Les jours s'écoulaient lentement pour Watson. Il ne se passait plus une heure sans que ses pensées et ses dilemmes ne se rappellent à lui. Lorsqu'il travaillait, le thème récurant des conversations de ses patients, aussi bien dans la salle d'attente que dans celle d'auscultation, était L'Individu, son identité mais surtout son œuvre. Les citoyens, qui avaient tous lu ses lettres, se sentaient concernés, trahis par les Grands de leur pays. Peu à peu, tous embrassaient sa cause et le faisaient savoir. Il n'y avait plus aucun doute que lorsqu'il aurait terminé son œuvre et le ferait savoir, un chaos incontrôlable frapperait Londres de plein fouet.
Cette ambiance lourde dans la ville de plus en plus bruyante oppressait le médecin. Elle lui faisait penser encore et toujours à cet homme, dans ces conditions, il lui était impossible de l'oublier. Même en compagnie de Holmes, il n'arrivait plus à faire totalement abstraction de ses pensées. Face à lui, il ressentait toujours ce sentiment de culpabilité, il avait l'impression d'avoir trahi le logicien.
Ce fut en début de soirée ce soir-là que Watson trouva un papillon sur l'encadrement de sa fenêtre. Il se rendit dans la salle de vie pour dire à Holmes qu'il devait aller voir un patient de dernière minute.
Avant de s'éclipser, le médecin observa longuement son ami. Holmes était assis dans son fauteuil et fumait nerveusement sa pipe. Il regardait à terre, il semblait totalement perdu et angoissé. Watson se demanda quelques instants pourquoi il était dans un tel état, puis rapidement il trouva une réponse. Encore cet homme, L'Individu. Il n'était pas étonnant que ce meurtrier le préoccupe. Holmes devait certainement se douter que l'un d'entre eux devrait perdre la vie, il devait aussi penser aux informations que cet homme avait sur lui. Watson se dit qu'effectivement, il y avait de quoi être préoccupé.
Le médecin sortit de l'immeuble pour se diriger vers L'Angle Mort des Dieux d'un pas lent. Il était encore une fois perdu dans ses pensés. Lui aussi sentait que tout serait bientôt fini et au fond de lui, il savait que quelque soit la fin de cette histoire, elle ne lui plairait pas, elle ne lui plairait pas du tout. Tout cela, tout ce bruit autour de lui, cette agitation, cela poussait les humains vivant dans cette ville à montrer le pire côté d'eux-mêmes, le plus sombre, le plus profondément caché. Il ne sentait aucune réelle sécurité à présent lorsqu'il marchait dans les rues de la ville, surtout la nuit, comme si elle apportait un peu plus d'horreur à la situation.
La tension était palpable. Même si une minorité de personne ne désirait pas connaître la fin de tout ceci, il fallait que cela finisse, que cela cesse. Plus les jours passaient, plus l'inévitable approchait, plus la tension devenait insoutenable et plus il était difficile et douloureux d'imaginer la conclusion. Malgré la minorité de personnes qui désirait ne jamais voir cette fin arriver, espérant vainement que L'Individu soit démasqué et puni, les citoyens de la ville attendaient de plus en plus impatiemment d'avoir un signe de l'homme qui représentait un idéal qui leur convenait pour le suivre et se soulever.
Watson arriva en face de l'immeuble où se terrait L'Individu. Alors qu'il passait la porte, il sentit son sentiment d'oppression s'intensifier. Tout son intérieur se noua un peu plus. Tout cela le poussait à bout, il était au bord de la crise de nerfs mais il était surtout épuisé. Même s'il arrivait à dormir, son cerveau ne semblait pas prendre une minute de repos, il lui arrivait souvent de se réveiller encore plus fatigué que lorsqu'il était allé se coucher. Le médecin fut sorti de ses pensées par quelques bruits sourds. Il releva la tête vers les escaliers pour voir le meurtrier les descendre.
« Bonsoir John. Excusez-moi de vous avoir appelé si tôt mais il fallait que je vous vois maintenant. J'ai une soirée chargée. »
Le médecin acquiesça, faisant signe qu'il comprenait. L'Individu s'approcha de lui. Dès qu'il fut assez près, Watson tendit le bocal avec le papillon qu'il lui avait envoyé. L'homme masqué lui fit signe de le suivre au sous-sol encore une fois. Le médecin le suivit, sentant son estomac et sa gorge un peu plus se serrer en repensant à ce qu'il s'y était passé la dernière fois. Une fois arrivé dans la pièce fleurie où des papillons voletaient encore, l'homme masqué ouvrit le bocal pour relâcher l'insecte.
