Chapitre 10 Souvenir (partie 2)
Lors des deuxièmes présentations le lendemain, j'avais voulu me rattraper en prenant les devants sur Alice. Peine perdue… au moment où ses yeux avaient rencontré les miens, je n'avais pu me défaire de son regard et de sa main. Les décharges électriques avaient été pires que la veille. C'en avait été même douloureux. J'avais même été jusqu'à remercier Loren intérieurement de nous avoir interrompus. Grâce à elle, j'avais réussi à reprendre le contrôle.
Et aujourd'hui, j'en étais là, à ramer comme pas possible pour pouvoir lui parler. Mes bonjours ne suffisaient pas, alors la « coincer » dans une salle où personne ne serait là était la seule solution que j'avais trouvée. Etant trop stressé, je m'étais installé sur le vélo et pédalais, me concentrant sur l'effort physique afin d'empêcher mon cerveau de s'évader vers elle. J'espérais juste qu'elle allait venir… comme à son habitude. Je m'étais arrêté de penser à ce que j'allais bien pouvoir lui dire et commençais à pédaler plus rapidement. J'étais en train d'évacuer tout le stress que je ressentais et ça me faisait un bien fou. Quelques minutes plus tard, je me sentis épié, je tournais lentement la tête vers l'entrée et la vis. Elle était éblouissante. Trop concentré sur ma course, je ne l'avais pas entendue entrer.
- Pardon, excuse-moi, je ne savais pas que tu étais là… je m'en vais, bafouilla-t-elle. C'était la plus longue phrase qu'elle m'ait dite en plus d'un mois. J'en avais des frissons. Je la voyais déjà repartir, il fallait que je la retienne.
- Non, Bella… attends, criai-je presque en dévalant rapidement de mon vélo pour l'empêcher de s'éloigner.
Ce qui ne la fit pas s'arrêter pour autant - tant pis pour moi - mon côté persévérant s'exalta alors sans que je ne puisse le contrôler. Instinctivement, je posais la main sur son épaule, voulant l'empêcher de s'échapper. Cependant, je n'eus pas à le faire, à mon contact, elle s'immobilisa aussitôt. Sentant qu'elle se retournait, mon cœur eut un raté pour, ensuite, partir dans une course vertigineuse. « Concentre-toi Edward, ne flanche pas, n'oublie pas pourquoi tu es là » me sermonnai-je.
Ma main ne voulait pas se dégager de son épaule malgré l'ordre que lui donnait mon cerveau. Mais comment diable cette fille arrivait-elle à me mettre dans de pareils états? Elle me faisait maintenant face, les yeux clos. J'avais comme l'impression que je l'ennuyais à vouloir la retenir ainsi car je l'entendis souffler. Un silence pesant s'installa alors et des effluves de son parfum aux senteurs de freesia me frappèrent le visage. Cette odeur était à la fois si douce et si alléchante.
Sachant pertinemment qu'elle n'allait pas rompre ce silence, je décidais de le faire. Je commençais à la connaître un peu, soutirant affablement quelques petites informations à son sujet dès que j'en avais l'occasion et sans que personne ne s'en rende compte. Et derrière ses airs de « cheerleaders populaire » se cachait une vraie timide.
« Autant jouer tous les atouts et tenter le tout pour le tout » me dis-je alors. De ce fait, je m'évertuais à glisser ma main vers son menton, de la manière la plus délicate possible et lui relevais la tête pour qu'elle daigne enfin me regarder. Les doigts me picotaient au contact de sa peau si douce, elle était tellement agréable.
- Bella, ouvre-les yeux s'il te plaît, lui demandai-je suppliant. J'avais tellement envie de voir ses yeux que je me fichais complètement de m'y noyer. Etre si proche d'elle me donnait l'impression de voler.
- Je ne peux pas… me désarçonna-t-elle. Elle l'avait prononcé tel un supplice de Tantale. J'en étais subjugué, envoûté, charmé … Je ne pus m'empêcher de sourire.
