L'affaire Faraday.

Chapitre 12.

Les aiguilles de l'horloge à pendule dans la salle de réception vide et délabrée s'approchaient de minuit. Au beau milieu de la pièce, il y avait une femme svelte, d'une pâleur cadavérique avec des boucles brunes qui lui cachaient à peine les oreilles, dévoilant ainsi son cou gracile qui penchait presque douloureusement d'un côté, ses yeux vides fixaient au loin, évitant ainsi de d'apercevoir l'homme inconnu qui la tenait à la taille si tendrement en dansant une valse gracieuse comme deux cygnes entrelacés. Elle portait une robe de soirée blanche qui lui dévoilait ses épaules de manière sensuelle. La musique de l'orchestre retentit dans la pièce et retomba comme un baisé agréable lors d'une brise d'été sur la joue noyée de larmes de la femme et elle recouvrit les cris étouffés de son mari étendu sur le vieux plancher en bois, entravé par des cordes et bâillonné par un ruban adhésif.

L'inconnu sourit et ferma les yeux pour apprécier la musique tonitruante qui jaillissait de la stéréo. La femme céda à la curiosité malgré sa peur, elle tourna la tête pour le regarder avec des yeux effrayés. Son avertissement, l'inconnu ouvrit les yeux.

« Je t'ai dit de ne pas me regarder, sale pute ! » Cria l'homme en mettant fin à leur posture impeccable. Il arrêta d'une seule gifle les excuses que la jeune femme bafouillait, puis il l'obligea à faire volteface de manière à ce qu'elle se retrouve dos à lui. Il serra la femme contre lui. Pendant un court instant, il respira profondément pour se calmer. Il sortit de sa poche de pantalon une seringue remplie d'un produit et la planta dans la cuisse de la femme. Son une once de pitié, il lui injecta le produit. En quelque seconde, la jeune femme s'affaiblit. L'homme la laissa s'effondrer au sol comme une vielle serviette.

Les gémissements de colère du mari bâillonné s'étaient transformés en rugissement de menace. L'homme enjamba le corps affaibli de la femme, il lui tourna la tête de façon à ce qu'elle puisse voir son mari, puis l'homme sortit de la poche de sa veste un couteau à cran d'arrêt. Le mari s'arrêta immédiatement de gesticuler en apercevant le couteau. L'inconnu s'agenouilla devant le mari, puis il n'hésitait pas à jouer avec le couteau sous les yeux du mari. Il rétractait et sortait la lame. C'était une manière perverse de se moquer du mari effrayé. Le mari laissa échapper quelques larmes. Il secoua vigoureusement la tête comme s'il essayait de se réveiller d'un cauchemar lorsque l'homme commença à lui déboutonner sa chemise.

« Regardes bien mon tendre amour. » Dit l'homme à la jeune femme. « L'homme de ta vie est prêt à te donner son cœur… » Continua l'homme avec un horrible rictus «…ainsi vos deux âmes seront réunis pour l'éternité. Es-tu excitée ? »

La femme fixait impassiblement l'homme lorsqu'il plongea la lame dans la poitrine de son époux. Il lui enleva juste à temps le bâillon pour entendre ses cris résonner entre les murs de la salle de bal. Au moment où le dernier souffle de vie quitta le corps du mari, l'homme attrapa la scie à métaux qu'il avait amenés. Il commença sa sale besogne en découpant la cage thoracique de sa victime. La jeune femme incapable de bouger laissa échappée une larme, qui glissa sur sa joue fardée et puis termina sa course sur le plancher poussiéreux.

Enfin, les drogues commençaient à l'emporter dans l'obscurité.


L'équipe était réunie dans la salle de briefing et écoutait JJ exposer une nouvelle affaire. Morgan ne cessait de veiller l'horloge fixée au-dessus de la porte en se demandant pourquoi Reid avait plus de vingt minutes de retard.

Une semaine s'était écoulée depuis sa conversation avec Reid dans sa voiture. Après leur discussion, Morgan avait cru que les choses allaient s'arranger pour Reid mais il s'était naïvement trompé. Au contraire, son état se dégradait de jours en jours. Dire qu'il n'était plus lui-même était un euphémisme. Il était irritable tout le temps et avec tout le monde. Son apparence était de plus en plus négligée. Il n'arrivait plus à se concentrer sur quoi que ce soit. Il avait l'air toujours absent. En fait, plus rien semblait l'intéresser.

