Charlie :Merci beaucoup ! J'espère que tu aimeras la suite !
Alsco-chan : Eh bah si ! Je m'arrête là, parce que oui, je suis un monstre ! (rire diabolique)
juju : Il fallait bien au moins une bonne nouvelle dans ce chapitre avec le retour de Derek et Isaac, même si tout se finit avec la mort du bébé. (snif) Le chapitre qui arrive répondra peut-être à une partie de tes questions. ^^ Bonne lecture !
Bêta : Calliope83
Chapitre 12
« Son coeur ne bat plus. Je suis vraiment désolé. »
Ces mots avaient suffi à eux seuls pour tout changer. Pour tout faire basculer en une fraction de seconde, bouleversant l'avenir, une nouvelle fois.
Se surprenant lui-même, Stiles n'avait versé aucune larme, il s'était contenté d'encaisser, de rester fort, les poings serrés et la mâchoire contractée. L'adolescent ne réalisait pas ce qui se passait, là, maintenant. Il avait simplement l'impression que tout ceci, tout ce que Deaton venait de lui confier, n'était qu'un tissu de mensonges, qu'un cauchemar, duquel, bientôt, il se réveillerait. Oui, dans quelques minutes, il ouvrirait les yeux et se rendrait compte avec soulagement que rien de ce qu'il venait d'entendre ne contenait une once de vérité. Rien de tout cela n'était réel.
C'est ce qu'il voulait croire. C'est ce qu'il aurait voulu entendre. C'est ce qu'il aurait voulu vivre de tout son être, mais, malheureusement, il lui fallut se rendre à l'évidence. Rien de tout cela n'était un cauchemar. Tout était vrai, douloureusement vrai. Le vétérinaire était toujours là, lui et sa vérité écrasante.
Pendant de longues minutes, la pièce baigna dans un silence inconfortable que Deaton finit par briser, s'adonnant à de longues et fastidieuses explications. Stiles ne les écouta pas. Ce n'était pas d'explications dont il avait besoin. Ce n'était pas ce qu'il voulait entendre, ce qu'il avait besoin d'entendre.
Il aurait pu se lever, crier, partir de la pièce en claquant la porte… L'adolescent resta cependant assis sur la table de consultation, se triturant les doigts en silence, la gorge nouée, profondément plongé dans ses pensées. Des pensées qui s'entremêlaient, se percutaient, s'entrechoquaient sous son crâne, malmenant son esprit au point que toutes ses idées lui paraissaient confuses, semblaient lui échapper. Il se sentait incapable de fixer sa pensée. La meute, son père, Derek, le bébé, leur bébé. Son bébé.
Tout se bousculait dans sa tête. Il était perdu.
De la tête aux pieds, Stiles sentait le bruit de son cœur pulser douloureusement contre sa poitrine, lui déchiquetant la cage thoracique dans un rythme effréné et se répercutant dans tout son corps comme un écho sinistre.
Des heures. Il avait passé des heures entières à s'imaginer, dans le moindre petit détail, la future existence de cet enfant, son enfant, cette petite fille, Abigail, qu'il ne rencontrerait jamais. Il avait passé des heures à s'imaginer leur vie en compagnie de ce petit être, à se projeter dans l'avenir. Des heures.
Bleu ou rose ? La question ne se posait plus, cela n'avait plus aucune importance. Peu importaient désormais la couleur des murs, le nombre de jouets, le meilleur berceau, le coloris de ses yeux, le son de sa voix ou le nombre de grains de beauté sur sa peau.
Associer un visage à sa petite louve, l'aider à faire ses premiers pas, ou bien tout simplement la serrer fort dans ses bras, tout cela n'arriverait jamais et Stiles devait s'y faire, s'en accommoder, l'accepter, que cela lui plût ou non.
Ses yeux commencèrent à s'embuer de larmes, alors le fils du Shérif se redressa, dirigeant ses prunelles brunes vers le plafond, fixant le premier néon de lumière que son regard croisa, afin de refréner ses émotions. Il passa sa main moite sur son visage brûlant, puis ferma les yeux et inspira profondément , sentant l'air chaud se frayer un chemin jusqu'à ses poumons. Il avait tellement envie de sortir de cette pièce, de planter Deaton et ses explications, mais ses jambes refusèrent de bouger, comme paralysées. Il se retrouva donc, contre sa volonté, condamné à rester sur cette fichue table d'examen.
- Avec tout ce qui s'est passé dernièrement, ton corps a très mal réagi, déclara doucement Deaton dont la voix débordait d'empathie. Cela explique évidemment ces démangeaisons que tu as eues. Je suis quasiment certain qu'elles étaient le signe d'une ou plusieurs carences, quelles qu'elles soient. Ajoutons à ça les dernières semaines qui ont été particulièrement stressantes et agitées pour tout le monde et…
- J'aurais dû faire plus attention, lâcha subitement l'adolescent d'une voix fluette, la tête baissée. Je…Je ne comprends pas, souffla-t-il. Il y a encore quelques jours tout allait bien… Il y a forcément une erreur quelque part ! argua le fils du Shérif, traversé par plusieurs vagues d'émotions violentes qu'il ne parvenait ni à endiguer ni à analyser. S'il était arrivé quoi que ce soit à mon bébé je l'aurais senti ! On ne pourrait pas… bafouilla-t-il. On ne pourrait pas juste refaire les tests ?
- Stiles, souffla le vétérinaire, rappelle-toi, nous avons eu une longue discussion avant que tu ne décides de garder cette enfant. Tu savais qu'il y avait des risques. Tu connaissais les probabilités…
- Je n'en ai rien foutre ! le coupa durement l'hyperactif. Ce que je veux, c'est que vous refassiez vos putains de tests ! s'exclama-t-il.
- Stiles…
- S'il vous plaît, l'interrompit pour la énième fois l'adolescent, le regard suppliant. S'il vous plaît.
Deaton secoua la tête négativement. Refaire ces tests n'était pas une bonne idée. Cela ne servirait à rien, à rien sauf à raviver une flamme d'espoir en Stiles, et le vétérinaire se refusait à céder par peur que cela ne fasse qu'aggraver la situation.
Deaton sortit ses mains de ses poches pour les poser sur les épaules de Stiles, attirant une seconde fois son attention. Il les serra avec force, se voulant rassurant, avant d'ancrer ses sombres pupilles dans celles du lycéen. Ses iris couleur d'ambre étaient inondés de larmes qu'il retenait à grand peine. Il était impossible de ne pas remarquer le chagrin qui submergeait le jeune homme et Deaton en avait le cœur serré.
Il chercha ses mots un instant, construisant ses phrases avec minutie puis quand il se sentit enfin prêt, Deaton se lança, espérant que ses paroles réussiraient à apaiser un tant soit peu l'hyperactif :
- Il n'y a aucune erreur, Stiles. Aucune, certifia-t-il. J'ai déjà eu affaire à des fausses couches, et tout comme celle que tu es actuellement en train de vivre, certaines ont été imprévisibles et brusques, expliqua-t-il. Des femmes ont senti arriver l'inévitable, d'autres non. Pour ce qui est des hommes qui ont vécu la même expérience que la tienne, poursuivit Deaton, une ou deux grossesses seulement ont pu arriver à terme à ce jour, pas plus. Je…Je sais que cette situation est dure pour toi, concéda-t-il après une courte pause, mais quoi qu'il se passe à l'avenir, prévint le vétérinaire, ne te dis jamais que cette fausse couche est de ta faute, car ça ne l'est pas. Tu n'aurais pas pu empêcher ce qui vient de se passer, de quelle que manière que ce soit. D'accord ? Tu as compris ? Ce n'est pas de ta faute, insista-t-il.
L'adolescent se contenta de hocher la tête, se mordant la lèvre inférieure jusqu'à ce que celle-ci perdît toutes ses couleurs et qu'une douleur vive, lancinante, irradiât la chair tendre. Pour ne pas fondre en larmes, c'était le meilleur moyen, le seul qu'il avait trouvé. Stiles savait que s'il laissait échapper un seul sanglot, il ne parviendrait plus à en retenir aucun. Il prit donc sur lui pour ne pas craquer, et essaya de se concentrer sur les paroles que venait de prononcer le vétérinaire.
Deaton devait avoir raison, c'était lui médecin après tout, le spécialiste des loups-garous. Stiles n'arrivait cependant pas à admettre son diagnostic. Il en était certain : cette grossesse aurait pu arriver à terme, elle aurait pu, elle aurait dû. Il l'avait promis à son père, à Derek. Il leur avait promis que tout se passerait bien, qu'il ferait attention, qu'il serait vigilant.
- Est-ce que…bégaya subitement l'adolescent, la gorge serrée. Est-ce que ça pourrait recommencer ? Je veux dire, balbutia-t-il, nerveux. Tomber enceint, ça pourrait…recommencer ?
- Je ne sais pas, avoua sincèrement Deaton. J'aimerais t'en dire plus, crois-moi, mais j'en suis malheureusement incapable. Je n'ai pas eu connaissance de récidive, chez aucun des cas similaires dont j'ai été informé, mais la possibilité que cela puisse t'arriver une deuxième fois n'est pas à exclure. Le monde du surnaturel peut parfois nous jouer des tours et nous surprendre. Bref, je ne sais pas, Stiles, je suis incapable de te donner une réponse claire et précise.
- Ok. Ok, répéta l'hyperactif à plusieurs reprises, comme pour mieux avaler la pilule.
Cette situation pouvait se reproduire. Il pourrait tomber enceint, une nouvelle fois, n'importe quand, ou peut-être jamais, mais maintenant il devait faire attention et faire en sorte que cela n'arrive plus, parce que Stiles n'était pas certain de pouvoir supporter à nouveau une désillusion de ce genre.
oOoOo
Très vite, quelques semaines après la césarienne, Stiles avait pris la décision de rentrer chez lui, chez son père. Ce n'était pas qu'il ne supportait plus les Hale, mais il ne se sentait plus vraiment à sa place dans cette grande maison. Il voulait retrouver sa chambre d'adolescent, ses problèmes d'adolescent, sa vie d'adolescent : une vie normale. Dans cette optique, il ne pouvait ni rester indéfiniment chez son copain, ni demeurer parmi une horde de loups-garous. Il avait donc fait ses valises et était parti.
Talia Hale avait plusieurs fois tenté d'engager la conversation avec lui avant son départ, mais Stiles avait tout fait pour ne pas avoir à entendre ce qu'elle tenait à tout prix à lui dire. Il savait quel sujet l'alpha voulait aborder, ou du moins, il s'en doutait. Grossesse, bébé, louveteau, le jeune Stilinski ne voulait plus en entendre parler.
Stiles voulait que cette histoire soit close, enterrée. Et il se fichait pertinemment que quelqu'un pût trouver ce désir égoïste. Il ne voulait plus en parler, plus jamais. Tout le monde finirait par se résigner à accepter son point de vue, parce qu'il ne comptait pas revenir sur sa décision et qu'il ne voulait en aucun cas le faire.
oOoOo
Cela faisait une éternité que Stiles n'avait pas mis les pieds chez les MCcall, lui qui y passait le plus clair de son temps autrefois. Il avait eu l'impression, en passant la porte de leur salon, suivi de près par Lydia, de revenir trois ou quatre ans en arrière. Il avait rapidement retrouvé ses marques. Rien n'avait réellement bougé, pas même ce cadre photo, accroché juste au-dessus du mini aquarium – vide depuis des années – où l'on pouvait admirer Scott et sa mère sourire à l'objectif, plus qu'heureux. Il y avait aussi ce tapis bleu, que Stiles avait toujours – aussi longtemps qu'il s'en souvînt – détesté.
Cependant, Stiles n'était pas venu pour constater les changements survenus pendant son absence. S'il s'était déplacé, et avait demandé à Lydia de venir également jusqu'au domicile de Scott, ce n'était évidemment pas pour ressasser de vieux souvenirs – aussi bons fussent-ils. Son but était de faire une annonce, une annonce qui – du moins il l'espérait - réjouirait ses deux meilleurs amis.
