Une petite suite qui j'espère vous ... stressera ! lol !

Merci à vous tous pour vos commentaires et vos reviews qui sont toujours aussi sympathiques.

Bonne lecture et à bientôt !

Chapitre 12

Dans la chambre, les deux hommes en uniforme patientaient chacun à leur manière. L'un était vautré sur le lit, son ventre bedonnant atteignant la moitié de ses cuisses. Ses joues pigmentées de multiples plaques rouges lui donnaient un air jovial mais ne laissaient aucun doute quant à ses petits travers de boisson. Le second, bien plus frêle, franchement plus pâle et vraiment plus jeune, était assis bien droit sur une chaise, visiblement prêt à bondir au moindre mouvement.

- Te bile pas, tenta le plus gros pour le rassurer. Ca fait qu'trente minutes qu'on est là. Il va arriver et on l'aura par surprise. Y a pas de doutes là-dessus !

- Chuuuut ! Lui chuchota son collègue qui trépignait sur sa chaise. Il pourrait t'entendre. Et puis l'arrestation de l'autre n'a pas été si simple que ça. J'te rappelle qu'on n'est qu'deux !

- Bah, les autres vont pas tarder à revenir ! Et puis, il n'a quand même pas résisté à la crosse de mon fusil, le caïd …

- Ouais mais il avait déjà eu la force de méchamment amocher Jay et Garret. Et d'après c'qu'on sait, c'est le plus jeune donc le moins dangereux des deux.

Le plus vieux haussa les épaules et les laissa retomber mollement, tout en soupirant. Au moins, il avait essayé.

Quelques minutes plus tard, des pas chancelants mais massifs se firent entendre dans le couloir. Ils s'arrêtèrent juste de l'autre côté de la porte. Les deux hommes échangèrent un regard entendu, sautèrent de leur position et se placèrent de chaque côté de l'ouverture.

- Sam ! J'ai pas la clé, cria une voix grave et rauque.

La porte ayant déjà été défoncée par leurs collègues, la serrure ne tenait plus rien. Du coup, lorsque l'homme s'appuya sur le battant, il ne rencontra aucune résistance et il s'effondra de tout son long dans la chambre.

- Put… de bor … de m… ! Fait ch … ! Essayait de jurer la loque avachie à même le sol.

Il gesticulait de manière totalement désorganisée afin de se redresser mais le taux d'alcool qui circulait indubitablement dans son sang avait pris le dessus.

- Ben, tu vois ! C'était pas si compliqué qu'ça ! Constata le plus gros en lui passant les menottes devant son collègue éberlué. Il s'en tient une bonne le bougre ! Appelle le central ! Informe-les que c'est pas la peine de venir nous prêter main forte. On tient Dean Winchester, ajouta-t-il fièrement, le sourire aux lèvres.

Après avoir s'être évertué à refermer la porte, ils trainèrent leur prise à travers le couloir désertique. L'hôtel n'avait que peu de clients et leurs interventions n'avaient heureusement pas attiré l'attention. Ils décidèrent de repasser plus tard pour récupérer les effets personnels de ces deux criminels, l'important étant d'avoir réussi à les appréhender. Et puis, ils avaient déjà fait la razzia sur les armes et il ne restait plus rien d'intéressant : deux sacs de fringues, un ordi portable et ce journal né des élucubrations d'un gros taré mental.

Ils sortirent par la porte de service à l'arrière du bâtiment où ils avaient bien planqué leur véhicule afin d'être le plus discret possible. Ils passèrent devant un sans domicile fixe, sans lui prêter la moindre attention. L'homme de loi bedonnant appuya sur la tête de son prisonnier pour le faire pénétrer dans la voiture de fonction. Menotté, le détenu vociférait comme il pouvait que les flics n'étaient que des « trous du cul » qui passaient leur temps à « emmerder » les pauvres gens !