Moi, Edward Cullen, faisais de l'effet à la plus magnifique fille de la planète. Il fallait que je me ressaisisse. Je ne devais pas penser cela.
- S'il te plaît, chuchotai-je, espérant la faire flancher. Elle ouvrit donc les yeux et je ne pus m'empêcher de poursuivre mon sourire. J'eus l'honneur de la faire rougir, un délice.
- Voilà qui est mieux, lui dis-je de manière peu détendue. Malgré ces rougeurs, je ne pus m'empêcher de penser que je l'intimidais, ce qui m'intimida par la même occasion.
- Bella, excuse-moi… mon comportement avec toi en ce moment est incongru, mais c'est la meilleure manière que j'ai trouvé pour que tu …
Et voilà, j'étais en stress maintenant. Je me détournais alors de son regard - pourtant si profond - et allais m'éponger avec ma serviette. Bizarrement, j'avais chaud d'un coup. J'étais un idiot, je m'étais fait des films quelques minutes plus tôt, à croire que je lui plaisais. C'était stupide et irréfléchi et me moquer de ma propre bévue était mieux que de me morfondre ou de m'empourprer. Je me mis donc à sourire d'un sourire que j'espérais peu embarrassant. Ce n'était cependant pas une chose facile.
- Pour que je quoi? Me demanda-t-elle étonnée, me décontenançant par la même occasion.
Comment lui dire que c'était la meilleure des façons pour qu'elle daigne enfin s'intéresser à moi? J'étais complètement embarrassé et ma pauvre tignasse en payait les frais. J'ouvris la bouche mais tournais sept fois ma langue dans celle-ci avant de parler, me connaissant j'étais capable de tout fiche en l'air.
- Bella, est-ce que tu me détestes? Fut la seule phrase qui me vint à l'esprit.
Après tout, c'était l'impression que j'avais. Je pensais plutôt au fait que c'était parce que j'étais footballeur qui la rebutait ou parce que j'étais le frère d'Alice, ou même pire encore, qu'elle n'avait aucune attirance pour les gars dans mon genre. La phrase qu'elle prononça instantanément m'interrompit dans mes hypothèses.
- Non, bien sûr que non !
- Alors pourquoi m'évites-tu constamment?Ai-je fait quelque chose de mal? Lui demandai-je, en proie au doute.
- Je ne t'évite pas, ne crois pas ça… c'est juste que je ne suis pas très... bavarde. Et, pour être honnête avec toi, je pensais que c'était toi qui me détestais, pas l'inverse, me répondit-elle tellement rapidement que je crus rêver de ces paroles.
Les avait-elle vraiment prononcées? En la regardant, je pense que oui. Elle n'osait me regarder dans les yeux - par simple timidité ou de peur que je devine ses pensées? Celles-ci m'étaient complètement indéchiffrables de toute façon. Je ne pus m'empêcher de la dévisager, l'observant se mordiller la lèvre inférieure. Ce geste paraissait tellement sensuel. Je ne sais pas ce qu'il me prit à cet instant mais des sensations étranges dans le bas de mon ventre venaient d'apparaître et je ne pensais plus qu'à ça. C'était comme si mon système nerveux ordonnait à mon corps de libérer le plus d'hormones possible afin de les libérer par un endroit auquel je n'osais même pas penser.
Mon dieu, c'était la première fois qu'une chose pareille m'arrivait. Je devais penser à autre chose pour ne pas exploser. Mais à quoi? « Edward, réfléchis bon sang ! » criai-je intérieurement. Je réussis heureusement à faire tomber la pression, me permettant de reprendre la parole.
- Je crois qu'il y a eu un petit malentendu alors, lui dis-je tout sourire, espérant qu'elle le trouverait sincère.
- Oui, je crois.
- Alors, on évite de s'éviter? Ajoutai-je sur le ton de l'humour. Mon jeu de mot lui fit esquisser un sourire. Apparemment, elle n'était pas contre.
- Je suppose que ce sourire équivaut à un oui, présumai-je.
