Il ne savait pas qui avait appelé son père, certainement Ziva.

Il avait passé l'après-midi dans un grand flou, perdu entre le souvenir étrange de son père et celui terrible de Gibbs. Il se sentait réellement comme un enfant là, plongé quelques années plus tôt, et ça le rendait fou. Il voulait pleurer, il voulait rester couché là, il ne savait pas, mais n'avait finalement pas bougé.

Il repensa de temps en temps à Ziva et cette pensée l'apaisa autant qu'elle ne le mis en colère. Il aurait préféré qu'elle ne vienne pas, les choses auraient été plus simples, alors pourquoi ce sentiment désespéré quand il l'imagina loin….

Il aplatit le cousin sur son visage espérant tout effacer derrière ses yeux. Il repensa à ces conversations si douces et toujours bénéfiques, quand il avait regardé les photographies de sa mère… Elle était toujours là… Elle l'avait toujours été jusqu'à ce fameux jour, à tel Aviv. Alors pourquoi ne pouvait-il pas profiter de son retour ?

Un bruit de clé lui fit ouvrir les yeux, il était dans le noir, le soleil était couché et il ne s'en était pas rendu compte. Il observa la porte s'ouvrir doucement puis ferma les yeux. Zoé…

Il avait oublié qu'elle viendrait, avait juste souhaité être seul…

Il fit semblant de dormir, alors qu'il entendait ses pas feutrés sur le sol. Elle alluma la lumière, assez douce, posée à coté de la porte et s'approcha de lui. Elle secoua doucement son épaule et il du se résoudre à ouvrir les yeux. Elle avait ce doux sourire auquel il ne put que répondre, auquel il ne put résister, trop délicat sur son monde un peu trop sombre…

Elle souleva quelque chose dans sa main, des plats chinois, elle savait qu'il apprécierait. A vrai dire il n'avait pas vraiment faim, mais il ne voulait pas qu'elle se rende compte de son trouble, il avait embrassé Ziva. Elle avait installé les choses sur la table tout en parlant, il n'avait entendu que la moitié.

« J'ai pu prendre quelques jours encore au travail, je me suis dit que tu aurais besoin de compagnie. »

Il lui sourit mécaniquement. Elle fouilla alors dans son sac et sortit une bouteille de Bordeaux. Ça, ça lui ferait du bien…

Il soupira et elle l'observa étrangement. « Tu n'aimes pas ça ? »

Tony se força à sourire et l'observa doucement. « Si c'est parfait ! » il l'observa froncer les sourcils mais ne fit plus rien.

« Ton père m'a appelé aujourd'hui. » Une boule se forma en lui, il ne savait pas ce qu'il avait pu lui dire.

« Il était inquiet. » Elle avait perdu son sourire pour un air sérieux qu'il n'appréciait pas à cet instant.

« Il m'a parlé de Gibbs » Elle l'observa avec douceur mais ça ne fit rien. Il se contenta de baisser ses yeux vers son assiette. « Tu devrais retourner le voir. »

Le geste brusque qui suivit, le surpris autant qu'elle, il frappa la table, laissant voler les baguettes qu'il tenait. Non, il n'avait pas envie de retourner dans ce putain d'hôpital !

« Tony ? » Elle sembla inquiète mais à cet instant il s'en fichait. Il avait d'autres choses bien pires à gérer.

« Je n'ai pas envie de parler de ça ! »

Elle fronça les sourcils encore, et il la surprit à essayer de trouver son calme. « En parler à Ziva ce n'est pas un problème. »

Il l'observa alors, alerté, effrayé, qu'avait dit son père.

« Tu ne comprends pas… » Elle se leva alors, et lui, vida le verre de rouge qu'elle lui avait servi. Il vit l'inquiétude dans son regard, mais elle resta sérieuse.

« Si, je comprends très bien » Elle restait douce en toutes circonstances, et une peur incontrôlable naquit en lui. « L'amour de ta vie est revenu en ville, et même si tu l'avais oublié, ou si tu le souhaites encore Tony, je …. »

« Je ne veux pas que tu partes…. » Il l'avait coupé, terrifié, et son regard était devenu plus triste, il aurait voulu la serrer dans ses bras.