xxx

Lorsqu'il émergea enfin, ses paupières étaient lourdes, il avait un affreux mal de tête et son dos le faisait atrocement souffrir. Quand il prit connaissance du lieu où il se trouvait, il se dit qu'il aurait bien mieux fait de garder les yeux fermés. L'odeur infecte - subtile mélange de transpiration, de crasse et d'urine - de ce qui devait être un matelas, le fit se redresser. Assis sur la banquette, il avait du mal à respirer. Il était enfermé dans une cellule si petite qu'il se demandait où il pouvait bien prendre l'air qui lui permettait encore de subsister. Il n'aimait pas du tout être là, vraiment pas du tout ! La sueur perlait sur ses tempes, alors il commença par s'asperger d'eau à l'immonde petit lavabo qu'il trouva dans un coin de la pièce juste à l'extrémité de ce qui faisait office de lit. Appuyé sur la vasque, il n'en restait pas moins très mal en point. Il ne savait même pas depuis combien de temps il était confiné ici. La seule chose dont il était sûr, c'était qu'il voulait partir et le plus tôt serait le mieux.

Il se rassit un moment, s'exhortant au calme. Qu'est-ce qui était le pire dans cette situation ? Le fait d'être enfermé dans ce sinistre réduit puant ? Celui d'être seul ? Ou encore celui de n'avoir aucun espoir que Dean vienne à son secours ? Parce qu'il fallait être lucide : son frangin ne savait même pas qu'il était là. Et même s'il le savait, il n'aurait peut-être pas envie de lui venir en aide parce qu'il fallait bien avouer qu'ils ne s'étaient pas vraiment séparés en d'excellents termes tout à l'heure. Et enfin, dans le cas où il lui aurait pardonné et chercherait malgré tout à le sortir de là, il n'avait aucun moyen d'y parvenir, son amnésie étant un frein à sa logique de chasseur. En conclusion, s'il ne trouvait pas une solution par lui-même, il était foutu ! L'ennui c'est qu'il avait du mal à réfléchir avec cette claustrophobie qui le prenait à la gorge. Il se surprit à prier pour un miracle. Dean n'avait peut-être pas la foi mais lui l'avait pour deux ! Alors il se concentra, espérant que son aîné retrouve la mémoire, souhaitant plus que tout voir le visage de son grand frère passer cette porte pour le faire sortir de là, exigeant que tout redevienne comme avant son amnésie ! Dire que tout ça ne serait jamais arrivé s'il n'avait pas abandonné Dean aux griffes de ce wendigo. Maintenant qu'il y repensait, il s'apercevait que depuis ce moment, il n'avait cessé d'accumuler les erreurs. La culpabilité le rongeait alors il était grand temps pour lui de se reprendre et de remédier à tout ça. Sauf que pour le moment c'était impossible ! Contrarié, il se prit la tête entre ses deux mains avant de soupirer bruyamment. Finalement, heureusement que son frangin n'était pas là pour le voir dans cet état !

Il sentait qu'il était en train de devenir dingue. Il s'approcha de la porte et commença à tambouriner tout en demandant que quelqu'un vienne. Rapidement, le clapet qui fermait la petite fenêtre à barreaux s'ouvrit et il put voir le visage de l'homme en uniforme qu'il avait assommé en premier à l'hôtel.

- Tiens ! Déjà réveillé ? T'as pas l'air frais mon gars !

- S'il vous plait, y a pas d'air ici, laissez ça ouvert, s'il vous plait !

- Ah, tu fais moins le malin ! Estime-toi heureux que je ne sois pas rancunier. T'as une sale gueule ! Tu devrais rester assis le temps que les fédéraux viennent te chercher.

- Quoi ? Quels fédéraux ?

- Ceux qui nous ont demandé d'aller vous cueillir à l'hôtel, ton frère et toi.

Il déglutit, son inquiétude se transformant en une angoisse profonde. L'arrivée du FBI n'était pas une excellente nouvelle mais le pire c'était de penser que Dean allait certainement se faire arrêter aussi, si ce n'était pas déjà fait !

- C'qu'il est lourd ce con ! Entendit-il un peu plus loin dans le couloir. Eh, Garret ! Viens nous aider !

- Tiens, ben quand on parle du loup ! J'crois que ton frère vient de nous honorer de sa présence ! Lui lança son geôlier avant de rejoindre ses coéquipiers.