« Vous avez un papillon pour chaque personne de qui vous prenez la vie? »
L'assassin se tourna vers son invité pour le regarder quelques instants.
« Non. La plupart sont là pour mon plaisir personnel mais il m'est possible d'en offrir en votre nom à la personne de votre choix, si tel est votre désir... »
Watson lança un regard interrogateur à L'Individu qui, lui, gardait ses yeux fixés sur lui. La compréhension de ce sous-entendu eut l'effet d'un coup de poing dans le torse pour le médecin.
« Je ne suis pas un assassin...
- Je le sais. Vous seriez incapable de tuer qui que ce soit, même si cette personne vous avait fait atrocement souffrir. Vous n'avez pas à salir vos mains, les miennes sont déjà trempées du sang des autres. Ce n'est pas grand chose que d'attraper un papillon. »
Watson garda longuement les yeux plantés dans ceux invisibles de L'Individu derrière son masque.
« Je ne désire la mort de personne. »
L'homme masqué rit doucement avant de s'approcher de lui. Le médecin resta à la place exacte où il était, les yeux toujours dans ceux de l'homme masqué en face de lui.
« Je m'en doutais bien mais je tenais à être sûr de ce que je soupçonnais. Après tout, vous ne seriez pas un si bon médecin, aussi apprécié et respecté si c'était le cas, pas comme d'autres... vous avez un profond respect de la vie humaine et vous souffrez à chaque fois que la vie d'un patient vous échappe. Vous souffrez même déjà de celui que vous allez très bientôt perdre. Vous êtes en demi-deuil en attendant de savoir lequel entre moi et Sherlock Holmes perdra la vie dans les jours à venir. »
L'Individu passa une main dans les cheveux de Watson pour ensuite caresser doucement sa joue. Le médecin bloqua sa mâchoire, tentant de ne laisser paraître aucune émotion devant l'homme qui lui faisait face, ce qui le fit rire doucement.
« Avec toutes ces années passées à ses côtés, vous avez fini par prendre un petit peu de Sherlock Holmes. Vous êtes certainement plus fort qu'avant et vous avez ce tic, ce réflexe de tout mettre en œuvre pour tenter de cacher vos émotions à ceux qui vous font face. Je suis sûr que Sherlock Holmes lui même a dû se laisser avoir par cela. Vous ne voulez pas que l'on découvre le secret qui nous unit, donc vous usez de ce tour, mais je commence à vous connaître et je peux aisément deviner que vous faites cela surtout pour limiter les dégât et pour faire en sorte que personne de s'inquiète de votre cas. Ne vous renfermez pas vous aussi, laissez-vous vivre et parlez à ceux que vous désirez des problèmes qui vous tracassent. Aussi, la vie est trop courte pour la gâcher en cachotteries. Vous devriez parler à Sherlock Holmes, lui dire ce que vous ressentez à son égard. Je suis sûr qu'il ne vous rejettera pas. »
Watson sentit ses joues le brûler à ces paroles, alors qu'il allait protester, un des doigts gantés de L'Individu se posa sur ses lèvres pour le réduire au silence.
« Je n'attends aucune réponse de votre part. Je vous disais juste ce que j'avais à dire. »
L'homme masqué s'éloigna du médecin sans que celui-ci ne puisse dire un mot. Il vit l'assassin sortir de sa poche une fiole de phéromones qu'il ouvrit. Rapidement, un papillon aux ailes colorés d'un damier noir et blanc vint se poser sur le rebord de la fiole. L'Individu le fit monter sur son index avant de le mettre dans un bocal qu'il mit délicatement dans sa poche.
L'Individu fit ensuite signe à Watson de le suivre jusque dans le grenier. Là, il s'assit à son bureau pour verser un liquide transparent dans un petit flacon transportable alors que le médecin s'asseyait dans son fauteuil habituel.
« Plus le temps passe, plus mes clients, même tous les citoyens de la ville parlent de vous et de ce que vous faites.
