Bonjouuur ! Voilà le nouveau chapitre... qui est plutôt très long. Mais comme il marque la fin de la première partie de l'histoire, il fallait bien ça. Il s'y passe plein de choses mais ça ne va pas être joyeux.
Je m'excuse d'avance pour la mise en page en pavés comme ça... Je l'ai remarquée après avoir posté le dernier chapitre et je ne me souviens plus comment le site prend les espaces entre les paragraphes... -_- Je chercherai.
Je vous laisse avec le chapitre. Bonne lecture !
Chapitre 11 : La bascule.
Décembre
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Hana se laissa aller contre son casier avec un manque de grâce inhabituel. Elle venait de finir sa garde à l'hôpital et elle était épuisée. Vidée de son énergie comme elle ne l'avait encore jamais été. Au point qu'elle devait lutter pour ne pas s'endormir là, à même le sol, dans le vestiaire du personnel soignant. Le village subissait une vague d'épidémies de maladies hivernales depuis quelques semaines, au point que toute personne ayant des connaissances médicales était réquisitionnée pour des heures de garde à l'hôpital, afin de soulager les médecins débordés. Nombre de missions étaient ainsi annulées à cause du trop grand état de faiblesse d'une bonne partie des shinobis de Konoha. Porter un masque n'était plus une mode réservée à Kakashi. Même au sein de l'ANBU, le rythme des missions avait décru à cause du nombre de malades. Heureusement, entre la situation du village qui s'était améliorée depuis un an et demi, ces épidémies généralisées et l'hiver précoce qui recouvrait de neige les trois quarts des nations du continent, les demandes de mission qu'ils recevaient n'étaient pas d'une urgence vitale.
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Hana aurait pu trouver bizarre cette soudaine envie du gouvernement de prendre soin de ses troupes. Mais même eux devaient se rendre à l'évidence : envoyer des ninjas grippés avec 40°C de fièvre en mission sous la neige, c'était les envoyer à la mort. Et la politique générale depuis plus de deux ans étant de diminuer les pertes inutiles dans tous les corps d'armée de Konoha, il valait mieux laisser les malades se reposer. Elle même ne rêvait que de ça depuis dix jours mais elle n'avait pas cette chance. Elle avait commencé à se sentir très fatiguée pendant une escorte, deux semaines auparavant. Au point qu'une fois n'est pas coutume, elle avait abusé de son pouvoir de capitaine pour s'octroyer des temps de repos plus longs. Ses équipiers n'avaient cependant pas protesté. En rentrant au village, elle avait espéré qu'on ne l'appellerait pas pour une garde mais sa convocation était tombée dès le lendemain. Depuis une dizaine de jours, elle évoluait dans un brouillard permanent à cause de la fatigue puis de la grippe qu'elle avait attrapée. Elle continuait de travailler malgré tout, et masque et gants chirurgicaux étaient ses nouveaux meilleurs amis. Elle se sentait même si faible qu'elle avait recommencé à porter ses propres gants, de peur que la fièvre ne lui fasse perdre le contrôle de son pouvoir héréditaire. Elle avait suffisamment mal à la tête sans avoir besoin de l'aggraver en captant des souvenirs indésirables. Quand, trois jours auparavant, elle avait eu le malheur de croire que sa situation ne pouvait pas empirer, elle avait commencé à souffrir de violentes nausées et même de vomissements. Alléluia, une gastro-entérite en prime. Elle combinait à elle seule deux des trois maladies qui épuisaient le village. Un record. Il ne lui manquait plus que l'angine.
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En intégrant les Gardes Rapprochées, un an et demi plus tôt, Hana était donc devenue capitaine de sa propre équipe. Si elle avait déjà dirigé des shinobis en tant que sous unité quand elle travaillait sous les ordres du Hokage, ce n'était que pour des missions plutôt simples comparées à ce qu'elle avait vécu avec l'unité 16. Mais là, elle avait trois hommes sous ses ordres et les décisions lui revenaient toutes. Les premières semaines l'avaient énormément stressée avant de réaliser que cette pression qu'elle se mettait n'avait pas lieu d'être. Ses équipiers étaient des gens bien. Elle connaissait déjà Seigi qui avait posé sa demande de mutation en même temps qu'elle, sans même se concerter. C'était une bonne surprise car elle appréciait beaucoup le jeune homme. Intelligent, rusé, calme, attentif mais aussi fin diplomate, il était parfaitement à sa place pour les escortes. Il lui servait souvent d'intermédiaire avec les clients quand ceux ci énervaient trop Hana pour qu'elle arrive à leur parler poliment. Shiren était une autre bonne surprise. S'il n'avait que dix-sept ans, son talent de senseur pour ressentir les flux de chakra à très grande distance était d'une aide précieuse. Shiren, avec son air juvénile et sa silhouette dégingandée, ses cheveux auburn trop longs et ses yeux verts trop grands, avait déclenché chez elle une affection aussi immédiate qu'inattendue. Il parlait peu mais sa discrétion et son efficacité faisaient que les clients l'adoraient. Pas comme elle qui avait dû apprendre à ne pas dire tout ce qu'elle pensait à haute voix. Enfin, Inoru, vingt ans, complétait leur unité. Il n'était pas très grand, et sa silhouette gracile combinée à ses longs cheveux noirs lui avaient déjà valu d'être pris pour une fille plus d'une fois. Étonnamment sous son masque d'ours, son visage était très masculin, avec une mâchoire volontaire, un nez droit, des joues un peu creuses et des yeux gris brillants. Vif d'esprit, extrêmement observateur et d'une discrétion digne de Kakashi, il savait s'adapter à toutes les situations et à tous les types de clients.
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Hana n'avait donc pas à se plaindre de cette nouvelle unité. Ses équipiers la respectaient totalement et elle avait réussi à leur faire confiance en un temps record, pas comme avec l'unité de Tora. Ils escortaient des messagers, des spécialistes du décryptage, des diplomates, des prisonniers mais aussi des marchands importants pour l'économie du village : vendeurs d'armes, de médicaments, de plantes rares... Quelques fois, ils avaient escorté des membres du Conseil pour des réunions internationales, et même le Sandaime au cours d'une négociation de paix avec le village de Suna. Leur travail consistait aussi à transporter des informations importantes aux quatre coins du continent, voire même quelques fois, des parchemins de techniques interdites. Ils n'avaient ainsi jamais le temps de s'ennuyer. Le seul bémol de cette nouvelle vie, c'était l'éloignement du village. Ran faisant principalement des missions d'escortes, Hana avait toujours su qu'elles s'étalaient sur des périodes pouvant être très longues. Heureusement pour elle, les missions qu'on leur confiait dans l'ANBU avaient un caractère plus urgent et plus dangereux mais en contrepartie, duraient moins longtemps. Malgré tout, il était déjà arrivé plusieurs fois qu'elle ne rentre au village qu'au bout d'un mois, ce qui, comme elle l'avait craint avant de s'engager, l'empêchait de voir Kakashi autant qu'elle l'aurait voulu. Et elle devait admettre que cela lui pesait de plus en plus.
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Les six premiers mois où elle avait intégré les Gardes Rapprochées, leurs rythmes de missions personnels étaient à ce point élevés et incompatibles qu'ils s'étaient vus une quinzaine de jours à peine. Elle avait compté. Plus le temps passait, plus elle se sentait mal. Complètement en manque, à la fois physiquement, émotionnellement et mentalement. Après plus de huit mois passés quasiment enfermée au village, s'éloigner de chez elle était devenu pénible. En ajoutant qu'elle ne voyait quasiment plus l'homme qu'elle aimait, au bout de six mois, elle était à deux doigts de craquer. Elle se souvenait d'être rentrée un soir de plusieurs semaines de mission, épuisée, et d'avoir littéralement fondu en larmes quand elle avait découvert que Kakashi était chez lui. Pire, elle n'avait su qu'au mois de juin qu'il avait refusé sa deuxième équipe de genins, soit deux mois après ! Ils avaient à peine le temps d'échanger sur leur vie et elle commençait à croire qu'inévitablement, ils finiraient par se séparer faute de pouvoir se voir. Heureusement, la situation du village avait fini par s'équilibrer. Depuis, les missions étaient, à quelques exceptions près, moins dangereuses et moins longues. Cela faisait donc quelques mois qu'ils avaient retrouvé un semblant de relation de couple. Ce n'était pas parfait pour Hana mais au moins, elle ne vivait plus avec la crainte qu'ils ne se séparent. Elle réalisait aussi que le temps où ils partaient quasiment tous les jours en mission ensemble lui manquait. Au moins s'il lui était arrivé quelque chose à cette époque, elle l'aurait su immédiatement, voire aurait pu intervenir pour le sauver. À présent, elle passait son temps à ignorer où se trouvait le jeune homme et comment il allait. La baisse générale du niveau des missions, c'était pour le menu fretin. Pas vraiment pour l'élite du village. Pas pour Kakashi.
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Ce n'était pas ce qu'elle voulait pour sa vie. Ou du moins, ça ne l'était plus. Elle comprenait pourquoi ceux qui restaient longtemps dans l'ANBU étaient si rares. C'était pratiquement impossible de construire quelque chose avec ce mode de vie. Si on cherchait à noyer un problème, sa peine, la perte d'un être cher, c'était une solution qui occupait assez l'esprit pour fuir la réalité. Si c'était pour apprendre, on y trouvait également ce qu'on cherchait. Mais c'était aussi trop destructeur, à la fois physiquement et mentalement, pour y passer sa vie. Hana le comprenait à présent. Et elle aspirait à plus. Elle avait vingt ans. Il était temps d'expérimenter autre chose. Elle souhaitait se poser dans sa relation avec Kakashi. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, ils avaient évoqué l'idée de s'installer ensemble dès qu'elle quitterait l'ANBU, ce qui l'avait à la fois enchantée et terrorisée. Mais le vrai rayon de soleil de sa vie, c'était la dérogation obtenue la veille. Elle n'avait même pas pu l'annoncer à Kakashi, encore en mission. En raison du fait qu'elle aurait vingt-et-un ans le 20 avril, soit à peine quelques jours après la rentrée, elle était autorisée à prendre en charge une équipe de genins cette année. Ou en tout cas d'essayer. Ce serait le troisième essai de Kakashi et elle se demandait si ce serait aussi difficile pour elle de prendre la responsabilité d'une équipe. En attendant, elle avait posé sa démission pour la fin du mois. Sa dernière mission serait pour le lendemain puis elle reprendrait sa place dans l'armée régulière, après un repos bien mérité.
