nouvel ennemi mortel !

- Oui. Mais enfin rassure-toi, y a peu de chance que ma route croise la sienne.

- Ah parce que si c'était le cas, j'aurais réellement du souci à me faire ? s'inquiéta Michael.

Sara rigola puis elle vint nouer ses bras autour de son cou.

- Je vais te laisser penser que oui, murmura-t-elle. Je voudrais pas que tu me croies définitivement acquise.

Mais au risque de discréditer ce qu'elle venait de dire, et comme pour le rassurer malgré tout d'une chose dont il n'avait pas à s'inquiéter, elle donna à Michael un baiser aux allures de dévotion.

- Bon, pour en revenir à LJ, il est évident que ce petit morveux se fout de nous, reprit-elle. Et s'il veut jouer à ce petit jeu, il a frappé à la bonne porte, déclara-t-elle, paupières sournoisement plissées, en hochant lentement la tête.

- À quoi tu penses ? interrogea Michael.

Sara esquissa un sourire machiavélique et entreprit de lui expliquer l'idée qu'elle venait d'avoir pour prendre LJ à son propre piège et ainsi obtenir vengeance.

- Ok, approuva-t-il après l'avoir attentivement écoutée. J'espère seulement que ça va marcher, je suis pas sûr d'être très doué pour jouer la comédie.

- Et bien fais en sorte de l'être, rétorqua Sara. Sinon ça me donnera au moins une bonne raison de te préférer Johnny Depp ! le menaça-t-elle.

Puis elle s'engouffra dans le couloir en direction de la salle de bain mais non sans l'avoir d'abord gratifié d'un petit sourire effronté, celui-là même qui avait le don de le rendre prodigieusement fou d'elle.

oOo

Le lendemain matin, LJ était ponctuel au rendez-vous qu'il avait donné.

- Salut Junior, lui lança Michael en le laissant entrer dans l'appartement. Tu viens récupérer ton exposé, c'est ça ?

- Ouais, répondit l'adolescent.

Michael se dirigea vers la table basse du salon sur laquelle se trouvait le dossier.

- Elle est pas là Sara ? demanda LJ en scrutant l'appartement à sa recherche.

- Non, elle est partie.

- Bon… J'aurais bien aimé savoir ce qu'elle pensait de l'exposé. Tu sais à quelle heure elle va rentrer, pour que je l'appelle ?

- Non… euh… elle est pas partie au boulot. Elle est partie… tout court, précisa Michael en attrapant le dossier sur la table. Elle n'habite plus ici.

LJ resta abasourdi.

- Quoi ? Mais elle vivait encore ici hier ! lâcha-t-il, atterré. Pourquoi elle est partie ?

- Peu importe, répondit Michael en revenant vers LJ avec le dossier qu'il lui tendit. Tiens, voilà ton exposé. Par contre elle a pas vraiment eu le temps de le regarder du coup.

- Du coup ? Du coup de quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? commença à s'inquiéter LJ.

- Laisse tomber, ça te concerne pas.

Michael repartit à la cuisine avant de se retourner subitement vers son neveu.

- Ou si en fait ! reprit-il. Ça te concerne un peu parce que si tu lui avais pas parlé de ton prof de maths, rien de tout ça ne serait arrivé. Mais c'est pas un reproche, t'inquiète pas. Tu m'as permis d'ouvrir les yeux avant qu'il soit trop tard et je t'en remercie.

- Euh… je suis pas sûr de comprendre, là, oncle Mike, s'hébéta LJ.

- Je vais pas te mentir LJ. Je m'entendais bien avec Sara, très bien, trop bien peut-être, expliqua Michael. Je m'étais fait des idées, elle me plaisait et je pensais que… que je lui plaisais aussi mais de toute évidence c'était pas le cas puisqu'elle veut voir d'autres types, comme ton prof.

- Attends, elle t'a dit qu'elle avait accepté de rencontrer mon prof ? s'indigna LJ en écarquillant les yeux de surprise.

- Non, ça c'est toi qui me l'a dit. Elle, elle m'a juré le contraire mais faut pas me prendre pour un con. Qui elle pense que je vais croire ? Elle ? Que je connais depuis à peine un mois ? Ou mon neveu ! Alors on s'est engueulés, elle est partie et je pense que c'est mieux comme ça. Ça n'aurait plus été vivable maintenant, déclara Michael en constatant avec un petit sourire intérieur la mine déconfite qu'affichait à présent son neveu.