- Oui, je le sais, je les entends. Jours et nuits, j'entends un brouhaha incessant d'où je suis. Je comprends que ce sont les plaintes d'un peuple qui est en train de se soulever. Je touche à mon but et il est visible que je ne fais pas cela pour rien ni en vain. Ils se reconnaissent dans ma cause, ils savent que je fais cela pour eux et ils décident de se battre. Je vous avoue qu'avant de voir ce résultat, je doutais encore de moi, je ne savais pas s'ils comprendraient. »
Lorsqu'il eut finit de verser au goutte à goutte le liquide dans la fiole, L'Individu abandonna celle-ci sur la table avant de se lever pour s'approcher de la fenêtre et regarder l'agitation au pied de l'immeuble.
« Pourtant, le pays n'est pas encore sauvé, je ne pense pas cela, ne vous méprenez pas... mais toutes ses vieilles croyances sont réduites à l'état de ruines, sur lesquelles nous pouvons construire... voilà la tâche des Fidèles, des citoyens de cette ville : se diriger eux-mêmes, diriger leurs vies, leurs amours, leur pays. »
Watson dériva les yeux de l'homme à présent silencieux. En inspectant la pièce avec attention, il remarqua près du lit l'étui d'un violon.
« Vous êtes musicien vous aussi? »
L'Individu se retourna pour voir son invité, se dirigeant ensuite vers l'étui de son instrument.
« Oui c'est exact.
- J'espère que vous en jouez mieux que mon ami habituellement. Holmes a pour habitude de faire crisser les cordes de son pauvre violon pour irriter son entourage.
- Je le sais. Pourtant, c'est un très bon musicien. Lui et moi avons appris à en jouer ensemble. Pour nous accorder parfaitement, nous nous sommes procurés un instrument de la main du même maître, Antonio Stradivari. »
L'Individu prit l'instrument et son archet dans ses mains. Il semblait ne vouloir que l'observer.
« Parfois, les souvenirs me font sourire distraitement à mon instrument qui dort dans ma main. Ce violon était sans nul doute la plus belle partie de mon histoire... voir de moi-même, tout simplement. »
L'homme masqué reposa son Stradivarius et son archet dans l'étui qui leur était réservé.
« Parfois, je monte sur le toit et m'incline respectueusement devant mon public sourd. Je suis déçu les soirs où la lune reste cachée, disparaissant derrière un rideau de nuage. Debout sur les toits de la ville dans la nuit obscure qui étreint Londres de sa folie, je contemple le tapis d'étoiles artificielles qui fleurissent à mes pieds. Les lueurs de la capitale sont si belles, dans les nuits d'hiver... »
L'Individu poussa un soupir silencieux, restant quelques instant à regarder son instrument avant de se tourner vers son invité.
« Je ne vous retiendrai pas plus longtemps, vous pouvez partir. »
Watson se leva pour s'approcher de la porte où l'homme l'accompagna.
« Vous ne me donnez pas de phéromones cette fois?
- Non. Ce soir est certainement le dernier soir où nous nous verrons ainsi... mon œuvre touche à sa fin. Je vais ôter la vie à un homme, et d'une certaine façon, je voulais que l'assassinat de cette nuit soit unique. Pur... »
L'assassin regarda fixement Watson debout devant lui.
« La prochaine fois que nous nous reverrons sera peut-être la dernière et je doute qu'elle soit en de bon termes... j'ai aimé passé ces soirées en votre compagnie John. J'avoue m'être attaché beaucoup plus que je ne l'aurais souhaité... vous m'avez aussi redonné une certaine foi en l'Être Humain de par votre bonté, votre générosité, votre écoute et tant de valeurs que je me perdrais à les énumérer. Vous êtes un homme bon John, n'en doutez jamais et celui à qui votre cœur appartient a véritablement une chance immense... que je jalouse beaucoup trop. Vous avez su voir quel homme j'étais à travers mon masque et derrière le sang que j'ai sur les mains. Comme je vous l'ai dit, vous avez réellement un don pour savoir apprécier la beauté en chaque chose, aussi profondément enfouie soit-elle. »
En prononçant ces paroles, L'Individu attrapa la main du médecin qui sentait son visage se réchauffer par la quantité de sang qui y montait.