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Encore fallait-il arriver à se lever, songea-t-elle en faisant le tour de la pièce du regard. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était si fatiguée. Elle était malade d'accord, et sûrement qu'elle ne se reposait pas assez pour récupérer, ce qui faisait traîner sa grippe, mais au point de manquer s'endormir debout plusieurs fois par jour, ça devenait inquiétant. Peut-être qu'elle devrait demander des analyses. Vu son état de faiblesse, elle avait pu attraper autre chose en travaillant à l'hôpital... La pièce tanguait un peu devant ses yeux mais elle commençait à avoir froid, assise à même le sol. Lentement, Hana se mit d'abord à quatre pattes, puis prit appui sur le banc devant elle pour se redresser. L'effort lui colla la nausée et elle dut faire une pause où elle pria pour ne pas être prise d'une quinte de toux qui provoqueraient des spasmes malvenus dans son estomac... Elle allait demander de nouveaux médicaments à la pharmacie de l'hôpital en partant. Ça ne pouvait plus durer. Respirant profondément plusieurs fois, elle se mit debout. La salle du personnel dansa à nouveau devant ses yeux, menaçant de la faire vomir. Elle sentait déjà l'acidité de la bile lui brûler le fond de la gorge... Les mains tremblantes, elle ouvrit son casier, lutta plusieurs minutes pour remettre ses vêtements civils sans tomber et faillit s'ouvrir le crâne en se cognant à l'angle du casier. Comme si elle n'avait pas déjà assez mal à la tête! Enfin, elle enfila son manteau et son bonnet mais laissa son écharpe dans son sac : mieux valait éviter de l'exposer en se sentant si près de vomir. Lentement, elle se dirigea vers la sortie. Elle referma la porte derrière elle et s'adossa contre le battant. Elle avait mal partout. Rentrer allait être compliqué. L'épaule contre le mur, elle fit un pas dans le couloir, puis deux. Au troisième, le sol se déroba sous ses pieds, et avant d'avoir compris ce qui lui arrivait, elle s'évanouit.
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Quand elle reprit connaissance, il lui fallut plusieurs minutes pour comprendre où elle se trouvait et pourquoi. La tête lourde, la gorge un peu sèche, elle regarda autour d'elle. Elle était toujours à l'hôpital, mais allongée sur un lit dans une chambre. Elle grimaça en remarquant la perfusion dans son bras gauche. Ses affaires étaient posées sur une chaise. Si ses courbatures n'étaient pas aussi intenses, elle aurait apprécié d'être enfin allongée sous une pile de couvertures. Maintenant qu'elle était réveillée, sa toux se rappelait à son souvenir et une violente quinte la plia en deux, l'obligeant à se relever. La porte s'ouvrit pendant qu'elle essayait de reprendre son souffle.
_ Ah, ça y est, tu es revenue à toi ?
Hana releva ses yeux larmoyants et vit que c'était Sana, sa collègue médecin. Petite et ronde, elle avait un joli visage avec des yeux noirs en amande et une bouche bien dessinée, encadré par un carré de boucles brunes. Si elle approchait de la trentaine, cela ne se voyait absolument pas. Hana adorait travailler avec elle.
_ Tu es tombée dans les pommes au milieu du couloir, lui expliqua Sana en relevant la tête du lit pour qu'elle puisse s'asseoir. Heureusement qu'un infirmier t'as vite trouvée, tu étais brûlante de fièvre.
_ Ça fait longtemps que je suis là ? Demanda Hana en se renfonçant dans ses oreillers.
_ Cela fait trois bonnes heures que tu dors. Et tu en avais bien besoin. Tu travailles beaucoup trop, fit Sana d'un air mécontent. Et le pire c'est que tu le sais.
_ Trois heures, tu dis ?!
_ Oui. J'avais remarqué que tu n'étais pas bien alors j'en ai profité pour te faire des analyses. Puis on a fait baisser ta fièvre et on t'a mise sous perfusion parce que tu étais déshydratée.
_ Pas étonnant, entre ma grippe et ma gastro...
_ Grippe oui, et une bonne. Gastro non.
_ Non ? Je pensais que je l'avais attrapée en travaillant ici. Qu'est-ce que j'ai alors ?
Sana la regarda quelques secondes en silence puis soupira bruyamment.
_ Tu ne savais vraiment pas alors. Tu es enceinte ma chérie.
Elle fut si stupéfaite que sa répartie mit de longues secondes à arriver.
_ Qu'est-ce que... mais... non... C'est impossible !
Elle faisait attention, elle ne pouvait pas être... enceinte.
_ J'ai fait faire le test une deuxième fois quand il est revenu positif. Le résultat est le même, lui dit Sana d'un ton compatissant. Tu es bien enceinte ma chérie.
_ Pourquoi as-tu demandé un test de grossesse, pour commencer ? Siffla Hana avant qu'une quinte de toux ne la plie une nouvelle fois en deux.
_ Une intuition. À vrai dire, j'ai commencé à me poser la question il y a trois jours.
Une intuition... L'instinct de Sana en matière de médecine était quasiment infaillible. Elle descendait d'une longue lignée de médecins et Hana se demandait régulièrement si sa famille n'avait pas fini par développer une sorte de pouvoir héréditaire dans ce domaine. Sana aurait démenti en disant qu'il ne s'agissait que d'intuitions mais à ce niveau, cela tenait presque plus de la prédiction.
_ Quand j'ai commencé à vomir ? Demanda Hana d'une voix faible.
_ Oui. Heureusement que j'ai insisté pour qu'on n'utilise que de la glace pour faire baisser ta fièvre. Tu n'avais pas remarqué que tu n'avais pas tes règles ?
_ Pas vraiment.
Ou plutôt elle avait vaguement remarqué qu'elle avait du retard mais ne s'en était pas inquiétée. Entre son épuisement et l'alternance des gardes et des missions, elle avait perdu du poids. Ça lui était déjà arrivé par le passé qu'une perte comme ça, un peu brutale, lui coupe ses règles un mois ou deux. Et comme elle ne voyait quasiment pas Kakashi, elle n'avait pas fait le rapprochement.
_ Depuis combien de temps... ?
_ Environ quatre semaines. Je suis désolée Hana, je ne pensais pas que cette nouvelle te terroriserait à ce point.
_ Je ne suis pas terrorisée ! Protesta Hana d'une voix éraillée. J'ai une putain de grippe, je suis épuisée et j'ai encore une putain de mission d'une semaine demain ! Qu'est-ce qu'une grossesse vient foutre au milieu ?! Ce n'était vraiment pas le moment...
Elle s'étouffa à moitié dans un sanglot avant de se remettre à tousser. Sana s'approcha et lui caressa gentiment le dos pendant qu'elle essayait de reprendre son souffle.
_ Ça ne peut pas m'arriver maintenant Sana., coassa-t-elle. Ce n'est pas du tout le plan prévu... On n'a même jamais parlé de bébé... Je n'ai que vingt ans bon sang... Qu'est-ce que je dois faire ?
Elle fondit en larmes. C'était trop à encaisser d'un coup. Beaucoup trop. Sana la laissa évacuer son trop plein d'émotion en la regardant avec compassion avant de reprendre la parole.
_ Hana, tu as le temps d'y réfléchir. Chaque chose en son temps d'accord ?
La jeune fille acquiesça en reniflant.
_ Tout d'abord tu vas rester ici le temps que ta poche de perfusion soit vide et tu vas en profiter pour reprendre tes esprits. Tu en as encore pour une bonne heure, ajouta Sana en contrôlant le dispositif.
_ D'accord, fit Hana en prenant un mouchoir sur la table de nuit.
_ Ensuite je repasserai te donner des médicaments adaptés à ton état et une bonne dose de vitamines. Tu n'as encore rien décidé mais ce n'est pas une raison pour négliger ce fœtus d'accord ? Et quel que soit ton choix, pour ton propre bien, tu dois trouver le temps de manger à nouveau, tu comprends ?
_ Oui, répondit-elle alors que de nouvelles larmes roulaient sur ses joues.
_ Demain, tu vas partir en mission, tout faire pour que ça se passe bien. Et en rentrant dans une semaine, tu auras tout ton temps pour réfléchir à quoi faire... et quoi dire au père. Un plan plein de sagesse, tu ne trouves pas ?
_ La sagesse incarnée.
_ Mon deuxième prénom, sourit Sana en lui serrant gentiment le bras. Repose toi maintenant.
Lorsqu'elle quitta la pièce, Hana resta de longues minutes immobiles, à fixer le mur puis elle se laissa retomber contre ses oreillers et se cacha les yeux d'un bras. C'était complètement invraisemblable cette histoire. Impossible. Ils faisaient attention. Compte tenu du rythme irrégulier des missions qui l'empêchait de prendre la pilule comme il le faudrait, elle avait opté pour une potion contraceptive à prendre dans les quatre heures précédant ou suivant le rapport sexuel. Et elle faisait toujours attention à la prendre. Bien sûr, la méthode n'était pas fiable à cent pour cent. Et son état de faiblesse avait très bien pu jouer un rôle. À moins qu'elle ne prenne le problème à l'envers...
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Hana ouvrit brusquement les yeux. Sana avait dit qu'elle n'était enceinte que de quatre semaines. Elle parcourut ses souvenirs, compta les jours. Avant qu'elle ne contracte la grippe, ils avaient en effet fait l'amour plusieurs fois. C'était peut-être le seul avantage de son poste dans les Gardes Rapprochées : en raison de l'éloignement, leurs retrouvailles physiques étaient souvent explosives. Mais elle se souvenait avoir pris sa potion à chaque fois. Est-ce qu'elle l'avait prise trop tard, quatre semaines auparavant? Impossible de se rappeler ce détail. C'était pourtant la seule explication possible. Malgré son esprit embrumé par la fièvre, elle recompta les jours, essaya de se remémorer ce qu'ils avaient fait un mois plus tôt. Elle se souvenait vaguement qu'elle était rentrée d'une longue mission, une fois de plus épuisée. Puis Kakashi était passée la voir. Et... Ah. La lumière se fit dans son esprit. Ils avaient commencé à parler puis à s'embrasser et, alors qu'elle ne s'était pas sentie d'humeur au premier abord, elle l'avait entraîné dans sa chambre pour une étreinte digne d'un feu d'artifice. Puis, allongés nus dans le noir, ils avaient parlé pendant un long moment avant de faire l'amour une nouvelle fois. C'est là qu'elle avait dû rater la fenêtre de prise de sa potion. C'était forcément l'explication.
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Et à cause de ça, elle se retrouvait enceinte. Au moins, elle comprenait pourquoi elle était si fatiguée. Hana soupira en regardant le plafond. Qu'est-ce qu'elle devait faire maintenant ? Comme elle l'avait dit à Sana, Kakashi et elle n'avaient jamais ne serait-ce qu'évoqué la possibilité d'une famille future. Et elle savait très bien pourquoi. Outre le fait qu'ils se trouvaient trop jeunes, leur vie n'était absolument pas stable. Sans parler de la situation du village qui s'apaisait à peine. Mais ces raisons n'empêchaient pas d'autres personnes de procréer. Alors maintenant qu'elle portait un embryon en elle, que devait-elle en faire ? Le garder ? Avorter ? Elle ne se rappelait que très vaguement de ses notions sur la grossesse mais elle savait quand même qu'à ce stade, il avait déjà un cœur qui battait. Elle grimaça à cette pensée. Voilà qu'elle devait se poser des questions d'éthique personnelle alors qu'il lui semblait qu'il était dix ans trop tôt pour qu'elle y soit confrontée. Pourquoi n'avait-elle pas fait attention au fait qu'elle n'avait pas eu ses règles ? Elle n'aurait pas tergiversé autant si elle avait réagi au bon moment. Quand ce qu'elle portait n'était un tas de cellules informe. Hana trouvait surprenant d'avoir réussi à tomber enceinte vu son état général. Sa perte de poids avait atteint un niveau inédit et elle avait vraiment cru que son corps n'avait plus l'énergie pour un cycle menstruel. Mais maintenant qu'elle avait recompté les jours... elle se rendait compte qu'elle prenait en effet le problème à l'envers. Sa fatigue qui avait brusquement empiré, cette faiblesse corporelle, son amaigrissement... c'étaient des conséquences de sa grossesse compte tenu de son style de vie. Hana soupira une nouvelle fois en ramenant son bras devant ses yeux. C'était bien beau de savoir tout ça mais ça ne résolvait pas son problème. Que devait-elle faire ?