C'était pour cette unique et seule raison que le trio s'était installé dans le salon des McCall, et que désormais le silence régnait comme jamais. Assis dans son fauteuil, Stiles ne pouvait s'empêcher de ressentir une légère nervosité. Il ne savait pas vraiment comment annoncer sa « grande nouvelle », qui n'en était pas vraiment une, à ses amis. Il avait beau tourner son discours dans tous les sens, aucune version ne semblait lui plaire. Afin de se calmer, il attrapa l'une des manettes de Playstation qui traînait sur la table basse à quelques mètres de lui, parmi tout un fourbis de télécommandes noires et grises.
Il s'amusa avec, un long moment, dans un silence qui, au fil des minutes qui s'écoulaient, devint insupportable pour ses camarades qui n'attendaient qu'une seule chose : qu'il parlât. Ce fut le raclement de gorge impatient de Martin qui fit revenir l'hyperactif à la réalité. Dans un sursaut de lucidité retrouvée, il releva la tête vers Scott et Lydia. Tous deux réclamaient des réponses et le firent comprendre à Stiles, par la seule force de leur regard.
Ne souhaitant pas faire durer le suspense indéfiniment, Stiles inspira un grand coup et se lança :
- Je compte reprendre les cours, lâcha-t-il telle une bombe, triturant la manette qu'il tenait entre ses mains. Dès demain, eut-il lebesoin de préciser.
- Reprendre les cours ?! s'exclama MCcall, sa voix grimpant presque au sommet de la gamme des aigus sous la surprise.
Le basané dévisagea son ami d'enfance quelques secondes, tentant de comprendre s'il s'agissait d'une plaisanterie ou si Stiles était réellement sérieux. Lorsqu'il fut contraint de constater que son meilleur ami ne riait pas, n'esquissait pas même un sourire, Scott essaya de reprendre contenance, se redressa sur le canapé du salon, et, prenant une grande inspiration, il poursuivit, plus calmement :
- Stiles, c'est trop tôt, objecta-t-il d'un ton catégorique. Ça ne fait que quelques semaines depuis…
- Ça va faire un mois, contra immédiatement l'intéressé, le coupant en plein de sa lancée. Je vais parfaitement bien ! Deaton vient de me donner mon faux certificat médical, alors je ne vois pas pourquoi j'attendrais plus longtemps pour reprendre les cours ! Et puis… hésita-t-il avant de rajouter, les bras croisés et une moue boudeuse collée sur son visage, j'en ai assez de rester chez moi tous les jours ! J'ai besoin de sortir ! Sinon, je vais devenir fou !
Une odeur d'indignation vint taquiner les narines du loup, et il sut tout de suite, et sans aucun mal, que celle-ci émanait de Lydia, assise juste à côté de lui, les bras et jambes croisés, une petite grimace irritée déformant son joli visage poupin. La jeune femme resta silencieuse un long moment, ne quittant pas des yeux l'hyperactif, assis dans le fauteuil juste en face d'elle. Le regard de la belle rouquine courroucée lançait des éclairs et Stiles baissa instinctivement les yeux, ayant presque l'impression de se retrouver traduit devant une cour d'assises. Il devinait parfaitement que Lydia était contre cette décision, tout comme Scott. Cependant il n'avait pas l'intention de se démonter, ou de changer d'avis. Il avait besoin de reprendre sa vie en main et pour cela, il fallait qu'il commence par reprendre une scolarité normale.
- Tu ne devrais pas, finit par siffler Lydia, d'un ton ferme. Attends encore un peu, une semaine ou deux avant de te précipiter. Tu n'as pas l'air d'être aussi en forme que tu veux le faire croire.
- J'ai besoin de sortir, contra l'hyperactif en haussant les épaules. J'ai besoin de m'occuper l'esprit, et je ne peux pas le faire si je reste indéfiniment cloîtré entre les quatre murs de mamaison.
L'atmosphère commença à s'alourdir et Stiles ne savait pas vraiment comment y remédier. Aveuglé par sa joie de pouvoir retourner en cours, il n'avait pas réfléchi une seule seconde à la manière dont son entourage pourrait prendre cette décision. Il aurait cru que Scott et Lydia se seraient réjouis de son retour, mais de toute évidence ce n'était pas le cas. Stiles ne voulait pas les contrarier, ou leur laisser croire que leur avis ne comptait pas, mais il était hors de question pour lui de rester une journée de plus inactif et désoeuvré, à broyer du noir et à ressasser sans cesse ce qui s'était produit récemment.
- J'ai…déglutit-il son menton appuyé sur ses genoux encerclés par ses bras. J'ai l'impression d'être encore en cloque, confessa-t-il à mi-voix. J'ai besoin de me changer les idées, vraiment. Je ne veux plus y penser, ça devient insupportable.
Scott et Lydia, étonnés par l'aveu de leur ami, se lancèrent un rapide regard en biais. C'était la première fois que Stiles faisait part de ce qu'il ressentait à propos de cette grossesse qui avait malheureusement mal tourné. Le fils du Shérif, par son attitude mutique depuis sa fausse couche, avait rendu ce sujet tabou. Il refusait systématiquement d'en entendre parler ou même d'y faire allusion. Scott et Lydia avaient de nombreuses fois, chacun de leur côté, essayé de remédier à l'entêtement de l'hyperactif, mais ils n'avaient obtenu aucun résultat concluant. Stiles semblait s'être claquemuré dans le déni et le silence.
Aujourd'hui, exceptionnellement, Stiles semblait d'être d'humeur à évoquer cet épisode désastreux de sa vie, ou plutôt il semblait être devenu apte à en parler. A effleurer le sujet du bout des lèvres. Ni Lydia ni Scott ne comptaient laisser passer cette chance. Cela faisait une éternité qu'ils attendaient ce moment, cet instant décisif où le fils du Shérif finirait par baisser les armes et par être prêt à parler à cœur ouvert, sans crainte d'être jugé, dans le simple but de se délivrer de tous les traumatismes qu'il avait pu subir ces derniers temps.
Ce fut alors avec délicatesse et en prenant ses précautions, craignant que Stiles ne se braque à tout moment, que Lydia demanda :
- Tu y penses souvent ?
- Hum, acquiesça le jeune homme en secouant vaguement la tête, le regard fuyant.
- Vous…Vous en parlez avec Derek ? poursuivit la rouquine, encouragée du regard par Scott.
La banshee et le loup virent Stiles se crisper et son teint paraître subitement plus blanc. Un effluve de nervosité commença à s'échapper de l'humain et quand Scott la perçut, il craignit aussitôt que Stiles ne décidât de mettre fin à leur échange, mais ce ne fut pas le cas, au grand soulagement de Lydia et du capitaine de l'équipe de lacrosse.
- On… , souffla difficilement l'humain, à la recherche de ses mots. Je ne pense pas que l'on ait besoin d'en parler, murmura-t-il presque, appréhendant la réaction de ses amis lorsqu'ils entendraient ses propos. Pourquoi on continuerait à en parler ? C'est fini, c'est passé. On a eu une discussion, on s'est dit tout ce que l'on avait à se dire à ce moment-là. C'est fini, répéta-t-il en se redressant, ses yeux rencontrant enfin ceux de Scott et Lydia. Je ne veux plus en parler, poursuivit-il, son attitude changeant en un clin d'œil, devenant plus distante, plus froide. Changeons de sujet.
- N'en parler qu'une fois, ce n'est pas suffisant, Stiles, répliqua le basané, ignorant volontairement sa demande. Faire de ta grossesse un sujet tabou, ce n'est pas la solution. C'est difficile, je le conçois, mais il faut que tu en parles.
- On est là pour toi, ajouta Lydia. On le voit bien avec Scott, que ça te tourmente. Si tu ne veux pas te confier à nous, soit, mais fais-le au moins avec Derek, ton père ou n'importe qui de la meute, quémanda-t-elle avec douceur. Ok ?
Stiles resta muet, et Scott sut qu'à cet instant ni Lydia ni lui n'obtiendraient une confession de plus ce jour-là. Cependant, sans réellement savoir pourquoi, et malgré toutes les autres fois où ses tentatives pour engager le dialogue avec son meilleur ami avaient lamentablement échoué, Scott prit la décision d'insister. Il ne voulait pas d'un nouvel échec, ni continuer à sentir cette odeur de tristesse qui émanait perpétuellement de son meilleur ami.
- On sait que ta relation avec Derek est un peu tendue en ce moment, osa-t-il alors dire, allant droit au but. Prendre le temps de vous parler réglerait peut-être pas mal de choses.
- Tout va parfaitement bien entre nous, objecta immédiatement l'hyperactif en croisant ses bras, une pointe d'animosité dans la voix. Il n'y a absolument aucun problème.
Le silence pesant régna à nouveau, et le trio n'échangea pas le moindre mot pendant de longues minutes. Les esprits s'échauffaient et la frustration qui émanait de Scott et de la banshee semblait presque palpable. Il y avait comme de l'électricité dans l'air.
- Vraiment ? grommela subitement Lydia, visiblement contrariée que Stiles pût lui mentir si ouvertement. Le fait que tu ne veuilles plus qu'il te touche, ce n'est pas un problème, ça ? déclama-t-elle, provocante. Et je ne parle même pas des crises de colère que tu lui fais subir !
- Ça ne vous regarde pas, fulmina le fils du Shérif. Je ne sais pas ce qu'Erica a bien pu encore vous raconter, mais c'est complètement stupide, poursuivit-il, devinant sans trop de difficulté que la confidente de son copain, cette incorrigible pipelette, avait encore laissé échapper quelques bribes d'informations.
- Ecoute, Stiles, lança Scott d'un ton plus rude qu'il ne l'aurait voulu, on est là pour toi, tu le sais. Mais on ne peut rien faire si tu refuses de nous parler !
- Je n'ai rien à dire, souffla l'intéressé entre ses dents en s'enfonçant dans son fauteuil, d'un air buté.
- Stiles, soupira à son tour Lydia, perdant son sang-froid. On comprend ce que tu ressens mais…
- Tu comprends ce que je ressens ? explosa le fils du Shérif en se levant pour se dresser, en colère, devant ses interlocuteurs dont les yeux ne le quittaient plus. Toi ? rit-il jaune. Ni toi, ni Scott, ni qui que ce soit d'autre ne comprend ce que je ressens ! Tout ce que vous faites, c'est passer votre temps à me poser des questions auxquelles je ne veux pas répondre ! Si tu comprenais un tant soit peu ce que je ressens, tu ne serais pas là à me harceler !
- Si l'on ne te pousse pas à parler, tu ne le feras jamais ! s'emporta la rouquine, les joues virant au rouge. On te connaît !
- Elle a raison Stiles.
- Je…tenta ce dernier avant de s'interrompre, la mâchoire serrée. Ok, vous savez quoi ? demanda-t-il finalement. Je ne suis pas venu pour entendre ce genre de conneries, donc merci Scott, c'était super sympa, on se reverra demain au lycée.
Sur ces mots, l'hyperactif attrapa son manteau, déposa la manette de jeu sur la table basse et prit le chemin de la porte, abandonnant Scott et Lydia, pantois, sans même se retourner.
oOoOo
La nuit tombée, Stiles avait décidé de se coucher tôt ce soir-là, afin d'être au mieux de sa forme le lendemain, en prévision de son retour au lycée. Cependant, c'était sans compter les visites nocturnes de Hale. Car Derek avait repris ses mauvaises habitudes : passer par la fenêtre de sa chambre à des heures tardives, tel un brigand. Alors voir le loup débarquer sans même l'avoir prévenu au préalable ne le surprit pas.
L'humain se redressa, faisant grincer le matelas de son lit, puis se mit à dévisager le basketteur, durement. Derek se tenait juste devant la fenêtre, les mains dans les poches de son blouson, l'air dégagé, tel un parfait innocent.
- Il est tard, finit par grommeler l'hyperactif, la voix ensommeillée. Qu'est-ce que tu veux ? le questionna-t-il, impatient de pouvoir s'endormir en paix.
Derek se rapprocha avec prudence, presque timide, puis s'assit au bord du lit, près de son compagnon. Il ne dit rien pendant un moment, l'air hésitant. Cherchant peut-être ses mots, ou attendant tout simplement que Stiles se décidât à engager la conversation. Mais le silence s'éternisa, et l'hyperactif ne semblait pas prêt à le rompre avant d'avoir obtenu une réponse à sa question.
- Tu t'es disputé avec Scott et Lydia, cet après-midi, n'est-ce pas ? s'enquit finalement le loup en se mordant la lèvre inférieure.