« J'avoue que vous m'avez appris à avoir peur d'une chose, la mort. Car la peur de la mort n'est-elle pas la peur que ce que nous vivons en cet instant s'arrête soudainement? Je n'aurais jamais pensé un jour ressentir cette peur à nouveau, pas avant de vous rencontrer. Vous m'avez rappelé ce que c'était d'être humain... et je vous apprécie... énormément John... sans doute plus que je n'ai jamais apprécié quiconque. »
Watson sentit son cœur s'accélérer à ces paroles, son visage rougit un peu plus alors que l'homme serrait encore sa main autour de la sienne.
« Je n'ai pas été très tendre ni adroit la dernière fois que nous nous sommes vus... serait-il excessif de vous demander, en souvenir de ces heures, de ces nuits passées ensemble, que je vous offre un nouveau baiser? »
Le médecin sentit son cœur se crisper avant d'accélérer encore. Comme la fois dernière, ses pensées se tournèrent vers Holmes. Il sentait que s'il acceptait, il aurait l'impression de le trahir encore une fois. L'Individu avait raison, il ne pouvait plus le nier. Il semblait qu'il aimait le logicien beaucoup plus intimement qu'un ami ou qu'un frère et il avait du mal à l'accepter. Il n'osait pas non plus croire que Holmes puisse lui retourner de pareils sentiments.
Watson fut sorti de ses pensés par l'homme masqué qui serra un peu plus sa main pour le faire réagir. Il sentit son cœur se serrer. Il appréciait énormément cet homme aussi, sûrement presque autant que Holmes, mais avec ce dernier, il avait vécu beaucoup plus de moments qui les avaient peu a peu rapprochés au fil des années pour les mener à ce qu'ils vivaient à présent. Néanmoins, pour le remercier de ces moments peu nombreux mais forts en émotions en plus de l'avoir aidé à ouvrir les yeux sur ses croyances, ses principes et sa situation avec Holmes, il pouvait bien accepter un baiser d'adieux.
« Juste un baiser?
- Oui.
- Rien de plus?
- Rien de plus. »
Watson poussa un léger soupir en sentant ses pommettes le brûler un peu plus. Il osait à peine relever les yeux vers l'homme qui lui faisait face.
« C'est d'accord...
- Fermez les yeux. »
Le médecin déglutit en s'exécutant. Il entendit rapidement le bruit du froissement de la toile du masque de L'Individu qui le retirait. Watson sursauta presque en sentant les lèvres douces et chaudes de l'homme prendre possession des siennes quelques secondes avant de les lâcher à contre-cœur. Le médecin garda les yeux clos le temps que le meurtrier puisse remettre son masque, après quoi, il lui adressa un simple au revoir. Il sentit son cœur se serrer légèrement en se disant que c'était sans doute la dernière fois que tous deux se verraient. Il aurait voulut dire à cet homme de s'enfuir pour sauver sa vie mais il savait que c'était inutile, il resterait et s'il le fallait, il mourrait pour l'Idéal qu'il incarnait. Watson descendit d'un pas lent les escaliers, regardant L'individu du coin de l'œil jusqu'à la fin.
« Au revoir John. »
Le médecin ne répondit pas. Il se contenta de sortir de l'immeuble dans lequel il n'allait sans doute plus jamais revenir, marchant d'un pas lent pour rentrer chez lui. Aussi douteuse soit la morale de cet homme, il allait certainement lui manquer, il le savait.
Lorsqu'il rentra dans leur appartement à Holmes et lui, il alla directement s'isoler dans sa chambre. Il s'assit à son bureau pour réfléchir tranquillement. Il était épuisé, il avait réellement besoin de repos mais ignorait comment en prendre. À présent, il repensait à L'Individu qu'il n'allait sûrement plus revoir. Il espérait vainement qu'il décide de se raisonner, qu'après avoir accompli son œuvre, qu'il s'enfuit, que lui et Holmes se laissent l'un l'autre en paix. Il en venait à s'inquiéter pour cet homme.