Il plaqua sa tête contre la porte, augmentant légèrement sa vision du couloir. D'où il était, il voyait deux policiers traînant un troisième homme, apparemment mal en point. A cette distance, la carrure du prisonnier correspondait parfaitement à celle de son frère et son cœur eut un raté. Cette fois c'était la fin. Ils étaient foutus tous les deux ! Les trois brutes balancèrent leur détenu sans ménagement au fond d'une cellule et il fut traversé par une irrépressible envie de les tuer.

- OK, Sammy, murmura-t-il pour lui-même comme si son aîné s'adressait à lui. Tu te calmes et tu réfléchis. Il faut trouver un moyen de nous sortir de là.

- Quand je pense que ces cons du FBI pensaient qu'on ne serait pas à la hauteur, fanfaronnait l'un des hommes au bout du couloir, un petit jeune tout maigrelet et apparemment très zélé. J'ai hâte de voir la tête de cet Henriksen quand il verra qu'on a arrêté, à nous tout seuls, les deux Winchester. J'vois pas pourquoi il faut prendre toutes ces précautions, franchement. Entre le grand nigaud et le gros poivrot, y a pas de quoi baliser !

Son sang ne fit qu'un tour et il fantasma à l'idée de tordre le cou à cette espèce de gringalet sans cervelle.

- Ben, tu sais pas tout, fit le fameux Garret. Le chef vient de recevoir un appel du Big Boss. Apparemment il envoie une première équipe, qui ne devrait pas tarder, pour conduire le plus jeune à la prison fédérale. Il exige des convois séparés et c'est ce Henriksen qui se chargera du poivrot plus tard dans la nuit.

. Il digéra mal cette information. Une fois ses esprits retrouvés, il héla les trois hommes :

- Hé, vous là ! Oui, vous ! De quoi parlez-vous ?

Le nez aquilin de l'agent de police maigrelet surlignait son arrogance. Il approcha d'un pas nonchalant de la cellule de Sam avec un air supérieur. Un sourire narquois aux lèvres, il pencha légèrement la tête sur le côté et lança :

- Eh ouais ! T'as bien entendu, mon gars ! Tu vas bientôt nous quitter.

- Non, ce n'est pas possible ! Je dois rester avec mon frère !

- Oh, excusez-nous, votre altesse ! Ironisa le gringalet auquel il aurait bien écrasé son poing sur sa p'tite tête de fouine. Nous avons oublié de prendre en compte vos désirs les plus chers !

- Mais mon frère est amnésique ! Il … Il a besoin de moi ! Tenta-t-il d'expliquer.

Si Dean et lui étaient séparés, c'était plus que foutu, c'était mort ! Il devait absolument faire son possible pour le rejoindre.

- A d'autres, mon gars, intervint Garret. Je suis les ordres du patron et il a bien précisé de ne pas vous laisser en contact tous les deux. C'est pour ça que vous partez tout de suite avec l'agent Morrison. Et votre frère aura la joie d'être escorté et interrogé par l'agent Henriksen, dès qu'il sera parmi nous. Quelque chose me dit qu'il ne va pas avoir le choix, votre frangin : sa mémoire va devoir lui revenir très vite.

- Non, je refuse ! Je ne sortirai pas d'ici avant d'avoir vu mon frère.

- Désolé, princesse, mais on ne te demande pas ton avis, s'énerva le troisième homme.

- J'ai le droit de passer un coup de fil, lança-t-il avec l'espoir de joindre Bobby.

- Tu verras ça avec ton hôtesse de voyage. Nous, on a ordre de te garder au chaud ici, railla le gringalet tout en refermant la petite trappe.

Ses poings étaient tellement serrés qu'il sentait ses ongles s'incruster dans ses paumes. Il frappa violemment la porte dans un geste rageur. La douleur occasionnée ne suffit pas à le calmer. Il commença à arpenter sa cellule quand il entendit la porte blindée au bout du couloir s'ouvrir. Il se raidit et mit tous ses sens en alerte. Lorsqu'il comprit que l'un des policiers supposait que le nouveau venu était Morrison, il tressaillit. Si ce mec comptait l'emmener loin de son frère, il devrait d'abord le tuer. Haletant, il se prépara à tous les affronter avant de se coller à la porte et de froncer les sourcils pour mieux se concentrer sur la voix de l'agent.