Stiles fronça les sourcils. Il s'assit en tailleur et croisa les bras sur son torse, sans répondre à la question. Il aurait dû se douter à l'expression qu'arborait son petit copain, que la discussion qui allait suivre ne lui plairait pas.
- Ils ont raison, poursuivit Derek à demi-voix après un soupir, ne sachant pas si le silence de Stiles était de bon augure. On devrait en parler, toi et moi.
Le fils du Shérif roula des yeux, puis toujours sans un mot, il se recoucha, sur le côté, tournant sans aucun scrupule le dos à son copain. Scott et Lydia avaient visiblement réussi à retourner le cerveau de Derek. Il ne manquait plus que ça. Que Hale lui prît également la tête avec cette discussion dont il estimait ne pas avoir besoin. Discuter de quoi ? Pourquoi ? Stiles n'avait strictement rien à rajouter sur ce qui s'était passé. Il avait fait une fausse couche. Il l'acceptait. Il le vivait bien. Point. A la ligne.
- Va parler à Erica si tu veux, ne put-il s'empêcher de vociférer. Tu lui dis toujours tout de toute façon. A croire que c'est elle, ta copine, se plaignit l'humain.
Aucune réponse ne vint, et Stiles se força à ne pas bouger, résistant à se retourner. A cet instant, il aurait aimé se donner une gifle. Il se sentait soudainement ridicule d'éprouver de la jalousie envers Reyes. La petite blonde n'avait jamais représenté la moindre menace, et il le savait pertinemment. C'était idiot de sa part d'avoir réagi ainsi, même l'espace d'une seconde.
Stiles n'eut pas le temps de s'excuser ou de revenir en arrière, Derek ignora sa remarque – bien heureusement – puis poursuivit, ne semblant ne nourrir aucune colère vis-à-vis les propos offensants et provocateurs de Stiles :
- Ça te ferait du bien à toi aussi d'évacuer de temps en temps ta rage et ton désespoir, Stiles, murmura-t-il.
L'hyperactif entendit des chaussures être négligemment balancées sur le sol, puis l'instant d'après il sentit le matelas s'affaisser près de lui dans un craquement, signe que Derek venait de s'allonger à ses côtés. Le fils du Shérif ne put s'empêcher de se crisper lorsqu'il sentit la main de son compagnon se poser tendrement sur sa hanche, son pouce commençant à effleurer sa peau, lui prodiguant de douces caresses légères, délicates. Ce simple contact suffit à l'aider à se détendre, suffisamment pour se mettre à penser à son père, certainement endormi devant la télévision du salon à l'étage du dessous. Stiles l'imagina en train de ronfler, la tête balancée en arrière et la bouche grande ouverte. Un petit sourire lui échappa.
Que dirait le Shérif s'il venait à entrer dans sa chambre, là, maintenant, et s'il voyait un Hale sous ses draps? Exploserait-il de colère ? Jouerait-il l'indifférent ? Stiles n'en avait pas la moindre idée. Il n'arrivait pas bien à cerner quel type de relation son père entretenait maintenant avec les Hale. Stiles ne l'avait plus entendu vociférer d'injures obscènes sur eux depuis qu'il était rentré et il ne savait pas comment interpréter cette toute nouvelle situation. Il ne savait pas s'il pouvait inviter Derek chez lui en pleine journée, ou s'il était préférable de garder secrètes les allées et venues de son copain. Stiles était dans le flou total et cela avait le don de l'énerver. Il sentit une sourde rage monter en lui.
L'hyperactif ne voulut cependant pas se laisser aller à la colère. Il ferma les yeux puis essaya d'oublier son père pour se laisser emporter par les caresses légères et agréables de son copain, pour profiter de l'instant présent. Derek avait profité de son moment d'absence pour se rapprocher un peu plus de lui et Stiles devait avouer que cette chaleur qui émanait du loup était plus que plaisante.
Derek passait presque tous les soirs chez Stiles depuis que celui-ci avait pris la décision de rentrer chez lui. Il revenait à chaque fois, même si l'hyperactif se montrait le plus souvent odieux et froid avec lui, s'énervant pour un rien, ou se montrant distant. Stiles se sentait reconnaissant envers le loup, de le supporter comme il le faisait, lui et ses sautes d'humeur, mais il se sentait aussi coupable et idiot. Idiot de ne pas écouter Lydia et Scott ou tous les autres qui ne cessaient de lui rabattre la même chose depuis des jours et des jours : « Communique », « Dis-nous ce que tu ressens. ». Lui qui aimait tellement s'exprimer, palabrer pendant des heures entières, pourquoi n'y arrivait-il pas ? Pourquoi était-ce si compliqué de parler, de se confier, de se laisser aller ?
Stiles attrapa la main baladeuse de son copain, emmêla leurs doigts ensemble, puis colla son dos sous son menton. Se confier, il pouvait le faire. C'était Derek, pas un inconnu, pas un simple ami. Il suffisait que Stiles réussisse à mettre des mots sur ce qu'il ressentait. C'était simple, non ? Il en était capable.
- Je...Toi, commence, balbutia l'hyperactif, alors qu'il sentait ses poumons se dégonfler comme de vulgaires ballons. Si tu commences, négocia-t-il, peut-être que j'arriverais plus facilement à te dire ce que je ressens. Commence.
Derek ne dit rien, pendant un instant qui sembla être une éternité pour l'humain. Il ne sentait plus que les doigts de son compagnon se resserrer contre les siens, alors que le silence persistait. Un énième soupir résonna dans la pièce, puis contre toute attente, le loup se lança :
- J'ai parfois l'impression que tu m'en veux.
- Quoi ? s'exclama mollement l'hyperactif n'en croyant pas ses oreilles. Je ne t'en veux pas ! rétorqua-t-il aussitôt l'information assimilée. Tu délires complètement.
- Je ne délire pas, rit jaune le loup, la mâchoire serrée.
- Bien sûr que si ! s'insurgea le jeune Stilinski. Je ne sais pas où tu es allé chercher ça, mais c'est complètement débile. Enlève-toi ça de la tête !
- Tu es réticent à chaque fois que je te touche, comme quand tu étais en colère contre moi, autrefois, se justifia Derek.
- Je ne suis pas réticent, contra l'hyperactif. Regarde, ordonna-t-il en agitant leurs mains entrelacées, se dévissant presque le cou pour regarder son compagnon, le défiant du regard de le contredire. Je ne suis pas réticent, répéta-t-il.
- Tu sais très bien de quoi je parle, gronda d'une voix rauque le loup, et ce n'est pas de ça.
- Eh bien, je te dis que tu te trompes ! pesta l'humain, qui savait au fond de lui qu'il était de mauvaise foi, avant de se détourner de son interlocuteur. J'ai...reprit-il. J'ai juste besoin d'un peu de temps. Attends encore un peu, quémanda-t-il d'un ton abrupt. C'est tout ce que je te demande, Derek je-ne-pense-qu'avec-ma-queue-Hale !
Le coeur battant, Stiles sentit irrévocablement la colère monter en lui, et malgré les efforts désespérés qu'il faisait pour la contenir, il ne parvenait visiblement pas à la réfréner. Résultat, la pièce resta silencieuse quelques minutes, et tous deux éprouvèrent un certain malaise avant que le loup ne se décidât à le dissiper en reprenant la parole :
- Ne t'énerve pas, le supplia Derek, le serrant un peu plus contre lui.
- J'essaye.
- Alors essaye plus fort, insista le loup.
- Tu crois que c'est facile ? s'offusqua l'hyperactif. Tu crois que c'est facile quand tu me reproches des choses de ce genre ? Tu crois quoi ? Que je le fais exprès ? Que ça me fait plaisir ?
- Non, bien sûr que non, affirma le brun, nichant son visage dans le cou de son copain. J'essaye juste de te comprendre, Stiles. Je ne veux pas que tu prennes ça pour des reproches. Je suis désolé si je ne m'y prends pas de la meilleure manière qui soit, concéda Derek, mais c'est difficile pour toi, comme pour moi, expliqua-t-il. Et on ne va pas pouvoir tourner autour du problème éternellement. Il...Il va falloir que l'on parle d'Abi. Qu'on en parle vraiment, et pas que l'on survole le sujet, comme la dernière fois.
- Ok, on arrête, le coupa subitement Stiles, la voix chancelante.
- Stiles...
- On arrête, répéta-t-il, se braquant complètement.
Le fils du Shérif tira sur la couverture, lâcha la main de son compagnon et enfonça son visage dans son oreiller. C'était plus fort que lui, il ne pouvait parler d'Abi. Le simple fait d'entendre de son prénom prononcé de vive voix lui était insupportable. Abi. Abigail. Est-ce que c'était vraiment aussi dur pour Derek ? Est-ce qu'il en souffrait autant que lui ? Stiles ne pouvait s'empêcher d'en douter. Le basketteur donnait l'impression de s'en être remis, rapidement. Une semaine, deux ? Combien de temps avait-il fallu pour clore le chapitre, pour passer à autre chose, alors que Stiles se sentait toujours aussi malheureux ? La voix de Deaton résonnait sans cesse sous son crâne depuis l'annonce de la mort d'Abi, lui répétant encore et encore ces mêmes mots que Stiles aurait voulu ne jamais avoir à entendre. « Son coeur ne bat plus. Je suis vraiment désolé. »
- C'est pas grave, Stiles. On essayera une autre fois, chuchota son copain sentant certainement la flagrance de culpabilité qui commençait à se dégager de sa peau.
Si, justement, c'est grave.
Stiles se sentait tellement stupide de ne pas pouvoir en parler. Tout le monde autour de lui faisait tellement d'efforts pour essayer de le réconforter, et même si ses amis étaient parfois maladroits, ils faisaient tout leur possible pour l'aider, pour le soutenir. L'hyperactif avait l'impression d'être ingrat en agissant ainsi. D'être un poids. Mais il n'arrivait pas à réagir autrement. Il s'en sentait incapable pour le moment.
oOoOo
Cela faisait maintenant quelques semaines, voire un mois et un peu plus, que Stiles avait repris les cours, mais ce matin-là, il n'avait qu'un objectif en tête, passer l'interrogatoire que lui faisait subir quotidiennement son père le plus rapidement possible. C'était devenu récurrent. Depuis quelque temps, le Shérif ne cessait de le harceler avec ses questions toutes aussi intrusives les unes que les autres. L'hyperactif n'en pouvait plus, d'ailleurs lui et son père s'étaient encore disputés la veille au soir à ce sujet. Stiles voulait respirer, désirait qu'on le laisse tranquille. Il en avait assez de se sentir traité comme un criminel dans un poste de police. Son père ne pouvait pas indéfiniment essayer de mettre le doigt sur le problème qui, semblait-il, tourmentait son fils.
Un problème qui d'ailleurs n'existait pas. Stiles n'en avait aucun, il allait bien, mais plus il semblait le répéter à son bourru de père, plus celui-ci avait l'air d'être persuadé du contraire. Cette situation devenait insupportable pour le plus jeune des Stilinski, qui en venait même à éviter de croiser le Shérif dans leur propre maison.
Puisque Stiles ne voulait plus avoir de disputes avec son père, il s'était juré, la veille, en fixant le plafond de sa chambre, la colère assombrissant encore ses pupilles, qu'il resterait dorénavant calme, et ne s'énerverait plus si son père persistait encore à le questionner. Il trouverait une parade, n'importe laquelle, qui lui permettrait, au moins, de prendre son petit déjeuner tranquillement.
L'hyperactif se leva donc ce matin-là, en espérant qu'il se tiendrait à ses nouvelles résolutions avec succès.
Le Shérif était déjà dans la cuisine quand il y descendit pour prendre son petit déjeuner. L'odeur du café embaumait la pièce, tandis que son père s'appliquait à feuilleter un grand journal.
L'adulte remonta ses lunettes à l'aide de son index, releva la tête vers son fils et lui adressa un petit sourire avant de le saluer dans un petit mouvement de tête. Stiles jeta un coup d'oeil à l'heure et se mordit la lèvre inférieure. Il ne pouvait pas aller en cours sans avoir déjeuné, il ne tiendrait pas jusqu'à la pause du midi, il le savait. S'il s'entêtait à attendre que le Shérif s'en allât, Stiles se trouverait dans l'obligation de sauter le repas le plus important de la journée. Hors de question.
