Woops ! Me voilà de retour avec un gros cadeau pour Lighty parce qu'elle le mérite et que c'est une personne tout à fait superbe !
Par contre, je suis désolé mais je crois que l'arrivée de nos deux zigotos préférés risque de prendre un peu plus de temps que prévu...
En attendant, profitez-en bien quand même !
Lighty parcourait le deuxième étage à une allure rapide et régulière, espérant que personne ne croiserait sa route au vu de la pile de housses et de draps qu'elle portait. Cela faisait à présent plus d'un jour qu'Amélie dormait. Personne ne savait vraiment s'il fallait être inquiet ou rassuré de la voir ainsi calmée mais toujours plongée dans un profond sommeil.
Pour être certain de sa santé, madame Crawley n'avait pas hésité à appeler le docteur qui se déplaça bien volontiers jusqu'à sa patiente. Après une auscultation poussée et plusieurs prononciations de diagnostiques éliminées une par une, le médecin arriva à la conclusion que la crise — plus forte que celle dont elle était d'habitude sujette — avait fortement stimulé son besoin de sommeil, l'obligeant ainsi à prendre bien plus de repos que de normal.
Le colonel Appletown, sincèrement concerné à propos de sa fille, décida de rester un peu plus longtemps et on vit son séjour s'allonger de cinq jours environ, puisque tout dépendait des réactions de la chair de sa chair. Il était pour l'instant à son chevet, à côté de son lit, lui tenant nerveusement la main en compagnie de Mary à qui l'on avait demandé de surveiller Amélie.
La nouvelle employée se retrouvait ainsi à remplir à nouveau ses tâches habituelles. Elle avait nettoyé de fond en comble deux des chambres d'amis afin d'accueillir aussi tôt que possible Blutch et Cornélius lorsqu'ils arriveraient enfin. Lighty ne savait pas grand chose sur eux, mais il lui semblait que sa patronne était réellement attachée à ces deux parfaits inconnus. Elle les avait rencontré durant la guerre. Etaient-ils d'anciens soupirants ? D'anciens amis ?
La jeune fille ruminait ses pensées en changeant les draps d'un lit dans lequel absolument personne n'avait dormi et qui avait été refait il y a une semaine à peine. Sans Mary, pensa-t-elle, c'était bien plus dur pour s'occuper de tous ces plis qui se formaient aux quatre coins du matelas.
Sa besogne terminée, Lighty décida de redonner un coup de fraîcheur aux fleurs fichées dans un beau vase de cristal sur une table en marbre. Elle mit négligemment les vieilles plantes dans le seau qui lui avait servi pour les cendres d'une cheminée qu'elle avait récuré peu avant et descendit par les portes de service à l'extérieur où elle rejoignit le cabanon dont se servait Benny pour stocker tout son matériel qu'il ne voulait pas dans sa dépendance. Voyant la porte ouverte, elle toqua en passant sa tête dans l'entrebâillement et remarque le cinquantenaire qui l'invita simplement à entrer sans un seul mot.
La domestique n'attendit pas plus longtemps et ouvrit grand la porte sur l'homme qui grogna, aveuglé par la lumière du soleil qui se déversait depuis l'ouverture. Cette réaction fit rire avec légèreté la jeune fille qui plaisanta tandis qu'elle posait le seau de cendres et de fleurs dans un coin:
« Vous allez devenir aveugle à force de rester dans le noir comme ça. »
« Je sors déjà bien assez dans les jardins, alors un peu de repos ne me fera pas de mal. »
Lighty hocha de la tête, même si elle savait qu'il ne la voyait pas depuis son coin.
« J'ai besoin de fleurs fraîches. Vous n'en auriez pas coupé quelques unes par hasard ? »
« J'en ai laissé près de ma dépendance. Va te servir. Mais pas désordre ! »
La jeune fille hocha vigoureusement la tête une nouvelle fois, sachant pertinemment que le garde-chasse détestait par-dessus tout le cheni. Après avoir attrapé un nouveau seau propre qu'elle remplit avec un fond d'eau à la pompe du cabanon, elle quitta à petits pas le vieil homme qui continua son travail dans la remise.