- J'ai appris que c'était vous qui aviez réussi l'exploit d'arrêter les Winchester. Je vous félicite messieurs. C'est vraiment du bon boulot.

- Oh vous savez, nous n'avons pas beaucoup de mérite.

- Vous plaisantez, ce p'tit con me pourrit la vie depuis un bail !

- Vous voulez qu'on vous escorte jusqu'à votre véhicule ?

- Non, non, ça ira. Vous n'avez qu'à lui mettre les menottes et je me charge du reste. Je vous assure qu'à partir de maintenant il va être doux comme un agneau et qu'il va m'obéir au doigt et à l'œil !

Le bruit métallique de la clé dans la serrure précéda l'ouverture de la porte, laissant apparaître l'agent et ses trois sbires.

xxx

Tous ses efforts furent récompensés au moment où il put contempler la tête effarée de son jeune frère ! Non, vraiment, ça valait tous les sacrifices du monde ! S'il n'avait pas été entouré de tous ces hommes en uniformes, il se serait foutu de lui ouvertement mais il avait dû se contenter d'en rire intérieurement jusqu'à ce qu'il ait définitivement prit congé de ces abrutis de flics qui les avaient laissé s'enfuir sans discuter. Finalement, ce fut bien plus simple qu'il ne l'avait imaginé.

Lorsqu'il fut certain d'être hors de vue, il desserra sa cravate de sa main valide avant de tendre la clé des menottes à son frère et l'entraîna ensuite vers l'Impala qu'il avait stationné deux rues plus loin. Tout en lui fournissant les clés de la voiture pour qu'il conduise, il lui lança son plus joli sourire moqueur, histoire de lui faire remarquer qu'il faisait une tête drôlissime. Son cadet lui offrit donc une moue boudeuse lui indiquant qu'il avait saisit l'allusion.

Sans plus attendre, ils s'installèrent et le doux ronronnement de la Chevrolet s'éloigna du poste de police.

- J'le crois pas … s'exclama aussitôt Sam, véritablement enjoué. T'as réussi ! Comment c'est possible ? Tu m'étonneras toujours, Dean !

- Toute cette confiance que tu m'portes, ça me va droit au cœur, Sam ! Ironisa-t-il jusqu'à ce qu'il voit son cadet se rembrunir. Pourquoi tu fais cette tête ? T'as l'air déçu.

- Quoi ? Non, c'est rien …

- Sam ! .

- C'est juste que quand j't'ai vu tout à l'heure, je me suis dit que si tu avais réussi à me sortir de là c'est que tu avais retrouvé la mémoire, lui expliqua-t-il avec un sourire contrit. Mais de toute évidence ce n'est pas le cas.

- Ben oui, c'est vrai, je suis toujours amnésique. Désolé de te décevoir. Mais, comment tu le sais ?

- Oh ! C'est rien. C'est juste un détail. C'est … la façon que tu as de m'appeler. Je sais que c'est bête mais …

- Et comment j't'appelle d'habitude ?

- M'en veux pas mais j'préfère ne pas te l'dire. Je sais que quand tu me rappelleras comme ça, ça sera parce que tu auras retrouvé la mémoire alors …

- Je comprends, assura-t-il tout en réfléchissant à ce nouveau casse-tête.

- Mais tu ne me déçois pas, Dean !

- Quoi ?

- Tout à l'heure, tu t'es excusé de me décevoir. Mais ce n'est pas le cas ! Tu ne m'as jamais déçu, Dean. Et je te rappelle que tu as réussi l'impossible. Comment t'as fait ? Raconte-moi, s'il te plait. J'veux tout savoir.

Putain, c'était tout lui, ça ! Ca faisait à peine cinq minutes qu'ils étaient ensemble et il voulait déjà « tout savoir » alors qu'il n'était même pas foutu de répondre simplement aux questions que lui, son aîné amnésique, lui posait ! Mais étrangement, malgré cette constatation, il se surprit à entamer son récit.