Il buvait tasse café après tasse café en les rosant copieusement de sucre, et il passait pratiquement toute la journée assise à son bureau, et il gardait en permanence ses lunettes de soleil malgré l'hiver. Chaque minute, il se massait les tempes si fortes qu'on avait l'impression qu'il essayait de se percer le crâne pour atteindre la douleur. Il ne parvenait plus à contrôler ses tics nerveux comme se brosser les cheveux ou tapoter du doigt son bureau. Il ne supportait plus les contacts visuels.

Enfin, Reid fit son apparition. Ses cheveux étaient mouillés et son manteau noir était couvert de neige. Les membres de l'équipe s'échangèrent des regards inquiets lorsque Reid balbutia des excuses maladroite.

« Reid, pourquoi es-tu si en retard ? » Demanda Prentiss.

« Je ne me suis pas réveillé. Désolé. » Dit-il vaguement. « Cela n'arrivera plus. »

Ses cernes étaient si profonds que l'on aurait presque pu le confondre avec un mort-vivant. Il semblerait qu'il n'avait toujours pas trouvé le sommeil.

Il essaya d'enlever rapidement son écharpe rouge mais il réussit seulement à s'empêtrer dedans. Il détestait tellement attirer l'attention sur lui qu'il finit par l'arracher avec énervement. Autrefois, Morgan aurait sauté sur l'occasion pour lui lancer une vanne dont il avait le secret mais aujourd'hui, il décida de se taire car il était trop inquiet pour faire de l'humour.

« Bon sang, il neige déjà ? » Dit Rossi en brisant le silence. « Je voulais me rendre à Vermont pour le week-end.

« Oh ? Comment est-ce possible ? » Demanda Hotch. Reid était soulagé de n'être plus l'attention du groupe. Il en profita pour s'asseoir. Il regarda le dossier devant lui comme s'il était écrit dans une langue inconnue.

Morgan essaya de ne pas trop le fixer. Heureusement, il avait des années de pratique. Il s'efforça de se concentrer sur ce que disait JJ.

« Il y a eu un série de disparitions inexpliquées dans la station de ski de White Star à Deep Creep Lake dans le Maryland. Trois couples ont tous simplement disparu la veille de leurs départs de la station. Leurs bagages ont aussi disparus, en premier lieu l'hôtel a cru que s'était des clients qui partaient sans payer la facture. Au bout du troisième couple à disparaître sans régler la facture l'hôtel a appelé la police. Après enquête, la police pensa que ce n'était pas une coïncidence si trois couples avaient disparu en moins de dix jours mais elle avait d'énorme difficulté à monter le dossier car il n'y avait pas de corps. Pour ne rien arranger, les dirigeants de l'hôtel se montraient peu coopératifs. Ils refusaient de fermer leur établissement le temps que la police mène son investigation. »

« Aucun corps ! Ça va être difficile. S'il n'y a pas de corps cela peut vouloir dire que ces couples ne sont peut-être pas morts. » Dit Prentiss.

« À mon avis, nous allons pas tarder à découvrir les corps. » Ajouta Hotch.

« Comment peux-tu en être certain ? » Rétorqua Prentiss.

« Eh bien, où peut-on jeter un corps à Deep Creep Lake ? » Répliqua Morgan

« Tu penses qu'il les a jetés dans le lac ?» Dit-elle.

« Eh bien si tu as raison, nous tarderons pas à le savoir. Bientôt les quelques pêcheurs malchanceux auront une mauvaise surprise dans leurs filets. » Fit remarquer Rossi.

« Sauf s'il les a découpés en morceau et les a lesté avec des poids, » marmonna Reid en tapotant ses doigts sur la table. « …si c'est le cas, on risque de ne jamais les retrouver. Le lac s'étend sur 3900 hectares. »

Soudain, le Smartphone de JJ bipa. Elle le saisit sur la table et lut le message. Elle grimaça.

« Il semblerait qu'il n'ait pas lesté les corps. Les cadavres Sam et Joséphine Keller viennent juste d'être découvert par un homme qui pêchait avec ses petits-fils. »Dit-elle.

« C'est le meilleur moyen pour gâcher les vacances de quelqu'un. » Ajouta Morgan.

« Les gars, vous devez voir ça. » Dit JJ. « Ouvrez vos e-mails. »

Ils attrapèrent tous leurs tablettes pour regarder les photos qui venaient de leur être envoyé. Il eut un silence stupéfait en contemplant les photos. Derek se demandait à quel genre de malade, ils avaient à faire.