Watson se prit la tête dans les mains en poussant un grognement de dépit. Il sentait, si ce n'était la crise de nerf, la folie commencer à prendre possession de lui et faire dangereusement vaciller son équilibre mental. Il se rendait compte que lorsqu'il était avec L'Individu, il pensait à Holmes et lorsqu'il était avec Holmes, il pensait à L'Individu. Watson poussa un long soupir, presque un gémissement d'exaspération. Il avait, aussi horrible qu'ironique, l'impression qu'avec ces deux hommes, c'était comme choisir entre la peste et le cholera. Il laissa sa tête tomber douloureusement sur la table. Il avait envie de la taper à s'en assommer. La joue toujours contre le bois, il vit son Holmes entrer, alerté par le violent bruit de fracas. Il lança un regard étrange à Watson en le voyant ainsi, un air absent sur le visage.
« Est-ce que vous allez bien? »
Watson regarda son ami quelques instant d'un air profondément ennuyé avant de lui répondre d'une voix d'outre tombe.
« Tout va à merveille, je me sens parfaitement bien. »
Holmes ne put s'empêcher d'éclater de rire devant la scène qu'il trouvait effroyablement comique.
« Effectivement... vous n'êtes pas doué pour le mensonge. »
Le détective s'assit sur la chaise, dos au mur, à côté du bureau en bourrant sa pipe de tabac avant de la prendre entre ses lèvres pour l'allumer.
« Que se passe-t-il?
- Rien... je suis juste exténué.
- Vous travaillez trop, prenez quelques jours de repos. Je pense que si vous prenez quelques vacances, à votre retour, vous trouverez encore quelques patients en vie ou mourant à soigner. »
Watson regarda son ami d'un air ennuyé, il n'avait même plus envie de rire aux bêtises de Holmes. Il était véritablement aussi exténué mentalement que physiquement.
« Je n'ai pas le temps de prendre des vacances. Il se passe tellement de choses que j'aimerais bien tout arrêter et m'enfuir mais c'est mon devoir de rester et si je me retirais, je sais que je me sentirais coupable après coup de ne pas en avoir assez fait. »
Le logicien sourit en coin à son ami. Il passa une main tendre dans les cheveux du médecin, la tête toujours appuyée contre la table.
« Laissez-vous un peu vivre. Le monde ne s'arrêtera pas de tourner si vous vous accordez de vous reposer quelques temps, personne ne vous en voudra. »
Watson releva les yeux vers le détective qui lui lançait un regard malicieux. Les doigts de la main dans ses cheveux vinrent caresser sa joue l'espace d'une seconde. Le médecin sourit doucement du geste de son ami avant de lui répondre.
« De toutes les façon, si je prends des congés, j'aurai toujours de quoi faire avec vous. Je suis l'Ange sur votre épaule qui vous dit qu'il ne faut pas écouter les quatre-cents Démons sur l'autre. »
Le logicien ne put s'empêcher de rire avec force à la remarque de son ami et de son ton toujours aussi calme, neutre, pragmatique comme le voulait le parfait flegme Anglais.
« Quatre cent? Seulement? Je suis presque un Saint à présent, dites-moi. »
Watson regarda longuement son ami qui riait toujours de sa remarque. Sans qu'il ne puisse réellement contrôler ce qu'il faisait, fatigue et trouble mêlé, il se leva pour faire face au détective. Il prit la main de Holmes qui tenait sa pipe entre ses lèvres pour l'en éloigner. Le cœur battant à toute allure, les joues brûlantes mais le visage fermé et sérieux, le médecin posa son autre main à plat sur le mur avant de pencher son visage vers celui de Holmes. Celui-ci ne broncha pas, il portait son habituel léger sourire aussi fier que narquois qui agaçait prodigieusement Watson, ses yeux étaient toujours, si ce n'était plus, pétillants de malice. Il ne semblait pas vouloir le repousser ni le rejeter durement.
Déconcerté par tant de calme de la part de son Holmes, Watson hésita un instant avant de prendre son courage à deux mains. Il lâcha la main qui tenait la pipe entre ses doigts avant de passer la sienne tremblante dans les cheveux noir de jais mal coiffés mais doux de son ami, l'arrêtant sur son cou, avant de fermer les yeux. Watson sentit son cœur s'affoler au point de presque lui couper les jambes lorsqu'il captura les lèvres de Holmes avec douceur. Il se sentit presque défaillir en sentant le logicien appuyer un peu plus ses lèvres contre les siennes pour approfondir leur baiser. Rapidement, le médecin sentit la langue de son ami lui quémander le passage qu'il lui offrit immédiatement. Ils passèrent quelques secondes à se découvrir l'un l'autre. Quelques instants incroyablement déstabilisant pour Watson qui aurait volontiers cru à un rêve si l'humidité et un fantôme de goût de tabac ne lui rappelaient pas la réalité de la situation qui lui paraissait irréelle.