LJ se gratta nerveusement un sourcil. Il se sentait mal. Très mal. Il avait juste voulu amener Michael et Sara à avouer leur relation mais de toute évidence, il les avait plutôt amenés à la rompre. Et il allait maintenant falloir qu'il prenne ses responsabilités et qu'il répare sa bêtise, au risque de voir Michael lui en vouloir à mort, parce que ce qu'il avait vu mardi soir sur la promenade l'avait surpris mais ne lui en avait pas moins fait plaisir. L'idée que son oncle et Sara se fréquentent n'était pas pour lui déplaire et à ce moment précis, l'idée que tout soit gâché par sa faute lui sembla une culpabilité trop lourde à porter.

- Euh… oncle Mike, commença piteusement LJ.

Il s'approcha du bar de la cuisine derrière lequel Michael se trouvait mais garda les yeux soigneusement baissés.

- Faut que… faut que je te dise un truc… Je… je suis désolé, je t'ai menti… hum… Sara… Sara elle a jamais accepté de rencontrer mon prof.

LJ releva les yeux pour affronter le regard de Michael et la difficulté pour ce dernier fut de réussir à adopter son air le plus choqué et anéanti sans se laisser déconcentrer par Sara qui arrivait silencieusement derrière son neveu.

- Je suis désolé, reprit précipitamment LJ, sincèrement contrarié. Je suis vraiment, vraiment désolé ! Je voulais juste m'amuser un peu avec vous, vous pousser à me dire la vérité parce que je savais que vous sortiez ensemble, je vous ai vus vous embrasser en ville mardi soir et…

- Ahhh ! Alors c'est comme ça que tu l'as appris ! l'interrompit une voix dans son dos.

LJ se retourna brusquement et découvrit Sara derrière lui. Elle avait croisé ses bras pour se donner un air accusateur mais son regard réprobateur laissait malgré tout deviner un amusement certain.

LJ regarda tour à tour Michael et Sara qui lui adressèrent de grands sourires revanchards alors il comprit qu'il venait de se faire avoir comme un bleu et poussa un profond soupir en hochant lentement la tête.

- Je vous déteste, déclara-t-il. C'est immonde ce que vous venez de faire ! Vous vous rendez compte à quel point je me suis senti mal ! geignit-il en portant une main à son petit cœur meurtri et abusé, espérant ainsi faire culpabiliser ses tortionnaires.

- Ça t'apprendra à te foutre de nous ! rétorqua Michael, sans se laisser attendrir et sans l'ombre d'un remord.

Sara le rejoignit à la cuisine et passa un bras autour de sa taille ; il referma le sien sur ses épaules.

- J'ai été comment ? demanda Michael.

- Excellent ! le félicita Sara. Oscarisable, je dirais même !

- Non mais je rêve ! s'indigna LJ en roulant des yeux. Ils sont contents d'eux en plus !

Michael et Sara rigolèrent avant de partager un tendre baiser.

- Argh ! gémit LJ avec dégoût. C'est pas parce que je suis au courant qu'il faut vous sentir obligés de faire ça devant moi !

- C'est ta deuxième punition, lui indiqua Michael.

- Mais… si vous vous êtes pas engueulés, reprit LJ. Et que t'es pas partie, ajouta-t-il à l'attention de Sara, ça veut dire que… t'as eu le temps de lire mon exposé…

Sara éclata de rire et hocha la tête.

- Oui, confirma-t-elle. Et il est très bon. Tu devrais avoir une bonne note, t'inquiète pas.

- C'est cool. Merci.

- Ouais, c'est sûr que tu peux la remercier, renchérit Michael. Mais que ça devienne pas une habitude de donner tes devoirs de sciences à corriger à Sara. Elle a autre chose à faire le soir !

LJ fixa son oncle en grimaçant du sous-entendu qu'il venait de faire.

- Oh mon dieu ! Alors cette fois je vais carrément vomir ! geignit-il.

