J'ai oublié de le mentionner, Natsuki est dans un hôpital psychiatrique pour enfants et adolescents.
Cela faisait plusieurs séances que Natsuki 'dialoguait' avec Tomoe Marguerite, sa nouvelle patiente. Cette adolescente de quinze ans avait été agressée sexuellement par un groupe de quatre camarades de classe de son école lors d'une fête arrosée. Depuis ce funeste événement qui avait entaché à jamais sa vie, elle s'était recroquevillée sur elle-même, elle s'était scarifiée la poitrine et les cuisses, coupé les cheveux pour ne plus attirer le regard 'répugnant' des hommes et elle s'était emportée dans la dépression. Elle avait développé une puissante androphobie (peur maladive d'être auprès des hommes), elle n'accepta pas la présence du sexe masculin sans faire une crise de nerf. C'était pour cette raison que Natsuki était son médecin traitant. Mais ayant un contact privilégié avec Marguerite, la bluette était devenue comme sa bouée de sauvetage, bien que la psychologue aux jades essaya de l'ouvrir aux autres employés féminins du centre, Tomoe ne faisait que confiance en elle et personne d'autre. Cela pouvait être problématique par la suite, soit une dépendance affective. Elle ne pourrait survivre sans la présence et les conseils de sa thérapeute, ce n'était pas le but de ce traitement. Alors c'était pour cette raison que son médecin la força à s'intégrer à un groupe de jeune femme de son âge, que son traitement médicamenteux soit donnée par des infirmières.
« Est-ce que tu veux parler ? Écrire ? Dessiner ou peut-être lire ? » Marguerite assise sur le canapé, balança de nervosité ses pieds. Elle n'avait pas parlé depuis ses premières consultations, aucuns mots ne semblaient vouloir s'échapper de sa bouche, peut-être un moyen d'auto-défense ou le traumatisme la coupa de son monde ? Pourtant son regard violine exprimait toute sa douleur et souffrance. Elle leva la tête vers la voix douce de son médecin qui se rapprocha d'elle, elle mit une chaise devant elle et s'assit en face d'elle. La beauté sombre avait un sourire bienveillant en lui donnant un bloc note avec des feuilles blanches ainsi que des crayons de couleur. La victime d'agression attrapa les objets et fixa son travail. Voyant l'hésitation, Natsuki se releva et s'assit à ses côtés sur le canapé, sans pour autant être trop proche. Elle déchira une feuille et prit un crayon orange.
« Tu peux dessiner tout ce que tu veux, ou gribouiller, mettre des mots, tout ce qui te plait, le but c'est de t'exprimer librement. Je vais aussi le faire, tu verras, je suis une grande artiste. Mes œuvres valent une véritable petite fortune. Tu es chanceuse de voir mon exceptionnel talent. » Tomoe observa timidement son ainée à la chevelure bleue qui était extrêmement concentrée à sa tâche, elle réfléchit un moment puis fit des traits et des ronds en pagaille.
« Tada ! Tu as vu, c'est un chef d'œuvre. C'est une femme et un chien. Le tableau se nomme… : La femme et le chien ? Bon c'est vrai, ce n'est pas très recherché comme titre mais le résultat est là. » Puis la protagoniste à la chevelure émeraude examina de près le dessin, la femme… c'était une tête ronde avec un trait pour le corps et un triangle pour la jupe, le chien…une tête triangulaire avec des ronds pour yeux et un corps qui ressemblait à la forme d'une saucisse, et les pattes, des traits verticaux. Elle se mit à rire sous le regard attentif de Kuga, la patiente détourna la tête d'embarras.
« Tu as le droit de rire, tu ne dois pas en avoir honte de vivre, de sourire, je trouve que ton rire est beau, chaleureux. Exprimer nos émotions ne nous rend pas faible, bien le contraire. » Tomoe se mit aussitôt à rougir au compliment, ses oreilles étaient bien colorées. Natsuki se releva et se réinstalla en face de sa patiente qui avait toujours le regard englué sur le sol.
« Demain à midi, on va faire un pique-nique avec le groupe, il y aura Mai, Nina et Nao. » Tomoe observa attentivement son médecin qui sourit. « Et je serai là aussi. Je vais superviser le moment. On pourra jouer à cache-cache ou au ballon. » Cette réponse soulagea la jeune femme qui prit un crayon bleu et elle se mit à dessiner.
A la fin de la séance, Tomoe remit son travail à Kuga, elle n'eut le temps de lui dire bonne journée que la jeune femme au regard magenta prit ses jambes à son cou. Natsuki vit que Marguerite l'avait pris pour modèle. Elle arqua un sourcil.
« Je ne savais pas que j'avais des yeux aussi globuleux et de si longs cheveux. Est-ce que c'est un message caché cette grosse tête ? » Ria la psychologue en gardant avec elle le dessin dans le dossier de sa patiente.
Natsuki sortit de son bureau, elle en avait fini pour la journée, elle croisa dans les couloirs du centre, Shizuru qui était accompagné d'une infirmière. Elle ne l'avait revue depuis plus de deux semaines. C'était étrange comme situation, c'était comme si elles étaient de parfaite étrangère mais n'était-ce pas réalité leur véritable lien ? La châtain ne s'était jamais dévoilé lors de leur session, elle ne s'était qu'ouvertement moquée d'elle. Maintenant, le médecin de la beauté de Kyoto fut nul autre que Miss Maria la directrice du centre. Elle n'utilisa plus la provocation ou la séduction, elle resta seulement silencieuse à bouder dans son coin.