Elle hocha la tête pour exprimer son accord. Un long silence s'installa alors. Ca s'était tellement bien passé jusque là que je n'osais plus parler de peur de tout gâcher. A contre cœur, j'allais donc devoir interrompre cet échange :
- Je dois aller me préparer pour l'entrainement, soufflai-je.
Elle acquiesça de nouveau. J'allais devoir la faire parler les jours prochains si je ne voulais pas revenir au point de départ avec elle. Elle venait de prétendre qu'elle ne me détestait pas donc elle ne serait pas contre une petite conversation une fois de temps en temps je suppose. J'allais quitter la salle quand je me rendis compte que je ne lui avais pas dit au revoir. Je me retournais alors.
- A demain, lui dis-je.
- A demain.
L'entrainement me permit d'évacuer tout le stress jusque là enfoui au fond de moi. Le faire sortir en me défoulant sur les gars de l'équipe me libéra un peu. En revanche, lorsque je rentrais chez moi, je ne pus m'empêcher de repenser à Bella. Plus les jours passaient et plus elle était synonyme de tentation pour moi. Cette conversation me redonna tout de même quelques espoirs. Certes, nous n'étions toujours pas à l'aise lorsque l'on se retrouvait l'un en face de l'autre mais j'avais l'impression que ça ne pourrait aller qu'en s'arrangeant. Il fallait juste que j'y mette du mien. Prendre les devants tout à l'heure était une bonne idée en fin de compte.
Malgré tout, garder les sentiments que j'éprouvais pour elle en moi devenait complètement impossible et oppressant. J'avais besoin d'un confident, de quelqu'un qui pourrait m'écouter, me conseiller, me comprendre… et je ne voyais qu'une personne possédant ces aptitudes. Sans même y réfléchir, je sortis alors mon GSM de la poche de mon jean et composai le numéro de mon meilleur ami.
POV Bella :
Le lendemain de notre petite conversation, j'étais plus que stressée d'assister à mon cours de biologie avancée. Même au bout d'un mois, je n'arrivais toujours pas à m'y faire. Une fois par semaine j'y avais droit et, à chaque fois, le fin espace qui nous séparait ne changeait rien au fait que j'étais attirée par lui comme un aimant. Je devais m'accrocher à la paillasse pour ne pas le frôler avec mon bras.
Bref, non seulement, j'allais être à moins d'un mètre de lui pendant deux heures mais en plus, j'avais un pressentiment. Ça faisait plus d'un mois que les cours avaient commencé et la prof n'avait toujours pas prévu de nous faire des séances de travaux pratiques. Et qui disait «travaux pratiques» disait «binôme». J'avais la nette impression qu'elle allait y remédier aujourd'hui. En définitive, j'étais peureuse et je le savais. Cependant, Edward ne voulait plus que l'on s'évite mais j'avais besoin de temps pour m'entrainer moi.
J'arrivais finalement à ma salle avec un peu d'avance et mon voisin de paillasse était déjà installé à regarder les élèves entrer. Je ne pus m'empêcher de le reluquer. Sa chevelure désordonnée me faisait littéralement craquer. Plus les jours passaient et plus j'avais envie d'aller y mettre mes mains pour les caresser. D'ailleurs, lorsque je le vis faire ce geste que je rêvais moi-même de faire, mon cœur eut un raté. Le collier noir qu'il portait autour du cou et dont je n'avais toujours vu qu'une partie me tentait fortement lui aussi, désireuse de connaître le médaillon qu'il cachait sous son fin tee-shirt.
Lorsqu'il me regarda m'avancer vers lui, un immense sourire traversa son visage, comme une invitation à m'approcher plus encore. C'est d'ailleurs son comportement qui me donna le courage de prendre les devants – pour une fois – et d'aller lui faire la bise en guise de bonjour. Sentir son odeur et toucher ses joues si chaudes me donnaient des frissons de plaisir.
- Bonjour, m'étonnai-je de prononcer.
A croire que ces sensations m'avaient fait oublier mon stress quelques instants. Ce fut malheureusement de courte durée puisqu'il se figea à mon contact. Il ne devait certainement pas s'attendre à cela de ma part. Moi qui le fuyais toujours d'habitude.