Il prit alors sur lui, s'assit en face de son père en faisant grincer, au passage, sa chaise sur le carrelage. Une fois assis, l'adolescent fit tout son possible pour ne pas croiser le regard du Shérif. Il savait que cette méthode était généralement inefficace, mais Stiles continuait à espérer, secrètement, qu'un jour, elle fonctionnerait.
Se faisant tout petit sur sa chaise, Stiles se servit un verre de jus d'ananas, attrapa un biscuit aux pépites de chocolat, n'oubliant pas d'apporter un maximum d'attention à tout ce qui n'était pas directement relié à son père : les coins de la table, les miettes près de son verre, les pépites de chocolat, le carrelage… Il l'imaginait parfaitement le fixer de ses grands yeux bleus, à travers ses petites lunettes qui glissaient sans cesse le long de son nez .
Soudain, un raclement de gorge rompit le silence. Dans quelques secondes l'interrogatoire allait commencer, Stiles en était persuadé. Il croisa alors mentalement les doigts pour se tromper, et se maudit de ne pas avoir au moins allumé la télévision pour laisser un bruit de fond accaparer l'attention du policier.
- Tu es bizarre depuis que tu es rentré, confessa le Shérif, d'une voix dénuée de toute agressivité, comme si leur dispute de la veille ne s'était jamais produite.
Stiles se sentit se crisper malgré lui. Il laissa un petit silence planer, le temps de calmer son impulsivité qui commençait déjà à le dévorer de l'intérieur. Pas de dispute, surtout pas de dispute.
Il releva la tête, se forçant à sourire, prenant un air confiant. Il suffisait de bien jouer la comédie, de faire tout son possible pour être crédible, être normal. Le fils du Shérif fit donc mine de ne pas comprendre où voulait en venir son père.
- Vraiment ? fit-il avec une petite grimace. Et qu'est-ce que je suis censé répondre à ça ? Il y a des millions de façon de répondre à ça. Tu le sais ? Et je pourrais te dire exactement la même chose, débita l'adolescent. Grand Shérif de Beacon Hills, vous êtes carrément bizarre depuis quelque temps ! Auriez-vous succombé au côté obscur de la force ? badina-t-il.
Stiles aurait cru au moins arracher un minuscule rictus à son père, mais ce fut un échec cuisant. Les expressions qui passaient sur le visage du Shérif n'étaient pas faites pour le rassurer. Inquiétude, gravité, anxiété se succédaient sur ses traits fatigués.
Stiles se racla la gorge et se redressa, mal à l'aise. Combien de fois allait-il devoir répéter à son père que tout allait parfaitement bien ? Qu'il n'avait absolument aucune raison de se faire du souci. Malheureusement, le policier était têtu, buté, certainement un trait de famille.
Stiles serra son verre entre ses mains, réfléchissant à divers arguments qui parviendraient à enfin dissiper toutes les inquiétudes de son père, mais celui-ci le devança :
- Tu es sûr que tout va bien ? persista à demander l'homme en uniforme.
Le Shérif semblait avoir décidé d'y aller franco ce matin, de ne plus tourner autour du pot comme il l'avait peu habilement fait ces derniers jours. Il n'était pas certain de la démarche à suivre pour obtenir des réponses honnêtes de la part de son fils. Il n'était pas aveugle, et il connaissait Stiles, il savait que quelque chose n'allait pas, mais si son fils refusait de parler, il ne pouvait pas l'aider.
A tout moment, Stiles pouvait se braquer et se mettre sur la défensive, et le Shérif savait qu'à cet instant précis, le dialogue serait inévitablement rompu. C'était la dernière chose qu'il désirait. Ce fut alors, toujours avec une légère appréhension, tentant de se montrer le plus calme possible, que le Shérif fit, prudemment, une nouvelle tentative pour inciter Stiles à se confier à lui, voyant que son fils ne répondait toujours pas :
- Je veux dire, toussa l'adulte, au lycée, tu n'as rencontré aucun problème dernièrement ? N'est-ce pas ? Entre Derek et toi, tout va bien ? Pas de dispute, par hasard ?
Il vit la mâchoire de son fils se contracter. Stiles se crispa davantage, l'espace de quelques secondes, avant de boire une gorgée de son jus d'ananas. Il fit une petite grimace quand le goût acide de la boisson frappa son palais puis répondit enfin, se montrant, comme à son habitude, froid, indifférent :
- Tout va bien, au lycée comme avec Derek, papa, soupira l'hyperactif.
Son père ne dit rien, pendant un moment, et Stiles crut, un instant, que le shérif avait abandonné. Erreur. Grossière erreur. Le plus âgé reprit le taureau par les cornes, ne semblant pas se lasser de cet échange stérile.
- Est-ce que... , hésita-t-il, se mastiquant l'intérieur de la joue droite. Stiles, reprit-il avec plus de contenance, regardant cette fois-ci son fils droit dans les yeux. Il faut me le dire si tu penses encore à cette fausse couche.
Stiles ouvrit la bouche dans l'optique de répondre, mais la referma rapidement, sans émettre le moindre son. Il inspira un grand coup, sentant son coeur s'affoler à l'intérieur de sa poitrine, et essaya de se calmer. Malgré les efforts qu'il faisait pour ne pas se fermer aux tentatives de son père de le faire enfin parler, il sentit qu'il n'y parviendrait pas. Il serra donc les poings sous la table, espérant pouvoir se contenir.
- Je ne veux pas parler de ça, déclara-t-il, bien plus froidement qu'il ne l'aurait désiré.
Le Shérif eut un mouvement de recul. Il se doutait bien que le problème venait de là, mais il pensait que la longue discussion qu'ils avaient eue tous les deux, après le retour de Stiles dans cette maison, l'avait aidé à tourner la page. Il s'était visiblement trompé.
- Stiles, il faut que l'on en parle. Je sais que c'est...
- Papa ! s'écria son fils, exaspéré, perdant son sang-froid. Ça fait trois mois, articula-t-il. C'est bon ! Si tu t'attends à ce que je te joue une scène digne des mélodrames les plus larmoyants, eh bien, tu devrais passer ton tour. Je vais bien, j'ai avalé la pilule, et maintenant fous-moi la paix. Foutez-moi tous la paix !
Les bras croisés sur sa poitrine, Stiles se mit à observer son père qui ne semblait pas plus convaincu qu'il allait bien que la minute précédente. Hausser la voix ne servait à rien, ce n'était pas de cette façon qu'il réussirait à convaincre le Shérif qu'il s'était tout à fait remis de sa fausse couche. Stiles devait se montrer calme, donner des arguments, mais ne surtout pas se mettre en colère et … c'était mal parti. L'hyperactif se pinça les lèvres, décroisa ses bras et après avoir pris une gorgée de sa boisson et s'être éclairci la voix, il essaya de reprendre la parole en s'efforçant de rester maître de lui-même et de ses émotions.
- Je vais bien, répéta l'adolescent sur un ton plus doux. Est-ce que tu me vois me morfondre sous mes draps toute la journée ? Non. Je ne passe pas mon temps cloîtré entre les quatre murs de cette maison. Pas plus tard qu'hier, j'ai fait un bowling avec Scott et Jackson ! On s'est vraiment amusé, assura-t-il. Scott est toujours aussi nul et ça en devient un peu flippant, mais Jackson, et même sans super pouvoirs de loup-garou, est un vrai adversaire de taille ! J'étais à ça de remporter la première place ! A ça ! Enfin bref, souffla Stiles, tout ça pour dire que je ne vois pas ce qu'il te faut de plus pour te prouver que ma vie est un parfait conte de fées ! Grandiose !
Le Shérif sembla peser le pour et le contre, puis finit par hocher à plusieurs reprises la tête, sans doute enfin convaincu par les arguments de son fils. Stiles se sentit soulagé, parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre pour rassurer son père.
- Je vais être en retard ! sursauta le Shérif en jetant un coup d'oeil à l'heure.
D'un bond énergique, il se leva de sa chaise, manquant de la renverser, puis en une gorgée, termina son café avant d'attraper sa mallette de travail. Prêt à passer la porte, le Shérif fit demi-tour et s'approcha de son fils pour l'embrasser sur le front et lui souhaiter une bonne journée , n'oubliant pas d'ajouter, d'une voix déterminée :
- On n'a pas fini de discuter, toi et moi.
Ah, merde.
oOoOo
Ce matin, Lydia semblait plus énervée que jamais. La raison ? Son binôme de science l'avait lâchement abandonnée. Elle se retrouvait donc toute seule à devoir écrire un compte rendu sur la dernière expérience que le professeur Harris avait bien voulu soumettre à ses bien-aimés élèves.
- Lydia , arrête de faire la grimace, ma belle, la taquina Jackson en binôme avec McCall, installé à la table juste en face. Tu es parfaitement capable de faire cet exercice toute seule.
- Je sais bien, pesta la rouquine, broyant rageusement son stylo-bille de sa main droite. Mais pour une fois qu'Harris me mettait avec un partenaire ayant autant de A dans sa moyenne que moi, j'espérais ne pas avoir à me taper tout le travail ! Je ne sais pas ce qui passe par la tête de Stiles, ces derniers temps, pour qu'il sèche autant de cours.
- Il doit encore s'être fait embarquer par Raeken, risqua Scott , d'un ton amer.
Lydia se retourna, observant la place vide que ce soi-disant Theo Raeken aurait dû occuper. C'était avec lui et sa bande que Stiles passait le plus clair de son temps à présent, et il négligeait désormais la meute, ne la fréquentait plus du tout comme autrefois. Cela faisait environ deux mois que cette situation durait, soit, depuis son retour au lycée.
Lydia ne voulait pas l'avouer, par fierté, mais elle n'aimait pas voir son meilleur ami prendre ses distances et encore moins traîner avec Theo. Ce type n'avait pas une réputation glorieuse. De nombreuses rumeurs couraient à son sujet. Elles le décrivaient comme vicieux, hypocrite et manipulateur. Lydia essayait de ne pas y faire attention, mais cela lui était difficile.
Elle aurait cru que ce travail en binôme allait lui permettre de discuter avec son hyperactif favori, mais, finalement, cela s'était avéré impossible. Stiles avait quasiment coupé les ponts avec la meute, ne leur fournissant que de brèves explications sur son comportement, au passage, presque distraitement. Cela avait été un miracle, que la veille il se fût décidé à appeler Scott et Jackson pour une partie de bowling. Lydia aurait aimé y être conviée.
Apparemment, Stiles avait besoin de temps. Lydia comprenait. Après ce qu'il avait vécu on ne pouvait pas lui demander d'oublier instantanément tout ce qui s'était passé. Lors de leur dernière discussion, avec Scott, Stiles avait été très clair. Il avait besoin de temps pour remettre ses idées en place. Il avait avoué que tout ce monde peuplé de loups-garous et d'autres créatures surnaturelles, ne lui convenait plus. Qu'il avait besoin de lâcher prise, et de retrouver un semblant de normalité dans sa vie.
- Juste pour quelque temps, avait-il insisté ce jour-là.
Seulement, d'après Lydia « quelque temps » ne signifiait pas un mois et demi, voire deux. La voix de son ami commençait à lui manquer et c'était une sensation étrange pour la petite rousse.
- Ce Théo Raeken, ce n'était pas l'un de vos amis d'enfance, demanda Jackson à Scott, l'air incrédule.
- Si. Ça remonte à loin maintenant, expliqua McCall en haussant les épaules. On traînait toujours ensemble avec Stiles en primaire. D'ailleurs, je me souviens qu'à cette époque, ces deux-là ne pouvaient pas se supporter. Stiles disait qu'il était beaucoup trop imbu de sa personne et qu'il détestait ses sourires en coin, rit doucement le mexicain aux souvenirs que lui procurait cette conversation. Alors je dois avouer être le premier étonné de les voir tous les deux bras dessus bras dessous aujourd'hui.
- J'aimerais que tout redevienne comme avant, soupira la banshee, une moue boudeuse sur le visage.
- Pour ça, il faudrait que Stiles se décide à parler de sa fausse couche, se plaignit Jackson. Or, il refuse de le faire. D'après Erica, il ne veut même pas aborder le sujet avec Derek. On ne peut pas aider quelqu'un qui ne veut pas être aidé, Lydia.