« Bonjour Fujino-san. » Salua courtoisement la bluette avec un sourire, elle aurait pu éviter le moindre contact avec cette jeune perturbée mais elle ne voulait pas la punir encore plus qu'elle ne l'était alors que la nommée ne lui répondit pas à ses politesses, elle marcha rapidement de l'avant comme si personne ne l'avait interrompu. Défaite, Kuga secoua la tête, pas de changement notable, peu importe. Elle ne s'attendit pas à un miracle. Cependant, elle ne vit pas les rougeurs perceptibles sur les joues de la manipulatrice ainsi que son regard carmin la dévisager jusqu'à ce qu'elle ne soit plus dans son champ de vision.
Natsuki se rendit au bureau de Miss Maria, elle frappa avant de rentrer.
« Natsuki ! Ma puce ! » La dénommée piqua du fard. Elle n'avait plus l'habitude de ces petits surnoms. Elle se fit engouffrer dans une affectueuse embrassade. Tellement gênée, elle observa les alentours pour ne pas que des témoins viennent les surprendre dans ce moment mère-fille.
« Madame la directrice. » Celle-ci croisa relâcha sa proie et les bras croisés contre sa poitrine, elle semblait extrêmement irriter par son disciple.
« Natsuki, nous sommes en privés, tu peux mettre au placard les Miss Maria ou madame la directrice, tu peux m'appeler maman chérie que j'aime de tout mon cœur et qui est mon modèle. »
« Hors de question ! Je peux dire au pire man en privé…mais pas tout le reste, je ne suis plus une gamine. Et je ne t'ai jamais nommée ainsi ! »
« Au pire… man ? Quelle gentillesse… C'est bien dommage. » Soupira la directrice du centre de manière dramatique. « Tu es venue me ramener à la maison ? »
« Non… oui… » Bégaya la louve qui se gratta nerveusement sa joue.
« Tu ressembles tellement à ta mère, malgré que tu te montres détachée, tu te soucis de moi… des autres, tu es si modeste mais beaucoup plus colérique et têtue que Saeko, tu dois tenir ce trait de caractère de moi. Je t'aime, tu le sais n'est-ce pas ? » La bluette acquiesçait silencieusement touché par les mots. Sa seconde mère était prête, elle l'attrapa par le bras.
« Alors comment s'est passé ta journée ? » Questionna Maria.
« Bien, Mai semble pouvoir évoquer son frère Takumi, c'était difficile de la voir se torturer sur la mort de son cadet, ce n'était pas sa faute s'il est mort d'une noyade. J'ai l'impression qu'elle se sent coupable…sa mère lui avait confié cette lourde responsabilité de prendre soin de lui, mais elle avait à peine dix ans. Tant de pression sur ses épaules, les parents ne se rendent pas compte du poids qu'ils imposent à leur enfant. »
« Je comprends son raisonnement. C'est dur d'être le survivant. On se dit qu'on aurait pu changer les choses si on avait fait autrement. »
« Moi aussi je comprends…parfois notre métier est dur...on se voit en eux... » Soupira la louve alors que les protagonistes étaient dans le parking.
« De ton côté, avec Shizuru, elle est toujours à s'enterrer dans le silence ? Je l'ai vu tout à l'heure, c'était glaciale. Si je tombais en face d'elle, elle m'enjamberait, non, elle me marcherait dessus pour mieux circuler. » Miss Maria soupira fortement, elle entra dans la voiture de sa fille et mit sa ceinture.
« Non, j'ai l'impression qu'elle s'est enfermée dans son propre monde, et je n'ai aucun moyen d'y accéder. J'essaye de l'atteindre par des mots mais rien. C'est presque peine perdue, et je déteste penser de cette façon, c'est comme abandonner et ce n'est pas du tout mon genre. » Natsuki démarra son véhicule et regarda à l'arrière pour sortir.
« Je suis passée par la même étape que toi, bien qu'elle fût plus entreprenante à mon égard. Si elle a envie de s'ouvrir, elle le fera par elle-même, mais elle n'a visiblement pas envie. La forcer ce serait à ton désavantage… elle ne jouera qu'un jeu pour te faire plaisir. Elle pourrait même faire croire qu'elle est sur la voie de la guérison. Jouer la fille modèle. »
« Je sais que c'est une demande incroyable surtout avec votre passif…mais est-ce que tu pourrais intégrer Shizuru à ton groupe. Je superviserais avec toi. Je ne vois pas d'autre moyen que de la faire participer à un quelconque contact émotionnel. Et si on est plusieurs, ce serait moins compliqué.» La bluette ne semblait pas être réceptive à cette suggestion, ses patients étaient déjà très affectés par leurs propres histoires, et si Mademoiselle Fujino leur faisait du mal en voulant se venger d'elle, de l'avoir repoussé ? Mais sa mère de cœur allait l'aider et, elle surveillerait à chaque instant…pourtant c'était impossible d'être constamment sur le dos de quelqu'un…
« D'accord, tentons l'expérience, mais si elle fait le moindre désordre ou problèmes à mes patients, je veux qu'elle parte sur le champs, il n'y a plus de seconde chance. »
« Bien entendu. » Confirma Miss Maria.