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Kakashi regarda l'heure sur son réveil : il était presque vingt-trois heures. Étrange. Hana n'était pas rentrée de sa garde à l'hôpital alors qu'elle lui avait dit dans le message qu'elle lui avait laissé qu'elle finissait vers dix-neuf heures. Il lui arrivait d'être retardée mais pas comme ça. Inquiet, il se leva du lit où il était allongé et posa son livre sur la table de chevet. L'état de santé de la jeune fille le préoccupait ces derniers jours. Quand il l'avait vue la dernière fois, cinq jours plus tôt, elle semblait avoir un début de grippe. Lui même l'avait eu la semaine précédente mais il l'avait vécue au fond de son lit, en repos forcé comme ses collègues. Hana elle, l'avait déclarée sur le retour de sa mission mais sitôt rentrée, elle avait dû prendre des gardes à l'hôpital. Il devait admettre qu'il avait peur pour elle. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle était épuisée, il l'avait remarqué. Elle ne s'en plaignait pas mais il voyait bien que les efforts qu'elle fournissait pour continuer à tout faire normalement lui coûtaient une énergie qu'elle n'avait visiblement pas. Puis la grippe s'était invitée. Et maintenant, elle ne rentrait pas. Alors il avait peur. Peur que tout ça ne cache un état beaucoup plus grave et qu'elle ne veuille pas le lui dire. Mais ça ne pouvait plus durer. Il devait savoir.
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Kakashi enfila ses vêtements thermiques pour affronter le froid puis sortit sous la neige qui continuait de tomber doucement sur le village. Il prit la direction de l'hôpital en veillant à suivre l'itinéraire qu'empruntait Hana mais il ne la vit pas sur la route. Il ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Arrivé devant le bâtiment, il ne vit pas la jeune fille non plus. Son ventre se tordit d'appréhension quand il entra et se dirigea vers l'accueil. Une femme aux longs cheveux roux se tenait derrière le comptoir.
_ Bonsoir, dit-elle. En quoi puis-je vous aider ?
_ Euh bonsoir. Je cherche Hana Asakura. Elle travaille ici mais elle devrait avoir fini à l'heure qu'il est...
_ Elle a en effet terminé son service mais … Ah, vous n'êtes pas au courant.
_ Au courant de quoi ? Répéta Kakashi en sentant son cœur chuter dans sa poitrine.
_ Elle a fait un petit malaise au moment de partir alors les médecins lui ont trouvé une chambre pour qu'elle se repose.
_ J'imagine que je ne peux pas la voir à cette heure ci ?
La femme lui sourit gentiment.
_ En temps normal, non en effet. Mais elle ne devrait pas tarder à sortir. Je vais vous appeler son médecin, vous pourrez peut-être la rejoindre.
_ Merci beaucoup.
_ Si vous voulez bien patienter quelques minutes...
Kakashi hocha la tête puis alla s'asseoir sur la banquette le long du mur. Ainsi Hana avait fait un malaise. C'était comme si toutes ses craintes se réalisaient d'un coup. Il laissa son regard errer sur le mobilier de l'espace d'attente, sans se rendre compte que sa jambe gauche tressautait de nervosité. Heureusement pour lui, le médecin arriva au bout de seulement deux minutes, l'empêchant de trop se torturer. Il se retrouva face à une petite bonne femme brune qui le regardait avec gentillesse, les bras chargés de médicaments. Le nom « Sana » était brodé sur sa blouse.
_ Vous êtes le compagnon d'Hana ? Demanda-t-elle.
La formulation sonna étrangement à ses oreilles mais n'était pas fausse. Il se leva.
_ Oui. Comment va-t-elle ?
_ Elle va bien, répondit Sana en l'invitant à la suivre. Ce n'était pas grand chose. Il faudrait seulement qu'elle lève le pied pour se remettre de sa grippe au lieu de travailler comme ça.
_ Qu'elle lève le pied ? Elle ne voudra jamais.
_ En effet. C'est pourquoi je l'ai laissée dormir quand la fièvre a baissé. Elle a vraiment besoin de repos.
_ Vous voulez que je lui demande de ralentir, n'est-ce pas ? Fit Kakashi en fronçant les sourcils.
_ Oui. Je sais qu'elle repart en mission demain mais s'il vous plaît, quand elle reviendra, il faut qu'elle se repose. Son corps ne tiendra plus ce rythme très longtemps et ça pourrait devenir dangereux, à la fois pour elle et pour ses équipiers.
_ Je le lui dirai. Elle doit déjà le savoir mais parfois ça a plus d'impact quand ce sont les proches qui demandent.
Ils s'arrêtèrent devant une porte.
_ Attendez moi ici deux minutes.
Kakashi hocha la tête en la regardant pénétrer dans la pièce sans fermer la porte. Il l'entendit s'affairer autour d'Hana, lui dire quelque chose qu'il ne comprit pas. Il se sentait toujours mal à l'aise à l'hôpital. Trop de mauvais souvenirs. Les odeurs étaient à la fois trop chimiques et trop organiques pour son odorat sensible, formant un mélange qu'il trouvait écœurant.
_ Vous pouvez entrer ! Entendit-il crier.
Il inspira profondément avant de franchir le seuil de la porte. Son cœur se serra quand son regard tomba sur Hana. Assise dans son lit sous une pile de couvertures, elle appuyait d'une main sur le pli de son bras gauche, là où Sana venait de lui retirer la perfusion. Ses traits étaient tirés par la fatigue, son nez rougi et la sueur avait collé quelques mèches de cheveux ternes à son front. Elle sourit quand elle capta son regard mais elle semblait si fragile que ça ne le rassura pas pour autant. Il s'approcha du lit, pendant que Sana lui appliquait un pansement sur le bras.
_ C'est moins grave que ça en a l'air, lui dit Hana en lui prenant la main.
Il remarqua qu'elle portait à nouveau ses gants, ce qui en disait long sur son état de fatigue.
_ Tu en as encore trop fait, soupira-t-il en dégageant son front.
_ Pas faux, articula-t-elle avant de se remettre à tousser.
_ Bien, vérifions ta température ma chérie, intervint Sana en s'approchant avec son thermomètre auriculaire.
Ils restèrent silencieux pendant les quelques secondes de l'examen.
_ Hm, 38,5°. Bon, ça a bien baissé. Tu as une préparation à prendre avant de te coucher, ajouta-t-elle en lui montrant le flacon. Puis matin et soir pendant encore trois jours d'accord ? Oui, tu la prends avec toi en mission. Pareil pour les vitamines, tu les prends avec toi.
_ Bien chef Sana, fit Hana en levant les yeux au plafond.
_ Tu vas vite te sentir mieux, promis. J'ai signé ta feuille de sortie. Tu peux partir. Prends soin de toi d'accord ?
Elle lui serra une nouvelle fois le bras avec gentillesse puis quitta la pièce en refermant derrière elle.
_ Je suis contente que tu sois là, dit Hana d'une voix enrouée en repoussant ses couvertures pour sortir du lit. Je crois que je vais avoir besoin d'aide pour rentrer.
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda Kakashi en lui tenant le bras pour voir si elle était stable.
_ Pas grand chose, expliqua-t-elle en enfilant ses chaussures. Longue journée, couplée à mon état de fatigue et pic de fièvre au moment de partir. Je suis tombée dans les pommes. Je me sens mieux après avoir dormi.
Kakashi ne répondit pas et l'aida à enfiler manteau, bonnet et écharpe. Il n'était pas convaincu. Elle avait toujours le regard un peu trop brillant à cause de la fièvre et elle se déplaçait lentement, avec précaution. Il mit le sachet de médicaments dans le sac à dos de la jeune fille avant de le hisser sur son dos.
_ On y va ? Demanda-t-il.
_ Oh oui, on s'en va. J'ai passé trop de temps ici.
Il lui prit la main et lentement, ils parcoururent les couloirs de l'hôpital. Après avoir salué la réceptionniste, ils sortirent dans le froid. Il neigeait toujours dans un silence et un calme absolus, donnant au village des allures fantomatiques. Ils descendirent les marches avec précaution puis Kakashi passa devant Hana pour qu'elle n'ait qu'à marcher dans ses pas au lieu de lutter contre les tas de neige. Il se félicita de cette idée quand en la regardant, il vit que même cet effort était pénible pour elle. Ils allaient passer la nuit chez lui, il habitait plus près de l'hôpital. La voix éraillée d'Hana le tira de ses réflexions.
_ Tu es fâché contre moi ?
_ Fâché ? Releva-t-il d'une voix surprise. Pourquoi est-ce que je serais fâché ?
_ Tu as dû venir me chercher très tard, sous la neige. Et tu fais une drôle de tête.
Il soupira mais continua de marcher.
_ Je ne suis pas fâché. Je me suis inquiété. Tu es épuisée mais tu fais comme si tu n'avais rien et tu continues les missions et les gardes à l'hôpital. Et voilà le résultat.
Il était peut-être un peu en colère en fin de compte.
_ Tu aurais pu faire comme tout le monde et te mettre au repos. Refuser des missions. Même moi je l'ai fait. Mais non, toi tu dois sauver tout le monde, même si tu te fais du mal pour y arriver. Ce n'est plus la guerre. Juste quelques microbes qui fatiguent tout le monde au village. Alors est-ce que c'est vraiment nécessaire de te mettre dans cet état pour ça, je ne crois pas. Il faut penser à tes équipiers aussi. Et...
Un bruit de chute l'interrompit et son cœur sursauta. Il se retourna vivement. Elle s'était laissée tomber à genoux dans la neige et lui adressait un sourire tremblotant.
_ Désolée, je n'y arrive plus. J'ai mal à la tête, ça tourne autour de moi et j'ai mal partout avec ces putains de courbatures.
_ Ce n'est pas grave, je vais te porter, dit Kakashi en s'agenouillant devant elle.
_ Et tu as raison, ajouta-elle d'une voix qui dérailla dans les aigus. J'en fais trop et …
Avec horreur, il vit les mots s'étrangler dans sa gorge et les larmes se mettre à ruisseler sur ses joues rosies par le froid.
_ Je suis désolée Kakashi, lâcha-t-elle entre deux sanglots. J'ai fait n'importe quoi. Je suis désolée... Je suis désolée...
Il l'attira contre lui et la berça pendant les longues minutes que dura sa crise de larmes. Elle s'accrochait à lui comme à une bouée de sauvetage, en répétant inlassablement qu'elle était désolée. Il l'avait rarement vue pleurer avec une telle intensité et la culpabilité lui retourna l'estomac.
_ C'est moi qui suis désolé Hana, murmura-t-il contre ses cheveux. Je n'aurai pas dû te parler comme ça.
_ Je ne pleure pas à cause de toi Kakashi, répondit-elle. Je suis juste... fatiguée.
Il se dégagea et prit son visage entre ses mains. Il allait en avoir le cœur net.
_ Si tu étais malade, un truc vraiment grave, tu me le dirais, n'est-ce pas ?
Il vit ses yeux s'écarquiller de surprise.
_ Je ne suis pas malade Kakashi, dit-elle d'un ton ferme. Enfin, à part la grippe.
_ Tu es sûre ?