- Bien sûr que si on peut l'aider, réfuta aussitôt la petite amie du basketteur. Il faut juste trouver la bonne manière de s'y prendre. C'est Stiles ! Bon sang !
Elle jeta un coup d'oeil à Harris, visiblement trop occupé à sermonner d'autres élèves dans le fond de la classe pour s'occuper de ce qu'ils complotaient , puis reprit en essayant de chuchoter du mieux qu'elle le pût :
- C'est le genre de personne qui a besoin d'impérativement vider son sac si elle veut pouvoir se sentir mieux. On est censé être cette oreille attentive dont il a besoin. C'est nous , ses amis, pas ce stupide Théo et ses potes !
- Le problème, plaida Scott, c'est qu'on lui a promis de lui laisser du temps. Le temps qu'il faudra. Attendons encore un peu avant de tenter quoi que ce soit. Précipiter les choses ne servirait à rien.
La venue d'Harris vers leurs tables respectives les força chacun à se concentrer sur leur travail, interrompant leur discussion. Lydia aurait voulu discuter plus de Stiles avec ses camarades, mais le professeur ne sembla plus vouloir les quitter des yeux de tout le reste de l'heure.
oOoOo
Dans le vestiaire des garçons du lycée, Erica ne cessait d'agiter une petite enveloppe rose sous le nez de Derek qui essayait de se changer en paix. Apparemment, la jolie blonde ne se sentait pas de trop dans ces vestiaires remplis de garçons à moitié à poil. D'un autre côté, ce n'était pas comme si l'endroit avait encore été infesté de mâles déambulant dans leur plus simple appareil. La plupart des joueurs de basket-ball étaient en effet déjà sortis.
- Tu n'as rien à faire ici, Erica, grogna le loup, amer.
- Mais tu ne te rends pas compte, sautilla-t-elle sur place, Ariane Lawrence m'a invitée à sa fête ! Alors que Lydia n'a toujours pas reçu sa lettre, moi, Erica Reyes, je suis enfin conviée à sa fête d'anniversaire ! s'exclama-t-elle, froissant l'enveloppe entre ses mains.
Derek eut un petit rire face à toute l'excitation de la louve. Des étoiles brillaient dans les yeux d'Erica. Il ne l'avait jamais vue aussi enthousiaste. A vrai dire, elle n'avait jamais été invitée à la fête d'anniversaire d'Ariane et il fallait avouer qu'après la fête d'anniversaire de Lydia, c'était la soirée la plus attendue de l'année.
Soudain, Erica cessa de gigoter et une petite moue s'installa sur son visage avant qu'elle ne demandât :
- Tu penses que Stiles sera aussi à cette fête ?
Elle savait que Derek n'avait pas franchement envie d'aborder le sujet « Stiles » pour l'instant, mais même en voyant l'expression douloureuse qui traversa le visage de son ami pendant une fraction de seconde, Erica avait envie d'éclaircir toute cette histoire. Contrairement à son habitude, Derek ne lui avait rien confié sur sa vie ces derniers mois, pas même quelques détails insignifiants. Erica était donc restée dans le flou, tout comme, logiquement, le reste de la meute, puisque c'était elle, d'ordinaire, qui leur fournissait la moindre information concernant de près ou de loin Derek.
- Je ne sais pas, finit par soupirer son meilleur ami, faisant mine de ne pas être affecté par la question posée par Erica. Il traîne avec Theo et vu qu'Ariane est l'une de ses amies, j'imagine que Stiles a dû être invité, lui aussi.
- Ça ne s'est toujours pas arrangé avec Stiles ? N'est-ce pas ? se risqua à demander Erica après quelques minutes passées dans un silence complet.
Derek ferma son casier puis vint s'asseoir sur l'un des bancs à disposition des joueurs, imité par Erica qui ne le lâchait plus des yeux, désireuse de capter la moindre émotion sur son visage. Elle était curieuse et surtout impatiente d'en savoir plus. Après cette discussion, Erica arriverait probablement à répondre à la moitié des questions que se posait le reste de la meute, et qu'elle-même se posait au demeurant.
- Je ne sais pas, avoua Derek, la voix chancelante et fixant ses baskets. C'est compliqué.
- Compliqué comment, Derek ? insista Erica, déposant sa main sur l'avant-bras de ce dernier, pour l'encourager à continuer. Explique-moi.
- On a en quelque sorte rompu le mois dernier, mais on continue de se voir et de s'envoyer des messages régulièrement. C'est un peu comme si on avait gardé la même relation mais privée de tout ce qui tourne autour du sexe. Tu comprends ? C'est une sorte de pause, j'imagine, conclut-il en passant sa main sur son visage. J'en sais rien.
L'atmosphère s'alourdissait dans les vestiaires, tandis qu'Erica attendait, silencieuse, sachant pertinemment que son ami avait bien plus à dire. Elle passa sa main sur le dos du loup, dessinant quelques cercles. L'odeur émanant de son meilleur ami lui laissait deviner qu'une sorte d'épuisement émotionnel l'accablait, et même le rongeait.
- J'ai...Je le sens différent, reprit Derek, mettant fin à ce silence désagréable. Il s'emporte facilement ces derniers temps, souffla-t-il. Erica, j'ai essayé de parler du bébé avec lui, mais il se braque à chaque fois ! Je sais que le problème vient de là, mais je ne sais plus quoi faire pour arranger les choses. La dernière fois, on s'est disputé à cause de ça, et j'ai vraiment cru qu'il ne voudrait plus jamais me reparler, avoua dans un souffle Hale.
- Laisse-lui encore un peu de temps, conseilla Erica, ne sachant pas réellement quoi dire. Laisse-lui un peu de temps, et peut-être qu'il finira par être prêt à engager cette discussion avec toi.
- Ça va faire deux mois, Erica, rétorqua Derek. Il ne semble pas vouloir changer d'avis ! Et...Et je ne supporte plus cette situation. Je l'aime, mais j'ai juste l'impression que j'aurais beau faire tous les efforts du monde pour arranger les choses, ce n'est plus possible. On ne peut pas continuer comme ça.
- Peut-être que c'est mieux pour vous que vous restiez amis.
- Je ne veux pas être son ami, objecta sèchement le loup en se relevant. Je ne l'ai jamais voulu.
Erica soupira. Elle ne savait pas quoi conseiller à Derek, à part de laisser le temps faire les choses, d'y aller en douceur. Mais si la manière douce ne marchait pas, alors il faudrait bien un jour employer la manière forte, quitte à faire des dégâts. Comme toujours, elle n'aimait pas voir son meilleur ami dans cet état, et protectrice de nature, Erica avait juste tout bonnement envie de le serrer dans ses bras et de lui promettre que tout s'arrangerait bientôt. Seulement, elle ne pouvait faire une telle promesse, car elle-même ne savait pas ce qu'il allait advenir du couple de son ami. Elle se leva donc à son tour, attrapa son sac au sol et suivit Derek à l'extérieur des vestiaires.
oOoOo
C'était la première fois que Stiles se retrouvait enfermé dans une cellule. D'habitude, il se trouvait de l'autre côté, à essayer de se prendre pour le futur Shérif de la ville. Aujourd'hui était donc un jour assez particulier. Son père le regardait, de l'autre côté des barreaux, les bras croisés, une expression de mécontentement déformant ses traits d'ordinaire harmonieux. La colère imprégnait ses traits, creusant de vilaines rides sur son front. Ce qui le mettait le plus hors de lui, était de voir son fils, effronté, lui sourire, les joues encore cramoisies, à cause de l'alcool qu'il avait dû boire un peu plus tôt dans la journée. Il riait même, se balançant d'avant en arrière, assis sur le banc de la cellule. Juste à côté de Stiles, était assis Theo, un peu plus sur la réserve, fixant ses pieds d'un air agacé. Lui aussi semblait avoir bu.
Le Shérif avait eu du mal à le reconnaître car la dernière fois qu'il avait vu le petit Raeken, celui-ci ne devait pas être plus haut que trois pommes. Il faut dire qu'à une certaine époque, Stiles, Scott et lui étaient inséparables. Aujourd'hui, Theo était devenu un beau jeune homme, mais apparemment, il était aussi inconscient que Stiles.
Le policier se racla la gorge, prêt à passer un savon aux deux jeunes garçons.
- Tes notes à l'école dégringolent, ton lycée n'arrête pas de m'appeler pour m'informer d'absences non justifiées, à la maison tu te comportes comme un gamin capricieux de trois ans et maintenant ça ? dit-il en s'adressant tout d'abord à son fils. Vous vous rendez compte, tous les deux, dans quelle situation vous me mettez ?! s'exclama sévèrement le Shérif. En plus d'être mineurs et ivres, vous êtes assez idiots pour pénétrer par effraction dans le zoo de Beacon Hills, alors que son entrée est interdite au public depuis le mois dernier ! Et cerise sur le gâteau, vous décidez sur un coup de tête de rentrer dans la cage d'un boa bien plus costaud que vous deux réunis ! Mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête ?! Bon sang !
- T'aurais peut-être préféré qu'on aille voir les lions ? s'amusa l'hyperactif, provocant un rire mal dissimulé de Theo.
- J'aurais préféré que tu ailles en cours, Stiles !
Le jeune homme haussa les épaules et fit une petite grimace de dégoût avant de vivement secouer la tête.
- J'avais prévu d'y aller, mais j'ai changé d'avis, expliqua-t-il sans même éprouver le moindre remords. Si c'est pour qu'Harris me prenne la tête avec ses problèmes de chimie, je préfère encore aller dans la cage aux lions. Ça, ça aurait valu le coup que je me lève à 7 heures du mat' ! Ou 6 heures, réfléchit l'adolescent, fronçant les sourcils. Enfin, je ne sais plus à quelle heure on était censé avoir science. De toute façon, ce cours est pourri !
Le Shérif secoua la tête de gauche à droite, d'un air réprobateur, mais son fils ne sembla pas y prêter attention, au contraire, il se mit même à discuter avec Theo, oubliant carrément la présence de son père. Le Shérif soupira bruyamment, posant ses mains sur ses hanches, se sentant littéralement bouillir sur place. Il aurait cru au moins recevoir des excuses de la part de Stiles. Il aurait cru que son fils aurait au moins eu l'intelligence de se remettre en question. Cela faisait tout de même une heure, que lui et son ami avaient été enfermés par l'un de ses collègues, dans cette cellule.
Monsieur Stilinski ne dit rien pendant un moment, observant le comportement insouciant de Stiles. Plissant les yeux, observateur. Quelque chose n'allait pas. Une chose en particulier, sur laquelle le Shérif avait du mal à mettre le doigt, avait du mal à mettre un nom et, pourtant, il avait l'impression qu'il n'y avait rien de plus flagrant.
- Autrefois, je t'aurais juste sermonné un grand coup, déclara le Shérif, coupant la discussion des deux jeunes garçons, parce que j'aurais été certain que tu aurais compris ton erreur, mais là, il est hors de question que je te laisse sortir de ce commissariat comme si de rien n'était et pour que tu recommences tes conneries. Vous avez de la chance, tous les deux, que le propriétaire du zoo ait décidé de ne pas porter plainte, concéda-t-il, autrement vous auriez de bien plus gros problèmes ! Mais en attendant, je peux vous promettre que vous resterez enfermés ici jusqu'à la tombée de la nuit. Vous en tirerez peut-être une leçon comme ça !
- C'est hors la loi ! s'écria Stiles, levant le menton d'un air de défi. Tu n'as pas le droit de faire ça !
- Je suis le Shérif, j'ai tous les droits.
Sur ces mots, le père sortit de la salle, espérant qu'une fois dessaoulé, son fils changerait d'attitude.
Malheureusement pour le Shérif, une fois dégrisé, son fils ne sembla plus pouvoir tenir en place, il n'arrêtait pas de demander à ce qu'on le laissât sortir une bonne fois pour toutes. On l'entendait brailler jusqu'aux bureaux, et le Shérif, se frottant la tempe furieusement, commençait à en avoir assez d'entendre la voix criarde du jeune homme. Si c'était la vengeance de Stiles pour s'être fait harceler de questions toute la semaine, alors le Shérif devait avouer que celle-ci était particulièrement efficace, parce qu'il finit par se lever, sortir de son bureau et aller ouvrir la cellule. Son crâne allait exploser.