Il commença par lui dire qu'il était inutile de retourner à l'hôtel, que toutes leurs affaires étaient dans le coffre et qu'ils feraient mieux d'en profiter pour sortir de la ville. Ensuite il relata son entrevue primordiale avec le sans abri qui avait précédé le moment où il l'avait vu se faire embarquer. Il expliqua que, ne sachant pas quoi faire, il avait appelé Bobby …

- Ah bon ? Mais qu'est-ce qu'il t'a dit ? Le coupa son jeune frère.

Passablement agacé, il le fixa, tentant de lui faire comprendre qu'il aurait les réponses à ses questions s'il cessait de l'interrompre. L'expression qui apparut sur le visage de son frangin montra clairement qu'il avait reçu le message et il put poursuivre son histoire. Il raconta donc rapidement la conversation téléphonique et expliqua comment leur ami s'était occupé de transmettre au poste, l'ordre de mission qui lui avait permis d'aller le récupérer. Et comment, de son côté, il était allé rejoindre l'homme de la ruelle. Il avait prétexté qu'il voulait se faire pardonner de l'avoir heurté en lui offrant une nuit à l'hôtel. Ne pouvant décemment pas y entrer dans cette tenue, il l'avait aidé à se débarbouiller et avait même eu la « gentillesse » d'échanger ses vêtements avec lui ! Cette ignoble manipulation le mettait mal à l'aise mais avait-il eu réellement le choix ? Il lui avait ensuite fourni le numéro de la chambre tout en lui indiquant qu'il devrait frapper à la porte et demander à un dénommé Sam de lui ouvrir parce qu'il n'avait pas la clé. Etant donné l'état d'ébriété dans lequel se trouvait cet homme, il n'avait pas posé de questions et avait parfaitement réussi sa mission ! Lorsque tous les indésirables avaient évacué l'hôtel, il avait regagné la chambre et s'était préparé. Le plus compliqué, mis à part craquer un peu plus l'extrémité de la manche de sa chemise pour que son plâtre puisse passer, avait été de nouer la cravate autour de son cou. Puis il avait retiré son énorme pansement sur la tempe pour découvrir que sa blessure guérissait plutôt bien. Avec un sourire lumineux, il désigna de son index la cicatrice au dessus de son oreille gauche pour prouver ses dires. Puis il avait rassemblé toutes leurs affaires et les avait balancées dans le coffre où il avait récupéré un colt, histoire de parfaire sa tenue d'agent du FBI. Dans la boîte à gants, il avait trouvé l'insigne dont Bobby lui avait indiqué l'identité. Puis, contrairement à ce qu'il avait cru, conduire cette magnifique voiture, même avec un bras dans le plâtre, s'était avéré simple et plutôt jouissif. Ce fut son arrivée au poste qui constitua le plus gros risque. Deux choses l'inquiétaient : le fait d'être reconnu ou démasqué et la crainte de ne pas être à la hauteur et par conséquent, d'échouer. Il avait pris soin de placer sa veste sur son bras gauche pour camoufler son plâtre et il avait eu peur que cette précaution ne soit pas suffisante. Mais finalement, il avait été étonné de l'assurance dont il avait fait preuve auprès des forces de l'ordre. Il s'était aperçu que ça ne devait pas être la première fois qu'il faisait ce genre de choses, car il s'était senti très à l'aise avec ce mode de fonctionnement.

- En fait, on était plutôt mal barré mais je crois que les dieux étaient avec nous en fin de compte, conclut-il, aussi ravi que rassuré.

- Tu crois en Dieu toi maintenant ? S'étonna Sam, légèrement moqueur.

- J'en sais rien. J'te rappelle que j'ai perdu la mémoire et ce ne sont pas les informations précieuses que tu me fournis qui m'aident à la retrouver ! Lui reprocha-t-il franchement.

Comme il s'y attendait son frère détourna le regard et devint livide. En revanche, il fut surpris de le voir stationner l'Impala sur le bas côté de la route et se tourner vers lui pour finalement le fixer droit dans les yeux.