Michael et Sara échangèrent un regard amusé et LJ posa son sac de cours sur le bar pour l'ouvrir et y ranger son exposé tout en secouant la tête pour espérer chasser de son esprit les images qui avaient pu l'envahir.

- Dis LJ, il existe vraiment ton prof qui ressemble à Brad Pitt ? interrogea Sara.

- Pourquoi ? Ça t'intéresse finalement ? lui demanda LJ dans un sourire narquois.

- Non, c'est juste pour savoir à quel point t'avais assuré tes arrières parce que, si j'avais accepté de le rencontrer…

- Ouais, ouais, il existe, j'aurais pas été coincé. Tout ce que je t'ai dit est vrai. Et avec les potes de ma classe, on parle de lui à toutes les filles qu'on connaît et qui pourraient être susceptibles d'être intéressées parce qu'il en a vraiment marre d'être célibataire. D'ailleurs j'avais déjà parlé de lui à Vee y a quelques temps, pour le jour où elle en aura trop ras-le-bol de papa.

- Et ben t'es pour la paix des ménages toi, ça fait plaisir ! ironisa Michael.

- Non mais attends, je ne fais que diffuser une information, se défendit LJ. Si ça fout la merde dans un couple c'est que la relation n'est pas très solide et qu'y a des déjà des problèmes d'entente et de confiance à la base.

- Mais rassure-nous, tu fais pas ton numéro du « je propose un rencard à la fille et je fais croire à son mec qu'elle a accepté » à tout le monde ? s'inquiéta Michael.

- Non. Celui-là il était juste pour vous, déclara LJ avec un petit sourire affectueux. N'empêche, poursuivit-il en venant appuyer ses bras croisés sur le bar, je suis content pour vous, ça me fait plaisir. Au début ça m'a fait bizarre quand je vous ai vus sur la promenade mardi soir mais après, en y réfléchissant bien, je trouve ça cool que vous sortiez ensemble. Surtout pour Mike, murmura-t-il ensuite à l'attention de Sara.

Et il plaça une main sur le côté de sa bouche pour que son oncle n'entende pas avant de reprendre :

- Ça faisait trop longtemps qu'il était célibataire, ça pouvait plus durer. Pour être honnête, il nous faisait de la peine, on commençait à se demander si…

Michael s'éclaircit bruyamment la gorge pour interrompre son neveu.

- Ça va LJ, c'est bon, on a compris ! lui assura-t-il.

- Bon… Bah faut que j'y aille moi, j'ai cours dans vingt minutes, déclara LJ en repositionnant son sac sur son dos. Je suppose que je dois en parler à personne ?

- Oui, confirma Michael. Si tu te sens capable de tenir ta langue, j'aime autant que tu le fasses pour l'instant.

- Je promets rien mais je ferais de mon mieux, lui promit LJ. Et faudra pas que le secret dure trop longtemps sinon je suis pas à l'abri de finir par lâcher l'info sans le faire exprès, le prévint-il.

- Deux jours, ça te parait faisable ?

- Euh… parce que tu comptes le dire aux autres samedi ? s'étonna LJ. Tu veux le faire pendant la soirée d'anniversaire de Sucre ?

- C'est pas vraiment que je le veuille, c'est plutôt que je vais pas avoir le choix, répondit Michael. Il a appelé hier soir pour dire à Sara que ça lui ferait plaisir qu'elle vienne, expliqua-t-il. Et comme je serai incapable de passer une soirée entière auprès d'elle sans pouvoir la toucher…

Il déposa ses lèvres dans le cou de Sara et LJ détourna le regard.

- Ouais, ouais, j'ai pigé, c'est bon, pas besoin d'un dessin, intervint-il précipitamment. Bon, alors on se revoit samedi. Salut, et encore merci pour l'exposé !

Sara le regarda quitter l'appartement avec tendresse puis elle reporta son attention sur Michael.

- Ça va être l'heure pour moi aussi d'y aller, annonça-t-elle dans un soupir trahissant son peu d'enthousiasme.

- Tu veux que je t'accompagne jusqu'à l'hôpital ? Je dois passer récupérer des documents à la mairie avant d'aller au bureau, c'est sur mon chemin.

- Ben évidemment que je veux ! C'est quoi cette question ! s'indigna Sara.