- Bonjour, me répondit-il en fronçant les sourcils, ce qui provoqua chez moi une irritation plus qu'inattendue.
- Ben quoi ? Tu as dit que l'on devait arrêter de s'éviter, c'est ce que je fais, me défendis-je.
Je l'avais cependant prononcé d'un ton sec, ce que je regrettais aussitôt. Moi qui ne lui parlais jamais, je venais de l'offusquer en à peine dix secondes avec une seule phrase. C'était bien ma vaine de tout gâcher à chaque fois.
- Je suis juste agréablement surpris c'est tout, me répondit-il gentiment.
Il souriait, c'était déjà ça. Apparemment je ne l'avais pas vexé. Mais que venait-il de dire? « Agréablement»? Voilà que les battements de mon cœur déjà frénétiques se mirent à accélérer le mouvement. Je n'étais pas sortie de l'auberge avec tout ça.
Je ne répondis pas à sa dernière phrase et m'installai sur mon tabouret, attendant que le cours commence. Lorsque la prof arriva avec un carton à la main, mes hypothèses se révélèrent être vraies. Mme Marchyllie avait décidé de poursuivre son cours sur la mitose aujourd'hui et elle demanda au peu de garçons présents d'aller chercher les microscopes qui se trouvaient dans l'armoire du fond.
- Un par paillasse ! Avait-elle dit.
Et c'est ainsi que je me retrouvais assise à côté de lui, plus proche que d'habitude - partage du microscope oblige – à attendre les consignes. J'allais devoir mettre en pratique l'entrainement que je n'avais pas eu le temps de faire, l'improvisation n'était vraiment pas mon truc. J'en avais la preuve avec l'essai d'approche de tout à l'heure.
- Je vais faire passer dans les rangs une série de lames que vous devrez identifier. Le premier binôme qui arrivera, sans la moindre erreur, à remettre dans l'ordre les différentes phases de la mitose, se verra obtenir un bonus pour le prochain devoir sur table, annonça-t-elle à toute la classe.
Je voyais déjà plusieurs élèves heureux du cadeau à la clé. Pour ma part, je me fichais royalement de ce bonus. Il ne valait rien comparé au challenge que j'allais endurer durant les quelques minutes à venir. J'aurais plutôt préféré un bonus en guise de réussite pour ne pas flancher en sa présence. Pour le reste, il suffirait juste de travailler dur pour obtenir la note maximale, ce qui serait beaucoup moins difficile que cette épreuve.
- Honneur aux demoiselles, chuchota Edward en m'interrompant dans mes réflexions.
Il me tendit le microscope… avec un sourire à tomber à la renverse. Mais pourquoi me faisait-il ça? Etait-il conscient que son sourire faisait autant de ravage ou alors était-ce seulement involontaire? J'acquiesçais timidement. Je me rapprochais alors encore un peu plus du microscope - et de lui par la même occasion – et m'évertuais à regarder dans les oculaires mais rien n'y fit, le fait d'avoir ma jambe qui frôlait la sienne me fit perdre le fil. Soulagée de savoir que la lame montrait la métaphase, je me dépêchais de reculer, carrément paniquée et énervée de ne pas réussir à me contrôler.
- Métaphase, bafouillai-je.
- Je peux regarder? Me demanda-t-il.
- Tu ne me fais pas confiance ? Rétorquai-je, irritée.
- Je n'ai pas dit ça… et jamais je n'oserais penser une chose pareille Bella, me répondit-il en fronçant les sourcils de nouveau.
Je venais de l'irriter lui aussi. « Mais Bella, bon sang ! Ressaisis-toi ! Ce n'est pas parce que tu n'arrives pas à te concentrer que tu dois t'énerver sur lui ! » Criai-je intérieurement. Sans me laisser la peine de rétorquer de nouveau, il s'approcha à son tour du microscope. Tout mon côté gauche fut alors pris de frissons intenses. Ces sensations que j'éprouvais lorsqu'il me frôlait ou me touchait inconsciemment étaient toujours déboussolantes.