_ Oui. Tu as entendu Sana comme moi. Et elle m'a fait des analyses. Je suis juste... grippée.
Il eut l'impression qu'elle venait de changer de mot au dernier moment mais elle était sincère, il le voyait sur son visage. Avec un léger soupir de soulagement, il la lâcha, laissant ses mains retomber sur ses genoux. Cela n'échappa pas à la jeune fille.
_ Tu as peur que je sois malade ? S'inquiéta-t-elle.
_ Oui, souffla-t-il. Je t'ai déjà vue fatiguée mais jamais comme ça. Et tu as perdu beaucoup de poids ces dernières semaines. C'est comme si ton corps te lâchait. Alors oui, j'ai eu peur.
Il vit un éclat de culpabilité briller dans ses yeux.
_ Ça me touche que tu t'inquiètes mais je vais bien. Ou en tout cas, ça ira mieux.
_ D'accord. On va peut-être se lever de la neige maintenant, non ?
_ Oui, sourit-elle en essuyant ses joues humides.
_ Enfile ça s'il te plaît.
Il lui tendit son sac, qu'elle passa sur ses épaules tant bien que mal, puis il pivota sur ses talons pour lui présenter son dos.
_ Grimpe.
Il crut qu'elle allait protester mais elle n'en fit rien. Lentement, elle se redressa pour s'installer sur son dos. Elle serra ses bras autour de son cou, et il la sentit enfouir son visage dans le col de sa veste.
_ Merci, chuchota-t-elle.
_ Je t'en prie.
Il se remit debout sans difficulté et reprit sa route vers son appartement. Elle était beaucoup trop légère, songea-t-il avec un nouveau pincement au cœur. Il la croyait quand elle disait qu'elle n'était pas malade. Mais quelque chose clochait quand même.
'
'
Il était près de minuit quand ils arrivèrent devant l'appartement de Kakashi. Hana se laissa glisser de son dos pendant qu'il ouvrait la porte. La température était bien plus agréable à l'intérieur. Pendant qu'Hana prenait une douche, il mit à chauffer à manger puis installa plusieurs couvertures sur le canapé. Quand elle sortit de la salle de bain, les cheveux entortillés dans une serviette, elle avait meilleure mine. Elle flottait littéralement dans le t-shirt à manches longues et le legging qu'elle laissait ici pour dormir.
_ Viens par là, lui dit Kakashi en la conduisant au canapé.
_ Trois couvertures c'est un peu excessif, remarqua-t-elle en se laissant choir dessus. Je n'ai pas froid pour le moment.
_ Tant mieux, répliqua-t-il en posant sur la table devant elle un plateau. Tu vas me faire le plaisir de manger tout ça maintenant.
_ Tout ça aussi, c'est un peu excessif. Je n'ai qu'un estomac.
_ Un estomac que tu ne remplis pas assez en ce moment. S'il te plaît Hana.
_ D'accord, d'accord...
Elle s'efforça de manger pendant plusieurs minutes en silence. En attendant, Kakashi en profita pour passer aussi à la douche, se mettre en pyjama et ranger la cuisine. Quand il l'entendit poser son bol vide sur la table, il alla s'installer à côté d'elle sur le canapé. Elle colla aussitôt ses pieds froids contre sa jambe.
_ Je pars tôt demain matin, commença Hana en défaisant sa serviette, laissant ses cheveux humides tomber en désordre sur ses épaules.
Kakashi soupira.
_ Pour combien de temps ?
_ Une semaine. On ne va pas très loin, juste à la frontière avec le pays de l'Eau.
_ Je vois.
_ Mais tu sais, c'est ma dernière mission, sourit-elle.
_ Comment ça ? Tu arrêtes ?
_ J'ai obtenu ma dérogation. Je pourrai prendre une équipe au mois d'avril, comme toi.
_ Je ne te souhaite pas d'être comme moi sinon tout ce que tu feras c'est regarder des pré-ados braillards se taper dessus et les recaler.
_ Très drôle, fit-elle en lui donnant un petit coup de poing dans l'épaule. J'ai posé ma démission. Dès que je rentre, je quitte l'ANBU. Je prendrai plusieurs jours de repos où je ne ferai que dormir ! Et...
Il la regarda pendant qu'elle parlait. Il voyait bien qu'elle luttait contre la fatigue mais son enthousiasme n'était pas feint. Il tendit la main et caressa sa joue. Comme souvent quand il esquissait ce genre de geste, elle tressaillit légèrement, le fixant de ses yeux turquoises, la bouche entrouverte par la surprise. Il vit passer une hésitation sur son visage, comme si elle s'apprêtait à dire quelque chose mais cela ne dura qu'une seconde. Elle vint se blottir contre son torse et il referma ses bras sur elle, respirant avec bonheur l'odeur de ses cheveux humides.
_ Je suis soulagé de savoir que tu arrêtes l'ANBU, souffla-t-il.
_ À ce point ? Ce n'est pas un peu hypocrite de la part de quelqu'un qui y a passé sept ans ?
_ Je n'avais rien à perdre pendant les six premières années. C'est différent maintenant.
_ Ça me touche beaucoup que tu t'inquiètes pour moi Kakashi mais pourquoi as-tu si peur de me perdre ? Il ne va rien m'arriver.
_ Je ne sais pas...
_ C'est une banale mission de rang B. Du simple transport d'information. Et dans une semaine, je quitte l'ANBU et on pourra reparler de chercher un appartement pour nous deux d'accord ?
_ D'accord, souffla-t-il en essayant d'ignorer le mauvais pressentiment qui l'assaillait.
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'
Il était à peine six heures quand le réveil sonna, tirant Hana d'un sommeil de plomb. Elle était enfouie sous la couette, le bras de Kakashi enroulé autour de sa taille. Elle l'entendit grogner quand elle se dégagea pour s'asseoir au bord du lit. Elle se frotta les yeux, et étouffa une quinte de toux. Elle se sentait un peu mieux. Pas vraiment fiévreuse, la tête moins lourde et ses courbatures étaient moins vives. Elle avait l'impression d'oublier quelque chose, mais la tête complètement dans le brouillard, elle avait du mal à faire le point. Elle se leva sans bruit et se dirigea vers la cuisine pour prendre ses médicaments. Elle était en train de se servir un verre d'eau pour tout avaler quand la nausée se rappela brutalement à son souvenir. Elle se précipita à la salle de bain, en essayant de ne pas faire de bruit, ferma la porte et vomit brutalement dans les toilettes. C'était ça qu'elle avait oublié en se réveillant. Le fait qu'elle était enceinte. Elle resta assise quelques minutes à même le sol. Cela lui avait tellement coûté de ne pas en parler à Kakashi la nuit dernière... Elle avait failli le lui dire deux fois mais les mots étaient restés coincés. C'était trop tôt, elle avait besoin de réfléchir, de savoir comment se positionner, ce qu'elle était capable de faire ou pas. Et le pauvre Kakashi qui avait peur qu'elle soit malade... Maintenant qu'elle y pensait, il ne savait pas qu'elle avait des nausées. Ça s'était déclenché pendant qu'il était en mission, et ils n'avaient pas passé de temps ensemble depuis. Ce n'était pas plus mal. Pas besoin de l'inquiéter plus.
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Quand elle fut certaine qu'elle n'allait pas vomir une nouvelle fois, elle se releva et se lava la figure et les dents. Elle espérait que Kakashi n'avait rien entendu. Elle ne se voyait pas répondre à de nouvelles questions maintenant. Elle s'habilla et sortit doucement de la pièce. Un coup d'œil à la chambre lui apprit que Kakashi dormait toujours. Elle alla préparer le petit déjeuner, rangea en silence ce qu'ils avaient laissé traîné la veille et prit ses médicaments. Elle sursauta quand les bras de Kakashi s'enroulèrent autour de son ventre. Elle se figea, le cœur battant.
_ Je t'ai réveillé, désolée, dit-elle en s'efforçant de maîtriser sa voix qui menaçait de trembler.
_ Pas toi, l'odeur, répondit-il en embrassant son épaule.
_ Excuse moi...
_ Pourquoi ? Demanda-t-il en la lâchant. Je suis content de te voir manger.
_ J'ai presque fini, je ne vais pas tarder à partir.
_ Oui j'imagine, dit-il en se servant à manger.
_ Tu es de repos ou tu repars en mission aussi ?
_ Repos.
Pendant que Kakashi mangeait, elle repassa à la salle de bain pour se laver les dents une deuxième fois. Elle se regarda dans le miroir. Elle se sentait mal de ne pas réussir à annoncer la nouvelle à Kakashi. Et la façon dont il l'avait enlacée, en caressant son ventre... c'était comme si inconsciemment il savait. Elle inspira à fond. Elle se faisait des idées. S'il avait eu des soupçons il lui aurait demandé. Il lui avait posé la question quand il avait craint qu'elle ne soit malade. Elle se regarda dans les yeux et se promit de tout lui dire en revenant de mission la semaine prochaine.
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Résolue, Hana quitta la salle de bain pour rejoindre Kakashi dans la cuisine. Elle plaça ses médicaments dans son sac puis enfila ses chaussures et sa veste. Kakashi lui passa son écharpe autour du cou et la noua. Elle se laissa faire en ayant l'impression d'avoir quatre ans.
_ Sois prudente d'accord ?
_ Oui, c'est promis. On se voit dans une semaine. Si tu n'es pas en mission quand je rentre.
_ Ça on verra bien dans une semaine.
Il lui enfonça son bonnet sur la tête et elle souffla sur les mèches qui venaient de se rabattre devant ses yeux. En le regardant, elle s'aperçut qu'il avait toujours une mine soucieuse et la culpabilité lui brûla l'estomac. Elle leva la main et la passa dans les cheveux sur sa nuque en se rapprochant de lui. Elle mourrait d'envie de l'embrasser mais elle ne tenait pas à partager ses microbes.
_ Elle n'est pas pratique du tout cette grippe, pesta-t-elle à mi voix.
_ En effet.
Il l'attira contre lui et ils restèrent un moment ainsi, sans bouger ni parler. Puis Kakashi l'embrassa sur le front avant de se dégager et de lui tendre son sac à dos.
_ À dans une semaine Kakashi. Je t'aime.
Avant qu'il n'ait pu répondre, elle sortit sous la neige.
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Pour lutter contre la température glaciale, Hana s'efforça de marcher d'un bon pas vers la caserne. Cette neige était vraiment pénible. Elle prit la décision de mettre de côté tous ses soucis pour la semaine à venir. Elle avait une mission à accomplir et ses équipiers dépendaient d'elle. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir l'esprit ailleurs. Elle pénétra dans la caserne et se dirigea vers le vestiaire. Elle était contente que la préparation de Sana fasse effet, elle se sentait en meilleure forme que les jours précédents. Bien sûr elle avait toussé sur tout le trajet et elle avait encore mal dans les articulations mais au moins, elle n'avait plus la tête dans le brouillard. Elle se déshabilla en frissonnant pour enfiler son uniforme. Suite à la vague de froid, tous les ninjas avaient reçu des uniformes d'hiver. En tissu thermique, ils étaient conçus pour garder la chaleur malgré leur fine épaisseur. Le col, les bottes et le plastron étaient fourrés et une capuche moulante tenait la tête au chaud sans gêner le masque. Une veste longue à large col et capuche doublés complétait l'ensemble. Elle remplit son sac du nécessaire pour la mission puis fixa son sabre sur le côté. Elle marqua un temps d'arrêt au moment de poser son masque sur son visage. C'était la dernière fois qu'elle se préparait ainsi. La prochaine fois qu'elle se trouverait face à ce casier, ce serait pour le vider. Elle eut un petit pincement au cœur à cette pensée. Mais elle avait décidé de changer de vie. Elle se sentait prête. Elle posa son masque de tigre sur son visage et quitta le vestiaire.