Stiles bondit en un rien de temps hors de la cellule, plus que satisfait d'avoir réussi à faire craquer son père. Celui-ci avait eu ses nerfs mis à si rude épreuve par ses cris qu'il lui avait redonné sa liberté. Theo, quant à lui, avait pris son temps pour se lever, et sortir de la cellule, tant son corps était perclus de courbatures. Il se demandait d'où son ami pouvait bien tirer toute cette énergie. Il commençait, lui aussi, à avoir un petit mal de crâne, et même s'il appréciait Stiles, Theo devait avouer que parfois, c'était dur de traîner avec lui. Le plus jeune des Stilinski était une vraie pile électrique, et son comportement avait le don de replonger Theo dans les souvenirs de son enfance, des souvenirs qui, au fur et à mesure, commencèrent à l'inquiéter.
oOoOo
Lundi arriva après un week-end mouvementé pour certains, et très calme pour d'autres. Lydia fulminait, devant Scott et Allison, dans l'un des couloirs du lycée. La fête d'Ariane par ci, la fête d'Ariane par là ! Lydia n'en pouvait plus d'en entendre parler à tout va, encore et encore. Elle ne voulait pas en entendre parler. Pour quelle raison ? Parce que cette fois-ci, elle était la seule à ne pas y avoir été conviée. Elle n'avait reçu aucune invitation alors que tout le monde dans le lycée se pavanait en brandissant cette maudite enveloppe rose à paillettes.
Elle ? Lydia ? Recalée à une fête ! C'était impensable ! Qui était assez fou pour ne pas vouloir de sa présence ? Ariane Lawrence, en tout cas, semblait l'être.
- Je suis sûre qu'elle m'en veut parce qu'elle n'a pas été élue reine du lycée l'année dernière ! bougonna la belle rousse, levant les yeux au ciel. Mais ce n'est pas de ma faute si tout le monde pensait que je méritais plus ce titre qu'elle !
- Si ça peut te rassurer, compatit Allison, Scott et moi, nous n'irons pas non plus si tu n'es pas invitée.
- Quoi ?! sursauta son copain complètement abasourdi par la décision qu'Allison venait de prendre sans son consentement. Mais ça va être la fête du siècle ! A ce qui paraît, il y aura même des rappeurs super connus ! Je ne peux pas manquer ça ! On ne peut pas manquer ça, Allison ! Et puis Lydia n'a qu'à venir sans invitation, personne ne s'en rendra compte ! s'écria-t-il , une grimace de désespoir défigurant son visage.
Lydia sentit comme une ampoule s'allumer sous son crâne, alors qu'Allison refusait catégoriquement la proposition de Scott et campait sur ses positions. Mais ce Mexicain était loin d'être idiot ! Il avait parfaitement raison ! Depuis quand Lydia avait-elle besoin d'une invitation pour se pointer où que ce fût ? Elle n'avait besoin d'aucune autorisation. La reine du lycée avait tous les droits, et si elle avait envie de se pointer chez Ariane sans invitation, elle le ferait, et elle parviendrait à ses fins quoi qu'il advînt.
La venue d'Erica, tel un boulet de canon, interrompit tout dialogue entre le trio. Elle tirait une gueule de trois mètres. La fureur qui émanait de ses pupilles caramel pétrifia Scott sur place. Ce dernier eut un petit mouvement de recul tandis que la petite blonde se positionna devant eux, les bras croisés, arborant une expression grave.
- Ecoutez-moi bien, cracha-t-elle, venimeuse, toi et Lydia, les pointa-t-elle du doigt, si vous n'allez pas tout de suite remettre en place Stilinski, je vous jure que je ne me retiendrai pas la prochaine fois que l'envie de lui mettre mon poing dans sa belle gueule d'ange me prendra ! Je ne veux plus jamais avoir à être obligée de ramasser Derek à la petite cuillère, comme j'ai eu à le faire ce week-end ! s'écria-t-elle les joues rougies par la colère, les yeux lançant des éclairs. Ce que votre « meilleur ami » a fait c'est juste... Juste dégueulasse ! Et même si pour une fois je ne voulais pas prendre parti, il ne m'en laisse pas le choix ! Alors, soit vous allez le voir et il vient s'excuser, soit j'utiliserai des moyens beaucoup moins catholiques pour moi-même le remettre sur le droit chemin ! Est-ce que c'est clair ?!
Erica n'attendit même pas une réponse de ses camarades et tourna les talons, toujours aussi folle de rage, laissant Scott, Allison et Lydia, pantelants et abasourdis après la tempête de reproches qu'ils venaient d'essuyer. Ils n'étaient même pas au courant des raisons qui poussait Erica à venir se plaindre ainsi. Ils semblaient complètement perdus, se dévisageant tous les trois mutuellement, perplexes.
- C'est toi qui disais qu'on devait lui laisser encore un peu de temps, reprocha Martin à Scott, passant une main dans ses longs cheveux vénitiens. Je crois qu'on lui a laissé suffisamment l'occasion de faire le point.
- Vous avez cours avec lui cette après-midi, ajouta Allison, vous n'aurez qu'à aller lui parler à ce moment-là.
Scott et Lydia acquiescèrent d'un mouvement de tête synchronisé, bien déterminés à savoir ce qui se passait.
oOoOo
En traversant le couloir rempli d'élèves, Derek n'eut aucune envie de prêter attention à cette odeur familière qui lui déchirait les narines et le coeur. Il avança donc, s'éloignant toujours un peu plus de l'endroit d'où elle provenait, puisant dans toutes ses forces pour ne pas se retourner et suivre cet effluve d'affolement qui ne cessait de s'amplifier.
Derek se frotta le nez avec force, essayant de se concentrer sur l'odeur du bonbon à la menthe qu'un élève gardait précieusement dans l'une de ses poches de jean. Puis il s'efforça de fixer ses sens sur le parfum immonde dont une fausse blonde qui se pavanait, tous seins dehors, non loin de lui, s'était aspergée. Enfin, il jeta son dévolu sur une douce odeur de shampoing à l'abricot, qui s'échappait d'une salle de classe voisine.
Mais ce fut peine perdue.
Le loup n'arrivait pas vraiment à faire abstraction de cette odeur de panique qui s'amplifiait quelque part, dans le lycée. Elle commençait à prendre des proportions alarmantes. Derek savait pertinemment ce qu'elle traduisait : elle retranscrivait ce qui se passait actuellement dans les toilettes du bâtiment A. Il savait que Stiles n'était pas loin de faire une crise d'angoisse particulièrement sévère, et qu'il s'était certainement enfermé dans l'une des ces petites cabines de toilette mises à disposition des élèves. Après ce que lui avait fait subir l'hyperactif ce week-end, Derek n'aurait pas dû se sentir concerné par ce qui lui arrivait. Il aurait dû au contraire, s'en foutre royalement, ne ressentir que de l'indifférence, mais c'était au-dessus de ses forces.
Cédant à une brusque impulsion, le loup se retourna, et d'un pas pressé, bousculant quelques-uns de ses camarades au passage, il se rendit en toute hâte dans le bâtiment A.
Il se serait giflé s'il l'avait pu, une bonne centaine de fois, mais il ne pouvait manifestement pas laisser Stiles dans un tel état, sans rien faire.
Sa main resta bloquée sur la poignée des toilettes, tandis qu'une voix bien différente de celle de Stilinski parvint à se frayer un chemin jusqu'à ses tympans. Ils étaient deux là-dedans, Stiles n'était pas seul.
Derek reconnut la voix du deuxième garçon.
- C'est pour ton bien Stiles ! gronda Raeken. Tu pensais que personne n'allait s'en apercevoir ?! Tu pensais que j'allais pas le voir ?!
- Je n'ai aucun compte à te rendre, Théo ! Laisse-moi tranquille, articula Stiles , le souffle court.
- Non, je ne te laisserai pas tranquille ! Je te jure que !
- Que quoi ?! retentit la voix de Hale qui venait d'entrer.
Theo se retourna, surpris, embarrassé à la vue du regard orageux que lui balançait le basketteur. Le message d'avertissement que lui transmettaient les pupilles du lycanthrope le fit reculer. Il s'éloigna de l'hyperactif à contrecoeur, inspirant bruyamment. Les dents serrées, et frustré de ne pas pouvoir continuer sa conversation avec Stiles en privé, Theo se résigna à quitter les lieux, mais pas sans formuler une promesse qu'il adressa à l'hyperactif :
- On en reparlera. Cette discussion est loin d'être terminée !
La porte claqua derrière lui, et aussitôt, Stiles se redressa, jetant un regard peu amical au loup qui semblait pourtant l'avoir tiré d'une situation délicate. Derek parut pris de court, un instant, par cette attitude qui lui semblait inappropriée. Etait-il trop difficile de le remercier ?
Quoi qu'il en fût, l'odeur d'angoisse qui émanait encore peu de temps auparavant de l'humain s'était estompée, et le loup en éprouva un vif soulagement. Ce soulagement fut cependant de courte durée. L'anxiété qu'exhalait Stiles fut en effet progressivement remplacée par une odeur qui traduisait un nouveau sentiment : la colère, cette fois, et une colère noire.
Probablement pour se calmer, Stiles alla se rincer le visage à l'eau froide. Le résultat fut peu concluant. L'adolescent prit appui sur l'un des lavabos devant lui, ferma les yeux et inspira puis expira profondément.
Derek l'observa sans faire le moindre mouvement. Il aurait pu partir maintenant que le garçon allait mieux, ou du moins ne semblait plus ressentir la moindre sensation de panique, mais Derek voulait avoir des explications, savoir ce que Théo lui voulait et savoir les raisons de sa colère. Si Erica avait été là, elle lui aurait, sans doute, hurlé dessus, lui disant qu'il ferait mieux de s'occuper de ses affaires et d'arrêter d'essayer d'interagir avec Stilinski. Cependant, c'était plus fort que lui. Derek avait des sentiments, et par conséquent, voir l'humain dans cet état ne pouvait pas le laisser indifférent.
Il s'approcha donc, avec circonspection, redoutant une réaction imprévisible de la part de l'hyperactif puis finit par rompre le silence écrasant et désagréable qui s'était installé en osant prendre la parole.
- Qu'est-
- La prochaine fois, le coupa Stiles en s'éloignant des lavabos tout en plantant son regard acide dans le sien, occupe-toi de tes affaires ! Puis il explosa littéralement, plongeant son interlocuteur dans un abîme d'incompréhension. Je m'en contrefous que tu aies cru que j'avais besoin de toi ! Je n'ai pas besoin de toi ! Je peux parfaitement me débrouiller tout seul ! Arrêtez de tous vous mêler de ce qui ne vous regarde pas !
Derek aurait voulu répliquer, pouvoir comprendre ce qui mettait le fils du Shérif dans cet état, il aurait voulu trouver une solution pour le calmer, mais Stiles quitta les lieux avant qu'il puisse ouvrir la bouche, le bousculant au passage. Il envisagea de le rattraper, de le forcer à déballer son sac, mais, bien trop épuisé par toutes ces disputes, tous ces changements d'humeur répétitifs, toutes ces histoires sans fin, Derek se résigna à renoncer à suivre Stiles. Il ne voulait pas prendre le risque de se retrouver dans la même situation que le jour précédent.
oOoOo
La littérature, Stiles n'avait jamais aimé cette matière. Analyser des œuvres plus vieilles que son arrière-grand-père ne l'avait jamais vraiment passionné et d'ailleurs c'était pour cette raison que l'hyperactif attendait avec impatience la fin de ce cours. Entendre son professeur lire le poème le plus niais de tous les temps, comme si celui-ci était un trésor inestimable ou une relique sacrée, était un vrai supplice. La moitié de la classe s'était déjà endormie.
Stiles avait tout essayé pour se distraire, faire des sculptures avec ses stylos et son tube de colle, dessiner d'ignobles créatures grimaçantes sur les pages de son cahier, découper sa gomme en de millier de petits morceaux, mais maintenant, il commençait à être à court d'idées. Son pied tapait frénétiquement sur le sol depuis une demi-heure, tandis que son portable ne cessait de vibrer dans la poche de son pantalon.
Le fils du Shérif savait qui le bombardait de messages en rafale. Il l'avait deviné très vite en voyant Scott lui faire de grands signes de sa place. Il s'était même fait réprimander par le professeur à cause de son manque de discrétion.