- Métaphase, souffla-il dans un sourire presque moqueur.
- Ah, tu vois? J'avais raison, ne pus-je m'empêcher de dire. Malheureusement, le ton que je venais d'employer n'était de nouveau pas des plus aimables.
- Bella, je t'ai demandé que l'on arrête de s'éviter tous les deux, mais c'était dans l'idée d'être amis, pas dans celle de me faire agresser verbalement, me dit-il d'un air triste.
Pour le coup, ça avait l'honneur d'être clair. Cette phrase était comme un poignard que l'on m'enfonçait en pleine poitrine. Mais je l'avais bien méritée. De toute façon, je ne faisais rien de bon en sa présence. Soit j'étais complètement éblouie et ne savais plus parler, soit j'étais complètement paniquée et je l'agressais. « Dans l'idée d'être amis », cette phrase résonnait encore dans mes oreilles. Il voulait que l'on soit amis. C'était plus que ce que je n'osais espérer, à défaut de l'avoir pour petit-ami un jour.
- Je suis désolée…réussis-je à prononcer.
- Bella… Me dit-il en chuchotant plus que nécessaire… Je commence vraiment à croire que tu ne m'apprécies pas, ajouta-il chagriné.
- Ne crois-pas ça, soufflai-je. Et voilà qu'il allait réussir à me faire dire des choses que je m'étais promis de ne jamais prononcer.
- Alors, qu'est-ce qui ne va pas ? C'est parce que je fais partie de l'équipe ? C'est ça ? Dis-le-moi si c'est ça parce que ce n'est pas…
- Non Edward, bien sûr que non, le coupai-je. Il était de plus en plus difficile de chuchoter… C'est juste que tu… Il me regardait presque suppliant, et mon Dieu, qu'est-ce qu'il était beau! Je ne pus m'empêcher de lui révéler une part de vérité…
- Tu me déstabilises, voilà tout ! M'énervai-je pour moi-même.
Il me sourit à nouveau, de ce sourire qui me déstabilisait tout le temps et qui me rendait rouge comme une tomate.
- Et voilà que tu recommences, lui dis-je encore rougissante.
- Quoi ? Il ne comprenait pas apparemment. Je devais être plus claire.
- Tu me déstabilises de nouveau.
- Excuse-moi Bella, ce n'était pas volontaire, me répondit-il gêné en se fourrageant la main dans les cheveux.
- Je le sais bien, tu ne t'en rends pas compte.
- Dis-moi ce que je dois faire, je suis prêt à tout essayer pour que tu te sentes bien en ma présence, me désarçonna-t-il.
« Quoi ? Mais que viens-je d'entendre ? » J'avais la sensation de vivre un rêve éveillé. Je ne voulais pas qu'il change quoi que ce soit, il était parfait comme il était…même trop parfait.
- Je crois que tu ne peux rien faire, bafouillai-je… c'est juste moi qui ne tourne pas rond, ajoutai-je d'un rire embarrassé. Voilà que je me dévalorisais devant lui maintenant.
- Dans ce cas, je ne tourne pas rond non plus, me dit-il. Cette phrase me déconcerta. Je le regardais, ne sachant pas où il voulait en venir, ce qu'il remarqua puisqu'il se justifia aussitôt.
- Tu es la seule personne ayant des yeux dans lesquels je ne peux pas lire. Crois-moi, c'est très frustrant de ne pas pouvoir deviner ce que tu penses lorsque je te fixe comme ça.
Et il me regarda d'une manière intense. Je ne pus m'empêcher de les baisser avant de m'y noyer. Je riais, à la fois d'étonnement mais surtout de soulagement. Alice m'en avait vaguement parlé le jour où je lui avais avoué aimer celui-ci, comme quoi elle et lui étaient très bons pour ce genre de choses.
- Comme là par exemple… Me chuchota-t-il dans l'oreille plus proche que nécessaire… A quoi penses-tu ?