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À sept heures trente, elle se trouvait devant la porte Sud du village et attendait ses équipiers. Le jour ne s'était pas encore levé et le village était plongé dans le noir. Inoru surgit d'une rue en face d'elle, suivi de Shiren qui se laissa tomber d'un toit. Seigi fermait la marche en arrivant d'une ruelle à sa droite. Quelle synchronisation, songea-t-elle en souriant sous son masque. Ses trois équipiers se postèrent face à elle en la saluant.
_ Bonjour les gars, dit-elle doucement.
Étrangement, entre l'obscurité ambiante, la neige qui continuait de tomber lentement et le silence environnant, elle n'avait pas envie d'élever la voix. Le son portait trop dans cette atmosphère.
_ Mission du jour : rang B, expliqua-t-elle. Nous allons récupérer un messager à un avant poste au sud du village, l'escorter à la frontière avec le pays de l'Eau et ramener la réponse ici. Temps estimé : une semaine.
_ Des difficultés annoncées ? Demanda Seigi.
_ À part la météo, tu veux dire ? Marmonna Inoru en regardant le ciel.
_ Moi j'en vois une, dit Shiren. La neige parasite ma perception du chakra.
_ A quel niveau ? S'enquit Hana en fronçant les sourcils.
_ Ce n'est pas aussi occultant que les plans d'eau ou la pluie. Mais je perçois de bien moins loin que d'habitude avec la neige.
_ D'accord. Je vous demande donc à tous d'être extrêmement vigilant. On ne se reposera pas sur toi Shiren. Allons-y.
Sept jours s'écoulèrent sans incident. Comme prévu, ils récupérèrent le messager au point de rendez vous et le conduisirent dans un camp d'espionnage à la frontière. Et ils étaient dans les temps. Hana transportait le rouleau contenant le rapport dans son sac. Elle était contente car presque guérie. Bien sûr, le matin les nausées étaient difficiles à vivre mais elle ne vomit pas et n'attira donc pas l'attention de ses équipiers. Elle toussait encore un peu mais plus de fièvre, ni de courbatures, ce qui était très appréciable. Elle remerciait Sana et sa préparation tous les jours. Ils avaient pris la route la veille et si tout se passait bien, il ne leur restait qu'une demie journée avant d'être rentrés. Mais ça c'était la théorie car s'il ne neigeait plus, un brouillard dense recouvrait le paysage et limitait leur avancée. Hana se sentait oppressée dans cette atmosphère. Le brouillard faisait aussi écran aux sens de Shiren, ce qui mettait toute son équipe sur le qui vive. Ils avançaient lentement, en silence, tous les sens aux aguets. Quand ils atteignirent un croisement, Hana se sentit soulagée. Il s'agissait de la Croisée des chemins, le point central du pays du Feu, un rocher placé au centre d'une myriade de routes partant dans toutes les directions. Ils n'avaient donc pas dévié de leur route. Hana prit la parole alors qu'ils empruntaient la route du nord ouest.
_ Il faut que je vous dise quelque chose les gars, commença-t-elle en parlant toujours à voix basse.
_ Oui Hana ? Demanda Seigi.
_ C'est ma dernière mission avec vous.
_ Quoi ?! S'exclamèrent Shiren et Inoru.
_ Moins fort ! J'ai posé ma démission avant de partir. Je quitte l'ANBU dès qu'on sera de retour.
_ Pourquoi Hana ? Chuchota Shiren avec un accent suppliant dans la voix. On forme une bonne équipe non ?
_ Bien sûr que oui, dit-elle en continuant d'avancer. Je n'aurai pas pu rêver mieux. Mais j'ai envie d'autre chose dans ma vie maintenant.
_ Comme enseigner ? S'enquit Inoru avec pertinence.
_ Oui, par exemple. Mais c'est surtout d'un changement de rythme dont j'ai besoin. Physiquement, j'atteins mes limites. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas récupéré comme je l'aurai voulu.
_ On a remarqué que tu étais très fatiguée ces derniers temps, dit Inoru. Tu as raison d'arrêter.
_ Merci, sourit-t-elle sous son masque. Et si c'est possible, je vais recommander Seigi pour prendre ma place.
_ Vraiment ? Releva ce dernier.
_ Oui... tu as ce qu'il faut pour diriger et...
_ Hana ! L'interrompit Shiren d'une voix affolée.
L'avertissement arrivait trop tard : aucun d'entre eux ne vit l'attaque venir. Quand elle sentit une présence derrière elle, Hana n'eut que le temps de se retourner pour se prendre un coup dans le sternum qui la fit voler sur plusieurs mètres. Elle sentit ses côtes craquer quand elle atterrit dans une congère. Le souffle court, elle se soigna rapidement puis évalua la situation. Ils étaient attaqués par une bonne douzaine d'hommes masqués entièrement vêtus de blanc, qui semblaient sortir de nulle part. Aucun d'entre eux ne les avait sentis avant qu'il ne soit trop tard. C'était très inégal comme combat. Ses équipiers se battaient dos à dos, chacun luttant avec trop d'adversaires pour que l'issue leur soit favorable. Elle s'élança vers la mêlée, malaxa son chakra et lança des épines de foudre sur ses opposants. Deux d'entre eux s'effondrèrent, la poitrine transpercée au niveau du cœur, leurs vêtements blancs se teintant d'une large auréole rouge. Elle se jeta au sol, roula, pivota sur ses appuis en dégainant son sabre qu'elle chargea de foudre et le planta jusqu'à la garde dans l'abdomen d'un troisième adversaire qui s'effondra à son tour. Elle se redressa et vit que son intervention avait suffisamment distrait leurs opposants pour que Shiren et Inoru en tuent deux. Mais ils n'avaient pas le dessus pour autant. Elle dut prendre une décision qui lui déchira le cœur. La mission passait avant leur survie. Elle échangea une volée de coups avec un homme qui lui semblait deux fois plus grand qu'elle, le repoussa d'un coup de poing au sternum qu'elle chargea de toute sa force. Il vola sur plusieurs mètres à son tour et elle en profita pour rejoindre le cercle de ses équipiers pendant que leurs ennemis reformaient leurs rangs. Seigi fit alors s'élever un mur de vent entre eux, leur donnant quelques secondes de répit.
_ Ça ne les retiendra pas très longtemps, s'inquiéta-t-il.
_ Shiren, Inoru, manœuvre d'extraction, décida-t-elle. Seigi et moi allons vous couvrir pour que vous puissiez terminer la mission. Dans le meilleur des cas, nous vous rejoindrons au village.
_ On va s'en sortir Hana, ce n'est pas … commença Shiren.
_ Il y a des chances qu'ils soient plus nombreux ! Coupa Hana en cherchant le rouleau dans son sac. Ils savaient qu'on arrivait, où nous attendre, comment te contrer Shiren ! Il y a une taupe dans nos rangs. Il faut le rapporter à Konoha et la mission passe avant tout.
_ D'accord capitaine, dit Inoru en prenant le rouleau qu'elle lui tendait.
_ Je vais vous ouvrir une voie, dit Seigi en composant des signes. Hana, sur ton signal.
_ Vas-y.
Le mur de vent s'évanouit, permettant à Hana de se jeter sur ses adversaires. Seigi créa un couloir de vent, permettant à ses équipiers de s'enfuir vers Konoha. Hana les avait choisis car ils étaient les plus rapides. Si Seigi et elle arrivaient à les retenir suffisamment longtemps, ils auraient assez d'avance pour rejoindre le village, qui n'était plus qu'à quelques heures de route. Elle comprit que quelque chose clochait quand aucun de leurs ennemis ne s'occupa de la fuite de Shiren et Inoru. Seigi semblait déjà perdre du terrain et une sourde horreur commença à monter en elle. Est-ce qu'elle avait pris la mauvaise décision ? Est-ce que les éloigner allait signer son arrêt de mort, celui de Seigi ? Non ! S'insurgea-t-elle intérieurement. Ça ne pouvait pas se finir comme ça ! Elle devait dire à Kakashi qu'elle était enceinte. Et elle n'avait même pas pris de décision au sujet de ce fœtus ! Une rage comme elle n'en avait plus connu depuis des années s'empara d'elle. Elle jeta son sac à dos à terre et fixa ses adversaires avec fureur. Ils étaient six. Avait-elle mal compté la première fois ? Elle aurait juré qu'il en restait sept. Elle échangea un regard avec Seigi puis ils se jetèrent sur leurs opposants. Elle oublia tout, n'agissant qu'à l'instinct et aux réflexes. Elle bondit, prit appui sur la cage thoracique de l'un d'eux et décocha un coup de pied dans la tête d'un deuxième. Quand elle atterrit, elle esquiva une technique de foudre qu'elle n'avait jamais vue venant du troisième et profita de l'élan pour lui trancher la gorge de son sabre. Elle fut copieusement arrosée de sang mais elle n'en tint pas compte. Elle alterna coups et ninjustu contre ses deux autres adversaires et reçut une plaie au bras gauche et la jambe droite.
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Elle eut du mal à prendre le dessus sur les ennemis restants. Elle fatiguait, elle le sentait. Bien trop tôt. Elle payait la façon dont elle avait maltraité son corps les semaines précédentes. Mais sa vie, celle de son embryon dont elle ne savait pas quoi faire et celle de Seigi étaient en jeu. Pas question de mourir ! Après une nouvelle passe d'armes, elle réussit à planter son sabre dans le cœur de l'un d'eux. Elle poussa un cri de surprise quand elle sentit le sol se refermer autour de ses pieds. Une technique dôton. Hana chargea ses mains de chakra de foudre pour briser la terre qui l'entravait. Elle esquiva de justesse le coup suivant en se jetant en avant, lâcha son sabre pour attraper un kunai dans chaque main et trancha les tendons d'Achille de son adversaire. Il tomba en hurlant. Elle en profita pour pivoter sur ses pieds et lui envoyer une décharge électrique dans la tête. Il se mit à convulser puis ne bougea plus. Hors d'haleine, elle se retourna. Seigi gisait dans la neige, avec deux de ses adversaires. Elle eut à peine le temps de se relever que le troisième était sur elle. Elle esquiva au dernier moment un coup de sabre dans l'épaule qui rata de peu son cou mais traça une nouvelle ligne de feu dans sa chair. Avec un cri de douleur, elle se laissa tomber dans la neige, roula pour esquiver un autre coup et faucha les chevilles de l'homme d'un coup de pied. Quand il atterrit à son tour dans la poudreuse, elle se jucha sur son dos, et lui planta son kunai dans la jugulaire en lui maintenant la tête contre le sol jusqu'à ce qu'il ne bouge plus.
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Complètement épuisée, Hana resta quelques minutes immobile à reprendre son souffle. Maintenant que sa fureur meurtrière retombait, elle se sentait sans force. Elle se rappela brusquement que Seigi avait besoin de son aide et se releva d'un bond.
_ Seigi ! S'écria-t-elle en titubant vers lui. Seigi, ça va ?