Ils brisèrent leur baiser, échangeant par la suite un long regard. Le logicien sourit en coin en reprenant la parole.
« Se pourrait-il que l'Ange sur mon épaule ait décidé de rejoindre les quatre-cents autres Démons sur l'autre? »
Le médecin répondit au sourire de son ami, haussant ensuite des épaules.
« Allez savoir.
- Ce ne serait pas trop tôt. Je serais curieux de savoir quel miracle vous a enfin fait ouvrir les yeux. J'avoue que tourner autour du pot devenait lassant. Vous êtes plus prude que toute personne qui m'ait été donnée de rencontrer jusqu'à aujourd'hui. »
En disant ces mots, Holmes posa une main sur la hanche de Watson, qui lui lança un regard qu'il voulait noir.
« Arrêtez de me regarder ainsi. Vous avez l'air aussi menaçant et dangereux qu'un lama prêt à cracher. »
Le médecin leva les yeux au ciel en poussant un soupir, demandant au Seigneur ce qu'il avait bien pu lui faire pour affectionner un homme pareil. Pendant ce moment là, le logicien se leva, passant ensuite un bras autour du corps de son ami en le gratifiant d'un baiser sur le coin des lèvres.
« Vous avez l'air épuisé.
- Je le suis.
- Vous devriez sans doute vous laisser tomber dans les bras de Morphée à présent. »
Holmes lâcha son ami, reprenant sa pipe entre ses lèvres. Il accompagna son Watson qui alla s'allonger sur son lit. Alors qu'il allait se retirer, il sentit le médecin attraper sa chemise en lui lançant un regard exténué.
« Restez ce soir. »
Le logicien sourit en coin. Il s'occupa de vider sa pipe du reste de tabac encore intact avant de s'allonger aux côtés du médecin. Il ne put s'empêcher de laisser échapper un léger rire en voyant Watson s'allonger sur le côté, puis en le sentant attraper son bras pour le garder ainsi autour de lui pour s'endormir rapidement.
oOo
Lorsqu'il rouvrit les yeux, Watson se sentait incroyablement calme et reposé, comme soulagé d'un poids. Cette nuit de repos et de sommeil était réellement ce dont il avait besoin. De plus, cette nuit-là, il n'avait pas fait de rêve épuisant, il avait réellement eu droit au repos le plus parfait. Il se tourna pour voir Holmes mais remarqua que la place à ses côtés était vide. Il en ressentit une pointe de regret. Il se remémora sa folie de la veille, ce baiser échangé. Un jour nouveau était là, il devait à présent affronter Holmes et décider de leur avenir commun qui serait à jamais chamboulé, en bien ou en mal, il n'aurait su le dire. Sur ces pensées, il se leva pour s'apprêter avant de de la chambre.
À peine eut-il fait quelque pas dans le couloir qu'il sentit son cœur se serrer violemment en voyant Mrs Hudson debout devant leur salle de vie. Elle tenait un mouchoir brodé devant son nez et sa bouche, ses yeux étaient humides de larmes qu'elle retenait. Le cœur battant, Watson approcha d'un pas rapide pour regarder à l'intérieur de la pièce.
Il vit le logicien, debout en plein milieu de la pièce, les yeux baissés sur deux documents qu'il tenait en mains. Dans l'une, un journal, dans l'autre, un épais amas de feuilles. Lorsque le détective releva les yeux vers lui, le visage assombri par une expression fermée qui durcissait ses traits, ce fut la première fois que Watson vit des larmes dévaler les joues de Sherlock Holmes.
J'ai comme l'impression que je vais encore avoir droit à des menaces de mort moi XD... cette fois plus pour la frustration que le contenu de l'histoire.
Je vais faire un petit flash back dans le chapitre suivant pour le meurtre 8D.
Voilà c'est tout, chapitre cadeau d'anniversaire pour Atchoum \o/