Son souffle si chaud chatouilla mon lobe. Une nouvelle série de frissons s'échappa de mon corps. S'il savait à quoi je pense en ce moment, il fuirait très certainement en courant. Toutes les choses qui m'étaient passées par la tête en entrant dans cette salle refirent surface dans mon cerveau tel un boomerang.
- Crois-moi, il ne vaut mieux pas que tu saches, lui répondis-je sans réfléchir.
Nouvelle erreur. Décidément, je les accumulais. Je vis son visage se crisper, j'ajoutai alors aussitôt :
- Mais, ne crois-pas que suis en train de penser des choses négatives, car ce n'est pas le cas.
Mais pourquoi réagissait-il ainsi? Je ne vois pas pourquoi le fait que je le déteste ou non pouvait l'attrister à ce point. A moins qu'il soit vraiment sincère et qu'il voulait vraiment devenir mon ami. J'étais devenue celle d'Alice, je riais beaucoup avec Emmett… mais, lui, je l'avais toujours évité, de peur qu'il comprenne mes sentiments à son égard. Je n'étais qu'une idiote. Le fuir était complètement absurde, et il avait fallu que cette « conversation » ait lieu pour que je m'en rende compte. Malheureusement, j'étais incroyablement et irrévocablement amoureuse de lui, et être son amie allait être la chose la plus difficile à faire de toute mon existence.
Il se décrispa mais ne pipa mot pour autant. Au bout de plusieurs minutes à regarder dans le microscope chacun notre tour, il me posa une question.
- Tu as quel âge Bella ?
Cette question était des plus anodines mais elle provoqua en moi une sensation de curiosité. Cependant, je me devais de lui répondre. Après tout, je connaissais beaucoup plus de choses à son sujet.
- Le même âge que toi je suppose, répondis-je.
- Quel signe astrologique ? Ajouta-il.
- C'est un interrogatoire ou je me trompe ? Lui demandai-je.
- Appelle ça comme tu veux. Je suis très curieux, me sourit-il.
- Vierge, soufflai-je.
- Pardon? Me dit-il, pensif tout à coup.
- Je suis vierge… ou Virgo si tu préfères, répétai-je.
Je me devais de le préciser. Je connaissais assez les footballeurs pour savoir que leurs pensées salaces ne les quittaient jamais… même si je doutais qu'Edward soit comme eux. Certes, j'étais vierge dans les deux sens du terme, mais il n'avait pas à le savoir.
- Et toi ? L'interrogeai-je en retour. Je devais feindre d'ignorer ce que je savais déjà à son sujet.
- Gémeaux… ou Gemini si tu préfères, me répondit-il dans un sourire moqueur.
Sa bonne humeur était contagieuse, je me surpris à sourire aussi. Mon stress s'évanouissait petit à petit ainsi que mon ton agressif. Je faisais des progrès.
- Ta couleur préférée ? Continua-t-il.
- Décidément trop curieux monsieur Cullen !Ripostai-je.
Je lui répondis tout de même que j'adorais le violet. Un immense sourire traversa alors son visage. Sur le coup, je ne comprenais pas pourquoi, mais, en y réfléchissant, le violet était aussi sa couleur préférée.
- Je vous avais prévenu miss Swan ! Se défendit-il.
Il passa ainsi le reste de l'exercice à me poser des questions sans aucune importance mais qui me faisaient toutes rougir… et dire que j'avais posé les mêmes à sa sœur le concernant un mois et demi plus tôt. Nous ne gagnâmes pas le bonus pour le prochain contrôle, trop occupés à discuter plutôt qu'à travailler, mais j'étais fière de moi.
Certes, au début, ça avait été assez désastreux mais, au final, je m'en étais bien sortie, c'était le principal. Je savais désormais qu'être en sa compagnie allait être plus facile, à condition que cette routine continue… Il suffirait d'à peine une semaine sans qu'il m'adresse un seul mot pour que je revienne au point de départ.
« Il faut te soigner ma fille, tu es complètement accro à ce garçon! » essayai-je de me sermonner, tout en sachant que je ne voulais rien changer à la situation.