Lighty se mit à parcourir les longs jardins de la résidence Stamford qui s'étendait sur des hectares de terrain qui, au bout d'un moment, était recouvert d'une épaisse forêt pleine de gibier pour la chasse. Cependant, Benny prenait un soin maniaque à s'occuper des longues promenades en gazon vert et des énormes plates-bandes. Il y avait, par exemple, une magnifique roseraie dont il était fou, au point de s'en occuper chaque jour sans arrêt. Il y avait des roses de toutes sortes et de toutes les couleurs. Elles se massaient sous de grandes pergolas blanches qui s'étendaient de concert avec les rosiers grimpants. Il y avait là-bas une chemin en ardoise à suivre religieusement, sans quoi on jouait avec la colère de Benny. Et cela, c'était comme jouer avec le feu.
Mais Lighty n'en était pas là. Elle, marchait librement sur le gazon magnifique de la propriété Stamford sous un soleil radieux. Elle faisait de grands écarts en passant près des massifs d'hortensias — il y en avait absolument partout ! — et de tulipes qui fanaient doucement à cause de l'été et de son climat trop chaud. Des coquelicots rougeoyants prenaient le relais, accompagnés de lauriers roses, d'oeillets violets et de capucines bleues. Les arbres, sous lesquels on pouvait se prélasser sur un banc, avaient eux aussi revêtis leur plus beaux atouts: de belles ramures verdoyantes, pleines de feuille vivantes.
La dépendance de Benny — où il ne résidait que très peu en vérité — était en fait une sorte de maison de repos pour les baladeurs. Il y avait là-bas une grande terrasse pleine de chaises et de tables ainsi qu'une belle fontaine où on y venait tremper les pieds. Cette partie de la petite demeure était ouverte à tous, conformément aux paroles de Joshua Stamford. Son jardinier n'y voyait aucun problème tant qu'on n'allait pas brutaliser ses jolies plantes.
Car les façades de la maison étaient recouvertes de glycines absolument charmantes, et d'un lierre bleu au printemps, vert en été et rouge en automne. Benny en était très fier, et faisait bien attention à vérifier si ses beaux massifs de fleurs étaient toujours intacts le soir, lorsque tout le monde allait se coucher. Ceux-ci, vraisemblablement laissés sauvages pour le plus grand plaisir du garde-chasse, étaient coupés régulièrement, et les fleurs qui se retrouvaient ainsi loin de leurs racines étaient utilisées pour les bouquets disposés un peu partout chez Amélie qui adorait avoir des plantes chez elle, même si elle avait une véranda rien qu'à elle.
En arrivant là-bas, Lighty remarqua bien vite le tas de plantes bien exposé qui reposait à moitié dans la fontaine de la dépendance. Elle s'en approcha à pas rapides et légers, et piqua tout ce dont elle avait besoin. Des fleurs blanches, bleu clair, mauves, violettes mais aussi rouges, jaunes, orange et pêche. Dans ce qu'on lui offrait, il n'y avait bien sûr aucune rose. Benny détestait qu'on les coupe et les gardait jalousement pour lui. Il était d'ailleurs bien rare d'en voir dans les vases disséminés dans la maison et les promenades.
Contente de ses trouvailles, la jeune fille repartit en direction de la maison où elle s'improvisa fleuriste pour une petite heure avant de refleurir quelques bouquets qui avaient perdu de leur vigueur mais qu'elle ne jeta pas pour autant, les donnant plutôt à Benny qui les utilisait pour on ne savait trop quoi. Mais il tenait à ses fleurs, alors pourquoi assombrir son moral lorsqu'il était si heureux ?
Amélie ne se réveilla pas de toute la journée.
Une ptite review ?