Elle se laissa tomber à côté de lui, releva son masque plein de sang et chercha à évaluer les dégâts. Il perdait beaucoup de sang par une plaie à l'abdomen. Ses yeux chocolat papillonnaient, comme s'il n'arrivait pas à fixer son regard.
_ Hana, fit-il doucement. Est-ce que tu les as eu ?
_ Oui, jusqu'au dernier, dit-elle en commençant à le soigner.
_ Tant mieux. Elle était bizarre cette attaque tu ne trouves pas ?
_ Si. Ils ne visaient pas nos informations mais nous.
_ C'est... aussi ce que je me suis dit...
Sa tête roula sur le côté quand il perdit connaissance. Hana releva son propre masque pour mieux voir. Elle utilisa ses dernières réserves de chakra pour le stabiliser. Quand le halo de chakra autour de ses mains s'éteignit, elle s'efforça de respirer profondément. La tête lui tournait et maintenant que l'adrénaline était retombée, ses blessures se rappelaient à elle de façon cuisante. Elle ne pouvait plus se soigner cependant. Elle pansa du mieux qu'elle put les autres blessures de Seigi avant de l'enrouler étroitement dans sa veste. Il n'était pas tiré d'affaires et elle était incapable de le porter pour le moment. Tant bien que mal, elle nettoya ses propres plaies en gémissant puis posa des pansements en attendant d'être capable de les refermer. Chancelante, elle se remit debout. Que devait-elle faire maintenant ?
_ Je suis désolée Seigi, soupira-t-elle. J'ai mal évalué la situation... J'ai fait une erreur.
_ Tu ne crois pas si bien dire, fit une voix glaciale dans son dos.
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Elle n'eut pas le temps d'esquisser le moindre mouvement : une lame s'enfonça dans son dos, lui arrachant un cri de surprise. Elle se mit à cracher du sang en essayant de se retourner. Un autre homme en blanc se tenait devant elle. Il manquait bien un ninja à l'appel quand Inoru et Shiren s'étaient enfuis. Épuisée et se croyant à l'abri, elle avait relâché son attention et ne l'avait pas entendu s'approcher. Elle tituba et s'effondra à genoux dans la neige, la respiration laborieuse.
_ Qu'est-ce... que vous... voulez ? Demanda-t-elle dans un gargouillis de sang.
L'homme ne répondit pas et s'accroupit face à elle. Hana ne put rien faire pour bloquer le coup de kunai suivant qui s'enfonça dans son ventre. Elle hoqueta en appuyant ses mains sur la blessure. Pas là... Elle n'avait rien décidé... Elle s'effondra dans la neige. Dans son champ de vision qui se troublait, elle vit les pieds de l'homme s'éloigner. Elle eut l'impression de passer une éternité à convulser dans la neige. Elle avait froid. Très froid. Sa conscience vacillait. Elle avait l'impression d'entendre des voix. Sa dernière pensée alla à Kakashi. Puis ce fut le noir.
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Kakashi rentrait de sa troisième mission en neuf jours. Il arpentait les rues du village en direction du centre administratif pour aller faire son rapport. Il lui tardait que cette corvée soit terminée pour aller retrouver Hana chez elle. Elle avait dû rentrer deux jours auparavant, pendant que lui même se trouvait hors du village. Il entra dans le bâtiment, monta les quatre étages qui le séparaient du bureau d'attribution des missions et entra. Il n'y avait pour une fois que deux personnes pour s'occuper de toute la paperasse et l'une d'elle se leva et quitta la pièce avec hâte quand il s'approcha du bureau. Sans s'offusquer, il remplit les papiers qu'on lui tendait. Un bruit de porte le fit se retourner et il leva un sourcil de surprise : le Sandaime venait d'entrer, suivi de Ryûko Kada et de deux ANBU qu'il ne connaissait pas, l'un d'eux chargé d'un long paquet.
_ Laissez nous s'il vous plaît, dit Kada à l'employé derrière le bureau qui s'empressa de quitter la pièce.
_ Un problème maître ? Demanda Kakashi au Sandaime.
_ Assieds toi s'il te plaît Kakashi, lui répondit-il d'un air las.
Ce dernier s'exécuta alors que son cœur s'emballait dans sa poitrine. Il s'était passé quelque chose.
_ Il y a deux jours, commença le Sandaime, Shiren et Inoru ici présents sont rentrés en catastrophe de mission. Ils étaient sous les ordres d'Hana...
Tour à tour, Shiren et Inoru lui expliquèrent ce qu'il s'était passé. Kakashi se sentait de plus en plus mal sur sa chaise. Il n'aimait pas la prudence dans leur voix. Comme s'ils répugnaient tous à lui annoncer l'inéluctable.
_ Nous avons donné l'alerte et sommes repartis immédiatement sur les lieux, expliqua Shiren avec des trémolos dans la voix, mais tout ce qu'il restait c'était Seigi agonisant dans la neige et...
Inoru s'avança avec le sac et en sortit deux objets : le sabre d'Hana et son masque couvert de sang qu'il posa sur le bureau devant Kakashi. Celui ci s'était figé avec l'impression que le monde menaçait de s'écrouler autour de lui. C'était un cauchemar et il allait forcément se réveiller.
_ Seigi nous a raconté qu'au moment où il avait perdu connaissance, Hana le soignait et lui avait dit qu'elle avait éliminé tous les ennemis présents, intervint Kada. Ce que semble confirmer l'enquête en cours sur le terrain. Malheureusement nous n'avons pas pu en apprendre plus car Seigi est décédé la nuit dernière suite à ses blessures.
_ Nous avons pu identifier le traître qui se trouvait dans le camp d'espionnage où l'unité d'Hana s'est rendu, expliqua le Sandaime. Malheureusement, il s'est suicidé dès qu'il a compris qu'il était découvert et nous n'avons rien pu apprendre de lui.
_ Et... tenta de dire Kakashi.
Sa voix tremblait et il dut faire un gros effort pour la raffermir.
_ Vous avez envoyé des équipes de recherches ?
_ Oui, nous avons fait venir des équipes de filature dès que nous avons vu qu'il n'y avait pas de corps pour Hana, dit Inoru d'une voix blanche. Malheureusement, la durée du trajet n'est pas vraiment compressible et le temps qu'ils arrivent, les traces olfactives avaient déjà été très abîmées par la neige.
_ Nous avons pu retracer sa piste jusqu'à l'extrême Est du pays du Feu, acheva Shiren en baissant la tête. Jusqu'à l'océan.
Pas besoin d'en dire plus. À supposer qu'elle soit encore en vie, ils ne la retrouveraient jamais si on l'avait emmenée sur l'eau qui masquait toutes les odeurs.
_ Les recherches ne sont pas finies, n'est-ce pas ? Demanda Kakashi.
_ Non en effet, confirma le Sandaime. Tu peux d'ailleurs te joindre aux équipes de filature si tu le souhaites. Mais...
_ Mais ?
Ce fut Shiren qui lui répondit, une larme roulant sur sa joue, pendant qu'Inoru levait les yeux au plafond en se mordant la lèvre.
_ ... mais la quantité de sang lui appartenant retrouvée sur les lieux semble indiquer... qu'elle ne s'en est pas sorti. Je suis désolé.
Un silence accueillit ses paroles et pendant un long moment, Kakashi dut faire un gros effort pour garder le contrôle de ses émotions. Puis il se leva brusquement et se dirigea vers la porte en emmenant avec lui le sabre et le masque. Le Sandaime le retint à la dernière seconde.
_ Trois nouvelles escouades de filature s'apprêtent à partir, Kakashi. Tu es libre de te joindre à elles si tu le souhaites. Vous deux aussi.
_ Je serai à la porte Sud dans dix minutes, lâcha le jeune homme en quittant le bureau.
Pendant la semaine qui s'écoula, Kakashi participa aux recherches avec les cinq unités déployées sur tout le territoire du pays du Feu, sans qu'aucun indice ne vienne les aiguiller sur ce qu'il avait pu se passer. Ils avaient ratissé tout le territoire mais la piste olfactive d'Hana s'arrêtait toujours à l'océan. Shiren n'avait pas repéré la signature de son chakra non plus. Quand l'ordre fut donné d'abandonner les recherches, Kakashi dut se résigner à accepter ce qu'il refusait de croire depuis qu'il avait vu la quantité de sang sur la scène de l'attaque... qu'elle était partie pour de bon. La seule certitude qui ressortait de l'enquête, c'était que le piège la visait elle. Pour quelle raison, par qui... restaient des questions sans réponses. La logique, et le fait que son corps ait été emmené alors que Seigi avait été laissé pour mort, voulait que cela soit en rapport avec son pouvoir héréditaire. Cette explication ne satisfaisait pas Kakashi car il était évident qu'Hana était ANBU et donc protégée par le sceau. La protection des membres de l'ANBU par un sceau parfait était connue dans tous les pays. Il ne voyait pas les commendataires de l'attaque ignorer ce fait alors qu'ils étaient si bien renseignés. Cependant, aucune autre explication ne lui venait.
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Une fois rentré à Konoha, il fallut organiser les funérailles de la jeune fille, à titre symbolique, puisqu'il n'y avait plus de corps. Kakashi avait raté celles de Seigi durant sa semaine de recherche. Depuis qu'il avait compris qu'Hana était morte, il évoluait dans un monde sans couleur, où le temps semblait s'écouler avec une lenteur insupportable. Étrangement, il se sentait anesthésié, comme si la douleur de sa perte se retenait de déferler sur lui. Il ne se faisait pas d'illusions : c'était temporaire. Quand le barrage lâcherait, il aurait si mal qu'il demanderait sûrement à mourir. Il fallut prévenir le peu de proches qu'Hana avait. Le jour des funérailles, il neigeait à nouveau. Les tenues d'obsèques n'en paraissaient que plus noires, sur le blanc environnant. Il reconnut des visages dans la foule, dont ceux de ses amis venus le soutenir. Kakashi n'écouta pas l'éloge funèbre. Il n'arrivait même pas à regarder le portrait de la jeune fille sur l'autel. S'il le faisait, il s'effondrerait en hurlant. Or, il avait encore des choses à faire. Il ne se rendit compte que c'était fini que quand une main se posa doucement sur son épaule. En se retournant, il vit qu'Haruo et Ran se tenaient devant lui. Ils avaient fait le voyage depuis l'autre bout du pays pour assister à la cérémonie et leurs visages dévastés faisaient écho à l'horreur qui ne le quittait plus depuis une semaine. Haruo le prit dans ses bras et le serra avec force. Aujourd'hui cependant, même lui n'avait pas le pouvoir d'apaiser sa peine.
_ Je suis tellement désolé Kakashi, murmura-t-il.
_ Moi aussi, s'entendit-il répondre.
Quand Haruo recula, il put voir que de grosses larmes roulaient sur les joues de Ran. Il imaginait très bien ce qu'elle devait ressentir à la perte de celle qui était une sœur pour elle... Il voulut lui dire quelque chose pour la réconforter mais avant d'avoir pu penser à quoi que ce soit, il remarqua deux silhouettes qui se tenaient un peu en retrait. L'une était un homme de haute taille dont le visage était ravagé par le chagrin. L'autre était une femme plus petite qui ressemblait trait pour trait à Ran et dont l'expression était bien au delà du chagrin. Ses parents probablement. Il se souvint que c'était eux qui avait eu la garde d'Hana à la mort de sa mère et son estomac se crispa quand il imagina ce qu'ils devaient vivre. Ran s'essuya les yeux pour faire les présentations.