- Dean, euh … j'ai déconné et j'te demande pardon, s'excusa-t-il très sincèrement. J'aurais dû tout te dire depuis le début et c'est ce que je vais faire dès maintenant …

- Non !

- Non ? S'exclama Sam, les yeux arrondis par la surprise.

- C'est clair que tu vas tout me dire, confirma-t-il, mais pas maintenant. On verra ça plus tard. On a autre chose de plus urgent à faire pour le moment !

- Hein ? Qu… Quoi ?

- Te faire soigner ! Exigea-t-il, refusant catégoriquement d'entendre l'argumentation que son frère ne manquerait pas de lui opposer.

Encore une fois il fut étonné de sa réaction : Non seulement Sam ne broncha pas mais en plus il marmonna un « D'accord ! » entre ses dents qu'il maintenait serrées, afin de montrer clairement sa contrariété. Satisfait, il se détendit et savoura pleinement sa victoire pendant que son cadet reprenait la route.

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Plus qu'impatient, l'agent Henriksen déboula au poste, son insigne à la main, suivi de près par son collègue.

- Où sont-ils ? S'informa-t-il auprès de l'homme debout derrière le comptoir d'accueil.

- Qui donc ?

- Les Winchester ! S'énerva-t-il.

- Oh ! S'exclama l'homme en uniforme qui venait de se faire frapper par un éclair de compréhension. Agent Henriksen, je suppose ? Atterré, le concerné acquiesça d'un signe de tête tout en rapprochant sensiblement son insigne de son visage afin qu'il puisse mieux distinguer son nom sur la plaque. Mon collègue va vous conduire à sa cellule, indiqua le policier en fronçant les sourcils et en reculant d'un pas devant l'agression dont il s'estimait être la victime.

Ce n'est qu'une fois devant la porte de la cellule en question, qu'il comprit ce qu'il l'avait troublé dans les paroles de l'agent de l'accueil : « SA cellule » ! Pourquoi utiliser le singulier alors que le central les avait informés à peine une heure plus tôt qu'ils avaient arrêté les DEUX frères ? Soudain, il ressentit comme une appréhension.

Le flicaillon, qui les avait accompagnés jusque-là, enfonça la clé dans la serrure. Ce jeunot avait l'air plutôt fier de sa prise et il leur faisait comprendre d'une manière peu subtile, qu'ils devraient peut-être revoir leurs méthodes d'investigation et d'arrestation. Avec son nez aquilin, son air arrogant et sa taille fluette, il lui faisait penser à une fouine ! Une fouine qu'il aurait bien transformée en burger !

Il entra dans la cellule et s'approcha de l'homme qui était étendu à même le sol, face contre terre. Si la carrure correspondait tout à fait à l'aîné des Winchester, il n'en demeura pas moins que le doute qui avait surgi deux minutes auparavant prit de l'ampleur. De ses deux mains, il agrippa le torse du comateux et le retourna pour voir son visage avant de se redresser d'un bond.

- Putain ! C'est qui ça ? Hurla-t-il.

- Ben, euh … c'est Dean Winchester, bafouilla le gringalet, incertain.

- Putain ! S'époumona-t-il, avec la peur de comprendre. De rage, il balança son poing dans la porte. Puis il désigna de son index la loque sur le sol. Ca, j'sais pas qui c'est. Mais une chose est sûre c'est que c'est pas Dean Winchester ! Où est son frère ?

La fouine recula de deux pas devant le regard assassin de l'agent du FBI. Il lui fallut quelques secondes pour que les mots parviennent à franchir ses lèvres pincées.

- Ah, ben, c'est que Samuel Winchester est parti avec votre collègue, l'agent Morrison … C'est le Big Boss qui l'a demandé, se justifia-t-il prestement alors qu'Henriksen s'approchait de lui pour mieux lui faire la peau.

- On les retrouvera, s'interposa Reidy en essayant de le réconforter afin qu'il retrouve son calme.

Bien sûr qu'il les retrouverait ! Ca prendrait le temps qu'il faudrait mais il les aurait ! Et dans la mesure où ça ne serait pas pour ce soir, il décida de passer ses nerfs sur cette brigade d'incapables, en commençant par la fouine !