« Pourquoi Tony ?! » Elle avait crié, désespérée, et l'élan de culpabilité rejaillit en lui. « Parce que tu as peur de me perdre ou simplement d'être seul ? »

Et là, la question prit tout son sens, révéla des choses qu'il n'avait pas voulu comprendre, il aimait sa douceur, son affection et sa tendresse… Il secoua la tête, ne sachant pas quoi répondre, était-ce dont il avait envie ? Il la vit métaphoriquement s'effondrer sur elle-même, comme un abandon, les mains posées sur la table. « Je ne peux pas Tony, je… Si on continue comme ça je passerais ma vie à me dire que tu es resté avec moi par simplicité et que ton cœur sera toujours avec elle. » Elle avait craché les derniers mots, douloureusement.

« Alors tu laisses tomber ? » Il la vit sourire et se redresser, pour attraper son sac.

« Non je n'abandonne pas, mais je ne t'attends pas non plus… » Elle soupira et s'approcha de lui, pour poser une main sur son visage. « Je reste là, pas très loin, mais je dois te laisser décider clairement de ce que tu as envie. ». Elle posa un doux baiser sur son front. « Je suis désolée » sa voix était serrée, emplie de détresse, mais il ne bougea pas.

Elle attrapa sa veste et s'approcha de la porte, un air trop sombre et triste sur son visage. « bye bye Spider.»

Evidemment elle ne le méritait pas, mais il avait besoin d'elle, pour de mauvaises raisons ou non, égoïstes ou pas. Pourtant il ne dit rien quand elle sortit et ferma la porte derrière elle. Il avait vu les larmes dans ses yeux les dernières secondes…

Quelques instants passèrent, puis un regret, amer, s'insinua en lui, il aurait dû la retenir… Lui dire ce qu'elle voulait entendre. Il attrapa la bouteille, à laquelle ils avaient à peine touché, et se servit un autre verre, que pouvait-il faire d'autre. Il sourit, il était pitoyable.

Il regarda autour de lui avec le sentiment d'étouffer, il voulait exploser mais se l'interdisait.

Alors, les choses en lui furent trop fortes, trop douloureuses. Il vida le verre d'une traite et laissa sa tête tomber, se penchant sur sa chaise. Les choses étaient trop pressentes, trop nombreuses, tels des ombres dans son salon, s'acharnant à lui faire comprendre à quel point il avait merdé, en irak et à Israel. Elles étaient trop nombreuses pour son salon…

Il enragea à l'intérieur en pensant à ce qu'il avait fait à Zoé, qu'il connaissait depuis toujours… A ce qu'il avait fait à Ziva en l'abandonnant dans cette voiture, et ce qu'il avait fait à Gibbs en tuant un des enfants qu'il avait tenté de sauver au point de risquer sa vie.

Il se redressa alors rapidement et observa sa jambe, qui le coinçait ici, prison trop sombre. Il attrapa les scratchs rapidement et enleva l'atèle, tant pis, ça ne pouvait pas être pire. Il se leva et tenta de rester debout. Ce n'était pas trop compliqué et ça le soulagea. Il attrapa la bouteille, le bouchon et la referma. Puis chercha les clefs de sa voiture, qui lui avait tant manquée. Il soupira en saisissant l'objet froid et en le serrant dans sa main. Il ferma les yeux quelques secondes se rendant compte de la bêtise de ce qu'il s'apprêtait à faire, mais laissa tomber.

Il descendit trop rapidement les escaliers, et sortit dans la rue. L'air frais le frappa au visage, doux et piquant à la fois, le faisant réaliser que sa peau était trop sèche…

Il entra rapidement dans sa voiture et alluma le moteur, savourant le sentiment de liberté qui grandissait en lui.

Il fonça sur les routes, dans les rues, les fenêtres ouvertes, l'intérieur de la voiture, silencieux. Il écouta le bruit de la ville, si naïve, si insouciante, il écouta le bruit des habitants, si calmes à cette heure, tellement inconscients de ce qui se tramait autour d'eux. Il roula encore plus rapidement, savourant quelques instants le vide que cela amenait dans son esprit, ce sentiment d'excitation. Tony, hésita à fermer les yeux quelques secondes, mais il reconnut l'endroit duquel il s'approchait… Il s'arrêta devant et soupira. La maison de Gibbs, douce et terrible fatalité. Il avait besoin du vieil homme.