« Intéressant. » Dit faiblement Rossi.

Les photos avaient été prises sous l'eau. Les organes de l'homme et de la femme étaient attachés à leurs poignets et ils se tenaient la main en se fixant d'un regard vide. Les cheveux noirs de la jeune femme flottaient au rythme du courant. Elle portait une robe blanche et le mari était en smoking noir. Leurs pieds étaient attachés par une chaîne reliée à un bloc de béton au fond du lac. Ils flottaient près de la surface.

« On dirait que finalement Reid avait raison. Notre homme a bien lesté les corps. » Dit Prentiss.

« Oui, mais pas pour les cacher. » Déclara Hotch.

« C'était pour les mettre en scène. » Ajouta Reid.

« C'est comme si notre homme essayait de récréer une scène romantique… » Dit Rossi. «…regardez la façon dont ils sont habillés ou se tiennent la main en se regardant droit dans les yeux comme des âmes sœurs pour l'éternité. » Expliqua-t-il.

« Quel est la cause de leurs mort ? » Demanda Hotch.

« Pour l'instant, nous n'avons pas les résultats des autopsies mais le mari à une fracture à la base du crâne. » Répondit JJ.

« C'est peut-être dû à une attaque éclair. C'est plutôt étrange de la part de notre homme. » Déclara Morgan.

« Je dirais que notre homme s'inquiète plus de la mise en scène des corps que du fait de tuer. » Dit Hotch.

« Il est peut-être nécrophile. » Dit Morgan.

« C'est trop tôt pour le dire. » Répliqua Hotch.

« Une chose est sûre, notre tueur n'est pas prêt de sa arrêter. » Affirma Rossi.

« Ce n'est pas comme ça que j'imaginai mes vacances au ski. » Dit JJ en éteignant le projecteur.

« Nous partons dans une demi-heure mais avant je dois parler à Strauss. » Annonça Hotch avant de quitter la salle

Le reste de l'équipe étudiait le dossier en silence.

JJ se pencha vers Morgan et murmura : « Qu'est-ce qui ne va pas avec Reid ? Ces derniers temps il est étrange. »

L'inquiétude dans sa voix reflétait parfaitement l'inquiétude que Morgan ressentait.

Reid releva la tête et plissa les yeux lorsqu'il sentit qu'on parlait de lui.

« Il manque juste un peu de sommeil, c'est tout. C'est à cause de son sevrage au dilaudid. Tu t'en rappel ? » Murmura Morgan.

« Tu es sûr qu'il n'en prend pas de nouveau ? » Demanda-t-elle en jetant des regards en coin à Reid.

« Non, je veux dire oui, j'en suis sûr. Ça va aller !»

« Ok. » Dit-elle sceptique.

Reid se leva. Il semblait vouloir dire quelque chose, mais finalement, il poussa sa chaise et se dirigea vers la machine à café. Il avait besoin de sa première dose de café matinale. Il se versa une tasse de café et le posa devant lui.

Morgan remarqua quelque chose d'étrange dans l'attitude de Reid. Il se tenait les côtes et son dos était rigide. Sa respiration était saccadée, tout à coup il se couvrit les oreilles avec les mains.

« Est-ce que tout va bien, Reid ? » Demanda Morgan.

« Taisez-vous ! Je vous signale que je suis là. » Cria Reid en faisant face à ses collègues.

JJ et Morgan s'échangèrent un regard surpris.

« Euh…aucun de nous ne parlait. » Dit JJ peu confuse.

« Je sais que vous parliez de moi. Vous n'avez aucun droit de parler de ma vie. » Rugit Reid dévisageant Morgan et JJ.

« J'ai seulement demandé à Morgan si tout allait bien pour toi. » Dit JJ.

« Tu n'avais qu'à me le demander directement. » Rétorqua Reid. Il avait l'air si perdu. Il se frotta le front puis il retourna s'asseoir en oubliant sa tasse de café.

Morgan se leva et intercepta Hotch devant la porte de la salle de réunion. Il lui demanda à voix basse s'il avait une minute pour discuter d'un sujet important. Hotch hocha la tête puis ils se refugièrent dans le couloir pour être tranquille.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda Hotch.