Michael rigola et lui déposa un léger baiser sur les lèvres.

- Oui, c'était stupide, je reconnais, s'amusa-t-il. Mais ce que je voulais dire c'est que… je pense pas être capable de te laisser devant l'hôpital en simple ami, alors… t'as peut-être pas envie de t'afficher avec moi sous le nez de tes collègues ?

- Ah ça, je te cache pas qu'ils risquent d'être pénibles après, et je vais sûrement avoir le droit à quelques réflexions mais… je m'en fiche. Alors tu vas m'accompagner, et je t'interdis Scofield, tu m'entends bien, je t'interdis de me laisser devant l'hôpital sans me souhaiter une bonne journée avec un baiser digne de ce nom !

Michael hocha la tête en rigolant et, comme un prélude à sa requête, il scella ses lèvres à celles de Sara dans un baiser déjà extrêmement digne de ce nom.

oOo

Devant le Northwestern Memorial, Michael et Sara étaient occupés à partager le baiser promis lorsqu'ils entendirent quelqu'un s'éclaircir la gorge juste à côté d'eux, sûrement histoire de leur signifier sa toute récente présence.

Sara lâcha les lèvres de Michael et tourna la tête vers son amie.

- Bonjour Lizzie, lui sourit-elle.

- Salut, répondit la jeune femme. Tu nous présentes ? demanda-t-elle ensuite en désignant Michael du regard.

- Tu connais déjà Michael, lui rappela Sara.

- Je connais ton colocataire mais je connais pas ton petit ami, déclara Lizzie en reportant son attention sur Michael à qui elle adressa un large sourire.

- T'es bête ! se navra Sara dans un petit rire.

- Et toi t'es inconsciente ! rétorqua son amie. Tu te rends compte que ça va jaser dans les couloirs maintenant !

- Ça m'est égal, répondit Sara en se blottissant contre Michael.

- T'as bien raison, approuva Lizzie. En tous cas vous êtes vachement mignons à voir tous les deux ! se réjouit-elle en contemplant le couple enlacé.

Puis elle plissa les yeux pour affiner son observation et sa mine se fit plus concentrée.

- Les gens qui sont faits pour aller ensemble, je trouve que ça se voit en général. Et chez vous c'est très clair !

- Merci pour l'analyse Lizzie, rigola Sara. Mais je crois qu'on va y aller maintenant, déclara-t-elle ensuite, de crainte que la discussion ne devienne trop embarrassante.

Elle embrassa une dernière fois Michael, lui souhaita une bonne journée, puis elle entraîna Lizzie avec elle vers l'entrée de l'hôpital.

- Je te laisse monter au vestiaire toute seule, lança Lizzie lorsqu'elles pénétrèrent dans le hall. Faut que je passe voir Marty à l'intendance, je te rejoins après.

- Ok, approuva Sara.

Elle partit seule en direction des ascenseurs et Lizzie la regarda s'éloigner du coin de l'œil en se dirigeant doucement vers le bureau où elle était censée se rendre. Mais dès lors que Sara disparut derrière les portes de l'ascenseur, elle fit brusquement demi-tour, se précipita hors de l'hôpital et traversa l'esplanade dallée en courant pour rattraper Michael. Il avait déjà commencé à partir vers la mairie située non loin de là.

- MICHAEL ! l'appela-t-elle en criant pour qu'il l'entende au milieu des bruits de la ville.

Il s'arrêta et elle le rejoignit.

- Y a un problème ? s'inquiéta-t-il lorsqu'elle arriva à sa hauteur.

- Non, non, le rassura Lizzie. Je voulais juste… te dire un truc… sans Sara.

Elle prit deux petites secondes pour reprendre son souffle.

- Tu sais, j'ai l'habitude de voir des mecs s'intéresser à Sara, mais t'es le premier que je vois le faire avec sincérité. Je le vois dans ta façon de la regarder - au fait, tu savais que j'étais capable de lire dans les yeux ?

- Tu veux dire, en plus de détecter les gens qui sont faits pour aller ensemble et de juger de la qualité d'une personne à l'état de sa chambre ? demanda Michael avec un petit sourire.

Lizzie rigola.