Mais il n'y avait pas que son meilleur ami qui semblait vouloir attirer son attention, Lydia et Theo aussi . Bien sûr, ces deux-là étaient un peu plus discrets, mais leurs manoeuvres restaient cependant parfaitement visibles.
Stiles n'avait pas trouvé d'autre parade que de les ignorer pendant toute l'heure, parce qu'il n'avait aucune envie de leur parler, de répondre à un seul de leurs messages ou même de les lire. Theo avait certainement tout déballé à Martin et McCall. Il les avait vus discuter ensemble, juste avant que le cours n'eût commencé. Et si ce n'était pas le cas, si Theo n'avait rien dit, alors Lydia et Scott avaient peut-être eux aussi deviné ce qui se passait et Stiles n'avait aucune envie d'entendre le moindre sermon de leur part ou de leur fournir des explications.
Son téléphone vibra encore une fois et, serrant les dents, Stiles le sortit enfin de sa poche, faisant défiler chaque message sous son pouce. Il avait raison, Théo, Lydia et Scott étaient bien ses harceleurs et tous lui demandaient exactement la même chose : de les voir dès que l'interclasse aurait sonné.
Stiles leva la tête vers l'horloge murale. Plus que quelques minutes et il se retrouverait certainement piégé à la sortie de la salle par ses trois amis. Son pied se mit à marteler le sol, cette fois-ci nerveusement. Il se mit à ronger ses ongles, réfléchissant à toute vitesse. Comment éviter ses amis ? Stiles n'avait aucune envie d'être confronté à eux maintenant, et surtout pas aujourd'hui. Son week-end avait été une catastrophe. Ensuite, toute cette journée avait été horrible et entre les regards meurtriers d'Erica, sa rencontre avec Theo dans les toilettes et sa semi-dispute avec Derek, Stiles avait eu son compte. Il n'avait envie que d'une chose : rentrer chez lui.
Il ne réfléchit pas plus longtemps. La solution était simple : partir avant la fin du cours. La littérature étant une matière à fort coefficient, personne ne le suivrait. Stiles rangea donc ses affaires, enfila son sac et sortit de la salle de cours sans regarder derrière lui, malgré les réprimandes de son professeur de littérature.
Il ne parlerait pas à Scott, ni à Lydia ou même à Theo. Il n'en était pas question.
oOoOo
L'hyperactif avait un peu traîné avant de se décider à rentrer, comme prévu, roulant au volant de sa jeep pendant à peu près une heure. Il avait donc séché son dernier cours de l'après-midi. Tant mieux, parce qu'il n'aurait pas été sûr de pouvoir rester assis sur une chaise une heure de plus. De toutes les façons, il n'aurait pas réussi à se concentrer.
Il descendit donc de sa voiture et se dirigea vers la porte d'entrée, ne remarquant pas la voiture de son père devant la maison. Ce petit détail aurait dû l'alerter, ne serait-ce qu'un peu, parce que l'on était lundi, et que le lundi, son père finissait toujours très tard, mais ce n'était visiblement et exceptionnellement pas le cas ce lundi-là. Stiles se contenta de rentrer, comme si de rien n'était, mais alors qu'il se dirigeait vers sa chambre, il entendit le Shérif l'interpeller. L'hyperactif sursauta puis se raidit, prenant conscience de l'intonation courroucée qu'avait empruntée la voix de son père. Le policier ne semblait pas du tout content. Le lycée avait dû l'appeler pour son absence, et c'était certainement l'absence de trop pour le Shérif.
A contrecœur, Stiles lâcha la rampe d'escalier, inspira profondément pour se donner contenance, puis alla rejoindre son père dans le salon, d'un pas traînant. Le Shérif se tenait devant la table à manger, toujours en uniforme de service, les bras croisés, arborant sur son front ces fameuses rides que Stiles connaissait bien et qui ne présageaient jamais rien de bon. Stiles resta immobile devant l'adulte, serrant la bretelle de son sac avec force, attendant que son père daigne ouvrir la bouche. « Pas de dispute, » se répétait-il intérieurement, tandis que son père le dévisageait de ses grands yeux bleus perçants.
- Ton lycée a appelé, déclara froidement le policier.
- Je sais.
- Tu sais ? Et c'est tout ce que tu trouves à me dire ?
Stiles, nonchalant, haussa les épaules. Que pouvait-il bien déclarer de plus ? Qu'est-ce que son père attendait de lui ? Un mensonge ? N'aimant guère le silence qui s'était abattu dans la pièce, Stiles se sentit obligé de le remplir, et donna une excuse complètement foireuse à son père :
- J'avais besoin de prendre l'air. Je ne me sentais pas très bien.
Le Shérif leva les yeux au ciel, paraissant à bout de nerfs. Il passa une main rageuse sur son visage rouge de colère, poussa un long soupir et grommela quelques mots à voix si basse que Stiles ne put les entendre.
L'hyperactif avait envie de quitter le salon au plus vite. L'atmosphère devenait étouffante pour lui. Il se força à rester silencieux, réprimant son envie de s'exprimer. Il savait qu'en rajouter ne ferait qu'envenimer la situation, alors Stiles attendit que son père daignât reprendre la parole, tout en espérant que, peut-être, il se déciderait à le dispenser d'une longue et pénible discussion.
- Stiles, soupira le Shérif, tentant d'emprunter une voix plus sereine, je te laisse deux minutes pour enfin te décider à me dire ce qui ne va pas. Deux minutes.
Le policier était on ne peut plus sérieux, et Stiles ne savait décidément pas quoi répondre. Que lui fallait-il de plus ? Qu'est-ce que Stiles pouvait bien lui dire pour qu'enfin son père imprimât le fait qu'il n'y avait vraiment aucun problème ? Ok, son comportement n'avait pas été très exemplaire ces derniers temps, mais ce n'était pas une raison pour flipper à ce point.
- Ok, souffla le Shérif face au silence de son fils avant de se retourner, lui montrant le dos.
- Je vais très bien ! explosa l'adolescent, ne supportant pas cette tension. J'ai juste séché un cours ! C'est pas...
Stiles s'interrompit au moment où il vit son père se retourner, une boîte d'Adderall entre les mains. Stiles s'humecta les lèvres, sentant son coeur rater un battement et des frissons désagréables le parcourir. Il commença à s'agiter, sous le regard sévère de son père, avant de se décider à reprendre, essayant de garder le contrôle des diverses émotions qui affluaient en lui et l'empêchaient de mettre de l'ordre dans ses pensées.
- Je..., bégaya-t-il secouant la tête de gauche à droite. Je peux tout t'expliquer !
- Ah oui ? Et quelles explications tu comptes me fournir ?! s'écria son père d'une voix dure. J'avais des doutes depuis quelque temps, mais je pensais me tromper, se justifia le Shérif. Scott m'a appelé avant que tu ne rentres, pour me faire part de ses soupçons. Et devine quoi ? Il avait complètement raison ! Quelle belle surprise de voir que toutes tes boîtes d'Adderall, dans l'armoire à pharmacie, sont complètement vides ! s'exclama Stilinski père, la bouche tordue par un grand sourire nerveux qui s'effaça aussi vite qu'il était apparu. Alors si tu ne veux pas que je m'énerve davantage, tes explications ont intérêt à être bonnes ! Très bonnes ! Assieds-toi, ordonna-t-il en désignant l'une des chaises de la table du salon d'une main. Je sens qu'on a beaucoup de choses à se dire, toi et moi.
Stiles fixa pendant quelques secondes la chaise sous le regard insistant de son père. Le Shérif semblait hors de lui, bien plus que lors de leurs dernières disputes, alors Stiles se contenta d'obéir, s'asseyant et posant son sac à dos à ses pieds.
Il observa son père s'installer en face de lui. Il semblait attendre ses explications. L'adolescent avait l'impression d'avoir commis une erreur impardonnable.
- C'était... J'ai pas réfléchi ! finit par avouer Stiles, sentant son coeur exploser. Je ne sais même plus pourquoi j'ai jeté tous ces comprimés dans les toilettes, se murmura-t-il à lui-même. Je ne sais pas. Peut-être parce que j'étais en colère... Peut-être parce que je pensais que je me sentirais mieux, laissa-t-il échapper.
- Te sentir mieux ? s'étonna le Shérif.
Stiles leva les yeux vers son père, ouvrit la bouche, mais finit par simplement secouer la tête de gauche à droite. Il avait parlé trop vite, il ne savait pas ce qu'il disait. Le lycéen regarda longuement le Shérif, qui ne le quittait plus des yeux, les traits de son visage toujours aussi contractés, crispés, comme si un goût amer ne cessait de titiller les papilles de sa langue.
L'hyperactif focalisa de nouveau son attention vers ses mains jointes et tremblotantes, sous la table, racla sa gorge puis reprit la parole. Il devait éliminer ce silence lourd, pesant, il n'aimait pas ça. C'était une source d'anxiété pour lui.
- Je...Je voulais te le dire mais...mais avec toutes les questions que tu me posais à longueur de journée, j'ai cru que si je te le disais, ça allait encore être une raison de plus pour que tu t'inquiètes, débita-t-il à toute vitesse avant de tenter de reprendre son souffle. Alors...alors oui, j'ai été stupide en ne te disant rien, concéda le jeune homme avalant sa bile avec difficulté, mais je ne savais pas quoi faire ! Et puis je ne pouvais pas en acheter sans ordonnance, murmura honteusement l'hyperactif. Le médecin t'en aurait parlé si j'étais allé le voir, j'en suis certain.
Stiles entendit la chaise de son père grincer, signe qu'il se redressait. Tendu, le lycéen n'osa pas détourner son regard de ses mains. Il se mordit la lèvre inférieure pour s'empêcher d'enchaîner des paroles vides de sens dans le seul but de combler ce silence qui lui était insupportable. Il soupira de soulagement quand son père prit enfin la parole, plus calmement, bien plus calmement qu'au début de cette conversation.
- Depuis combien de temps tu as arrêté de prendre ton traitement ? s'enquit l'agent de police.
- Je...euh, réfléchit l'hyperactif. Je ne sais pas. Peut-être deux semaines, ou trois. Peut-être un mois, ou plus. Je ne sais pas.
- Bon, expira le Shérif, je vais t'en racheter, mais promets-moi que tu ne recommenceras plus.
Stiles hocha vivement la tête pour toute réponse, retrouvant un peu de ses couleurs, avant que son père ne reprît la parole.
- Et tu vas aller voir un psychologue.
- Quoi ? se redressa immédiatement l'hyperactif. Non ! s'opposa-t-il fermement à l'annonce du Shérif. J'ai pas besoin d'aller voir un psy !
- Ce n'est pas discutable, Stiles ! Tu as besoin d'être encadré, et c'est seulement une fois qu'un psychologue m'affirmera que ton comportement est parfaitement normal que je serai pleinement rassuré ! répliqua-t-il en haussant le ton.
- Et tu veux que je lui dise quoi ?! s'emporta l'adolescent. Que les loups-garous existent ? Il va me prendre pour un fou ! Et je n'ai rien de très intéressant à raconter, grogna Stiles, de mauvaise foi. Je n'irai pas !
- Bien sûr que si ! réfuta le Shérif. Tu as beaucoup plus de choses à raconter que la moitié des jeunes de ton âge ! Il te suffit d'arranger les détails qui ne peuvent pas être racontés, tu es doué pour ça en général, rit jaune le policier. Invente-toi une petite amie imaginaire, parle de ta grossesse à travers elle. Parle de ta relation avec Derek, et ne me dis pas que tout va bien entre vous, je suis au courant de votre rupture, s'empressa-t-il d'ajouter pour couper court à la tentative de réplique de son fils.
- On n'a pas rompu ! On fait une pause, se renfrogna Stiles, les dents serrées. Et je ne vois pas en quoi c'est un problème qui mériterait d'être hurlé sur tous les toits ! Tu ne l'aimes pas, tu devrais être content ! s'énerva l'hyperactif, alors qu'il se levait pour quitter la pièce. « Stiles, ne traîne pas avec les Hale ! » « Stiles, Derek n'est pas celui que tu crois ! », l'imita-t-il. Tu t'en souviens de ça ?!
- Stiles, rassieds-toi, s'il te plaît, ordonna le Shérif d'une voix sans appel.