_ Maman, Papa, je vous présente Kakashi... Kakashi, mes parents, Emiko et Akinaru.
Une lueur de compréhension passa dans leurs yeux, comme s'ils le connaissaient. Ce qui était probable, il avait une réputation après tout. Mais ce n'était pas pour ça qu'ils le regardaient.
_ Nous savons ce que vous représentiez pour … Hana, articula Akinaru avec difficulté. Elle... elle nous avait parlé de vous.
Kakashi était surpris mais il n'en dit rien. Il se contenta de hocher la tête.
_ Nous mesurons l'ampleur de votre perte, continua le père de Ran. Si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas.
_ Merci. Je suis... je suis désolé pour vous aussi et...
Il n'arriva pas à la fin de sa phrase. Emiko qui le regardait attentivement depuis quelques minutes s'avança brusquement vers lui. Avant d'avoir compris ce qu'elle voulait, elle passa les bras autour de lui pour l'attirer contre elle. Sa première réaction fut de se figer à ce contact inattendu. Que faisait-elle ? Il ne la connaissait que depuis deux minutes enfin ! Mais cette pensée ne dura qu'une seconde. Car c'était une mère qui l'enlaçait. C'était une mère qui cherchait à le réconforter. Il ne se souvenait pas avoir connu ce genre de contact. Sa propre mère était morte quand il n'avait que trois ans et il n'en avait qu'un souvenir très flou. Et cette façon si maternelle, si désintéressée d'accueillir son chagrin le bouleversa jusqu'au cœur de son être.
_ Ça va aller, lui murmura-t-elle en lui tapotant le dos. Ça va aller...
Il fut incapable de répondre. Ces simples mots menaçaient de faire voler en éclats les murs qui retenaient sa douleur prisonnière et il n'était pas prêt. Il avait encore des choses à faire avant de s'y abandonner...
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Le lendemain des funérailles, il fallut s'occuper des affaires personnelles d'Hana. Ran devait l'aider à trier l'appartement pendant qu'Haruo irait à la caserne vider son casier. Pour l'heure, il se trouvait devant la porte d'entrée sans se résoudre à l'ouvrir. Il avait peur. Peur de perdre la raison en découvrant l'univers de la jeune fille séparé à jamais de sa présence. C'est là que le trouva Ran qui amenait des cartons, à contempler la poignée, ce qui lui fendit le cœur. Elle s'efforça de garder une voix égale.
_ Tu veux que je m'en charge Kakashi ? Demanda-t-elle en lui effleurant le bras de sa main.
Il fixa la porte du regard encore quelques secondes puis inspira profondément.
_ Je vais le faire.
Il ouvrit la porte et pénétra dans l'entrée. L'odeur d'Hana était si présente qu'il eut immédiatement du mal à respirer. La main de Ran se posa une nouvelle fois sur son bras.
_ Ça va aller, souffla-t-elle.
C'était impressionnant à quel point elle ressemblait à sa mère, songea Kakashi. Ran commença à faire le tour de la pièce. Tout ce qui était photos, livres, objets personnels, elle les glissa dans des cartons. Il admira la force dont elle faisait preuve. Songeant que c'était le moins risqué, Kakashi s'occupa de la cuisine, qu'il fallait débarrasser de ses denrées périssables. On voyait qu'Hana n'était pas souvent chez elle car il n'y avait pas grand chose. Sa tache fut vite terminée. Il rejoignit Ran dans l'autre pièce.
_ Tu veux garder quelque chose ? Demanda-t-elle en levant la tête.
_ Non... Je ne préfère pas.
_ Pas même une photo ?
Il connaissait les photos qui ornait l'appartement d'Hana. Il n'y en avait que trois : une avec sa mère, une de quand elle était genin avec son équipe et une avec Ran quand elles étaient adolescentes. Ces images avaient plus de valeur pour Ran qui l'avait connue à ces âges là.
_ Non. Elles sont plus précieuses pour toi. Garde les.
_ D'accord. Merci.
Pendant qu'elle continuait sa tache dans la salle de bain, Kakashi passa dans la chambre. Là aussi, l'odeur d'Hana était tellement puissante qu'il sentit ses yeux le picoter. Toujours pas le moment de craquer, songea-t-il. Il mit dans un grand carton tous les rouleaux de techniques de la jeune fille, ainsi que son livre généalogique. Ça, il savait ce qu'il devait en faire. Il ne put se résoudre à s'occuper des vêtements. Il repassa dans le salon et vit que la pile de cartons n'était pas bien haute. Comme lui, Hana n'avait pas beaucoup d'affaires personnelles. Haruo arriva sur ces entrefaites. Ce qu'il ramenait tenait dans un sac à dos. Voilà qu'il n'allait pas élever la pile.
_ J'ai discuté avec le propriétaire, annonça Haruo d'une voix fatiguée. Il est d'accord pour qu'on laisse les meubles et il louera l'appartement comme ça. On peut donc se contenter d'emporter ses affaires personnelles.
_ Quel soulagement de ne pas avoir à démonter les meubles, fit Ran en ajoutant un petit carton à la pile.
_ Tes parents arrivent, ajouta Haruo. Ils sont allés régler les derniers détails administratifs.
_ Je m'en vais, lâcha brusquement Kakashi.
Le regard surpris des deux autres lui fit savoir qu'il avait parlé à voix haute. Mais il fallait qu'il s'en aille. Il étouffait. Il ne pouvait plus rester dans un lieu qui regorgeait d'autant de souvenirs...
_ Je m'occupe de ce carton, ajouta-t-il. Si vous avez besoin de moi, je serai chez moi.
_ Bien sûr, dit Haruo. On gère ici, tu peux y aller.
_ Merci.
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Kakashi quitta les lieux sans un regard en arrière. Il n'en pouvait plus, il sentait l'émotion monter en lui et menacer d'exploser. Mais il lui restait une dernière tâche à accomplir. Affrontant la neige, il marcha d'un pas vif vers le nord du village avec son carton dans les bras. La bibliothèque de Konoha disposait d'une salle d'archives personnelles, mises sous clé. Quand un clan s'éteignait ou qu'une personne mourrait sans laisser de descendant, on pouvait confier à la bibliothèque les documents papier des défunts. D'autres se servaient de ce dispositif pour mettre en sécurité des documents importants. Kakashi entra dans la bibliothèque et demanda au réceptionniste un coffre dans cette salle. Ils descendirent de plusieurs étages sous terre pour atteindre une pièce aux dimensions inimaginables. C'était la première fois que Kakashi y venait et il ne pouvait s'empêcher d'être impressionné.
_ À quel nom souhaitez-vous prendre ce coffre ? Demanda l'homme.
_ Asakura. Avec un A.
_ Un coffre plutôt grand, si j'en juge par votre carton ?
_ Oui.
_ D'accord, suivez moi s'il vous plaît.
Il l'emmena le long de plusieurs rayonnages, tourna dans la section des A et en bout de rangée, lui désigna un coffre sur une étagère du bas.
_ Vous pouvez utiliser celui ci. N'oubliez pas de mettre le nom sur l'étiquette après avoir refermé le coffre. Je vous attends à l'entrée. Prenez votre temps.
_ Merci.
Kakashi posa son carton au sol et s'assit face au coffre. Il transvasa soigneusement chaque rouleau, les rangea méticuleusement. Il ajouta le livre généalogique sur le dessus puis soupira. Il restait un dernier élément à cacher ici. De la poche intérieure de sa veste, il tira un autre rouleau. La copie des souvenirs d'Hana. L'année précédente, elle avait finalement maîtrisé cette technique consistant à consigner ses propres souvenirs sous la protection d'un sceau. Elle avait confié une copie à Kakashi, une à Haruo et une à Ran qui l'avait laissée chez ses parents quand elle avait quitté Konoha pour le rejoindre. Elles étaient inutiles à présent mais Kakashi ne se voyait pas jeter le rouleau. Il était précieux. Il n'avait pas dit à Ran et Haruo qu'il comptait mettre le sien ici. Avec un dernier soupir, Kakashi posa le rouleau dans le coffre et fit tourner la clé dans la serrure. Il entendit un mécanisme complexe s'enclencher puis un clic sonore lui indiqua qu'il était verrouillé. Il inscrivit le nom d'Hana sur l'étiquette puis reposa le coffre à sa place sur l'étagère. Il replia le carton sous son bras et quitta la pièce, là aussi sans un regard en arrière.
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Enfin, il rentra chez lui et s'adossa à la porte en soupirant. Son regard tomba sur le sabre et le masque d'Hana, abandonnés sur la table. Il enleva sa veste et s'approcha lentement. Il avait prévu de laisser le sabre à Haruo et Ran mais le masque de tigre... Du bout des doigts, il le caressa puis le prit pour le passer sous l'eau. Il le débarrassa du sang qui le constellait et le sécha délicatement. Puis il alla s'agenouiller devant sa commode. Il ouvrit le tiroir du bas où se trouvait son propre masque et le posa par terre. De sa poche, il tira un sac en soie blanche, celui réservé aux masques des défunts. Il ne souhaitait pas le faire brûler comme les autres masques de l'ANBU pour le moment. Il le plaça dans le sac et le rangea dans le tiroir avant de poser le sien par dessus. Voilà, songea-t-il en s'asseyant contre le meuble... Il avait fait tout ce qu'il avait à faire. Cette réalisation fit voler en éclats les murs qui tenaient sa douleur à distance avec la force d'une déflagration. Cette peine qu'il s'était interdit d'éprouver ces dix derniers jours le frappa si vivement qu'il en eut le souffle coupé. Une fois de plus, on lui avait arraché un être cher. Elle n'était plus là. Cette pensée lui déchira la poitrine et il s'entendit gémir. Il craquait. Prenait pleinement conscience de l'horreur de sa situation. Elle avait disparu à jamais. Il ne pourrait plus la toucher, sentir son odeur sur elle, voir son sourire. Il ne l'entendrait plus pester, rire ou lâcher un sarcasme. Il ne la verrait plus au retour de mission. Elle ne serait plus assise à sa table à l'écouter parler. Elle ne serait plus blottie contre son dos la nuit. Tout ça avait disparu avec elle. La douleur qui oppressait sa poitrine devint insupportable. Et pour la première fois depuis une éternité... il pleura.