- Oui, j'ai beaucoup de talents ! Mais ce que je veux te dire, c'est que jusqu'ici, je voyais très clairement que la plus part des hommes qui approchaient Sara c'était surtout pour… euh… enfin tu vois, je vais pas te faire un dessin. Ou alors y avait aussi ceux qui savaient qui elle était et qui pensaient que ce serait pas mal pour leur carrière ou leurs ambitions de fréquenter la fille du gouverneur. Pitoyable ! Sara mérite ce qu'il y a de mieux et… je pense qu'il n'est pas impossible… que tu sois en effet ce qu'il pouvait lui arriver de mieux. Alors j'ai pas envie de te prévenir que t'auras à faire à moi si tu lui fais du mal parce que j'ai l'intime conviction que ça n'arrivera pas. Mais quand même. Saches que si elle souffre, je souffre. Alors j'en fais vite une affaire personnelle, déclara-t-elle très sérieusement.

- Et bien comme ça on est deux ! répondit Michael avec encore plus de sérieux.

Lizzie étira ses lèvres dans un sourire ravi.

- Excellent ! approuva-t-elle. Je te laisse, bonne journée.

- À toi aussi, lui souhaita Michael avant qu'elle ne pivote sur elle-même pour repartir en direction de l'hôpital.

oOo

- Tiens, on a qu'à se mettre là.

Lizzie posa son plateau repas sur la table libre qu'elle venait de trouver, Sara en fit de même et toutes deux s'installèrent pour commencer à déjeuner.

- Bon alors, maintenant que tu t'affiches publiquement avec Michael, tu veux bien m'en parler un peu plus ? demanda Lizzie avant de mordre dans son sandwich.

- Mais qu'est-ce que tu veux savoir ? soupira Sara avec lassitude.

- Tout ! Je veux tout savoir ! Non mais attends, reprit Lizzie en voyant son amie secouer la tête, si y a des sujets que tu veux pas aborder, je te laisse un droit de veto, d'accord ?

Sara poussa un nouveau soupir, de résignation cette fois.

- Lequel de vous deux a fait le premier pas ? demanda Lizzie.

- C'est lui… Tu vas prendre cet air béat à chaque fois que je vais te répondre ? s'impatienta Sara alors que Lizzie la regardait avec un sourire ému.

- Non, non, excuse-moi, se reprit cette dernière. C'est juste que je m'imaginais l'instant, ça a dû être terrible !

- Non, pitié, Lizzie, surtout tu ne t'imagines rien ! supplia Sara.

- Ok. Mais il devait être tard, il rentrait de New York dimanche soir, c'est ça ? Alors quoi, tu l'avais attendu ? Il est venu te réveiller ?

- Arrête !

- Bon, bon. Est-ce qu'il embrasse bien ?

- Veto !

- Ah, là tu ferais peut-être mieux de répondre sinon je vais être obligée de me l'imaginer, minauda Lizzie pour faire parler son amie.

- Rraaah, tu m'énerves ! grogna Sara. Il embrasse… il embrasse divinement bien, voilà, t'es contente ?

- C'est surtout toi qui dois être contente ! rigola Lizzie. Et au lit ?

- Alors là c'est clair, veto !

- Oh Sara ! S'te plait ! implora Lizzie.

- Non mais pourquoi tu me laisses un droit de veto si je peux pas l'utiliser ?

- Dis-moi juste si c'est mieux qu'avec Jeff ?

Sara émit un petit rire indigné.

- Mais j'ai même pas envie de le comparer à Jeff ! C'est… c'est trop différent et à ce stade c'est même plus comparable.

- À ce point là ! siffla Lizzie en écarquillant les yeux, impressionnée. Jeff avait quand même la réputation d'être un super coup ici.

- Oh oui, il l'a sûrement été et je pense qu'il est encore pour beaucoup d'autres, mais pas pour moi… En tous cas plus maintenant.

- Et bien, et bien !… Je peux te poser une dernière question ?

- Au point où on en est, soupira Sara

- Je veux savoir… je doute pas vraiment de la réponse mais je veux savoir… si t'es amoureuse ?

Sara fixa Lizzie en silence quelques secondes. Il était évident qu'elle connaissait parfaitement la réponse à cette question. Et le ton que venait d'employer son amie s'étant fait plus grave, Sara comprit également que la discussion allait devenir plus sérieuse.