Stiles resta un instant immobile, hésitant à n'en faire qu'à sa tête, mais contre toute attente, il se rassit, docile. Le visage complètement fermé, Stiles était bien curieux de savoir ce que son père allait lui sortir. Celui-ci semblait mal à l'aise, voire agacé.
- C'est différent maintenant, soupira l'adulte avant de se faire couper par son fils.
- Qu'est-ce qui est différent ? demanda Stiles, peu convaincu par ce que venait d'affirmer son père. Tu n'es pas venu une seule fois chez les Hale pendant que j'y étais, même pas pour le dîner que l'on a organisé spécialement pour toi ! Je suis censé comprendre quoi ? Que tu as appris à les connaître alors que tu n'as jamais fait aucun effort pour les fréquenter?!
- Si je ne suis pas venu à ce dîner, c'est uniquement parce que j'avais un empêchement professionnel. Je te l'ai dit ! Libre à toi de me croire ou pas.
- Libre à moi de te croire ?! s'insurgea Stiles. Je te signale que ça fait des années que tu me baratines avec ta soi-disant haine pour les Hale et là je suis censé te croire quand tu me dis que ça n'a rien à voir avec ça ?! Et d'ailleurs, siffla l'hyperactif dans une grimace lasse, est-ce qu'un jour tu vas me donner les véritables raisons de ta haine à leur égard? Me dire pourquoi tu les détestes tant ? Et pas la peine de me sortir que ça ne me regarde pas ! Je sature !
- Ok, admit le Shérif, à la plus grande surprise de Stiles, et prenant une grande inspiration, il poursuivit en déclarant : « Tu as raison, je te dois des explications. »
Stiles écarquilla les yeux sous le choc. Il ne s'attendait pas à ce que son père cède aujourd'hui, et aussi facilement. D'habitude, il mettait fin à la discussion, haussait la voix ou l'envoyait simplement dans sa chambre.
Le Shérif avait beaucoup réfléchi ces derniers temps. Il avait pris conscience que s'il voulait que son fils soit honnête avec lui, il devait lui-même l'être en retour. Il devait montrer l'exemple, alors il était prêt à le faire, maintenant. Alors, après avoir pris une nouvelle fois une dernière grande inspiration, il se lança, sous le regard intéressé de son fils :
- Tu étais encore petit quand j'ai commencé à détester cette famille, commença le policier, ses doigts jouant avec sa belle bague de fiançailles. Ta mère était très malade à cette époque. J'étais désespéré, se justifia-t-il. Je me demandais comment j'allais pouvoir élever un gamin comme toi, seul, si Claudia nous quittait. Tu étais hyperactif, une vraie pile électrique qui courait la tête baissée vers tous les dangers inimaginables ! Je n'arrêtais pas de me dire que je n'arriverais jamais à te canaliser comme le faisait si bien Claudia, rit-il nerveusement, le regard soudain triste à l'évocation de sa femme. J'avais des centaines de questions en tête, et de craintes qui m'empêchaient constamment de dormir, expliqua-t-il, ses yeux azur perdus dans le vague, alors que Stiles s'efforçait de l'écouter attentivement et de ne pas l'interrompre. J'aimais ta mère plus que tout, souffla le Shérif, un petit sourire ornant ses lèvres. C'était mon petit rayon de soleil, pétillante et toujours souriante avant que cette fichue maladie ne nous tombe dessus !
Le Shérif s'interrompit, se perdant pendant une dizaine de secondes dans ses vieux souvenirs, tandis que Stiles ne cessait de se demander quel rapport il pouvait bien y avoir entre les Hale et sa mère. Il avait beau chercher, il n'en trouvait aucun, et il commençait à avoir peur que cette histoire, que s'apprêtait à lui dévoiler son père, changeât complètement sa vision sur la famille de Derek. Il n'interrompit ce pendant pas le cours du récit dans lequel son père s'était lancé, sa curiosité étant plus grande que la crainte qu'il éprouvait à découvrir la vérité. Cela faisait des années qu'il attendait une explication, il ne pouvait plus reculer.
- J'ai tout fait pour essayer de sauver ta mère, reprit le Shérif d'une voix plus assurée, retrouvant sa détermination d'autrefois. Je me fichais d'entendre les médecins me répéter à longueur de journée, que sa démence était irréversible, et que je me devais de profiter de ses derniers instants de lucidité ! serra-t-il les poings. Il m'a fallu du temps avant de l'accepter, avoua-t-il. D'accepter que bientôt ta mère nous laisserait, toi et moi. Qu'on ne serait plus que deux et que je devrais faire mon possible pour t'éduquer et prendre soin de toi. Mais j'ai fini par le faire.
- Je sais tout ça, chuchota l'hyperactif, qui désirait plus que tout sauter cette partie du récit, on a déjà eu cette discussion. Maman, toi, moi, sa maladie, nous. Je sais.
- Laisse-moi finir, soupira le Shérif, agacé, avant de reprendre. L'année où ta mère nous a quitté, une petite fille de ton âge a été accueillie dans une chambre voisine à l'hôpital. Erica Reyes, ton amie.
- Erica ? s'étonna le jeune homme, ses yeux exprimant soudain la stupéfaction. Qu'est-ce qu'elle avait ?
- Cancer du pancréas. Stade terminal, répondit son père d'une voix blanche.
- Tu...Tu es sûr de ce que tu dis ? s'enquit Stiles, certain que son père faisait erreur.
Il secoua la tête, s'imaginant son amie dans un lit d'hôpital, amincie, métamorphosée par la maladie. Cela lui semblait impossible. Comment Erica aurait pu vivre tout cela, sans jamais en avoir parlé à quiconque jusqu'ici ? Son père devait se tromper. Il existait des centaines de petites filles blondes, aux yeux caramel. La petite fille dont il parlait ne pouvait pas être Erica.
- Je t'assure que c'était bien elle, reprit le Shérif. Je ne pourrai jamais oublier son nom. Les infirmières ne cessaient de parler d'elle et de répéter à quel point il était triste pour une petite fille de son âge de mourir si jeune. Ses parents lui rendaient constamment visite. Sa mère était quasiment toujours à son chevet. Je me rappelle qu'un jour, relata-t-il, alors qu'on était venu rendre visite à Claudia, tu m'as demandé pourquoi Erica n'avait plus de cheveux et qu'elle paraissait aussi affaiblie. Tu m'as demandé l'autorisation d'aller lui parler.
Stiles plissa les yeux, se concentrant du mieux qu'il pût pour tenter de se souvenir d'une quelconque petite fille, mais il n'y parvint pas. Il n'avait gardé en tête que les derniers instants qu'il avait passés avec sa mère avant que celle-ci ne monte au ciel.
- J'ai eu beau refuser, tu as profité d'un moment d'inattention de ma part pour aller discuter avec elle. Tu as réussi à la faire rire, et c'est pour cette unique raison que je ne t'ai pas puni ce jour-là. Enfin, bref, poursuivit l'adulte, ses parents n'étaient pas les seuls à lui rendre des visites régulièrement, il y avait aussi les Hale, révéla le Shérif. Je les ai tout de suite reconnus la première fois que je les ai vus débarquer pour voir ton amie. Comme je te l'ai dit, Peter n'a pas toujours été un bon garçon, et le commissariat de la ville le connaissait déjà très bien.
Stiles secoua la tête, intrigué par la tournure que les événements relatés par son père prenaient. Dévoré de curiosité, il ne pouvait s'empêcher de gesticuler sur sa chaise. C'était le seul moyen pour lui, de rester un minimum concentré.
- Je me souviens d'une scène qu'avait faite Derek à sa mère alors qu'ils s'apprêtaient à prendre l'ascenseur, tous les deux, poursuivit le Shérif. Derek pleurait et je l'ai entendu lui dire quelque chose du genre : « Tu peux la sauver ! Si tu ne le fais pas je ne te le pardonnerai jamais ! ». Ce qui m'a le plus surpris, c'est l'expression qui est apparue sur le visage de Talia lorsque son fils a eu fini de parler. Une expression qui montrait qu'elle donnait parfaitement raison à son fils. Je l'ai vue s'accroupir devant lui, lui prendre les mains et lui dire distinctement : « D'accord, Derek, ne pleure pas. Je te promets que je vais faire quelque chose pour Erica, mais promet-moi que tu veilleras à ce qu'elle garde ce petit secret pour elle. Il en va de la survie de notre espèce. ». Je n'ai jamais pu oublier cette phrase.
Stiles fronça les sourcils, devinant parfaitement de quel secret Talia avait probablement voulu parler ce jour-là.
- Je t'avoue que je n'avais pas tout compris à l'époque, confessa le Shérif. Mais j'avais compris l'essentiel, et quand, pas moins de deux jours plus tard, Erica a recouvré la santé, que son cancer s'est envolé comme par miracle, j'ai tout de suite su que Talia Hale y était pour quelque chose.
- Tu as pensé à maman, conclut l'adolescent en poussant un soupir à fendre l'âme.
- Bien sûr, c'est la première chose à laquelle j'ai pensé ! Ta mère, sa maladie. Je me disais que ce miracle qui avait sauvé Erica pouvait aussi sauver ta mère ! J'avais de nouveau de l'espoir, je pensais qu'enfin elle se rétablirait et que, finalement, nous resterions tous les trois, nous, avec ta mère vivante ! Je pensais sans arrêt qu'enfin une personne allait pouvoir mettre fin à tout ce cauchemar et la personne à laquelle je n'arrêtais pas de penser était cette Talia ! débita d'une traite le Shérif, les yeux humides.
Le plus âgé reprit son souffle, le coeur battant, ses souvenirs provoquant chez lui un flot d'émotions désagréables.
- Mais...bégaya-t-il. Mais j'ai eu beau supplier la mère de ton petit copain, lui dire que je savais qu'elle était pour quelque chose dans le rétablissement d'Erica, que j'étais, que nous étions capables et prêts à garder son secret, elle a refusé de m'apporter la moindre aide, affirmant qu'elle ne pouvait rien faire pour nous aider. Et pour moi, ce fut comme si on avait tué Claudia, une deuxième fois. Comme si les Hale l'avait tuée...
- Papa... souffla Stiles attrapant les mains de son père. Les loups-garous ne peuvent pas guérir toutes les maladies. Maman ne pouvait pas être sauvée, même avec la morsure.
- Je sais. Je suis allé voir Deaton, bien avant ta grossesse, dès que tu m'as révélé toutes ces histoires absurdes de loups-garous, mais je suppose, que , même après avoir appris que Talia ne m'avait jamais menti, j'étais bien trop habitué à haïr les Hale pour changer mon comportement envers eux, haussa-t-il les épaules. J'ai continué à être injuste avec eux et avec toi. C'est seulement quelque temps après que tu sois parti chez eux pour ta grossesse, que j'ai commencé à vraiment réfléchir à tout ça. J'ai réalisé beaucoup de choses pendant toute ton absence. Il faut dire que je ne t'avais plus dans les pattes et que je ne t'entendais plus brailler 24 heures sur 24, rit-il. Je pouvais enfin penser tranquillement !
Stiles fit une petite grimace, faussement vexé par les propos moqueurs de son père puis hocha la tête. Tout devenait un peu plus clair dans son esprit, et il pouvait à présent un peu plus comprendre toutes les réactions excessives qu'avait eues son père vis-à-vis des Hale. Il arrivait à se mettre à sa place, ou du moins, il essayait.
- Je n'aurais pas dû essayer de m'interposer entre ta relation avec Malia, ou celle avec Derek. J'en suis désolé, Stiles.
- C'est la première fois que tu t'excuses, fit remarquer l'hyperactif. On devrait peut-être t'enregistrer, au cas où ce serait la dernière aussi, plaisanta-t-il. Quoi qu'il en soit, tes excuses sont acceptées ! sourit Stiles.
Le Shérif sourit également, rassuré par cette tension qu'il était parvenu à dissiper. Cependant, le plus dur restait à faire : canaliser son fils, le temps qu'il se procurât une nouvelle quantité d'Adderall.
Stiles fait un peu tourner les têtes dans ce chapitre ! Mais peut-être qu'il y aura une amélioration, peut-être pas ! On verra dans le chapitre suivant ! En attendant dites-moi ce que vous pensez du chapitre 12 ^^