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Le contre coup de cette crise le laissa léthargique pendant un bon mois. Quand il toucha le fond, l'idée du suicide revint le tenter mais il estimait que s'il avait survécu à la douleur de la perte de son père, de ses équipiers et de son maître, il finirait par surmonter celle de la disparition de la femme qu'il aimait. Ou alors une mission qui se passait mal pouvait suffire à faire le travail à sa place. Un coup de pouce du destin. S'inquiétant pour lui, Ran et Haruo passèrent le voir plusieurs fois, notamment pour lui apporter à manger et le forcer à s'alimenter, ce qu'il fit docilement. Quand ils durent rentrer chez eux à l'autre bout du pays, ses amis prirent le relais. Kurenai passait pour voir s'il mangeait. Asuma venait traîner chez lui, en lui parlant de choses et d'autres. Gai fut le seul à arriver à le traîner dehors. Au début, il se contenta de l'emmener se promener dans le village. Puis, quand il vit que Kakashi semblait reprendre lentement pied avec la réalité, il recommença à lui lancer des petits défis stupides. En janvier, il déménagea de l'autre côté du village. Il ne supportait plus le fantôme d'Hana chez lui. Au mois de février, Kakashi reprit les missions. Au mois de mars, il décida d'oublier Hana. Au moins le temps que la simple évocation de son nom ne lui troue plus la poitrine comme si on le poignardait. Au mois d'avril, il recala sa troisième équipe de genins. Suite à ça, il passa plusieurs jours avec le moral dans les chaussettes car en se souvenant qu'elle aurait dû faire partie des maîtres en charge d'équipe à cette rentrée, il avait rompu sa promesse de ne plus penser à elle et la souffrance remonta avec autant d'intensité que trois mois plus tôt. Au mois de septembre, il fut capable d'aller se recueillir sur sa tombe sans avoir l'impression de mourir de l'intérieur. Il était reconnaissant à ses amis de le soutenir inconditionnellement, de supporter son humeur très inégale et de respecter son souhait de ne plus parler d'Hana. En s'accrochant à l'idée que cette sensation d'oppression dans la poitrine finirait par passer, il réussit à continuer à vivre, un jour après l'autre. Au mois d'avril suivant, il recala sa cinquièmeéquipe de genins. Il en vint à croire qu'il n'aurait jamais d'élèves.
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Avril
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Il faisait beau sur Konoha. Le printemps s'installait tranquillement sur le pays du Feu. Kakashi enfila sa veste de jounin et glissa une liasse de papiers dans une de ses poches puis sortit. Il appréciait le bourdonnement de vie du village qui commençait sa journée. Aujourd'hui, il faisait une nouvelle fois passer le test de sélection pour les équipes de genins. S'il était honnête avec lui même, il devait admettre qu'il n'y croyait plus vraiment. Il avait quand même refusé cinq équipes jusque là... Peut-être qu'il n'arrivait pas à s'ajuster à ces enfants qui avaient été élevés différemment. Après tout, Asuma et Gai avaient réussi à former une équipe chacun. Gai était même en charge de sa deuxième équipe depuis l'année précédente. Asuma allait certainement en prendre une nouvelle cette année, de même que Kurenai, fraîchement promue jounin, qui se présentait pour la première fois. Mais lui, cela semblait impossible. Il lui avait fallu du temps, presque deux ans, pour reprendre goût à la vie. À présent, il prenait les choses comme elles venaient, sans faire de plans pour l'avenir. Au jour le jour. La situation de paix au village lui permettait de vivre comme cela. Et il se tenait à l'écart de toute nouvelle relation amoureuse.
Kakashi allait entrer dans l'Académie pour la réunion d'attribution des équipes quand il remarqua le Sandaime qui semblait attendre quelqu'un sur les marches du bâtiment. Il s'arrêta pour le saluer.
_ Maître, fit-il en s'inclinant respectueusement.
_ Bonjour Kakashi, je t'attendais.
_ Pour quelle raison ?
_ J'aimerai te parler et que nous allions quelque part tous les deux.
_ Maintenant ? J'ai une équipe qui m'attend pour le...
_ C'est au sujet de cette équipe. Ils peuvent t'attendre, ne t'inquiète pas.
_ Bon, capitula Kakashi avec une légère appréhension. Je vous suis alors.
Est-ce que le Sandaime allait lui dire d'y aller mollo cette année ? Kakashi ne voyait pas d'autre explication à cette étrange demande. Il suivit le Hokage en silence dans les rues du village, jusqu'à ce qu'ils atteignent un quartier résidentiel un peu délabré. Alors qu'ils parcouraient une série de passerelles en bois, le Sandaime reprit la parole.
_ Cette année est un peu spéciale, commença-t-il.
_ De quelle manière ?
_ Nous avons décidé qu'il était judicieux que ce soit toi qui t'en occupe.
Kakashi se contenta d'un regard interrogateur alors qu'ils s'arrêtait devant une porte en bois... qui n'était pas fermée à clé, constata-t-il.
_ Nous avons décidé de te confier Naruto, dit-il en entrant dans l'appartement. Tu sais qui il est n'est-ce pas ?
Kakashi eut un petit coup au cœur en entendant ce nom. Qui ne savait pas qui il était ? Ou du moins, en partie.
_ Vous parlez de Kyûbi ou... ? S'enquit-il en fronçant les sourcils.
_ Je parle du « ou » dans son identité en effet, fit le Sandaime avec un sourire appréciateur.
_ Oui, je sais qu'il est le fils de maître Minato. Personne ne le sait, n'est-ce pas ?
_ Tu es bien informé. Très peu de personnes savent en effet. Le but était de protéger Naruto le plus longtemps possible. Être le réceptacle de Kyûbi ne lui vaut déjà que haine, mépris ou indifférence. Il était inutile de le mettre plus en danger.
_ Il vit ici donc ? S'enquit Kakashi en regardant autour de lui.
L'appartement n'était pas très grand et ne comportait qu'une seule pièce avec salle de bain attenante. On y trouvait un fatras indescriptible. Un peu partout sur le sol traînaient des vêtements abandonnés, des rouleaux de techniques, quelques shurikens et des emballages de nourriture vides... surtout des ramens, nota Kakashi. Les murs étaient peu décorés. La vaisselle débordait dans l'évier. Dans un coin, un lit en désordre. Au milieu de la pièce, une table avec les restes abandonnés d'un petit déjeuner. Ce qui choqua le plus le jeune homme cependant, ce fut la solitude qu'il se dégageait de cette pièce.
_ Comme tu le sais peut-être, Naruto vit seul depuis des années, expliqua le Sandaime. Et on ne va pas se mentir, ça a été très dur pour lui, d'autant plus qu'il a toujours été rejeté par les habitants du village. Lui n'a appris pourquoi que la semaine dernière.
_ Pour Kyûbi vous voulez dire ?
_ Oui. De ce fait, il a un énorme besoin d'attirer l'attention pour se sentir exister. Et le meilleur moyen pour ça est de faire le plus de bêtises possibles en un minimum de temps. Il déborde d'énergie, est bruyant au possible, avec les capacités de concentration d'un moineau...
_ C'est très vendeur dit comme ça...
_ Je veux juste que tu comprennes... qu'il n'a jamais eu l'occasion d'être comme son père... dont il ignore l'identité, d'ailleurs, et cela doit continuer. Il s'est formé tout seul en plus de l'Académie, sans personne pour le guider alors il a des lacunes, c'est évident. Iruka, qui a formé cette promotion, m'a rapporté plusieurs fois que c'était un véritable cancre.
_ Je vois...
Pour assimiler ce qu'il venait d'entendre, Kakashi ramassa sur la table la brique de lait... et constata qu'elle était périmée depuis plus d'un mois. Il ne savait que penser de tout ça.
_ Et surtout, reprit le Sandaime, il est totalement imprévisible. En mal comme en bien. Honnêtement, je ne sais pas s'il est capable de passer ce test.
_ Pourquoi me le confier alors ? Vous savez que je n'ai encore admis aucune équipe, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ? Parce que j'étais l'élève de son père ?
_ Pas vraiment. Je comprends pourquoi tu n'as pas encore pris d'équipe. Ce que tu cherches est un peu difficile à comprendre pour des enfants si jeunes... Enfin bref. Peut-être que tu t'en doutes, mais plus Naruto va vieillir, plus il avancera dans sa formation de ninja, plus le sceau qui retient Kyûbi aura de chances de s'affaiblir, voire de céder. Tu es doué en sceaux, nous pensons donc que tu es qualifié pour le surveiller. Deuxièmement... je pense qu'il a besoin d'un maître comme toi pour révéler son potentiel. Et puis, tu sais t'y prendre avec ce genre de garnements.
_ C'est noté maître, dit-il en soupirant intérieurement.
_ Ah une dernière chose. Dans cette équipe, il y a aussi Sasuke Uchiha. Bonne chance !
Eh bien, ça promettait ! Si jamais il recalait à la fois le fils du Yondaime et l'héritier du clan Uchiha, on ne le laisserait plus jamais en paix.
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Sur le trajet pour regagner l'Académie, Kakashi se perdit dans ses pensées. C'était une équipe particulière qu'on lui confiait cette année. S'il ne connaissait pas encore le nom de la demoiselle qui complétait l'unité, il était quasiment certain qu'elle aussi serait un cas. Il aurait préféré ne pas hériter de cette responsabilité. Mais c'était surtout Naruto qui occupait ses pensées. Il avait toujours su qui il était, comme tout le monde au village. Il l'avait même croisé une fois quand il était petit. Mais il ne s'en était jamais préoccupé. Sa vie dans l'ANBU l'avait longtemps coupé des petites histoires du village. Et maintenant qu'il en découvrait plus au sujet de Naruto, la culpabilité revenait chatouiller sa conscience. Car ce qu'il avait appris sur la cause de sa solitude lui semblait profondément injuste. N'importe quelle famille aurait pu le prendre en charge à la mort de ses parents. Il aurait suffit de dire qui ils étaient. Mais non, il avait fallu qu'il soit présenté uniquement comme le porteur du démon renard. Et forcément, avec les pertes que l'attaque de ce dernier avait provoqué, Naruto avait été rejeté. Kakashi songea alors à l'autre cas particulier de son équipe, Sasuke. Il n'était pas certain que sa situation soit plus enviable : se faire arracher toute sa famille par son frère avait dû laisser des traces graves et probablement indélébiles sur le garçon. S'ils passaient le test, il aurait l'occasion de creuser tout ça. Bien entendu, il ne ferait pas de favoritisme et il n'abaisserait pas ses exigences pour eux. À eux de le convaincre.
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Il était maintenant très en retard. Plusieurs heures. Il se doutait qu'il ne resterait plus personne pour le présenter à ses futurs élèves. Il ne lui restait donc plus qu'à le faire lui même. En arrivant à l'Académie, il monta au premier étage en espérant qu'ils étaient toujours dans la salle et pas dispersés dans la cour intérieure. Il attrapa le panneau de la porte entrouverte et le fit coulisser... pour se prendre un truc plein de poussière de craie sur la tête ! Fantastique comme entrée. Cette chute déclencha un fou rire dans la salle. Il reconnut Naruto à ses cheveux blonds alors qu'il continuait de se marrer.
_ Il s'est fait avoir ! S'exclamait-il entre deux éclats de rire tonitruant.
_ Pardon professeur, fit la fille aux cheveux rose, j'ai essayé de l'en empêcher mais...
Elle ne semblait pas très sincère en disant ça. Comme si intérieurement, elle riait aussi. Assis à une table, les mains croisées devant son visage, Sasuke le regardait comme s'il n'arrivait pas à croire qu'il se soit fait avoir. Leurs pensées s'affichaient avec tellement de clarté sur leur visage que ça en était comique. Il était temps de démarrer la guerre psychologique. Il les regarda tour à tour en souriant sous son masque.
_ Eh bien les enfants, ça commence bien. La première impression que vous me faites est … vraiment très mauvaise.
Et voilà, on a rejoint le début du manga! Je crois que je ne m'étais jamais imaginée en arriver à ce stade de l'histoire, ça me fait bizarre. Mais je suis contente de l'avoir fait. En tout cas, j'espère que ça vous a plu et que ce n'était pas trop déprimant à lire.
Concernant la suite, elle reprendra l'histoire après la fin de Naruto, juste après la guerre. J'appréhende un peu de devoir manipuler autant de personnages haha. On verra bien !
Merci d'avoir lu, à bientôt pour la suite ! ^^