Mais si elle était sûre que Lizzie n'avait pas posé cette question innocemment, en revanche elle ne vit pas bien où elle voulait en venir. Parce que si le but était de lui faire prendre conscience de ses sentiments, c'était déjà fait depuis longtemps.

- Oui, souffla Sara. Oui, je suis amoureuse.

- Comment tu le sais ?

Sara resta perplexe.

- Attends Lizzie, j'ai pas très envie de me faire psychanalyser là !

- Non, non. Je te demande ça en amie. Réponds s'il te plait, explique-moi comment tu fais pour savoir que t'es amoureuse de lui.

- Mais… j'en sais rien, je peux pas l'expliquer, je…

Prise de cours, Sara poussa un soupir. Elle avait la désagréable impression d'être sur le point de passer un oral de philosophie sur un sujet qu'elle n'avait pas eu le temps d'étudier. Mais même si rien ne l'obligeait à répondre, Sara vit dans le regard de Lizzie qu'il était important pour elle qu'elle le fasse.

- Peut-être… peut-être que c'est justement parce que j'arrive pas à l'expliquer que je le sais finalement, reprit-elle. C'est comme une évidence alors c'est difficile de mettre des mots dessus mais c'est juste… je sais pas, je me sens bien avec lui et je crois que c'est pas plus compliqué que ça mais que c'est déjà énorme. Parce que je me sens si bien quand je suis près de lui que j'ai l'impression qu'il pourra plus rien m'arriver, tu vois. C'est très agréable et très rassurant comme sensation. Et puis y a autre chose je crois…

Sara s'interrompit un instant pour mettre ses idées au clair.

- Dans sa façon d'être avec moi, Michael arrive à mettre en évidence tout ce qu'il y a de meilleur en moi et surtout il arrive à m'en faire prendre conscience. Alors j'ai l'impression d'être exceptionnelle mais ce qui est vraiment important là-dedans c'est que… je me rends compte que… c'est pour lui que je veux l'être si je dois l'être pour quelqu'un. Ce que je veux dire c'est qu'y a plus que son regard qui importe pour moi maintenant. Et je me fiche de décevoir la terre entière si lui est fier de moi. Voilà, c'est comme ça que je ressens les choses. Un jeudi midi, devant mon plateau repas, dans la cafétéria d'un hôpital, ajouta plus légèrement Sara pour faire comprendre à Lizzie que l'exercice n'avait pas été évident.

- Oui, lui concéda-t-elle. Je te remercie de m'avoir répondu. Tu sais, je voulais que tu partages ça avec moi parce que je voulais avoir la confirmation que je n'avais jamais été amoureuse, avoua-t-elle. Et avec ce que tu viens de me dire, c'est très clair. Plus la peine de se voiler la face. Des mecs j'en ai connus pleins, je m'amuse toujours bien avec eux, j'aime passer du temps avec eux mais ça s'arrête là… J'ai jamais rien ressenti de ce que t'as dit. Je crois que toutes mes relations sont très superficielles, la preuve c'est que je suis jamais très anéantie par mes ruptures. Et peut-être que jusqu'ici c'était le genre de choses qui me convenait mais… je me rends compte que j'arrive bientôt à 30 ans et que je vais pas pouvoir rester indéfiniment entre deux flirts.

Lizzie releva les yeux pour regarder Sara.

- Et ça me fait peur, lui confia-t-elle. J'ai peur de pas réussir à trouver l'homme pour lequel j'aurais envie d'être exceptionnelle parce que, soyons réalistes, c'est très rare ce genre de rencontres.

Un silence s'installa. Un silence si puissant qu'il leur masqua le bruit des conversations de leurs collègues attablés aux alentours.

- Lizzie je… je sais pas quoi te dire, s'hébéta Sara.

- Bah y a rien à dire je crois, tu vas pas me promettre que je vais finir par rencontrer l'homme de ma vie, personne peut me promettre ça.

- C'est vrai que je peux pas te le promettre mais par contre je peux te dire que tu le mérites trop pour que ça t'arrive pas !

- T'es gentille, apprécia Lizzie dans un sourire triste.

- Est-ce que… t'aurais oublié de me dire quelque chose à propos de Greg ?