« Hotch, je suis inquiet à propos de Reid. » Avoua-t-il. « Je ne pense pas qu'il devrait faire ce voyage. »

Hotch jeta un œil par-dessus son épaule. Morgan se retourna et constata que Reid était là. Le jeune homme avait tout entendu.

« Ecoutes Reid… »

« Je le savais ! vous parliez de moi. » Dit-il sèchement. « Hotch ne l'écoutes surtout pas. je vais bien, et je peux faire mon travail. »

« Il a raison Reid. Tu n'as pas l'air bien. Tu devrais peut-être prendre un jour de repos. » Dit Hotch.

« Je n'ai pas besoin de repos. » Dit Reid. Il fixa Morgan avec colère. « Que cherches tu as faire en essayant de convaincre Hotch que je ne suis pas à la hauteur. Tu veux que je sois viré de l'équipe, c'est ça ? »

« Ce n'est pas du tout ça ! Je m'inquiétais uniquement pour toi. » Protesta Morgan.

« Messieurs, nous sommes en public. » Rappela Hotch. Morgan réalisa que les autres agents du service les dévisageaient. Il était très gêné.

« Je ne vais pas t'écarter de cette affaire… » Dit Hotch.

« Merci. » Dit Reid en lançant un regard mauvais à Morgan.

« Par contre Young fera aussi parti du voyage… » Annonça Hotch. « Ainsi vous pourrez tous les deux continuer vos séance avec lui. »

Reid était sous le choc à l'annonce de la nouvelle.

« Tu ne peux pas faire une chose pareille ! » S'indigna Reid. « Nous partons enquêter sur une affaire fédéral, un civil n'y a pas sa place sur le terrain. »

« Il viendra en tant que consultant. » Dit Hotch avec autorité. « Si vous refusez, alors je me verrai contraint de vous renvoyez tous les deux chez vous. » Expliqua-t-il fermement.

Reid s'efforça de paraitre impassible. Il se contenta de hocher la tête. Il tourna les talons et s'éloigna. A cet instant, Morgan vit le regard abattu qu'arborait Reid et toute la colère qu'il éprouvait après avoir été accusé injustement disparue d'un coup. Il voulait seulement serrer Reid dans ses bras et l'embrasser. En réalité, Morgan rêvait d'embrasser Reid, peu importe les circonstances. Il voulait l'embrasser lorsqu'il affichait un visage pensif, triste, souriant.

« Je dois me maîtriser même si cela me tue. » Pensa Morgan.

C'était très dur pour lui car il aimait chaque petit geste qu'accomplissait Reid. Il aimait le voir dormir, il aimait le voir faire de la magie, se déguiser pour halloween. C'était épuisant d'aimer quelqu'un à ce point.

Reid entra dans la salle de briefing.

« Qu'est-ce qui t'inquiète réellement à propos de Reid? » Demanda Hotch lorsqu'il se retrouva seul avec Morgan.

« Il montre des signes de paranoïa. Tu as entendu son délire sur le fait que j'essayais de le faire virer du FBI. » Dit Morgan frustré. « Comme si je pouvais faire une telle chose. »

« Reid ne sait rien à propos de tes sentiments à son égards. » Rappela Hotch. « Mets-toi à sa place une seconde, est-ce vraiment irrationnelle de sa part de croire que tout le monde conspire contre lui ? Nous sommes tous là en train de le fixer en permanence comme des faucons. » Expliqua Hotch.

« Tu as raison. » Admit Morgan. Il n'avait pas vu les choses sous cet angle.

« Il faut arrêter de le surveiller et de chercher quelconque signe ou symptômes. Si nous n'étions pas au courant des antécédents psychiatriques de sa famille, nous aurions uniquement pensé qu'il souffrait de stress important. » Expliqua Hotch.

Morgan se sentait idiot.

« J'ai tout foiré, n'est-ce pas ?» Dit-il.

« En ce moment, toi aussi, tu dois gérer beaucoup de stress. » Dit Hotch en se dirigeant vers la salle de briefing. « Et tu feras que de l'augmenter si tu n'arrêtes pas de trimballer toute cette culpabilité que tu ressens. »

JJ passa la tête par l'embrassure de la porte.

« Nous sommes prêt à partir. » Dit-elle.

« Très bien ! Allez chercher vos bagages. Rendez-vous au Jet. » Dit Hotch.

Toute l'équipe quitta la salle de réunion. Morgan essaya d'attirer l'attention de Reid pour lui présenter des excuses mais le jeune homme continua son chemin en l'ignorant.