- Qu'on a rompu hier, je te l'ai pas dit ? demanda Lizzie d'un air innocent.

- Je suis désolée, se navra sincèrement Sara.

- Faut pas. J'avais pas fondé de grands espoirs dans cette relation, tu sais.

À ce moment précis, Sara eut une illumination. Oh bien sûr il y avait peu de chance que ça marche mais qui ne tente rien n'a rien. Et puis au pire, elles passeraient au moins une bonne soirée.

- Dis, est-ce que tu veux qu'on sorte ensemble demain soir, histoire de se changer les idées ? proposa-t-elle.

- Une sortie ? Tu sais que je suis toujours partante, surtout avec toi. En plus ça fait longtemps ! Où ça ? Au Sound-Bar ?

- Non, je pensais plutôt qu'on pourrait aller chez Donnell's pour changer. Y a des groupes amateurs qui viennent jouer le vendredi soir, parait que l'ambiance est très bonne.

- Ok ça marche, approuva Lizzie. Oh non, pas eux ! soupira-t-elle ensuite en voyant les deux personnes qui arrivaient derrière Sara.

- Alors Tancredi ! s'exclama Todd dans un gloussement.

Il se pencha près de son oreille en faisant claquer ses lèvres pour imiter de petits bruits de bisous avant de s'asseoir autour de la table avec Billy qui ricanait.

- Ça colle avec ton coloc' on dirait !

Sara et Lizzie échangèrent un regard des plus consternés mais ça n'empêcha pas Billy d'en rajouter une couche :

- Vous partagez plus seulement l'appart' maintenant, aussi la chambre, non ? Du coup ça en libère une, vous pourriez peut-être accueillir quelqu'un d'autre…

- Moi je prends ! Moi je prends ! s'écria aussitôt Lizzie.

Elle avait levé bien haut son bras en se dandinant sur sa chaise et Sara rigola.

- Ah c'est sûr que ça te changerait de ton cagibi ! ricana Todd.

- Non mais je garde ma chambre, indiqua Sara. J'en aurai encore besoin. Pour les soirs où on s'engueulera, argua-t-elle sans grande conviction.

Lizzie laissa retomber son bras sur la table et afficha une petite moue déçue.

- Dès ce soir, je me cherche un appart' avec un coloc' hyper sexy, décréta-t-elle ensuite avec détermination. Michael peut pas être le seul spécimen de Chicago !

- Tu vas manger ton brownie ? demanda Todd en aventurant sa main sur la plateau de Lizzie pour attraper le dessert.

Elle le repoussa sans ménagement.

- Oui, oui ! Si je l'ai pris c'est que je vais le manger ! s'exaspéra-t-elle. Non mais pourquoi j'ai l'impression de revenir au collège à chaque fois que vous êtes dans les parages tous les deux !

Elle reporta ensuite son attention sur Sara pour retrouver la discussion initiale.

- T'es d'accord avec moi, Michael peut pas être le seul mec parfait de la ville ? demanda-t-elle en attendant désespérément que son amie le lui confirme.

- C'est évident ! lui assura Sara en hochant la tête.

- De quoi vous parlez ? questionna soudainement Carrie qu'aucun des quatre médecins assis autour de la table n'avait vue arriver. Attendez, laissez-moi deviner… Du petit spectacle auquel on a eu le droit ce matin. C'était sympa d'en faire profiter tout le monde ! lança-t-elle à Sara. Mais enfin te méprends pas, je suis ravie pour toi ! ajouta-t-elle avec une hypocrisie qu'elle eut bien du mal à dissimuler.

Elle passa son chemin mais une certaine tension persista encore après son départ.

- Elle doit être verte de jalousie, murmura Lizzie. Tu sais ce qu'elle m'avait dit à la soirée d'Henry ?

Sara secoua la tête.

- Que c'est parce que t'avais un problème que t'arrivais pas à sortir avec un mec. Et aujourd'hui, c'est elle qui est célibataire et toi qui es casée, avec un mec beau comme un dieu en plus ! Ça doit la tuer ! Et ça me fait plaisir !

- Et c'est nous qu'elle traite de collégiens ! soupira Todd en échangeant un regard consterné avec Billy qui secouait la tête de désolation.